jeudi, 03 mars 2022
LE CHOIX DU CHÔMAGE (suite)
Un confetti tiré du livre de Benoît Collombat et Damien Cuvillier (voir mon billet d'hier). Quelques images tirées de Le Choix du chômage (Futuropolis, 2021).
POMPIDOU, en pleine santé, en 1967. Il faut suivre attentivement le raisonnement.
Je relève "protections inadmissibles".
On a compris : il s'agit de créer chez tous les individus un climat d'insécurité sociale, mais aussi d'instabilité potentielle. Il faut en finir avec les situations acquises (autrement dit : les « avantages », voire les « privilèges »). Il faut en finir avec les statuts (là c'est la fonction publique dans son ensemble qui est visée).
Discours télévisé du Premier Ministre du gouvernement sous la présidence de Charles de Gaulle. Toutes les cartes de l'avenir néolibéral de la France sont déjà sur la table. Cela a quelque chose de stupéfiant. Cela se passe en 1967 à la télévision française.
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C'est le même Pompidou, mais en président de la République, qui déclare ceci en 1973, au conseil des ministres. Je crois déceler un sourire narquois dans le dessin de Damien Cuvillier. Il faut dire que les ministres s'attendent à voir Pompidou démissionner à cause de la maladie (de Waldenström, une forme rare de leucémie). Il meurt l'année suivante.
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Et, un petit demi-siècle plus tard, je relève ce beau lapsus de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, le 18 juin 2019.
Est-ce que tout cela est assez clair ?
09:06 Publié dans BANDE DESSINEE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bande dessinée, benoït collombat, damien cuvillier, le choix du chômage, éditions futuropolis, georges pompidou, néolibéralisme
mercredi, 02 mars 2022
LE CHOIX DU CHÔMAGE ...
... OU COMMENT IL FUT DÉCIDÉ EN TRÈS HAUT LIEU DE RÉDUIRE LES PEUPLES EUROPÉENS A L'ÉTAT DE SERVITEURS DOCILES DE LA MACHINE ÉCONOMIQUE NÉOLIBÉRALE.
Préliminaire : Oui, je sais, il faudrait parler de la guerre en Ukraine, de la folie de Poutine, de l'impuissance de l'Europe inorganisée ... Mais que pourrais-je dire ? Je pourrais tout juste délayer à partir des éléments d'information lus ou entendus ici et là. Autant dire pousser inutilement soupirs, plaintes et craintes face à la résurgence à nos portes de la violence des armes. Je préfère laisser aux commentateurs patentés, diplômés, autorisés le soin de commenter. Pour le moment, je me contente de poser une question à laquelle j'ai déjà envie de répondre : « Comment en est-on arrivé là ? ». J'ai ma petite idée là-dessus.
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J'étais parti pour livrer ici mes impressions après la lecture du "dernier Houellebecq", Anéantir, et puis j'ai embrayé sur un bouquin formidable. Du coup, c'est celui-ci qui a pris la priorité. Le titre, c'est le titre de ce billet, sans le sous-titre. Le Choix du chômage se présente comme une Bande Dessinée, mais en vérité c'est beaucoup plus et mieux qu'une B.D. : un véritable manuel pédagogique d'histoire européenne depuis De Gaulle jusqu'à nos jours.
Où les auteurs décortiquent patiemment et par le menu les rouages de la mécanique que tous les grands acteurs français (et pas que) de la politique et de l'économie depuis Pompidou (mort en 1974) se sont ingéniés à mettre en place pour que la vie réelle des gens ne soit plus gouvernée par la volonté politique de dirigeants démocratiquement élus, mais régie par les lois aveugles de l'économie qui, comme on sait, n'ont pas grand-chose à voir avec le rationnel, mais beaucoup avec les appétits des entrepreneurs, et encore plus avec la voracité des "investisseurs" — mot pudique pour désigner une race carnassière entre toutes : celle des actionnaires en général, et des diverses sortes de « Fonds » ("de pension", "spéculatifs", "vautours", etc.) en particulier, toujours soucieux de faire cracher le maximum au monde du travail, considéré comme une simple "machine à cash".
Les auteurs s'efforcent de restituer dans leur chronologie les faits, les paroles, les discours, les situations qui ont abouti à ce que nous connaissons aujourd'hui, en France et ailleurs. Pour cela, ils se livrent à un exercice vertigineux qui peut ressembler à un jeu : rassembler méthodiquement et méticuleusement les pièces d'un gigantesque puzzle, auxquelles le lecteur est invité à donner mentalement une cohérence suffisante pour que la logique de l'agencement final apparaisse clairement. Je dois dire que cet aspect de la lecture n'est pas le plus aisé. Il y a certes du « collage de citations » dans cet ouvrage, mais elles sont tissées de façon tellement rigoureuse que l'ensemble tient debout par sa seule structure.
Car les auteurs citent tour à tour les grands acteurs politiques et économiques de la transformation, à commencer par le « père fondateur » Jean Monnet, mais aussi leurs plus proches collaborateurs, dont les noms sont connus (Jean-Claude Trichet, Michel Camdessus, ...) ou sont restés dans l'ombre. Ils citent également une foule de témoins diversement neutres ou engagés au moment du déroulement des faits. Ils citent enfin une pléiade de commentateurs actuels, économistes, sociologues et autres personnalités, dont les regards plus ou moins critiques éclairent assez bien de quels câbles est faite la nasse dans laquelle se débattent les populations les plus vulnérables de l'Europe de la « concurrence libre et non faussée ».
Je ne peux m'empêcher de penser ici à la Grèce et aux Grecs de la crise de 2008 et des traitements inhumains que la « troïka » a imposés au peuple. Pendant que les autorités européennes et financières saluaient le prétendu "redressement" de l'économie du pays (sur le papier, dans les chiffres, les dossiers et les statistiques), les Grecs de chair et d'os crevaient de désespoir.
J'aurais trop de mal à rendre ici dans toute sa complexité la succession des faits telle qu'elle est fournie par les auteurs. Je dirai seulement que j'aimerais bien voir trôner en tête des ventes ce livre bourré d'informations et d'éclairages multiples. Je veux seulement rendre hommage à l'énormité du travail de fourmi auquel ils se sont astreints. Donc attention : ce n'est pas un livre de paresseux fait pour des lecteurs paresseux. Mais il ne faut quand même pas se laisser intimider par les 280 et quelques pages.
Il ne faut pas non plus se laisser impressionner par les innombrables figures, bobines et autres trombines qui pleuvent dru pour peupler ces pages bien que, à en faire la liste exhaustive, ma mémoire renâcle et cale devant l'effort. J'ajoute que le trait du dessinateur Damien Cuvillier m'a grandement aidé à arriver au bout : moi qui suis un grand amateur de bande dessinée, disons « classique », je reste confondu par la capacité de l'artiste à nous représenter les bobines de nos guignols préférés sans en faire des caricatures outrées d'eux-mêmes.
Quant à Benoît Collombat, il faut saluer en lui l'impeccable journaliste d'investigation, et mieux : l'infatigable fouineur d'archives écrites ou audiovisuelles, mais plus encore : l'inépuisable scénariste copieur-colleur de bribes, de détails et d'échantillons de discours d'origine disparate, et qui parvient néanmoins à composer un tableau d'ensemble remarquable d'homogénéité, où la coloration néolibérale du monstre mou qu'est devenue l'Europe des marchés éclate en pleine lumière, et où le cynisme des classes dirigeantes donne envie de vomir.
Pour finir, je voudrais signaler aux « sensibilités de gauche » que tout ce qui se réclame de la gauche ne sort pas grandi de la lecture de ce livre : de Mitterrand à Hollande en passant par toute sorte d'intermédiaires, soyons clair, la gauche s'est rendue complice active, et parfois enthousiaste, des démolisseurs de l'Etat social, voire de l'Etat tout court.
Un superbe livre.
Voilà ce que je dis, moi.
dimanche, 27 février 2022
LES CHOSES DONT ON NE SE LASSE PAS
Il n'y a pas que les Chroniques d'Alexandre Vialatte (La Montagne et autres). Il y a aussi ...
... l'ingéniosité et le coup de crayon virtuose d'André Franquin pour imaginer les efforts d'ingéniosité dépensés par Gaston Lagaffe pour arriver à ne rien faire au bureau. Ici, on est à l'acmé du summum du comble du point culminant de la réalisation de ces efforts : ne rien faire, certes, mais de la façon la plus créative, la plus inventive et, disons-le, la plus foutraque possible. En somme, de la façon qui réclame le plus de dépense d'énergie.
10:15 Publié dans BANDE DESSINEE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bande dessinée, andré franquin, gaston lagaffe
dimanche, 20 février 2022
PIQÛRE DE RAPPEL POUR ANTIVAX
La piqûre qui rend conciliant, ... et même docile. Mais ça n'empêchera pas la bombe au Métomol d'exploser, et de rendre le bronze de la fière statue du maire de Champignac aussi mou que la guimauve au soleil dans Les Vacances de M. Hulot.
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Qu'on veuille bien m'excuser de revenir là-dessus, mais je ne comprends toujours pas la résistance forcenée des antivax à la vaccination. Et pour une raison très claire : ces soi-disant défenseurs des libertés individuelles, où étaient-ils quand des éléments significatifs de l'état d'urgence instauré par le président François Hollande après les attentats terroristes de 2015 ont été introduits dans le droit commun, transférant ainsi vers l'autorité administrative des compétences qui jusque-là relevaient de l'autorité judiciaire, et rendant ainsi possibles toutes sortes de décisions arbitraires prises par les préfets, et non plus par des juges protecteurs bien plus sûrs de ces mêmes libertés individuelles ?
Où étaient-ils quand l'état d'urgence terroriste s'est vu prolongé de mois en mois par des députés aux ordres ? Où étaient-ils quand le président Emmanuel Macron, à son tour, fit injecter par ses larbins parlementaires plusieurs mesures de l'état d'urgence sanitaire dans le droit commun, restreignant encore l'espace des libertés individuelles ?
J'aurais bien aimé voir les antivax d'aujourd'hui organiser des manifestations monstres quand furent instaurés en France les centres de "rétention de sûreté", espèces de Guantanamo au petit pied, où la loi française s'applique non pas en raison d'actes qu'auraient commis les gens qui s'y trouvent, mais de leur dangerosité potentielle, ce concept tant combattu par madame Mireille Delmas-Marty de son vivant.
Ces quelques remarques pour dire combien me semblent louches les motivations de ces promoteurs de "convois de la liberté". Je doute fort de la pureté des intentions de ces va-t'en guerre de la dernière heure.
Voilà ce que je dis, moi.
09:00 Publié dans BANDE DESSINEE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : humour, bande dessinée, franquin, spirou et fantasio, le comte de champignac, la peur au bout du fil, antivax, covid, état d'urgence terroriste, françoias hollande, emmanuel macron, centre de rétention de sûreté, mireille delmas marty, libertés individuelles
samedi, 19 février 2022
UNE CURIOSITÉ LYONNAISE
Le grand réservoir d'eau potable du Vinatier. Une très belle et surprenante photo de Dominique Barrier (2001).
Ajouté le 24 février : clichés de Marcos Quinones (2005). Pour le coup, la lumière est moins flatteuse, n'est-ce pas ?
09:00 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, le vinatier, photographie, dominique barrier, réservoir eau potable lyon
vendredi, 18 février 2022
CURIOSITÉS LYONNAISES
Tout le monde connaît le bœuf, qu'on ne peut pas rater à l'angle de la rue du même nom et de la place Neuve-Saint-Jean (photo Jean-Paul Tabey).
Mais connaît-on aussi bien les trois Marie, au numéro 7 de la rue du même nom (photo Edmond Pernet) ?
Quant à la bombarde, au numéro 10 de la rue du même nom, je crains qu'elle passe encore plus inaperçue (photo Emile Poix).
On peut trouver ici et là d'autres curiosités. Deux exemples : 1 - l'étonnante "outarde d'or" de la rue du Boeuf (photo Emile Poix).
On peut lire « Je vaux mieux que tous les gibiers, 1703 ».
2 - l'exceptionnel carrosse qu'on peut voir au numéro 110 de la rue Mazenod, en l'honneur de la "Compagnie Générale des Voitures" (photo Jean-Paul Tabey).
Excellent abri pour les pigeons, au moment de la prise de vue.
09:00 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, vieux lyon, rue du boeuf, rue des trois marie, rue de la bombarde, rue mazenod, photographie, archives municipales de lyon, émile poix, edmond pernet, jean-paul tabey
lundi, 14 février 2022
MORT D'UNE GRANDE DAME
Une grande dame vient de mourir. Une grande dame du droit. Je ne suis pas juriste, mais j'avais lu avec un immense intérêt Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2010). J'écoutais avec le même immense intérêt ses cours au Collège de France, vous savez, à l'époque où France Culture diffusait, à l'usage de « la France qui se lève tôt » (citation), une émission intitulée "L'Eloge du Savoir", sous les auspices de Christine Goémé, entre cinq et six heures du matin.
Pour rendre hommage à l'impeccable juriste qui vient de mourir, je ne trouve rien de mieux que de republier un texte que j'avais écrit en 2015 après la lecture du livre cité ci-dessus. Les réflexions qu'il m'inspire encore sur les restrictions apportées à l'état de droit par les gouvernements successifs pourraient, je crois, alimenter utilement certains débats actuels et en particulier certains "convois de la liberté".
MADAME MIREILLE DELMAS-MARTY
L’inconvénient des formations juridiques, c’est qu’elles donnent en fin de parcours aux étudiants une tournure d’esprit excessivement attachée à la « lettre » du droit. D’où une certaine rigidité intellectuelle. Je ne sais pas si vous avez jamais mis le nez dans le texte de la « Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant » (1989) : à vous dégoûter de faire des enfants.
Et je ne parle pas du « Traité établissant une Constitution pour l’Europe », de sinistre mémoire, dont le pavé particulièrement indigeste (191 pages découpées en un déluge de parties, de chapitres, de sections, d'articles et de paragraphes), envoyé à tous les Français en 2005, après un rejet par référendum, leur a été enfoncé de force, légalement et démocratiquement dans la gorge par Nicolas Sarkozy, un peu plus tard, pour les punir d'avoir "mal voté" la première fois.
Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2010), le livre de Mireille Delmas-Marty n’échappe pas à cette rigidité. En revanche, si les formations juridiques ont l'inconvénient que j'ai dit, elles ont l'avantage qui en découle : précision et exactitude. On appellera ça la rigueur. Un certain aspect « scolaire », si l’on veut, dans l’effort de construction, un peu « dissertation », avec introduction générale, trois parties subdivisées et chaque fois introduites et conclues, et une conclusion générale. Personne ne peut se perdre sur un parcours aussi visiblement balisé. La supériorité indéniable de cette méthode, c’est son impeccable netteté.
Alors, de ce livre un peu ardu pour l'éternel néophyte que je suis dans la langue des juristes, je ne retiens pas tout. Je laisse en particulier de côté ce qui fait la complexité et les vents contraires qui agitent les relations entre les instances juridiques nationales, européennes et internationales, les subsidiarités, les conflits, les résistances.
Je garderai juste la convergence de vues entre l’auteur et un juge dont j’ai lu récemment Le Rapport censuré (Jean de Maillard, voir mon billet du 9 mars), au sujet du poids incroyable que pèsent les Etats-Unis dans le domaine des relations (judiciaires et autres) internationales. Si je voulais résumer en simplifiant, je dirais que les Etats-Unis, non seulement se permettent tout quand leurs intérêts sont en jeu (Guantanamo, Bagram, …), mais font pression sur les autres nations pour qu’elles adoptent les mêmes critères qu’eux dans la « lutte contre le terrorisme ». Traduction : ils les y obligent, au motif de la loi du plus fort (le juge Maillard parle des transactions commerciales en dollar, qui doivent impérativement passer par une banque américaine sous peine de).
Ce qui m’a en revanche intéressé au plus haut point dans le livre de Mireille Delmas-Marty, c’est tout ce qu’elle dit de l’évolution inquiétante du droit, qu’il soit national ou international. Et pas dans le sens de l’Etat de droit. Je le dis tout net : tout en n’étant pas juriste, j’ai trouvé passionnante l’analyse qu’elle fait de deux conceptions opposées du droit, qui renvoient à deux conceptions antinomiques de l’humanité, l’une de tradition « humaniste », l’autre de tradition « guerrière ». Les gens au courant trouveront sûrement "basique" cette petite leçon de philosophie du droit. Elle est à mon niveau.
En France, traditionnellement, la justice attend qu'un individu ait commis un délit ou un crime pour le juger et le condamner, après établissement irréfutable des faits. L’auteur appelle cela « le couple culpabilité / punition », ajoutant que cette « école pénale » est « fortement influencée par Kant et Beccaria », c’est-à-dire qu’elle repose sur « l’universalisme des droits de l’homme » (p. 84-85)
Mais elle repose aussi sur l'idée que l'individu, sauf circonstances spéciales, sait ce qu'il fait. Il est mû par la raison, il est libre, donc il est responsable. "Justiciable", comme on dit. Le corollaire, c’est que personne ne peut être poursuivi avant. C’est l’acte qui fait le délinquant. C’est l’infraction qui justifie la poursuite. C’est un individu particulier qui est présenté au juge ("individualisation de la peine").
Or il existe une « école pénale » qui prône des idées radicalement autres. Une école dont la philosophie repose sur une « anthropologie guerrière ». Une école « positiviste », qui fait de l'homme, non un être libre et responsable, mais un être entièrement déterminé. Une école fondée par un certain docteur Lombroso au tournant du 20ème siècle. Une école qui invente le concept de « criminel-né ». Un juriste allemand, Carl Schmitt (1932), ira jusqu’à formuler l’idée d’ « ennemi absolu ». Deux concepts qui semblent s'imposer de nos jours.
Cette école divise donc l'humanité en une masse de gens normaux d'une part, et d'autre part une catégorie d’humains naturellement prédisposés à commettre des crimes. Des humains dans lesquels le Mal est inné (à supposer que tous les autres en naissent exempts). Mais le soupçon peut se porter pratiquement sur n'importe qui, étant donné que cette prédisposition ne se porte pas sur le visage. La preuve, c'est la stupéfaction des voisins quand le père tranquille tue sa femme, ou autres circonstances tragiques.
Selon cette conception, on ne parle plus de « culpabilité », mais de « dangerosité potentielle ». On ne parle plus de « peines de prison », mais de « mesures de sûreté », aux contours éminemment flous, à durée indéfinie. Ce n'est plus ce que vous avez fait qui compte, mais ce qu'un collège d' « experts » vous aura jugé capable de commettre dans l'avenir.
Autrement dit, on passe du diagnostic (acte avéré) au pronostic (acte potentiel, virtuel ). Sarkozy, on s’en souvient, était même allé jusqu’à proposer un « dépistage » précoce (dès trois ans) de la dangerosité future des enfants. Si vous enfermez un type pour des actes qu’on l’imagine potentiellement capable de commettre, il passera sa vie derrière les barreaux, plus sûr moyen de ne jamais savoir s’il en aurait commis.
Autrement dit, dès la naissance, il y a les humains et les autres. Des « monstres », pourquoi pas. Souvent présentés comme tels, en tout cas. Cette conception est éminemment anti-humaniste. Je reste convaincu qu'Adolf Hitler, Staline, Pol Pot et consort ne sont pas des monstres inhumains, mais qu'ils font hélas partie de l'espèce humaine. Hitler et Pol Pot sont nos semblables. Je déteste l'idée, mais je la crois vraie. L'horreur est humaine, trop humaine.
De plus, Mireille Delmas-Marty pointe, chez Carl Schmitt, une tendance à assimiler dans la même personne l’ « ennemi absolu » et le « criminel-né ». C’est-à-dire qu’il fusionne potentiellement deux institutions : celle destinée à maintenir l’ordre et celle destinée à défendre le territoire national contre une attaque étrangère.
Maintien de l’ordre et guerre reviendraient alors à une tâche unique. Armée et police même combat, avec pour conséquence l'extension de la notion d' « état d'urgence » dans le temps et dans l'espace, avec toutes les restrictions à l' « état de droit » que cela suppose. Je pose la question : qu'est-ce que c'est, l'opération « Vigipirate » (à laquelle vient de succéder « Sentinelle ») ? La « loi renseignement » est du même tonneau.
Elle cite un certain Gunther Jakobs, qui réclame le droit pour la société de « se défendre par des mesures radicales comme l’internement de sûreté ou la création de camps du type de celui de Guantanamo ou de Bagram ». Le vocabulaire employé pour justifier aujourd'hui l'action de l'armée française en Afrique et ailleurs (« Sécurité » ? « Maintien de la Paix » ? « Guerre au terrorisme » ?) est assez élastique pour tout confondre.
Pour le coup, l'état d'urgence tend à se pérenniser, étant entendu que l'urgence devient une norme permanente. C'est comme la drogue : ça commence par le plaisir, ça continue par la dépendance, et après une phase d'accoutumance (augmentation incessante de la dose), ça finit par une overdose.
Ce qui ressort, en définitive, de tout le livre, c’est ce qu’on voit se développer dans toutes les directions depuis le 11 septembre 2001 : la collecte généralisée des données, en particulier des données personnelles. Le nœud coulant policier, dans le monde entier, se resserre autour du cou des individus, que ce soit pour des raisons commerciales (profilage algorithmique des habitudes des consommateurs) ou pour satisfaire le besoin toujours accru de sécurité collective (repérage de mots-clés supposés se rapporter au terrorisme).
Tout cela se passe avec la complicité des plus hautes instances juridiques (Conseil constitutionnel en France, Cour constitutionnelle de Karlsruhe en Allemagne, …) qui avalisent, non sans contradictions, des lois restreignant les droits, même si d’autres institutions font de la résistance (Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), par exemple).
Bref, en plein débat sur la « loi renseignement », ce livre de 2010 est encore plus actuel, et devrait alerter les défenseurs de ce qui reste de l’ « état de droit ». Un témoignage de plus sur l’aspect peu ragoûtant du monde qui est en train de mijoter sur les fourneaux de tous les pouvoirs.
Merci madame, pour la confirmation. Total respect.
Voilà ce que je dis, moi.
Note : Je préfère ne pas trop évoquer l'optimisme de commande que Mireille Delmas-Marty manifeste en conclusion. Elle veut parier sur la raison des hommes et leur « communauté de destin », plutôt que sur la crainte que s'établissent des « sociétés de la peur ». Je veux bien. C'est son droit. En tant que grande universitaire, elle ne se sent peut-être pas le droit de faire autrement. On n'est pas obligé de partager cet optimisme, vu les évolutions actuelles sur de multiples terrains différents (politique, société, économie, écologie, ...).
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On a eu le temps de perdre de vue le contexte de l'époque qui a assisté aux débats sur la « loi renseignement », mais sept ans après cette lecture marquante et après deux ans d'alerte sanitaire constante quoique sinusoïdale au gré des navigations à vue et des "stop and go" du gouvernement, je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup à changer ou ajouter.
Quand Mireille Delmas-Marty a pris sa retraite en 2012, c'est monsieur Alain Supiot qui lui a succédé. Si ses perspectives sont très différentes de celles de notre grande dame, son propos reste accroché à une altitude où la raréfaction de l'air nécessite une contention permanente de l'esprit : la densité des analyses n'est pas faite pour les paresseux.
En témoigne une lecture que je ne suis pas près d'oublier et que je conseille à tous les lecteurs avides de comprendre dans quel monde les pouvoirs modernes cherchent à nous faire vivre : La Gouvernance par les nombres.
TOTAL RESPECT !!
09:00 Publié dans L'ETAT DU MONDE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mireille delmas-marty, libertés et sûreté dans un monde dangereux, état de droit, france, société, jean de maillard, imanuel kant, beccaria, docteur lombroso, carl schmitt, adolf hitler, staline, pol pot, guantanamo, france culture, christine goémé, collège de france, alain supiot, la gouvernance par les nombres
samedi, 12 février 2022
PHOTOGRAPHIE
Morceau de lave posé sur une étoffe noire.
18:34 Publié dans PAS PHOTOGRAPHE MAIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie
mercredi, 09 février 2022
PLACE AUX ÉNERGIES RENOUVELABLES !!!
UN GROS MENSONGE
Répartition quantitative des différentes sources d'énergies fossiles dans la consommation globale de l'humanité.
On voit dans ce tableau quelle place occupent les matières fournies par la Nature pour permettre à l'humanité de se chauffer, de s'éclairer et de produire toutes sortes de biens en alimentant toutes sortes de moteurs. Tout le monde ou presque aujourd'hui s'accorde à dire que cette consommation est suicidaire à plus ou moins long terme, et que l'avenir de l'humanité (la planète, il n'y a pas à s'inquiéter pour elle, elle s'en tirera toujours) repose sur les énergies renouvelables. En théorie, dans l'absolu, dans l'idéal et dans le monde fabuleux de nos rêves, de nos désirs et de notre besoin de merveilleux, c'est absolument vrai. Mais jetez un œil sur le tableau ci-dessous.
Regardez, tout en haut du graphique, les trois pauvres petites virgules où s'entassent, grossies par le dessin dans leur case exiguë, les parts de l'éolien, du solaire et des "autres renouvelables".
Dans la réalité réelle, vous savez, celle sur laquelle on se cogne et qui fait mal, c'est une autre paire de manches à air, comme le montre cet excellent graphique conçu par Jean-Marc Jancovici (solide ingénieur — Télécom, Polytechnique et quelques autres casquettes, s'il vous plaît — spécialiste des énergies) et dessiné par Christophe Blain (merci à Fred, qui me l'a fourni) dans la BD très instructive Le Monde sans fin (Dargaud, 2021). Encore le dessinateur a-t-il pris soin de coller une grosse loupe sur la part des énergies renouvelables dans la consommation générale. Ça relativise sacrément la portée des déclarations exaltées des écologistes et des politiques qui leur courent après. Et ça ressemble sacrément à un gros mensonge de la part de tous ceux qui connaissent la question (ils commencent à être nombreux).
On comprend d'un seul coup d'œil l'Himalaya, que dis-je : l'empilement des Everest d'investissements qu'il faudrait faire pour donner aux renouvelables la part que nous rêvons de leur accorder. On comprend que NON, ce n'est pas ainsi que cela peut se passer. La seule façon de fournir à l'humanité la possibilité d'un peu d'avenir, elle est dans la baisse radicale de la consommation d'énergie. Le rationnement. Et ce n'est pas tout de le dire : il faut envisager les conséquences de cette assertion.
Elles sont simples : il ne suffit pas, comme certains le disent, de préconiser la sobriété, les "entreprises à mission" (je rigole !), la construction de logements à "énergie positive" ou ces fumisteries que constituent le "développement durable" ou la "croissance verte". Il faut que l'humanité, après deux siècles de gabegie, de gaspillage et de dilapidation des richesses sous les coups de la production industrielle effrénée et de la recherche effrénée du profit, cesse dès maintenant de se repaître des entrailles de la planète.
Il faut que tous les gens importants qui causent dans le poste et qui persistent à se payer de mots, cessent de beurrer la tartine aux populations à coups de lendemains meilleurs et d'avenir radieux. Il faut arrêter de faire de la consommation la condition sine qua non de notre bonheur. Il faut que l'humanité se résigne à redevenir pauvre devant la nécessité. Il faut que l'humanité retrouve le sens du tragique de l'existence et de sa précarité. Mais, à notre époque où le désir individuel impose sa tyrannie, où chaque désir ouvre un droit, où chacun érige son propre désir en loi, qui a envie de ça ? Levez la main, les volontaires.
La lutte contre le réchauffement climatique ? Moi je veux bien, et encore : pas sûr. Parce que si, comme je le crois, cela passe par des privations coûteuses et par le renoncement à consommer de l'énergie à tout-va pour préserver ma zone de confort et de facilité, je vais y regarder à deux fois. Et je suis sûr de ressembler en cela à l'immense majorité des gens ordinaires à qui, à longueur d'ondes radio, d'images et de papier, les journalistes et un paquet de bouches "autorisées" (par qui ?) tiennent des propos vertueux ou donnent des leçons de "tri sélectif des déchets".
Comment croyez-vous que réagiront les masses de population si on leur coupe le courant et l'essence qui alimentent leurs moteurs (thermiques, électriques et autres) plus ou moins gros ? S'ils se voient contraints de remplacer ces carburants par du travail ? On ne se rend pas trop compte de ce que ça signifie, les conséquences qu'entraînera la lutte effective et efficace contre le réchauffement climatique : l'abandon progressif ou brutal de la puissance fournie par l'électricité ou les autres carburants qui nous épargnent des efforts qui apparaissaient nécessaires à nos ancêtres. Qui est prêt à remplacer l'ÉLECTRICITÉ par du TRAVAIL ? Je le dis sans honte : pas moi.
Voilà ce que je dis, moi.
Note : des nouvelles de cette chatoyante question quand j'aurai achevé la lecture d'un livre qui, selon toute probabilité, n'est guère fait pour remonter le moral.
09:01 Publié dans ECOLOGIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : écologie, réchauffement climatique, lutte contre le réchauffement climatique, jean-marc jancovici, christophe blain, jancovici le monde sans fin, le monde sans fin éditions dargaud, société de consommation, tri sélectif des déchets, bande dessinée
dimanche, 06 février 2022
ORPEA ET LE "TURN-OVER"
L'EXPLOITATION DES VIEUX.
Dans le monde en général et en France en particulier, le très grand âge est donc devenu un marché, et un marché juteux. En français : une vache à lait recherchée et avidement traite par les "investisseurs". Ceux-ci sont très regardants : ils tiennent à la "solidité" du "retour sur investissement". En français : je n'ai pas le chiffre du taux de rentabilité de ce genre de placement, mais je me dis que pour rester au plus haut, il faut que le gestionnaire ait pour premier souci de maintenir les coûts de fonctionnement au plus bas.
Coûts de fonctionnement ? Ben c'est très simple : vous évitez de surcharger les services de soins et d'entretien de vos E.H.P.A.D. en personnels compétents et dévoués ; vous évitez de doter vos établissements de toutes sortes de matériels indispensables à entretenir le moral de vos troupes, à leur donner du cœur à l'ouvrage ; vous évitez d'entourer vos pensionnaires de toutes sortes d'attentions et de prévenances à même de leur donner envie de s'accrocher à la vie.
Tout ça pour reprendre une information entendue sur France Culture le 5 février 2022 : il paraîtrait que dans un E.H.P.A.D. Orpea, le "turn-over" annuel (en français : la mort), non pas du personnel, mais des pensionnaires, se tient aux alentours d'un tiers du total, et qu'en dessous de ce "seuil", la rentabilité en souffrirait, ce qui risquerait fort de mécontenter l'actionnaire.
Ce qui me semble bizarre dans cette information et que j'ai du mal à comprendre, c'est en quoi la mort d'un tiers des pensionnaires d'un E.H.P.A.D. chaque année est un facteur de rentabilité : puisque les familles paient ! Je me dis que l'actionnaire, qui a l'œil bloqué sur son taux de profit, n'a nul besoin d'accélérer le passage de vie à trépas.
Reste, il est vrai, l'indéniable pénurie des personnels et des matériels, dénoncée par Victor Castanet dans son ouvrage Les Fossoyeurs, qui entre dans l'indéniable "impératif de compression des coûts", condition sine qua non du taux de rentabilité, et qui aboutit vraisemblablement à une dégradation de l'état des vieillards plus rapide qu'elle ne serait si tout était fait pour leur confort et leur bien-être. La Grande Privatisation de TOUT conduit mécaniquement à appliquer exclusivement la Loi de l'Actionnaire, dans les soins apportés aux vieillards comme dans la sauvegarde des transports, l'Education Nationale, les hôpitaux publics, etc. Et la voracité de l'actionnaire est sans limite.
La morale à tirer de cette histoire : la France, sous les coups conjugués de l'intégration économique de l'Europe et de la logique ultralibérale importée de pays anglo-saxons qu'il est inutile de nommer, a démantelé ces monstres qui avaient nom P.T.T., S.N.C.F, E.D.F., G.D.F., etc., dont les citoyens étaient sans distinction les usagers, et non pas les clients.
Et que l'on voit dans tous les domaines l'effet produit par la mise en concurrence ("libre et non faussée"), la privatisation de tout et le pressurage intéressé de toutes les activités humaines par des bandits soigneusement dissimulés derrière les appellations mensongères d' "investisseurs", "fonds de pension" et toutes ces sortes d'impostures.
Le résultat ? Dans tous les domaines, déliquescence des notions de "service public" et d'intérêt général, et promotion exaltée de celles de performance et de compétitivité. Dégradation des conditions de vie et de travail de la grande masse des gens ordinaires.
Comment n'éprouverait-on pas de la haine pour un tel monde ?
Voilà ce que je dis, moi.
09:00 Publié dans DANS LES JOURNAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : e.h.p.a.d., orpea, maisons de retraite, troisième âge, quatrième âge
samedi, 05 février 2022
COMMODITÉS, TOILETTES OU CHIOTTES ?
RUE DU VIEL RENVERSÉ [Saint-Georges], LYON V, 1975.
66, RUE SAINT-JEAN, LYON V, 1973.
19, RUE SAINTE-CATHERINE, LYON I, 1972.
***
Toutes les photos ont été prises par Jean-Paul Tabey. On les trouve sur le site des Archives Municipales de Lyon. Avis à ceux qui persistent à dire : « C'était le bon temps ! » : en hiver surtout, c'était pas le bon temps.
09:14 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie, jean-paul tabey, lyon, saint-jean, rue saint-jean, rue du viel renversé, rue sainte-catherine
lundi, 31 janvier 2022
MACRON : DES SOLUTIONS ? IL EN PLEUT !!!
YAKA TRAVERSER LA RUE !
Ça a commencé par un choc, quand le brillant énarque et banquier, et président, et orateur doué a constaté de ses propres yeux l'état de délabrement structurel de l'institution hospitalière (on manquait de lits, de personnels qualifiés, de rémunérations motivantes, de matériels modernes). Il a martialement klaxonné.
« NOUS ALLONS ÉTABLIR UN PLAN MASSIF D'INVESTISSEMENT POUR L'HÔPITAL PUBLIC ! » (avril 2020).
***
Et puis, devant les récriminations des policiers qui se plaignaient de la pauvreté de leurs effectifs, de la vétusté de leurs matériels et de l'insalubrité de leurs commissariats, Macron a fait une autre promesse solennelle.
« NOUS ALLONS ÉTABLIR UN PLAN MASSIF D'INVESTISSEMENT POUR LES FORCES DE L'ORDRE ! »
***
Et puis, quand les juges, les greffiers, les avocats et même les procureurs (pensez ! Même les procureurs !) ont envahi les palais de justice pour se plaindre massivement de leurs effectifs insuffisants et de la pauvreté de leurs dotations en matériels divers, tout le gouvernement s'est regroupé derrière le chef de l'Etat pour déclarer.
« NOUS ALLONS ÉTABLIR UN PLAN MASSIF D'INVESTISSEMENT POUR LA JUSTICE ! »
***
Et puis, quand les enseignants sont descendus dans la rue pour réclamer la mise à niveau de leurs salaires (gelés depuis Vercingétorix) par rapport à leurs homologues européens, une meilleure reconnaissance de leur métier et des conditions de travail décentes, la réaction du pouvoir n'a pas tardé.
« NOUS ALLONS ÉTABLIR UN PLAN MASSIF D'INVESTISSEMNT POUR L'ÉDUCATION NATIONALE ! »
***
Et puis, quand Victor Castanet a fait paraître son livre-coup-de-massue sur le scandale de la gestion des E.H.P.A.D. par de grands groupes privés uniquement soucieux de servir une soupe bien grasse à leurs actionnaires plutôt que de s'occuper de leurs pensionnaires avec sérieux, compétence et humanité, le gouvernement a aussitôt réagi.
« NOUS ALLONS ÉTABLIR UN PLAN MASSIF D'INVESTISSEMENT POUR LA PRISE EN CHARGE DU GRAND ÂGE ET DE LA DÉPENDANCE ! »
***
Et puis quand les infirmières, aides-soignantes, internes et médecins sont RE-descendus dans les rues pour RE-manifester leur désespoir de voir ainsi abandonner l'hôpital à son triste sort, ça a RE-commencé.
« NOUS ALLONS ÉTABLIR UN PLAN MASSIF D'INVESTISSEMENT POUR L'HÔPITAL PUBLIC ! »
***
ET C'EST REPARTI !!!
***
MORALITÉ : AUX DERNIÈRES NOUVELLES, ON N'EST PAS PRÈS DE VOIR PASSER LE DERNIER TRAIN DU "PLAN MASSIF D'INVESTISSEMENT". PUISQUE ÇA COÛTE RIEN !
AU FAIT, C'EST QUI, LE GARS QUI DISAIT : « MAIS ÇA COÛTE UN POGNON DE DINGUE » ?
09:00 Publié dans DEMORALISATION | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, politique, société, emmanuel macron, jean castex, hôpital public
dimanche, 30 janvier 2022
UN ARBRE ENTRE TOUS LES AUTRES
GRATITUDE.
Oui, je sais, la photo (©D.R.) est fort mal conservée, mais.
Pour certains, elle ne vaut que pour deux raisons :
1 - On voit la place Tolozan telle qu'elle fut en d'autres temps, dans un état où même le Lyonnais et Croix-Roussien Berlion, dans ses formidables Sales Mioches (Corbeyran scénariste), se trompe lourdement dans la représentation : ici-dessus on voit bien qu'elle est plate comme la main, contrairement à ce que prétend le dessinateur ici-dessous.
Là, on voit bien qu'il y a le métro qui passe en dessous. Et puis, où sont les platanes ?
2 - C'est (presque) la seule photo où l'on aperçoit un arbre précis : celui qu'une lourde rambarde de pierre entoure. Pas compliqué : il est au centre et au premier plan. C'est à coup sûr un arbre plus intéressant que les bêtes platanes qui peuplaient la place autrefois et qui se sont laissé bêtement arracher pour de bêtes raisons urbanistiques, et où les étourneaux venaient loger en masse pendant les nuits d'hiver pour enduire les voitures stationnantes d'un épais mastic défécatoire.
Vous savez pourquoi l'arbre dont je parle était digne de rester ? C'est parce que, en 1960 et après, lorsque la photo a été prise, il s'était creusé avec le temps, pour accueillir l'essaim d'abeilles qui y avait trouvé une chaleureuse hospitalité. Et le lycéen, qui passait là tous les jours pour se rendre au lycée Ampère pour y passer bien trop d'heures mortes, attendait ce moment, aux premières tiédeurs vivantes de l'an, de passer à proximité du très marqué parfum de miel exhalé par le tronc empli du travail invisible des butineuses.
« Ce n'était rien qu'un peu de miel,
Mais il m'avait chauffé le corps,
Et dans mon âme il brûle encore
A manière d'un grand soleil ».
Non, ce n'est pas nostalgie : juste un souvenir.
09:00 Publié dans LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, place tolozan, bande dessinée, berlion, corbeyran, berlion sales mioches, photographie
mercredi, 26 janvier 2022
MAMIES A LA CROIX-ROUSSE
Célébration des mamies.
Photos prises dans les années 1960 à la Croix-Rousse par Georges Vermard.
09:00 Publié dans A LA CROIX-ROUSSE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, croix-rousse, petites vieilles, photographie, georges vermard
lundi, 24 janvier 2022
LYON A VUE D'OISEAU ...
... mais par en dessous.
Eglise Saint Pothin, à la croisée du transept. Verrière de Lucien Bégule, 1892. Photo Thierry Wagner, grand amateur de l'œuvre de Lucien Bégule.
Sous ce dôme-là, j'ai entendu une excellente intégrale des Concertos Brandebourgeois (peut-être l'ensemble Jean-François Paillard). C'était il y a fort longtemps, à l'époque où je ne sais plus quelle société musicale lyonnaise organisait chaque année un "cycle Jean-Sébastien Bach", dont je ne ratais aucun événement.
09:00 Publié dans LYON, MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, église saint pothin, lucien bégule, vitraux lucien bégule, photographie
dimanche, 23 janvier 2022
LYON A VUE D'OISEAU
Saint François de Sales, rue Auguste-Comte et place Charles-Marie Widor : le dôme.
J'ai passé sous ce dôme des heures magiques, à écouter le maître Louis Robilliard jouer un des plus beaux orgues qui soit. Il paraît que la Ville fait appel à la bourse de l'Etat (ça veut dire un peu la mienne), à sa propre bourse (ça veut dire la mienne), et au mécénat (ça veut dire des gens dispensés d'impôts s'ils donnent des sous pour des "causes") pour opérer la première restauration à laquelle l'instrument aura été soumis depuis sa construction par Cavaillé-Coll. Allons, les écolos au pouvoir, parmi tous leurs mauvais côtés, arrivent à se racheter un peu sur certains thèmes "élitistes".
09:00 Publié dans LYON, MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, place bellecour, rue auguste comte, orgue, louis robillard, photographie, place charles marie widor
samedi, 22 janvier 2022
CROIX-ROUSSE A VUE D'OISEAU
Eglise Saint Bruno des Chartreux, le dôme.
10:22 Publié dans A LA CROIX-ROUSSE, LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie, lyon, croix-rousse, saint bruno des chartreux
vendredi, 21 janvier 2022
ROYALISTE EN 2022 ? C'EST SÉRIEUX ?
Cela commence ainsi (Le Progrès, 19 janvier 2022).
En 2000, les choses se présentaient ainsi : le jeune homme très digne et bien mis, dont on voit bien que le profil n'a rien de "bourbon", s'appelle Louis, comme par hasard (Loulou pour les intimes, tous les autres sont priés de s'incliner profondément). Il est né en 1974, paraît-il. C'est donc un de ses parents que l'on apercevra demain lors de la commémoration de la mort de Louis le seizième en l'église Saint-Bonaventure.
Ici, on est à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. Attention, ça rigole pas. Ce qui ne veut pas dire que c'est sérieux. On notera les gants noirs du porte-étendard fleurdelysé.
***
La seule chose que je regrette, c'est de ne pas être là pour entendre les trompes de chasse de la Diane Lyonnaise : rien n'est plus beau que les harmonies produites par ces souffleurs de cor qui vous tournent le dos pour vous en mettre plein les oreilles. Vous me direz : mais vas-y donc, puisque tu aimes ça ! Pas faux. Mais qu'est-ce que vous faites de la messe ? Fût-elle "royale" ?
Ne vous faites pas de mouron : je me rabattrai sur un bel exemplaire de la sonnerie "Saint-Hubert".
Et puis je me souviendrai d'une séquence avec Jean Gabin, en peignoir, portant monocle et chantant la chasse à courre. C'était dans Le Baron de l'Ecluse.
***
Ce n'est que si le p'tit Louis (de Bourbon, et "prince", s'il vous plaît) me marche sur les arpions que je lui ressortirai de vieux souvenirs de son album de famille.
De mon côté, ça fait déjà longtemps que j'ai cessé de saucissonner au vin rouge tous les 21 janvier. Paix à l'âme des rois de France, après tout. A qui couperiez-vous la tête aujourd'hui ?
***
Note : c'est comme les obsèques de Paul Bocuse à Saint-Jean (en 2018, je crois) : je n'y étais allé que pour entendre le gros bourdon, vous savez, la grosse Anne-Marie, qui ne résonne qu'une quinzaine de fois dans l'année à la cathédrale : il faut se placer du côté du chevet. Une expérience sonore inoubliable. Et c'est gratuit.
09:00 Publié dans HISTOIRE, LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire de france, prince louis de bourbon, louis xvi, décapitation
mercredi, 19 janvier 2022
ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...
« On ne peut bretonner qu'en Bretagne. La principale occupation des habitants est de manger des langoustes bretonnes sous une pluie qui l'est encore plus. Ils vont les chercher dans la mer. C'est leur banlieue ! L'aventure est au bout du môle. On y trouve le vent, la tempête, l'orage, les courants, les écueils. Tous les apaches de l'Atlantique. Tous les démons. L'homme ne peut s'y opposer qu'en conjuguant sa force et son intelligence, une connaissance étonnante du milieu, une promptitude surprenante de réflexes, une endurance à toute épreuve et un sang-froid que rien n'intimide, une science du métier faite instinct. C'est bien autre chose que de tourner autour de la Lune. Il me semble du moins. Et je me trompe peut-être. Car tourner autour de la Lune exige une forme de courage qui consiste à lutter contre de l'inconnu, contre une chose qui affole plus, du moins a priori, que la foudre qui tombe sur des vagues de quinze mètres. Du moins quand on y pense de loin. Car la foudre qui tombe sur des vagues de quinze mètres a un petit aspect blanchâtre qui empêche très couramment de se rappeler sur le moment tout ce qu'un homme sur une coque de noix peut encore espérer du principe d'Archimède, au moment où la lame qui arrive, après celle qui l'emporte aux cieux, lui cache la Lune et les étoiles. D'autant plus que la foudre a le ton sec et une autorité parfaite. qu'il en soit, l'homme ne paraît jamais plus beau que quand il emploie en même temps son cœur, son corps et son esprit dans quelque entreprise difficile. C'est pourquoi j'aime tant les marins, et pas tellement les cosmonautes : le cosmonaute est à peu près passif. Il est étrange que le progrès de l'humanité aille au rebours du progrès des hommes. Que le type humain le plus beau soit celui d'avant le progrès. Le progrès se fait-il donc contre l'homme ? Est-ce fatal ?... Nous sommes embarqués...
(...)
Quoi qu'il en soit la Bretagne ferme le 15. Le 15 septembre la Bretagne n'a plus lieu. C'est une information que je tiens d'une Quiberonnaise. Les hôtels ne prennent plus personne. "Après, c'est le vent", m'a-t-elle dit sobrement.
Le 15 septembre le vent succède à la Bretagne. Elle se retire dans sa petite presqu'île, elle rentre dans ses maisons basses ripolinées comme des joujoux, son rez-de-chaussée climatisé, avec des cactus sur la fenêtre, pareil à quelque appartement de retraité du petit commerce plutôt qu'à ce qu'un homme des montagnes, ou du désert, a l'habitude d'appeler pays. Et c'est cette mercerie de province qui est l'antichambre de ces enfers, de ces abîmes et de ces Apocalypses que ma Quiberonnaise appelle le vent.
Le vent de l'abîme a créé une épicerie-tabac. C'est le type même de l'absence d'emphase. Les civilisations qui se vantent ne peuvent plaire qu'à des nouveaux riches. Les petits effets ont parfois de grandes causes
Et c'est ainsi qu'Allah est grand ».
Alexandre Vialatte, Et c'est ainsi qu'Allah est grand, Fayard, 1979.
***
Note 1 : "Les petits effets ont parfois de grandes causes" : exactement l'inverse du dicton "A petites causes, grands effets". Et l'inverse de ce que les journalistes complaisants appellent complaisamment "l'effet papillon", vous savez, cette niaiserie qui consiste à soutenir qu'un battement d'ailes de papillon en Antarctique (où trouvent-ils des papillons en Antarctique ?) peut provoquer un ouragan dans le golfe du Mexique (même si ce n'est pas absurde en théorie).
Note 2 : Oui, on pourrait reprocher à Dupont de faire preuve d'un certain niveau d'islamophobie en bottant le cul de ce musulman en prière. Mais ce faisant, en tant qu'Européen, il affirme sa conviction que l'islam est incompatible avec la démocratie. Ou alors il faudrait que ce soit une foi amoindrie, de la même espèce tiède qui a conduit a la bienfaisante déchristianisation de nos cultures. Tant que le musulman sort le poignard (heureusement, le moteur de la Jeep conduite par Dupond tourne rond) parce qu'il estime que le "Blanc" manque de respect aux objets de sa vénération, aucun "accommodement" n'est possible, fût-il "raisonnable".
***
Fin (provisoire) de ce bain de jouvence "Alexandre Vialatte". Et un million de remerciements pour ses remarquables contributions à Georges Rémi, à qui nous disons un très amical "au revoir".
09:00 Publié dans BANDE DESSINEE, LITTERATURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bande dessinée, hergé, les aventures de tintin et milou, tintin au pays de l'or noir, les dupondt, littérature, littérature française, humour, alexandre vialatte, et c'est ainsi qu'allah est grand, islam, musulman
mardi, 18 janvier 2022
ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...
« La vérité se trouve aux éditions du Seuil dans une ravissante collection consacrée aux signes [je me permets de corriger le "singe" imprimé p.95] du zodiaque et rédigée par de bon écrivains. Elle s'adresse aux "honnêtes gens". Elle n'indique pas le moyen de gagner à la loterie, manque d'opinion sur le chiffre 13 et n'assure nulle part que la pierre de lune vous fera aimer le mercredi par des nièces de maraîchères si vous êtes beau-frère du potier. En revanche, elle contient de remarquables études sur les grands hommes qui ont illustré le signe étudié. On y trouve des choses étonnantes : "Le chant du taureau est vénusien" ; "le Taureau et les Poissons n'arrivent pas à se comprendre" ; "la femme du Taureau s'habille avec un rien" ; "le Taureau froid use ses vieilles jaquettes". De tels détails confondent l'esprit humain. Ils s'entourent de mille images, photographies, gravures sur bois, autographes, zodiaques sur fond vert, vases grecs, tableaux de musée, bœufs mésopotamiens, cartes du ciel où traînent des dieux et où s'agitent des monstres comme des têtards dans un étang. On y voit Montherlant vêtu en picador, Turgot donnant sa démission et des demoiselles exaltées qui frappent sur des tambourins.
Je reste obsédé par le Taureau froid. Sa queue glacée sort de sa vieille jaquette. Il exhale un chant vénusien. Il s'accompagne sur la lyre. L'ablette et le poisson-scie n'arrivent pas à le comprendre. Il ne fera pas un sou de recette. Heureusement que sa femme s'habille avec un rien.
C'est également ce qui sauve de la misère les aborigènes d'Australie. Ces gens sont dénués à tel point de tout vêtement, confort, hygiène, couverture, édredon, et matelas en caoutchouc mousse qu'ils dorment debout sur une seule jambe. Depuis huit mille quatre cents ans, époque de leur apparition dans un désert nu comme la main qu'ils se partagent avec le kangourou-boxeur. Dangereuse fréquentation. Une dépêche de Londres annonce que des savants se sont lancés à leur poursuite afin de découvrir la raison de cet étrange comportement. Pourquoi l'aborigène dort-il sur une seule jambe ? Cruelle énigme. Et faux problème : il dort parce que l'homme a besoin de sommeil ; sur une seule jambe afin de reposer l'autre. Ainsi ont raisonné des savants plus sérieux. Il faut bien, ont-ils dit, dormir sur quelque chose. Comment ne serait-ce pas sur une jambe ou sur l'autre ? On ne peut pas dormir sur les deux ! C'est une position épuisante ! Quant à vivre sans nul sommeil, un tel rêve ne pourrait se loger que dans une tête sans cervelle. Le travailleur qui oublie la sieste, dit un proverbe du Centre-Afrique, est aussi fou que le poisson ouah-ouah ».
Alexandre Vialatte, Et c'est ainsi qu'Allah est grand, Fayard, 1979.
lundi, 17 janvier 2022
ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...
***
« Le temps est gris, on ne peut pas s'empêcher de rêvasser. Mille idées vous passent par la tête, qu'on a envie d'attraper par la queue. C'est une tentation très dangereuse. Car de songe en idée, on finit par penser. Et il n'y a rien de plus fatigant. Ni de plus vain. Car on ne pense pas juste. Ou alors une fois sur cent mille. Par quelque hasard prodigieux.
Ce qui n'a d'ailleurs pas d'importance. Car l'idée fausse est souvent plus féconde : l'idée fausse que la terre est plate permet fort bien de caler une chaise ou de bâtir une chaumière normande avec une poutre où accrocher les saucissons. L'idée juste que la terre est en forme de poire, ou mieux de pomme de terre nouvelle, compliquerait au contraire les choses à un tel point que l'homme ne pourrait jamais s'asseoir ni manger le saucisson dans une chaumière normande, si le maçon voulait en tenir compte. Ce qui priverait l'existence de toute jovialité. Aussi le président Krüger était-il sagement inspiré, il n'y a pas soixante ans de la chose, d'interdire l'accès du Transvaal à tous les trublions faisant le tour du monde, voulaient donner à Pretoria des conférences par lesquelles ils risquaient de prouver que la terre est ronde. Il fut ferme et ne céda pas. C'est pourquoi il a sa statue devant son ancienne petite maison. En redingote, en gibus, en marbre. Avec un haut-de-forme évidé pour permettre aux oiseaux d'y boire. C'était du moins ce que demandait sa femme. Elle voulait faire de lui une fontaine pour les hirondelles. Je ne sais plus bien si on l'a exaucée. Quoi qu'il en soit, ces raisonnements précis prouvent à merveille qu'une idée excellente n'a pas besoin d'être juste ou fausse, mais bien seulement d'être féconde ».
Alexandre Vialatte, Et c'est ainsi qu'Allah est grand, Fayard, 1979.
dimanche, 16 janvier 2022
ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...
Explication : c'est un missionnaire particulièrement œcuménique.
« On va détruire le pont de l'Alma. M. Magniez, chef de service à la mairie de Boulogne-sur-Mer, a réclamé la statue du zouave ; il a raison : c'était son grand-père¹. Il s'en fera un grand presse-papiers.
Il ne faut jamais laisser perdre le zouave, surtout quand il est de la famille. Le zouave est pittoresque, il ne fume que le "Nil",
il a un vaste pantalon percé du "trou de Lamoricière". C'est pour pouvoir traverser les oueds. Quand l'oued déborde et que le zouave le traverse, l'eau qui s'amasse dans son immense culotte l'entraînerait rapidement au fond s'il n'avait le trou de Lamoricière. Le crocodile lui sectionnerait le bras droit. Avec le trou de Lamoricière, qu'inventa le général qui porte le même nom, l'eau s'écoule à mesure qu'elle pénètre. Le zouave échappe au crocodile. Il sort de l'oued en laissant derrière lui une trace humide, comme l'escargot. Il tord son vaste jupon rouge ; il le fait sécher sur une ficelle ; le même soir il peut mourir tranquillement au combat. Dans une culotte bien sèche. En sonnant du clairon.
Telles sont les mœurs héroïques du zouave. Mon enfance a été nourrie de ses grands exemples. Je rêvais du trou de Lamoricière ; j'en perçais un dans mon costume marin pour échapper aux crocodiles. Afin de mieux traverser les oueds ».
Le défilé des zouaves, place Bellecour, à Lyon, le 14 juillet 1905.
(...)
« On voit par là l'importance du zouave. Il était à la base d'une civilisation. Il reste à la base d'une sagesse. C'est un professeur éternel. C'est pourquoi M. Magniez a cent mille fois raison de vouloir garder son grand-père et de s'en faire un grand presse-papiers. C'était un zouave exceptionnel. Le moins déshydraté du monde. Il ne vécut que la culotte mouillée ; presque toujours dans le bain de pieds ; très souvent dans le bain de siège. Il a sauvé Paris de cinquante inondations. Quand la crue arrivait à hauteur de l'Alma, elle était obligée de s'écouler sans avenir par le trou de Lamoricière. Que serions-nous devenus sans le zouave de l'Alma ? »
¹ Le zouave André Gody, qui posa pour la statue. Marbrier de son état, il avait fait aux zouaves une carrière glorieuse.
Alexandre Vialatte, Et c'est ainsi qu'Allah est grand, Fayard, 1979.
***
Note : Aux dernières nouvelles, le Zouave sert toujours d'indicateur des crues au pont de l'Alma (le nouveau), bien qu'on ait toujours autant de mal à repérer l'emplacement du "trou de Lamoricière".
Je crois inutile de montrer le professeur Tournesol dans Objectif Lune, où il considère "zouave" comme une insulte. Un contresens qui n'aurait certes pas germé sous la plume de Vialatte.
09:00 Publié dans BANDE DESSINEE, LITTERATURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, littérature française, alexandre vialatte, et c'est ainsi qu'allah est grand, bande dessinée, hergé, les aventures de tintin et milou, tintin au congo, humour, le défilé des zouaves place bellecour à lyon le 14 juillet 1905
samedi, 15 janvier 2022
ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...
Le colonel Sponsz, après avoir visité une biennale d'art contemporain où figure, en particulier, "Mother and child", une œuvre de Damien Hirst, célèbre artiste au "Crâne orné de 18.000 diamants", dont les sujets sont ici une vache et un veau, exige du commissaire d'exposition-du-peuple-et-de-police (c'est une seule et même personne en Bordurie) que l'artiste soit passé par les armes.
***
DES NOUVELLES DE L'ARCON - 4 (et fin)
« Le plus moral des peintres est mon ami Dereux. Il apporte dans la peinture de vrais soucis de mère de famille. Il a inventé le tableau en épluchures de pommes de terre, ce qui est une façon de ne rien laisser perdre dans le budget d'un ménage sérieux. Il recueille donc les épluchures, il les fait sécher, il les colle, il les organise en tableaux. Ces bouquets d'épluchures parlent à l'imagination, au cœur, à l'âme, parfois à l'estomac. Petit à petit il n'a plus pu éplucher tout seul tant de pommes de terre. Il fait travailler d'abord la famille, puis les visiteurs. La cuisine en est plus vite faite et les tableaux en sont plus abondants. Il a acquis à ce jeu une grande expérience du caractère des gens d'après leurs épluchures ; le prodigue les fait énormes ; le paresseux aussi ; l'avare toutes minces ; l'artiste vrai, d'un seul tenant ; l'amoureux est distrait, son épluchure s'en ressent ; mais Dereux va beaucoup plus loin dans la caractérologie et dans la science d'utiliser les épluchures. Il en a fait un traité qui a paru en trois livraisons dans le Mercure de France, qui est mensuel. Aussi a-t-on pu tous les mois, pendant trois mois, consolider ou enrichir son expérience de l'épluchure de pomme de terre.
J'ajouterai, pour être complet, que cet article a été injuste pour le salon Comparaisons ; que je m'aperçois, en en relisant le catalogue, qu'il s'y trouvait des œuvres remarquables, de grands peintres, et assez nombreux : disons Waroquier, par exemple, ou les "naïfs", qui sont charmants. Mais pourquoi, dans ces conditions, n'en garde-t-on le souvenir que d'une exposition de tuyaux de poêle ? la vision morne et incohérente d'un fourneau en pièces détachées ? Il a noyé la qualité dans le magma gris. Et il a offensé le talent.
J'en conclus que ma partialité est d'une légitime injustice.
Et c'est ainsi qu'Allah est grand. »
***
« Légitime injustice » !!!
Quelle formule splendide dans son paradoxe !
Je ne discute pas de la question de savoir si l'on peut être l'ami d'un artiste dont on se moque gentiment des œuvres. D'ailleurs Vialatte lui-même ne porte ici aucun jugement sur les épluchures de pomme de terre, si ce n'est d'utilité. De là à en conclure que le peintre Dereux fait œuvre utile, il y a un pas que je ne franchirai peut-être pas.
vendredi, 14 janvier 2022
ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...
Voici l'état dans lequel le capitaine Haddock se met face au "balloon dog" de Jeff Koons installé dans les ors et les stucs d'un salon de Versailles. On le comprend.
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DES NOUVELLES DE L'ARCON - 3.
« Malheureusement, moins la peinture est prise au sérieux par le peintre, plus il se prend lui-même au sérieux. Moins on sait la grammaire et plus on philosophe. Le peintre veut être un penseur. J'ai vu une exposition de jeunes génies où le programme tenait toute la place. Ils étaient "contre la morale". "Naturellement", ajoutaient-ils. C'était le premier point de ce programme. Ils y tenaient férocement. Mais qui leur faisait obstacle ? et qui ce détail intéresse-t-il ? Surtout en fait de peinture abstraite ! J'ai essayé de trouver leurs losanges immoraux et leurs circonférences coupables. Il ne m'en est pas venu de frisson d'art. Et leurs melons ! D'abord. Qu'est-ce qu'un melon immoral ?... C'est celui qui nourrira Hitler, Néron, Landru ? Le melon moral étant réservé à Pasteur, à Jeanne d'Arc, à saint Vincent de Paul ? Mais comment savoir à l'avance qui un melon va nourrir ? Il ne le dit à personne, et rien ne ressemble plus qu'un melon dévergondé à un melon plein de vertus chrétiennes. On voit par là qu'il est difficile en peinture de remplacer le talent par le vice ; surtout dans la représentation abstraite du hareng saur. Pourquoi, dès lors, vouloir tellement être immoral ? La morale n'a jamais vraiment gêné les peintres. Non plus d'ailleurs que les autres classes de la société. Alors ? Alors je m'y perds. Peut-être les peintres sont-ils las d'être jugés au nom de la morale ? Parce qu'ils trouvent la chose immorale ? Mais, s'ils sont contre la morale, pourquoi se plaignent-ils d'être jugés immoralement ? En agissant immoralement, on agit comme ils le désirent ! A moins que, semblables à tout le monde, ils n'admettent que pour eux le droit d'être immoraux ? C'est une position si banale, si courante, si universelle, qu'il est bien superflu de le crier sur les toits. Sauf si l'on a, évidemment, le besoin le plus grand et le plus naïf de déplacer le problème de la peinture. On change alors de champ de bataille. Battu d'avance à Sète, au moins craignant de l'être, on va se battre à Perpignan. Mais ce n'est jamais à Perpignan qu'on a gagné la bataille de Sète ».
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Bon, d'accord, ce n'est pas ici le meilleur Vialatte, vous savez, le Vialatte jubilatoire dont la plume allègre, espiègle et guillerette avance « à sauts et à gambades ». Sans doute le souci de raisonner et d'argumenter alourdit le propos, qui frise l'argutie spécieuse. Je retiens quant à moi les trois premières lignes du paragraphe : " ... moins la peinture est prise au sérieux par le peintre, plus il se prend lui-même au sérieux. (...) Le peintre veut être un penseur". Et puis ceci : "... il est difficile en peinture de remplacer le talent par le vice".
Ce Vialatte-là est rejoint en 1977 par l'ami Reiser qui, dans Charlie Hebdo, après une visite à la Xème Biennale d'art contemporain de Paris, assaisonne son reportage de grands « N'IMPORTE QUOI » et parle de « L'ART RIGOLO », où l'artiste n'est plus sommé de maîtriser une technique, mais d' « AVOIR DES IDÉES ».
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jeudi, 13 janvier 2022
ET C'EST AINSI QU'ALLAH ...
Madame Yamila visitant une exposition d'ARCON.
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DES NOUVELLES DE L'ARCON - 2.
« La peinture a tout essayé.
On a peint sur une toile, on a peint sur trois toiles l'une au-dessus de l'autre (le même sujet).
On a peint avec tout : les mains, la bouche,, les pieds, le gorille, la queue de l'âne, la foudre, et le mouvement de la terre ; le pistolet, l'arquebuse, la lance, la torpille et le balais de paille. Comme instruments.
Et comme matières, avec la coquille d'œuf, le gravois, le bitume ; la crotte de chèvre et le pipi de chien ; l'anthracite, le mâchefer, le yaourt, le cantal, le brie, le fromage blanc, le fromage fait ; le papier de Paris-Soir roulé en boules compactes, trempé dans l'eau de Javel et coupé au couteau.
On a peint à vélo, à cheval et en avion.
On a peint avec rien, sans pinceau et sans toile, en se contentant de vendre à prix d'or l'ampoule qui éclairait le coin de mur où il fallait se figurer la peinture.
Après tant d'exploits étonnants au visiteur de 1964 que l'artiste ait peint avec un tournevis qu'avec une clef anglaise ? Que le tiroir de la commode qui est sur la toile s'ouvre vraiment ? Et qu'on y découvre un rat cuit plutôt qu'un fer à cheval ou un bouton de culotte ? Ou que le faux bois du trompe-l'oeil exposé par conviction philosophique vaille presque celui d'un artisan spécialisé ?
Je crois qu'on prête au public des exigences mesquines auxquelles il n'a jamais songé. »
Alexandre Vialatte, Et c'est ainsi qu'Allah est grand, Fayard, 1979.
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