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mercredi, 30 novembre 2016

APRÈS LA FERMETURE

Les caisses de Carrefour city (ou comment qu'il se nomme, market, matou, matraque ou quoi), avec leur lecteurs de cartes bancaires cacochymes et désarticulés.

 Rien d'affriolant : c'est juste pris sans reflet intempestif de la rue.

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Photographie Frédéric Chambe.

Me reviennent les paroles d'une petite chanson : quand j'avais rencontré Guy Prunier (cette fois, je vous parle d'il y a vraiment très longtemps), elle n'était pas définitivement au point. Le refrain disait : « Si ça te dit, samedi on ira à Carr'four, c'est chouette l'amour ».

Faire rimer Carrefour et amour, c'était plus original que le sempiternel amour / toujours, et somme toute annonçait assez bien la divinisation démoniaque de la marchandise et de l'univers spectaculaire dont la société de consommation (titre d'un bouquin mémorable de Jean Baudrillard) a su l'entourer pour mieux y enfermer l'esprit des gens.

mardi, 29 novembre 2016

APRÈS LA FERMETURE

Le Riad (coiffure), sans lumière ni reflets ajoutés.

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Photographie Frédéric Chambe.

lundi, 28 novembre 2016

VU DE LA TABLE DU FOND

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Photographie Frédéric Chambe.

dimanche, 27 novembre 2016

HALLOWEEN CHEZ LE FLEURISTE

 

On n'a pas trop forcé sur la déco.

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Photographie Frédéric Chambe.

samedi, 26 novembre 2016

UN JOUR DE FERMETURE

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Après la "vogue des marrons", La Voguette.

Photographie Frédéric Chambe.

vendredi, 25 novembre 2016

LA B.D., ART MINEUR

Qu’on le veuille ou non, la B.D. n’est pas un art majeur. Même le cinéma, qui n’est somme toute que de la B.D. avec le mouvement, ne saurait être considéré, sauf abus de langage (« Le 9ème art » ! « Le 7ème art » !, et puis quoi encore !), comme un art majeur. Artisanat pour la B.D., tant qu’on voudra. Le cinéma, de son côté est avant tout une industrie, qui produit la plupart du temps des objets ordinaires, médiocres ou infâmes, juste bons à être consommés pour « passer le temps », et qui laisse échapper de loin en loin une pépite qui mérite alors d’être qualifiée d’œuvre.

Je ne vais pas faire mon Finkielkraut (« Une paire de bottes vaut Shakespeare », titre, si je me souviens bien, d’un chapitre de La Défaite de la pensée, 1987), bien qu’on soit obligé de reconnaître que le relativisme généralisé qu’il dénonçait alors a gagné tous les étages, tous les compartiments, tous les interstices de la société, nivelant les valeurs, pilonnant les hiérarchies, multipliant « les normes » au détriment de « La Norme », tout cela au nom d’un « progressisme indéfiniment émancipateur », de la primauté de l’individu et de l’égalité des points de vue, et fulminant ses oracles afin de délégitimer tout ce qui ressemble à une autorité ou à un cadre contraignant. On va vous marteler le crâne de ce dogme jusqu’à ce que vous vous jetiez à genoux, suppliant, pour avouer publiquement que : « Oui, tous les désirs des individus sont légitimes » (même si les militants et fanatiques les plus ultra font des exceptions).

Si je devais passer le test de l’île déserte, je répondrais Beethoven ou Bach plutôt que le cher Georges Brassens ou le pétulant Charles Trénet, voire la grande Edith Piaf ; Moby Dick ou Don Quichotte plutôt que Tintin, Gaston Lagaffe, Corto Maltese ou Astérix, même sachant les excellents moments qu’ils m’ont procurés, même sachant qu’ils me manqueraient.

Parmi la tribu des plaisirs, il y a le tout-venant, vite épuisé, qui réclame le renouvellement incessant du paysage pour alimenter le moteur aux sensations ; il y a le plus consistant, qui demande un peu de temps pour en venir à bout, en faire le tour et arriver à satiété ; et puis il y a le nanan, le parangon, le nec plus ultra, le zénith, la haute nourriture, le « Nord » mallarméen : ceux dont vous ne pouvez vous passer et auxquels vous revenez parce que, à chaque fois que vous y plongez, vous n'atteignez jamais le fond et que, à chaque fois, vous y trouvez encore matière à remonter à la surface.

Entre les trois étages, bien sûr, tous les niveaux intermédiaires sont envisageables. Mais en ce qui concerne le dernier, on peut dire qu’il se situe au-delà même du plaisir (aucun cousinage avec un titre approchant du père Sigmund), et cela, seule un œuvre véritable est à même de vous le procurer. Cela s’appelle plénitude. Cela vous comble. Cela vous élève au-dessus de vous-même. Et cela, aucune B.D. jusqu’à ce jour ne me l’a procuré. Et pourtant, je peux dire que j’en ai bouffé, des récits dessinés, des histoires en images, des « illustrés », des « comix ». Pour vous dire, je me suis même abaissé jusqu’à consommer des Blek le Roc, des Kit Carson, des Kiwi, des Zembla et autres fascicules de bas étage (j'invoque l'excuse de la plus complète immaturité : je faisais comme les copains de la "primaire". Attention, pas de confusion : je parle de l'école communale Michel Servet, rue d'Alsace-Lorraine).

Quand vous entreprenez la traversée de À la Recherche du temps perdu, vous passez par des hauts et des bas, des moments d’ennui ou d’agacement, des moments intéressants, des moments passionnants (pas forcément les mêmes pour tout le monde). Et puis vous arrivez au dernier « épisode » de l’aventure, vous entrez dans Le Temps retrouvé, et vous voilà soudain soulevé de terre par une force dont vous ignoriez l’existence, un éclair jailli du dedans vous montre tout le chemin parcouru, l’itinéraire complexe que l’auteur vous a fait suivre pour faire apparaître la « ténébreuse et profonde unité » de la démarche entière.

C’est alors que le pavé, inégal sous le pied du narrateur, qui lui rappelle une dalle de la place Saint-Marc à Venise, puis l’irruption, à travers la soirée Guermantes, de cette évidence éclatante que non, rien n’est éternel et que oui, « le temps passe », que les époques changent, qu'une Mme Verdurin peut devenir Guermantes, tout cela referme une boucle magistrale avec les journées initiales passées à Combray, et apporte la clef (« keystone ») qui vient se loger, parfaitement ajustée, au sommet de la voûte de la cathédrale.

J’admire le travail de Tardi quand il met en scène sa vision de la « Grande Guerre », de Hermann (Caatinga, Missié Vandisandi, Afrika, Qui a tué Wild Bill, Sarajevo tango, etc., sans parler de la série Jérémiah), de Loisel (La Quête de l’oiseau du temps) et de beaucoup plus de fabricants de B.D. que je n’en peux accrocher « aux cimaises de ma galerie B.D. » (voir ma série "Ça faisait des bulles"), je persiste cependant à les considérer comme des gens plus aptes à « dessiner des petits miquets » que capables de me transporter plus loin que ma petite condition humaine.

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On ne m’ôtera pas de l’esprit que toute la bande dessinée, depuis Rodolphe Töpffer (qui a fait Monsieur Jabot (ci-dessus), Monsieur Vieuxbois et autres, mais aussi du beaucoup plus « sérieux », dont d’abondants récits de voyages), Wilhelm Busch (Max und Moritz (ci-dessous), Die Fromme Helene, …), Outcault ou Winsor McCay, s'enracine dans l’enfance, dans les histoires plus ou moins édifiantes qu’on raconte aux petits pour les « moraliser », dans l’humour, les sottises (Pim, Pam, Poum ; Bicot ...) ou la cruauté plus ou moins dévastateurs, tels qu’on peut les trouver chez les enfants réels dans les cours de récréation et ailleurs. 

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Quand j’ouvre un album, moderne ou non, c’est cet esprit, ces histoires, cet humour ou cette cruauté que je veux d’abord retrouver. Et je ne pense pas être une exception. Soit dit en toute simplicité, je crois que ce que cultivent en nous les récits en bandes dessinées est de nature régressive. Il vaut mieux le savoir.

Et l’extraordinaire prolifération du genre ne m’apparaît pas comme la reconnaissance comme art d’un genre autrefois réservé aux enfants, mais comme un symptôme parmi d’autres du processus d’infantilisation mis en œuvre par la société marchande et publicitaire qu’analyse en profondeur, après Guy Debord, un Christopher Lasch, par exemple (et processus visible encore dans le besoin massif des foules aujourd'hui d'être télévisées, sondées, "coachées", consolées, réparées, indemnisées ..., vous savez, tous les refrains qui serinent qu'il faut que le "système" se mette à l'écoute des "vrais gens" ; non pas la définition proprement politique d'un principe d'organisation sociale, mais un supermarché où les hommes politiques se font chefs de rayon pour vanter la qualité de leur produit).

La B.D. "destinée aux adultes" fait appel, en définitive, aux petits que ceux-ci n’ont pas cessé d’être : le mode d'appréhension du réel par l'image est en soi une signature et un aveu. Contrairement aux slogans imbéciles, le mot est supérieur à l'image. Que je sache, on n'a retrouvé des premiers âges de l'expression humaine que des dessins et gravures (parfois des modelés), sur les parois des grottes et des rochers

Il fut un temps où étaient publiés environ cent cinquante albums par an, parfois fort mal imprimés (je me rappelle les couleurs baveuses de Jerry Spring dans Golden Creek). C’était le temps où je pouvais me permettre d’acheter tout ce qui avait paru préalablement en feuilleton dans les revues (Spirou, Tintin, Pilote, à l'époque où la dernière vignette de la planche devait créer le suspens et l'attente fébrile de la semaine suivante). On me dit qu’aujourd’hui ce ne sont pas moins de cinq mille volumes B.D., récits dessinés, « romans graphiques » qui voient le jour chaque année. Si cette incroyable vogue n’est pas un symptôme d’infantilisation des populations, alors je voudrais bien savoir ce que c’est.

Le lecteur voit donc, d’une part, que j’ai quelques connaissances dans le domaine de la B.D., mais que je n’en ai pas moins acquis un regard un peu critique sur la chose. J’ai bien des défauts, quelques vices, comme tout le monde. J’ai tâché d’en faire l’inventaire et de comprendre, tant que faire se peut, d’où ça venait. Sans peut-être en avoir fait le tour, j'ai fini par renoncer à les corriger, et par m'efforcer de les apprivoiser. Et de les relativiser.

La Bande Dessinée, si je voulais risquer une comparaison, ce serait la « Parabole du bon grain et de l’ivraie » : ne pas séparer les deux au moment où ils poussent de concert, mais attendre pour le faire qu’ils aient achevé leur maturation. J’ai poussé en compagnie de la B.D., voilà tout, et j’ai fini par la mettre à distance, même si je garde un tout petit coin de mon attention réservé au plaisir de cette régression licite et momentanée.

Tout bien réfléchi, je garde mes Gotlib, Franquin, Hergé, Uderzo et consort pour y jeter un œil de temps à autre : mon « second rayon » à moi, pourquoi pas. Parmi d’autres.

Parce que le sommet de l’Everest n’est pas habitable à demeure pour l'ordinaire humanité.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 24 novembre 2016

LUMIÈRES DE LA VOGUE DES MARRONS

LYON, CROIX-ROUSSE, 1 octobre - 11 novembre MMXVI

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"Le Palais sucré."

Photographie Frédéric Chambe.

mercredi, 23 novembre 2016

HERGÉ, TINTIN ET MOI

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L’état de santé des albums témoignait de la place importante, passion paisible, qu'ils occupaient dans la maison, qui les feuilletait sans cesse. bande dessinée,bd,hergé,georges rémi,les aventures de tintin et milou,tintin au tibet,coke en stock,le lotus bleu,les cigares du pharaon,objectif lune,l'affaire tournesol,tintin en amérique,jo zette et jocko,le testament de m. pump,new york,le manitoba ne répond plus,l'éruption du karamako,l'île noire,les dupondt,on a marché sur la lune,bdm,tintin éditions originales,tintin ventes aux enchères,artcurialQuelques éditions originales devaient se trouver parmi ceux-ci mais, comme on sait, une E.O. qui ne vous serait pas présentée « à l’état de neuf » (comme disent les marchands) a une médiocre valeur vénale. Ils avaient été maniés par tant de mains, le temps leur avait fait subir tant d'avanies que, encore à peu près entiers et lisibles, ils étaient rigoureusement invendables. Autant en prendre son parti, après avoir un instant rêvé, en voyant les cotes hallucinantes atteintes aujourd'hui par les volumes, les planches et les dessins originaux, dans le BDM et les salles de ventes (commentaire d'un spécialiste de ces ventes, après celle de la planche 26 de On a Marché sur la lune : « Le marché se structure »).

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Vous remettez la planche en N&B. Maintenant, aboulez les 1,55 millions.

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Retrouvant très régulièrement le dit cousin pour les vacances dans le hautbande dessinée,bd,hergé,georges rémi,les aventures de tintin et milou,tintin au tibet,coke en stock,le lotus bleu,les cigares du pharaon,objectif lune,l'affaire tournesol,tintin en amérique,jo zette et jocko,le testament de m. pump,new york,le manitoba ne répond plus,l'éruption du karamako,l'île noire,les dupondt,on a marché sur la lune,bdm,tintin éditions originales,tintin ventes aux enchères,artcurial Beaujolais ou quelque part en Haute-Loire, nous passions des journées à courir les bois, les champs, ou à rendre visite aux vieux « Joseph et Marie » (tels ils se prénommaient), chez qui j’ai appris à traire l’une des six vaches, à boire le « lait bourru », à regarder fonctionner l’écrémeuse ou à gober un œuf tout juste pris « sous le cul de la poule ».

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Je voulais seulement dire combien l’univers d’Hergé était présent à l’esprit de toutebande dessinée,bd,hergé,georges rémi,les aventures de tintin et milou,tintin au tibet,coke en stock,le lotus bleu,les cigares du pharaon,objectif lune,l'affaire tournesol,tintin en amérique,jo zette et jocko,le testament de m. pump,new york,le manitoba ne répond plus,l'éruption du karamako,l'île noire,les dupondt,on a marché sur la lune,bdm,tintin éditions originales,tintin ventes aux enchères,artcurial la famille : François et moi passions tellement nos journées ensemble qu’on nous avait en effet surnommés « les Dupondt ». Lequel était « », lequel « », peu importait, et l’attribution fluctuait d’autant mieux que nous étions alors, et pour un bon moment, dépourvus de moustaches.

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Si j’ai bien longtemps ignoré les aventures de Quick et Flupke, je prisais fort cellesbande dessinée,bd,hergé,georges rémi,les aventures de tintin et milou,tintin au tibet,coke en stock,le lotus bleu,les cigares du pharaon,objectif lune,l'affaire tournesol,tintin en amérique,jo zette et jocko,le testament de m. pump,new york,le manitoba ne répond plus,l'éruption du karamako,l'île noire,les dupondt,on a marché sur la lune,bdm,tintin éditions originales,tintin ventes aux enchères,artcurial de Jo, Zette et Jocko, vécues par Hergé, si je me souviens bien, comme un pis-aller alimentaire et provisoire, et dont les volumes résidaient au même rez-de-plancher. Je pense à l’image très forte de la barque perdue dans le brouillard, vide de ses occupants, et à l’ « opération marchand de sable », qui permet aux bandits du sous-marin de faire main basse sur la cargaison d’or et les objets précieux des passagers fortunés (Le Manitoba ne répond plus). Au gavage des deux héros par les sauvages de l'île dans l’intention d'en faire bientôt un bon méchoui (L’Éruption du Karamako).

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Si je voulais évoquer, de la même manière, les aventures de Tintin, je n’enbande dessinée,bd,hergé,georges rémi,les aventures de tintin et milou,tintin au tibet,coke en stock,le lotus bleu,les cigares du pharaon,objectif lune,l'affaire tournesol,tintin en amérique,jo zette et jocko,le testament de m. pump,new york,le manitoba ne répond plus,l'éruption du karamako,l'île noire,les dupondt,on a marché sur la lune,bdm,tintin éditions originales,tintin ventes aux enchères,artcurial finirais pas. Je pourrais citer la scène de Tintin en Amérique où, le chauffeur de taxi ayant verrouillé les portes, on retrouve le héros au bord de la route, avec à la main la scie (trouvée où ?) qui lui a permis de fausser compagnie à son geôlier. Je pourrais citer, dans Objectif Lune, celle où le professeur Tournesol, amnésique, pète les plombs en retrouvant violemment la mémoire, quand Haddock le traite de « Zouave ».

Je pourrais citer, de Coke en Stock, la réponse du capitaine Haddock à la Castafiore, au moment où elle vient saluer les quatre naufragés, recueillis à bord du Shéhérazade, le superbe yacht du marquis di Gorgonzola (alias l’infâme Rastapopoulos) : « ’n roll, Madame Castafiole … Harrock’n roll ! ». Je pourrais citer, dans L’Affaire Tournesol, la penderie dans la loge de la Castafiore, où sont cachés Haddock et Tintin, qui en profite pour rafler, dans les poches du colonel Sponsz, les papiers autorisant la mise en liberté du cher Tryphon.

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Voilà ce que je dis, moi.

 

[1]Si quelqu’un est en mesure de révéler la solution de l’énigme figurant dans Les Cigares du Pharaon, il est le bienvenu. Que se disent Tintin et Philémon Siclone quand, chacun dans son sarcophage, ils tentent de communiquer ? Mystère (c’est en page 11). Trois vignettes, trois séquences rigoureusement incompréhensibles : « …té…oua…our…pa…ote…ère… »,  « …elle…ière…son… », « …ou…pa…pa…é…or…a…er…opel…a… ». J’ai abdiqué.

mardi, 22 novembre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

… C’ÉTAIT RIGOLO.

Aux cimaises de ma galerie BD.

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Munoz et son humanité à la Céline, dans la débine, tour à tour porcine, chevaline, ovine, vipérine, chafouine, chagrine, ..., dans (A suivre) n°13. Alack Sinner (= pécheur), son personnage le plus connu (scénariste Sampayo), côtoie, avec une morosité savamment cultivée, la lie de la société, des alcoolos, des décavés, des miséreux, des couples en bisbille, des ratés de tous horizons. Le trait et les plages de noir sont au diapason de ces ambiances bien crades. Le dessin parvient à se faire l'équivalent graphique de l'écriture célinienne.

lundi, 21 novembre 2016

COLÈRE DES PEUPLES

Lettre grande ouverte aux « ÉLITES » qui ont les yeux et les oreilles grands fermés.

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Où trouve-t-on le paragraphe qui suit ? Quel révolutionnaire a pu écrire un tel brûlot ? « C’est un ouragan qui emporte tout. Les calculs des sondeurs et les prévisions des experts. Le confort des élites intellectuelles et les certitudes des milieux d’affaires. La suffisance des hommes politiques et l’arrogance des médias. Une lame de fond dont la brutalité coupe le souffle. Un raz de marée sidérant dont l’onde de choc n’épargne pas nos rivages. Dans tout l’Occident, les peuples sont en colère. Nous avions choisi de ne pas le voir. Depuis la victoire de Donald Trump, nous ne pouvons plus faire semblant. » On a vraiment l'impression que l'auteur de ces lignes en a pris plein la figure, et qu'il lâche la bride à son humeur et à sa rage. Alors qui ? Où ?

Je vous le donne Émile : dans Le Figaro (jeudi 10 novembre 2016, premier jour où le bouclage du journal permettait de rendre compte de l’élection de Donald Trump), sous la plume d’Alexis Brézet, éditorialiste. En une et page 21 s’il vous plaît. J’aurais pu écrire la même chose dans les mêmes termes, moi qui ne suis pas du même bord. Attention, Alexis Brézet n’est pas n’importe qui : l’ « ours » nous indique qu’il est « directeur des rédactions » (je note le pluriel), pas moins. Autrement dit, Alexis Brézet appartient à ce milieu particulier des « élites intellectuelles » dont il dit pis que pendre. Il appartient à ce milieu des « médias » dont il dénonce « l’arrogance ». Comme s'il reniait la famille dont il est issu. Très provisoirement, soyons-en sûrs.

L’éditorial du Figaro du 10 novembre constitue donc une illustration magistrale de l’exercice de contrition paradoxale. Le 10 novembre, le directeur des rédactions du Figaro revêt une grande chemise, se met une corde au cou, pour (comme on ne dit plus) « aller à Canossa ». Mais rassurons-nous : dès le 11 novembre, Alexis Brézet est revenu de Canossa pour retrouver ses habits civils et son fauteuil directorial.

Si l’élection de Trump lui a flanqué un coup sur la tête, il s’en est bien remis à présent, n’en doutons pas. L’autocritique, on veut bien, mais pas question d'en faire davantage. Un moment d’égarement, rien de plus. Ce n’est pas parce que tous les gens en place se sont trompés qu’on va foutre par terre la machine économique folle telle qu'elle fonctionne, et surtout, telle qu'elle a produit, mécaniquement, Donald Trump, « ce clown, cet histrion » (dixit Alexis Brézet), désormais président élu des Etats-Unis d'Amérique.

Le monde doit (selon ma petite boussole personnelle) l'aberration apparente de l'élection de Trump

1 - à l'aberration du système économico-financier qui met la planète et les populations en coupe réglée pour le plus grand profit d'une toute petite caste d'ultra-riches (fonds spéculatifs, entreprises géantes et autres bandits de grand chemin), système tout entier soutenu par toutes les « élites » qui lui adressent mollement quelques critiques dessinant en creux des améliorations cosmétiques ;

2 - au dégoût grandissant de foules de plus en plus compactes pour des responsables politiques perçus comme des menteurs, des impotents, ou des corrompus auxquels elles finissent par dire « cause toujours » (ou « merde »).  ; mais aussi

3 - à l'occultation d'une réalité de plus en plus hostile et invivable sous le couvercle épais d'un discours moralisateur déconnecté du quotidien vécu, discours fait de « fraternité », de « lutte antiraciste », de « vivre ensemble », de « nos valeurs », de « tolérance », de « combattre les stéréotypes et faire reculer les préjugés » et d'une foule de propos lénifiants en contradiction criante avec ce qui se passe dans le concret des sociétés (combien de millions de pauvres, en Amérique, en France ?).

Tranquillisons-nous : ce n’est pas une raison suffisante pour que Le Figaro modifie un iota de sa ligne éditoriale ou sa grille de lecture du monde des affaires et de la politique. Jusqu’à ce qu’un de ces jours prochains, n’en doutons pas, Trump ait fait tellement de petits qu’une majorité des Etats occidentaux, ces démocraties si fières de leur supériorité politique, soit gouvernée par des Trump. Vous voyez le tableau ? Plein de clowns et d’histrions plus ou moins autoritaires pour nous gouverner ? Et plein de journaux Le Figaro pour leur cirer les godasses ?

Tiens, soit dit en passant et par parenthèse, on apprend que Nicolas Sarkozy, blackboulé à la primaire de la droite, vient de se faire virer de la vie politique (je dis : pas trop tôt ; mais je me méfie, il a déjà dit ça en 2012) : il y a aussi des nouvelles qui font plaisir, après tout. La mauvaise nouvelle, c'est, si Fillon se fait élire en 2017, que les Français peuvent s'attendre au pire : Fillon est un cadre dirigeant au sein de la mafia ultralibérale qui exerce la dictature en matière économique, et c'est un homme qui a des nerfs d'acier (pilote automobile confirmé, il avait flanqué une frousse bleue à Sarkozy en lui faisant faire un tour de circuit). Un vrai animal à sang froid. L'autre bonne nouvelle : une déconfiture de plus des instituts de sondage. Qui vont sans doute nous servir un tas de raisons savantes et brumeuses pour nous expliquer que les prochaines enquêtes seront, elles, d'une fiabilité à toute épreuve. Revenons à nos élites.

Je vais vous dire : le jour où « les élites » décideront de laisser les manettes à d'autres, reconnaissant qu'elle ont eu tout faux après l’énième « cinglant démenti » apporté par la réalité à leurs certitudes et à leur conviction d’être dans le vrai, eh bien ce jour n’est pas près d’arriver. Autant se faire hara kiri. Vous ne voudriez tout de même pas leur ôter de la bouche la brioche, le gâteau (vulgairement parlant :  le "fromage"), n'est-ce pas.

Tout ça pour dire que l’éditorial du Figaro m’a bien fait rire : toutes les flagellations, tous les « mea maxima culpa », tous les repentirs qui ont saisi les éditorialistes du monde entier à l’élection américaine, il ne faut bien entendu pas en croire un mot. Alexis Brézet cite le « non » au référendum de 2005 et le « oui » des Anglais au Brexit, l’un comme « un regrettable coup du sort », l’autre comme « un malheureux accident », qui prouvent l’aveuglement des « élites intellectuelles ». Quel beau constat ! Élites dans lesquelles celui qui constate se garde bien de s'inclure. Type même de l'homme de système qui se découvre anti-système. Tout par un coup, comme on disait à Lyon. Ou plutôt : pour du beurre.

Parions qu’à la prochaine manifestation de la « colère des peuples », à la prochaine alerte « populiste » (Le Pen en France ?), on verra tous les Alexis Brézet des instituts de sondage, des médias et de la politique se frapper durement la poitrine en proclamant : « Nous ne l’avions pas vu venir », aller faire une petite virée à Canossa pour boire un coup avec les copains, avant de retourner à leur fauteuil confortable et aux dîners en ville. Ces élites-là aiment le changement à la condition expresse que ce soient les autres qui commencent. Le plus tard possible.

Car le diagnostic posé par Alexis Brézet est irréfutable : « Les usines qui ferment, les inégalités qui explosent, les traditions qui disparaissent (…) ont porté un coup fatal » à la « mondialisation heureuse ». Un propos que ne renierait (presque) pas L'Humanité, journal "communiste". Comme dirait Arsène Lupin à son vieil ennemi l’inspecteur Ganimard : « Tu l’as dit, bouffi ! » quand il se fait reconnaître de lui sous les trait du misérable « Baudru, Désiré » (je crois bien que c'est dans L'Evasion d'Arsène Lupin). Je n’ai rien contre le constat, qui me paraît tout à fait ajusté à la situation. C’est seulement la plume sous laquelle on le trouve formulé qui me paraît une grossière « erreur de casting ».

Quand, plus loin dans son article, l’auteur parle de « défaite du politiquement correct », derrière cette vérité apparente, il me fait encore franchement rigoler : l’hôpital qui se fout de la charité, aurait-on dit autrefois, avant la démolition méthodique de l’hôpital public (encore en cours). Comme expert en langue de bois, en politiquement correct et en pensée unique, Le Figaro se pose un peu là (mais Libération et Le Monde ne sont pas mal non plus dans leur bocal). En revanche, quand il évoque la « défaite du multiculturalisme », une variante du terrorisme politiquement correct, je le trouve beaucoup plus percutant.

En effet, selon l’auteur, le multiculturalisme, cette « nouvelle religion politique » (formule de M. Bock-Côté), « inverse le devoir d’intégration (puisque c’est celui qui accueille qui doit s’accommoder aux diversités) ». Alexis Brézet met ici le doigt sur une des raisons de la victoire de Trump : parmi les bourrages de crâne qui heurtent l’opinion de monsieur tout-le-monde en matière d'accueil des étrangers, c’est que c’est le pays d’accueil qui a tous les devoirs (et guère de droits). L’épée du sentiment de culpabilité est brandie par les tenants de l’humanisme humanitaire contre ceux qui contestent le dogme. Ceux qui en ont assez qu'on les prenne pour des billes.

L’injonction faite aux Français de s’adapter séance tenante aux bouleversements du monde, qui plus est selon les termes dans lesquels ceux-ci leur sont présentés par les « bonnes âmes » altruistes, est tout simplement inhumaine. Sommés de changer de vision du monde, les Français renâclent ? Mais quoi de plus naturel, contrairement aux refrains dont les prêcheurs nous gavent à longueur de médias ? La rage qui entoure le débat autour de l’ « identité » est bien la preuve du fait qu’ici se joue une partie essentielle aux yeux du peuple (pardon pour le terme), qui touche au fondement de quelque chose (quoi ? bien malin qui peut répondre). La dénégation par les « élites intellectuelles » de cette conviction intime éprouvée par une masse de gens prépare l’élection démocratique de tout un tas de « clowns » et d’ « histrions » à la Donald Trump.

Ne comptons pas sur Alexis Brézet (et ses semblables) pour tirer, en ce qui le concerne personnellement, toutes les conséquences de son raisonnement.

Il verra bien le jour où il subira les effets de "la colère des peuples", quand celle-ci s'en prendra (sans ménagement) à son petit poste de propagandiste stipendié. 

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 20 novembre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

... C'ÉTAIT RIGOLO.

Aux cimaises de ma galerie BD.

Suite de l'hommage à Enki Bilal.

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Après le foudroyant Partie de chasse, réalisé avec Christin, Bilal est devenu son propre scénariste. De cette autonomie acquise, c'est la "Trilogie Nikopol" qui est sortie : La Foire aux immortels, La Femme piège, Froid Equateur. Bilal nous projette dans un futur multiforme, à la fois baroque, confus, dangereux, politico-mafieux, science-fictionnesque et antiquo-mythologique. Pensez, un condamné, après vingt ans passés dans une capsule cryogénique satellisée, fait un atterrissage brutal sur Terre, dans lequel il perd la moitié d'une jambe qui, encore surgelée à -200°C, se brise lors du choc. Il est pris en main et réparé par le dieu Horus, qui lui greffe un morceau de rail de métro à la place du membre manquant, pour faire de lui le masque derrière lequel l'impressionnante divinité passera inaperçue parmi les humains ordinaires.

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Je passe sur toutes les péripéties : on ne résume pas trois volumes bourrés de trouvailles graphiques et, qui plus est, d'une assez grande complexité narrative (par exemple, Nikopol, du fait de la cryogénisation, rencontre son fils qui a à peu près le même âge que lui : imaginez ce qu'on peut faire avec une telle idée de paradoxe temporel). Ci-dessous, un autre aspect de cette complexité, Nikopol-fils portant une veste "plutôt difficile sur le dos".

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« Octobre 2034. Nikopol fils quitte Giancarlo Donadoni et les studios de Dembidolo avec de bien maigres informations sur son père et une veste plutôt difficile sur le dos. »

Disons que la cohabitation du dieu et de l'humain dans un même corps ne va pas sans problèmes : on ne conseillera à personne de se laisser ainsi squatter (avis aux réincarnationnistes). Disons seulement que la pyramide de Khéops volante finira par se casser la figure, à cause d'un lancement de fusée qui perturbera le champ de force, au détriment du consortium KKDZO (Kahemba-Kogushi-Delisle-Zulcar-Ossipov) qui régnait sur la ville. Les dieux, un peu amochés, retourneront dans leur Egypte natale.

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Déjà, la trilogie Nikopol arrive à la limite de ce que le lecteur moyen que je suis est capable d'ingurgiter de nouveauté en matière de style BD. Le monde que Bilal invente avec une indéniable force se situe aux confins de l'intelligible. La figure même d'Alcide Nikopol ne manque pas d'intérêt, trouvant le moyen de réciter les Litanies de Satan ("Ô Satan, prends pitié de ma longue misère !") ou quelque autre poème de Baudelaire. Non sans réticences donc sur la signification de l'ensemble, je suis obligé de reconnaître la puissance et la beauté du travail. 

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Avec Le Sommeil du monstre (et ses trois colistiers : 32 décembre, Rendez-vous à Paris et Quatre ?), alors là rien ne va plus. Je veux dire qu'on n'est plus dans la bande dessinée : Bilal, comme on dit, "fait éclater le cadre", "subvertit les codes du genre", "abat les frontières de genre" et autres fadaises dont raffole la modernité branchouillée. Par la recherche esthétique, le travail reste magnifique : du grand art. Mais pour le côté narratif, attention : accrochez-vous au pinceau, l'auteur enlève l'échelle. J'imagine que les inconditionnels de Bilal sont babas d'admiration devant le caractère très pictural de la démarche, mais j'aimerais savoir combien parmi eux sont en mesure de résumer (de façon un peu claire, s'entend) l'histoire qu'il raconte. On ne passe pas impunément du graphique et du simplement narratif à une conception beaucoup plus picturale et cependant abstraite du récit. Ce monde imaginaire s'en va trop loin pour moi. J'ai été semé en route par l'artiste, qui ne m'a pas attendu au tournant.

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A partir du Sommeil du monstre, j'abdique, j'abandonne et je m'abstiens. Je me suis arrêté à 32 décembre (également publié sous le titre Trente-deux décembre, oui oui, il paraît que ça change tout). Avec Druillet, il s'était passé la même chose, quand il s'était attaqué au monument de Flaubert Salammbô, deux volumes de relecture radicale, où se déchaîne le délire graphique de l'inventeur de la planète Délirius et de l'auteur très alcoolisé (de son propre aveu) de l'autobiographie Délirium : l'imaginaire invasif de l'auteur empiétait par trop sur le mien. 

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Le récit tient quasiment de l'aventure métaphysique, et charrie une foule de motifs dont la présence mériterait explication (voir ci-dessus et ci-dessous). J'avoue que je manque de la patience et de la docilité nécessaires à l'intelligence de ce haut niveau d'abstraction. J'ai dit ici tout le mal que je pense de ce qu'on appelle "l'art conceptuel", vous savez, ces "choses" qui laissent le spectateur lambda médusé et qui, pour être comprises, auraient besoin d'un épais manuel de vulgarisation.

Désolé de ne plus pouvoir vous suivre sur ce terrain, monsieur Bilal. Heureusement, rien qu'avec Exterminateur 17 et Partie de chasse, me voilà à moitié consolé.

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samedi, 19 novembre 2016

DE JOUR / DE NUIT

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Ce satané double vitrage !

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Un chantier, rue Dumont.

Photographies Frédéric Chambe.

vendredi, 18 novembre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

... C'ÉTAIT RIGOLO.

Aux cimaises de ma galerie BD.

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La trajectoire d'Enki Bilal dans la BD me fait penser à celle de Philippe Druillet, le père de Lone Sloane : comme lui, il a commencé bédéiste, et comme, lui, il a fini par se sentir à l'étroit dans la BD. Je veux dire que si l'on considère la bande dessinée comme la simple technique qui consiste à raconter des histoires graphiques en les découpant en planches et en vignettes, c'est-à-dire comme une variante fixe du cinématographe (la définition des plans est strictement la même, celle des séquences s'apparente au montage, ...), c'est un mode d'expression somme toute limité. C'est d'ailleurs pour ça que je persiste à ne pas considérer la BD comme un art majeur. De même, après tout, que le cinéma, très marqué par l'aspect industriel que revêt  sa fabrication et la foule des métiers qui y interviennent.

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Je laisserai de côté L'Appel des étoiles (autrement dit Le Bol maudit), galop d'essai à citer pour l'anecdote, dans le genre spatio-fantastique. Il n'en va pas de même du superbe Exterminateur 17 qui, sur un scénario de Jean-Pierre Dionnet, laisse l'imagination errer sur la frontière qui sépare le propre de l'homme du propre du robot : après 16 tentatives infructueuses, "le maître" fabrique une machine humanoïde où il a mis beaucoup de lui-même (en particulier dans la fabrication de la rétine), et dans laquelle il se projette corps et âme, acquérant une sorte d'immortalité. C'est du moins le souvenir que j'en ai gardé. Grande intelligence du scénario, grandiose art du dessin : un chef d'œuvre. 

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Bilal a longtemps marché en tandem avec Pierre Christin pour produire des histoires écologico-fantastiques. La Croisière des oubliés, Le Vaisseau de pierre, La Ville qui n'existait pas, portés par la vague des utopies de mai 68, inventent des "solutions" aux conflits mortifères entre la vie traditionnelle (paysans, puis marins, puis ouvriers) et la société matérialiste, capitaliste qui se met en place à l'époque (Reagan, Thatcher) et dont on voit aujourd'hui l'impasse dans laquelle elle a engagé l'humanité.  

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Partie de chasse : on voit que la couleur prend de l'importance par rapport au dessin.

Avec Les Phalanges de l'ordre noir, le tandem Christin-Bilal se penche sur l'histoire de l'Espagne franquiste, avec un commando d'anciens des Brigades internationales qui se reforme pour mettre fin aux méfaits d'un groupe de vieux franquistes. Il y aura un seul survivant qui, désabusé et exilé aux îles Feroë, se demande à quoi tout ça a servi.

Mais avec Partie de chasse (les trois vignettes ci-dessus), le tandem atteint ce qui est à mon avis le sommet absolu de leur collaboration. Il peint un groupe de hauts apparatchiks communistes européens (Pacte de Varsovie oblige) emmenés par le hiératique, muet, sombre et prestigieux Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko (ci-dessus au premier plan) : comment des hommes sont réunis dans une "datcha" luxueuse pour, en éliminant lors d'une chasse à l'ours Sergueï Chavanidzé , redoutable communiste orthodoxe fanatique, « soulever le couvercle (...) que Sergueï Chavanidzé voulait maintenir hermétiquement clos au nom des intérêts russes ». Il y a du prémonitoire dans cet album de 1983 qui annonce la décomposition de l'empire soviétique.

Magnifique ! 

jeudi, 17 novembre 2016

THRILLER, POLAR ET NOIR

JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ 

LES RIVIÈRES POURPRES


GRANGE RIVIERES POURPRES.jpgJ’avais lu en son temps Les Rivières pourpres (Jean-Christophe Grangé). Je me souvenais seulement qu’on y trouvait un cadavre enfermé dans la glace d’un glacier, dans une montagne. J’ai lu d’autres romans du même auteur, quatre au total (avec Le Vol des cigognes, Le Concile de pierre et L’Empire des loups, pour les suivants, j’en avais ma claque). Je dis « 
il me semble », parce qu’il y a quelque chose dans ce genre de littérature qui s'apparente à un tonneau sans fond.

Lire en série des Maigret, des San Antonio, voire des Manuel Vasquez Montalban (Roldan ni mort ni vif, La Rose d'Alexandrie, Le Quintette de Buenos Aires, ...) ou des Michael Connally (Le Poète, La Blonde en béton, Le Cadavre dans la Rolls, Les Egouts de Los Angeles) produit le même effet : ça rentre par un neurone, et ça sort par l’autre. Cette littérature n’est pas faite pour s'éterniser dans son lecteur et, pourquoi pas, le modifier, comme le font certains certains chefs d'œuvre.

Tout ça pour dire que, bien je ne me nourrisse pas que de lectures « sérieuses » ou de « grande littérature », et que moi aussi, j’aime juste passer de temps en temps « un bon moment », je n’en confonds pas pour autant ces différents registres, qui s'adressent à des niveaux, à des hauteurs très différents du lecteur : il y a une hiérarchie des valeurs littéraires, n'en déplaise aux "abatteurs de frontières". Moins ambitieux par principe, les « polars », « thrillers », « noirs » ne sont pas faits, au moins a priori, pour prendre racine durablement dans l’esprit de celui qui les prend en main. Ce sont des livres « à consommer ». Or on sait comment finit ce que nous consommons : au trou. Passons vite.

Car je viens de relire Les Rivières pourpres. C’est vrai que c’est le genre de livre qui « fait passer le temps », mais c’est du temps perdu. Inutile de partir à sa recherche. A cause de la structure particulière de tous les romans qui finissent sur le dévoilement du mystère ou de l’énigme, que l’auteur nous y livre l’identité du coupable, reconstitue l'enchaînement des faits et le rôle de chacun des personnages, ou qu’il expose la nature du complot qui a été mis en échec.

Ces livres (tout comme les films), dont l'intégralité du travail de construction de l'intrigue est orientée en direction d'une fin conçue comme la solution d'un problème, ces livres dont il ne faut surtout pas raconter la fin sous peine de passer pour un gougnafier qui vous savonne la planche de salut, ces livres qui perdent tout intérêt aux yeux de ceux qui ne l'ont pas lu dès qu'on vient de leur dire qui a tué, ces livres où le détective (le commissaire fait aussi ça très bien) est à l'arrivée tel qu'il était au départ, pli du pantalon et brushing compris (ragoût de mouton mitonné par Germaine toléré), ces livres ont moins de valeur que Lucien Leuwen ou Illusions perdues, où les personnages subissent jusque dans leur être l'action du temps, des autres et des événements. Il y a une trajectoire indéterminée dans la grande littérature. Dans le polar etc., il y a une boucle : le point d'arrivée était le point de départ. L'écrivain sait où il va, ce qu'il fait. Je simplifie. Je schématise. Je caricature. Je sais qu'il y a des exceptions. N'empêche que.

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Je n'ai pas vu le film.

Dans Les Rivières pourpres, il s’agit d’un complot. Il y a des coupables. Beaucoup de coupables. Et très peu d'innocents, à commencer par le commissaire Niémans, qui s'occupe de l'affaire, capable de tuer un supporter de football trop violent. Même le lieutenant (on ne dit plus "inspecteur") Karim Abdouf, qui partage l'enquête avec lui, porte quelques menues peccadilles sur la conscience, et n'hésite pas au besoin sur les moyens à utiliser pour arriver à ses fins.

Prenez un beau complot, façonnez-le méticuleusement pour lui donner une forme définitive et présentable. C’est en général dans les dernières pages du roman que la grande explication vous sera donnée par un des principaux personnages, qui vous mettra sur la table la carte géographique de toute la machination et en reconstituera sous vos yeux éberlués la logique implacable.

Grangé vous place ici dans une université renommée située dans un patelin improbable (Guernon ne figure pas dans le répertoire des communes de France), non loin de Grenoble. Au sein de l’université est installée une caste archi-héréditaire de chercheurs brillants, qui vit depuis très longtemps en autarcie. Les mariages de plus en plus consanguins ont produit de véritables phénomènes intellectuels, mais en faisant de ces phénomènes des petites natures au plan physique. Mais aussi des malades mentaux.

Pour donner un coup de fouet régénérateur à cette fin de race, deux illuminés de la génération qui précède la présente ont élaboré un magnifique plan : un aide-soignant de la maternité et le chef de la bibliothèque universitaire. Le premier, à chaque fois qu'une des universitaires concernées va mettre bas, substitue au bébé celui d’une femme venant d’un village de montagne (Taverlay, lui aussi inconnu au bataillon), parce que c’est bien connu : les enfants d’universitaires ont des corps chétifs, alors que les petits montagnards sont des forces de la nature. Tout le monde sait ça. Ainsi va-t-on fabriquer des enfants qui auront à la fois un grand cerveau et un corps à toute épreuve : des savants et des alpinistes hors-pair. Je ne sais plus quel autre illuminé voulait collecter le sperme de tous les prix Nobel pour en féconder des femelles de compétition. C'est sur un tel fantasme que le bouquin est bâti.

Après l'école, les gamins intègrent l'université. C'est là que le bibliothécaire intervient. De son côté, il falsifie les états-civils pour dissimuler l’opération et s’arrange pour toujours placer (c'est lui qui assigne à chacun sa place) le même garçon en face de la même fille. Et devinez ce qui arrive : dans 70% des cas, ça finit par un mariage qui assurera la régénération de la race : si, si, c'est comme ça que ça marche ! Du moins à ce qu'on dit. Que l’aide-soignant et le bibliothécaire du bouquin soient de complets tarés mentaux, schizophrène ou paranoïaque, en tout cas des psychopathes accomplis, n’a finalement rien d’étonnant.

Si le bouquin souffre d’une faiblesse, c’est bien 1 - à cause de ce projet foireux, qui aboutit contre toute vraisemblance à la formation d'individus qui sont des forces de la nature (intellectuellement et physiquement), et 2 - à cause de cette invraisemblable façon de procéder, poursuivie inlassablement sur au moins deux générations. Conclusion : thèse, hypothèse, foutaise. C’est dommage, parce que, du coup, ça dégonfle tant soit peu la baudruche.

C’est d’autant plus dommage que tout le reste est absolument remarquable. Le commissaire déséquilibré qui a des crises de violence pure, le lieutenant Karim Abdouf en dreadlocks qui pique une voiture, la scène dans le caveau du cimetière de Sarzac (Lot ?), ça c'est de la peinture. Le découpage et la succession des séquences comme un montage cinématographique fiévreux, l’agencement des situations, les caractères des personnages comme leurs relations, la construction logique de l’édifice, tout cela s’emboîte à la perfection.

Techniquement, ce thriller-polar-noir est donc irréprochable, parce qu'il laisse espérer la découverte de quelque chose d'inouï, de grandiose, d'extraordinaire. A l'arrivée, on reste sur sa faim, un peu déçu de tomber sur une petite magouille improbable. Cela veut dire que l’ « idée » qui est au départ du roman, qui est admirablement servie par un « métier » incontestable, un métier de malade, genre M.O.F. (col tricolore) ou Compagnon du Tour de France, ne se situe malheureusement pas à la même hauteur que la mécanique savantissime artistement élaborée pour la mettre en valeur.

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 16 novembre 2016

DÉSOLÉ : ENCORE L’ISLAM 3/3

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Lettre grande ouverte à ceux qui gardent les yeux grands fermés (eyes wide shut).

3 – Les agissements des islamistes en France.

L’invention récente des « phobies » morales a donc ouvert un boulevard à un certain nombre de groupes islamiques (Frères, Salaf, Takfir, Wahab, Tabligh, …), activistes très militants et missionnaires prosélytes, qui se font une concurrence acharnée pour accroître leur influence au sein de toutes les communautés musulmanes, et la surface de leur emprise sur "la communauté des croyants". Elles sont là, les forces à l’œuvre dont l’action autorise à dire que l’islam est reparti à la conquête du monde. C’est reparti comme en 632 (victoire de Mahomet sur ses ennemis, qui précède la conquête de la moitié du monde connu à l'époque) ! Daech, avec son djihad, sa férocité, ses cruautés, ses bombes humaines, n’est que la forme la plus extrême de cette guerre.

Ces forces, en France, sans le crier sur les toits, restent bien à l’abri derrière la majorité silencieuse des musulmans qui, comme toutes les majorités silencieuses, tient d’abord et surtout à sa tranquillité. Les tolérantistes à tout crin, qui crient à la moindre critique à « l’amalgame », à la « stigmatisation », ont cependant raison sur un point : la plupart des musulmans qui vivent en France veulent vivre en paix, qu'ils soient pratiquants, juste croyants ou simplement "de culture musulmane".

En revanche, les femmes qui se voilent et les barbus en longue robe qu'on voit de plus en plus dans nos rues manifestent par leur tenue vestimentaire, au minimum, le refus de s’intégrer. Le refus de la France. C'est là que commence le problème de la France : avec l'ostentation de l'islam sur le sol national, s'installe, qu'on le veuille ou non, une forme d'extraterritorialité (dans les mosquées salafistes, notamment). Les autres religions se sont fondues dans le paysage. L'islam est la seule à rester ostentatoirement visible, comme en terrain conquis.

La preuve que c'est un vrai et gros problème nous est donnée régulièrement par les empoignades féroces (dernière en date : le "burkini") que cette ostentation provoque entre différentes composantes de la société. Empoignades qui font apparaître la France comme un pays profondément divisé (ce qui ne peut que réjouir les islamistes). Empoignades qui ont surtout l'avantage, en déplaçant le débat sur les questions de tolérance et de concurrence des définitions de la "laïcité", de laisser dans l'ombre le fait que, derrière le rideau des musulmans pacifiques et plus ou moins pieux, de vrais islamistes veillent et agissent.

Entre ce point minimal et celui qui marque le départ pour le djihad, il y a une foule de points intermédiaires qui, au total, forment un ensemble très flou, aux limites indécidables et multiformes. C’est dans ce flou et ce brouillard que nagent les poissons-pilotes, les sergents recruteurs de l’islam rigoriste, de l’islam prosélyte, de l'islam qui grignote l’espace national, et qui s’installe dans la république comme dans un fromage.

Toute la mouvance reste ainsi dissimulée, bien à l’abri 1 - derrière le rempart formé par les musulmans inoffensifs, bien à l'abri 2 - derrière l'accusation d' « islamophobie » toujours prête à être dégainée et à servir à flinguer l'adversaire, et bien à l’abri 3 - derrière les « grandes valeurs » de tolérance et de laïcité qui structurent, au moins sur le papier, la société française. Essayez donc de distinguer le pacifique du militant, dans ce magma ! Le sceptique du fanatique !

La preuve que ces gens malintentionnés sont bel et bien « En Marche » (bien plus que la nouvelle PME Macron, dont "En Marche" est la raison sociale) a été publiée dans Le Canard enchaîné du 2 novembre, dans un article de page 4 intitulé « Surtension de Coran dans les Yvelines ». Le contenu de l’article, qui a de quoi donner froid dans le dos, est ainsi résumé en sous-titre : « Coups de force salafistes dans les mosquées, infiltrations de Frères musulmans, multiplication des écoles intégristes : les barbus prolifèrent dans les anciens bastions ouvriers du département ».

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L’article cite quatre villes du département : Trappes, Guyancourt, Les Mureaux et Ecquevilly. Guyancourt est la seule, pour l’instant, à avoir échappé à l’emprise : quand les salafistes ont tenté un coup de force sur l’association des musulmans de la ville, la majorité des fidèles sont partis pour fonder une autre structure avec le soutien du maire PS. Les communautés musulmanes, dans les trois autres, sont désormais tenues bien en main, parfois avec le soutien complice des mairies, qui ne veut pas perdre un tel réservoir d’électeurs.

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Dessin d'Aurel dans Le Canard enchaîné du 3 novembre.

A Trappes, « les Frères musulmans ont pris le contrôle des plus importantes » associations de fidèles : l’UMT tient la grande mosquée d’une main molle, qui « a permis aux intégristes de devenir très influents à Trappes ». Les Frères enseignent la religion à 500 personnes, dont des enfants. L’enseignement à domicile a explosé (80 familles déclarées, combien au total ?). L’Education nationale et le maire PS (Guy Malandain, 79 ans) ferment les yeux et gardent le silence sur tous ces agissements. On dirait même qu’ils se félicitent de ce que l’installation de l’intégrisme aille de pair avec « une baisse générale de la petite délinquance ». Des élus républicains délèguent donc, dans une ville française, le maintien de l'ordre aux islamistes ! Encore bravo ! 

Aux Mureaux, la mosquée peut accueillir 1500 personnes, et contrôle une école hors contrat, où le programme d’enseignement est débarrassé de matières aussi futiles que les maths, l’anglais, l’histoire-géo, les sciences, et se soucie de procurer « une éducation basée sur les principes et les valeurs de l’islam ». François Garay est le maire, il est « divers-gauche », et tient aux voix des musulmans comme à la prunelle de ses yeux.

Moralité : il est trop content de laisser faire. Et l'Education Nationale de madame Najat Valaud-Belkacem accepte lâchement l'existence de ce qu'il faut bien appeler une ÉCOLE CORANIQUE, sur le territoire d'une république qui a inscrit l'instruction obligatoire au fronton de ses principes. Mesdames, messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter la première école coranique installée en France avec la bénédiction du gouvernement de l'Etat. La suite suivra.

Ecquevilly est logé à la même enseigne : les barbus se pressent pour écouter les prêches de Youssef Abou Anas. Un élu est inquiet de constater que le groupe est tenu par à peine quelques personnes, mais « puissantes » (le mot interroge). L’imam ci-dessus refuse de serrer la main de la maire. La nouvelle équipe municipale a mis fin à une trouvaille de l’imam : il occupait le parc de la mairie « pour y célébrer la prière de l’Aïd ».

Voilà un tout petit bout d’état des lieux. Conclusion : on est en train d'assister à l'essor irrésistible d'une offensive qui vise à enrôler les musulmans de France (y compris les convertis) dans les rangs de l'islam le plus affirmé, le plus rigoriste, le plus à cheval sur les principes religieux. Le plus conquérant.

Je pose une question : en France, combien y a-t-il de départements des Yvelines ? Et la Seine-Saint-Denis ? Et ailleurs ? Combien de villes aux prises avec cette offensive mahométane ? A ceux qui le nieraient, j'oppose 1-le cas de Gilles Kepel, 2-l'instrumentalisation islamique des "phobies", 3-la situation en Yvelines telle que rapportée par Le Canard enchaîné. Difficile, je crois, de balayer ces éléments concrets d'un revers de main méprisant, aussi ténus qu'ils puissent sembler.

Entre l'aveuglement des politiques soucieux d'éviter les vagues et les motifs de division, et de maintenir la paix civile, la lâcheté électorale de certains maires et les appels incantatoires des bonnes âmes à la tolérance envers les "différences", le ver islamiste a encore de belles perspectives pour s'empiffrer du fruit français.

D'autant que la concurrence est rude.

Voilà ce que je dis, moi.

NB : on constatera que j'ai ici renoncé à utiliser comme argument le roman Soumission de Michel Houellebecq, bien que le recours à ce roman prophétique eût été tout à fait pertinent.

mardi, 15 novembre 2016

DÉSOLÉ : ENCORE L’ISLAM 2/3

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Lettre grande ouverte à ceux qui gardent les yeux grands fermés (eyes wide shut).

2 – Des « phobies » comme s’il en pleuvait.

« Islamophobie », quel mot formidable ! Et que d'opportunités argumentatives il offre  à tous les militants musulmans qui ont besoin de réduire leurs adversaires au silence ! Et si possible de les traduire en justice ! On ne compte plus, en effet, les officines (ce que les journalistes rassemblent, d'un bel effort synthétique, dans la nébuleuse « les associations ») qui se sont constituées pour dénoncer inlassablement la moindre virgule, le moindre guillemet sur lesquels elles pourraient coller l’étiquette, infamante et terriblement efficace, d’une quelconque « phobie ».

Et je ne parle pas des vieilles « phobies » classiques, des « phobies » médicalement éprouvées, des « phobies » qui ont pignon sur rue, mais de la floraison de variantes de cette pathologie "mentale" hors de la sphère psychiatrique. J’ai par exemple appris récemment l'invention d'une nouvelle « phobie », avec la création d’une « brigade anti-négrophobie » en banlieue parisienne. "Brigade" dit assez bien le caractère militaire ou policier (au choix) de l'opération d'enfumage. Je rappelle en passant que "phobos" (φόβος), en grec ancien, ne veut pas dire "haine", mais "crainte".

Il n’y a pas de doute : il pleut des « phobies ». La « phobie » se porte à merveille. Et les immondes que les « associations » mettent au pilori avec au cou la pancarte portant le vocable accusateur (il s’invente tous les jours des composés de « phobie ») sont invités à aller soigner leur pathologie grave dans l’hôpital le plus proche. On a compris que l’hôpital en question s’appelle le Tribunal Correctionnel. C'est en filigrane la menace formulée à l'encontre de Gilles Kepel lors de la réunion avec l'équipe du Bondy-blog (voir hier). 

Christine Boutin (voir hier) vient d’en faire les frais, condamnée en appel pour avoir qualifié l’homosexualité d’ « abomination », et s’être ainsi rendue coupable d’ « homophobie » (officiellement, ça s’appelle « incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle »). De quel incroyable Code pénal la France s’est-elle peu à peu dotée, depuis, me semble-t-il, qu’un ministre (Gaymard ?) a été saisi de la lubie d’y inscrire le délit de « négationnisme ».

Et au départ, on doit cette rafale de pénalisations au délire d'un seul bonhomme (Faurisson : "les chambres à gaz n'ont pas existé"), dont l'élucubration s'est vue instrumentalisée par un boutiquier (Le Pen : "un détail de l'histoire"), à la demande expresse des « associations » juives, et à la joie d'une foule d'autres « associations », censées représenter des « minorités », qui piaffaient d'impatience en attendant de s'engouffrer dans la voie pénale pour légaliser l'interdiction de parole.

La porte s’ouvrait alors toute grande pour faire inscrire dans le Code les délits d’opinion, les délits de pensée, les délits de parole. Dans une démocratie pur jus, exemplaire et qui sert paraît-il de modèle à tant d'autres, on n'a pas le droit de dire le fond de sa pensée, tout au moins quand le goût de ce fond fait tousser ou tordre le nez les gendarmes de l'esprit. Tout cela sous la surveillance vigilante des caméras policières des « associations », légalement habilitées à « se porter parties civiles » (pour tirer quelques marrons du feu dans lequel elles ont jeté ces opinions, ces pensées, ces paroles qui les défrisent).

Sans être d’accord sur l'hyperbole lancée par Boutin, on peut s’étonner que la plainte d’un « collectif LGBT », vous savez, ce panier à provisions plein  de « minorités opprimées », ait pu être jugée recevable. Attention, en France, il n’est pas conseillé d’être minoritophobique ! On pourrait aussi s’étonner que quatre lettres (L, G, B, T) aient à bas bruit érigé ce qui était catalogué « déviances » en autant de « normes ».

De la déviance à la norme, le pas est étonnamment aisé à franchir. Dans notre bienheureuse modernité, les « déviants » se sont faits législateurs. George Orwell n'avait sans doute pas prévu que sa novlangue trouverait une telle application. On pourrait appeler cela "inversion de la charge de la preuve".

Les anciens délinquants, ont été nommés policiers. On dit aussi « brigades anti-phobiques » (voir plus haut). Tremblez, « stéréotypes , préjugés, réacs ». Encore bravo ! Il fallait le faire ! Remarquez que le bagnard Vidocq a bien fini directeur de la police ! Les victimes se sont retournées en bourreaux. A cœur vaillant rien d’impossible. Magie du vocabulaire, capable d’engendrer, en même temps qu'il en est l'expression, le vaste désordre du supermarché intellectuel et moral qu'est devenue notre société.

Les composés de « phobie » sont donc devenus des armes entre les mains de toutes sortes de groupes, groupuscules, clans et tribus qui s’autoproclament représentatifs de « minorités injustement persécutées » (je voudrais bien savoir combien d’adhérents à jour de cotisation compte, par exemple, le CRAN (conseil « représentatif » des associations noires de France), ce sigle si commodément pompé sur le CRIF des juifs, qui a au moins, à défaut d'une plus grande légitimité, le mérite de l'antériorité). Représentatif mon œil !!! L'abus de langage est admis comme monnaie courante.

Sous la férule des caméras policières des « associations », l’ordre verbal doit régner. Et le mot "phobie" doit être imprimé au fer rouge sur l'épaule de tous les islamophobes, arachnophobes, homophobes, agoraphobes, gynophobes, herpétophobes, hydrophobes, anglophobes, prêtrophobes, photophobes, francophobes, éreutophobes, ornithophobes (j'arrête là, quoique je pourrais ...) : à n'en pas douter, les galères des royautés modernes ont des rameurs jusqu'à la fin des temps. "A regonfle", comme on disait à Lyon.

Charmante société de la haine des autres, fondée sur une charte consistant en une liste d'interdits draconiens, fabriquée au nom de l'altruisme moral (tolérance). Quand on a compris que les appels solennels, les hymnes médiatiques à la fraternité, à la solidarité, au respect des différences, les incantations à l'altruisme érigé en impératif administratif ou en Vérité révélée, produisent la haine, on se prend à rêver de revenir à des choses à portée d'une humanité rationnelle et raisonnable, genre "Contrat social".

La novlangue a changé de camp : c'est la gauche du révisionnisme moral à toute berzingue qui tient la queue d'la poêle (« Merd' v'là l'hiver et ses dur'tés, / V'là l'moment de pus s'mett'à poil. / V'là qu'ceuss' qui tiennent la queue d'la poêle / Dans l'midi vont s'carapater», on aura reconnu, je pense, le début du plus connu des poèmes de Jehan Rictus). 

Ah ça ira, ça ira, ça ira, / Les boni-"menteurs" à la lanterne !

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 14 novembre 2016

DÉSOLÉ : ENCORE L’ISLAM 1/3

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Lettre grande ouverte à ceux qui gardent "les yeux grands fermés" (piqué à Stanley Kubrick, qui a réalisé sous le titre Eyes wide shut un très curieux film à partir de La Nouvelle rêvée d'Arthur Schnitzler).

1 – Les surprises de Gilles Kepel

Pour parler franchement, j’en ai un peu assez de parler des musulmans, du Coran, d’Allah, de Mahomet. J’ai autre chose à faire que de m’occuper de religion en général, et de l’islam en particulier. Les religions, à commencer par le catholicisme (dont je suis issu), il y a fort longtemps que je les ai abandonnées. Sans regret. Je n'ai guère de goût pour la spiritualité, pour le rituel de la messe, pour les homélies, pour les prières, pour les curés. La seule chose que j'aime dans l'Eglise, ce sont les églises. Romanes si possible : Orcival ; Saint Nectaire ; Saint Austremoine, à Issoire ; Saint Philibert à Tournus ; Vézelay ; Paray-le-Monial ... 

J’aspire quant à moi à respirer un air débarrassé des miasmes de l’encens, que ce soit dans ses variantes catholique, protestante, orthodoxe, juive, musulmane, bouddhiste, taoïste, shintoïste, animiste, mécaniste, tabagiste, bagagiste, pompiste, biologiste, motocycliste, royaliste, existentialiste, humoriste, alarmiste, séparatiste, je-m'en-foutiste, orthopédiste, dadaïste, maoïste, lampiste, harpiste, bouquiniste, récidiviste, anarchiste, conformiste, illusionniste (j'arrête là, mais je pourrais ...).

Je préfère quant à moi m’aérer les poumons quand l’air est animé, par exemple, de cet élan motorique, de cette puissante marche en avant qui habite et caractérise le choral de Leipzig BWV 656. Quand il est joué convenablement. Et pourquoi pas sur l'orgue Kern de la cathédrale de Bourges (concession au gothique).

Oui, j’en ai un peu assez des miasmes religieux qui empuantissent l'atmosphère. Seulement voilà, je lis, j’écoute, je regarde ce qui se passe alentour. Et voilà-t-il pas que ce matin (3 novembre), j’entends monsieur Gilles Kepel revenir sur la question du djihadisme en France. Kepel, je connaissais vaguement, principalement pour avoir lu en son temps La Revanche de Dieu (Seuil, 1991), qui se penchait sur ce qu’on a appelé « le retour du religieux ». Et pour l’avoir maintes fois entendu intervenir sur les antennes des médias. Comme on dit, Kepel est une « voix autorisée » pour parler de l’islam. 

Dans les débats autour du voile, de la burka, et de la présence grandissante de l’islam en France, je le rangeais parmi les tièdes, les défenseurs timides de la « laïcité à la française ». Pour tout dire, je trouvais qu’il manquait de nerf et de lucidité.

Ce matin donc, sur l’antenne france-culturelle, Gilles Kepel raconte qu’il est allé à Bondy (Seine-Saint-Denis, alias 9-3), pour participer à un débat avec les gens qui animent le « Bondy-blog », ce truc "génial" fondé en 2005 après les émeutes banlieusardes, avec l’aide, je crois, de deux journalistes suisses, pour « donner la parole » à la « jeunesse des quartiers ». Tout se passe bien dans un premier temps. Et puis, au cours du débat, il pense tomber de sa chaise quand il s’entend traiter d’ « islamophobe ». Voilà le grand mot lâché.

Islamophobe, ce grand connaisseur de l'islam, s’il en est, et des pays arabes de l’Atlantique à l’Irak, dont il a une longue pratique ! Je ne savais pas qu’on pouvait passer trente-cinq ans de sa vie à travailler sur un sujet qu’on déteste. Il n’en revient pas. C’est la sidération. Du coup, s’il a manqué de lucidité auparavant, les peaux de saucisson sont tombées de ses yeux. Il constate (enfin !) que le « Bondy-blog » s’est vu, progressivement, infiltré par des copains des Frères musulmans.

En fait, l’accusation d’islamophobie est devenue une étiquette commode dans la bouche des musulmans purs et durs à l'encontre de quiconque émet des idées qui leur déplaisent, qu’ils soient « frères », wahabites, salafistes, takfiristes, que sais-je encore. Une étiquette qui vise à disqualifier d'avance tout ce que pourra dire la personne. Il n’a sans doute pas tort : on a déjà vu ça avec, entre autres, Edgar Morin qui se fait traiter d'antisémite parce qu'il ose critiquer la politique d'Israël à l'égard des Palestiniens. Ou avec, dernièrement, Christine Boutin, qui se fait condamner en justice pour homophobie parce qu'elle a osé émettre l'opinion que « l'homosexualité est une abomination ». 

Les activistes musulmans ont vite compris tout le parti qu'ils pouvaient tirer de l'extraordinaire engouement de toutes sortes de groupuscules pour un mot qui fait des ravages dans les têtes et dans les "débats de société".

Le mot "phobie" fait rage.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 13 novembre 2016

APRES LA FERMETURE DEFINITIVE

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DÉDIÉ AUX VICTIMES DU 13 NOVEMBRE 2015

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Le lieu est resté vide.

Photographie Frédéric Chambe.

samedi, 12 novembre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

... C'ÉTAIT RIGOLO.

Aux cimaises de ma galerie BD.

Aujourd'hui, suite de l'hommage à maître Gir, alias Giraud, alias Moebius, pour la création d'un personnage qui a marqué toutes ses années Pilote, un personnage incontournable, j'ai nommé Mike S. Donovan, alias Blueberry (traduit en français, ça donnerait Michel Myrtille). Et de même que Milou est inséparable de Tintin, Enak d'Alix, Jeanjean de Lefranc, Rasibus Zouzou de Bibi Fricotin, Puce de Zig, Pimprenelle de Nicolas, Pompon de Modeste, Libellule de Gil Jourdan, Flupke de Quick, Delafon de Jacob, Pancho de Jerry Spring, j'arrête là, de même on ne saurait parler de Blueberry sans évoquer ses deux compagnons qui, bon gré mal gré, le suivent dans tous les coups durs : le brave Red Neck (= cou rouge : "Américain d'origine modeste et ayant des idées réactionnaires et racistes", synonyme de plouc, dixit Larousse) et l'éponge à whisky, au visage joyeusement repoussant, Jimmy McClure (ci-dessous)

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Je ne vais pas retracer toute la trajectoire de Blueberry, ça serait terriblement ennuyeux. Juste poser quelques balises improvisées, subjectives et arbitraires. Son scénariste était Jean-Michel Charlier (si prolixe qu'on se demande où il allait chercher tout ça, et s'il prenait le temps de dormir), un compagnon de Goscinny à la tête de Pilote, qui a fourni des histoires à divers dessinateurs (Hubinon, Eddy Paape, Mitacq, ...).

Ces scénarios inventifs reposaient cependant sur des recettes un peu simples, faisant la part belle aux rebondissements forcés, toujours sur fond d'espions, traîtres et faux amis à gogo, ce qui donnait un air de ressemblance à toutes les histoires sorties de son imagination, qu'il s'agisse de l'US Air Force (Buck Danny), de l'aviation française (Tanguy et Laverdure), de la piraterie XVIII° (Barbe-Rouge), de scoutisme à l'ancienne (La Patrouille des castors, Ah, Le Mystère de Grosbois ! ...) ou d'apprenti grand reporter (Marc Dacier, Ah, ce tour du monde héroïque ! ...). A la longue, ça pouvait fatiguer.

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Sitting Bull ("Taureau assis ne ment jamais !") vient de tuer Steelfinger (l'homme à la main d'acier) en combat singulier et apporte au rendez-vous avec le général Dodge la preuve que Blueberry n'est pour rien dans la disparition de la paie des ouvriers du chemin de fer. L'accusateur (veste rouge) ne va pas tarder à se faire démonter la mâchoire par le poing de Blueberry.

Petit lieutenant de cavalerie, Blueberry est affecté à Fort Navajo, à une époque où le cas des Indiens, dont les chefs s'appellent Taureau assis, Nuage rouge, Geronimo, etc., n'est pas encore définitivement "réglé", où la glorieuse cavalerie US (Ah, "She wore a yellow ribbon" ! Ah, la trilogie John Wayne de John Ford !) ne cesse de repousser vers l'ouest les frontières de la "civilisation" et, dans la foulée, de "nettoyer" le territoire de ses populations autochtones. Un méthodique "nettoyage ethnique". Dans un premier temps, le cavalier se soumet à ce grand projet, avant de retourner sa veste et de prendre le parti des Indiens, à force de côtoyer, rencontrer et connaître un peu mieux les "peaux-rouges", jusqu'à être baptisé par eux, après le pseudonyme "Nez cassé", du nom indien de "Tsi-Na-Pah", jusqu'à permettre à la tribu de Cochise d'échapper au rouleau compresseur militaire américain.

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La Mine de l'Allemand perdu et Le Spectre aux balles d'or racontent l'histoire d'une quintessence de crapule qui se fait appeler "Prosit Luckner". Il connaît l'endroit où se trouve une mine dans laquelle l'or abonde. Malin et sans scrupule, comme toute vraie crapule qui se respecte, il sème les cadavres derrière lui, ne voulant partager avec personne. On verra que le "spectre" s'appelle Werner Amadeus von Luckner et que son valet Gustav Hazel lui avait piqué son identité, après lui avoir flanqué sur la tête un coup qui la lui avait fait perdre. Il l'avait laissé pour mort en se promettant de revenir avec le matériel nécessaire au transport de l'or. Le méchant sera puni in extremis, même que c'est bien fait pour lui.

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Juste après cette histoire d'or, en vient une autre, mais au scénario autrement corsé. Charlier se surpasse, et parvient à tisser une histoire qui, de Chihahua Pearl à Le Bout de la piste, s'étale sur dix volumes, pas moins. Inutile de s'attarder sur les mille péripéties qui animent le récit. Le lieutenant aura mis plus de douze ans (1973-1986) à se faire réhabiliter, après des épreuves capables d'exterminer des régiments. Mais Blueberry résiste à tout, et semble même à l'épreuve des balles.

L'image coquine ci-dessus, tirée d'Arizona love (1990), qui vient juste après Le Bout de la piste, montre Blueberry et Chihuahua Pearl dans les meilleurs termes après une nuit torride. Charlier est mort en 1989, et Giraud, même s'il partage la page de titre avec lui, est sans doute pour beaucoup dans le texte et le scénario. Dans tout Blueberry, pas de femme nue, pas de grivoiserie, pas de gauloiserie avant la disparition du scénariste. Car Charlier, responsable dans une revue "pour la jeunesse", est retenu par une pudeur devenue comme une seconde nature , pour ne pas dire une pruderie. Il est vrai que la loi était stricte. Ici, sans Charlier, Blueberry s'émancipe et se dévergonde. On est tenté de dire : enfin, il était temps ! 

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Trois instantanés de la descente aux enfers de "Boum Boum" Landsky et de l'ingénieur Morgan. Ces deux sbires de l'infernal général Allister ont truffé la montagne d'explosifs au-dessus du tunnel où doit passer le train du général Grant. Mais, grâce à l'intrépide et rusé Blueberry, c'est sur un train vide que le tunnel s'effondre. Une fois à Ogden, le lieutenant sauve une dernière fois la vie de Grant, que menaçait l'immonde Allister, ce paranoïaque sans foi ni loi qui voulait profiter de l'occasion pour se faire nommer calife à la place du calife.

(Le Bout de la piste)

Car au début, même s'il s'avère un redoutable joueur de poker, c'est un timide pathologique avec les femmes. C'est dans je ne sais plus lequel des quatre premiers albums de la série que, ayant ramené au fort et sauvé un officier au péril de sa vie, Blueberry, encore très puceau, se voit gratifié d'une bise sur sa joue pas rasée par les douces lèvres de la fille de celui-ci. Tout effarouché et rougissant, il se retire de la compagnie en disant : « Excumez-zoi ! », ce à quoi le médecin réplique en rigolant : « Va mon garçon. Tu est tout excumé ». L'éditeur semble par la suite n'avoir plus compris la métathèse des consonnes, qu'il a "corrigée" dans les éditions ultérieures comme une vulgaire faute de français. Dommage, c'était rigolo. 

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Dans les cinq derniers albums ("Mister Blueberry"), Giraud est seul maître à bord. Le résultat est un chef d'œuvre scénaristique et graphique. L'auteur tisse en effet avec un précision chirurgicale deux histoires, réparties sur deux époques. D'une part le présent d'un Blueberry rendu à la vie civile, qui joue gros jeu à la table de poker, entouré d'une faune digne de ce que les saloons font de mieux en la matière, mais aussi de personnages ayant laissé un nom dans l'histoire (Wyatt Earp), pendant qu'un banquier véreux et deux familles dominées par une sorte de Ma Dalton préparent des coups de Trafalgar, à commencer par l'élimination du shérif Earp et de ses adjoints (cf. Règlement de comptes à OK Corral, qui se passe à Tombstone), tout en faisant retomber les soupçons sur les Indiens. D'autre part, Blueberry raconte son passé à un journaliste, venu de la côte est spécialement pour lui, son entrée dans l'armée, la découverte qu'il fait des Apaches, sa réaction devant les injustices dont les blancs se rendent coupables à leur égard. Ci-dessus, complètement imbibé de whisky, il corrige un officier supérieur. Son côté anar, sans doute.

vendredi, 11 novembre 2016

DE QUOI DONALD TRUMP EST-IL LE SIGNE ?

De quoi l’élection de Donald Trump est-elle le symptôme ? Je n’ai aucune qualification spéciale pour répondre à cette question. Je m’informe, et je tâche, vaille que vaille, de mettre un peu de cohérence dans tout ce que j’engrange en mettant bout à bout les éléments hétéroclites que je picore à droite et à gauche. En un mot : je bricole. Certains appelleraient ça « la quête du sens ». Pourquoi pas ?

Alors Trump ? Alors le « populisme » ? De quoi ce mot est-il le nom ? J’émets une hypothèse : je regarde la situation dans laquelle l’économie et la politique ultralibérales ont plongé une large classe moyenne aux Etats-Unis. Des chiffres hallucinants : cent vingt millions d’Américains sont pauvres. Gabriel Zucman (La Richesse cachée des nations) écrit dans je ne sais plus quel journal qu’en cinq ou dix ans le 1% le plus riche de la population américaine a capté 85% de la hausse du niveau de vie. Etonnez-vous ensuite que ça produise des effets indésirables !

Qu’est-ce qui a produit une telle situation ? Pourquoi les inégalités ont-elles à ce point explosé ? Pour moi, la réponse est claire : le système économique, aveuglément libéralisé et financiarisé, qui règne aujourd’hui sans partage, conduit très logiquement à l’appauvrissement et à la précarisation de la plus grande partie de la population. C’est le refus de voir cette terrible réalité, de la part de tous les gens installés (les politiciens, sondeurs, économistes, journalistes, etc., bref, tous ceux qui ont intérêt à ce qu’un tel système perdure parce qu’ils croquent dans le fromage), qui a produit en toute logique le vote Trump.

Moralité : le populisme ne naît pas (ou pas seulement) tout armé « sponte sua et ex nihilo » du cerveau dérangé de quelque dictateur au petit pied (Kaczinsky en Pologne, Orban en Hongrie, Chavez au Venezuela, ...). Le populisme est le produit logique, quasiment nécessaire, du système tel qu'il fonctionne. Le populisme est une opportunité qui a été rendue possible et électoralement efficace par un système économique qui ravage la planète, et plonge des populations entières dans la précarité, la misère et le désespoir. Trump est une conséquence logique. Une drôle de conséquence quand même : c'est la première fois que le simple fait d'être un milliardaire sert d'argument pour se faire élire. Tout un symbole. Pauvres pauvres qui ont voté pour lui. Ils ne vont pas tarder à déchanter. Pardonnez-leur, parce qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. S'ils avaient su ce qui les attend à présent ...

Trump, on peut en penser ce qu’on veut, qu’il est vulgaire, sexiste, ignare, raciste, arrogant, antipathique, et tout et tout. Une caricature de clown. Certes, mais il est avant tout le symptôme de l’état pathologique dans lequel l’économisme déchaîné a mis le monde. L'invraisemblable succès de cette invraisemblable personnalité est proportionnel à l'exaspération de beaucoup d'Américains face à la montée des injustices dans la société.

Son succès a une autre explication : la faiblesse morale de son adversaire. Hillary Clinton, largement déconsidérée, incarne à la perfection la pourriture politique dans laquelle baigne l’élite des élus, et les compromis et compromissions dont ils se rendent coupables avec les géants de la finance et de l’économie, dont ils apparaissent les complices. Elle symbolise, aux yeux des gens que 2008 a plongés dans la précarité (subprimes), toutes les causes de leurs problèmes. 

Une autre explication encore : 59 millions d'électeurs ont voté pour lui. Si Clinton bénéficie à peu près du même nombre de suffrages (1 million de plus), ça fait à peu près 120 millions de votants. Or il y a 231 millions d'électeurs aux Etats-Unis. Cela fait une grosse moitié de la population qui s'est déplacée. Trump a été élu avec 25,8% des voix. Cela signifie que ce que représentent les deux principaux candidats est pour quelque chose dans la répugnance des gens à aller voter (quoique l'abstention soit une maladie chronique aux Etats-Unis).

C'est un peu la même chose en France, où le Front National ne doit son émergence et sa progression qu'à la médiocrité toujours plus répugnante du personnel politique en place et à la désertion des bureaux de vote par les électeurs que cette médiocrité a provoquée. La médiocrité explique l'abstentionnisme massif, et accessoirement la disqualification de la démocratie représentative. Quand je dis "médiocrité", je veux dire l'absence totale dans le personnel politique de "sens de l'Etat" : tous ces gens ne pensent qu'à leur petite carrière.

Accessoirement, on peut se gausser de la pertinence des « instituts de sondage » en général et américains en particulier, avec leurs statisticiens, leurs questions, leurs calculs de probabilités et leurs « doigts mouillés » (il paraît cependant que les sondages publiés par le Los Angeles Times sont les seuls à avoir donné régulièrement Trump gagnant). Quand ils n’avaient pas vu venir le « Brexit », les journaux s'étaient empressés de faire amende honorable le lendemain, sur l’air de : « Il faut faire preuve d’humilité. Nous ne le ferons plus. Plus jamais ça ». Mon Dieu, que de bonnes intentions les lendemains de plantage ! Et que de rechutes à la première occasion !

L’élection américaine a balayé l’humilité. Les sondeurs, relevant le front et retrouvant leur arrogance de pseudo-scientifiques, ont foncé comme s’il ne s’était rien passé en Angleterre. Résultat, ce matin (jeudi 10), j’entendais aux informations des phrases du genre : « Les sondeurs, les journalistes, les médias ont déclaré qu’il était urgent de procéder à un examen de conscience ». Examen de conscience ! On aura tout entendu ! Gageons que tout ce petit monde, à la prochaine échéance, aura eu le temps de "prendre de bonnes résolutions", avant, le moment venu, de revenir aux méthodes favorites. Dame ! Il faut bien vivre !

Quant aux sondeurs français de 2017, parions qu’ils auront pris bonne note des errements de leurs confrères anglais et américains, et qu'ils auront à cœur de les imiter en tout point. Sondeurs, journalistes, politiciens, politologues, directeurs de journaux, éditorialistes et tutti quanti regardent le monde avec les mêmes lunettes. Ils se sont fabriqué une grille de lecture unique, qu’ils plaquent sur toutes les situations et les réalités qui se présentent, et en tirent infailliblement, après des analyses savantes, des significations, des explications, des conclusions péremptoires, jusqu’au démenti que leur infligeront les dites situations et réalités.

Le principe du sondage (avec la foutaise affabulatrice de ses « échantillons représentatifs » démesurément extrapolés ensuite à la population entière : « Vous êtes 34,3% à penser que … ») est de la même nature que n’importe quels autres arts divinatoires, de la chiromancie à l'oniromancie, en passant par la cartomancie, la rabdomancie, l'ornithomancie et la nécromancie, sans oublier la bonimentomancie et la crapulomancie. Sarkozy lui-même n'a-t-il pas déclaré qu'il ne faut pas leur accorder trop d'attention. Ce disant, il ne voit pas le grotesque de la chose, quand on se souvient de la frénésie sondagière qui avait saisi l'Elysée pendant toute la durée de son mandat.

Je suis toujours effaré de la légèreté avec laquelle des journalistes, qui se disent pourtant sérieux et professionnels par ailleurs, se réfèrent avec le plus grand sérieux apparent à des chiffres obtenus de façon en général fantaisiste, en faisant semblant de citer des données du réel. La vérité sur les sondages est que la grille de lecture qu'ils utilisent ne mesure que le déjà vu, le dûment enregistré. En gros, c'est le passé qui guide les sondages, du fait que la conception des protocoles méthodologiques se fait à partir d'un donné dûment établi. Il est donc tout à fait logique qu'ils soient démunis quand il s'agit de phénomènes radicalement nouveaux.

L’élection de Trump à la présidence américaine révèle de façon hurlante la réalité misérable de l’état matériel, intellectuel et moral dans lequel le système économique et politique des Etats-Unis a plongé une bonne partie des gens ordinaires. La dénégation de ce réel-là par les gens en place (je n'énumère pas les catégories, voir plus haut) a fait le reste. L'élection de Trump est le symptôme des pathologies dont souffre l'Amérique. Le problème, avec les USA, c'est qu'ils ont amplement prouvé par le passé qu'ils avaient le pouvoir d'exporter leurs pathologies et, à eux seuls, de détruire de fragiles équilibres politiques, et de mettre le monde dans une belle panade. Le monde a donc bien raison de s'inquiéter de l'élection de Donald Trump.

L'élection de Trump est un signe inquiétant, un sombre présage, c’est certain. Mais ce n’est pas tant Trump qui me fait peur, que l’état dans lequel est un monde où l'élection d'un tel batteur d'estrade a été rendue possible.

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 10 novembre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

... C'ÉTAIT RIGOLO.

Aujourd'hui, un Grand Maître aux cimaises de ma galerie BD.

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Sa Majesté Gir, alias Giraud, alias Moebius.

Ci-dessus, on a un bonne idée de ce que, dans la BD, on pourrait appeler la Planche Absolue. Gir fait partie du tout petit cercle des gens capables de "ça". On la trouve dans Ombres sur Tombstone, puis dans le volume Apaches, qui rassemble, des cinq volumes de "Mister Blueberry", tout ce qui concerne les Indiens.

Ci-dessous, une demi-page virtuose (qui a quelque chose à voir avec La Vague d'Hokusai) du  Major fatal, dès le début duquel Moebius part à l'aventure : on se dit que, d'un épisode au suivant, lui-même ne sait pas du tout ce qui va se passer. Le scénario est un collage de souvenirs de films et de toutes sortes d'inventions, et se fout royalement de la continuité du récit. Il flirte avec tous les genres à la mode, tous les clichés narratifs, quelques poncifs cinématographiques, mais en se moquant éperdument de tous les genres. On y voit même que le ciel commence à se disloquer. Comme dit la chanson : « Dis, dis, qu'est-ce que tu dis ? Tout ça n'est que parodie » (Guy Béart, 4'41"). A moins que ce soit un pastiche.

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Dans cette histoire qui se moque éperdument de la logique de l'histoire racontée, il y a un major Grubert, un Jerry Cornélius, un Bakalite, un Star Billiard, robot gigantesque conçu pour rallier le premier niveau par onde Puchpull, qui s'assied en plein désert aussi longtemps que l'espion et la passagère clandestine font l'amour dans son crâne, une dame qui s'appelle Malvina, un certain Graad, un archer masqué (ci-dessus après avoir abattu l'objet volant du destin et recueilli l'ingénieur Barnier, qui se révélera être une femme après avoir perdu son casque). Et un tas d'autres trucs dérisoires et sublimes. Les tâcherons de la science-fiction, du space opera, de l'héroïc fantasy et autres "genres" peuvent aller se rhabiller avec leur uniforme de sérieux et d'application. Moebius reste Moebius : indépassable.

Ci-dessous, on voit, jusque dans le détail le travail d'orfèvre de maître Moebius, une planche du Garage hermétique de Jerry Cornelius, suivi de deux zooms avant pour mieux apprécier la précision. Moralité : côté technique, Moebius m'en bouche un coin et met la barre très haut. 

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Le grand Hayao Miyazaki, que les Japonais considèrent à raison comme un génie du cinéma d'animation (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, ...), n'évoquait pas sans une vive émotion la grande figure de Jean Giraud alias Moebius, dont il reconnaît très volontiers l'influence sur son propre travail.

Et quand Moebius n'était pas encore le seigneur de la BD qu'on a connu ensuite, il ne dédaignait pas de donner un dessin à des petites revues sans moyens, gravitant autour du fantastique et de la science-fiction. Exemple ci-dessous, avec ce n°1 de Nyarlathotep, revue à la vie courte, fondée par M. M., Lyonnais, fils d'Inspecteur Général, vaguement situationniste, devenu bibliothécaire, puis perdu de vue.

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mercredi, 09 novembre 2016

AVANT L'OUVERTURE

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Photographies Frédéric Chambe.

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L'installation est pour très bientôt.

Les points clairs en bas à droite (un vert, un rouge) ne sont pas des parasites ou des saletés.

Quelques reflets inopportun à cause du double vitrage.

Pour l'instant, l'accès à la mezzanine semble un peu problématique, sinon compromis. Je me demande si la CHSCT (Commission Hygiène Sécurité et Conditions de Travail) avalisera l'usage de l'échelle télescopique. Cela m'étonnerait un peu.

Ci-dessous la dernière mouture, autrement éclairée, telle qu'elle se présente aujourd'hui même.

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mardi, 08 novembre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

… C’ÉTAIT RIGOLO.

Aux cimaises de ma galerie BD.

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Le regretté Fred, dans (A suivre) n°28. Sans son Philémon et son âne Anatole, sans  son ancien puisatier Barthélémy, le désormais fameux "Naufragé du A" auquel NAUFRAGE 15 3.jpgtient compagnie le centaure Vendredi, dans la cabane en bois qui a "poussé" comme pousse n'importe quelle plante, jusqu'à devenir "naturellement" un palais magnifique. Le A, cette île aux deux soleils, purement virtuelle, figure exclusivement sur la carte géographique représentant l'Atlantique, et Philémon y a atterri en tombant accidentellement dans le puits à côté de la maison, quand il a voulu récupérer une NAUFRAGE 4 3.jpgbouteille mystérieusement apparue à sa surface, bouteille dans laquelle se trouvait un message : « Au secours ! ». Une bouteille à la mer, quoi. Mais au fond d'un puits dont l'eau est salée parce qu'au fond, il y a l'océan Atlantique. Philémon est doté d'un père, Hector, qui côtoiera ou traversera toutes sortes d'aventures rocambolesques sans perdre un iota de l'esprit fort qui le caractérise et le rend hermétique à l'extraordinaire (« Un incrédule sera toujours un incrédule », dit Félicien à la fin du bien nommé Voyage de l'incrédule). Pour que le "monde du A" existe, il faut y croire. Je n'en doute pas.

La série tout entière des Philémon, la seule à ma connaissance qui ait autant deLITTLE NEMO 1.png
 proximité avec l'onirisme pur (excepté Little Nemo in Slumberland, le chef d'œuvre de Winsor McCay, vignette ci-contre, où l'on voit Nemo dans son lit aux pieds démesurés se balader au-dessus des buildings), est bourrée jusqu'à la gueule des trouvailles graphiques et narratives les plus abracadabrantes, tant il est vrai que le monde du rêve ouvre les vannes aux combinaisons de figures les plus extravagantes. Fred raconte, dans L'Histoire d'un conteur éclectique, de Marie-Ange Guillaume (Dargaud, 2011), que tout a commencé quand l'idée lui est venue d'inventer une histoire pour son enfant : « C'était à Nice, pendant un repas familial. Eric s'embêtait à table et je lui ai raconté une histoire pour le faire patienter - comme ma mère me racontait des histoires pour me faire avaler ma soupe. (...) J'ai utilisé les éléments du décor : la mer, les bateaux, une bouteille. Il était fasciné et ça m'a donné envie d'écrire cette histoire tout de suite ». L'imagination, le talent du dessinateur et le Pilote de Goscinny ont fait le reste.

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Double page dans le tome 1 de l'intégrale (hélas amputée ici).

De son séjour harakiresque, je me rappelle peu. Je retiens surtout l'incroyable cruauté et la noirceur intense de l'humour qui inspiraient les dessins. En revanche, je n'ai manqué aucun épisode de Philémon, même si la série, en s'acheminant vers le quatorzième, perdait à mon avis (un tout petit peu) de sa force imaginante et de son dynamisme narratif.

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Il se peut aussi que, comme dans tout coup de foudre confronté à l'écoulement du temps, la lassitude vient au moment où les ficelles de l'être aimé deviennent visibles. Et comme dans la passion, quand le moment fatidique est passé, les gens raisonnables peuvent éventuellement se dire qu'à l'intensité de l'orage amoureux doit succéder la paix de la simple familiarité. Je ne sais pas si je suis raisonnable, mais à cet égard, je peux avouer que Philémon reste partie intégrante de mes souvenirs d'amour.

Reste une collection étourdissante d'inventions et de figures, parmi lesquelles je citerai la bouteille-navire, dont Philémon sauve les marins en débranchant les 001.jpglampes-naufrageuses, plantes électriques agressives ; le piano sauvage, que Philémon arrive à dominer dans une corrida où il s'agit, pour que la bête soit vaincue, de "plaquer un accord", ce que tout le public des arènes applaudit, même s'il s'agit d'un "cluster" tout ce qu'il y a de "contemporain" ; le château suspendu à une corde ; le manu-manu militari ; les criticakouatiques qui infestent l'île des souffleurs de théâtre avec, quand le vaisseau théâtre les voit apparaître, le capitaine qui crie : « Tout le monde en scène ! » ;SIMBABBAD BATBAD.jpg Simbabbad de Batbad, le boxer qui bave, où Fred a personnifié son propre chien ; l'attrape-nigaud, cette tapette-à-souris qui se suicide parce que Philémon donne la réponse juste (« Hum ») à l'énigme posée par ce sphinx d'un nouveau genre ; les oiseaux-huissiers, qui se chargent d'évacuer les dépouilles des brigadiers (en fait des manus-manus militari domestiqués, dont les trois premiers doigts ont été revêtus de l'uniforme du gendarme à bicorne pour en faire des marionnettes à gaine, genre Guignol de Lyon ; il faut déshabiller le brigadier pour rendre le manu-manu à la vie sauvage, car c'est bien connu : « Ôtez l'uniforme à un brigadier et il retourne au néant ») quand un des leurs a subi une défaite ; je m'arrête là, je n'en finirais pas.

Dans Philémon, règnent la loi et le casse-tête de toutes les séries : comment faire pour ne pas (trop) se répéter ? Pour que Philémon puisse retourner sur le A (et en revenir), Fred se creusait les méninges à trouver de nouvelles portes d'entrée (Félicien en fait un principe : « Tu sais bien qu'on ne peut utiliser deux fois le même moyen pour aller sur le A ». D'ailleurs le chef des rouleurs de la mer le déclare à Philémon : « Depuis que le barbu a utilisé deux fois le même passage, la marée a disparu ») : après "le puits", il y eut "le globe et la lorgnette" (ce qui le fait atterrir sur le I, ce qui fait s'esbaudir le gardien-roi du phare-hibou, dont le fond du regard est souple comme du caoutchouc),  puis "le coquillage" qu'il faut gonfler à la pompe, puis "le plongeon dans le cerceau", puis "la corde", etc. Même gymnastique pour ses retours.

Je me garderai d'oublier les autres productions d'Aristidès (Othon Frédéric Wilfrid dans les aventures du commissaire Bougret, l'immortelle créature de Gotlib, doublée de l'inoubliable inspecteur Charolles : « Ah patron, comme indice, c'est plutôt maigre ! ») : Le fond de l'air est frais, Hum!, Le Petit cirque (fabuleux !), le corbac aux baskets, la dernière image, etc... Et je ne connais pas tout.

Fred le Magnifique !

lundi, 07 novembre 2016

APRES LA FERMETURE

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Photographie Frédéric Chambe.

dimanche, 06 novembre 2016

ÇA FAISAIT DES BULLES …

… C’ÉTAIT RIGOLO.

Aux cimaises de ma galerie BD.

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bande dessinée,bd,jacques tardiTardi, dans (A suivre) n°33 (voir mon billet du 3 octobre, à propos de son puissant Dernier assaut, qui vient de paraître), qui ne s'occupe pas seulement d'Adèle Blanc-Sec, de Brindavoine, du démon des glaces, ou de la guerre de 14-18. C'est dans cette revue qu'il a dessiné le premier "roman graphique" (puisqu'il faut appeler ça ainsi) sur un scénario démoniaque de Jean-Claude Forest (Ici Même), dont le héros, qui habite une improbable bande dessinée,bd,jacques tardimaisonnette juchée au sommet d'un mur, a hérité de sa famille tous les murs qui cloisonnent une ancienne immense propriété, et qui est contraint, testament oblige, de courir toute la journée d'un portail à l'autre, sans mettre les pieds sur le sol, pour ouvrir et fermer les portails (c'est lui qui a les clés) aux descendants qui entrent ou qui sortent, et qui ont, eux, hérité les parcelles que le temps, les héritages et les murs ont peu à peu multipliées et divisées. 

bande dessinée,bd,jacques tardiJ'ai découvert Tardi dans Pilote, avec des histoires courtes, comme "La Torpédo rouge sang" (vous dire si ça remonte, je ne me rappelle plus si c'est là-dedans qu'il y a un bouchon de radiateur auquel est attachée une malédiction (note du 6 décembre : j'ai retrouvé le bouchon de radiateur : il est dans la Rubrique-à-brac de Gotlib) ou l'album rigolo et déjà très engagé Rumeurs sur le Rouergue. J'ai ensuite admiré le travail (sur carte à gratter, me semble-t-il) dans Le Démon des glaces. Ensuite, je n'ai plus rien manqué de ce qui a suivi : l'improbable Polonius, fable rétro-science-fictionesque ; le très noir, sinistre Griffu, dans l'éphémère et excellent hebdo des éditions du Square BD. L'hebdo de la BD ; les adaptations de Léo Malet et Jean-Patrick Manchettebande dessinée,bd,jacques tardiLa Débauche, Jeux pour mourir, la série Adèle Blanc-Sec, bien foutraque, quoiqu'un peu lassante à la longue (« Pa ! -Pa-zu ! -Pa-zu-zu ! », l'invasion des limules (la limule étant l'animal qu'Alfred Jarry considérait comme le plus définitivement laid de la création), le ptérodactyle, etc...) ; Varlot, Brindavoine, tout le saint-frusquin industriel et guerrier qui assomme les hommes de 14-18, ensemble au sommet duquel trône encore C'était la Guerre des tranchées, suivi de la litanie : Putain de guerre ! et Le Dernier assaut.

bande dessinée,bd,jacques tardiJe n'ai pas attendu Tardi pour être terrassé par la prise de conscience de ce qu'avait été la guerre de 14-18 pour l'Europe et pour l'humanité. J'avais dès longtemps commencé à photographier les monuments aux morts de France sous toutes les coutures, avec les aléas que sont le bande dessinée,bd,jacques tarditemps qu'il fait et l'heure d'ensoleillement optimal pour la prise de vue. Mais je dois dire que, quand j'ai découvert la même préoccupation chez ce grand auteur de BD, je lui ai été reconnaissant de me permettre de me sentir, je ne dirai pas en état de connivence, mais en terrain familier.

bande dessinée,bd,jacques tardiJ'ai encore adoré les quatre volumes du sombre et tragique Cri du peuple, d'après l'œuvre de Jean Vautrin, au titre très julesvallèsien (c'était celui du journal fondé par Jules Vallès, lui-même acteur de la Commune, qui a pu s'exiler à Londres et échapper à la boucherie), qui raconte jusque dans les profondeurs bien sordides, mais de façon admirablement documentée, les deux mois de 1871, d'abord enthousiastes, puis atroces, qui sont restés dans l'histoire sous le nom de "Commune de Paris". Il ne nous épargne pas les horreurs auxquelles se sont livrés les Versaillais, mais aussi les excès commis par les Communards.bande dessinée,bd,jacques tardi

Je n'ai calé que sur le stalag où Tardi raconte son père prisonnier de guerre pendant la deuxième g.m. (gaudriole mondiale), et son retour. Que Tardi veuille bien me pardonner la faiblesse. Ce n'est sans doute que partie remise.