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lundi, 01 novembre 2021

A MORT L'HÔPITAL PUBLIC !

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Faut-il que la situation apparaisse enfin catastrophique à un responsable du journal pour que Le Progrès lui-même s'y mette et en fasse un (tout petit) titre de "Une", mais deux pleines pages en pp. 2 et 3 (ci-dessus le titre de p.2) !!! Attention, Le Progrès n'est pas un "journal de référence" et n'y a aucune prétention. Le Progrès tient à rester un bon petit soldat de la P.Q.R. (Presse Quotidienne Régionale), qui rapporte fidèlement les petits événements de la vie des gens, piétons renversés par des chauffards, voyous voleurs d'Iphones, cambriolages de restaurants où le bandit a été retrouvé ivre-mort le matin, rodéos sur la place des Terreaux sous le nez du maire écologiste, bref : rien que des choses importantes. 

Parlons sérieusement : l'hôpital est au bord de l'effondrement. Le Progrès n'a rien inventé. Cela fait longtemps que les plus fins connaisseurs de la question lancent dans le désert des cris d'alarme : « Au secours ! La citadelle hospitalière se lézarde ! » Et ça ne date pas de la pandémie : on ne compte plus les manifs d'infirmières, d'aides-soignantes, de sages-femmes, etc. qui ont parcouru les rues. Plus fort : il n'y a pas si longtemps, on a vu des centaines et des centaines de "mandarins", médecins des hôpitaux, professeurs connus et reconnus démissionner de toutes leurs tâches administratives.

A l'initiative de quelques-uns, un "Collectif Inter-hôpitaux" a été créé, qui envoie régulièrement en mission devant les micros et les caméras que la presse consent à consacrer au problème, pour décrire la progression du mal qui gangrène l'hôpital. Tout dernièrement, j'ai entendu Mme Agnès Hartemann, qui ne fait, la malheureuse, que redire, rabâcher, ressasser les mêmes horreurs (cf. sa conférence de presse de janvier 2020, mais aussi d'autres interventions).

Guillaume Erner, qui anime les Matins de France Culture, a aussi invité François Salachas, neurologue à La Pitié-Salpêtrière. Lui aussi ne mâche pas ses mots, il y va même carrément : l'hôpital est en train de crever. Il y a des signes qui ne trompent pas, à commencer par la désertion de tout un tas de personnels qui, dégoûtés, saturés, surmenés, ne supportant plus d'être ainsi malmenés par l'institution elle-même, filent dans le privé ou le libéral, voire changent de métier. Au point que dans certains services (pédopsychiatrie et autres), 20% des lits restent inoccupés par force, faute de compétences disponibles. Comme quoi la fermeture de lits par les hautes autorités n'est pas le seul problème.

Et ce n'est pas seulement une question de rémunération. Ce qui pourrit la vie professionnelle de tous les gens qui travaillent dans le secteur du soin à l'hôpital public, c'est l'inflation de la bureaucratie hospitalière, qui exerce son pouvoir au détriment du SOIN, la seule et finale raison d'être de tout établissement médical. Pensez : il y a à l'hôpital autant de gens dont la mission est de soigner que de gens dédiés à l'administration. Les témoignages abondent pour dire que le COVID a été providentiel en même temps qu'il a mis en lumière la mainmise des administratifs et comptables : au plus fort de la crise, l'administration s'est d'un seul coup mise au service des personnels soignants, qui n'en revenaient pas. On a même vu des taxis amener et ramener chez elles des aides-soignantes, aux frais de la princesse.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, une telle situation idyllique ne pouvait pas durer, comme l'a signalé l'excellente Agnès Hartemann quand elle a vu revenir en force tous les réflexes de la bureaucratie hospitalière, qui a recommencé à dicter sa loi, au mépris de toute logique de soin. Comme si la pandémie ne devait être considérée que comme un incident de parcours, en attendant que les affaires puissent reprendre leur cours normal. Disons-le : c'est maintenant chose faite.

Le retour de la situation mortifère dans laquelle se trouvait déjà l'hôpital public avant la pandémie me fait dire, à tort ou à raison, que tout cela résulte d'un plan à long terme. Concocté par qui, je n'en sais fichtre rien. Mais il est toujours permis d'émettre quelques hypothèses. La mienne tient en un sigle : H.P.S.T. C'est celui auquel se résume une loi voulue, votée et promulguée sous la présidence de Sarkozy, Mme Roselyne Bachelot étant l'exécutrice des hautes œuvres (je ne vois pas de meilleure expression) en tant que ministre de la Santé. HPST, ça veut dire Hôpital-Population-Santé-Territoire. Cela sent à plein nez le concept produit par un crâne d'œuf, une engeance toujours fertile quand il s'agit de produire des machins sur papier qui ravissent les politiques et qui martyrisent les gens qui connaissent le terrain parce qu'ils y vivent et travaillent. 

Pour s'en tenir aux données cruciales en évitant de se lancer dans des circonvolutions philosophiques, cette loi veut faire de l'hôpital une entreprise comme les autres, et pour atteindre ce noble objectif instaure le "paiement à l'acte". Voilà, c'est aussi brutal, direct et simple que ça. Sans connaître dans le détail le texte de cette loi (qui ne comporte pas, selon certains, que des aspects néfastes, ce que je veux bien croire), je me dis que nous voici, onze ans après le début de son application, devant l'effarant résultat, littéralement catastrophique, qu'a entraîné cette loi scélérate. Je me dis aussi que Bachelot-Sarkozy devraient au moins être accusés, à l'encontre de l'hôpital public, de "coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Et encore, sur l'"intention", ne suis-je pas entièrement convaincu. Vous ne vous dites pas ça, vous ?

Quoi qu'il en soit, si Emmanuel Macron veut vraiment sauver l'hôpital public, comme il l'a plusieurs fois laissé pressentir dans ses discours, il a une première tâche qui lui tend les bras : en finir avec la loi H.P.S.T, en finir avec le "paiement à l'acte".

***

Note : j'en ai assez de citer la promesse faite à Mulhouse par Macron à l'hôpital public en 2020. Cet homme est un homme de grands mots, d'intentions vertueuses et d'envolées lyriques. Il ne mérite plus qu'on prête attention à l'air qu'il brasse. Laissons donc toutes ses paroles s'envoler au vent et disparaître à l'horizon. 

lundi, 25 mai 2020

VOUS DITES ? "SÉGUR" DE LA SANTÉ ?

C'EST QUOI, ÇA ?

Le peuple les a applaudis, soir après soir, pendant toute la durée où le tocsin a sonné le "branle-bas ! Tout le monde sur le pont !" dans tous les hôpitaux de France. Aux yeux de certains, ils étaient des "héros".  Sans compter, ils ont donné l'énergie, les soins, le sommeil, le temps. Beaucoup ont fini sur les genoux – parfois pire, je pense au Dr Boeglé, première victime d'une longue série – ce parcours du combattant.

La plupart d'entre nous n'ont aucune idée de la réalité de ce qui s'est passé dans la tête de ces soignants aux pires moments de la pandémie, ni de l'ambiance terrible qui a régné dans certains établissements atteints de surchauffe, où l'on voyait l'état de certains patients se dégrader à vue d’œil sans avoir les moyens de les maintenir en vie. Quel effet ça vous a fait de voir ainsi "votre" malade vous échapper ? Qui pourra mesurer ça ?

Tout le monde est d'accord : ce que l'hôpital public de France a fait dans ces circonstances hors du commun, aucune bête au monde ne l'aurait fait. On frise le surhumain. C'est dire le formidable potentiel des forces capables de se déployer en cas de nécessité. Tout le monde est d'accord : la France ne saurait se passer d'un hôpital public à la hauteur de toute menace sanitaire. Tout le monde est d'accord pour le dire avec des mots.

Et maintenant ? 

Le moment est crucial, Monsieur Macron. Vous le savez aussi depuis que des pontes de La Pitié-Salpêtrière vous ont copieusement engueulé : l'attente est extraordinaire. Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Alors soyez à la hauteur.

Ordonnez à Olivier Véran votre commis à la santé, qui ouvre aujourd'hui cet énorme chantier dans son ministère de l'avenue de Ségur, de rendre aux personnels soignants les leviers de commande de l'hôpital public. Ordonnez aux bureaucrates qui y ont été placés pour le transformer en entreprise rentable de se mettre au service des médecins, des infirmières et des aides-soignantes. Ordonnez au service administratif de se placer sous l'autorité des personnels voués au soin. Ordonnez à vos godillots du Parlement d'abolir la règle du paiement à l'acte et d'en finir avec la loi HPST (Bachelot-Sarkozy).

Donnez à l'hôpital les moyens de son plein exercice : des lits, du matériel, des gens de l'art. Et donnez des motivations concrètes à ceux qui voient dans l'hôpital public un beau moyen de mettre en œuvre leurs aspirations.

***

Ajouté le 26 mai.

Interviewée par Léa Salamé le 25 mai, voici ce que le professeur Agnès Hartemann (voir ici mon billet du 9 mai) déclare (citation textuelle) :

« Pendant la période Covid, on a goûté à ce que pourrait être l’hôpital public, et on ne veut pas revenir en arrière. Ou la colère serait terrible. »

Et quand on voit Agnès Hartemann s'exprimer avec cette douceur et cette détermination, on sait qu'elle ne plaisante pas. 

Vous êtes prévenu, monsieur Macron.