11.03.2012
C'EST PARTI POUR PATA KOKOKO
DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DES NOTES
Pour qu'une nuit du 4 Août perpétuelle règne sur la musique.
Résumé : les concerts de musique contemporaine ressemblent souvent au bac à sable dans lequel les enfants jouent.
Et la maladie musicale commence quand on prend la décision de considérer TOUS les sons comme des sons musicaux, y compris ceux qu’on obtient en frappant le bois du piano avec le doigt ou en frottant l’archet sur les cordes, mais entre le chevalet et le cordier. Et je ne parle pas des bruits de l’usine, de la gare de chemin de fer ou de la circulation automobile. Mais l'homme n'est pas fait pour croire que la dissonance, la stridence, le cri, constituent un milieu où la vie soit possible ou désirable. Et pourtant, je l'ai cru très longtemps.
Je me rappelle, il y a longtemps, l'excellent pianiste BRUNO CANINO expliquer doctement (c'était dans les coulisses de l'ancien festival « Musique Nouvelle », longtemps voulu et porté par DOMINIQUE DUBREUIL), qu'on devait légitimement considérer comme de la musique à part entière le son produit par le choc de l'index sur l'ivoire d'une touche, sans pour autant que la note fût produite. Et comme tout le monde, je restais là bouche bée à me laisser bourrer le mou.
C'est sûr qu'il y a quelque chose de fascinant dans le fait d'être présent au moment de la naissance de quelque chose de Nouveau : l'impression d'être dans le flux du mouvement, en position d'éclaireur, en quelque sorte. Et le groupe des amateurs "éclairés" qui gravite autour de ce Nouveau, qui fonctionne un peu comme une secte, pratique en permanence l'autolégitimation réciproque, dans une espèce de narcissisme enivrant. J'étais enivré. Je trouve aujourd'hui qu'il m'a fallu bien trop de temps pour être dégrisé.
Bien du temps pour me dire qu'il s’agissait surtout, dans la musique contemporaine, d’en finir une fois pour toutes avec l'idée même de différence. En l'occurrence, la différence entre le son musical et le bruit. Ce qui revient à éliminer la différence entre la réalité et l'art. Et beaucoup plus généralement, tout ce qui peut passer pour le marqueur d'une différence. L'idée, c'est d'abolir. Peu importe ce qui est établi : il faut l'abolir, du seul fait que c'est établi.
Car, mes bien chers frères, les quelques diplodocus qui persistent à voir et à faire des différences (entre les choses, entre les êtres, entre les sexes, par exemple), ils se laissent leurrer et duper par des apparences trompeuses, ils sont dans l'arbitraire le plus total, qui est évidemment injustifiable, donc à abolir sur-le-champ. Comme le proclamait fièrement le titre d'un film : « L'homme est une femme comme les autres » (1998).
Pour revenir à ONDREJ ADAMEK, voici le descriptif présenté par ARNAUD MERLIN, de France Musique, pour introduire sa composition(c’est authentique, évidemment) : « [Le compositeur] s’est intéressé au son des gaines électriques qui se trouvent à l’entrée d’air des aspirateurs, lorsqu’on les allume et éteint rapidement ». Quel sérieux ! Et quel comique ! L’auditeur, quelque bonne que soit sa volonté, ne va peut-être pas au concert pour entendre évoquer le bruit de l’aspirateur.
La peinture contemporaine ne souffre pas d’une autre maladie que la musique : faire de la matière de son art l’objet même de son art. Renoncer à représenter pour mettre au premier plan les couleurs, les lignes, la géométrie, c’est, qu’on le veuille ou non, transformer le salon en atelier ou, si vous préférez, faire manger les invités sur la table de la cuisine.
La partie transgressive des arts contemporains, elle est là : abattre les murs, abolir les frontières, faire table rase de toute discrimination (au sens d’ « action de distinguer deux choses différentes »). Le dictionnaire a même fait du mot « discrimination » un péché grave. Et en a profité pour le transférer sans prévenir de la sphère intellectuelle, où savoir distinguer les différences est absolument essentiel, au registre moral, où l'on tombe aussitôt dans la marmite de l'enfer américain : « Love it, or leave it » (réentendu avec GEORGE W. BUSH). Tu m'aimes, ou tu me quittes.
C’est dire que ça ne touche pas seulement les arts, mais les esprits. La non-discrimination est devenue un principe sacré : il est désormais interdit de faire des différences. On comprend que la confusion la plus complète soit devenue la norme. La musique contemporaine ne saurait échapper à la destruction sciemment accomplie des différences. Le "bien" est différent du "mal" ? Cette différence, qu'on se le dise, est en elle-même un mal. Mais dans ce cas, quel est le "bien" qui s'oppose à ce "mal" ?
Quand ARNOLD SCHÖNBERG invente le dodécaphonisme (début du 20ème siècle), il entend mettre à bas l’injustice que constitue le règne de la TONALITÉ. Le dodécaphonisme sonne comme une moderne « Déclaration universelle des droits des notes » : « Toutes les notes de la gamme naissent libres et égales en droit ».
ARNOLD SCHÖNBERG décrète à lui tout seul l’abolition des privilèges des tonalités. Il fait sa « Nuit du 4 août ». Fini le règne despotique du Ré Majeur, fini le discrédit dont a toujours souffert le pauvre Si Bémol mineur. Le cubisme en peinture et le dodécaphonisme en musique accomplissent la prophétie de l’Internationale, d’EUGENE POTTIER et PIERRE DEGEYTER : « Du passé faisons table rase ».
Ce qui n’a pas pu être accompli dans l’ordre politique aura été accompli dans l’ordre esthétique. Il y a de la guillotine, du Robespierre et du Comité de Salut Public dans le dodécaphonisme. Il y a du FOUQUIER-TINVILLE (l'accusateur public de 1793) dans ARNOLD SCHÖNBERG.
Puisqu'on ne peut pas subvertir l'infrastructure, on va s'en prendre au sens, qui est la superstructure, muette par définition (je ne cite que par commodité quelques vieilles catégories marxistes). Quand les gens ne comprendront plus rien au monde dans lequel ils vivent, on pourra dire que la mission est accomplie, car on pourra faire d'eux ce qu'on veut. Il n'y aura effectivement plus aucun critère de jugement. Il s'agit, en définitive, d'abolir la capacité de jugement de l'individu.
La poésie ne reste pas à l’écart de ce joyeux élan destructeur, auquel le mouvement Dada apportera sa touche primesautière en donnant la nouvelle recette du poème : découpez chaque mot d’un article de journal, fourrez-le tout au fond d’un sac, tirez un à un les mots en les inscrivant scrupuleusement au fur et à mesure, et vous avez votre poème.
Car on ne le dit pas assez : la syntaxe, en faisant régner l’ordre des mots, fait régner la terreur, car elle donne un sens. C’est d’un arbitraire totalement injustifié. Rien que le mot « ordre » aurait dû depuis longtemps faire jeter celui des mots à la poubelle. Après tout, pourquoi le sujet se met-il avant le verbe ? Certains sont même allés plus loin, tel le doux HUGO BALL en 1916 : « te gri ro ro gri ti gloda sisi dül fejin iri » (GEORGES HUGNET, L'Aventure Dada, Seghers, 1971, p. 138).
Que ce soit dans la poésie, dans la peinture ou dans la musique, le 20ème siècle aura donc été celui, non de la démocratie, mais du démocratisme à tout crin, de l’égalitarisme à toute vitesse, de l’abolition forcenée de toute HIERARCHIE des valeurs. Guillotiner ce qui a l’audace de dépasser. De même que tout individu a autant de droits que tout autre, chacun des éléments d’expression artistique a strictement la même valeur que tout autre.
Ce qui n’était pas de l’art devient de l’art, celui qui n’était pas artiste devient artiste, il n’y a pas de raison.
Voilà ce que je dis, moi.
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23.02.2012
DE L'ELECTEUR SPONGIEUX (suite et fin)
LE FLÉAU DU DROIT DE VOTE, ÉPISODE 6
Proverbe tibétain : « En période électorale, l'anus du candidat se pare de ses plus beaux atours ».

DES ELECTEURS SPONGIEUX
Résumé : seul un effort massif dans l’éducation est à même de faire naître une véritable société démocratique et de rendre les individus imperméables à la propagande.
Au lieu de la noble aspiration de CONDORCET, qu’est-ce que nous voyons ? Du côté de l’instruction, nous ne voyons hélas pas grand-chose, parce qu’il n’en reste pas grand-chose. Sans nous appesantir sur le débaptême de l’ « instruction » en « éducation », sur lequel il y aurait pourtant à dire, contentons-nous d’observer un savant et constant démantèlement de l’institution chargée de transmettre aux jeunes tous les savoirs nécessaires. [Voix off : « mission accomplie ».]
Constatons l’opiniâtreté de certaines forces qui, sous couvert d’égalité, ont arasé, appauvri et uniformisé le niveau des matières contenues dans les crânes. Ecoutez, ça fait floc-floc. Pour détruire un système éducatif, commencez par le réformer à tout bout de champ. En gros, je vous conseille de conduire une réforme par an pendant cinquante ans : à la fin, vous êtes sûr que plus personne ne sait qui fait quoi, ni qui doit faire quoi. [Voix off : « mission accomplie »].
Reléguez les enseignements techniques au fond de la cour à côté des WC, puisque vous avez prévu la future division internationale du travail, que vous supputez les travaux sales en Chine, et que vous pensez attirer tous les emplois à « haute valeur ajoutée » – ah zut, ça délocalise à tout va ! Vite, clamez qu’il faut « réindustrialiser » ! Ah zut, on a déjà eu le temps de perdre les savoir-faire (aciéries, industrie textile, ...) ! Mondieu, mondieu, que de malchances successives ! [Voix off : « mission accomplie ».]
Mettez l’accent non plus sur les contenus et les disciplines d’enseignement, mais sur les méthodes pédagogiques de ces salauds d’enseignants crispés sur leurs privilèges exorbitants et engourdis dans leurs routines crasseuses et paresseuses. Simultanément, faites comprendre aux élèves qu’ils ont eux aussi, après tout, des droits, et qu’il serait bon qu’ils le fissent sentir aux enseignants trop imbus de leurs personnes. [Voix off : « mission accomplie ».]
Vous aurez partie gagnée quand le cours commencera par une longue invocation au silence des élèves et se poursuivra par une harangue destinée à convaincre les dits élèves que ce qui sera dit pourra ne pas leur être complètement inutile. Certains esprits mal tournés pourraient penser que c’est le chaos ? [Voix off : « mission accomplie ».]
[Mine de rien, sous le masque habile de l’avocat du diable, l’auteur de ces lignes, pourtant en général d’un naturel épais, rustique et grossier, parfois même vulgaire, synthétise fort subtilement trois des nombreux problèmes qui ont commencé à envahir les enceintes scolaires – enceintes dont on ne sait trop de quelle catastrophe future elles accouchent – et à ébranler les fondations d’un système éducatif « que le monde entier nous envie ». Note de l’éditeur.]

CE QUI SORT DE L'ANUS DU CANDIDAT
(merda d'artista, piero manzoni, 1961)
Conclusion : avec un système éducatif dans un état toujours plus flageolant, branlicotant et vacillant depuis une quarantaine d’années, si même il n’est pas déjà à l’état de ruine prémonitoire ou imminente, comment croire encore au talent de la mentalité française collective ?
Avec la télévision comme outil perfectionné de propagande à formater les esprits et machine à réduire les têtes, comment croire à la qualité de jugement collectif d’une population soumise à ce bombardement ? En quel honneur spécial, le Français échapperait-il à l'état spongieux qui caractérise tous les électorats démocratiques ?
Comment le « corps électoral » serait-il, dans ces conditions, autre chose qu’un niais, un gobe-mouche béat ? Comment le « corps électoral » pourrait-il ne pas être frappé de la crédulité médusée de la grenouille happée par la couleuvre ? Comment le « corps électoral » pourrait-il échapper à cet état spongieux qui fait tout avaler ? Sinon, SARKOZY aurait-il été élu ? Remarquez que, si ç’avait été SEGOLENE, je n’aurais eu que le nom propre à modifier.

GOBE-MOUCHE BEAT SANS COLLIER
(EN BEATITUDE)
A ceux qui m’accuseraient de partialité, je réponds en citant l’avis porté par EMMANUEL TODD sur les classes politiques occidentales en général : même s’il n’est pas une autorité infaillible, son point de vue reste intéressant. Il considère que, globalement, les personnels politiques du monde occidental sont d’une MÉDIOCRITÉ affligeante. Je pose donc la question : si les hommes politiques sont médiocres, cela ne vient-il pas du fait que les populations sont elles-mêmes médiocres ?
Un corps électoral à l'état spongieux. 
L’un des facteurs de cette médiocrité foncière des « élites » censées être à même de gouverner serait donc la médiocrité des gouvernés eux-mêmes. Un autre facteur pourrait être l’extrême verrouillage du système politique, avec ses aiguillages, ses tiroirs, ses cases déjà toutes étiquetées, avec son fonctionnement désormais institutionnalisé, ses rouages trop bien huilés, en « carrières » dûment répertoriées.
Pourtant, malgré l’état de délabrement de ce « corps électoral », selon la stricte légalité, ce sont les membres de cette population progressivement décervelée qu’on persiste à appeler, contre tout bon sens, des citoyens. Et ce sont eux, gavés d’images publicitaires vantant des produits politiques, qui vont accomplir leur « devoir électoral ».
Comment voulez-vous, dans ces conditions, que le meilleur soit élu (au cas où ce « meilleur » existerait, ce qui n’est nullement avéré, voyez le sort réservé à EVA JOLY, celle qui n’a visiblement pas été coulée dans le moule, et quelque discutable que soit la personne) ?
Ce sont eux qui, en 2007, ont élu NICOLAS SARKOZY, sur la foi d’images et de discours méticuleusement manufacturés, ciselés, chantournés, limés, rabotés dans des ateliers de communication publicitaire de haute performance. Le quinquennat leur a ouvert les yeux. Mais en 2012, même « déçus du sarkozysme », auront-ils compris comment ça marche ?
Soumis au pilonnage en règle des médias qui vont nous faire bouffer de la présidentielle jusqu’à l'écoeurement, jusqu'à l’occlusion intestinale, leur esprit, réfugié au fond de la tranchée, saura-t-il résister au bombardement, aux nouveaux discours, aux nouvelles images qui vantent à longueur d’ « informations » le FRANÇOIS HOLLANDE nouveau et le NICOLAS SARKOZY, jeune perdreau qui vient de naître, bref, les « nouvelles » marchandises « politiques » ?
Voilà ce que je dis, moi.
09:00 Publié dans DANS LES JOURNAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, fléau droit de vote, condorcet, système éducatif, école, enseignement, éducation nationale, réforme, télévision, corps électoral, élection présidentielle, élections législative, nicolas sarkozy, françois hollande, parti socialiste, ump, emmanuel todd, eva joly, art contemporain, paris hilton
04.01.2012
QUI VEUT SAUVER RENE MAGRITTE ?
Résumé : je continue et persiste à dire du mal de MAGRITTE.
La lourdeur de MAGRITTE vient de ce qu’il veut péter plus haut que son cul, en prétendant insuffler du SENS. Il veut faire croire que ses facéties picturales sont la quintessence de l’art. Ce faisant, il procède comme tous ceux qui, en s’appuyant sur les techniques les plus modernes, prétendent imiter dans des objets fabriqués les structures biologiques du cerveau vivant, de l’A. D. N. ou de je ne sais trop quoi : à l’arrivée, ça donne quelque chose de pauvre, que dis-je, d’infirme, voire de peu humain. En plus, c’est tellement simple que c’en est aride comme le Kalahari.
Somme toute, la peinture de RENÉ MAGRITTE est la peinture THEORIQUE d’un peintre INTELLECTUEL. Comme le dit le même « docte » déjà cité auparavant : « L’œuvre de Magritte est certainement l’un des rares exemples de peinture intellectuelle de notre époque ». Tu l’as dit, bouffi ! Autrement dit, qu’on se le dise, nous voici devant de la « peinture à message ». C’est didactique, et chiant comme tout ce qui est didactique.
Le bouffi en question met sur le même plan RENÉ MAGRITTE et MAX ERNST. Il faut l'être jusqu'à la moelle, bouffi, pour confondre un fabricant de gags picturaux et un artiste véritable qui offre à voir un monde dont, la plupart du temps, il ne donne pas la clé (je pense à ses séries de collages La Femme 100 têtes et Une Semaine de bonté, mais aussi aux Jardins gobe-avions, et à tant d’autres). C’est bête, mais avec MAGRITTE, on arrive tout de suite au but. Regardez plutôt ce Jardin gobe-avions :

Et dans le genre « gag » visuel, un type comme ROLAND TOPOR pète infiniment plus haut, plus loin et plus profond que cet intello de salon. Chez TOPOR, un seul truc reste insupportable : son rire. Moins horripilant depuis qu’il est mort (mais il y a Youtube). Tout le reste est rigoureusement impeccable, même quand il se met à quatre pattes pour faire le tour du plateau de télé en gruïkant comme un cochon qu’on assassine. Je recommande en particulier la série de dessins dont il a illustré l’édition des Œuvres Complètes de MARCEL AYMÉ.

Un dernier truc qui ne me revient pas, chez RENÉ MAGRITTE, mais alors pas du tout. Il fait partie de la cohorte surréaliste, et ça c’est impardonnable, et pour une raison très précise. ANDRÉ BRETON, le pape de cette secte devenue une religion, considérait ARTHUR RIMBAUD comme « coupable devant nous d’avoir permis, de ne pas avoir rendu tout à fait impossibles certaines interprétations déshonorantes de sa pensée, genre Claudel » (Second Manifeste du Surréalisme).
Eh bien, franchement, on serait en droit d’accuser BRETON du même chef. Car à force de fouiller dans le subconscient, à force de déterrer de la « beauté convulsive » dans les tréfonds de l'âme humaine, à force d'en appeler aux ressources freudiennes de l'inconscient, le surréalisme a ouvert à la PUBLICITÉ une autoroute. Le minerai précieux de l'imagination enfouie a été amené à la lumière, et la PUBLICITÉ s'est ruée sur le magot, et s'en est servie comme d'un cheval de Troie pour envahir en retour les tréfonds de l'âme humaine avec de la MARCHANDISE sublimée par la métaphore plus ou moins poétique.
Sans même parler de ce qu’il y a d’absolument ahurissant dans le reproche adressé à RIMBAUD par ANDRE BRETON, sans même parler de SALVADOR DALI, alias Avida Dollars (comme disait A. B. en personne), le surréalisme des peintres est devenu le principal PROXENETE PUBLICITAIRE.
MAGRITTE est l'archétype du fournisseur de la filière prostitutionnelle qui exploite les pauvres PUTAINS de l'imagination, sous le couvert même de la liberté. Il a apporté à la PUBLICITE l'aliment idéal de la putasserie, qui peut se formuler ainsi : « Tout est dans tout, et réciproquement ».
RENÉ MAGRITTE, que ce soit comme surréaliste ou comme fabricant de gags visuels, est de ceux qui ont fourni en chair fraîche les « créatifs » de toutes les agences de publicité, à commencer par l'idée d' « images à idées ». Je me souviens d’une publicité pour les appareils Hi-Fi pour automobile Pioneer, réalisée de main de maître, montrant une très belle voiture en forme de violon, pour bien convaincre que la voiture, grâce à Pioneer, était devenue musique. C'était du MAGRITTE tout craché.
ANDRÉ BRETON ne tresse-t-il pas des couronnes de laurier à MAGRITTE ? « Il a abordé la peinture dans l’esprit des "leçons de choses" et sous cet angle a instruit le procès de l’image visuelle dont il s’est plu à souligner les défaillances et à marquer le caractère dépendant des figures de langage et de pensée. Entreprise unique, de toute rigueur, aux confins du physique et du mental, mettant en jeu toutes les ressources d’un esprit assez exigeant pour concevoir chaque tableau comme le lieu de résolution d’un problème. » Si je m’appelais ANDRÉ BRETON, je m’enlèverais les mots de la bouche.
Dire que j’ai trouvé fréquentable un type comme ça ! Enfin, à chacun ses erreurs de jeunesse ! Je ne lui concède qu’une seule vertu : ANDRE BRETON écrit dans un français d’un classicisme irréprochable. Pour le reste, il y a du LENINE dans les oukases de cet homme. Dire toutes ces belles paroles pour finir sur des affiches 4 x 3, le long des routes, quel avilissement !
Et je passe sur les élucubrations philosophico-machines de MICHEL FOUCAULT : « Magritte noue les signes verbaux et les éléments plastiques, mais sans se donner le préalable d’une isotopie ; et tralala… ». C’est sûr, il devait être bien défoncé, le MIMI. N'empêche que "isotopie", fallait y penser. Voyez, on n'en sort pas, du gag.
Et je passe sur les divagations délirantes de RENÉ MAGRITTE lui-même, où il attribue aux choses un autre nom, appelant une « feuille » (d’arbre) un « canon ». Ou pas de nom du tout, comme cette barque qui vogue sur la mer. Le fait que ça se passait en 1929 (La Révolution surréaliste n° 12) peut-il constituer une excuse ? Une circonstance exténuante ? Un délit de non-assistance à personne engrangée ? Un cas non répertorié de grippe aviaire ?

Pour conclure, une petite charge sabre au clair contre l’ « art conceptuel ». Vous voyez déjà le lien, non ? Je sais bien que MARCEL DUCHAMP est considéré comme le grand ancêtre, avec ses ready-mades et quasi-ready-mades (hérisson porte-bouteille, urinoir transformé en « fontaine », trois « stoppages-étalons », etc.), mais MAGRITTE arrive pas loin derrière.
D'ailleurs, des artistes encore vivants ont réglé son compte à DUCHAMP. Ils s'appellent GILLES AILLAUD, EDUARDO ARROYO et ANTONIO RECALCATI. Et leur oeuvre (anecdotique, disons-le) s'intitule Vivre et laisser mourir ou La Fin tragique de Marcel Duchamp. Cela date de 1965. Certains ont appelé cela « réhabilitation du figuratif » ou postmodernité. Quand il n'y a plus de concept, il en vient encore.

Mentionnons tout de même ce magnifique cadre doré digne des salons de la grande bourgeoisie, où FRANCIS PICABIA avait, je crois que c’était en 1919, à l’occasion d’une exposition, suspendu par une ficelle un vrai morceau de macadam noirâtre comme seule et unique « œuvre ». C’était aux beaux jours de Dada.
Il me semble que MAGRITTE est, plus que DUCHAMP, le précurseur de cette cinglerie qui s’appelle « art conceptuel », auquel il prépare le chemin. Pour prendre une comparaison, je dirais que RENÉ MAGRITTE est à l’art conceptuel ce que SAINT JEAN-BAPTISTE fut à JESUS CHRIST. « L’objectif de l’art conceptuel est d’affirmer de façon radicale la prééminence de l’idée, de la conception sur la réalisation. » Ce n’est pas moi qui le dis.
Attendez, c’est pas fini : « De plus, l’œuvre pouvant se réduire à un énoncé, sa matérialisation n’est plus intrinsèque à l’acte artistique ». Si, si, je vous jure, à midi, une tranche de ça entre deux tranches de pain, et je vous garantis que vous n’avez plus faim de toute la journée. Même que JOSEPH KOSUTH l’a dit : « Art as idea as idea ». L'étape suivante, on s'en souvient très bien, c’est l’équation de la relativité générale à résoudre en milieu subaquatique par deux pingouins à lunettes demandant la nationalité daghestanaise en plein blocus continental.
Je continue : « La démarche se veut essentiellement intellectuelle [et toc !], analytique et critique ». Le grand mot est lâché (il faudrait dire le « gros mot » : intellectuel). L’auteur que je cite concède quand même : « Une part de la critique s’est plu à voir dans ce mode d’expression extrémiste, austère, parfois immatériel et paradoxal, souvent ennuyeux, la mort de l’art (…) ». Eh bien écoutez, franchement, parfois, ça fait du bien à entendre. « La mort de l'art ». Et ce n'est même pas moi qui le dis.
Voilà ce que je dis, moi.
Ça suffira pour cette fois.
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03.01.2012
MAGRITTE, UNE GRITTE CARABINEE
Résumé : j'ai commencé à me payer la tête de RENÉ MAGRITTE.
Prenez La Lampe du philosophe, par exemple. Un homme en costume-cravate fume la pipe, à droite, en vous jetant un œil torve, pendant qu’une bougie brûle sur une sellette d’artiste. Sauf que, d’une part, la bougie semble grimper le long du pied pour venir s’épanouir comme un serpent dressé, et d’autre part, le nez de l’homme opère un plongeon dans le fourneau de la pipe. Bon, vous me direz que « lampe » rappelle la bougie, et « philosophe » l’homme. Je veux bien. Mvoui … Vous y croyez, vous ?

En fait, il ne fait pas de la peinture, il fait de la linguistique. Et saussurienne, en plus (de FERDINAND DE SAUSSURE, le fondateur de la discipline, celui de la trilogie en pataugas « signifiant / signifié / référent », celui de « le signifié "chien" ne mord pas », celui de « l’arbitraire du signe », et tant de belles choses dont on s’est servi pour détruire l’enseignement de la grammaire à l’école, sous prétexte qu’il fallait procéder intelligemment). Tout ça, si ce n’est pas du pataugas, c’est du gros sabot. Je m’explique.
Au commencement était Ceci n’est pas une pipe. Le gros malin, sur sa toile, représente une pipe. Le travail est grossier, mais on reconnaît l’objet. Et pour faire chier le spectateur, qu’est-ce qu’il fait, le gros malin ? Il peint en toutes lettres « Ceci n’est pas une pipe ». Tout ça pour dire au premier con venu à qui il prendrait l’idée de bourrer son tableau de tabac pour l’allumer et le fumer, qu’il n’a rien compris, ce gros plouc.

On ne sait jamais, doit-il se dire. Comme le dit un « docte » : « Il suffit d’un instant de réflexion pour se rendre à l’évidence : l’image d’un objet n’est pas l’objet lui-même ». « Tu l’as dit, bouffi ! », aurait ricané Arsène Lupin au nez de l’inspecteur Ganimard.
Mais pour peindre ça, c’est vraiment ce que RENÉ MAGRITTE s’est dit : « Qu’est-ce que j’en ai marre, que les gens confondent la chose et sa représentation, je vais leur administrer une injection de linguistique. Répétez après moi : la matière picturale qui fait la pipe, c’est le ? Le ? Signifiant, bande de balourds ! L’objet représenté ? Le signifié, bande de baudets ! ».
« Et la bouffarde que je viens d’allumer sous vos yeux ? Le référent, bande de nuls ! – Oui m’sieur, bien m’sieur, je l’f’rai plus, m’sieur. – Allez, circulez, et ne m’emmerdez plus ! ». Voilà comment il vous parle, RENÉ MAGRITTE. Et vous, vous supportez qu’on vous adresse la parole en levant le menton comme ça ?
Alors une fois que tu as compris ça, tu sais ce qu’elle fait, la peinture de RENÉ MAGRITTE, si tu es normalement constitué ? Elle te tombe des yeux. Tiens, prends un grand problème philosophique, je sais pas moi, dis voir quelque chose. – La Condition humaine ? – Allez, prenons la « condition humaine ». Il se trouve que c’est un autre titre du peintre.
Tu devines pas ce que ça représente ? Une chambre dont la large fenêtre voûtée donne sur un paysage campagnard, avec un ruisseau, de l’herbe, des buissons, et un ciel où passent quelques nuages. Un rideau rouge à droite et à gauche. Tout est soigné, léché même, y compris le chevalet installé devant la fenêtre, sur lequel est posée une toile peinte.

Allez, tu devines pas ce qu’il y a de peint sur la toile ? Mais si, gros ballot : le paysage lui-même ! Le gros malin qui tient le pinceau s’est juste débrouillé pour qu’on confonde pas : à gauche, le tableau déborde un chouïa sur le rideau, à droite on voit les clous qui fixent la toile sur le cadre, avec en haut le sommet du chevalet. Sans ces détails, tu ferais pas la différence entre le paysage et le tableau, con ! Là, pas moyen de se tromper. Sous le même titre et avec le même « truc » (on ne change pas une équipe qui gagne), on trouve aussi un paysage marin.

Voilà, le seul « truc » de cette « œuvre », c’est de nous enfoncer dans le crâne que ce qu’on voit sur la toile n’est pas ce qu’on voit de la nature. La surface peinte donne l’illusion de la nature. « Mais attention, les petits enfants, je suis là, moi, le peintre savant, pour vous dire qu’il ne faut pas confondre. » Finalement, le père MAGRITTE prend le spectateur pour une buse, et prend la pose dans l’attitude du professeur donneur de leçons.
Toute la peinture de RENÉ MAGRITTE est contenue dans la seule surface, se résume à la surface. C’est une peinture de truqueur habile, qui se contente de jouer sur les apparences. Tiens, encore un exemple. Je ne me rappelle plus le titre de celui-ci : dans une pièce fermée, sur une table, trône une superbe cage à oiseaux. Dans la cage, pas d’oiseau, mais un œuf. Et pas n’importe quel œuf : un énorme, un œuf de dinosaure. Pour vous dire, il occupe tout le volume de la cage.
Et alors, me direz-vous ? Ben rien. C’est tout. A votre avis, quelle taille aurait dû avoir la cage pour abriter l’oiseau capable de pondre un œuf pareil ? Bon sang mais c’est bien sûr, ah le diable d’homme, fallait y penser. Ben oui, il est là le gag. Mais quand on a résolu l’énigme, c’est comme le polar, on peut le jeter, le donner ou se torcher avec. Il n’y a plus rien à en tirer. Là c’est pareil : le fruit est sec.
MAURITS CORNELIS ESCHER a le même genre de succès que MAGRITTE, avec ses paradoxes visuels : cascade qui se jette plus haut que son point d’origine, personnages qui montent et descendent des escaliers dans tous les sens verticaux et horizontaux, deux mains qui se dessinent mutuellement, l’anneau de Möbius et autres facéties graphiques. Son truc à lui, c’est le trompe-l’œil : il télescope les deux dimensions de la feuille de papier et les trois dimensions de la perspective (illusion du volume). Du coup, ça détraque tout et ça fait du paradoxe.

Je qualifierais volontiers ce genre de succès de « succès de poster » : ça fait très bien, punaisé sur le mur de la chambre du jeune qui s’initie. Mais il me semble que ESCHER a un statut beaucoup plus modeste, je veux dire moins prétentieux. Regardez donc Le Thérapeute, de MAGRITTE : un corps de berger normal, sauf la cage thoracique, dont l’espace est occupé par une cage à oiseaux ouverte, avec deux blanches colombes sur la piste de décollage.

Oui, monsieur, on a compris le MESSAGE. Un rien de niaiserie en plus, et voilà-t-il pas qu’il tomberait dans la boutasse JACQUES PREVERT (« Pour faire le portrait d’un oiseau ») ou dans le fumier PIERRE PERRET (« Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux »).
Voilà ce que je dis, moi.
A suivre.
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02.01.2012
MAGRITTE : DU CONCEPTUEL DANS L'ART
Il est convenu que RENÉ MAGRITTE est passé dans les mœurs. On passe devant un MAGRITTE comme on passe devant une publicité, des latrines, un banc public ou un Roumain qui mendie à un feu rouge. On ne s’arrête pas. Il fait partie du paysage. C’est une preuve. De quoi ? Au premier rabord, c’est une preuve de succès. Qu’est-ce que c’est, le succès, demandé-je finement ? Le succès, réponds-je superbement, c’est quand l’offre, à sa grande surprise, est submergée par la demande.
Dans n’importe quelle entreprise, ça poserait problème. Pas dans l’entreprise MAGRITTE ltd. La ligne de production, surdimensionnée, a été conçue en prévision d’un tel problème. Car on a du flair, chez MAGRITTE. Quand les chalands se jettent sur le rayon familial où l’on vend quelques tableaux, ces marchands forains ont tôt fait d’effacer les ardoises et d’y multiplier à la craie les prix par deux, dix ou cinquante.
Dans la banque, on appelle ça « faire marcher la planche à billets ». C’est qu’on n’est pas con, dans la famille, on comprend vite comment faire rentrer les pépettes. Et ça marche.
Comment s’explique un tel succès ? Je vais vous le dire. En fait, rien de plus simple : RENÉ MAGRITTE est le premier peintre qui ait abandonné l’art pictural pour la peinture intelligente. Enfin, la peinture qui se veut intelligente. Même pas : qui se croit intelligente. Avec un arrière-fond métaphysique dans la prétention. Mais tout ça ne serait rien sans un rien d’astuce.
Car ce rusé renard est
· un habile finaud et futé,
· un madré subtil et matois,
· un Normand (de Belgique) habile et adroit
(rayer les mentions inutiles). En camelot accompli, MAGRITTE arrive à faire croire que c’est le badaud lui-même qui est intelligent, et que c’est pour ça qu’il aime sa peinture. Quel talent ! On aura beau dire, mais des trouvailles comme ça, ça vaut de l’or. Le plus fort, c’est que le gogo s’exclame : « Gogo est content ! », en rentrant chez lui son tableau sous le bras. Le perroquet de L’Oreille cassée ne disait pas ça, mais : « Rodrigo Tortilla, tu m’as tué ! ».
On va dire que je calomnie, que je diffame. Que je veux faire mon intéressant. Cela n’aura même pas le mérite d’être vrai. Car je vais vous dire une bonne chose : toute la peinture de RENÉ MAGRITTE est fondée sur des « trucs », des gags, si vous préférez.
Pour le premier degré, prenez une toile blanche, mettez-y de la peinture « en un certain ordre arrangée » (en clair : faites-y apparaître un paysage, un portrait, une nature morte ou ce que vous voulez). Cela donne, par exemple, cette palissade de planches de sapin, bien dessinée avec les nœuds, les veines et les rainures de séparation. Au pied de la palissade, un sol rougeâtre, où l’on distingue des graviers, un bout de journal, un mégot, une allumette.

Et sur le sol ? « Je vois une paire de pieds. – Mais non, tu vois bien que c’est une paire de chaussures. – T’es fou, c’est des pieds. – Non, c’est des chaussures. – Paf ! – Pif ! » Et bien moi, je vais vous réconcilier : c’est une paire de brodequins, des bottines si vous voulez, avec les lacets qui pendouillent, et que plus vous allez vers la pointe, plus ce sont des pieds. Même que sur le pied gauche, on voit une grosse veine bien gonflée.
Voilà, c’est ça, un tableau de MAGRITTE. Ah on ne peut pas dire qu’il ne sait pas faire. Pour ça, c’est sûr que c’est du travail bien fait. Le seul problème, c’est que c’est un gag. Si je voulais faire mon intello, je dirais qu’il s’agit d’un paradoxe. Le spectateur qui découvre la scène s’arrête, interloqué : « Tiens, c’est bizarre ». Puis il réfléchit. Après une cuisson de quelques secondes, le voilà qui se dit : « Putain, c’est bien trouvé ! Fallait y penser ! ».
Devant un tableau de RENÉ MAGRITTE, voilà comment on réagit. Et pas autrement. Parce qu’il n’y a rien d’autre à voir, on n’a rien d’autre à faire. MAGRITTE fait de l’image comme RICHARD VIRENQUE fait du vélo. Alors bon, d’un tableau à l’autre, c’est plus ou moins énigmatique, ou rigolo, ou soigné, ou ce qu’on veut, mais dans l’ensemble, on a fait le tour quand on a compris le gag. C’est comme les blagues de l’Almanach Vermot qu’on trouve dans les papillotes Voisin.
Mais ce n’est pas fini, car après le premier degré, il y a le second. Sinon le moteur tomberait vite en panne d’essence. Prenez le tableau décrit ci-dessus et collez-lui un TITRE, pour voir, allez-y. « Isba détrempée » ? Vous n’y êtes pas. « La Marche au supplice » ? Ce ne serait pas si bête, mais c’est déjà pris. Allez, vous donnez votre langue au chat ? Ce mirifique tableau porte le mirifique titre de Le Modèle rouge.
Ça vous en colmate une fissure, non ? Et là encore, la seule réaction à avoir : « Fallait y penser ». Un génie pareil, on comprend qu’il ait commencé dans une fabrique de papier peint. C’est d’autant plus drôle que c’est authentique. Parce que je me dis aussi que c’est peut-être là qu’il a eu la révélation de son inspiration. Alors pour les titres, les officines du Savoir vous diront qu’ils furent proposés à MAGRITTE par ses copains de la « société du Mystère ». Je veux bien, mais je ne vois pas ce que ça change : moins le titre a de rapport avec le tableau, plus la blague est réussie.
Pour bien montrer que RENÉ MAGRITTE n'est finalement qu'un dessinateur humoristique, dont la place est en réalité dans la presse quotidienne, et pas dans les musées, voici, côte à côte, Le Balcon, d'EDOUARD MANET, et le gag imaginé par MAGRITTE pour se foutre de la gueule de MANET (qui, soit dit en passant, rendait hommage aux Majas au balcon, de GOYA).


Et voilà le public qui se met à rire grassement et à faire ouaf ouaf !
Voilà ce que je dis, moi.
A continuer demain.
09:01 Publié dans ARTS, LITTERATURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rené magritte, peinture, art contemporain, surréalisme, l'oreille cassée, le modèle rouge, richard virenque, almanach vermot, art conceptuel
20.12.2011
PEINTURE : LE TEMPS DU DESASTRE
Résumé : GEORGES POMPIDOU, par centre éponyme interposé, expose sur ses rayons les boîtes de merde de PIERO MANZONI.
Ce qui est important, désormais, ce n’est pas le « rendu », avec le savoir-faire et le style personnel qu’il suppose. C’est l’ « intention » du peintre et la « cohérence » entre celle-ci et les moyens qu’il met en œuvre, la « syntaxe », le « vocabulaire ». Ce qui compte, c'est le « concept », qu'on se le dise. C'est le « discours » que l'artiste tient sur son « travail ». Tiens, c'est drôle, l'artiste tient le même langage que le « critique ». Et le critique est immédiatement compris de l'artiste. Cela veut dire une chose : tous deux sont en apesanteur, sur le même nuage. Tous deux pratiquent le même enfumage.
Car on est entre soi, on se comprend, on fait partie des initiés. J’aime énormément le langage des « critiques ». Alors je pose la question : les trous dans la toile font-ils partie du « vocabulaire » ou de la « syntaxe » ? Sont-ils « structurels » ou « conjoncturels » ? Est-ce pour laisser passer l’air et la lumière ? Les trous dans la toile sont-ils de l'art ?
Qu’on se le dise, en art (je ne dis pas « en peinture », car qui fait encore de la peinture ?), TOUT est devenu POSSIBLE. D’ailleurs, on ne sait plus exactement les limites. Qu’est-ce qui est de l’art ? Est-ce que le Piss Christ d’Avignon (ANDRES SERRANO) ? Est-ce même que l’urinoir de MARCEL DUCHAMP ? Est-ce que la tenue rayée de prisonnier des camps à la DANIEL BUREN ? Est-ce que ORLAN ? Est-ce que BOLTANSKI ? Est-ce que CLAUDE VIALLAT ? Est-ce que FROMANGER ? Est-ce que DI ROSA ? Est-ce que COMBAS ?
Est-ce qu’une salle remplie de ballons de baudruche gonflés dans laquelle les gens doivent se frayer un chemin sans rien faire éclater ? Est-ce qu’une avalanche de balles de ping-pong dans la montée de la Grand’Côte ? Est-ce que des petits poissons dans des sachets en plastique remplis d’eau ? Est-ce que des planches diverses et diversement découpées posées de biais contre le mur ? Est-ce que les tags et les graphs ? Je ne cite évidemment que de l’authentique.
Que faut-il conclure de tout ça ? Quelque chose de très simple, je crois. Nous vivons dans un temps qui ABOMINE LA LIMITE. Qu’on se le dise : la limite, c’est le mal.
Tiens, j’ai lu récemment le témoignage d’un couple suédois, face à l’interdiction légale de la fessée chez eux : « Eh bien nous discutons avec lui, ce sont des négociations interminables et épuisantes ». Entre origines ethniques différentes, ça porte le nom glorieux de « métissage » (certains précieux disent « créolisation »). TIKEN JAH FAKOLY le chante à sa façon : « Ouvrez les frontières, ouvrez les frontières, ouvrez les frontières ». Succès international garanti.
C’est donc valable pour les marchandises et les hommes. On ne voit pas pourquoi l’art resterait épargné par le tsunami.
C’est alors qu’on parle de « transgression institutionnelle ». L’oxymore, vous savez, la figure la plus littéraire qui soit, puisqu’elle assujettit impossiblement deux réalités contraires l’une à l’autre (« soleil noir », « feu glacé »), se transforme en mot d’ordre impérieux. Il faut se prosterner devant l'oxymore, accepter que le sens des choses se disloque de l'intérieur. C'est à ça qu'il sert, l'oxymore.
S’il n’y a pas encore de ministère de la « subversion officielle » (oxymore®), ce qui est sûrement un oubli, je propose à NICOLAS SARKOZY de le réparer séance tenante. Il subventionnerait l’institut des « mutins de la république » (oxymore®), qui n’auraient droit à l’appellation qu’après réussite au « concours de mutinerie » dûment organisé chaque année dans les temples de l’Education Nationale. Avec « numerus clausus » pour que le titre demeure irréprochable et prestigieux. Le « meilleur mutin de la république » recevrait une récompense spéciale du président. On le décorerait, parce qu'il est dérangeant, de l'ordre de la rébellion établie (oxymore®) ou de la dissidence autorisée (oxymore®). Et serait grassement payé. Avec des pantoufles républicaines en or massif.
Démerdez-vous comme vous voulez, mais faites-le moi, le grand écart. On vous obligera à être libres. INDIGNEZ-VOUS ! Allez, qu’est-ce que vous attendez ? Dynamitez-moi cette forme, et plus vite que ça ! Faites-moi exploser ces codes ! Enfreignez-les, ces règles, et en chantant ! Un peu de conviction, que diable ! Plus fort ! Eclatées, les conventions ! Disloqué, le carcan des traditions ! Soyez dérangeant ! Subversif ! Bousculez le bourgeois ! Il adore ça, il est « moderne » !
L’artiste est promu « marginal d’honneur » (oxymore®). JEAN-MICHEL BASQUIAT fut en son temps promu membre honoraire de cette harde. JACK LANG décore des tagueurs et grapheurs de la Légion d’honneur. La « subversion » règne en maîtresse absolue dans les salons de la République. Le peintre qui ne voudrait pas détruire l’ordre établi restera enfermé dans les fumées de l’inexistant (= à la porte de la renommée et du succès).
La révolution se porte bien, c'est un beau lys rouge (oxymore®) au revers du veston. Le révolutionnaire a pignon sur rue. Il intimide. On baisse les yeux. Tout ça lui a rapporté des milliards. Le dynamiteur en chef est honoré, célébré, adulé des femmes, on se l’arrache. Les artistes l’imitent. Ce sont les MUTINS DE PANURGE, comme dit PHILIPPE MURAY, dans une formule qui condense à merveille l’imposture.
Car tout ça est évidemment de la foutaise. En peinture, en théâtre, parfois même en musique (JOHN CAGE, dont j'ai réentendu hier soir la guignolesque et inénarrable "pièce pour piano jouet"), ce qui compte, ce n'est pas l'art. Ce qu'il faut, c'est avoir une IDEE, une simple idée qui va permettre de régner quelque temps sur l'esprit des snobs et des imbéciles, dans l'empyrée du SUCCES.
Attenter à l'ordre établi, tant que ça reste de l'ordre du spectacle, voilà le nouveau CONFORMISME. Si vous avez ce genre d'idée, fortune est faite. Mais soyez sûr que si vous voulez sortir du spectacle pour entrer dans la réalité avec l'intention d'attenter au même ordre établi, il y a la police et l'armée. Regardez du côté de l'armée égyptienne et de la place Tahrir.
Pour reconnaître les imposteurs, ces marionnettes du dérisoire, ce n’est pas difficile : vous regardez les « artistes » qui occupent le devant de la scène et dont la cote est au firmament financier. Pour les trouver, ce n’est pas difficile : vous observez le sillage des milliardaires, genre FRANÇOIS PINAULT ou BERNARD ARNAUD.
S’il reste des artistes, je pose la question : « Où sont-ils ? ».
Voilà ce que je dis, moi.
J'arrête là.
09:00 Publié dans ARTS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : georges pompidou, piero manzoni, peinture, art contemporain, andres serrano, piss christ, marcel duchamp, daniel buren, orlan, boltanski, viallat, di rosa, combas, tiken jah fakoly, nicolas sarkozy, éducation nationale, philippe muray, basquiat, jack lang
19.12.2011
PETITE HISTOIRE DU DESASTRE (2)
Résumé : je ne vois que ce que je sais, et je ne fais que ce que j’ai appris (proverbe telugu).
La transparence a disparu lorsque les peintres ont cru dur comme fer saisir le monde « tel qu’il était », au moment où il était. Autrement dit, l’illusionnisme a été à son comble quand il a changé de camp. Avant, les peintres savaient qu’ils étaient des prestidigitateurs, qu’ils étaient capables de faire apparaître la nature dans le salon, sur le mur en face de la cheminée. On les admirait pour ça. On peut appeler ça de l’humilité (voire de l’orgueil). Ou de la lucidité.
Et puis les photographes sont arrivés, l’index appuyé sur un bouton, qui ont confisqué la transparence à leur unique profit et usage. Alors, les peintres se sont drapés dans leur dignité, bouffis d’orgueil. Ils sont devenus opaques. Leur personne a commencé à compter. La vitre est devenue un écran. Qu’est-ce que la photo leur laissait ? Du coup, les impressionnistes ont attiré l’attention sur la façon d’appliquer les couleurs, et fait de l’artiste un personnage, au prétexte qu’ils introduisaient sur la toile le MOMENT. Ah, le moment !
Alors c’est vrai, ils avaient des arguments à faire valoir. Et des arguments techniques, s’il vous plaît. Assumés. Mine de rien, ils ont jeté à la poubelle la ligne, la surface, le modelé, le dégradé. C’est vrai, ça, quand tu regardes Le Bassin d’Argenteuil, de CLAUDE MONET, mais que tu le regardes de vraiment près, tu ne vois plus rien. Rien que des taches de couleur séparées les unes des autres. La peinture a divorcé du dessin. Pourquoi croyez-vous qu’on les a méprisés, quand on a vu ce qu’ils faisaient ? Pour l’unique raison qu’ils balançaient l’Académie comme un détritus.
Certains ont ensuite appelé ça « divisionnisme ». Je veux bien. Moi, je dirais volontiers que les impressionnistes ont inventé le PIXEL. L’impressionnisme est l’ancêtre du numérique en image. C’est lui qui a ouvert la voie. Et je ne parle pas de SEURAT : jetez seulement un œil, mais de très près, sur Un Dimanche d’été à la Grande-Jatte ou sur Le Cirque, vous m’en direz des nouvelles. Mais c’est un extrémiste, on a même appelé ça « pointillisme », à force d’être pointilleux.
Donc de près, vous ne voyez aucun « sujet ». Pour le distinguer, il faut prendre un peu de recul. C’est là que la transparence se recompose, c’est là qu’on a la Seine, l’ombrelle, la meule, la cathédrale de Rouen. Les impressionnistes, finalement, ils n’ont pas rompu avec la nature. Seulement avec l’Académie. Alors même que c'est une peinture savante, peut-être seulement un peu plus « scientifique ».
Ça veut dire une chose : les impressionnistes ne cherchent pas à rendre « la chose, mais l’effet qu’elle produit » (ça c’est MALLARMÉ qui l’a dit, autour de 1860, pour dire que ça remonte). Non la chose, mais l'effet. Elle est là la rupture. Ils intellectualisent, quoi. Ben oui, c’est qu’une peinture comme celle-là, il faut du raisonnement pour y parvenir.
On est en route vers l’abstraction. Je ne dis pas pour aimer les impressionnistes, puisque tout le monde les aime, mais pour les comprendre, il faut de la pensée. Contrairement à ce qu’on pense, ça demande un effort. Et à l’arrivée, finablement (comme on disait chez moi), ils ne sont pas si épastrouillants qu’on le dit.
En délaissant le modelé, le dégradé, la ligne, les impressionnistes ont eu l’impression de casser la vitre qui s’interposait encore entre l’œil et la nature. En fait, ils ont posé la première pierre d’un mur de séparation. Celui sur lequel le Capitaine Haddock se casse le nez dans Les 7 boules de cristal.
L’effet principal de l’impressionnisme sur la manière de peindre est de rompre avec le continu de la nappe de couleur, qui avait prévalu jusqu’à eux. Ce que certains appellent « décomposition lumineuse ». Et dans le fond, ce n’est pas grand-chose. Je sais qu’il y a des précédents, mais ça reste disséminé ici ou là. Après les impressionnistes, cette manière s’impose et se généralise. Irréversible. C’est une vraie catastrophe, qui s’est appelée plus tard « modernité ».
On peut dire que le peintre impressionniste hésite encore à sauter le pas. Il met un pied dans le sable mouvant de la rupture (le divisionnisme), mais il garde l'autre dans la glèbe grasse de la tradition (la représentation du réel). J'aime bien donner dans la métaphore bien lourde, de temps en temps. C'est rigolo, non ? C'est aussi ce qui fait de tous les amoureux de la peinture impressionniste des aventuriers timorés, des explorateurs en pantoufle, des révolutionnaires conservateurs.
Aimer la peinture impressionniste, c'est, dans le fond, ne pas s'opposer à la « marche vers la modernité », tant que celle-ci ne fait pas « table rase du passé ». C'est « aller vers l'ombre » sans « lâcher la proie ».
Car dans la modernité, au diable la transparence et l’illusion. C'est fini. Adieu, veaux, vaches et tout ce qui va avec. Qu’on se le dise : l’artiste devient un homme libre. Il a su « s’affranchir » de la réalité. Même que ANTONI TAPIES a publié un livre intitulé La Réalité comme art. Il s’est montré capable de « transgresser » le « pacte » de la représentation.
Il prend sa toile pour ce qu’elle est : une toile, une page blanche, sur laquelle il peut projeter n’importe quoi. C’est là que la peinture devient sa propre fin. L’impasse, quoi. « Une impasse sans issue dont on ne peut sortir, oui, chef ! », déclare l’inspecteur Crouton dans le magnifique Libellule s’évade, BD de MAURICE TILLIEUX. L’artiste est artiste parce qu’il a décidé que c’était comme ça. Il fait ce qu’il veut. Il est libre, Max. La toile est devenue un but en soi, le mur du fond, l’horizon bouché, l’absence d’au-delà. L’artiste y projette sa dimension restreinte.
Alors, vous avez CEZANNE avec sa Sainte-Victoire découpée en quadrilatères, vous avez DERAIN, qui schématise en couleurs unies un paysage avec sa perspective, mais sans son volume (La Côte d’Azur près d’Agay), vous avez BRAQUE, et les cubes de ses Maisons à l’Estaque. Bref, vous avez toute la MODERNITÉ. Et ça se passe après la rupture et la décomposition impressionnistes.
Une fois que vous avez « déconstruit » la méthode, que vous l’avez pulvérisée et réduite à ses composantes, les artistes vont pouvoir piocher dans cette sorte de bibliothèque, en extraire un élément, et faire carrément de cet élément un style, qui fait qu’on le reconnaît au premier coup d’œil. Par exemple, FERNAND LEGER parle des lignes, formes et couleurs comme des « trois grandes quantités plastiques ». Eh oui, c’est comme ça qu’on parle.
Ça peut être la géométrie perpendiculaire (MONDRIAN), la ligne courbe (GEORGES MATHIEU ou CY TWOMBLY, vous savez, celui du tableau « souillé » par le baiser amoureux d’une visiteuse, à Saint-Etienne, il me semble), le dessin (les gribouillons enfantins de DUBUFFET), la surface (par exemple SIMON HANTAÏ), la couleur (MARC ROTHKO, YVES KLEIN), la matière (ANTONI TAPIÈS). On n’en finirait pas.
KAZIMIR MALEVITCH a pu peindre Carré blanc sur fond blanc. Même qu’il a appelé ça « suprématisme ». PIERRE SOULAGES a pris le contrepied en appliquant du noir sur du noir. Il paraît (on me l’a dit) que c’est très très fort. Si on le dit, ce n’est pas moi qui vais contredire.
Et ne me parlez pas de PABLO P., l’opportuniste en chef de la peinture moderne, qui payait ses restaurants en signant la nappe pour la plus grande joie du patron. Ce despote cynique gardera toujours à mes yeux les traits et le nom que le même MAURICE TILLIEUX lui a donnés dans Popaïne et vieux tableaux (la suite du précédent) : OBLAP OSSAPIP (très jolie trouvaille). PABLO P. n’est finalement qu’un grossier éjaculateur : de la vitalité à en être malade, mais pas de morale. Exactement comme un certain DSK.
Et encore heureux êtes-vous si vous êtes épargné par l’œuvre qui exige la participation du spectateur ; ou bien l’œuvre d’ « art brut » (les productions des fous, mais aussi de GASTON CHAISSAC) ; ou encore l’œuvre d’ « art pauvre » (KOUNELLIS, MARIO MERZ, PIERO MANZONI).
Une mention spéciale pour MANZONI, oui, celui-là même qui a rempli, en 1961, des boîtes de conserve avec sa propre merde, boîte que des « amateurs » ont achetées, même qu’aux dernières nouvelles, 50 ans après, ils ont un souci à cause de l’oxydation du métal, et que je leur souhaite bien du plaisir.
Je leur suggère de se mettre à table, avec un ouvre-boîte, une tartine de pain, et un couteau pour étaler. Après avoir regardé la date de péremption. On ne sait jamais. La merde peut avoir tourné. Pourvu que la direction des fraudes et l’agence de santé des aliments ne viennent pas y mettre leur nez. D’ici qu’ils les obligent à partager.
Remarquez, je dis du mal, mais c'est une question d'époque. Car c'est en 1962 que BEN (VAUTIER) a exposé un gobelet de son urine. On a fait mieux depuis, avec je ne sais plus qui et sa "machine à déféquer".
Mentionnons pour mémoire l’œuvre de JOSEPH BEUYS, l’artiste qui incorpore à ses oeuvres toutes sortes de matériaux organiques (jusqu’aux poils et rognures d’ongles).
Bref, comme disait GEORGES POMPIDOU : « Passées les bornes, y a plus de limites ».
Voilà ce que je dis, moi.
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18.12.2011
MON HISTOIRE DU DESASTRE EN PEINTURE (1)
Résumé : je disais donc que regarder, ce n’est pas réciter ce que les yeux ont appris. Cette belle phrase est un proverbe tchouvache ou oudmourte, je ne sais plus ; si vous me dites que c’est tchouktche, je me tais. Mais après tout, il est possible que ce soit un proverbe narikurava. Mon vieux proverbe bantou des familles, qui m’a déjà rendu bien des services, disait : « Le touriste ne voit que ce qu’il sait ». Ce qui veut dire la même chose.
Qu’est-ce que c’est, un tableau, au bout du compte ? Une surface quadrangulaire de dimensions variables, enduite de substances colorées. Je jure que je n’invente rien. C’est madame Foncoutu qui me l’a dit. Mais ça ne dit pas grand-chose. Madame Coutufon ajoute alors qu’on pourrait comparer ça à une fenêtre. Ben oui, quoi, il y a un cadre, et quand on ouvre à deux battants, on voit un paysage. Merci mesdames.
C’est vrai qu’une fenêtre ouverte, c’est fait justement pour ne pas être vu. C’est même pour ça qu’on l’a inventée. Autrement dit, elle n’existe que pour qu’on ne la voie pas. On ne regarde pas la fenêtre, on regarde par la fenêtre. C’est bête, mais ça reste vrai, même aujourd’hui. Qui est une époque compliquée.
Un tableau, c’est une fenêtre ouverte sur une infinité de choses. Un bouquet de fleurs opulent, une crucifixion, un visage, un déjeuner sur l'herbe, des Noces de Cana, des pommes et une bouteille, une ville, Napoléon au champ de bataille d’Eylau, des arbres dans une vallée, une montagne, Vénus endormie, des gens qui jouent de la musique, une chaise, une Tour de Babel, une vache, plusieurs vaches, que sais-je : un troupeau de vaches.
Sur fond de verdure. Avec au premier plan à droite une paysanne en robe colorée et en sabots, l’aiguillon à la main, conduisant au pré toutes ces bêtes à cornes. Pour faire couleur locale. Monsieur Prudhomme le verrait bien dans son salon, sur le mur face à la cheminée. Mme Prudhomme estime que les verts de la prairie jureraient avec les tentures et le tapis. M. Prudhomme plisse le front en regardant Mme Prudhomme, finit par opiner et se faire une raison.
Ç’aurait été pourtant bien, cette grande fenêtre ouverte sur la vie champêtre, la rudesse des travaux, la sincérité de la nature, le cycle des saisons. Ah, l’air pur de la campagne s’engouffrant en bourrasques virtuelles sous la lourde armoire en noyer, faisant trembler les deux bergères Louis XVI en bois laqué et soulevant les rideaux cramoisis ! Cette transparence de vitre apportant la fraîcheur des odeurs candides au milieu de la tiédeur moite et du bien-être confortable !
D’accord, j’arrête. C’était juste pour montrer que je peux le faire. J’ai squatté un instant le cerveau de M. Prudhomme. Celui du poème de VERLAINE : « Il est grave : il est maire et père de famille ».
Ce n’est quand même pas complètement faux, ce qu’il pense, le père Prudhomme : depuis que les peintres peignent des tableaux, leur effort a longtemps consisté à faire apparaître, dans un cadre finalement étroit, une portion d’une réalité qui, naturelle ou non, reste paradoxalement absente, car je rappelle que dans un atelier de peintre, il n’y a en général pas beaucoup de vraies vaches.
Ce qui compte alors, pour la vitre du tableau, c’est la transparence. C'est ce qu’on appelle « réalisme ». Ou « illusion de la transparence », comme on dit dans les écoles. Car c’est une transparence qui se travaille, qui se fabrique. La vitre, il faut la rendre invisible.
Ce travail n’est pas à la portée du premier venu. Demandez au petit BUONAROTTI. Son prénom ? MICHEL-ANGE. Tiens, regardez-le se crever la paillasse à piler péniblement ses pigments dans son mortier, pour le compte de son maître, le grand GHIRLANDAIO. Celui de Florence et de la chapelle Sixtine.
Il a treize ans. C’est lui qui va chercher les cafés et les cigarettes, et qui balaie l’atelier. Ça dure jusqu’à ce que le maître l’autorise à passer le premier enduit. En même temps, il aura eu tout loisir pour observer et écouter. C’est ça, le métier : avant qu’il sorte, il faut du temps pour qu’il entre. C’est pas demain la veille, le Moïse et le mur du fond de la Sixtine.
Alors voilà, pour fabriquer de la transparence, c’est une longue patience. Cela s’appelle perspective, ligne, surface, forme, modelé, matière. Mais aussi ombre et lumière, avec leurs façons d’aller ensemble, les couleurs avec tous leurs mariages et tous leurs dégradés possibles, bref, tout ce qu’on appelle la technique. Beaucoup préféraient le mot « métier ». De toute façon, « technique », en grec, ça veut dire « art », allez vous y retrouver.
La technique, c’est tout ce qu’il faut maîtriser pour faire croire que c’est vrai – ce qu’on appelle très bêtement le « réalisme » (vous savez : « Il ne lui manque que la parole », « On dirait qu’il va aboyer », et autres fadaises). On appellerait ça « illusionnisme » si on était raisonnable.
Tous ces trucs, quand vous les aviez au bout du doigt, vous pouviez y aller. Que ce soient des scènes sacrées, paysannes, guerrières ou familières, que ce soit du gibier, du poisson ou du bétail, que ce soient des palais ou des masures, le Grand Canal de Venise ou les falaises d’Etretat, si vous maîtrisiez les outils mentionnés plus haut, vous aviez les moyens de tout faire, et l’argent rentrait. L’argent de la transparence.
Qu’est-ce qui a opacifié la fenêtre ? Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Comment se fait-il qu’un jour, les peintres ont cessé de regarder le monde à travers leur toile ? Et qu’ils se soient mis à regarder leur toile ? Et à se regarder dans leur toile ? Parce que c’est ça, qui s’est passé : la toile est devenue la scène du peintre en personne. Pourquoi, je n’en sais rien de sûr. J’ai mon idée, vous vous en doutiez.
Un jour, la toile du peintre a cessé d’être transparente. Comme si la fenêtre se refermait. Pour expliquer ça, je ne vois rien de mieux que le Capitaine Haddock. C’est dans Les 7 boules de cristal, à la page 14. Il ouvre la porte de la « buvette », et se fracasse le nez sur un mur. On peut dire deux choses. Soit : « Le réel est brutal ». Soit : « L’illusion est à son comble ». Ça revient au même.
Qui a fait ça, et quand ça s’est passé, c’est sans doute assez facile. Mais ça reste paradoxal. Ben oui, j’ai l’impression que la fenêtre est devenue un mur au moment même où on commençait à croire que la vitre en personne tombait, pour laisser place à la réalité brute et vivante. Ça se passe à peu près au moment où les gars ont commencé à sortir de leurs ateliers pour aller peindre dans la nature. « Il faut peindre sur le motif », ils disaient, EUGENE BOUDIN et quelques autres.
Il est là, et il est gros, le paradoxe : la toile prend le premier rôle au moment même où elle est supposée porter la réalité extérieure en personne. Bon, c’est vrai, pas mal de gens ont noté que ça se passe à peu près au moment de l’explosion du marché de la photographie. Pour ce qui est de restituer le réel, la photographie, yapafoto, comme disent les Japonais. Impossible de rivaliser, pour le peintre. Même pas la peine d’essayer.
C’est donc bizarrement en rencontrant la nature en direct que les peintres ont perdu la transparence. A cause de la photographie, probablement. A cause aussi de leurs sensations. Ben il faut les comprendre. Quand tu es dans ton atelier, la nature, tu l’imagines, tu la reconstruis, au final tu la fabriques. La meule de foin, quand tu la vois sous ton nez, ce n’est pas pareil.
Parce que voilà, les sensations, c’est le matin ou le soir. C’est en pleine lumière ou à contre-jour. Il fait beau ou il pleut. Enfin, on n’a que des emmerdes. Ce n’est jamais pareil. C’est pour ça que MONET aligne les meules de foin en série. A cause des sensations. Même chose pour les Cathédrales de Rouen. C’est pour coïncider avec les différents moments. Voilà, en gros, comment ça s’est passé. Je résume.
Voilà ce que je dis, moi : qui m'aime, à suivre.
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22.11.2011
DITHYRAMBE AU CACA DE CHIEN
MERCI ET BRAVO A TOUS LES CHIENS !
Je voudrais me tourner aujourd’hui vers nos frères inférieurs, ces compagnons de nos veilles les plus studieuses comme de nos échappées les plus folâtres, de nos humeurs les plus dyspeptiques comme de nos instants de déréliction les plus pathétiques. Je voudrais m’adresser à eux pour les remercier.
Merci à vous, mes frères inférieurs. Je vous rends grâce. Vous avez accepté de quitter les champs fertiles et les verts pâturages au cours d’un exode rural que nulle autre espèce que la vôtre n’a jamais eue à subir, pour vous enfermer dans des appartements de vingt-cinq mètres carrés avec des individus drôlement moins drôles que les rats des champs, et avec des mollets qu’il vous est interdit de caresser avec les dents quand l’envie vous en prend.
Merci à vous, en particulier, d’avoir gardé de vos campagnes ancestrales la saine et sainte habitude de parsemer les champs de nos trottoirs de vos superbes fleurs d’anus, qui ouvrent leurs corolles généreuses aux semelles de nos chaussures, heureuses de transporter jusque sur nos moquettes épaisses et claires quelques pétales de vos bouquets aux mille senteurs.
Merci aussi à vous, les maîtres de si charmantes créatures, qui n’hésitez pas à partager avec tous les inconnus que vous croisez la si délicate attention qui sort du derrière de vos compagnons à quatre pattes. Je n’hésite pas, en chantant vos louanges, à vous comparer à ces sublimes donateurs de tableaux d’église, tels les glorieux chancelier Rolin, chanoine van der Paele et Chartreux, dont nous avons conservé les traits par la magie des pinceaux de JAN VAN EYCK, dans ses célébrations de la Vierge.
Oui, merci à vous, ô donateurs : vos chiens sont les pinceaux vivants de votre art éternel. Pour être parfaitement exact, je devrais dire qu’ils sont les tubes que l’on presse pour en faire sortir la couleur. Quant aux trottoirs, ils sont les palettes de votre inépuisable inspiration esthétique, en même temps que la toile qui s’offre à vos élans créateurs. Fidèles, passant et repassant inlassablement chaque jour, renouvelant et mélangeant avec subtilité et audace les pâtes colorées, vous faites apparaître à nos yeux émerveillés des paysages aux tons enchanteurs sortis des culs canins que vous entretenez avec amour.
Ici, cette pincée d’un bistre si subtil, presque éthéré, offerte par la bouche arrière de quelque pékinois pincé et hautain, retrouve, on ne sait comment, la simplicité primitive de ses ancêtres frustes, dont l’esprit jamais ne fut effleuré par l’idée de s’arracher à sa glèbe originaire, à laquelle est intimement attachée la botte paysanne, et dans laquelle elle se ressource à tout moment.
Alors, et alors seulement, la botte citadine se ressouvient de ses racines et pousse, au moment d’écraser l’offrande qui lui est destinée, un profond soupir d’indicible contentement : « Rhââ lovely ! ».
Là, ce monticule de rouge profond, d’un caroténoïde triomphant, voire insolent, tout droit sorti de l’orifice arrogant et puissant d’un dogue allemand de superbe embonpoint, dessine l’ocre éclatant de la falaise des ailleurs qui nous appellent aux éternels voyages, en des incantations mystérieuses et ensorcelantes.
Son « parfum exotique », « qui circule dans l’air et m’enfle la narine » et qui n’est pas sans rappeler (de loin, si possible) celui « des verts tamariniers » (BAUDELAIRE), insuffle sa force au passant trop timide, à la passante apeurée, à l’enfant impressionné, au vieillard effarouché.
Heureux celui qui là, venant aux heures tardives, va prendre des deux pieds assez de souvenirs pour toute une longue soirée d’analyse de l’oeuvre. On l’entendra longtemps, dans la nuit magnétique, manifester son enthousiasme et entonner son cantique d’action de grâce et de bonheur : « Rhââ lovely ! ».
Et quelle extase enfin, quand deux ministres canins, pour le moins plénipotentiaires, croisant à l’improviste leurs humeurs colorectales aux nuances irisées, extraites en grande pompe et en couches alternées de leurs trappes aux immondices, marient la sobriété d’un coloris chatoyant de chocolat au lait aux pressentiments sombres d’un chocolat noir digne d’Hamlet. Vous l'entendez jouir, le spectre d'Hamlet ? Oui ! On entend distinctement : « Rhââ lovely ! ».
Merci à tous les chiens ! Merci à tous leurs maîtres ! Sur cette école d’art appliqué à ciel ouvert, l’humble peintre contemporain prendra modèle, que dis-je, prend d’ores et déjà modèle, et depuis quelque temps, comme on le constate dans la plupart des galeries et musées d’art assez modernes pour flairer, c’est le cas de le dire, les tendances à la mode.
C’est fou ce que l’humble peintre contemporain s’inspire de ses professeurs à quatre pattes pour obturer le vide inspiratoire de la toile blanche tendue sur son cadre, comme un trou à plâtrer. Je propose cette idée à tous les ANDY WARHOL qui s’efforcent de percer, parmi la meute de loups affamés qui peuplent le milieu impitoyable qu’on appelle art contemporain. A condition qu’ils s’efforcent d’acquérir la technique du métier par une discipline appropriée. Reprenons.
On commence par un cours sur l’étalement des matières, selon les deux étapes didactiques désormais bien connues : ouverture commandée du sphincter troufignesque, pour la partie « production », puis étalement proprement dit, pour la partie « mise en forme ».
Cette dernière étape, assez convenue dans son déroulement méthodologique, revêt une infinité d’aspects qui dépendent d’un grand nombre de facteurs, dont j’indique ici les principaux : poids de la personne, longueur et largeur des semelles, parties de celles-ci qui « entre en contact » avec la matière, sexe de la chaussure.
A cet égard, on ne saurait sous-estimer les possibilités d’exploitation qu’offrent les différences entre, mettons, pour aller vite, le haut escarpin à la MARLÈNE DIETRICH ou le léger « trotteur » des dames, d’une part, et d’autre part, les brodequins, mocassins et autres pataugas arborés par les messieurs. Une mention spéciale (et une pensée apitoyée) pour les amateurs, en été, de marche en « tongs », bien que lui, de toute façon, soit obligé de se laver les pieds avant de se mettre au lit.
Pour les cours de couleurs, on n’épiloguera pas, et l’on renverra le lecteur au VINCENT VAN GOGH des Mangeurs de pommes de terre, au JEAN DUBUFFET de Paysage blond. L’explication en est simple : la palette du chien, en peinture, ce n’est pas l’arc-en-ciel, loin de là. Elle se limite malheureusement à l’insuffisante variété de son alimentation. Il est excessivement rare et difficile d’obtenir un beau bleu soutenu. Le vert manque de netteté. Quant au jaune, il va souvent de pair avec une liquidité extrême de la matière, très difficile à manier, par définition.
Quoi qu’il en soit, je tenais à rendre cet hommage à la gent canine, si souvent et si injustement décriée par tant de renfrognés, tant de vieux béotiens bougons et de malappris sans culture, sans aucun goût pour les oeuvres esthétiques, non seulement assez égoïstes pour se passer de talents picturaux incomparables, mais encore assez outrecuidants pour dénigrer les travaux de recherche désintéressée d’artistes à quatre pattes, uniquement soucieux d’apporter gratuitement un peu de beauté dans l’univers désincarné de nos villes de pierre.
Voilà ce que je dis, moi.
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23.10.2011
MUSIQUE, PEINTURE ET SALMIGONDIS
Regardez en peinture, comment ça se passe : il y a longtemps, c’était du temps de la Galerie K (quai de Bondy, non loin de la salle Molière) et de COLETTE KOWALSKI, veuve du poète lyonnais ROGER KOWALSKI, mort trop tôt, je m’étais permis de faire remarquer à REGIS BERNARD (qui avait repris l’atelier de HENRI VIEILLY, place Antonin-Poncet, il me semble) que sa peinture me faisait tout à fait penser à celle de GIORGIO MORANDI. Dans mon esprit, c’était plutôt flatteur, car MORANDI est un tout grand artiste. Il n’avait pas donné l’impression d’être démesurément flatté de ma remarque. Et pourtant, REGIS BERNARD est un vrai bon peintre.
Cela montre peut-être combien est grande, sur l’artiste (poète, musicien, peintre), la pression d’une exigence : apporter du nouveau, en particulier un « style » qui devienne sa « patte » reconnaissable et irréfutable. Qui n’appartienne qu’à lui. Une condition sine qua non. Faire ce que personne avant lui n’a fait. D’une manière qui ne fut celle de nul autre avant lui. Mathématiquement impossible : vous imaginez sept milliards d’artistes, tous individués de manière nette et sans bavure ?
Drôle d’exigence quand même, et dans un drôle de monde. C’est vrai quoi, pendant des millénaires, le nouveau a fait peur, et pour une raison bien simple : ce qui est nouveau est inconnu, et ce qui est inconnu est dangereux, et c’est dangereux, parce que ça risque d’ébranler l’ordre établi, le mode de vie, les points de repère, que sais-je ? De tout foutre en l’air, si ça se trouve.
Nous, on est des drôles d’animaux, par exemple. Même pas peur ! Pas peur du nouveau. C’est même le contraire : on guette, on est à l’affût. On est malades d’innovation. Besoin d’inscrire son nom dans la déjà interminable liste des innovateurs. Tiens, c’était quoi, le nom de cet « artiste », et en quelle année c’était, qui avait rempli un camion-benne de balles de ping-pong, qui avait été amené en marche arrière au sommet de la Montée de la Grand’Côte ? Le chauffeur avait actionné la benne. L’ « artiste » avait ouvert le battant arrière, et contemplé en riant et battant des mains les milliers de petites baballes débaroulant jusqu’à la place des Terreaux, tout au moins jusqu'au local de la secte scientologique.
Mais au moins, ce geste dérisoire a la gentillesse amusante de l’enfantillage. Et ça n’a pas la prétention hargneuse et hautaine de certains qui se disent « hartistes » (avec « h » violemment aspiré). Je pense à ce niais prétentieux qui avait cru intéressant de suspendre au plafond, en un quadrilatère régulier de 10 sur 10, une centaine de traversins de couleur écrue au bas de chacun desquels il avait inscrit au feutre noir le prénom de la fille supposée y avoir une nuit posé sa tête.
C'est quoi, ce monsieur ? Ni la vigueur, ni le savoir-faire pour donner aux dames l'envie de s'attarder plus d'une nuit sur son oreiller ? Eh bien je le dis : JE LE PLAINS. En plus, cette exposition de l'intimité a quelque chose de prétentieux dans l'indécence, ou d'indécent dans la prétention. Il y a certes plus prétentieux. Cela se passait hélas au Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons, dirigé par l’excellent JEAN-CLAUDE GUILLAUMON. Lequel m’avait fait l’amitié trop généreuse de m’inviter à y intervenir en 1988, moi qui n’y avais guère de titres. J'avais platement lu mon Manifeste de Babelthérapie. Je n'ai aucun sens de la mise en scène.
Je ne partirai pas en guerre contre les moulins à vent de l’art contemporain qui se prennent pour des géants attendant en vain leur Don Quichotte pour en acquérir un petit lustre. Cela ferait trop plaisir à DANIEL BUREN, fossilisé avant d’être mort dans les innombrables strates marneuses de ses milliers de bandes alternées de 8,7 centimètres de largeur. On en retrouvera les traces dans quelques milliers d’années, et les paléontologues interloqués se gratteront le crâne devant ces étranges manifestations de rituels religieux : à quoi de même pas intelligent, mais simplement sensé auraient bien pu se référer des éléments aussi secs, malhabiles et rudimentaires, qui avaient tout d’un académisme bégayant et guindé ?
Je ne partirai pas en guerre contre BERTRAND LAVIER, qui « interroge les rapports de l’art et du quotidien », et qui modifie et hybride, au sein même du musée, « des objets de la vie courante, de façon à ce que leur statut même s’en trouve mis en question » (wikipédia). Je lui laisse ses porte-manteaux et autres accessoires accrochés en biais, en diagonale ou de guingois.
Je me garderai de partir en guerre contre les carreaux blancs de JEAN-PIERRE RAYNAUD, qui transforme tout en décor de salle de bains, dont une « stèle pour les droits de l’homme », à Barcelone (ne pas oublier les joints noirs comme constitutifs de l’œuvre d’art). Je ne m’en prendrai pas davantage à la maison qu’il a mis plus de 20 ans à édifier pour des « études spatiales », et qu’il a décidé de détruire et de réduire en morceaux, pour vendre ceux-ci empilés dans de très gros pots de fleurs.
Ne me parlez pas non plus de CLAUDE VIALLAT, immortel inventeur du quadrilatère flasque, forme qu’il a déclinée sur toutes sortes de supports textiles et dans toutes sortes de couleurs (des « toiles non tendues », s’il vous plaît), et dont il a défiguré l’église Notre-Dame des Sablons à Aigues-Mortes en en faisant le motif des vitraux.
Remarquez, tout le monde s’extasie devant le champion du monde du NOIR, PIERRE SOULAGES, mais regardez l’effet visuel que donnent maintenant les vitraux de la fabuleuse église de Conques (avec son tympan du jugement dernier à se relever la nuit du dernier jour). Vu de l’extérieur, un effet d’acier mat, vu de l’intérieur, des diagonales relativement incompréhensibles.
Ce qui fait qu'on supporte qu'ERIK DIETMAN fasse partie de la bande des truqueurs, c’est une sorte de jubilation noire et ricanante. Ma foi, pourquoi pas ? Mais le tableau de CHRISTIAN ZEIMERT « Le monde riant » est juste fait pour s’esclaffer (hi hi, PIET MONDRIAN (1872-1944), la bonne blague). ORLAN, la masochiste, a transféré très tôt son atelier dans un bloc opératoire, ce dont on voit les effets sur son propre corps. Elle est très fière des « cornes » qu’elle s’est fait greffer par un chirurgien, et ce n’est pas sa farce du « Baiser de l’artiste » qui peut sanctifier le naufrage (le slogan « Ceci est mon corps », était déjà pris).
Au fond, ce qui me donne la nausée, dans une bonne partie de l’art contemporain, c’est que ceux qu’on appelle par abus de langage des « artistes » se sont fait un nom sur UNE SEULE idée, qui devient leur marque de fabrique, qu’ils rentabilisent à tout va, et qu’ils déclinent ensuite de toutes les façons de formes, de couleurs, de lieux, de conditions temporelles possibles et imaginables : CESAR et ses compressions, ANDY WARHOL et ses multiples, etc.
Cette unique idée, elle devient explication et synthèse du monde, « cymbalum mundi », système philosophique, grille de lecture pour les grands mystères de l'humanité. Elle est érigée en DOGME. Les prêtres de leur Eglise le proclament. Les fidèles s'inclinent et s'agenouillent pour communier, et se mettent àat ventre pour leur baiser les orteils. .
Vraiment, peut-on dire que KEITH HARING ou ROBERT COMBAS ont développé un « style » ? Non : ils ont créé du « visuel ». C'est de la PUBLICITÉ. C’est de l’image de marque, et rien d’autre. Peut-on dire que BEN (VAUTIER) possède un style, avec ses formules à la noix qu’il a vendues contre monnaie sonnante à la marque Clairefontaine, et qui « habillent » à qui mieux-mieux les cartables et agendas des collégiens et lycéens ?
J’ai vu il y a fort longtemps une « installation » de JEAN CLAREBOUDT à la maison de la Condition des Soies : que voulez-vous, les bras m’en tombent. Même chose pour cette « performance », vue au Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons, je ne sais plus quand, où une femme parcourait un quadrilatère en versant du sable en quatre petits tas, pendant qu’un collègue équipé pour l’escalade parcourait un mur lui-même équipé pour ça, et qu’un troisième larron poussait à intervalles réguliers de petits cris, assis dans une baignoire suspendue au plafond dont il s’échappait par la bonde un liquide jaunasse comme de l’urine. Y a-t-il quelque chose à ajouter à ce petit descriptif neutre et objectif ?
Mon but n’est évidemment pas de faire l’inventaire de toutes les colifichets que des camelots d’art ont cru de leur devoir d’encombrer la réalité existante. Ce serait plutôt de glisser une remarque dans l’oreille des « artistes expérimentaux ». Monsieur DANIEL DEZEUZE, reconnaissez que vous vous êtes livré à un bon gros FOUTAGE DE GUEULE, avec votre « Echelle en bois souple déroulée au sol ». Monsieur ROBERT MALAVAL, avouez le MENSONGE moral que constitue votre « Germination d’un fauteuil Louis XV » (d’ailleurs vieux comme L’Enigme d’Isidore Ducasse. Empaquetage, de MAN RAY (1920), ou le Couvert en fourrure, de MERET OPPENHEIM (1936)).
Tout le monde a en mémoire les spectaculaires empaquetages de CHRISTO. Mais quand il a empaqueté le Pont Neuf et le Reichstag, qui a dit qu’il a purement et simplement piqué l’idée, en l’amplifiant, à MAN RAY qui, lui (en 1920, s’il vous plaît !), rendait hommage aux Chants de Maldoror, de LAUTREAMONT (« beau comme la rencontre fortuite d’une machine à coudre et d’un parapluie sur une table à dissection »), ce qui avait tout de même un peu plus de gueule, quoi qu’il faille penser de son paquet ficelé ?
Trop de démarches « artistiques » modernes sentent la rentabilisation effrénée d’idées toujours déjà précédentes, la recherche de notoriété et de fric, dont ANDY WARHOL est la caricature paroxystique. Ou alors tout simplement, ça sent le manque d’inspiration. « Qu’est ce que je pourrais trouver, qui n’ait jamais été fait ? Une idée qui marche ? » Surtout « qui marche ». Et si tous les fabricateurs d'oeuvres et les imposteurs d'art ne souffraient pas, tout bien considéré, de radicale pauvreté, de totale absence d'inspiration ?
Mais heureusement, il reste de la vie dans le désert de l’art contemporain.
Parlez-moi du travail de BERNARD RÉQUICHOT, alors là, moi, je marche à fond. C’est tout ce que vous voulez, ces traits qui s’enroulent sur le papier, qui s’entrelacent, se recouvrent, se développent comme des tentacules ou des pseudopodes, qui me font penser aux monstres qui naissent sous la plume de FRANQUIN (oui, le même que celui de Gaston Lagaffe). Quelque chose de complètement allumé, certainement, et de vaguement inquiétant, j’en suis d’accord. Mais tout à fait fascinant. Quoi, c’est confidentiel ! Bien sûr que c'est confidentiel !
Mais c’est justement pour ça que c’est intéressant, BERNARD RÉQUICHOT. Pourquoi ? Parce qu’on sait tout de suite qu’on a à faire à un INDIVIDU, et non pas à un marchand ou à un clone. C’est un vrai problème : comment se distinguer de la masse, c’est-à-dire comment devenir ou rester un INDIVIDU, quand il y en a six milliards d’autres aussi légitimes à y prétendre ? Et comment le faire sans user de « trucs » et procédés dont la seule vertu est de frapper à l’estomac ? Le seul moyen, c’est de rester dans son coin à cultiver son lopin, comme BERNARD RÉQUICHOT.
Mais du coup, qui connaît BERNARD RÉQUICHOT ?
A suivre, avec un vrai peintre, cette fois, promis.
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18.08.2011
LISEZ LA CARTE ET LE TERRITOIRE
DAMIEN HIRST, pour ceux qui l’ignorent, a réalisé l’œuvre d’art la plus chère de tous les temps (à la fabrication, dirons-nous), avec un véritable crâne humain recouvert de (environ) 8000 diamants authentiques. A mon avis, ça défonce l’œuvre de JEFF KOONS, visible autrefois dans Art press, où celui-ci se photographie avec sa verge en train de pénétrer dans la CICCIOLINA à cheval sur lui, tout ça dans des couleurs tendres, voire kitsch, et où la femme fait tout, par sa mimique, pour indiquer qu’elle est en train de jouir. Bon, c’est vrai, elle fait toujours la mimique de la jouissance féminine sur toutes les photos de la série, car il y a une série entière, bien entendu, on aurait tort de se priver.
Il a dû chercher longtemps le moyen de se replacer au sommet du podium, JEFF KOONS, mais, apparemment, il n’a pas trouvé. Moralité : l’argent a eu la peau du sexe. Dit autrement : la marchandise a triomphé de la morale, puisque pour « heurter les sensibilités », exhiber une copulation « in vivo » est dépassé : il faut maintenant des diamants, et des diamants comme s’il en pleuvait. Et ça ne heurte même plus personne. C’est le stade, en quelque sorte, des icônes désicônisées.
C’est d’ailleurs ce dont MICHEL HOUELLEBECQ est convaincu, au moins apparemment, car ce tableau impossible à achever, que Jed Martin finira d’ailleurs par détruire, ça symbolise bien sûr (mais est-ce si sûr ?) l’escroquerie cynique et arrogante que constitue désormais l’étalage sans vergogne des montagnes de fric sous le nez même de ceux que l’ultralibéralisme racle jusqu’à l’os.
La Carte et le territoire, c’est curieux, on rencontre cette expression deux ou trois fois dans le volume des Essais de PHILIPPE MURAY. Un territoire, à proprement parler, c’est rigoureusement indéchiffrable : regardez une photo aérienne prise à la verticale, impossible de se repérer, de s’orienter, ni numéro de routes, ni nom de village ou de rivière. Et si on est au-dessus d’une forêt, je vous dis pas. En gros, face à une telle photo, vous êtes, comme on dit, paumé. Remarquez, c’est la même chose pour n’importe quelle photo : dans la presse, qu’est-ce qu’il en reste, comme information, si vous en supprimez la légende ?
Elle sert à ça, la carte : à donner toutes les légendes nécessaires pour qu’on sache bien ce qu’on est en train de regarder, à poser l’étiquette avec les noms sur les paysages. A donner des points de repère. A s'orienter. S'il n'y a pas de métaphore, là, c'est rudement bien imité : nous avons fabriqué une époque totalement dépourvue de valeurs, qui n'a plus aucun sens de la valeur des choses et des êtres, démunie de points de repère. En clair, TOUT est possible (et l'inverse aussi, naturellement).
Et Jed Martin a été photographe avant de virer peintre. Il a commencé par « trois cents photos de quincaillerie », avec « écrous, boulons et clefs à molette », tout ça en « lumière neutre », sur « fond de velours gris moyen ». Puis il a l’illumination, un jour où, sur une aire d’autoroute, son père lui demande d’acheter la carte Michelin du département. Ils sont dans la Creuse. Le passage vaut, comme on dit dans le Guide Michelin, le détour.
« Cette carte était sublime ; bouleversé, il se mit à trembler devant le présentoir. Jamais il n’avait contemplé d’objet aussi magnifique, aussi riche d’émotion que cette carte Michelin au 150.000ème de la Creuse, Haute-Vienne. L’essence de la modernité, de l’appréhension scientifique et technique du monde, s’y trouvait mêlée avec l’essence de la vie animale. » C’est le coup de foudre. On ne comprend pas bien, mais le roman, c’est aussi ça.
A suivre...
P. S. du 26 août : L'expression "la carte et le territoire" se trouve aussi (ou alors, en fait) dans le livre de PHILIPPE MURAY Festivus festivus, paru en 2005 chez Fayard, à la page 389 : « La fameuse distinction de la carte et du territoire était encore rassurante : c'était la distinction du réel et de l'imaginaire; mais il n'y a plus de territoire, et c'est le peuple de la carte qui s'exprime. Sans drôlerie, comme de juste. Sans imagination. Ou qui ne s'exprime pas du tout, d'ailleurs ». Cela ouvre comme un horizon, une sorte de profondeur de champ.
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04.05.2011
VOUS AVEZ DIT NEOLATRIE ?
NEOLATRIE : un bon gros néologisme. Un bon gros paradoxe, donc, puisque je me propose ici, précisément, de lui rentrer dans le chou, au « nouveau ». Oui, au principe même qui fait du nouveau la religion qui règne chez nous, qui érige l’idole actuelle devant laquelle tout le monde ou presque se prosterne, que dis-je ? S’empresse de se prosterner. Il paraît que c’est très moderne, mais le « tout nouveau tout beau », il y a belle lurette qu’il est un peu fané.

Qu’est-ce qu’un primitif (non, je ne change pas de sujet) ? Un primitif, c’est quelqu’un de « pas évolué », qui ne bénéficie pas de toutes les belles inventions de notre belle modernité, comme les patins à roulettes de ville pour adulte (ils appellent ça rollers), les trottinettes de ville pour familles, le dépistage du sida, des cancers de la prostate ou du côlon, les lingettes et les masques hygiéniques, et tout et tout… C’est quelqu’un qui va encore à la vitesse de ses pas, qui n’a pas encore la chasse d’eau à tous les étages, d’ailleurs, il ne sait même pas ce que ça veut dire, "étage", c’est dire s’il est « bas de plafond ». Bon, c’est vrai, lui, il répondrait qu’il a au-dessus de lui le plafond le plus haut du monde : le ciel. Il n’a pas complètement tort.

Un primitif, c’est surtout quelqu’un qui n’aime pas le nouveau, qui en a une sainte aversion, autrement dit qui prend en grippe tout ce qu’il ne connaît pas. L’homme civilisé, lui, avec tout ce qui entre dans son paysage factice, c’est le contraire : il est comme le nouveau-né qui tette le sein de sa mère les yeux et les poings fermés, goulûment. Son insatiable avidité lui fait acheter divers fascicules de papier (on appelle ça des revues), il n’attend même pas : il est à l’affût de tout ce qui est nouveau, le fusil chargé, il tire à vue. Par exemple, il campe devant la porte trois jours avant la mise en vente de la « I-phone 4G », ou de la dernière version du « I-pad ». Vieux réflexe importé de la société de consommation, quand s’est ouvert le premier
SALON DES ARTS MENAGERS (machine à laver, frigo, et tout le toutim).
Le primitif, lui, il est bête, parce que le nouveau,il en a la trouille. Il ne sourit qu'à ce qui est dûment répertorié. Ce n’est qu’un gros trouillard face à tout ce qui est nouveau. Dans le monde du primitif, il faut des données sûres et éprouvées, du stable : ce qui est vrai, c’est ce qui dure, donc ce qu’on n’a pas besoin de renouveler dès que la mode a changé. Ecoutez donc la publicité qui court sur les ondes en ce moment : « La soirée était parfaite, non, mais tu as vu leur vaisselle, chérie ? – Ah oui, là, ça calme. ». Le primitif, tout ce qui est nouveau, ça l’inquiète, parce que ça lui fait perdre ses points de repère. Pour le dire en un gros mot : ça bouleverse l’ordre du monde dans lequel il vit, et qui lui suffit.

Et la clé de notre monde à nous, elle est là : pire qu’au théâtre, on nous change sans arrêt le paysage, on détruit l’ancien pour mettre du nouveau. Existe-t-il encore un téléphone qui serve simplement à TELEPHONER, et à rien d’autre ? 
Il paraît que oui, bon, mais même ça c’est nouveau. Nous en sommes là : s’il n’y a pas de nouveau pendant un temps, nous tombons malades de langueur et d’ennui, nous avons l’impression de ne plus vivre, de ne plus sentir couler en nous le courant de la vie, comme si le sang s’arrêtait dans notre cœur. Il faut que ça bouge, que diable ! Il faut que ça change ! En politique : il faut des réformes, et plus vite que ça ! En art : il faut que ça innove, du jamais vu nom de dieu !
Tiens justement, pour ceux que ça intéresse : un nommé FRANZ WEST, issu (il faut le savoir) de « l’actionnisme viennois », « connu (je cite Libération daté du mercredi 4 mai 2011) pour ses sculptures grossièrement modelées aux couleurs vives, qui prennent la forme de rubans, de boules et, encore plus souvent, de gros boudins ».

L’article signé VINCENT NOCE est illustré : un gros boudin, en effet, dans les rose clair, érigé vers le ciel comme un énorme phallus, et avec un nœud au quart de la hauteur (il fallait sans doute respecter je ne sais quel « nombre d’or »). Et cette « sculpture », avec ses airs de gros rouleau de papier chiotte, a été intitulée « EIDOLON », c’est-à-dire « IDOLE » : quand je vous disais qu’il fallait se prosterner. C’est au milieu d’une pelouse du jardin des Tuileries à Paris. Et il va recevoir dans un mois un « lion d’or ». Le titre de l’article : « Des conceptuels primés à la Biennale de Venise ». C’est bien : la récompense va au plus méritant, sans doute. « La Biennale veut récompenser le métalangage mis au service du vague et du décrépit », c’est l’article qui le dit ! Je ne connais pas M. « Actionnisme Viennois », que voici
en revanche j’ai déjà vu des œuvres de « conceptuels », vous savez, ceux qui font des phrases en tubes de néon allumés censés exprimer le sens de « l’œuvre » qu’ils constituent, ou renvoyer le spectateur à son néant conceptuel.

MARCEL DUCHAMP, le célèbre pape du destructivisme en art, l’inaugurateur du paysage de ruine pourrait-on dire, déclarait dans la revue Life en 1952 : « SELON MON OPINION, L’ART N’A PAS D’AVENIR AU COURS DES VINGT-CINQ ANNEES A VENIR ». Quand c’est le président en personne de la HAUTE AUTORITE DE HAINE DE L’ART qui l’affirme, on est un peu obligé de le croire, non ? Et même de prolonger le pronostic jusqu’au jour présent (voir ma note « Vous avez dit artiste ? » du 22 avril). On trouve cette citation dans les Essais de PHILIPPE MURAY, p. 1035 (oui, j'ai bien dit mille trente-cinq). Mais lui avait encore un fond de lucidité et de sincérité. Et puis il avait les moyens de s'en foutre. Et puis, après tout, il a prouvé au début qu'il savait peindre. Les fonctionnaires actuels de l’art contemporain n’avoueront jamais. Ils sont bien trop intéressés à l'entreprise : ILS EN VIVENT ! Disposer du mobilier urbain à rayures dans les jardins du Palais Royal à Paris, attention : ne pas rire, ne pas toucher ! Les policiers chargés de du maintien de l’ordre esthétique veillent au grain.

Le milieu de l’art, c’est normal, est le plus perméable au culte, à la religion, aux rituels de cette EGLISE qu’est la NEOLATRIE : c’est celui où ceux qui connaissent vaguement ont la plus grande crainte de passer pour des imbéciles ringards dans Art Press, autrement dit le milieu où le snobisme est porté à l’incandescence indécente. Alors on s’esbaudit, on s’enthousiasme, on redouble dans le dithyrambe jargonnant, pour ne pas avoir l’air de se mettre le doigt sur la tempe jusqu’au rectum. Car dans cette mafia, la loi de l’omerta est impitoyable. Mais le langage de la norme esthétique est aussi celui des normes politiques, économiques, idéologiques. Le retour aux conceptions économiques de Marx ? Mais vous n’y pensez pas : c’est du dernier ringardisme ! La « gestation pour autrui » ? C’est du dernier moderne ! Comme sont du dernier moderne le mariage homosexuel ! La transe techno !
En politique, les caciques du Parti Socialiste tremblent d’être accusés d’archaïsme et d’immobilisme. En économie, il serait du dernier archaïque, évidemment, de vouloir revenir aux vieilles recettes de la régulation financière. Moyennant quoi, en politique et en économie, au nom du « pragmatisme », au nom du « réalisme » (ne me faites pas rire, j’ai les lèvres gercées), des bandits grassement payés et détenteurs de l’autorité ont détruit les filets de protection autour de ce qu’on appelait il n’y a pas si longtemps les « libertés individuelles ». Moyennant quoi, comment voulez-vous que les gens comme vous et moi, dans cet univers en permanence BADIBULGUÉ (comme on dit chez moi) de fond en comble, dans tous ses compartiments, sans exception, convaincu, devant sa télévision, qu’ « il faut bouger, il faut changer », d’abord s’y retrouve, puis y comprenne quelque chose (« il y a des experts et des spécialistes pour ça »), enfin, éventuellement, prenne l’idée de s’opposer à tout ce mouvement général ? S’opposer ? Mais à qui ? Mais à quoi ?

Non, finalement, il vaut peut-être mieux s’en payer une bonne tranche de rigolade.
17:07 Publié dans VOUS AVEZ DIT ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : primitifs, société, littérature, politique, daniel buren, marcel duchamp, parti socialiste, art contemporain, artistes
22.04.2011
VOUS AVEZ DIT ARTISTE ?
Tous les journaux, tous les médias retentissent depuis quelques jours du scandale, et même de DEUX SCANDALES POUR LE PRIX D'UN : la vandalisation d' une "oeuvre d'art" dans la bonne ville d'Avignon par des illuminés présentés comme un "groupe intégriste" (Libération, 18 avril, et suivants). Le PISS CHRIST d'ANDRES SERRANO "met en émoi tout le pays et en relation la figure du Christ en croix et la pisse" (tout ça forme un zeugma, je m'en excuse), excrétion liquide du corps humain : je n'ai pas compris la manière (la technique si l'on veut) dont l'urine avait servi pour l'occasion. Apparemment, c'est avec le sentiment de déférer aux injonctions de l'ayatollah chrétien de ladite ville que l'acte a été commis. Franchement, je dirais que c'est SCANDALE CONTRE SCANDALE. A-t-on le droit de lacérer la Joconde ? de casser à coups de marteau la Pieta de MICHEL-ANGE (raison pour laquelle elle a été mise à l'abri du public) ? de casser l'urinoir présenté comme une "Fontaine" par MARCEL DUCHAMP (Monsieur PINONCELLI a, paraît-il, été condamné pour cela) ?

Mais franchement par ailleurs, Monsieur ERIC MEZIL, directeur de la collection Yvon Lambert, est-il fondé à parler d'"injonction moyenâgeuse" à propos de cette agression ? Un chrétien n'avait-il pas le droit de se sentir agressé par cette "oeuvre" ? Je signale que "merda d'artista" de PIERO MANZONI, qui se présentait sous forme de 90 boîtes de conserve dûment ainsi étiquetées, et vendues, remonte à 1961. Il y a même des "amateurs" (de quoi au juste ?) qui en ont acheté, mais aux dernières nouvelles, le métal, après 50 ans, aurait mal supporté l'oxydation, ce que je trouve très drôle. Il est vrai que le christ n'était en rien concerné. Je ne parle pas non plus de l'usage du corps et de ses matières dans ce qu'il est convenu d'appeler l'art contemporain (WIM DELVOYE et sa CLOACA, ou "machine à chier", ORLAN avec ses cornes obtenues en bloc opératoire proposant ses "baisers de l'artiste", et autres variantes de "body art"). Mais peut-on soutenir que la photo d'ANDRES SERRANO soit pour autant une "oeuvre d'art" ?

C'est intéressant, l'art contemporain, depuis la "fontaine" de MARCEL DUCHAMP (signée R. Mutt), et tous les "ready mades" qui ont suivi. Cela faisait scandale : "Ce n'est pas de l'art voyons, un objet fabriqué de façon industrielle ! C'est scandaleux !" On oublie ainsi l'époque : le scandale du SACRE DU PRINTEMPS, le scandale de la première guerre industrielle de l'histoire humaine, le scandale, pendant la guerre même, du MOUVEMENT DADA.

La peinture qu'on accroche dans les musées, la musique qu'on joue dans les salles de concert, la poésie qu'on écrit : tout cela doit être DETRUIT. On oublie aussi les quelques époques qui ont précédé, en ne remontant qu'en 1874 : l'IMPRESSIONNISME, avec les séquelles diverses qui ont porté des noms divers (post-impressionnisme, divisionnisme, etc.), le FAUVISME, le CUBISME. La musique n'est pas à la traîne : à Vienne, c'est le trio infernal (BERG, SCHÖNBERG, WEBERN) qui invente le dodécaphonisme, c'est-à-dire l'érection en règle absolue d'un système de SONS INORGANISES : c'est l'égalitarisme absolu (donc à peu près totalitaire), c'est l'ANARCHIE SONORE. Dans tous les arts, comme dans toute la vie européenne, dans toutes les directions de l'existence humaine, comment ne pas voir qu'une ENTREPRISE DE DESTRUCTION est à l'oeuvre ? Et je ne parle pas de 1917 en Russie, où se met en place le fascisme léniniste. L'Europe est morte dans les vingt premières années du 20ème siècle.
Dans la période qui a suivi, on a essayé de replâtrer la vie humaine, la société, la peinture, la musique, la poésie. Cela a donné le SIROP SURREALISTE (d'ailleurs, en passant, qu'est-ce que l'ECRITURE AUTOMATIQUE et la MARCHE A L'INCONSCIENT, sinon des entreprises de destruction de la conscience, de la raison critique ?). A partir de 1920, effrayée par ces destructions multiples et simultanées, l'Europe a essayé de colmater ses propres brèches, béantes dans la coque du navire qu'elle formait, qui aurait pu s'appeler le TITANIC (le naufrage est du 20 mars 1912, comme par hasard). Cela s'est appelé le surréalisme, les "années folles". Cela s'est aussi appelé "monuments aux morts" (voir mes notes à ce sujet, dans ce blog et la rubrique "Monumorts" dans KONTREPWAZON. S'il est vrai, comme y invite la soi-disant "sagesse populaire", qu'il faut "vivre avec son temps", que faire dans un paysage détruit, à l'image de la côte nord-est du Japon après le récent TSUNAMI ? Il faut bien que "la vie continue", n'est-ce pas.
Alors on fait semblant. Il s'agit alors avant tout de SURVIVRE, avant même de vivre. Bon, c'est vrai que la réalité ne se fait jamais oublier bien longtemps : les catastrophes économiques et financières surviennent à partir de 1929; la catastrophe de la deuxième guerre mondiale se profile dès 1933 en Allemagne. Et ce n'est plus seulement l'Europe qui est atteinte, dans les deux cas, c'est bel et bien le monde. Mais on veut CROIRE, on ne veut NI VOIR, NI SAVOIR (qui, par exemple, a vraiment voulu voir et savoir ce qu'il en était des camps d'exterminations construits en Pologne ?). Des aveugles ont gouverné le monde, ou plutôt, des puissants ont commencé à gouverner des peuples en les aveuglant : c'est le TRIOMPHE DE LA PROPAGANDE. On parle souvent de la "Propaganda Staffel" mise en place par GOEBBELS. On minimise souvent l'extraordinaire outil de propagande installé par Staline à travers toutes ces organisations qui militaient en faveur de la paix. Et l'on ignore en général que c'est vers la même époque que les Américains sont devenus très forts eux aussi en propagande, avec le livre fondateur de EDWARD BERNAYS : PROPAGANDA (1928). Comme moyen d'aveuglement des masses, on peut dater le TRIOMPHE DE LA PUBLICITE de la même période.
Alors, comme la vie continue, le temps qui passe se jalonne d'événements, de personnes, d'actions, d'objets qui se succèdent. Des gens, par exemple, se déclarant "artistes" (poètes, peintres, sculpteurs, musiciens), ont continué à fonder des "mouvements". En littérature, ce furent le "nouveau roman", aujourd'hui abousé, le "mouvement telquel", présenté comme une avant-garde maoïste en son temps (numéros sur la Chine à consulter) : on voit ajourd'hui à quelle veulerie médiatique s'est abaissé un PHILIPPE SOLLERS. En musique, ce fut le "sérialisme intégral" d'un PIERRE BOULEZ, le "quatuor pour cordes et hélicoptères" de KARLHEINZ STOCKHAUSEN, et autres joyeusetés semblables.
Quelle est donc la force qui pousse à jalonner le temps, toujours et encore ? Je crois que la réponse est finalement assez simple : dans le paysage de ruines et de décombres qu'offre la civilisation aujourd'hui, il s'agit, toujours et encore, d'affirmer que l'on existe. Il s'agit de FAIRE SEMBLANT qu'on a raison de le faire. Je renvoie à PHILIPPE MURAY et à ses deux volumes intitulés APRES L'HISTOIRE pour tout ce qui concerne ce qu'il appelle la "fin de l'histoire". Je ne suis pas assez savant pour répondre à la question de savoir s'il a raison ou tort. Ce que je vois, en revanche, c'est que, dans le domaine des arts, quelque chose de cet ordre semble s'être indubitablement produit. L'un des signes qui le confirme, c'est que les gens qui se proclament aujourd'hui "artistes" parlent surtout de leur "travail" : j'en reste perplexe.
En quoi consiste au juste le "travail" de JEAN-PIERRE RAYNAUD, en 1968, lorsqu'il met en vente, à l'exposition Prospekt, 300 pots de fleurs ? Lorsqu'il tapisse toutes sortes de formes géométriques de carreaux de salle de bains ? Que fait DANIEL BUREN à multiplier dans tout ce qu'il fait les bandes de 8,7 centimètres, que ce soit au Palais Royal à Paris ou ailleurs ? Est-ce que tout cela autorise à appeler le résultat "oeuvre d'art" ? Je pense à cette "exposition" artistique (?) dans une banlieue moderne, qui présentait, suspendues au plafond, plusieurs dizaines de traversins de teinte écrue portant, inscrites au feutre noir, bien visibles, les plusieurs dizaines de prénoms des filles et des femmes qui étaient censées avoir posé la tête dessus (et le reste dans le lit, évidemment). Une seule question me taraude alors l'esprit : OU SUIS-JE ?
Un début de réponse me vient quand je réfléchis, non à une éventuelle valeur intrinsèque, purement esthétique, des oeuvres aujourd'hui tant vantées, disons, non à un "monde artistique en soi" en quelque sorte, mais à la caractérisation sociale des nouveaux "maîtres du goût". N'est pas LOUIS XIV qui veut, après tout. Passons sur Monsieur JEAN-JACQUES AILLAGON, maître de cérémonies au château de Versailles, qui présente impunément, dans les stucs et les ors, les baudruches de JEFF KOONS, qui présenta il y a déjà des années sous le titre d'oeuvres d'art ses copulations IN VIVO avec l'actrice porno dénommée LA CICCIOLINA, pour aggraver son cas l'an dernier avec un nommé MURAKAMI, si je me souviens bien. Je signale que toute récidive entraîne aujourd'hui, dans les lois voulues par le Président SARKOZY, des peines plancher. Entre la prison pour délit psychiatrique et l'asile pour délinquance artistique, j'hésite sur la peine à infliger.
Ces remarques m'amènent à un constat : dans quels lieux de la société de tels spectacles se donnent-ils à voir ? Réponse : dans les lieux qui ont quelque chose à voir avec le POUVOIR. Je veux en effet bien croire que Monsieur Aillagon n'a pas fait fortune à la tête du château de Versailles, mais il est, quoi qu'on dise, quoi qu'on en pense, un messager des gens qui détiennent le POUVOIR. Un "chien de garde", comme on disait il fut un temps. Et le genre de personne qui a besoin de ce genre de chien de garde, on en voit un exemple au PALAZZO GRASSI à Venise, de Monsieur FRANCOIS PINAULT, avec sa collection de ce qu'il est convenu d'appeler "art contemporain". Evoquons "only for fun" le nommé DAMIEN HIRST avec son crâne humain, le plus cher du monde, revêtu de 8000 et quelques diamants. Ces gens-là ont évidemment besoin de "protecteurs", sans lesquels leurs misérables noms n'émergeraient même pas de la surface des humains ordinaires. Quel extraordinaire cynisme, et quel extraordinaire désespoir que ceux de ces gens qui, impunément, et même avec tout l'honneur et tout l'argent qui affluent vers eux, trônent au firmament de la renommée !!!!

Cet "art", en effet, est devenu ce qu'on appelait autrefois, mais pour le dénigrer, UN ART OFFICIEL. A la fin du XIX° siècle, il fallait être, pour simplifier, IMPRESSIONNISTE ou POMPIER. Impressionniste si l'on y croyait, et si quelques autres, avec quelques moyens, croyaient en vous. Pompier si vous prétendiez à des commandes de l'Etat. Il fallait donc être soit soumis aux goûts du POUVOIR, soit être en mesure de survivre en dehors du pouvoir. Dans le premier cas, c'est la servitude empressée, l'assujettissement librement consenti, l'esclavage heureux (WILLIAM BOUGUEREAU, GEROME, CABANEL, ...). Je simplifie. Dans le second cas, à l'extrême, cela donne VINCENT VAN GOGH, qui n'a pas vendu un tableau de toute sa vie, et qui en est sans doute mort. Ce qui est très rigolo et paradoxal, dans le monde actuel, c'est que les "artistes" les plus cotés, les plus chers, les plus fêtés par les riches et les puissants, sont en même temps les plus iconoclastes, les plus dérangeants, les plus "révolutionnaires" (je renvoie à la terminologie du conformisme actuel selon PHILIPPE MURAY). Cela produit à chaque fois un OXYMORE : le REVOLTÉ INSTITUTIONNEL, le REBELLE FAISEUR DE LOIS, ce que PHILIPPE MURAY appelle d'une expression magnifique : LE MUTIN DE PANURGE.
Autrement dit, pour réussir aujourd'hui, il faut être le DISSIDENT OFFICIEL ET RECONNU, le REFRACTAIRE ACADEMIQUE, et appartenir à l'ESTABLISHMENT INSOUMIS pour espérer être adoubé par qui tient les cordons de la bourse, des Bourses, et pourquoi pas ? de l'Elysée. Autrement dit, c'est désormais un MARCHÉ, un MERCATO, une salle de ventes : "C'est moi qui suis le plus CONTESTATAIRE !" vocifère l'un. "Non, c'est moi le plus SCISSIONNISTE !", jappe l'autre. La leçon de tout ça, que retient tout un chacun, c'est que plus tu refuses le système, plus tu as des chances d'accéder aux plus hautes marches du podium. C'est bien, cette affaire. C'est confortable. Et puis, tu peux faire carrière. Plus tu portes des vêtements qui tranchent avec tout ce qui se conforme, plus tu te vernis l'apparence aux couleurs de la révolution la plus totale, plus tu as des chances de poser - que dis-je : d'installer ton cul dans le fauteuil le plus doré, sur les coussins les plus propices à épargner tes hémorroïdes.
J'ai été suffisamment entiché (c'est le terme le plus proche de la vérité) de musique contemporaine, de peinture contemporaine, de poésie contemporaine, pour me sentir tout à fait à même de déclarer : CIRCULEZ, Y'A PLUS RIEN A VOIR, ni à entendre, ni à lire. Bon je reconnais que j'exagère, mais c'est délibéré. Ce que je supporte désormais le moins, cela reste tout de même le poids de suspicion et de culpabilité que font peser sur ceux qui doutent fortement du BIEN que cet EMPIRE apporte définitivement, tous les thuriféraires, stipendiés ou non, de la "chose" (remplacez ce mot par tout ce que vous trouverez de ressemblant quant au contenu et à l'odeur) qu'on appelle moderne, voire post-moderne.
Voix off : "Allez, mec, keep cool, relax." Je réponds : "Mais je suis cool, monsieur, je suis relax et cool : je regarde, et j'essaie de comprendre ce qui se passe. C'est tout."
J'aborderai, quelque prochain jour la NEOLATRIE, qu'on se le dise.
15:35 Publié dans VOUS AVEZ DIT ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : art, littérature, poésie, musique, peinture, marcel duchamp, dada, art contemporain, damien hirst, jeff koons, sarkozy, sollers


