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jeudi, 23 juillet 2015

BANDE DESSINÉE : FRANCIS MASSE

Pour parler franchement, beaucoup de ce qu’a publié en son temps le Charlie mensuel de Wolinski paraît aujourd’hui suranné, voire vieillot. Bon, c’est sûr que je regarde ça avec mon œil de 2015 et que mon intérêt pour la bande dessinée s’est tant soit peu « relativisé ». Reste que j’ai maintenant du mal à suivre les histoires tortueuses et alambiquées de Buzzelli ou Guido Crepax. Même la célèbre Paulette (dessinée par Pichard) m’est devenue hautement improbable. On n'est pas loin du déchet.

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N° 73. C'est la Fête des mères. Que ne ferait pas le petit monstre pour offrir à sa maman un beau bouquet de bras et de jambes, piqués au monsieur croisé dans la rue ! Willem, dans Libération du 24 juillet, semble s'être inspiré de Masse, mais c'est au sujet de la Grèce, en train d'être brutalement dégraissée.

Quelques-uns de ces héros ont cependant préservé leur droit au respect. J’ai parlé de Barbe, de quelques autres aussi. Mais dans ce paysage de haute qualité esthétique, il en est un qui brille encore par la virtuosité de son talent graphique, mise au service d’un délire narratif totalement jubilatoire : il s’appelle Francis Masse. Son dessin très singulier ne ressemble à rien de ce qui se fait à l’époque. Et qui n'a jamais été refait.

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N° 77. Masse imagine comment résoudre le problème de la faim dans le monde. Oui : Masse est vraiment à la masse ! Je veux dire : génial !

Dans les bulles : « Eh bien, dites-le que vous avez faim ! - On a faim - Eh bien, dites-le qu'est-ce que vous voulez à manger ! - On veut du lait ! - Eh bien, en voilà, du lait, qu'est-ce que vous pleurez ? Suffit de demander. »

On est prié de ne pas chercher la morale de l'histoire.

Quant aux histoires qu’il invente, disons seulement qu’elles pourraient justifier l’expression populaire bien connue : le cerveau de Masse est complètement à la masse ! Ce sont vraiment des histoires de cinglé. Et c’est assumé crânement. Réflexion faite, certains y décèleraient un zeste d’inspiration surréaliste. A moins qu’il ne faille regarder du côté des amateurs de « nonsense » britannique. Bref : un imaginaire totalement désentravé, loufoque, maboul, cintré. Un génie à l'état pur.

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N° 79. Dans le stade plein à craquer de supporters à gros nez, chapeau melon et manteau lourd, on voit aux prises deux équipes : les serveurs et les consommateurs. Il s'agit pour ceux-ci de se faire des passes de commandes. Mais les serveurs parviennent à les intercepter. Le but est marqué quand le rouge limé atterrit dans la figure du 12, celui qui a passé commande.

Un exemple ? Dans le numéro 85, zieutez ce bonhomme de Masse (gros nez, chapeau melon, manteau lourd) qui, debout sur le bord du toit, un pavé attaché au cou, se jette dans le vide, en proférant distinctement,  à chaque étage, un « Salauds ! » bien sonore.

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Installés devant leur fenêtre du rez-de-chaussée, un couple a assisté à l’écrasement (« Splatch »). Lui est un rhinocéros dans son fauteuil. Elle est une créature composite à base de bouilloire surmontée de quelques accessoires (chaussure à talon aiguille, écumoire, ciseaux …). C’est elle qui a volé l’étage du suicidé. Elle le regrette, mais elle a agi par amour. Le genre de planche qui fait se questionner le lecteur : « Mais où va-t-il chercher tout ça ? Faut-il qu'il soit frappadingue ! ».

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Amour ! Que de crimes on commet en ton nom !

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 20 juillet 2015

BANDE DESSINÉE : CHARLIE MENSUEL

 Je parlais de la page 1 de la revue Charlie mensuel, celle où se trouve le sommaire de chaque numéro.

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Gag rigolo (le gars photographié derrière son trépied demande à la statue de prendre différentes poses pour la photo) signé "Le grand Guedin's studio" (N° 70 : Dingues studio ?). Le témoin a fini par renoncer.

Cette page du sommaire, qui n’est a priori pas faite pour être regardée en elle-même, s’orne en effet d’un dessin (rarement une photo) presque toujours réalisé pour les besoins de la cause (il y a des exceptions : Herriman, Dubout, gravure ancienne, …), autrement dit un dessin où la place du sommaire proprement dit est prévue et ménagée. 

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Remarquable dessin d'un nommé Monimoto (N° 92).

On y voit toute sorte de styles, d’imaginations. Ce sont parfois des dessins un peu bâclés, comme si Wolinski avait demandé ce service dans l’urgence à un copain.

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Celui qui donne ces dessins formidables (N° 108) signe Michelangeli.

Parfois, ce sont au contraire des pages très travaillées, presque comme des œuvres à part entière. Le défi, quoi qu’il en soit, est celui que relève constamment tout maquettiste de presse : la liberté règne, quoiqu'avec une contrainte précise, ce qui donne des pages tantôt très aérées (N° 51, un Japonais), tantôt surchargées jusqu'à l'étouffement (N° 60, Carali, je crois, bien qu’il signe Bill). Le tout étant de placer, bien lisible, le programme des réjouissances. Le menu du jour, si vous voulez. On est en plein dans l'art baroque : la déco plutôt que la structure. La volute, plutôt que l'architecture.

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Là, c'est le grand Golo (N° 122) des loubards : dessin un peu "sale", bourré de sons et d'onomatopées, qui privilégie l'expressivité.

On trouve des habitués : Willem, qui vous torche en moins de deux sa planche aux cases minuscule, Guitton, l’échappé d’Actuel, éternel baba cool, Nicoulaud, qui dépannait sans doute Wolinski quand il n'y avait personne, Cathy Millet.

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Ce dessin est signé Mériaux (N° 141). Je le trouve intéressant, quoique décoratif.

Pour cette dernière, je me demande si c’est la même que la directrice de la revue Art press. Si c’est elle, elle a aussi pondu La Vie sexuelle de Catherine M., cet éloge de la partouze qui donne autant envie de faire l’amour que les poissons d’Ordralfabétix donnent envie de les manger. 

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Ils ont baisé. Je ne suis pas "psy", mais il ne m'étonnerait pas que la femme, à commencer par son sexe, suscite quelque inquiétude chez le Alain (N° 148) qui signe cette planchette.

On trouve aussi, parmi les dessinateurs du sommaire, de parfaits inconnus, des signatures illisibles et même des anonymes. On regrette parfois beaucoup de ne pas savoir qui est là (le joli gag du N° 115, ci-dessous).

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J'aimerais bien savoir à qui on doit ce pot de fleurs qui rate sa cible, et cette page au dessin très léché. Ça ressemble un peu à Honoré, mort lui aussi le 7 janvier 2015.

J’ignore qui est Omez (N° 43). Et puis apparaissent ici et là des noms connus : Barbe (N° 54, voir ici le 15 juillet), Joost Swarte (N° 63, 82) ; Copi (N° 78) ; Veyron (N° 126). Bref, tout se passe comme si Wolinski, l’ordonnateur, se demandait à chaque fois comment il pourrait bien remplir sa page 1.

Ce Charlie-là, sauf erreur, s'est éteint au numéro 152 (septembre 1981, il n'a pas supporté longtemps l'élection de Mitterrand). Georges Dargaud a bien tenté une résurrection en avril 1982, avec Mandryka en "Rédac-chef", mais le cœur (ou l'esprit) n'y était plus.

Wolinski est mort le 7 janvier, à côté de Cabu, Maris et les autres. Une preuve que ce qui reste d'un homme, quand il n'est plus là, c'est bien ce qu'il a fait.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 19 juillet 2015

BANDE DESSINÉE : CHARLIE MENSUEL

Tous les amateurs de bandes dessinées connaissent les principales revues de l’âge d’or de la BD (le « neuvième art », comme certains se plaisent à dire, bon, je veux bien) : Tintin, Spirou, Pilote, les pères fondateurs en quelque sorte, qui s’adressaient exclusivement à la jeunesse, sous l’œil vigilant de la loi de 1949, qui permettait de surveiller les publications qui lui étaient destinées.

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N° 42 de Charlie mensuel. J'ai croisé, dans le temps, un Moge. Il était professeur de couleur à l'Ecole des Beaux-arts de Lyon. Il trouvait qu'à son âge (autour de la quarantaine), ça devenait difficile de draguer les étudiantes. Est-ce le même ?

C’était l’époque innocente où Marlier pouvait dessiner ses « Martine » avec leur petite culotte, bien avant qu’on lui conseille de la mettre en pantalon pour des raisons « convenables » (traduction : moralisme policier, gare au soupçon de pédophilie). Et puis Goscinny est arrivé, a pris en main les destinées de Pilote, a fait évoluer la BD vers l’âge adulte en recrutant, entre autres, Cabu, Gébé, quelques autres grands.

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N° 47. Lucques est l'auteur des Freudaines, souvent drôles, parfois désopilantes.

Et puis Delfeil de Ton lance Charlie mensuel. Il passe rapidement à Wolinski les rênes de ce « Journal plein d’humour et de bandes dessinées » (c’est la devise).

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N° 49. Cathy Millet, qui signe ce dessin, est-elle la papesse qui régna, avant Catherine Francblin, sur cette Pravda de l'art contemporain qu'est la revue Art press ?

Le titre Charlie est un hommage direct à Charles M. Schulz, créateur d’une série célèbre entre toutes : Peanuts, où évoluent, entre autres, Charlie Brown et Snoopy, le chien philosophe (ci-dessous). J'aime bien, sans plus.

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N° 54. Les visiteurs de ce blog connaissent André Barbe, depuis mon billet du 15 juillet. C'est Snoopy qui mord le flic aux fesses.

Je m’épargnerai non seulement l’effort de faire l’éloge de Charlie mensuel, mais aussi d’énumérer les illustres maîtres et les « petits maîtres » de l’art de la BD qui y ont vu publier leur travail. Eloge de toute façon inutile, « car il n’y a qu’à regarder, et c’est écrit dessus » (Alfred Jarry, « Linteau » des Minutes de sable mémorial).

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N° 63. Joost Swarte, le Hollandais dessinant spécialement pour Charlie. Et facétieux avec ça.

Je veux juste rendre hommage à cette revue mémorable, mais en braquant le projecteur sur une face jamais mise en avant. Wolinski rédigeait une sorte d’éditorial, qu’il publiait en p. 2, en l’agrémentant de dessins venus sous la plume de gens parfois connus, qu’il leur demandait pour l’occasion. On ne s’étonnera pas du dessin (ci-dessous) offert par Guido Crepax pour l’édito du N°37 (février 1972).

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Ça se voit : c'est pondu "vite fait sur le gaz".

Mais sans vouloir vexer les mânes de Wolinski (que la terre lui soit légère), c’est la page 1 qui m’intéresse ici. Parfaitement : la page du sommaire, qui indique à quelle page il faut aller pour trouver ci et ça, et dont des exemples jalonnent le présent billet.

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N° 67. Guitton, l'indécrottable baba-cool, les petites fleurs, les petits oiseaux, les étoiles ... et les femmes.

Le sommaire de Charlie mensuel : voilà une manière marrante de jouer avec la contrainte. Un défi pour un dessinateur.

Voilà ce que je dis, moi.

La suite à demain.

vendredi, 17 juillet 2015

BANDE DESSINÉE : KIKI PICASSO

 FEUILLETON GREC

Dans Le Canard enchaîné du 15 juillet (extraits) :

1

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2 : les détails du plan d' « aide » (!!!) :

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Sans compter la masse des privatisations (les ports, entre autres) exigées dans l'accord. Il est désormais prouvé que le trio Merkel-Schäuble-Gabriel (réédition du trio infernal Bush-Rumsfeld-Cheney de 2003 face à l'Irak), aidé de quelques sous-fifres, a voulu et obtenu d'humilier publiquement, cruellement et spectaculairement Alexis Tsipras, et à travers lui la Grèce tout entière. Je ne suis pas sûr que l'Europe puisse se relever de cet affront.

Elle est pas belle, cette Europe ? Non, vraiment pas belle. Elle obéit tout simplement à une logique folle. Il faudrait l'enfermer, parce qu'elle devient dangereuse.

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BIEN DEGAGE SUR LES OREILLES.jpg

 

 

CHAP1 KIKI PICASSO.jpgLes images que je publie ici avaient paru dans une de ces multiples petites (et éphémères) revues de bandes dessinées (Mormoil, Surprise, Tousse-bourrin, Le Cri qui tue, Le Canard sauvage, Ah!nana, ...) qui foisonnaient dans les années 1970. J’ai nommé Bien Dégagé sur les oreilles. 

Mes excuses aux âmes sensibles.

C’est dans le N°1. J’ignore s’il fut suiviCHAPIRON 5.jpg d’un N°2. Cela nous reporte aux années Bazooka (Production), bien que le groupe ne fût pas encore ainsi baptisé, au moins pour ce que j'en sais. 

CHAPIRON 10.jpgBeaucoup de choses très moches et très mauvaises dans ce numéro sans doute sans lendemain. Malgré leur sujet, ce n'est pas le cas des vignettes que j'ai choisies.

Je ne retiens que les planches réalisées par celui qui se présenteCHAPIRON 12.jpg sous le pseudonyme « Loulou » (Jean-Louis Dupré, « Cronique colonialle »), mais surtout par un nommé « chapi->o » (Christian Chapiron), qui se fera connaître plus tard sous le pseudo « Kiki Picasso », qui réalise ici une suite d’images tout à fait saisissantes. 

CHAPIRON 11.jpgIl faudrait dire « percutantes », puisqu’il intitule la suite « Percutant HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII … Bang ! », et qu’il la conclut par une vignette indiquant le prix de vente d’une médaille et d’un porte-clés « Saint-Christophe ». 

Ce qui fascine dans cette série de visagesCHAPIRON 14.jpg humains après l’accident et après passage à l’hôpital (quand ce n’est pas sur fond de carrelage blanc), c’est la façon à la fois très neutre et clinique et très violente dont le futur Kiki Picasso restitue l’état de personnes dont la vie a basculé ou pris fin ce jour-là. 

CHAPIRON 16.jpgLe trait de l’artiste, qui s’apparente à l’école de la « ligne claire », pousse la technique jusqu’à ses limites formelles où, symboliquement, la ligne brisée se fait brutale, révélant la fragilité de l’épiderme humain et de tout ce qu’il y a dessous. Ces gribouillis de l'artiste sur le visage de ces gens amochés, j'ignore pourquoi et comment, me parlent. Dans leur genre, ces dessins sont des chefs d'œuvre.

Est-ce morbide ? Possible. Il n’empêche que sur le plan du graphisme, il y a quelque chose qui retient irrésistiblement l’attention. Allez : qui me touche. Ci-dessous, quelques détails de quelques vignettes : je pense à Dubuffet, au moins dans l'esprit.bande dessinée,bazooka productions,bien dégagé sur les oreilles bd,kiki picasso,loulou picasso,olivia clavel,lulu larsen,electric clito,jean rouzaud,jean-louis dupré,christian chapiron,médaille saint-christophe,journal libération,un regard moderne,groupe bazooka,revue mormoil,touss-bourrin,le cri qui tuebande dessinée,bazooka productions,bien dégagé sur les oreilles bd,kiki picasso,loulou picasso,olivia clavel,lulu larsen,electric clito,jean rouzaud,jean-louis dupré,christian chapiron,médaille saint-christophe,journal libération,un regard moderne,groupe bazooka,revue mormoil,touss-bourrin,le cri qui tuebande dessinée,bazooka productions,bien dégagé sur les oreilles bd,kiki picasso,loulou picasso,olivia clavel,lulu larsen,electric clito,jean rouzaud,jean-louis dupré,christian chapiron,médaille saint-christophe,journal libération,un regard moderne,groupe bazooka,revue mormoil,touss-bourrin,le cri qui tue

 

 

 

En 1978, le groupe Bazooka est constitué, et publie, encarté dans le journal Libération, un supplément présenté sous le titre Un Regard moderne, dont j’ai gardé longtemps les six ou sept numéros, et qu’un déménagement a hélas fait disparaître. 

REGARD MODERNE N°1 03 1978.jpg

 

Je laisse aux spécialistes des Beaux-Arts le soin de commenter l’ « apport décisif » que fut le travail de Kiki Picasso et Loulou Picasso (et du groupe Bazooka) dans les pratiques graphiques. Je voulais juste évoquer le choc esthétique (et pas seulement) ressenti à l’époque, face au travail de ce qui fut, en somme, une avant-garde. 

Merci à Kiki Picasso (et, dans une moindre mesure, à Loulou Picasso).

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 16 juillet 2015

BANDE DESSINÉE : GOLO & FRANK

FEUILLETON GREC

L'Europe institutionnelle, l'Europe des Traités est, face à la Grèce, en train de faire du plagiat. Le trio allemand Schäuble-Gabriel-Merkel, la folie guerrière en moins (quoique ...), est une réplique du trio néo-conservateur de sinistre mémoire, Bush-Cheney-Rumsfeld (n'oublions pas Wolfowitz), à qui nous devons le chaos actuel au moyen Orient. Il est à craindre que la folie bureaucratique de Schäuble-Gabriel-Merkel aboutisse, en Grèce et en Europe, au même genre d'instabilité généralisée, avec tous les risques que cela comporte. Même l'ultralibéral FMI supplie les instances européennes d'annuler une partie de la dette grecque, c'est dire ! C'est au trio allemand que nous devrons les conséquences de ce fanatisme. Apprêtons-nous à dire : « Merci pour tout ! ». Je voudrais savoir en quoi la privatisation à tout va des biens publics grecs doit être considérée comme LE remède miracle.

Ne pas oublier que la marque Merkel fabrique des fusils de chasse.

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En peinture, en musique, on dira la même chose : à côté des Everest qui ont nom Rembrandt ou Delacroix, il y a, par exemple, le sympathique Monticelli, le peintre marseillais. Dans la bande dessinée, et je regrette qu’ils n’aient pas davantage produit, j’ai un penchant pour un tandem qui a fait parler de lui dans les années 1980 : celui qui tient le crayon s’appelle Golo, la plume est tenue par Frank. 

Pour la couleur du récit, on reste résolument dans le noir, le crade. Peu de chose permet de différencier le voyou du flic. Tout se passe entre les appétits de pouvoir et d’argent et les bas-fonds plus ou moins glauques (Brassens dirait « interlopes », quoiqu’il chante : « … et non dans un chou, comme ces gens plus ou moins louches »). Il y a des prolos, des arabes, des putes, des travestis, des mauvais garçons, des drogués, bref : une faune peu reluisante. 

Pour le dessin, le trait ressemble au contenu : il est sale à souhait, bien qu’il faille le rattacher à l’école de la ligne claire. Les contrastes sont accusés. Les traits des personnages sont découpés à la hache, au risque parfois de tomber dans la caricature des caractérologies de l’ancien temps, vous savez, Louis XVI décrit comme NENAS, traduction « Non Emotif, Non Actif, Secondaire », et toutes les salades du même acabit. 

Par exemple, l’un des deux tueurs, dans Les Noces d’argot, un gras chauve balourd, s’il est doté d’un psychisme rudimentaire, ça ne l’empêche pas d’être un vrai méchant, même s’il se trouve sous la coupe du petit teigneux qui mène la chasse. Il y a aussi des allumés prêts à tout pour obéir au chef de je ne sais plus quelle Eglise universelle, mais qui se font dégommer par les précédents. Il y a aussi un bâton sur lequel est gravée une formule secrète : « Aura clausa patent » (L’or ouvre ce qui est fermé). L’histoire avait commencé à paraître dans Charlie mensuel. 

Mais que Golo et Frank me pardonnent : ma préférence ne va pas aux trois épisodes des Noces d’argot (Dargaud éditeur, that’s a joke ?). Ils n’avaient qu’à ne pas commettre deux chefs d’œuvre : Ballades pour un voyou (1983) et La Variante du dragon (1989, d’abord publié dans la revue A Suivre). 

Le premier raconte une arnaque à l’assurance, montée par Jeannot (qui sort de taule) et sa petite bande. L’idée qui rend le livre mémorable a été de truffer le récit d’évocations de chansons populaires qui parlent de la débine, des voyous, de la prostitution, de la révolte, de l’amour, etc. Le scénario se paie le luxe de rester à l’arrière-plan. L’avant-scène est occupé par les personnages, je devrais dire les « figures », voire les trognes, les trombines, les caractères, tous typés de façon presque brutale. 

Trois camps s’affrontent, dont deux sont liés : la bande de blousons noirs aux insignes nazis qui tient les murs du café « Chez Riton », à qui il arrive de « travailler » pour Frankel, un juif antipathique dont la vitrine – le restaurant « Mittel Europa » – dissimule des affaires louches. Il « mouche à la pèlerine », c’est-à-dire qu’il est « protégé » par la commissaire Castagne, Marie-Aurore de son prénom. Drôle de couple, qui se livre à l’occasion à des jeux sado-maso, où la commissaire tient le fouet. Et elle chante la Marseillaise au moment où son doigt déclenche l’orgasme. 

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Boris, le yiddish, quand il se fâche vraiment.

Face à la bande de loubards et aux flics « ripoux », la bande de copains réunie autour de Jeannot. Il y a sa copine Babet, Vlad, qui trouve le coup à faire, et puis surtout, il y a Boris, juif de même origine que Frankel, qu’il fait chanter à l’occasion, parce qu’il en sait long sur lui. Il vous taille un faux diamant plus vrai que le vrai. Et il a la rancune aussi tenace que le culot. Ce personnage est la vraie trouvaille de ce récit, qui finit par une petite scène de guerre urbaine, où Boris tire sur les flics, avant de se jeter du toit de l’immeuble. 

GOLO VARIANTE.jpgL’idée géniale qui dirige l’action dans La Variante du dragon (qui fait allusion à la « défense sicilienne », pour les connaisseurs) est d'organiser le récit sur le modèle d'une partie d'échecs. Pas n’importe laquelle : celle disputée au 16ème siècle par un certain Paolo Boï, qui a, paraît-il, gagné pas mal d’argent grâce à sa maîtrise du jeu d’échecs. Une partie où il aurait joué, dit-on, contre le diable, à cause d’un coup incompréhensible, qui donne la victoire à celui qui se croyait vaincu. 

Sainte-Croix est la tête pensante et le financier d’un vaste réseau de trafic d’héroïne. A son service, le commissaire Sissa est l’ordonnateur exécutif de la chose. D’autres personnages importants gravitent autour de ces deux-là : Won Ton Charlie, qui représente les fournisseurs de came, Andréani, Catherine, Chérif, Bigaille, Tonton et Tonton, Fianchetto. A GOLO4.jpgnoter que Golo a donné à Sainte-Croix la belle gueule de crapaud difforme de Jean-Paul Sartre, quand il finissait sa vie en grenouille tombée accidentellement du bénitier. De tels détails réjouissent le cœur de l'homme. 

Tous ces jolis cocos ont un gros souci : un petit malin s’est glissé dans le réseau et détourne à son profit toute la came, et le pognon qui va avec. Ce petit malin s’appelle Vétiver, parce qu’il a l’habitude de se parfumer à cette essence : « … un mec qui se fait des couilles en or … avec une idée, mais brillante ! ». 

Là-dessus, quinze ans après avoir quitté la place, débarque son ancienne connaissance, Evereste Puig, qui a purgé quelque part une peine dans un bagne pour on ne saura trop quelle raison, et qui a besoin de se refaire une santé. L’avantage, c’est qu’il y est devenu redoutable aux échecs. Malheureusement, il va tomber raide dingue amoureux de Catherine, face à qui il a été obligé de coucher son roi. 

Entre la drogue et les drogués, l’histoire navigue violemment d’un meurtre à l’autre, au rythme où pions et pièces se font prendre au cours de la partie. Tout est crade et impitoyable dans ce chaudron. L’histoire finit dans un bain de mort, où les moins mauvais s’en sortent. 

C'est presque une morale. Pas tout à fait quand même. 

Voilà ce que je dis, moi.

mercredi, 15 juillet 2015

BANDE DESSINÉE : LE CAS BARBE

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J’aurais bien vu André Barbe en nouveau Walt Disney. Mais attention : un Walt Disney pour adulte, et pas un moraliste calviniste, puritain, et coincé dans la bulle des grands principes binaires, si chère au manichéen George W. Bush. Pourquoi n’a-t-il pas fait de dessins animés, des vrais à vingt-quatre images / seconde ? 

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Bon, il s’est contenté de faire de la bande dessinée. On ne va pas lui reprocher de faire ce qu’il a fait, maintenant qu’il est mort (en 2014). Parce que ce qu'il a fait atteint la perfection dans son genre. Son style, ainsi que les ouvrages qui sont sortis de son crayon, est immédiatement reconnaissable : un trait voluptueux d’une part, et d’autre part une disposition verticale des bandes, comme si le lecteur visionnait la pellicule d’un film image par image, mais en passant plus vite : il y a de l'ellipse, dans la torridité des images fabriquées par André Barbe. 

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Pour le confesseur (en deux mots ?), la bande retrace impeccablement la trajectoire de son imaginaire : des seins, il est si facile de passer aux fesses. Mais finalement, il se contentera de la bouche. On a compris, Barbe, tu es anticlérical.

Le trait épicurien qu’il déroule en arabesques infatigables, c’est, on l’a sans doute deviné au vu des illustrations, pour le corps féminin. Barbe éprouve un amour inextinguible pour les formes féminines, qui ont le pouvoir particulier (et légèrement pervers, bien entendu) de, tout à la fois, combler et frustrer le spectateur. Barbe rêve de sentir entre ses mains un tel corps. Alors il se dessine en train de le tenir d'une main et de le dessiner de l'autre (ci-dessous). Magie du trait : pour le coup, la formule n’est pas usurpée. Mais plaisir, sans doute, de masturbateur, car s'il tient la femme, elle demeure absente. La magie du trait, c'est précisément ça : matérialiser le fantasme.

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Le corps de la femme n’apparaît en entier, superbement rendu évidemment, que de temps en temps, aussitôt disparu dans le grossissement soudain d’un détail, qui se transforme bientôt à son tour. Barbe n’aurait jamais pu être cinéaste : il prend trop de liberté avec le réel. Il a fait sienne la devise du scientifique : « Tout se transforme ». Je ne vois donc que le dessin animé. Ses Strips et autres Cinémas ne sont rien d'autre que du dessin animé servi sur planche.

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Planche I.

Ce que Barbe voit, il ne le voit jamais longtemps, juste le temps de s'électriser. Perdre de vue avant de voir surgir. Le désir est par essence mouvement : ce buisson est à peine devenu un pubis fourni encadré par deux cuisses ouvertes qu’on voit apparaître les collines de deux fesses dans le creux desquelles apparaît un guerrier à cheval (ou qui que ce soit d’autre), et puis voilà (pouf, pschitt, hokus pokus, abracadabra) que déboule dans le paysage une paire de seins du meilleur aloi. Pas le temps de toucher : le corps féminin s’est évanoui dans le décor. 

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Planche II.

Voilà, fascinantes et charnelles jusqu’au pulpeux, les héroïnes de Barbe vous attirent et disparaissent. Ce sont des allumeuses. La BD de Barbe exacerbe un désir masculin toujours renouvelé et jamais satisfait. L’auteur a tout compris de ce pouvoir millénaire, indéracinable. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas une BD féministe, mais une BD célébrant (gare au stéréotype) l’ « éternel féminin », tel qu’il surnage encore, on ne sait trop comment ni pourquoi, dans les rêves des hommes. J'espère.

Barbe est peut-être un obsédé, mais il sait poser des formes splendides sur ses obsessions. Ce qu'on appelle le grand art.

Voilà ce que je dis, moi.

dimanche, 05 juillet 2015

CABU ET L'EDUCATION SEXUELLE

A propos de la Grèce, on peut écouter l'entretien qu'Arnaud Leparmentier a eu avec Thomas Piketty, qu'on trouve sur lemonde.fr. 

Et ICI (durée 25'35", - augmentée de la publicité très niaise, mais ceci est un pléonasme, même s'agissant des pubs les plus subtiles ou les plus tordues).

Bien que Leparmentier soit horripilant, à sans arrêt couper la parole à l'invité. Tous ces gens qui veulent montrer qui est le chef sont pathétiques.

Piketty se livre à une démonstration éclatante de l'aveuglement dogmatique des institutions économiques (FMI), des institutions financières et des institutions politiques européennes à commencer par l'éléphant Merkel dans le magasin de porcelaine. 

Et Piketty fait des propositions qui ont au moins l'apparence du bon sens. Comme il le dit, les responsables européens, en même temps qu'ils incarnent un massif déni de démocratie, sont des apprentis sorciers, qui prennent le risque de faire couler tout le navire européen.

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On trouve cette planche dans Charlie mensuel, avril 1975.

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Deux filles qui se papouillent le museau, une religieuse "enseignant" les choses du sexe : une synthèse de l'époque, en quelque sorte.

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On sent combien toute la délicieuse poésie lyrique et les élans mystiques du sentiment amoureux jaillissent du cours d'éducation sexuelle. Vous aurez noté la goutte à la lippe inférieure de Catherine.

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jeudi, 02 juillet 2015

CABU AVAIT TOUT COMPRIS

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Je ne suis pourtant pas lecteur de cette revue (ci-dessus n° du 4 au 10 juin 2015), mais j'ai trouvé qu'en l'occurrence, cette couverture ne pouvait pas mieux tomber ! 

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PARU DANS CHARLIE MENSUEL, EN SEPTEMBRE 1975.

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Cabu avait tout prévu l'évolution policière de notre société.

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C'est vrai, ça : il n'est plus permis de se moquer de personne.

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Catherine a la santé. C'est le gaucho, ici, qui est malade.

Et facho.

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Et c'est le barbu gauchiste de Cabu qui a fait le  lit de notre société policière.

Je ne vois pas, ici, de désaccord entre Cabu et Michel Houellebecq, même s'ils ne s'aimaient pas beaucoup. Drôle de retournement, non ?

Quand Cabu écrivait, en 1975, "on ne doit pas se moquer de ...", il ne savait pas qu'il écrivait notre histoire, aujourd'hui quotidienne et muselée.

C'était déjà ça, la gauche. Aujourd'hui, on sait : c'est eux qui l'ont, le pouvoir.

"Cause toujours", ou "Ferme ta gueule", finalement, ça revient au même.

A signaler le régime liberticide qui est en train de s'installer en Espagne.

La vertu est au bout du fusil.

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mardi, 30 juin 2015

POUR CHARLIE HEBDO

R2015 N47 RACONTER LA MALADIE.jpgC’est un soutien inattendu que vient de recevoir l’équipe de Charlie Hebdo, maintenant désunie à cause du déluge de pognon qui s'est abattu sur elle après l'attentat. L'austère et très savante « Société française d’étude du 18ème siècle » vient en effet de publier son très gros volume annuel (747 pages numérotées), dont la partie thématique s’intitule « Raconter la maladie ». Pas grand-chose à voir avec Charlie Hebdo ? Peut-être. Et pourtant … 

Nul n’ignore que la critique de toutes les religions (« superstitions », comme on disait) est devenue générale au 18ème siècle. On peut même dire qu'elle y a été inaugurée. Les attentats de janvier 2015, à commencer par Charlie Hebdo, ont fait réagir cette société de gens très sérieux, souvent compassés (au vu du sérieux de leurs travaux), mais à qui il arrive de se montrer espiègles. 

C’est ainsi que la revue, dans le numéro qui sort de presse, reproduit en frontispice une gravure de l’époque. Car l’équipe dirigeante, gardienne si l’on veut bien de la liberté d’expression, ne pouvait faire autrement que de prendre parti (avec les quelques mois de retard que nécessitent la mise en ordre et l’impression de la revue) pour l’équipe du journal satirique, martyrisée le 7 janvier 2015. 

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Pour bien comprendre la gravure, il faut savoir qu’une demoiselle Cadière avait intenté un procès « contre le jésuite Jean-Baptiste Girard, accusé de sorcellerie, d’inceste spirituel et d’abus sexuel ». La justice avait acquitté le bon père. L’auteur de la gravure défend moins, en réalité, la liberté d’expression qu’il n’attaque le clergé. 

Notons que si le curé garde ostensiblement les mains en position haute et s'interdit de les poser sur le fessier de la dame, c’est pour mieux accréditer l’idée qu’il est en train de purifier la personne au moyen du « vénérable cordon de saint François » qu'on voit en pleine action, même si la périphrase est transparente. L’hypocrisie langagière du clergé apparaît ainsi de façon évidente. 

« Ah ! Pour être dévot, je n'en suis pas moins homme. »

Molière, Tartufe, III,3.

L’université prenant parti pour Charlie Hebdo : tout arrive. Ma foi, je salue l'initiative : bravo pour l'initiative de notre société savante. Que des messieurs graves puissent mettre à l'occasion les mains dans la gaudriole, voilà qui me rassure. Cela dit, c'est bien connu, le XVIIIème siècle est le siècle où la littérature érotique (et même porno), illustrations comprises, s'est déchaînée. Les gravures de la même espèce que ci-dessus ont littéralement pullulé.

Et les artistes n'avaient jamais peur de représenter le « cordon de saint François ».

Voilà ce que je dis, moi.

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Pour célébrer la disparition d'une des plus vieilles fripouilles (du S.A.C. à l'Angolagate, en passant par les invraisemblables redécoupages électoraux à la petite scie) de la Cinquième République, qui a trempé dans tous les mauvais coups, je n'ai pas trouvé de caricature de Charles Pasqua par Cabu. Je le regrette. Et je n'oublie pas que, si nous avons subi Nicolas Sarkozy, nous le devons à Charles Pasqua, qui l'a mis en selle. Pour compenser, j'ai trouvé ce Grand Duduche en une de Charlie Hebdo (17 mars 1975).

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samedi, 20 juin 2015

JE PENSE À CABU

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Je donne ici quelques illustrations tirées de cette revue imprimée en 1975 (elle coûtait 12 francs, je l’ai vue à 19 € sur un site de livres d’occasion). On y apprend par exemple la raison de l'antimilitarisme viscéral de Cabu (il a quand même passé 27 mois en Algérie, de quoi expliquer). 

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On y voit un Reiser gentiment moqueur de ce grand dadais de Duduche qui éprouve éternellement des sentiments pour la fille du proviseur (mais qui plonge l’œil dans son décolleté (bien qu'elle soit en « col Claudine » !) sur le dessin de couverture, voir ci-dessus). 

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On y retrouve aussi et surtout l'énorme canular que Cabu avait monté avec une bande de potes dans sa ville natale de Châlons-sur-Marne, à l’occasion de « l’épreuve sportive la plus bête du monde » (Strasbourg-Paris à la marche), qui passait par là chaque année au mois de juin. C'était en 1959.

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La fine équipe, tous déguisés, se pointe dans les rues deux heures avant le premier marcheur, « à l’heure de la sortie de la messe ». Ils font même une caravane publicitaire ornée d’affiches « prêtées par une copine pharmacienne » (dragées Fuca, maigrir). Cabu est à vélo. Le N° du dossard de Gros Schmitt (ODÉ-84-00, on est en 1959) est celui de l'horloge parlante.

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Le « marcheur », le « concurrent » s’appelle donc Gros-Schmitt (117 kg). On le fait passer pour Gilbert Roger, le champion de l’épreuve à l’époque. Je cite Cabu : « Régulièrement, Gros Schmitt s’effondre, et on le remonte avec un cric ! Les gens ne sont pas étonnés : pour eux, il a déjà fait 330 kilomètres … ». Cette histoire de cric !!! Les gens qui ne se doutent de rien !!! En plus, ils se font offrir le champagne en s'arrêtant devant un bistrot. Certains trouvent le champion plus gros que l'année précédente : « Oui, mais il a deux heures d'avance », répond quelqu'un.

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Le changement de trombine du bistrotier entre les deux dessins !...

Gros Schmitt demande « un bain de pieds à une petite vieille », si possible avec des pétales de roses trémières, ou a défaut du caca de chat, « si vous en avez ». Et Cabu conclut : « Ce jour-là, j’ai compris qu’on pouvait aller très loin pour mystifier les gens … ». 

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Un canular à connotation rabelaisienne : voir les farces pendables que Panurge fait subir aux Parisiens (le guet, par exemple) et aux Parisiennes (on trouve ça dans Pantagruel).

Mais on peut penser aussi aux énormes canulars imaginés par Jules Romains dans Les Copains, où un faux curé prononce en chaire un sermon gratiné qui heurte les chastes oreilles des paroissiennes, tout en leur suggérant des idées (Ambert), et où un faux Vercingétorix a pris la place de la statue (en étalant ses superbes attributs sur le bronze du cheval), puis bombarde les officiels et la population d'injures et de légumes (Issoire).

Merci, Cabu, de nous avoir fait partager de pareils moments. 

Voilà ce que je dis, moi.