jeudi, 28 novembre 2019
GÉBÉ ET LA PENSÉE SANS POINT D'APPLICATION
La renommée de Cabu n'est pas à faire : elle plane au firmament des dessinateurs de presse, qui rêveraient d'avoir un jour léché le bout de sa bottine, qui devait forcément contenir et répandre un peu du génie de leur possesseur. Son assassinat l'a propulsé bien malgré lui au panthéon des héros définitifs : ceux qui ne peuvent plus rien dire sur eux-mêmes et sur le monde tel qu'il va mal, et qui sont obligés de subir tous les hommages posthumes, du meilleur jusqu'au pire..
La renommée de Reiser, elle, est plus clandestine et peut-être, chez certains, honteuse. Lui c'est le sale gosse qui cultive sur sa fenêtre, dans son bac à fleurs hideuses, un "Gros Dégueulasse" qui montre ses couilles qui pendent sur un slip sale qui bâille, une "Jeanine" qui le vaut bien, puisqu'elle pète, fume des Tampax et ne se fait plus aucune illusion sur les efforts (principalement féminins) pour soigner les apparences. Le goût pour les dessins de Reiser s'affiche avec moins d'évidence que l'adhésion spontanée à ceux de Cabu.
La renommée de Gébé, c'est une autre paire de manche. Il fait figure de glorieux méconnu. Les œuvres de Cabu sont accessibles à tout le monde. Des efforts ont été faits pour publier le travail de dessinateur de presse de Reiser (merci Delfeil de Ton). Pour Gébé, sauf erreur de ma part, c'est makache bono, nib de nib, rien, que dalle. Pourtant, sur le plan graphique (je veux dire "esthétique"), Gébé est, je crois supérieur à Reiser. Cabu, je ne peux pas le comparer : ce sont deux mondes trop différents. Cabu ne perd jamais de vue les vrais décors et les vrais paysages, la société concrète et les personnages de la réalité (voir la frise du Canard enchaîné en pages intérieures). Gébé, au contraire, la déteste, la société concrète. Ses personnages et ses décors sont en général stylisés.
Gébé, c'est Novalis, vous savez, ce "Romantique allemand" qui voyait au sommet de la plus haute montagne la "blaue Blume" qu'il devait consacrer sa vie à aller cueillir. L'abstraction pure. Gébé, c'est la quête effrénée, angoissée, quasi-obsessionnelle de l'ABSOLU. La réalité triviale de la vie ordinaire des millions de gens qui font une population française (mondiale) est tellement à vomir qu'il préfère regarder plus loin, et surtout plus haut.
Page après page, volume après volume, Gébé enfonce le même clou : qu'est-ce qu'on fout là, tous tant que nous sommes, forcément ensemble et forcément seuls ? En posant cette question, Gébé montre qu'il éprouve avec intensité quelque chose qu'on est obligé d'appeler le sens du tragique. L'exemple qui va suivre, pour illustrer cette idée qui dépasse les dimensions humaines, se sert de la chaise, cet objet quotidien d'une belle banalité, cet outil du repos mérité du travailleur, qui devient pour l'auteur une figure typique de la déviation qui fait manquer le chemin de la Vérité. La chaise, cet objet si pratique, marque de l'ingéniosité humaine, n'est qu'une dérision du possible dont il entrevoit la silhouette au loin. Il y a une vraie inquiétude dans cette préoccupation.

Aujourd'hui donc, une planche tirée de L'An 01 (Editions du Square, 1972). L'auteur raconte à sa façon l'histoire du progrès technique. Selon lui, toute l'ingéniosité, toute l'énergie, toute l'inventivité humaine n'est qu'un pur gaspillage de trésors, au détriment de la seule interrogation qui vaille, la seule question à laquelle il est authentiquement vital de répondre : qu'est-ce que je fous là (Editions du Square, 1976) ?

Ça commence par Cromagnon, parti pour se reposer après ses activités de plein air :

Gébé ne dénonce ici rien d'autre, dans le progrès technique, que le refus d'un progrès proprement humain. Il y aurait presque, dans ces aspirations au dépassement de toutes les contingences matérielles, dans ces appels à s'élever au-dessus de sa pauvre condition humaine, quelque chose qui ressemble à ce qu'on appelle aujourd'hui le "développement personnel". Je ne suis pas sûr d'adhérer à ce projet (litote).

Ci-dessus, j'aime assez cette idée de la religion comme refus de "penser librement".

Gébé, dans le fond du fond, est un véritable extrémiste, qui va beaucoup plus loin, en matière de négation, que des gens comme Günther Anders ou Philippe Muray. Car pour lui, la question qui remplace toutes les autres et qui les vaut toutes est :
« Qu'est-ce que je fous là ? ».

On a reconnu Picasso. Voir ici (21 novembre) le "Tac au tac" où Gotlib met en scène son copain Reiser.

Là est le point de l'énigme. Car la question se pose de savoir ce que Gébé entendait par "pensée sans point d'application". "La pensée pour la pensée", n'est-ce pas la même chose que "l'art pour l'art" ? L'idée est séduisante : tout ce que je pense, s'il prend corps dans un objet réel (concret, social ou autre), devient un gâchis. Tant que la pensée reste "pure", elle échappe au dérisoire qui est le destin de toutes les réalités fabriquées par l'homme.
Je me dis que ce "concept" (si c'en est un) ressemble à une déclaration d'amour pour le rêve, la rêverie, voire la rêvasserie. Si toutes les activités humaines ordinaires sont à considérer comme des "diversions", que reste-t-il ? "Le silence éternel des espaces infinis m'effraie" ? A cette assertion pascalienne, la 'pataphysique répond avec pertinence : « Le vacarme intermittent des petits coins me rassure. »

Liste non exhaustive de "diversions" dénoncées par Gébé et présentées comme des voies de garage. Je n'ai aucune compétence en psychanalyse, mais je me dis que Gébé aurait tâté de la psychanalyse lacanienne que je n'en serais pas trop étonné. Vous savez, cette histoire de l' « objet petit a » qui, en tombant, laisse advenir quelque chose de la "vérité du Sujet". Gébé était-il prisonnier de ce fantasme ?
On comprend la raison de l'inactualité du travail de Gébé : il était avant tout un cérébral. Attention, je n'ai pas dit "intellectuel", et encore moins "intello", cette sale race de gens qui font passer la réalité réelle dans la moulinettes des sciences humaines pour la réduire en concepts, notions, idées, chiffres de statistiques. S'il est "cérébral", c'est de façon tellement charnelle, vécue et souffrante que le lecteur le croit proche de lui à pouvoir le toucher.
***
Note : on trouve dans le volume Qu'est-ce que je Fous là ? une amorce de réponse à la question que je me pose au sujet de ce qui préoccupe Gébé : un planche double intitulée Le Rayon noir. Tout y est fait pour aboutir à ce qu'il appelle la "Connaissance Absolue". J'y reviendrai peut-être.
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mercredi, 27 novembre 2019
L’IDÉALISME DE GÉBÉ
Il s'appelait Georges Blondeaux.

La planche est tirée de Il est Fou, Editions du Square, 1971 : en apparence, le petit bureaucrate passif et anesthésié est un modèle de soumission à son supérieur, à sa hiérarchie, au système. Mais il suffit que Gébé braque son microscope sur ce qui se passe à l'intérieur de ce travailleur modèle pour que l'eau dormante se transforme en geyser brûlant. Le petit employé de bureau se transforme alors en une furie au potentiel révolutionnaire. Heureusement, l'éruption n'est que velléitaire et le volcan qui menaçait de tout détruire retrouve rapidement le sommeil.




Tout est dans le « Il suffirait que ... ». Gébé était un idéaliste inguérissable. En 1971, il n'avait pas encore imaginé L'An 01, cette rêverie adolescente où se manifeste le fantasme enfantin de la toute-puissance. L'An 01 aujourd'hui apparaît pour ce qu'il était déjà à l'époque : une rêverie niaise, vaine et sans conséquence. Le pire, c'est que pas mal de gens, à l'époque se sont laissé bercer par ce qui n'était, à tout prendre, qu'une fable intéressante, un conte de fées. Mai 1968 n'était pas loin : « Il est interdit d'interdire. », et autres fadaises attestant l'immaturité de leurs auteurs.
Un enfantillage en tout point semblable à ce qu'on trouve dans une BD directement destinée cette fois aux enfants : Benoît Brisefer, le petit garçon inventé par Peyo, l'auteur des Schtroumpfs, doué d'une force herculéenne (sauf quand il a le rhume), dans l'épisode (n°1, Dupuis, 1962) des Taxis rouges. A cause des méchants, il débarque dans une île où un ex-directeur de banque a trouvé le "paradis terrestre". Suit l'énumération par celui-ci de tous les inconvénients de la vie ordinaire dont il est désormais débarrassé. La liste des plaintes du petit bureaucrate de Gébé n'en diffère pas de grand-chose.


Sans doute Gébé ne prenait-il pas à ce point ses désirs pour des réalités, mais ce qui est sûr, c'est que la réalité telle que les gens la vivent en temps ordinaire était pour lui, en soi, une blessure terrible. Il était habité, que dis-je, il était hanté par l'idée de tous les possibles auxquels on renonce dans la vie ordinaire. Il était sincèrement révolté et humilié par la résignation morale et l'avachissement intellectuel qu'il observait chez des populations qui consentent massivement au pauvre sort qui leur est fait par le système.
Et ce dessinateur hors pair était en mesure de donner à sa cruelle insatisfaction existentielle une visibilité d'une grande force : son trait puissant, pictural et impeccable va à l'essentiel. Gébé savait insuffler à ses rêves un "effet de réel" saisissant. Ils prenaient corps avec une intensité telle qu'ils étaient capables d'amener le lecteur à croire en leur concrétisation prochaine. Il va de soi que le mirage s'évanouit au moment où l'on croit le toucher.


Le récit d'une aspiration profonde, d'une frustration, et finalement d'une résignation.
Mais l'idée de L'An 01 est déjà en germe.
Note ajoutée le 15 janvier 2020 : la page de Gébé est publiée dans le n°6 de Charlie Hebdo (lundi 11 février 1971).
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vendredi, 22 novembre 2019
LES ANNÉES REISER
Pour mettre un terme à ce modeste hommage à un grand dessinateur de presse, voici les couvertures des neuf volumes publiés par Albin Michel et présentés par l'irréprochable D.D.T. (Delfeil de Ton).









Inutile, sans doute, en ces temps de "société de vigilance", de recommander aux gens avertis la lecture de ces volumes. Mais peut-être pas si inutile que ça en fin de compte : à chaque page, Reiser, en maître des lieux rigolard et terriblement acéré, donne à tous les policiers de la pensée (une espèce qui prolifère) et à tous les gendarmes de l'expression (un genre de plus en plus invasif) une formidable leçon de
LIBERTÉ.
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jeudi, 21 novembre 2019
REISER VU PAR GOTLIB
Jean Frapat, un illustre inconnu aujourd'hui, eut l'excellente idée, au tout début des années 1970, de produire une émission de télévision absolument marrante et originale, « qui n'eut jamais d'exemple et n'aura pas d'imitateur » (Rousseau, début des Confessions) : ça s'appelait "Tac au tac".
L'idée était de réunir un quadrille de "dessinateurs humoristes" et de les faire agir, réagir et interagir en direct sur les idées graphiques de l'un ou de l'autre. Le résultat devait être un dessin collectif, création hautement improbable née des "pièges" successifs tendus par les uns et des "solutions" consécutives inventées par les autres pour en sortir.
J'avais donné ici, le 6 janvier 2014, une idée de ce que ça pouvait donner en matière d'allégresse graphique chez des dessinateurs à l'invention débridée. Les invités s'appelaient – excusez du peu – Roba, Peyo, Franquin et Morris : devant la planche à dessin, vous aviez Boule et Bill, les Schtroumps, Spirou-Fantasio-Gaston et Lucky Luke !!!! Ce jour-là, le résultat dépassait toutes les espérances. Ci-dessous le dessin final.

Juste pour donner une idée : le point de départ est un fer à cheval. Bon courage à ceux qui entreprendraient de s'y retrouver dans l'enchevêtrement, et de reconstituer, avec la succession des "pièges" et des "solutions", le cheminement des quatre mousquetaires du dessin (Roba, Peyo, Franquin, Morris). J'aurais voulu voir (et entendre) l'ambiance qui régnait sur le plateau. On trouve ce dessin dans le bouquin (très mal fabriqué et siglé ORTF) que Frapat a tiré de toutes ses émissions (Balland, 1973).

Gotlib a un jour voulu rendre hommage à Reiser (La Rubrique-à-brac, l'intégrale, Dargaud, 2002, pp.316-317 et "Tome 4", Dargaud, 1973). Histoire de se marrer un bon coup, il place cet anarchiste du dessin dans la situation (trop "civilisée" pour lui) de l'émission de Jean Frapat.
Mais le fripon fait semblant d'inviter, pour lui tenir compagnie (et la dragée haute), trois collègues alors très peu connus pour être d'éminents "dessinateurs humoristes" : Pablo Picasso, Bernard Buffet et Salvador Dali.
Pour aller vite : Picasso, l'Attila du vingtième siècle qui a dévoré tous les styles croisés sur sa route. Buffet, l'esthète qui surligne à la règle tous les contours de ses figures. Dali, perfectionniste de la forme, vite devenu (1935) le marchand de lui-même.

Je ne résumerai pas la double page : les trois grands sont finalement présentés comme ce qu'ils sont : des copains dans la cour de récréation qui finissent par se foutre sur la gueule, après avoir méthodiquement élaboré dans la joie apparente leur "cadavre exquis" (jeu surréaliste : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau »).
Seul, au-dessus de cette mêlée misérable, Reiser, impassible, attend son heure, se lève enfin, se précipite sur la table à dessin, y crache son art d'un trait et s'en retourne. Tout est dit.

Noter l'échange de regards pleins d'aménité entre Dali et Reiser. Noter aussi la présence d'une bouteille "non identifiée", de trois verres pleins avec des glaçons et de plusieurs petites fioles dont on se demande un peu ...

En attendant le moment d'intervenir, le distingué Reiser s'introduit l'auriculaire dans la narine pour un petit curage.

Il se lève.

Il dessine.

Il regagne sa place sans se préoccuper du reste.

Le "dessin" final.
Tout le monde a compris le message.


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mercredi, 20 novembre 2019
REISER ET LES GRANDS SUJETS
LE CHÔMAGE

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LE DEFICIT DE LA SECU

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LE RACISME

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LES BÉBÉS PHOQUES

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LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

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LA PORNOGRAPHIE

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LE FÉMINISME

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LA POLITIQUE

On dirait Sarkozy, non ? Non : c'était en 1974.
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LA RELIGION

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LES CHAMBRES A GAZ

ETC.
ETC.
ETC.
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Reiser est mort en 1983, à l'âge de quarante-deux ans.
Ça, c'était un vrai dessinateur de presse, et pas un vulgaire Plantu.
Reiser est impossible aujourd'hui : à combien de procès intentés par toutes sortes de chiens de garde aurait-il à faire face ?
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mardi, 19 novembre 2019
REISER : VARIATIONS SUR UN THÈME
Pas besoin de commentaires.
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Dans "Les Années Reiser", 1975.
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Couverture du 2 décembre 1976.
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Dessin de couverture Charlie Hebdo, 5 février 1976.
Le titre : "Viol : sachez vous défendre !"
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Dans "Les Années Reiser", 1976 (éditions Albin Michel, 1996, merci Delfeil de Ton).
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Dans "Les Années Reiser", 1977.
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Idem.
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Dans "Les Années Reiser", 1978.
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Idem.
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Dans "Les Années Reiser", 1980.
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Dans "Les Années Reiser", 1981.
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Note : Les Années Reiser (1974 à 1982-83), collection de neuf volumes regroupant les "dessins d'actualité" de Jean-Marc Reiser, ont été publiées aux éditions Albin Michel de 1994 à 2001. Chaque volume est présenté par l'impeccable Delfeil De Ton (D.D.T). En dehors d'être l'homme qui a giflé Cabu lors des magouilles du deuxième Charlie Hebdo (voir Mohicans, de Denis Robert, Julliard, 2015, et mon billet du 26 janvier 2016), D.D.T. a écrit Ma Véritable histoire d'Hara Kiri Hebdo (Les Cahiers dessinés, 2016) : chouette bouquin.
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samedi, 09 novembre 2019
CABU : L'ART DU TRAIT
Ambiance au café "La Belle vie" à Portsall (Finistère), au temps de l'Amoco Cadiz.



Les chauffeurs de camions citernes chargés d'évacuer le pétrole ramassé ont trois heures pour se cirer la gueule.

Un petit tour à Authon (Loir-et-Cher) où vit une population sous l'ombre tutélaire et protectrice d'un châtelain à l'ancienne qui a nom Valéry Giscard d'Estaing.
Le maire.

Le garde-chasse du châtelain.

Une très belle grenouille venue à un meeting de Chirac.

Un employé de la Manufacture d'armes de guerre (le grand dada de Cabu) à Saint-Etienne.

Un habitant de Saint-Martin-sur-Oreuse, commune où un autre habitant du nom de Georges Marchais avait défrayé la chronique.
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vendredi, 08 novembre 2019
CABU : L'ART DE CROQUER
Le trait de Cabu.
Ici, rien que des "anonymes" qui mériteraient de ne pas l'être, tirés de ses
« reportages dans la France profonde », publiés dans Charlie Hebdo.











Alors là, le para ? Ou bien le punk ?
Que ce soient des trognes, des trombines, des bouilles ou des bobines, l'art du trait de Cabu fait mouche à tous les coups.
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jeudi, 07 novembre 2019
QUELQUES DESSINS DE CABU
Qu'on me dise quel dessinateur arrive à la cheville de Cabu.

Regardez ce trait, rapide, sans repentir. Et tout est là, typé, concret : Cabu photographe.
("Une visite en famille au camp du Struthof, en Alsace".)

Là, on est à Flamanville : Cabu portraitiste.

Cabu paysagiste. Une grue est tombée, quatre morts : Cabu indique l'emplacement des traces de leur sang.

Encore des trognes : ici des Corses. Le gars en face a mal compris le nom de la revue. Visiblement, ça fait bien marrer Cabu.

Pédagogie-éclair sur la formation des prix au détail.

La marchande de souvenirs de la Vierge chasse du temple le marchand de tapis.

Histoire sans paroles.
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dimanche, 03 novembre 2019
L'ART DE CABU
J'ai donc rouvert mes vieux numéros de La Gueule ouverte.
Enchanté d'une part de ces retrouvailles avec de vieux compagnons de route qui ont eu le tort de dénoncer le crime écologique quelques dizaines d'années avant que les corps sociaux et politiques (on attend les corps économiques) acceptent d'inscrire dans leurs agendas la simple notion d'urgence écologique.
Désolé d'autre part au spectacle de l'incroyable méli-mélo de pensées, de tendances, de courants, qui ont commencé à envahir la revue de Pierre Fournier après la mort de ce dernier juste avant le n°5, pour donner de l'audience à leur voix, jusqu'à faire de la revue une cacophonie de plus en plus inaudible.
Pierre Fournier était peut-être un rêveur, mais c'était d'abord un type sérieux, qui ne faisait pas appel à des plaisantins (Philippe Lebreton, alias Professeur Mollo-Mollo, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, ...). Lui parti, ça n'a pas tardé à devenir n'importe quoi. Je dirai pourquoi à mon avis, la gauche d'aujourd'hui est dans les choux pour très longtemps.


D'accord, Cabu appuie sur l'antithèse (lavoir à l'ancienne, et avec des lavandières (mon œil ! ça doit être un souvenir) contre les immeubles en béton et verre), mais dites-moi qu'il a tort. Bon, il ne faut pas oublier la règle d'or de Le Corbusier ("les trois fonctions") et on pourrait lui reprocher des solutions de facilité, mais sa "rue de la Marne", ci-dessus à gauche, avec son alignement interminable de banques, je ne trouve pas ça très seyant.

Noter la dame du premier (et le langage tenu par l'édile).
Ce n'est pas une histoire de nostalgie, du genre « Sauvons nos lavoirs qui ne servent plus à personne ». Ce n'est pas une question d'image : il s'agit de lieux de vie. La question qu'il faut se poser, c'est : « Mais qu'est que vous mettez à la place ? » Moi qui suis heureux d'habiter la Croix-Rousse, je suis effaré par ce qu'on voit du train quand on approche de Paris (disons à partir de Maisons-Alfort) : peut-on sincèrement éprouver du plaisir du plaisir à habiter là ? Bon, je me fais peut-être des idées.

Regardez ce fignolé, ce cousu-main. Et ce type n'a jamais tâté de la pointe-sèche ? Du burin ? De l'eau-forte ? Et il n'a jamais eu envie de sortir du dessin de presse ? J'ai du mal à le croire. Bilal et Druillet sont bien sortis, eux, de la bande dessinée pour aller vers l'art artistique ....

Commentaire de Cabu faisant parler le maire (ou un responsable) : « L'héritage culturel de notre cité sera préservé, et même il sera mis en valeur. Je m'y emploie : par exemple, j'ai entrepris des fouilles archéologiques dans mon jardin ... je n'ai rien trouvé, alors j'en ai fait une piscine ».
Dites, vous n'avez pas l'impression d'avoir déjà entendu ça (le gag en moins) un certain nombre de fois ? Je ne parle pas ici des mots, mais du langage tenu par ceux qui sont "aux affaires", quand ils en arrivent à des « décisions qu'ils ne prennent pas de gaieté de cœur ». J'ai l'impression d'entendre Gérard Collomb, maire de Lyon, justifier dans ce langage fait pour apitoyer, la vente de l'Hôtel-Dieu de Lyon à des grands groupes.
Vous les entendez ? « Cette décision me déchire le cœur, mais il est de mon devoir de la prendre. » C'est le raisonnement "TINA" cher à Madame Thatcher : « There Is No Alternative ».
Jésus avait chassé les marchands du temps (Jean 2, 13-16 ; Matthieu 21, 12-13). Gérard Collomb a vendu le temple aux marchands. C'est juste un constat.
Certains oracles nous prédisent pour bientôt la société égalitaire ? Si c'est vrai, alors, comme on dit à Lyon, « ON Y VA TOUT DROIT COMME DES BUGNES ». Et pour montrer à quoi ressemble ce "TOUT DROIT"-là, voici une vraie bugne de chez nous comme les faisait ma grand-mère.

Avec les réserves dont je dispose, je pourrais continuer longtemps à tresser et tresser des couronnes à Cabu, dont le prodigieux art graphique me tient compagnie depuis le lycée (qui n'était pas encore mixte, son grand Duduche, lui, avait la fille du proviseur, moi j'avais la fille du concierge, qu'on voyait tous les midis à la sortie à côté de son gros père en blouse grise nous regarder défiler). Mais il y a bien d'autres sujets intéressants autour de nous. Alors .........à bientôt, Cabu.
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samedi, 02 novembre 2019
L'ART DE CABU
En rouvrant les vieux numéros de La Gueule ouverte, cette revue sensationnelle inventée par un mec, foutraque sur les bords et un peu dément au milieu, je me suis bien entendu extasié (le mot n'est pas trop fort) sur les pages des trois Grands Maîtres issus de la bande d'Hara Kiri, Charlie et autres aventures pas tristes (si, quand même). C'étaient Gébé, Reiser et Cabu. Wolinski aussi a donné des dessins à La G.O., mais toujours du "vite fait sur le gaz", jamais de page complète. Ce n'est pas pour ça que c'est moins bien : simplement, ce n'est pas le même travail. Oui, c'est vrai, il y avait aussi Willem.
Gébé, Reiser et Cabu intervenaient là pour aider un copain qui démarrait un truc absolument nouveau. Je dis "Grands Maîtres" et je le maintiens : ils n'ont pas été remplacés. L'époque ne le mérite peut-être pas. Pourtant ce ne sont pas les raisons qui manquent : ce sont les talents. Libé a beau avoir dégotté Mathieu Sapin, il s'en faut de beaucoup pour que le compte y soit. Et je jette un œil apitoyé sur ce qu'est devenu Charlie Hebdo.
Gébé, dans la forme et la narration plutôt cérébrales qui lui appartenaient, tâchait de vous prendre la main pour vous emmener par des moyens compliqués ("subtils", "détournés" si vous voulez) à partager le regard extrêmement pessimiste (je dirais même "tragique") qu'il portait sur le monde et les insectes qui s'y démènent. Attention, je ne fais pas de Gébé une "intello" : il nous mettait sous le nez, dans ses dessins tellement tactiles, charnels et d'une liberté intense, les terribles significations des vies que le système nous fait mener à sa guise. Un incorrigible utopiste par ailleurs. Mais Gébé mériterait largement un billet à lui tout seul (j'ai largement de quoi).
Reiser, lui, dans un style résolument populo, volontiers vulgaire, voire grossier, vous racontait la main sur l'épaule et l'autre tenant le verre, plein de blagues crados à la fin desquelles vous aviez le plan d'un bel accumulateur de chaleur solaire presque gratuit. Bon, d'accord, les fûts remplis d'eau et peints en noir, ça a tendance à jurer avec votre intérieur Louis XV, mais vous vous consolez en vous disant qu'à Versailles en hiver, tout le monde pétait de froid.
Les pages de Cabu, elles, étaient comme un condensé de reportage. Je ne sais pas comment il procédait concrètement, mais j'en vois deux façons : la première, assez classique et linéaire, raconte les choses en image et dans l'ordre, organisées en bandes horizontales séparées par un trait plus ou moins épais et droit ; la seconde, la plus personnelle, consistait à accumuler les croquis comme des instantanés photographiques qu'il casait ensuite sur sa page en fonction de l'inspiration. Au lecteur de se démerder, devait-il se dire.
J'imagine que le commentaire (la "légende") venait ensuite, au fur et à mesure et simultanément (essayez, pour voir) : son trait est déjà un commentaire. Le résultat ? Une synthèse saisissante d'une situation, avec tous les acteurs en présence, avec tous les conflits entre les intérêts des uns et des autres, et tout ça en frappant fort sa cible en plein dans le mille. Cabu percute.
S'il avait été musicien de jazz, il aurait tenu la batterie ou même la grosse caisse. Dans l'armée (!!!!!!!!!!!!!!!!!! mais je trouve l'idée marrante quand même) il aurait été tireur d'élite. Je n'apprendrai à personne que Cabu, dès le départ, avait choisi son camp, et qu'il se permettait avec une parfaite bonne conscience (et parfois avec une mauvaise foi absolue et réjouissante) de taper sur l'adversaire, qu'il soit militaire ("adjudant Kronenbourg"), "beauf", banquier, politicien, bétonneur, etc.
Je me propose ici de parcourir, sur deux ou trois jours, quelques-unes des pages qu'il avait données à La Gueule ouverte. D'abord en planche entière, pour donner une idée du travail de mise en page, mais scindée en deux à cause du format ; ensuite en regardant à la loupe quelques détails particulièrement savoureux, ou significatifs, ou forts, ou même tout simplement beaux, pourquoi pas ? Je ne sais pas du tout si ces pages ont paru en albums : j'imagine que les éditeurs n'ont pas fini de creuser le filon.
En l'absence de n°1, et après le n°13 (voir hier), je continue avec le n°2 (novembre 1972), qui inaugure semble-t-il (le commentaire commence par "Je vais vous raconter ...") la rubrique MUT-MUT, consacrée à la folie de modernisation (comprendre "bétonnisation") à tout prix qui a saisi Jean Degraeve, le maire de Chalons-sur-Marne, ville natale de Cabu, qui évoque par exemple la bêtise fondamentale de l'idée de "La Pénétrante".
Ce maire n'était pas le seul à avoir été halluciné par un voyage à Los Angeles. "Nous au village [Lyon] aussi l'on a" des bétonneurs en chef : après son Los Angeles à lui, Louis Pradel s'est empressé de poser sur l'extraordinaire espace du Cours de Verdun (un potentiel de Central Park à l'échelle de Lyon) une citadelle de béton (Pradel se vantait de vouer un culte au béton) à l'intérieur de laquelle TOUT devait passer : l'autoroute (et son corollaire le tunnel infernal), les voitures, les camions, les piétons, les transports publics urbains, aujourd'hui le tram (les trains, c'était déjà fait). Une muraille de Chine entre le nord et le sud de la presqu'île. Revenons à Chalons-sur-Marne et à Cabu.

Cette mise en page irrégulière et bourrée jusqu'à la gueule, c'est une invitation à la balade, à la flânerie.

Un titre qui n'a l'air de rien.

Une entrée en matière qui n'engage à rien.

Tout le monde a l'air d'être d'accord pour dire que la ville est en pleine mutation, non ? Jean Degraeve (le maire) est le plus à gauche, mais c'est uniquement dû à la mise en page (en fait il est élu UDR, les gaullistes de l'époque).
Et puis l'art de Cabu vous saute à la figure : un dessin superbe, une réalité atroce, ça vaut largement le choc des photos. Cabu avait un don, capable de faire d'un croquis une gravure de collection. Malheureusement, le petit format joue ici le rôle de tue-l'amour.

Dans la rue, avant la destruction, on passait devant (en partant de la gauche) le Café des Oiseaux, le Grand Bazar de la Marne, Mon Restaurant, le Garage Gauthier, et puis, tout à droite, le théâtre, dont la municipalité a soi-disant (dixit Cabu) fait numéroter chaque pierre de la façade pour la reconstruire ailleurs (tiens, oui, au fait, où ça en est, cette affaire ?).
Moralité : l'écologie humaine est d'abord faite d'architecture et d'urbanisme. L'écologie, c'est comme la mélodie dans la musique : c'est le visage de quelqu'un.
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jeudi, 31 octobre 2019
L'ART DE CABU

Cabu par lui-même. Dessin publié par Le Canard enchaîné le 14 janvier 2015. Janvier 2015, ça vous dit quelque chose ?
***
QU'UNE CHOSE SOIT D'ABORD BIEN ENTENDUE :
POUR MOI, en plus d'être un reporter accompli, CABU EST UN ARTISTE !
Me replongeant dans ma collection des premiers numéros de La Gueule ouverte, je suis (re)tombé sur la série que Cabu avait publiée dans les sept ou huit premiers numéros. J'ai veillé comme une vestale sur cette relique d'un temps où l'on pouvait encore espérer que les hauts responsables politiques et économiques avaient assez de bon sens pour arrêter le massacre. On est fondé à se dire aujourd'hui qu'il était alors encore temps d'agir. C'étaient les temps héroïques si vous voulez, bien que je n'aie jamais aperçu à l'époque la moindre silhouette de l'ombre d'un héros.
Il me reste 23 numéros sur les 24 alors achetés, dont deux fois le n°13 avec une femme à poil en couverture : on me dira ce qu'on voudra, mais j'avais déjà trouvé l'image d'un goût très douteux, et aggravé par les légendes qui se voudraient "clin d’œil". J'ai acheté plusieurs fois le n°1 : je ne sais pourquoi il a persisté dans l'absence. C'est dommage : c'était un saisissant profil de bébé au trait par Maître Pierre Fournier (mort avant la parution du n°5) en personne, qui savait diablement dessiner.
On ne peut pas "stricto sensu" prétendre que la Gueule ouverte était une revue de BD, certes non. Seulement il se trouve que trois grands maîtres donnaient à Fournier une page entière, parfois deux, dans ce qui était alors un mensuel. J'ai nommé Gébé, Jean-Marc Reiser et Cabu.
Les pages de Gébé étaient, disons, les plus ... cérébrales. Celles de Reiser décrivaient au lecteur, en long et en large, les bienfaits de l'énergie solaire ainsi que quelques idées toutes bêtes et toutes simples pour la mettre en œuvre dans sa propre maison. En plus et comme d'habitude, Reiser poussait le plus loin possible le bouchon de la drôlerie
Cabu avait intitulé sa série "Mut-Mut" : il croquait avec précision et percussion les mutations de Chalons-sur-Marne sous les coups du bétonneur, modernisateur (en réalité : le destructeur) Jean Degraeve, maire de la ville. Bon, ça n'avait pas grand-chose d'original : nous, à Lyon, nous avions Louis Pradel, et la taille de la ville lui donnait des moyens de destruction bien supérieurs. J'ai publié ici deux billets rendant compte du reportage assez pointu que Cabu avait consacré à notre belle ville dans La France des beaufs (2 et 3 mars 2016).
Ci-dessous, les "dégâts" de la "modernisation" à la Jean Degraeve sur la gare de Chalons (La Gueule ouverte, n°13, nov.1973).

Il y a même, tout en haut, un cavalier qui fait du jumping sur le passage à niveau.
Le voilà, l'art de Cabu. D'un certain côté, ça me fait penser à Dubout : un dessin de dimension humaine, mais avec toutes sortes d'exemplaires de l'humanité vaillante, vacillante, variante et débordante. En un mot : ça grouille de vies. Survoler un pareil dessin, c'est n'avoir rien compris et gâcher la marchandise. Je regrette que le format du blog ne permette pas de rendre à Cabu la justice qui lui est due.
Les quatre petits bouts d'image grossies (disons quatre saynètes) qu'on voit ci-dessous viennent tous du bord haut gauche du dessin. Il aurait fallu donner le même coup de projecteur sur chaque partie : le "pal" installé dans la salle d'attente pour dissuader les voyageurs, la fille du chef de gare donnant son corps à un militaire dans l'espoir de faire classer la ligne comme "stratégique", l'employé SNCF qui a transformé le ballast entre les rails en jardin potager, le député du coin posant l'oreille sur un rail dans l'espoir de communiquer avec le directeur de la SNCF, etc..
Il faut avoir de meilleurs yeux ici que dans le format original : La Gueule ouverte avait, aux origines, un format invraisemblable, incompatible avec le format A4, impossible donc à reproduire de façon confortable. Oui, je sais que Charlie Hebdo, c'est pareil : on doit couper pour partager, et c'est un crime de couper. Décidément, l'équipe (Hara Kiri, Charlie et compagnie) n'était pas aux normes.
Dans l'ensemble du dessin, je compte plus de vingt de ces saynètes, plus ou moins marrantes ou scandaleuses, plus ou moins déchirantes ou poilantes, plus ou moins politiques aussi. Cabu bourre son dessin de la foule de ces petits croquis qu'il avait l'art d'exécuter « de chic » (comme on ne dit plus). Cela fait, si je compte bien, plus de vingt véritables trouvailles, je dirais "vingt regards" si l'expression n'était pas déjà prise par un grand maître de la musique du vingtième siècle (Messiaen, évidemment).




Mais Cabu, avec toute la tendresse naturelle qui est la sienne, peut être, quand il s'y met, d'une férocité et d'une violence sans limite, comme le montre l'insecte humain dessiné ci-dessous, paru dans le n°23 de La Gueule ouverte en septembre 1974, inspiré par les propos entendus dans une conférence "mondiale" sur la surpopulation, tenue à Bucarest. Suivent quelques images piquées dans les mêmes circonstances.

Pour la férocité, Cabu n'a rien à envier à Reiser.



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samedi, 05 octobre 2019
LE GÉNIE DE CABU
Cabu est mort en 2015, en pleine possession de ses facultés.

Cabu, immortalisé par son fils Mano.
Chirac est mort en 2019, et certains susurrent qu'il était gaga. Cela n'empêche pas que tout le monde y est allé de sa larme et de son anecdote personnelle sur le cercueil de celui qui est désormais désigné par les sondages comme étant le meilleur président qu'ait eu la V° République (énormité proférée par le gloubiboulga qu'on appelle "opinion publique"). Tous ces refrains ne font que reprendre la musique dont Georges Brassens avait enrobé ces paroles définitives :
« Il est toujours joli, le temps passé,
Une fois qu'ils ont cassé leur pi-ipe,
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensé,
Les morts sont tous des braves ty-ypes ».
On a moins entendu rappeler le slogan que portaient les banderoles dans les rues de France après le 21 avril 2002 : « Plutôt l'escroc que le facho ». Les électeurs ne voulaient certes pas de Jean-Marie Le Pen, mais ils ne se faisaient aucune illusion sur les qualités morales intrinsèques de l'homme qui lui était opposé. Résultat : 82% ! Tous les bons vivants auraient aimé se retrouver à table avec Chirac, et tout le monde se souvient de sa poignée de main, généreuse et franche, quelles que fussent les circonstances.
Tout le monde (ou presque) a oublié le reste. Est-ce que c'était Chirac, l'histoire de la chasse d'eau qu'on tirait chaque fois qu'on ouvrait le coffre-fort pour en sortir des billets de banque ? Je ne sais plus, mais on pourrait aussi parler du château de Bity et de sa restauration complète, qui n'avait pas coûté trop cher au couple Chirac.

Tiens, à propos de poignée de main (et le regard lourd de sous-entendus que Cabu a fait à la vache !).
Heureusement, tout le monde n'a pas la mémoire sélective, et Le Canard enchaîné ne s'est pas fait faute, le mercredi 2 octobre, de rappeler quelques épisodes qui ont accompagné les quarante ans de "vie politique" de ce "dernier grand fauve", comme certains anciens adversaires ont consenti à le qualifier devant les micros, pour mieux disqualifier la profession de politicien. Et pour rendre cet "hommage", le Canard a donné avec raison la place d'honneur à Cabu. Tous les dessins (sauf un) de la page 4 sont signés Cabu. Heureusement qu'il y a le Canard pour se souvenir de Cabu et de toutes les faces cachées de Chirac, que le dessinateur adorait croquer et mettre au premier plan.
Cabu est mort il y aura bientôt cinq ans. Il n'a pas été remplacé. Nul n'a hérité son trait virtuose qui savait saisir un geste, dessiner un visage, synthétiser une situation, ni son regard souvent féroce, qui atteignait la cible au cœur. Quelques-uns seulement savent, comme lui, faire rire au sujet de réalités (à commencer par les fripouilleries impunies) plutôt faites pour susciter la rage.

Inutile de faire l'éloge de Cabu : je ne me console pas de sa perte. Quelques dessinateurs s'efforcent de lui emboîter le pas et de porter la plume dans la plaie. La plupart collaborent précisément au Canard enchaîné : Pétillon, Aurel, Lefred-Thouron, Dutreix, Diego Aranega, l'indétrônable Escaro, Delambre, Wozniak, Kerleroux, Kiro, plusieurs autres. Dutreix, après l'attentat, avait donné un dessin extraordinaire (Cabu est le plus chevelu de l'équipe).

Le Canard enchaîné est le dernier refuge du dessin de presse et de la satire (le New York Times vient de les bannir de ses pages, à cause de la "political correctness"). Je compte pour pas grand-chose le pauvre dessin de une que Plantu livre laborieusement au journal Le Monde : il est tellement tenu par la "ligne éditoriale" que ses dents (s'il en a) sont limées à ras. Qui pourrait dire quelle "ligne éditoriale" Cabu avait décidé de suivre, en dehors de la sienne propre ?

Quant à Charlie Hebdo, je ne l'achète plus depuis très longtemps, déserté qu'il est par les dessinateurs de talent, je veux dire envahi qu'il est par des tâcherons qui ne savent plus faire rire et qui ne connaissent plus que le coup de poing graphique, la brutalité dessinée, la force hargneuse. Cabu, lui, frappait fort, mais ajoutait une règle impérative à l'exigence de percussion : faire rire. La plupart du temps, au kiosque, le mercredi, je jette un regard désolé sur la couverture de Charlie-Hebdo, et je passe mon chemin : trop laide. Des talents y sont-ils maintenant revenus ? Peut-être devrais-je l'ouvrir de temps en temps, qui sait ?
Le Canard enchaîné, par bonheur, entretient la flamme du souvenir de son soldat bien connu, Cabu, en couronnant ses pages intérieures d'une drôle de guirlande : son trombinoscope politique (j'ai compté 41 bobines : il y a des redites). Car Cabu a passé de très longues années à portraiturer la classe politique française, sans lui faire aucun cadeau : il n'y a qu'à puiser et, mis à part quelques éphémères feux de paille politiques trop vite passés à la trappe pour laisser le souvenir de leur trombine, on reconnaît au premier coup d’œil les pipes de tir forain que Cabu ajustait sous sa plume. Je ne remercierai jamais assez Le Canard enchaîné de cette fidélité à un de ses piliers, tragiquement effondré.
Chirac était indéniablement un de ses favoris, mais il y en avait d'autres, immédiatement reconnaissables, et dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre. J'adore le sournois sinusoïdal de son curé faux-jeton, qu'il n'y a pas besoin de nommer. C'est mon préféré : combien de traits pour faire éclater la tartuferie de l'individu (vous savez : « La route est droite, mais la pente est forte ») ?

Et tout le monde connaît cet objet de vindicte qu'il avait en horreur.

Mais on trouve, bien des années avant la mort de Chirac, qui n'était alors que maire de Paris et député, des images très différentes du bonhomme, qui n'était pas encore le vieillard débonnaire et consensuel (« usé, fatigué », disait Jospin en 2002, il avait raison) que les Français élisent désormais par sondage (dessin paru dans La France des beaufs, Editions du Square, 1979).

Quarante ans avant, on le reconnaît déjà infailliblement, mais comme spécialiste de l'aboiement et du coup de menton, qu'il n'avait pas encore quadruple, et avec de grandes canines pour la conquête du pouvoir qui lui manquait. Élu président de la République, il a eu douze ans pour digérer sa satisfaction satisfaite.
Cabu l'a suivi attentivement.
Merde à Chirac ! Merci au Canard enchaîné ! Gloire à Cabu !
Voilà ce que je dis, moi.
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jeudi, 05 septembre 2019
VIOLENCES FAITES AUX FEMMES


Luca le mafieux un peu caricatural, parrain de rang "honorable", fait la leçon à Luciano son petit frère, à qui il reproche de ne pas "savoir s'y prendre" avec Valérie. On appréciera la restriction « sous mon toit ». Restriction que le dit Luca enfreint allègrement un peu plus tard, d'ailleurs (à son grand dam ! car la dame a de la ressource).
Vignettes extraites de La Veuve blanche, une histoire de couleur bien noire de Paul Gillon, Dupuis, 2002, coll. Aire libre.
***
BD mise à part, à quel degré de misère morale ou sociale faut-il que le mec soit descendu pour en venir à frapper une femme ? Quelles humiliations a-t-il subies au-dehors ? Qu'est-ce qui lui a donné un tel sentiment de sa propre dévalorisation (dévirilisation) qu'il s'abaisse à donner des coups à la femme qui vit avec lui, jusqu'à, éventuellement, ce que mort s'en suive ?
J'ai ma petite idée sur la question. Je développerai peut-être un de ces jours, bien qu'il ne fasse pas bon, par les temps qui courent, de formuler certaines évidences.
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mercredi, 01 mai 2019
PREMIER MAI ...
... JOUR DU BONHEUR DE GASTON LAGAFFE.
Le travail, Gaston aime lui faire sa fête le plus souvent possible.

Qu'il soit dans le ventre de la documentation de Spirou (tout y est : le chat, la mouette rieuse, le transistor, la lumière, la poêle à frire. Que c'est simple, le bonheur !) ...

... ou en reportage au zoo,
pour Gaston,
c'est tous les jours premier mai !
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mardi, 30 avril 2019
GASTON
On n'en a jamais fini avec Gaston Lagaffe, et si l'on me demandait lequel de ses environ 900 gags je préfère, je serais bien embarrassé. Mais, pour finir la présente série de billets, il y en a quand même un qui continue à me ravir chaque fois que je tombe dessus, c'est celui qui porte le n°787. Deux ouvriers arrivent un jour pour changer la moquette du bureau. L'action de Gaston est nulle : il ne fait strictement rien, sauf qu'il dort à poings fermés sur sa chaise de bureau (j'allais dire : comme d'habitude).
Le malheur veut que, d'une part, la chaise soit munie de roulettes, et d'autre part, que les deux ouvriers en question se trouvent être en harmonie complète avec le caractère le plus profond de Gaston : se débrouiller pour que le réel se mette à se gondoler devant les potentialités subversives que leur esprit créatif y décèle et leur suggère aussitôt. C'est la seule présence de Gaston roupillant qui fait partir en vrille l'imagination des deux compères : ils se mettent à jouer comme des gamins. En huit vignettes, Franquin synthétise sa vision du monde : l'ordre des choses n'attend, pour devenir vivable, que d'être dérangé. Prunelle fait un diagnostic assez juste, en estimant que l'esprit de Gaston est contagieux : rien que par le fait qu'il existe – et qu'il est là – ce garçon (de bureau) est dangereux.








S'il existe une philosophie de l'existence qui s'appelle "gastonlagaffisme", cette planche l'illustre à la perfection.
Les deux poseurs de moquette apparaissent dans deux autres gags : celui, ô combien célèbre, dit "de la morue aux fraises",

et celui d'une expérience de chimie inoubliable (je ne montre pas l'explosion qui les projette sur les toits, mais on voit qu'ils sont tous les trois carbonisés et comblés de joie).



Non, je n'idolâtre ni Gaston, ni Franquin, son créateur. Ce qui m'arrive, c'est juste l'émerveillement devant le pouvoir d'un dessinateur d'éveiller l'empathie immédiate du lecteur devant la naïveté créative de Gaston.
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lundi, 29 avril 2019
SIGNÉ FRANQUIN
Franquin fait définitivement partie de mon panthéon de bédéphile de la vieille école. Après avoir révisé mes Gaston Lagaffe et célébré comme il se doit M. de Mesmaeker et le gaffophone, ces instruments du destin contrariant et contrarié de l'équipe de rédaction du journal Spirou (Fantasio, Prunelle, Moiselle Jeanne,

Voilà l'effet que fait "Monsieur Gaston" à Moiselle Jeanne (on se demande jusqu'où Franquin serait prêt à aller dans la description des relations "concrètes" entre les deux s'il dessinait dans une autre revue que "pour la jeunesse", mais voilà, Spirou oblige : il se retient, et c'est peut-être mieux ainsi), qui vient d'essayer sa nouvelle "invention" : un divan si confortable que Prunelle s'en étonne. A tort : Gaston l'a bourré de tout le "courrier en retard".
Lebrac, Bertje, etc.), je me suis penché sur un détail qui échappe normalement à l'attention du lecteur et qui est fait a priori pour passer inaperçu, à cause de sa taille réduite et de sa position hors-cadre : la signature. On voit que Franquin sait à merveille faire quelque chose de ces "hors-sujet", et que la lettre "q" du nom de l'auteur est savamment mise à contribution.
Comme les musiciens qui reviennent sur scène pour répondre à l'appel du public et lui donner encore quelque chose, Franquin a fini par faire de sa signature une aventure à part entière, qui forme comme un aparté, un petit commentaire du gag qui vient de se dérouler, presque une histoire


en soi, ce qu'on appelle une saynète. Inutile de s'attarder à faire l'éloge de ces dessins miniatures (ils sont ici agrandis) : on connaît la virtuosité de ce maître du trait.
Je précise que je me suis limité à quelques-unes des signatures figurant dans les volumes 12, 13 et 14 des aventures de Gaston. Ce mince échantillon montre à suffisance à quel degré se porte l'exubérance de l'imagination du bonhomme.





































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dimanche, 28 avril 2019
GAFFOPHONE
Curieusement, j'ai été très surpris, dans l'ensemble des aventures de Gaston Lagaffe, par le petit nombre des planches dont le thème principal est le gaffophone, ce terrible monstre antédiluvien censé produire des sons musicaux (la sensibilité auditive de Gaston a quelque chose à voir avec la voix d'Assurancetourix – « Non, tu ne chanteras pas ! » –, le célèbre barde gaulois), mais qui en réalité produit des effets comparables aux pires machines de guerre sorties d'un cerveau humain (on pense un peu (pas plus) au moment où Assurancetourix peut enfin donner toute la mesure de son "talent" face à la tribu des féroces Normands, venus là pour apprendre à voler en apprenant la peur, au motif que « la peur donne des ailes »).
J'ai dénombré une vingtaine de gags en tout et pour tout. Au fond, c'est terriblement peu quand on se réfère à la résonance stratosphérique de la trouvaille. Car cette invention qui tient d'une harpe XXL additionnée d'un gros tambour et d'un énorme tam-tam africain pour la "résonance", capable de produire des vibrations comparables à la puissance d'une éruption volcanique ou à un séisme de magnitude 10, issue du cerveau prolifique de Gaston par la médiation de celui de Franquin, son interprète, son mage, son prêtre terrestre, est capable, en plus de résister aux termites traîtreusement introduits dans l'instrument par le malveillant Lebrac, de faire retourner en une fraction de seconde le camion qui le transporte à l'état d'inventaire intégral des pièces détachées nécessaires à sa fabrication (ce que les fabricants de pistolets, revolvers et autres joyeusetés appellent un "éclaté", – noter que Gaston rejette la faute sur le choix du camion par Fantasio) ;


de remplacer au pied levé (et gratuitement) toute une équipe de spécialistes de la démolition des cheminées d'usine ;




d'opérer en un clin d’œil la démolition de la dite rédaction de Spirou (aidé en cela, pour cette fois, par les instruments de Jules-de-chez-Smith-en-face, de Bertrand Labévue et de l' "Anglais", et attention les yeux quand les lascars les auront électrifiés), sûrement pour que celle-ci soit reconstruite en plus beau ;


de perturber les manœuvres de l'aviation de chasse, voire d'en faire éclater les cockpits « ... et tous les cadrans du tableau de bord et même le verre de ma montre » ;

de faire fuir pour le compte de Greenpeace les baleines loin des horribles navires baleiniers, harponneurs de cétacés ;

de "simuler un tremblement de terre" pour empêcher une fois de plus M. de Mesmaeker de signer un contrat avec les éditions Dupuis ;

de débarrasser Gaston lui-même de l'enduit aux aiguilles de sapin dont le produit miracle qu'il avait inventé devait débarrasser l'arbre de Noël et qui l'ont "habillé" d'un revêtement pour le moins piquant ;


de chasser toutes les taupes des terres de l'ami paysan, mais aussi hélas, et par la même opération, de faire de son troupeau de vaches une nouvelle espèce migratrice ;


de terroriser l'agent Longtarin lors d'un transport nocturne et pédestre ;

et de briser la carrière et d'envoyer clochardiser sous les ponts le malheureux Fantasio, le jour où l'idée saugrenue et irréfléchie lui prend de couper une à une les cordes du gaffophone, jusqu'à ce que la grosse branche dont il est fait (et que Gaston a eu le plus grand mal à plier) se détende pour écraser brutalement le magnifique service de Limoges de 118 pièces que M. Dupuis a eu la très mauvaise idée de faire entreposer à proximité immédiate.



Je ne connais aucun autre cas, dans toute la bande dessinée que je connais, d'une trouvaille aussi formidable qui, en un nombre aussi réduit de mises en scène, parvient à produire un effet aussi démesuré. C'est sûr, l'imagination débordante et proliférante de Gaston doit tout à celle de son créateur, mais aussi à son trait virtuose, dont l'expressivité magistrale réussit à donner vie, force et crédibilité à tout ce qu'il dessine. On constate ci-dessous que Franquin va jusqu'à concevoir son gaffophone comme un écosystème à part entière, où la vie animale et végétale s'affirme avec énergie : une nature à lui tout seul.

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vendredi, 26 avril 2019
ROUGE DE RAGE
HONNEUR A FRANQUIN.
Parmi les personnages qui gravitent autour de Gaston Lagaffe, en dehors du personnel des éditions Dupuis (Fantasio puis Prunelle, Lebrac, Moiselle Jeanne, Bertje, etc.), on connaît bien l'agent Longtarin, Jules-de-chez-Smith-en-face, et quelques autres, mais il y en a un qui occupe une place secondaire de premier plan : c'est M. de Mesmaeker. Hormis le fait que le monsieur a vraiment existé, il est intéressant de savoir que M. de Mesmaeker a trois métiers : passer des contrats avec la rédaction de Spirou, rater tous ses contrats avec la rédaction de Spirou, son troisième métier étant d'arriver avec la figure toute rouge de colère à la dernière vignette de chaque planche. D'après mon décompte, De Mesmaeker apparaît au gag n°109 et disparaît au n°888 : une belle carrière !
Pour empêcher que soient signés les éternels contrats entre De Mesmaeker et les éditions Dupuis, tous les moyens, toutes les inventions (parmi lesquelles le gaffophone occupe une place éminente) et tous les êtres (même la petite souris, qui est la seule à lui "faire de grand sourires") qui tiennent compagnie à Gaston sont bons : le chariot roulant suspendu qui court en silence dans les couloirs au risque de ceux qui y circulent ; le chat irascible aux griffes redoutables qui n'aime pas être dérangé ; la mouette au bec acéré qui inflige son humeur "massacrante" aux crânes non casqués ; l'imagination créatrice sans bornes de Gaston, prêt à noyer la rédaction de Spirou pour sauver son poisson rouge Bubulle parce que son bocal s'est cassé ou à pousser la chaudière à fond pour prouver qu'on peut faire rôtir des toasts dans les radiateurs ; la malchance des coïncidences les plus malheureuses, etc. (la liste n'est pas limitative).
On n'a pas idée de l'infinité des obstacles que Gaston, par son seul pouvoir de destruction pacifique, parvient à lui tout seul à dresser entre l'homme d'affaires et l'entreprise qui l'emploie – où d'ailleurs nul ne sait à quoi ce garçon peut bien servir, à part ne pas trier le courrier en retard, ne pas mettre de l'ordre dans la documentation, et trouver tous les moyens de ne pas en faire une rame pendant les heures de bureau, pendant que de son cerveau fertile ne cessent de jaillir des inventions prodigieuses destinées à ne servir à rien ; des appareils géniaux et catastrophiques ; des améliorations "techniques" (photocopieuse dont sortent des avions en papier) ; des instruments de musique dévastateurs ; des expériences de chimie explosive (sans "s" : avec Gaston, la chimie est explosive) ; des recettes culinaires plus improbables les unes que les autres (ah, sa "morue aux fraises" !) et des stratagèmes pour écouter le match de l'après-midi à la radio (ah, ce tir au but de Khudjad, et de 20 mètres !). Parmi la centaine d'apparitions de De Mesmaeker, j'ai retenu vingt-trois "chutes" (parfois si bien nommées). Les voici.























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lundi, 22 avril 2019
JAMAIS DEUX SANS TROIS
J'avais, ça commence à faire du temps (15 novembre 2012), remarqué une source d'inspiration possible de Hergé pour un épisode du Temple du soleil, où le capitaine Haddock, lancé à la poursuite des Indiens, fait une terrible chute dans une pente des Andes, qui le transforme assez vite en énorme boule de neige venant par bonheur (!) se fracasser sur un rocher, pendant que les quatre Indiens, eux-mêmes sphériquement enneigés, sont expédiés dans le précipice (il y a en effet quelques morts dans les aventures de Tintin, cf. On a Marché sur la lune). Notez les pieds qui dépassent.

C'est en relisant Les Malices de Plick et Plock, de l'inoubliable auteur du Sapeur Camember, Georges Colomb, alias Christophe, que je m'étais dit qu'Hergé avait pu s'inspirer de son ancêtre en bande dessinée pour la page 33 du Temple (un demi-siècle sépare les deux BD). Plick et Plock, gnomes sans expérience, n'ont jamais vu la neige. Plock a donné une forte bourrade à Plick qui roule dans la pente ... : « ... et se trouve bientôt inclus dans une boule de neige qui va grossissant à mesure qu'elle descend, ainsi que le font habituellement les boules de neige ». C'est un « arbre providentiel » qui arrêtera la course de Plick, qui s'en trouve « délivré et meurtri ». Là, déjà, les pieds dépassaient.

Mais ce n'était pas tout : jamais deux sans trois, dit-on. Révisant ces jours-ci, comme je le fais régulièrement par souci d'hygiène mentale, les immarcescibles facéties, volontaires ou non, souvent (mais pas toujours) catastrophiques de Gaston Lagaffe, génial perturbateur de la vie de bureau inventé par Franquin, je suis tombé sur une planche (n° 550, au scénario de laquelle Roba, l'auteur fameux de Boule et Bill, a participé). On ne le dira jamais assez : je ne connais pas de dessinateur qui sache donner à ses intentions comiques des formes aussi fortement expressives que ce virtuose du crayon.
On retrouve ici le thème de la boule de neige : Gaston est envoyé par la direction des éditions Dupuis pour aller chercher Prunelle dans sa maison de campagne et le ramener à la rédaction. Il est, comme on peut s'y attendre, au volant de son inénarrable tacot jaune et noir (riche source d'inspiration pour Franquin, comme M. de Mesmaeker, le gaffophone, la mouette rieuse, moiselle Jeanne, Jules de chez Smith-en-face, l'agent Longtarin, le chat et tant d'autres).
Comme il a beaucoup neigé, Gaston a installé des chaînes, mais comme de bien entendu, pas n'importe quelles chaînes : « Un modèle nouveau, conçu et fabriqué par un certain Lagaffe, qui en connaît un bout en matériel roulant », déclare-t-il au méfiant Prunelle (notez le clin d’œil du mot "roulant", mais peut-être ce sens – "qui fait rire" – s'est-il aujourd'hui perdu). Arrive évidemment ce qui devait arriver : l'une des chaînes se rompt, se prend dans l'essieu arrière, bloquant brutalement la voiture. Et comme par hasard, ça se passe dans une pente. On a déjà deviné la suite. Sauf qu'ici, pas de pieds qui dépassent.

Franquin s'est-il inspiré de ses prédécesseurs ? Pas sûr, mais je dirai au moins que ça peut se discuter. La question qu'on se pose ensuite est de savoir si l'on trouve ailleurs dans la BD l'utilisation de ce thème de la boule de neige "habitée". Je n'ai pas de réponse à la question.
J'aurais pu ajouter à la série un autre gag de Gaston. On trouve en effet dans la demi-planche 791 (vol. 12, Le Gang des gaffeurs) une autre évocation de boule de neige, mais je ne l'ai pas jugée digne d'entrer dans la série. A tort ou à raison, je trouve le gag plus faible : ça se passe un jour de neige en ville. Gaston, qui a inventé le "jokari-avec-super-balle" (on se souvient des dégâts que la super-balle peut commettre par temps sec, planche 591, vol.8) organise une partie dans la rue en compagnie de son pote Jules-de-chez-Smith-en-face. Gaston lance la super-balle et les deux amis la voient "rebondir sur deux façades et tourner le coin", et se demandent combien de bourgeois vont être terrorisés. Et voici de quelle façon elle leur revient dans la figure. Je ne sais pas vous, mais moi, désolé, Franquin : j'ai du mal à y croire.

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dimanche, 19 août 2018
UNE HISTOIRE DE PONT
Devinette de mauvais goût (vu l'actualité), mais je ne résiste pas (j'ai l'esprit mal tourné) :
Quelle est la différence entre une nourrice et un pont ?
Réponse :
La nourrice montre son sein, et le pont sa fesse.
Excellente plaisanterie, quoique déjà ancienne, trouvée dans le premier volume des aventures de Bernard Lermite, du dessinateur Martin Veyron (Editions du Fromage, 1979), où l'on découvrait un usage magistral de l'ellipse narrative, en même temps qu'une belle illustration de la blague ci-dessus.

Solution pour les paresseux : lire "s'affaisse".
Note ajoutée le 7 janvier 2019 : on peut avoir oublié aujourd'hui que le pont qui était alors dans l'actualité était celui de Gênes en Italie, qui s'était effondré avec les véhicules qui l'empruntaient, pour s'abattre sur les maisons situées en dessous.
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mardi, 31 juillet 2018
LE MAIRE DE CHAMPIGNAC
Entendu ce matin autour de 7 h .44 sur France Culture, dans la bouche de Michel Bataillon, grand connaisseur du Nicaragua :
« La goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres ».
Texto.





Allons, le gouvernail de la tradition oratoire inaugurée par l'inaltérable avocat du sapeur Camember et perpétuée par l'immortel maire de Champignac, est entre de bonnes mains.
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vendredi, 26 janvier 2018
LA BD EN VISITE A LYON (5)
Aujourd'hui : sa Majesté JACQUES TARDI débarque à Lyon.

Cela commence en gare de Perrache en 1941.
Nul besoin de faire les présentations : Tardi domine le paysage (en compagnie de quelques anciens toujours vivants). Il n'a plus rien à prouver depuis lurette. Et je n'ai pas grand-chose à en dire, puisque ses dessins se passent de commentaires et que ses récits, de Adieu Brindavoine et Rumeurs sur le Rouergue à Moi, René Tardi, en passant par Le Démon des glaces, Adèle Blanc-Sec et les adaptations de Léo Malet, Jean-Patrick Manchette, Daniel Pennac (l'étrange et dérisoire La Débauche, où un tigre de zoo est mis au service d'une vengeance, si je me souviens bien) ou de Géo-Charles Véran (l'implacable Jeux pour mourir) ont assis l'autorité du puissant narrateur visuel.
Je place à part l'énorme travail que Jacques Tardi a consacré à la guerre de 1914-1918, par lequel l'auteur a tenté de venger (mission impossible : ils ne seront jamais vengés) les millions de morts, toutes nations confondues, en leur élevant un cénotaphe digne de la boucherie industrielle à laquelle ils ont été sciemment envoyés (mais c'est la mort qui avait le plus gros appétit).

Je lui pardonne de n'être pas un Lyonnais pur sucre (« Tout le monde peuvent pas être de Lyon, il en faut ben d'un peu partout », dit La Plaisante sagesse lyonnaise de Catherin Bugnard), même s'il a fait un tour par la rue Neyret (ancien siège de l'Ecole des Beaux-Arts).

Rue Bellecordière (= Louise Labé).
Je lui sais grand gré d'avoir refusé de se faire introniser "Légionnaire d'Honneur" (dans le cerveau de quelle infâme limule mentale l'idée a-t-elle germé un jour ? La limule étant ce crustacé – pardon : cet arthropode – géant qui envahit un jour les aventures d'Adèle Blanc-Sec – la même qu'Alfred Jarry qualifie de « bête marine la plus esthétiquement horrible », pas Adèle, la limule !).

Est-ce bien Tardi et sa femme qui font le coup de feu sur les barricades de la Commune (tome 3 de la série Le Cri du peuple) ? Je me suis demandé.
Il a épousé en 1983 (dit l'encyclopédie en ligne) Dominique Grange, fille d'un ophtalmologiste renommé (Jean si je me souviens bien) qui officiait Boulevard des Belges, grand monsieur qui vous examinait avec une gravité bienveillante, et qui était l'ami de mon grand-père, le docteur Paliard.

Les Brotteaux.
A vrai dire, Tardi ne parle pas souvent de Lyon dans ses bouquins, mais quand il le fait, c'est comme s'il y avait toujours vécu. En vérité, sauf ignorance de ma part, il en parle dans 120 Rue de la gare, et nulle part ailleurs.

Il n'y a plus de bistrot passage de l'Argue.
Bon, ce n'est pas lui qui manifeste son humeur contre Lyon (« Putain de brouillard ! Putain de ville ! »), c'est Léo Malet, l'auteur du roman,

Pas si gâteux que ça, si j'en crois ses lectures (supposées).
qui fait dire à son Nestor Burma du mal de notre ville, quand celui-ci sort en balade de l'Hôtel-Dieu où il se remet de quelques blessures (il a failli passer sous le train démarrant de Perrache, en voulant en descendre).

Le péristyle de l'Opéra, bien avant Jean Nouvel.
Le séjour forcé de Burma dans la "capitale des Gaules" donne l'occasion à Malet-Tardi de livrer un portrait de la ville, qu'ils revêtent d'une tonalité étonnamment homogène, quoique peu engageante : le brouillard, l'humidité, le pavé luisant, tout y est déprimant. C'est du dessin en noir sur fond gris, avec très peu de blanc.

Le superbe pont de la Boucle.
« Cette charipe de brouillard » (vous savez, ce truc épais et jaunâtre descendu des Dombes qui a joué des tours au Glodius et au Tony qui, ayant éclusé bien des pots (on mesurait au mètre de comptoir), descendaient la rue Pouteau pour aller aux Terreaux « droits comme des bugnes » et qui se sont retrouvés à la Doua) baigne toutes les scènes extérieures d'un halo poisseux. Peut-être à l'image de l'intrigue, dont je ne me soucie pas ici. Disons juste que Burma croise au Stalag XB le chemin d'un drôle d'amnésique qui va le mener plus loin qu'il pensait, dans une drôle d'affaire. Et même une affaire pas drôle.

La Ficelle Croix-Paquet avec son "truck", et la gare du même nom.
Ce qui est sûr, c'est que Lyon, tout triste qu'il soit, existe fortement dans le dessin de Tardi. Contrairement à ce qu'on trouve chez Kraehn et Lacaf, dont je parlais dernièrement, la cité est rendue de façon furieusement "ressentie". Elle en acquiert une présence presque tactile et désolée. Attention, c'est le Lyon des années 1940, une sacrée contrainte pour la documentation (Tardi est né en 1946) : il y a des îlots de galets et de gravier au milieu du Rhône, la ligne 7 va de Perrache à Cusset, les voitures circulent à double sens rue de la République et accèdent sans problème à la gare, l'Hôtel-Dieu est un hôpital (et pas un hôtel 5 étoiles), il n'y a pas (encore) de tunnel sous la Croix-Rousse, etc. Tardi est documenté, qu'on se le dise.

La gare de Perrache, accessible aux voitures.
On se dit qu'il s'est beaucoup baladé. On reconnaît la rue de la Bombarde, on reconnaît la rue de la Monnaie, avec son trottoir et ses dames dessus,

on reconnaît la rue Eugène Pons, avec son escalier au fond, où habitaient M. et Mme L.-R., un couple de professeurs de philo. Il adresse même un salut fraternel à la rue Petit-David et à l'Adrienne qui y régnait, femme ô combien d'Expérience. Ce Lyon-là est à proximité immédiate et parle la même langue que moi.

Adrienne pas loin de sa librairie de la rue Petit-David (mais ce n'était pas en 1941), un vrai lieu de perdition pour les amateurs de BD : retour d'Angoulême, elle vendait 150 francs – une somme à l'époque – le capitaine Cormorant d'Hugo Pratt en sérigraphie. J'avais plongé. J'étais fou de Pratt, que j'avais découvert dans Pif Gadget, mon petit frère y était abonné. Aux avant-dernières nouvelles, il est coté 900 euros (le Pratt, bien sûr, pas mon petit frère). Merci Adrienne.
Le plus convaincant, dans la façon dont Tardi aborde la ville de Lyon, c'est qu'il n'y passe pas en simple touriste : il s'y attarde, il détaille, il insiste, il savoure (avec une moue de dégoût, mais quand même) : son pont de la Boucle n'est pas un simple figurant (c'est un exemple parmi bien d'autres).

L'ancienne BM de Lyon, non loin du chevet de la cathédrale, où l'on attend 8.000 personnes ce matin pour les obsèques de PAUL BOCUSE. J'y serai, mais juste en bas de la tour des cloches, pour entendre la grosse voix d'Anne-Marie, celle qui retentit pour honorer les défunts (ci-dessous, on n'est pas obligé d'écouter les 9' et quelque). Faites juste l'expérience, si vous êtes sensible à la magnificence d'un son à écouter pour lui-même : attention : juste sous la tour des cloches (un "clocher", quoi : c'est à gauche quand on regarde la façade).
Résultat des courses : en fait de 8.000 personnes, j'ai vu place Saint-Jean environ 150 parapluies qui se couraient après, protégés par autant de CRS et de militaires et autres gendarmes, et à un micro éberlué qui me demandait si j'étais triste, j'ai aussitôt répondu : « Non, je viens juste écouter le bourdon de Saint-Jean ». C'était vrai, mais en fait de bourdon, une armada de hauts-parleurs déversaient à l'extérieur une improvisation à l'orgue qui a failli me gâcher le plaisir. J'ai refait le tour (pas question de traverser sans "accréditation") pour aller faire le poireau sous le clocher, place Sainte-Croix. J'ai quand même eu le concert dont j'étais probablement le seul auditeur. Dommage, on fait sonner Anne-Marie une quinzaine de fois par an, paraît-il, alors autant en profiter, non ?
Par exemple, pour qui a rendu visite à des proches à l'Hôtel-Dieu, avant même toutes les rénovations des lieux, je veux dire à l'époque d'avant les chambres, ce qui est mon cas, c'est comme si on y était, sauf qu'entre-temps, chaque lit de la salle immense avait été doté de rideaux censés isoler le malade du regard des autres (mais pas du brouhaha permanent, ou des odeurs).

Bravo à Nestor Burma, capable de descendre de face et les mains dans les poches l'escalier qui mène au bas-port : ce n'était pas à la portée de n'importe qui, vu l'angle.
Même chose pour l'ancienne gare des Brotteaux (désormais salle des ventes) ou pour le Pont de la Boucle (belle architecture métallique maintenant détruite). Burma va même se balader sous le péristyle de l'Opéra, c'était bien avant Jean Nouvel, au temps qu'on y trouvait encore des échoppes : côté Puits-Gaillot des tutus et chaussons de danse, des bouquins (mes premiers Jerry Spring et mon Bergson du centenaire aux PUF), des pipes du pipier Nicolas et, du côté Joseph-Serlin, tout pour la philatélie. Tardi ne va pas jusqu'à dessiner la vespasienne à l'angle de la rue Luigini. Tant pis. De toute façon, il n'y a plus de vespasienne à Lyon : Decaux et la publicité en ont fini avec l'édicule pissatoire, maintenant il y a de la place pour huit.

Le Rhône au pont Morand, sur fond de place Tolozan, quai Saint-Clair et colline de la Croix-Rousse mangée par le brouillard.
De la page 21 à la page 107 de 120 rue de la Gare, Tardi vous fait donc visiter Lyon en vous répétant que c'est une « putain de ville », mais de telle manière que ça donne envie de se sentir chez soi.
Voilà ce que je dis, moi.
Note : je ne résiste pas au plaisir de citer une vignette de la page 174, où Tardi s'offre la tête de deux philosophes célèbres, présentés comme un « couple insignifiant », aujourd'hui enterrés au cimetière du Montparnasse.

Si la dame ressemble à une de ses photos de "jeune fille rangée", l'auteur renvoie le monsieur à un anonymat mérité de bon gros à lunettes (au physique de crapaud dans la réalité). Dans La Variante du dragon, Golo, plus explicite et fidèle si l'on veut, n'y était pas allé de main morte.

Allez, encore un petit coucou à un vieux de la vieille de la flicaille familière, à qui il fallait toujours cinq minutes de plus à la télé pour trouver la solution de l'énigme, et qui ne s'appelait ni Thomas, ni Petit.

09:00 Publié dans BANDE DESSINEE, LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bande dessinée, jacques tardi, 120 rue de la gare, lyon, croix-rousse, perrache, hôtel-dieu, la plaisante sagesse lyonnaise, catherin bugnard, adèle blanc-sec, le cri du peuple, commune de paris, lyon boulevard des belges, dominique grange, gare des brotteaux, dombes, les terreaux, la doua, kraehn, lacaf, librairie expérience adrienne, paul bocuse, bourdon saint-jean anne-marie, docteur paliard, léo malet, enterrement paul bocuse lyon, obsèques paul bocuse lyon, simone de beauvoir, jean-paul sartre
mercredi, 24 janvier 2018
LA BD EN VISITE A LYON (4)
Aujourd'hui, un nommé LACAF.

Parmi les BD dont le récit est situé entre Rhône et Saône, il en est une dont le style de dessin ne me plaît guère : rien à voir avec la "ligne claire". L'auteur a le trait épais et le contraste accusé jusqu'à l'expressionnisme, la couleur un peu crade, grasse et glauque. Il tire le décor et les personnages vers un réalisme exacerbé, parfois jusqu'à la violence. L'ensemble ne craint pas de flirter avec la vulgarité. C'est du moins ainsi que je lis la série Macadam de Lacaf (il semblerait que ce soit son vrai nom). Simple question de goût.

Champ / contre-champ passage Thiaffait, entre Burdeau et René-Leynaud : rien à dire. Avec (en bas) le bout de l'escarpin du malade mental en uniforme de travelo (mais le flic en bas, flanqué de Malika et Farida, deux frangines qui ne se supportent plus à l'idée de s'être succédé dans son lit, ne sait pas que c'est lui).

On se dit que le sujet n'est pas pour rien dans le choix du style : l'inspecteur Klein (il ne nous laisse pas ignorer qu'il est juif, il évoque avec son père les enfants d'Izieux, « juste avant que Barbie n'envoie tous les enfants à la mort ... en 44 ») est lancé à la poursuite d'un tueur en série particulièrement retors, expéditif dès qu'il s'agit d'échapper à la poursuite, et qui ne recule devant rien, peut-être parce qu'il n'a plus rien à perdre. Il ne faut pas moins de trois épisodes pour en finir (dans le sang) avec le sinistre personnage. Seul le troisième et dernier se déroule dans la "capitale des Gaules", et dans le trente-sixième dessous des bas-fonds sociaux.

L'inspecteur Klein monte à la Croix-Rousse par la rue Saint-Marie des Terreaux, puis redescend de Fourvière par la montée des Chazeaux, après avoir causé avec son père (par téléphone) sur l'esplanade.

Personnellement, j'adhère peu à l'histoire, trop "spéciale" si l'on veut, au point de tomber dans la caricature : prenez un assassin complètement à la masse, en liberté dans la bonne ville où coule le beaujolais, faites-en le fils dégénéré de Fernandez, un ancien "soldat" de l'Algérie française auquel quelques musculatures (le sergent Alsarès) sont restées fidèles, faites revenir avec un ponte des Renseignements Généraux, le tout baignant dans la soupe illégale des plus belles fleurs de la pègre lyonnaise, agitez, chauffez, c'est prêt à servir.

Un rodéo rue Grognard, qui finit tranquillement en compagnie du ponte des RG, juste au-dessus de la rue des Fantasques, véritable balcon avec vue imprenable. Les Fantasques, ce fut aussi un excellent restaurant où, pour bénéficier de la vue, il fallait s'y prendre très à l'avance.

Rien que l'énumération à la page 37 des "honorables confréries" de l'agglomération fait bien marrer et vaut son pesant de gibelotte à la Bocuse, tout y passe et tout le monde répond à l'appel de "Georges", celui qui réussit à unifier ce beau monde en une assemblée qui diffère en tout point de celle qu'on trouve à la fin de Tintin en Amérique (on comprend l'expression "ligne claire") : « Je peux compter sur la participation de tous ? Les dealers ? - O.K. !... - Les gosses roumains et yougos ? - O.K. ! - Les putes ? - O.K. ! - Les travelos et les pédés ? - O.K. ! - Je m'occupe des jeux clandestins, des clubs et des bordels ! Au boulot ! ». Arrête, on n'en peut plus, coco ! Ils sont unanimes pour dire avec Georges : « Ça veut dire : si on le trouve, on le bute ! C'est clair, non ? ». Il faut les comprendre, ces braves gens : ce malade commence à semer une pagaille noire dans leurs petites affaires. Ce sont des gens d'ordre et au besoin, ils font le ménage.

On a changé de monde.

Alors le Lyon de Lacaf, maintenant ? Je dirai la même chose que pour Kraehn : un Lyon parcouru à grandes enjambées, et qui ne sert que de toile de fond. Avec cette différence notable que Lacaf présente beaucoup plus de lieux identifiables que Kraehn. Mais avec quelques menues approximations en passant.
La première est plus une interrogation qu'une affirmation, à propos de la "ficelle" de Fourvière : ce funiculaire est un couple de voitures tenues par un câble ("ficelle") d'acier, qui se croisent au milieu de la pente sur une partie dédoublée de la voie. La gare supérieure abrite le moteur et les poulies qui mettent les deux voitures en mouvement : quand l'une monte, l'autre descend. La question est la suivante : qui conduit ? Il me semble bien que l'initiative revient à une personne depuis une cabine centrale de contrôle, et que le rôle des employés assis dans les deux cabines se réduit à fermer les portes et à signaler au micro que tout est prêt pour le départ. Celui-ci serait donc donné de l'extérieur, l'employé n'étant un "conducteur" que par abus de langage. Si je ne me trompe pas, le "conducteur" peut sans doute freiner d'urgence au cas où, mais il n'a aucun moyen de remettre en route à son gré, comme Lacaf le raconte dans la scène finale (on ne confie aucun véhicule à deux "conducteurs").
Autres approximations, quand il montre la bibliothèque universitaire de Lyon II, incendiée en 1999,
Il y aurait comme du flou dans la toiture incendiée (ci-dessous photo Sylvestre en 1886) : tout le monde peut admirer le superbe double arrondi latéral du toit.

ou l'appartement de canut que le héros retrouve sans trop d'émotion (il est originaire de par là) : « ... et mon appart sous les toits, haut de plafond parce qu'on y entassait les métiers à tisser et les ouvriers qui couchaient sur place pour un salaire de misère ... ». Soit dit en passant, on ne connaît guère à la Croix-Rousse d'appartements de canuts qui soient situés sous les toits, justement à cause de la hauteur (4 m. pour le métier). Il s'agit de s'entendre sur "haut de plafond".
Y a du flou dans le canut (notez la hauteur relative des personnages, les tomettes au sol et l'échelle pour monter à la soupente-chambre à coucher : là, on peut dire que c'est "haut de plafond").

En dehors de quelques cartes postales (Terreaux, Bellecour, le Rhône, ...), l'auteur s'efforce de disséminer dans son récit des "petits faits vrais", mais toute proportion gardée, cela donne plutôt l'impression de ce qu'un sénateur-maire présente comme l'indispensable "ancrage local" pour bien montrer qu'il tient à garder ses deux mandats, et que la règle du non-cumul, il s'assied dessus (n'est-ce pas, M. le ministre Collomb ? Au fait, touchez-vous toujours votre rémunération de sénateur ?).

La "Ficelle" de Fourvière, avant l'assassinat du dingue par les anciens copains de son père. Pour "après", voir l'image de couverture, tout en haut.
Entendons-nous, je ne critique pas la volonté de faire "couleur locale", mais ce Lyon-là manque un peu de "ressenti". La gare de Perrache est parfaite, y compris la traversée du "blockhaus" de Louis Pradel jusqu'à la place Carnot, qui rend parfaitement la violence immédiate et absolue du criminel poursuivi ; le champ / contre-champ pour présenter le passage Thiaffait est parfait (voir plus haut).
Ci-dessous, les vignettes (p.28-29) dans l'exacte suite (à une exception près, voir plus haut) qui défrise ma topographie croix-roussienne.
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3
4
Droit en face, sur la rive gauche, la petite place d'Helvétie : est-il possible qu'on se trouve dans la montée du Boulevard ?
5
Il faut reconnaître ses erreurs : cet escalier se situe dans le haut de la rue Magneval.

J'avoue mon insuffisance, et adresse mes excuses à Lacaf pour avoir en l'occurrence ignoré un détail que je connaissais par cœur. Une absence, quoi.
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9
Mais franchement, je n'ai pas compris l'itinéraire suivi par la moto de l'inspecteur Klein : on le suit dans le "direct Croix-Rousse", entrée et sortie, et jusqu'au monument Sully Prudhomme de la place Bellevue, mais après ? Où Lacaf est-il allé chercher le long escalier rectiligne (5) emprunté par le héros, surtout qu'arrivé en bas, il se retrouve juste en dessous de l'église Saint-Bernard (qui est presque à l'altitude du plateau), nez à nez avec les fachos (par où est-il remonté ?), puis bascule dans l'escalier de la rue Grognard, où la voiture des poursuivants se fracasse ? Il fallait tordre la réalité pour les besoins du rodéo ? Bof.
Moralité : la Croix-Rousse est un quartier bien compliqué.
Voilà ce que je dis, moi.
mardi, 23 janvier 2018
LA BD EN VISITE A LYON (3)
Aujourd'hui JEAN-CHARLES KRAEHN.

Il n'y a pas beaucoup d'auteurs de BD, à ma connaissance, qui se soient intéressés à Lyon dans les histoires qu'ils racontent. J'ai parlé récemment d'Olivier Berlion (ici), qui donne la vieille cité pour cadre à ses intrigues, seul (Rochecardon - Histoires d'en ville, Glénat, trois tomes) ou sur des scénarios d'Eric Corbeyran (Sales mioches, Casterman, sept épisodes parus).
Cette dernière série, qui "marchait" paraît-il assez bien, s'est interrompue pour une raison que j'ignore, et ce qui en restait, du moins à ce que m'a dit un bouquiniste spécialisé, aurait été envoyé au pilon. Si c'est bien vrai, c'est bien bête : le dessin de Berlion donnait une vraie vie aux pentes de la Croix-Rousse, entre Rhône et Saône (et presque jamais au-delà des Terreaux), et savait vous entraîner dans des bambanes de l'île Barbe (Saône) au cours d'Herbouville (Rhône) en passant par les traboules des pentes.

Carte postale 1 (vignette inaugurale de la série) :
l'ancienne bibliothèque municipale de l'avenue Adolphe Max, avec Fourvière qui veille dessus.
Ah les traboules ! Bon, les touristes en connaissent UNE (ou plutôt une suite, quasi-obligée) : celle dont leurs grappes disciplinées parcourent l'itinéraire compliqué, et qui va de la cour des Voraces (place Colbert) à la place des Terreaux, après être passée par les rues Imbert-Colomès, Tables-Claudiennes, Burdeau, René-Leynaud, Capucins et Sainte-Marie-des-Terreaux, presque toujours à l'abri de la pluie. Au 10 rue des Capucins (mes excuses : c'est au 6), ils traversent une grande cour intérieure, au fond à droite de laquelle, juste avant l'escalier vers la petite place des Capucins (où mon copain WHKL n'oublie jamais, chaque fois qu'il redescend par la Grande-Côte, de pisser contre la porte de la secte "Scientologie"), on voyait l'enseigne de l'imprimerie Cretin. Au bas de l'escalier de Sainte-Marie des Terreaux créchaient les ambulances Cornillon, dont on voyait en passant les véhicules blancs (des CX dans mes derniers souvenirs de la chose) stationnés dans une cour défendue par les deux battants béants d'une grille impressionnante.

Au bout de la rue Tramassac, l'ouverture de la rue du Bœuf avant d'attaquer la montée du Chemin-Neuf.
Mais à part cet itinéraire dûment balisé par l'Office de Tourisme et répertorié dans les guides, pour ce qui est des traboules des pentes, c'est nib de nib, peau de balle et balai de crin. Sauf erreur, toutes les portes et grilles qui, ouvertes, autorisaient autrefois le passage, ont été progressivement verrouillées. Puis ç'a été le tour des entrées d'immeubles de se munir de divers moyens de protéger la frilosité des habitants de toute intrusion des méchants. Mais trêve de bavardage : parlons BD.

Carte postale 2 :
Les pentes de la Croix-Rousse, vues d'en face.
La série policière aujourd'hui à succès Gil Saint-André a démarré en 1998 avec, au scénario et au dessin des deux premiers épisodes Jean-Charles Kraehn, qui a ensuite confié la partie graphique à Vallée. Le douzième épisode est paru : on ne change pas une équipe qui gagne (en fait, le dessinateur a changé plusieurs fois, ce qui, selon moi, n'est pas très bon signe). Je me contenterai de quelques épisodes initiaux du premier "cycle", ceux qui nous lancent sur des fausses pistes (un maniaque sexuel puis des kidnappeurs d'enfant, vils homosexuels par-dessus le marché) : l'action démarre en effet à Lyon, mais elle bifurque, à partir du troisième, vers la Suisse, après avoir fait étape en Bretagne puis en Belgique, ce qui nous éloigne du sujet.

La ficelle de Fourvière, avec un rhume à l'intérieur.
Pour faire vite, le héros se fait chourer sa meuf parce qu'elle a, sans le savoir, une sœur jumelle (la mère est une vilaine cachottière, mais elle va le payer cher), et qu'un dangereux réseau de méchants qui a les moyens kidnappe tous les vrais jumeaux qui passent à sa portée pour qu'un savant fou puisse faire des expériences, en vue de fabriquer « la pilule de jouvence éternelle ». Je passe sur les péripéties, finalement anodines.

Carte postale 3 :
l'immeuble du Vieux-Lyon qu'il n'est pas convenable de ne pas avoir vu, place neuve Saint-Jean. C'est là qu'habite la jeune beurette fliquette qui apporte son aide (et son corps à l'occasion) au héros.
Le héros est un jeune, beau, riche chef d'entreprise. En plus de sa belle réussite sociale, il est plein de talents : il a son brevet de pilote d'avion, il a une vieille voiture mais il tient avec maestria le volant de la Ferrari Testarossa qui lui tombe sous la main, il manie le pistolet avec dextérité, etc. En plus, il a une femme belle, intelligente et charmante, et une petite Sabine adorable. Il habite une belle villa moderne avec piscine, quelque part "sur les hauteurs de Lyon" (sans plus de précision, pas loin de la colline de Fourvière, mais pas loin non plus de l'épicerie de Lakdar, le "p'tit arabe", en bas d'une côte). Et ça finit par faire beaucoup pour un seul homme. Car on a le droit de trouver le portrait un peu "chargé".

Là, le héros dévale les escaliers du passage Mermet, qui donne sur la rue René Leynaud (poète lyonnais, fusillé par les Allemands en 1944, parce qu'ils n'aimaient pas les "terroristes"). J'aimerais beaucoup qu'on m'explique par quel miracle Gil Saint-André a fait, venant du vieux Lyon (voir image précédente), pour dévaler juste après les pentes de la Croix-Rousse.
En bas à droite on voit les quelques marches qui mènent à la cure de l'église Saint-Polycarpe. Les curés (ce n'étaient plus le père Béal et le père Voyant) avaient laissé pendant quelque temps un clochard installer son matelas sur un demi-palier. Il éteignait ses cigarettes dans un fond de bouteille en plastique rempli d'eau. Il avait effrayé la petite Juliette, qui s'était mise à trembler très fort, le jour où il m'avait hurlé, sans doute à cause de l'église voisine : « Va voir ton Seigneur ! », en élevant encore la voix sur "-gneur". On l'a un jour retrouvé mort de froid sur les marches de l'église.
Curieusement, Saint-André roule en Simca P60 (Aronde étoile 7), dont la production s'arrête en 1963, mais ce n'est pas encore un modèle "vintage" en 1971, quand le tunnel sous Fourvière est inauguré : ceci pour situer dans le temps. On doute quand même qu'elle puisse être immatriculée 5593 AY 69 en 1959 (début de la production), puisque les plaques du Rhône étaient déjà en AZ en 1958. D'ailleurs, on voit ici ou là des Renault "super 5", Peugeot 205 et Ford Transit : est-ce que ça fait raccord ? Pas évident. De même pour la Ferrari Testarossa : ne pas confondre avec la Testa Rossa de course des années 1950. Si elle est en un seul mot, elle est produite à partir de 1984, et c'est bien celle que Saint-André fauche au malfrat qui vient de se faire refroidir par les flics. Bon, je pinaille, j'ergote, je chicane sur les époques : après tout, pourquoi pas, admettons et passons sur les anachronismes, si c'en sont. Une petite frustration quand même du côté de la documentation.

Droit au sud par la rive gauche de la Saône et l'autoroute A7.
Au premier plan, de dos, la Simca P60 immatriculée 5593 AY 69.
Dit d'une façon plus générale, le Lyon de Kraehn est avant tout elliptique : la ville sert de toile de fond et de décor, mais ne joue pas de véritable rôle dans l'intrigue, contrairement à ce que font Berlion et Corbeyran, pour qui les pentes sont un personnage à part entière. L'auteur ne dédaigne pas les cartes postales, et le lecteur reste tant soit peu extérieur à tout ça, pas tout à fait comme un touriste, mais il y a de ça, tant le héros, partout où il passe, ne fait précisément que passer. La ville n'est pas "sentie".
La faute peut-être au caractère lisse du personnage principal, qui ne pose certes pas au super-mec (il prend des coups, il se foule la cheville, ...), mais un peu trop d'une seule pièce à mon goût, plein qu'il est de l'amour pour sa femme (mais enfin, l'inspecteur stagiaire, la beurette émancipée Djida a aussi des douceurs et des rondeurs bien placées, "qui vous mettent en forme pour la journée", comme dit son supérieur Fourrier : je suis assez d'accord avec Kraehn, quand ce n'est pas en papier), et aussi de candeur et de courage face aux épreuves.

09:00 Publié dans BANDE DESSINEE, LYON | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bande dessinée, lyon, croix-rousse, vieux saint-jean, jean-charles kraehn, gil saint-andré, bd, olivier berlion, berlion rochecardon histoires d'en ville, éric corbeyran, berlion sales mioches, éditions casterman, fourvière, lyon traboules, cour des voraces, place des terreaux, ficelle de fourvière, ferrari testarossa, scientologie lyon place des capucins

