30.05.2011
FEMINISTE ET AUTRES ESPECES NUISIBLES
L’affaire DOMINIQUE STRAUSS-KAHN semble entraîner ces derniers temps une conséquence imprévue, ressuscitant des fantômes venus du fond des âges post-soixante-huitards : LE FEMINISME. Toute la scène médiatique frétille du bulbe de tulipe, tortille du derrière les fagots, se contorsionne comme une volupté de boa : c’est le renouveau du FEMINISME. Alleluiah ! Gloria ! C’est le retour de la fille prodigue ! Tuez le veau gras ! C’est la fête ! Désolé, pas pour moi. Je décline l’invitation. J’entends déjà quelques hurlements : sale macho !
Pas si vite ! On se calme ! De toute façon, colère ou enthousiasme, le statut des femmes n’est plus le même qu’il y a un siècle : il a même radicalement changé. Les deux guerres mondiales n’y sont d’ailleurs pas pour rien : la première avec l’entrée des femmes dans les usines ; la deuxième avec le droit de vote. Enfin, je ne vais pas entrer dans les détails ni retracer l’histoire. Certains le déplorent, d’autres s’en félicitent. D’autres encore veulent aller plus loin dans l’égalité, dénonçant l’archaïsme de certaines « inégalités ».
Parlons de celle des salaires : je signale qu’il est peut-être vrai qu’il existe 20 % d’écart, mais quand j’entends l’information, on ne m’explique jamais, simplement, comment ce chiffre est obtenu. Comment est obtenue cette MOYENNE ? Question bête : est-ce qu’on prend l’ensemble des personnes de sexe masculin puis féminin d’une entreprise, et qu’on divise le total des salaires, respectivement, par le nombre des employés ? Auquel cas, le problème de l’inégalité est lié, non au simple salaire, mais au niveau des responsabilités du poste occupé. Auquel cas le problème devient plus nébuleux : est-ce dû au fait que les femmes sont moins compétentes ? Est-ce que les hommes confisquent les postes indûment ? Est-ce que c’est parce qu’elles « risquent » le congé de maternité ? Mais aussi, j’aimerais qu’on puisse réfléchir à la question : est-ce que ça ne pourrait pas être du fait de leur moindre attirance pour les « postes à pouvoir » ? Piste intéressante : est-ce qu’après tout les femmes n’auraient pas les dents moins longues ? Ce serait une excellente nouvelle. On sait que le monde de l’entreprise (privée), surtout la grande, est un univers de compétition, où le refrain qu’on vous hurle dans les oreilles chante la « performance », le « rendement », la « productivité », l’ « objectif fixé », et autres joyeusetés. S’il en est ainsi, je trouve assez rassurant que certains (car il y a aussi des hommes pour ça) renâclent, résistent et refusent d’entrer dans ce jeu. Mais à ce moment-là, tout le monde comprend que s’en prendre à l’ « univers masculin » est dérisoire et erroné. C’est UNE IMPOSTURE : c’est au système qui chante ce refrain qu’il faut s’attaquer.
Ceci dit, je reviens à mon propos, car en fait, les féministes ne sont qu'un exemple parmi beaucoup d'autres du sujet que je veux aborder. Si je persifle à propos du « retour du féminisme », ce n’est pas pour me moquer de la « cause des femmes », s’il est vrai que c’est une « cause », c’est parce qu’il y a une façon d’être avec les autres que je trouve socialement insupportable et humainement terrible, et qui s’incarne dans un personnage tout à fait haïssable : je veux parler de l’infernal MILITANT. Le militant est une espèce dangereuse, venimeuse, toxique, que tout un chacun devrait s’appliquer à fuir. Le militant, en soi, est un fléau potentiel. Et cela pour une raison très simple : c’est un demi-frère du MILITAIRE. Son métier, c’est d’entrer en guerre, c’est de la mener, cette guerre, inlassablement, par exemple « pour faire triompher nos idées », comme dit ce politicien dans le poste. Cela suffit à le rendre proprement immangeable.
« Militant » et « militaire » sont strictement apparentés. Le Robert historique raconte l’histoire du mot. De tout ça, je retiendrai la date du 12 ventôse 1794, où le verbe « militer » prend le sens de « agir, lutter pour une cause », et l’année 1832, où le nom signifie alors « qui a une attitude combative, pour faire triompher une cause ». Voilà, on sait l’essentiel : c’est la « cause » qui me rebute. C’est le fait de « combattre » pour la faire « triompher » qui me terrifie et me fait fuir. La première raison de haïr l’espèce animale qu’on appelle le MILITANT, c’est donc tout ce qui a trait à la guerre : qu’on me permette de voir autrement la vie en société. Et cette guerre entre précisément dans le schéma de « la guerre de tous contre tous » voulue par les intégristes du marché, par les fondamentalistes de la finance dérégulée. CICERON formulait déjà une telle crainte : « Je montre d’abord que l’état des hommes sans société civile (…) n’est rien d’autre qu’une guerre de tous contre tous ; et que, dans cet état, tous ont le droit à toutes choses ». Un MILITANT, quelle que soit la « cause » qu’il défend, quel que soit le motif de « sa » guerre, est donc par nature une espèce NUISIBLE.
Parce que, en plus, la « cause » fait rage, elle pullule, elle surabonde. Comme dit Cicéron, si tout le monde a droit à toute chose, ça va devenir difficile de s’y retrouver. Et ça va devenir intenable. Prenons l’exemple de l’humanitaire, une des grandes « causes », aujourd’hui, défendue par des rafales interminables de « bonnes âmes » et de « grands cœurs » : le MILITANT d’une cause humanitaire part donc en guerre, mais il ne sait plus où donner de la tête, c’est à devenir fou, c’est comme au supermarché : on a l’embarras du choix, trop c’est trop. C’est un métier désespéré, « être un humanitaire » (oui, c’est devenu un nom commun), car dans les milliers de « causes » qu’on vous offre, il va falloir opérer un choix impitoyable, il va falloir un « tri sélectif » encore plus rigoureux que pour les déchets. Car les déchets, on les entasse. Là, il va y avoir toutes les « causes » qu’on élimine : que vont-elles devenir, si vous les abandonnez ? Il faut choisir. Et choisir, c’est éliminer. Et ici, le choix est forcément arbitraire, car comment hiérarchiser les « causes » ? Il faut donc choisir, parmi les injustices, laquelle on préfère commettre. Selon les goûts, ce sera la plus rentable ou la plus « bonne conscience ». Et forcément selon un : « C’est mon choix ! » impérieux et péremptoire.
Eh bien voilà : dites-vous que c’est la dure loi de la CONCURRENCE, tout simplement. Rappelle-toi, généreux « donateur », que l’HUMANITAIRE a pour patrie le monde du libéralisme marchand. Aucune autre patrie à l’horizon. L’HUMANITAIRE n’est pas né dans le tiers-monde. La « visibilité » médiatique est primordiale. Il faut placer le message au bon moment, au bon endroit. Le « succès de la collecte » est fondé sur la « visibilité de la campagne ». A cet égard, le TELETHON est champion toutes catégories (et je ne parlerai pas du militant PIERRE BERGÉ, qui s'en prend à son quasi-monopole). Vers qui votre charité va-t-elle se tourner ? Allez-vous donner à la FRM (Fondation pour la Recherche Médicale) ? C’est Thierry Lhermitte. Si vous donnez à Adriana Karembeu, c’est la Croix-Rouge. En général, le vendeur en chef est de ce gabarit. Il y a la Fondation de France, les Orphelins d’Auteuil, Notre-Dame des Sans-abri, etc. Il y en a des milliers, peut-être des millions. Je vous dis : impossible de s’y retrouver. Et je ne parle pas (encore) du fait que les associations humanitaires (on appelle aussi ça associations ou ONG) sont devenues des pions à part entière dans la stratégie des Etats, même si c’est avec des aléas (trois humanitaires français enlevés au Yémen ces jours-ci).
Voilà que je digresse de nouveau. Je reviens à mon mouton : le MILITANT. Ce qui est insupportable, dans la vermine militante (ça se reproduit à un rythme effréné, ces bêtes-là), c’est que, quand tu es en face d’un exemplaire de l’espèce, ce n’est pas une personne que tu as en face de toi, mais une machine, et cette machine a « un message à faire passer ». Le militant est un prédicateur qui aimerait avant tout te convertir. Il est en mission. Il veut te CONVAINCRE qu’il est vital d’intervenir. Où ? Pourquoi ? Selon quelles modalités ? Avec quelles conséquences ? Tout ça est variable et à négocier. En fait, le moins détestable est celui qui se contente de faire la quête (tremblement de terre à Alger, ça remonte déjà, le tsunami de 2004, le tremblement de terre en Haïti, ça n’arrête pas. Mais là c’est facile, je dis : « Partage ? Que les riches commencent ! ».). L’abdomen du quêteur, dans l’espèce militante, est dépourvu de dard. Tu n’as donc à craindre aucun autre venin que ton propre sentiment de culpabilité. Le militant humanitaire appartient généralement à cette espèce. Le plus gênant dans l’affaire étant quand même que, si le passant est sensible à toutes ces « causes », à la fin de la journée, il se rend compte qu'on lui a FAIT LES POCHES. La vraie espèce nuisible est celle qui veut te CONVAINCRE, qui veut que tu changes de vie. Qui veut T’EMBRIGADER dans son armée.
La deuxième raison de garder l’insecticide à portée de main (la première étant l’aspect guerrier), en présence du militant (avec sa variante la plus facile à observer : le militant « de base »), c’est que s’il combat, c’est qu’il a quelque chose à combattre ; et que ce qu’il combat, le plus généralement, n’est rien d’autre que le MAL, rien de moins. Ah ben c’est sûr : ça rigole pas ! Car il faut que cela se sache : quand on est militant, on est forcément MILITANT DU BIEN. Qui détient par définition la VERITÉ DU BIEN. Et le militant du BIEN, combat forcément L’AXE DU MAL. Par exemple, GEORGE W. BUSH partant en croisade en Afghanistan et en Irak, pour « remodeler le visage du Moyen Orient ». Par exemple, en moins grave, le militant d’Amnesty International est du côté de la démocratie, contre l’emprisonnement sans raison dans les régimes autoritaires. C’est une noble et belle « cause », je suis d’accord. Moyennant quoi, la « cause » dispose d’une « boutique », rue de la Platière, où le « militant de base » peut se procurer (sûrement à prix d’ami) le tee shirt garni de barbelés floqués, le papier à lettres avec le logo du BIEN, et une ribambelle d’autres objets garantissant que l’argent va à la défense de la « cause ». J’ai entendu l’interview d’un haut gradé de l’armée Amnesty : le journaliste a dit, sans être démenti, que c’était devenu un ENTREPRISE, avant de lui demander (je jure que c’est authentique : c’était pour je ne sais plus quel anniversaire de la création de son armée) de repréciser quel était « le cœur de métier » de cette entreprise. Le COEUR DE METIER d'Amnesty International, on croit rêver ! On pourrait aussi valablement parler de Greenpeace ou du WWF.
Tiens, pendant que j’y pense, je vous recopie quelque chose qu’on trouve sur le site « boîte à outils du militant » (sous-entendu socialiste : vous pouvez vérifier) : « La boutique du P. S. propose de nombreux produits, jeux de carte (je respecte l’orthographe observée), tasses, sacoches, porte clé (même remarque) frappé (même remarque) du logo « le poing et la rose ». Des idées cadeaux originales (on ne rit pas) ou des outils pour les militants sont à vendre sur laboutiquedups.com. Quand je vous dis que le militant a pris naissance au pays du libéralisme marchand. Tout le monde s’y est mis. Mais c’est pour LA bonne « cause » ! Ah bon.
L’avantage indéniable, quand on milite pour la « cause », quand on s’est mis crânement du côté du BIEN, c’est qu’on est à l’abri de la critique : celui qui oserait critiquer Amnesty International risquerait par là même de passer pour favorable aux dictateurs. De même, il verrait aussitôt se lever les boucliers, celui qui prendrait la défense de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN dans l’affaire du même nom : « Il n’y a pas mort d’homme », (ça c’est JACK LANG), « troussage de domestique » (ça c’est JEAN-FRANÇOIS KAHN), si jamais ça se produisait. Ah ! On me dit que ça s’est produit. Ben, ils ont perdu une bonne occasion de se taire. Mais ça reste vrai, en ce qui concerne la levée de bouclier. Au fond, c’est peut-être ça qu’on a appelé « renouveau du féminisme ». Les féministes pourraient dire merci : ça leur a permis de retrouver l’ardeur et la vertu militantes.
Alors, des militants, on en trouve de toutes sortes de sous-espèces, consacrées à toutes sortes de bonnes « causes », car le MAL est partout : il importe donc que les militants du BIEN restent vigilants, à l’affût. Il ne faut pas baisser la garde (sutout quand elle s'appelle Christine. Pardon !). Une famille, qui regroupe plusieurs sous-espèces, est spécialisée dans les « droits », et est appelée à un brillant avenir. Je me contenterai des « droits » les plus médiatiquement exposés, ceux qui ont le plus de « visibilité », la plus grande « surface ». Les principales sous-espèces sont évidemment les militant(e)s de la « cause » des femmes et de la « cause » des homosexuels. Mais il y a un kyrielle de militants qui ont le courage de se consacrer à des « causes » moins exposées médiatiquement : les étrangers, les militaires, l’homme (évidemment, mais la novlangue le traduit en « droits humains » ; l’homme, voilà l’ennemi), les enfants, les propriétaires, les migrants, les réfugiés, le consommateur, le piéton, les fumeurs, les chômeurs, les marins, les locataires, les jeunes, j’allais oublier les animaux. Et j’allais oublier le RATON LAVEUR. L’asphyxie nous guette : la prolifération de toutes ces espèces de « causes » offre des vocations en puissance à tous ceux qui, aujourd’hui, ne savent pas quoi faire de leur vie. On n’a pas fini d’étouffer.
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29.05.2011
TELEVISION : HITLER EN A RÊVE
EPISODE 1
Si l’on m’objecte que l’exemple est terriblement rebattu, je répondrai qu’il est excellent, et que c’est sans doute parce qu’il est excellent qu’il est, précisément, rebattu. Il s’agit du fameux « télécran » inventé en 1948 par GEORGE ORWELL pour le monde fabuleux sur lequel règne BIG BROTHER (lui aussi, tout le monde le connaît) : évidemment 1984. C’est l’écran quasi-magique qui fonctionne dans les deux sens : il retransmet les discours du chef bien-aimé, et il espionne les faits et gestes de la personne qui habite les lieux. Pour un roman d’anticipation, on peut dire que c’est réussi : exception faite de la séparation des deux fonctions (propagande et espionnage), d’une part dans la télévision, d’autre part dans la caméra de surveillance, tout le reste ou pas loin s’est réalisé, y compris la « novlangue » et la Police de la Pensée. Espionnage (donc sécurité) et propagande.
La seule vraie faiblesse du livre d’ORWELL, c’est qu’il réserve le monde de 1984, exclusivement, aux régimes TOTALITAIRES, alors que les espaces où il s’est aujourd’hui épanoui et accompli s’intitulent pompeusement DEMOCRATIES, comme j’essaie de le montrer. C’est dans les démocraties que s’est développée une industrie du divertissement qui passe pour une bonne part par la télévision. Et les démocraties ne sont pas épargnées par l’obsession de la sécurité : elles ont vu se multiplier les « mesures de sécurité », les « normes de sécurité ». C’est flagrant depuis le 11 septembre 2001, mais cela date de bien avant. L’industrie de la sécurité est une affaire qui marche (pas de grands magasins sans vigiles).
Moyennant quoi, l’individu n’a jamais été aussi LIBRE de faire ce qu’il veut (ça c’est pour « démocratie »), mais je fais remarquer que, comme il veut les mêmes choses que tout le monde, il fait comme tout le monde : les gens se conduisent à peu près comme on attend qu’ils le fassent (mais attention, il ne faudrait surtout pas réduire ignoblement la LIBERTÉ à la simple LIBERTÉ DE CHOIX : même s’il y a d’innombrables marques, sortes et goûts de yaourts, ça reste des yaourts). La seule et vraie différence, c’est que ce résultat est obtenu sans violence physique, car ils adhèrent spontanément à ce monde, disant que, de toute façon, « ils n’ont rien à se reprocher », et que quand on est irréprochable, il n’y a pas de raison d’être choqué par les caméras de surveillance (le terrifiant « Souriez, vous êtes filmé. »). Pour ce qui est du divertissement ou des mœurs, à la question : « Pourquoi faites-vous ça ? », ils ont cette terrifiante réponse : « C’est mon choix ! ». Je ne suis pas le. C'est un système qui fonctionne d’une façon implacablement logique : sans la télévision et le divertissement, pas d’adhésion ; sans adhésion, pas de caméras de surveillance. Tout se tient.
Enfin, quand je dis « spontanément », je fais semblant. C’est là que la télévision, entre autres, dévoile une de ses fonctions principales. On sait qu’ADOLF HITLER, en accédant au pouvoir en 1933, a créé aussitôt un Ministère de la Propagande, confié d’emblée à JOSEPH GOEBBELS. On sait que par là, il voulait développer la force de l’action de frapper les esprits, d’y pénétrer pour y introduire des idées, des images, des « valeurs » qui n’y étaient pas précédemment. Il voulait donner à cette action toute la dimension et toute la démesure dont il rêvait. Il fallait aussi que les esprits en question gardent l’impression que les idées qu’ils exprimaient ne germaient pas ailleurs qu’en eux-mêmes, et ne s’aperçoivent pas de l’intrusion. Exactement comme dans le film Maine-Océan, la scène nocturne où, pendant que le propriétaire de la maison dort profondément, quelques copains, qui ont un compte à régler, s’introduisent dans sa cuisine et vident consciencieusement son frigo et ses bouteilles en étouffant leur fou-rire.
J’ai déjà parlé d’EDWARD BERNAYS (le 16 mai), neveu de FREUD, inventeur des « public relations », qui a su mettre à profit les concepts élaborés par son oncle, pour en tirer des préceptes « utiles ». Propaganda est paru en 1928 (éditions Zone, 12 euros). Comme le titre, le sous-titre est un aveu : « Comment manipuler l’opinion en démocratie ». Je ne résiste pas au plaisir de citer les deux premières phrases du bouquin : « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays » (c’est moi qui souligne). A déguster lentement, non ? Et ce n’est pas un nazi qui parle, mais un Américain, un conseiller des présidents. Je cite la 4ème de couverture : « Un document édifiant où l’on apprend que la propagande politique au 20ème siècle n’est pas née dans les régimes totalitaires, mais au cœur même de la démocratie libérale américaine ». Ce n’est pas moi qui le dis : vous m’auriez taxé de parti pris.
GOEBBELS n’a eu qu’à piller, et il ne s’en est pas privé, les théories de BERNAYS pour développer les activités de son ministère de la Propagande. Mais ces théories ont aussi inspiré les gouvernants des régimes démocratiques. Car partout, sur la planète, leur grand problème a été au 20ème siècle de répondre à la question : « Comment obtenir des masses qu’elles obéissent ? ». Deux types de régimes servent à ça : les autoritaires et les démocratiques. Terreur, police, délation d’un côté. Liberté, bonheur, consommation de l’autre. Dans l’un, le bâton. Dans l’autre la carotte. Mais ne croyez pas que la question qui se pose, par exemple, dans la Tunisie de BEN ALI ne se pose pas dans nos belles démocraties. Il s’agit toujours d’obtenir la soumission, mais en prenant, cette fois, la mouche avec du miel. Il faut bien que les trouvailles de tonton FREUD servent à quelque chose ! La théorie psychanalytique pour éviter la Terreur, en quelque sorte ! Qu'en aurait pensé Robespierre en 1793 ?
Tout a été dit sur le thème « nazisme et propagande ». Toujours, évidemment, pour condamner sans appel l’entreprise de formatage des masses voulue par HITLER. Mais ils tiennent coûte que coûte à en faire un REPOUSSOIR. Pour ériger nos belles démocraties en CONTRE-MODELE. Le nazisme, ses horreurs, sa propagande fonctionnent en EPOUVANTAIL ABSOLU : les commentateurs, en général, mettent l’accent sur le fossé, l’abîme qui sépare notre système du sien. C’est sûr, il n’y a rien de commun entre les deux. Mais en est-on si sûr que ça ?
Car, en matière de manipulation des foules, les nazi (et sans doute aussi STALINE, il faudrait voir, parce que l’histoire du « petit père des peuples », comme propagande, ce n’est pas mal non plus) ont bel et bien piqué les idées d’un AMERICAIN. Les idées de BERNAYS servent de base large et solide, aux Etats-Unis, à tout ce qu’on appelle la propagande (ou publicité), la « communication », la manipulation des foules. Quand on nous bassine avec l’idée que l’Europe copie les Etats-Unis avec dix ans de retard, il faudrait rétablir le lien, le « missing link » (le chaînon manquant), qui n’est autre que GOEBBELS et le nazisme, qu’on présente le plus souvent comme une exception historique, ce soi-disant fossé qui dresse un mur infranchissable (petit hommage en passant au maire de Champignac, et à FRANQUIN, bien sûr) entre lui et nous : il y a bel et bien continuité. La seule rupture, énorme évidemment, ce sont la Shoah, les chambres à gaz, le système concentrationnaire, la terreur, etc. (l’U.R.S.S. de STALINE n’est pas loin derrière pour ce qui est des « performances », si l’on peut parler ainsi, elle est même peut-être devant) : en gros, toutes les procédures d’élimination pure, simple, brutale. Pour ce qui est de la liberté de l’esprit (je ne parle pas de la liberté d’expression), cela demande un examen approfondi.
Les Etats-Unis étant une DEMOCRATIE, il n’était pas question pour eux de recourir à la TERREUR pour faire marcher toute la population au même pas. Mais ils étaient face à un problème : par quel moyen arriver au même résultat ? Il fallait quand même faire marcher le pays, le faire prospérer, croître et embellir. Comment DIRIGER 122.780.000 de personnes (on est en 1930), sans violence, mais en étant aussi EFFICACE ? La grande habileté de l’Amérique a été d’utilise à outrance la connaissance du psychisme humain (FREUD et ses continuateurs, BERNAYS et LIPPMANN) pour OBTENIR L’ADHESION DES MASSES.
Je renverrai toujours, à ce sujet, à l’essai de JOULE et BEAUVOIS sur la « soumission librement consentie » : Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (quand les choses sont présentées habilement, l’individu, en régime de liberté, a tendance à se soumettre). Les auteurs, cependant, ne poussent pas au bout leur raisonnement dans ce qu’il a de critique : ils prennent le parti de l’optimisme libéral. Pour obtenir des masses qu’elles adhèrent, et même qu’elles désirent leur propre embrigadement, il suffit de perfectionner d’une part la connaissance de la psychologie des foules, d’autre part quelques techniques de communication bien venues.
A SUIVRE ...
20:30 Publié dans HITLER a gagné | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : george orwell, télévision, littérature, big brother, liberté, hitler, nazisme, goebbels, edward bernays, sigmund freud, propagande, manipulation des foules, obéissance, soumission
28.05.2011
DSK FAIT TOUJOURS BOUILLIR
Comme prévu, sur le front des médias, DSK a été relégué en pages intérieures. Mais quand même : il fait toujours bouillir la marmite des petits soldats du journalisme toujours prêts à satisfaire le légitime « droit à l’information » de la population (tiens, encore un « droit à » : moi qui ne connaissais que la notion de « liberté de la presse », éventuellement le « devoir de s’informer » des citoyens, nul n’étant censé ignorer etc., j’observe une curieuse inversion de perspective (dans une forme de prise d’otage), qui sert aujourd’hui d’argument en faveur de l’exercice de la profession de journaliste).
Bon, alors STRAUSS-KAHN ? J’arrive. Le Monde daté du 27 mai publie une page 19 entièrement consacrée à l’affaire. Passons sur l’inénarrable « Ne jetez pas mes combats aux oubliettes ! » de l’ineffable JEAN-FRANÇOIS KAHN : tes combats, mon pote, je m’en tape, mais ça ne veut pas dire pour autant que je hurle avec les louves pour une expression « inappropriée ». Pourquoi te donnes-tu tant de mal pour te faire ici flageller ? Pourquoi te présentes-tu ainsi, « en chemise et la corde au cou » ? Passons également sur « Pour en finir avec le sexisme », de CECILE ALDUY, curieusement désignée comme « Associate Professor de littérature française à Stanford University (Etats-Unis) : sachez apprécier la contorsion linguistique opérée par la personne entre le français et l’anglais. Elle est clairement dans le camp de l’accusation, en gros, au nom du droit et du principe d’égalité. Mais chère Madame, pourquoi fondez-vous votre raisonnement sur un SONDAGE, quand on sait leur infime valeur d’exactitude scientifique et leur usage le plus fréquent comme outil de propagande ? C’est vrai que vous vous appuyez sur d’autres données, mais enfin, celle-ci est la première citée dans votre texte.
Intéressons-nous plutôt à la troisième larronne : HÉLÉ BÉJI, malheureusement présentée comme « écrivaine », barbarisme aujourd’hui adoubé dans la novlangue en vigueur. L’éclairage est, au moins et pour une fois, original. L’auteur se démarque, et s’appuie pour cela sur … les droits de l’homme, mais au moins et pour une fois, remis dans une perspective universaliste. Certes, tout n’est pas défendable, dans le propos (« race féminine » par exemple), mais on trouve quelques idées, au moins et pour une fois, non convenues dans les milieux féministes. « A trop vouloir défendre notre sexe, on dégrade notre esprit. Les monstres de vertu développent parfois des âmes de tortionnaires. » On croirait entendre du PHILIPPE MURAY. « Le couvent des hommes, c’est la prison pour délinquants, aux portes de laquelle les femmes offensées font claquer leur fouet de dompteuses sur l’échine de la bête ligotée. » Que pensez-vous de ces fouets ? N’est-ce pas que ça devient drôle ?
Mais le plus intéressant est à venir. « Je ne la crois pas morale, ni noble, la pitié qu’on réserve aux seules créatures de son sexe. » C’est là qu’il pointe le nez, l’universalisme (ça me fait penser à ce Voltaire de : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire »). « Une femme qui ne sait pas se mettre aussi dans la peau d’un homme a perdu le sens de sa propre humanité. » Là, elle y va fort. La libération des femmes, dit-elle, « n’a pas été une destruction de l’autre » (l’homme). Elle y va fort aussi, quand elle dit : « Le propre de la femme est le souci de l’altérité. Son génie lui a permis d’inscrire le féminisme dans l’horizon du genre humain tout entier, et pas dans la défense exclusive de son sexe ». Notez qu’elle ne met pas « genre » à la place de « sexe », comme le fait la grande prêtresse JUDITH BUTLER. Mais sur l’affirmation du « génie » particulier des femmes, il me semblait au contraire que les « conquêtes » du féminisme s’étaient opérées selon le vieux principe des « vases communicants » (dans ce cas de figure, on se rappelle l’homme SAINT JEAN BAPTISTE : « Illam oportet crescere, me autem minui » : il faut qu’elle grandisse, mais que je diminue (j’ai un peu trafiqué la citation originale, qui dit un « illum » qui renvoie à Jésus sur la croix). Et puis, est-ce que la femme a, par nature, par essence, une « force d’empathie » ?
Elle ajoute ensuite : « Le sexe masculin appartient à la condition humaine et, quel que soit son crime, rien n’autorise la condition féminine à l’en exclure ». Merci d’en convenir : je croyais encore que c’était une évidence. En bref, l’argumentation n’évite pas l’outrance, parfois la confusion, mais, au moins et pour une fois, le « son » est différent du « bruit » ambiant. J’ai gardé pour la fin le titre de l’article de HÉLÉ BÉJI : « Refusons le féminisme victimaire ». Voilà, le mot essentiel est lâché : « victimaire ». Le plus ahurissant dans l’offensive féministe contre DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, c’est précisément cette posture de toutes celles qui se proclament défenseurs de la VICTIME, nommément désignée ainsi de façon répétitive, insistante et tintinnabulante. Jusqu’à preuve du contraire, NAFISSATOU DIALLO n’est pas une VICTIME, mais une ACCUSATRICE, une PLAIGNANTE. Le Droit (avec la majuscule), c’est aussi ça.
20:28 Publié dans DANS LES JOURNAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dsk, dominique strauss-kahn, jean-françois kahn, cécile alduy, le monde, journalisme, littérature, sexe, sondage, hélé béji, philippe muray, judith butler, nafissatou diallo, justice
27.05.2011
LA FRANCE RANCE EN RETARD
Nous en rebat-on les oreilles ! Puisqu’on vous dit que la France est en retard ! Enfin, il paraît ! Il semblerait ! Si l’on en croit la rumeur. Enfin, il y a beaucoup de gens qui l’affirment. Je ne vais pas me lancer dans la diatribe habituelle de PHILIPPE MURAY contre la consigne, mais il faut bien reconnaître que celle-ci est serinée avec constance par toutes sortes d’acteurs, enfin, toutes sortes de gens qui se déclarent, par exemple, « acteurs de leur propre vie », ou ce genre de niaiserie courante, qui coule comme un camembert en train de se faire la malle. « Avancez ! ». « Bougez ! ». Oui, il faut « faire avancer », « faire bouger ». Ainsi, ça n’arrête pas d’animer : la rue, la ville, que sais-je encore. Et attention à ceux qui refusent ou négligent d’entrer dans le « mouvement » : ils passent aussitôt pour « immobiles », « ringards », « archaïques », « passéistes », et ça ira même jusqu’à « réactionnaire », et il paraît que c’est très mal vu.
Il faut donc « bouger », sous peine d’accumuler les RETARDS, qu’on se le dise. Nous y voilà. Personnellement, je me débrouille pour arriver À L’HEURE à mon rendez-vous chez le dentiste, même un peu EN AVANCE, jamais en RETARD. Sinon c’est la honte, le rouge au front, la fleur de lys gravée sur l’épaule au fer rouge, comme le galérien du doux temps des rois. Pourquoi la France accumule-t-elle autant de retards incalculables dans autant de domaines ? Beaucoup de gens n’ont que cette dénonciation à la bouche. A ce train-là, on n’est même pas dans le « peloton de queue », avec les coureurs « ringards » menacés par la voiture-balai. C’est beaucoup plus grave.
Si l’on ajoutait les uns aux autres tous les RETARDS divers et variés colportés par les dénonceurs professionnels de RETARD, la France devrait en être restée, sinon à l’âge de pierre, en tout cas à une époque férocement « préhistorique » (se faire traiter de « préhistorique », c’est être publiquement marqué d’infamie) ; bon, à la rigueur au temps des pharaons (oui, je dis ça parce qu’on leur avait inventé la momification, évidemment). Haro sur celui qui refuse de « vivre avec son temps », en un temps où l’on vous ordonne d’ « avancer », de « bouger ». C’est même plus qu’une consigne, c’est un ORDRE. Si vous n’obéissez pas, vous serez puni : le déclassement, la relégation, le bannissement. Le bannissement de quoi ? Mais enfin, ça crève les yeux : de la MODERNITÉ, la béate MODERNITÉ, l’euphorique et toute-puissante MODERNITÉ. Il est impératif de « monter dans le train » de la MODERNITÉ. « Ne pas se laisser dépasser » (tiens, en passant, encore un joli chef d’accusation, « être dépassé »). Une telle unanimité chez les loups de la meute me laisse au moins perplexe, et me paraît même légèrement suspecte : ça mérite un petit examen, non ?
La mise en examen, ça fait un bon moment que je l’ai commencée. J’avais d’abord été frappé (je lis beaucoup la presse) par le nombre de journalistes qui consacraient leurs titres d’articles, voire leurs articles entiers, au thème de LA FRANCE EN RETARD, au point que ça a fini par m’apparaître, par l’accumoncellement (on disait ça, chez moi), comme une grille de lecture, je veux dire comme une façon de voir le monde : une orientation optique, en quelque sorte (l’œil braqué comme une boussole sur un « Nord » qui est tout sauf mallarméen ou célinien), ou la couleur du verre des lunettes avec lesquelles ils le regardent. Toujours le même angle de compréhension, toujours la même couleur du monde. Vous imaginez ça, vous, un monde monochrome ? Un monde unicolore ? Ils appellent ça LA FRANCE EN RETARD, donc.
La mise en examen est favorisée aujourd’hui par le progrès technique : internet fait des miracles. Tapez donc « France en retard » sur le moteur de recherche qu’on appelle « gogol ». Apparaissent aussitôt les noms de quatorze millions trois cent mille sites (14.300.000) en 0,14 secondes. J’ai consulté les dix premières pages gogoliennes : sur les dix premières pages (cent sites), et en évitant, mais pas toujours, les répétitions de thèmes, j’ai dénombré quarante-cinq domaines où la France est en RETARD. Voici la liste, donnée dans l’ordre des pages (le gogol classe les sites dans l’ordre décroissant de leur succès auprès des internautes).
Les domaines dans lesquels la France accuse un RETARD sont donc, au palmarès, et dans l’ordre : la production d’énergies renouvelables, le discrimination raciale, l’économie numérique, le débat sur le nucléaire, la sécurité informatique, le télétravail, le 4G/LTE (les plus nouveaux téléphones, je crois savoir), la révolution libyenne, l’assurance santé chien (si si), le handicap, le taux d’accès à la formation professionnelle, l’imagerie par résonance magnétique (IRM), la condition des noirs, l’agriculture biologique, la fiscalité écologique, internet, les biotechnologies de santé, REACH (j’explique : enregistrement, évaluation, autorisation des produits chimiques), les quotidiens qu’on peut lire sur e-book, le système éducatif, la robotique industrielle, la lutte contre la violence faite aux femmes (curieux : 22ème position seulement, bien plus profond dans le classement si je relève tout, évidemment), le numérique à l’école, les droits des LGBT (j’explique : Lesbiennes Gays, Bi et Trans), le cloud computing (là, j’avoue que je n’ai pas cherché), la prévention de la dépendance, l’autisme, les forfaits mobiles low cost, la maladie coeliaque (?), les smartphones, la grippe A, la télévision, la fibre optique, la préparation de la retraite, le mariage gay, l’homophobie scolaire, les femtocells (sic ! C’est en rapport avec l’ordinateur, il paraît.), les médicaments génériques, l’éolien offshore, la maison de retraite « gay friendly », le traitement des déchets, le progrès incrémental (si si, mais ne me demandez pas), la libéralisation du courrier, l’accueil des étudiants chinois, le transport de fret, le handicap dans ses rapports avec la sexualité. Voilà, j’arrête. Je jure que tout cela est authentique, naturellement. D’ailleurs, tout le monde peut vérifier illico. Et arrêtez de vous taper sur les cuisses ! On est dans le sérieux, dans le grave, dans le lourd. On est prié de ne pas rire !
Et il y en a 14.300.000 comme ça ! Moi je rigole, mais on peut dire que là, ça rigole pas. Cela veut dire que la France est en RETARD dans quatorze millions trois cent mille domaines. Et on est encore vivants ? Comment est-ce possible ? La France est tellement en RETARD qu’elle devrait être morte depuis longtemps, vous ne croyez pas ? L’âge des cavernes, je vous dis ! Les momies, je vous dis ! La « patrie » des « droits de l’homme » (pardon, dans la novlangue, « homme » étant obscène, il faut dire « droits humains », ce qui change tout, bien sûr) ravalée au rang de ruine, à visiter sous la conduite d'un guide, éventuellement. Mais dans cet INVENTAIRE, il manque quelque chose, vous ne trouvez pas ? Mais si, voyons : un RATON LAVEUR (je n’aime pas Prévert, mais là, je suis obligé) !
D’abord, déclarer : « La France est en RETARD », ça ne veut rien dire, dit comme ça. On parle de RETARD « par rapport à un moment fixé ou prévu » (Le Robert) : c’est celui qui se produit quand vous finissez pas vous dire : « Elle m’a posé un lapin, ma parole ! ». Donc un retard, c’est obligatoirement PAR RAPPORT à quelqu’un, à quelque chose. Le Robert donne une clé, tout à la fin de l’article (sens 4) : « (Mil. XIX°). Etat, situation d’une personne qui est moins avancée que les autres dans un développement, un progrès ». Première remarque : tous les éclopés du cerveau et de la grammaire qui affirment doctement que « la France est en RETARD » devraient être sommés de dire par rapport à quel(s) autre(s) pays. Deuxième remarque : une telle formule, si je me fie au Robert, entraîne ipso facto que le domaine dont on parle est dans un état de PROGRÈS incontestable, ailleurs dans le monde.
D’abord sur la première remarque : on est, de toute évidence, dans une COMPETITION. On parle de retard, par exemple, dans la piscine olympique, où Alain Bernard a pris un retard de douze centièmes de seconde sur Frédéric Bousquet. Sur la « Verte » des Houches ou celle du Lauberhorn. Sur l’anneau du « Nürburgring ». Dans la « transat » en double. Le point commun ? Il s’agit de COURSES. J’en conclus que, dans la tête de ceux qui profèrent l’ânerie « la France est en RETARD », flotte la certitude poisseuse, sans même avoir besoin de l'expliciter, que la course est légitime, que la compétition est nécessaire, que la guerre de tous contre tous (individus ou groupes) est un principe non seulement valable, mais une valeur désirable, absolue et universelle, et qu’ils sont amers, parce que la France ne fait pas, comme on dit, « la course en tête ». Et ils sont tous à guetter les trouvailles des uns, les innovations des autres. Je crains que, dans leur obsession, ils oublient quelque chose de plus important, et finissent un jour par entonner le refrain de JOHNNY HALLIDAY : « J’ai oublié de vivre, j’ai oublié de vivre ». Les pays du monde sont tous lancés dans une immense course, permanente, et surtout effrayante, parce qu’il n’y a PAS DE LIGNE D’ARRIVÉE. C’est jusqu’à la fin des temps ! Vous n’avez pas fini d’en baver !
Maintenant sur la deuxième remarque : si on y réfléchit bien, qu’est-ce qu’un « progrès » ? Et surtout : est-ce vraiment un progrès ? Si oui : en quoi est-ce un progrès, s’il vous plaît ? Allez-y, on vous laisse le temps pour trouver des arguments. Prouvez-le, que c’est un progrès. Tiens, au hasard : « l’assurance santé chien ». D’abord, je ne savais pas qu’il y avait une course mondiale à « l’assurance santé chien ». Ensuite, je cherche, et franchement, j’ai du mal à me dire autre chose que : « Tiens, les assureurs ont trouvé un nouveau moyen de racketter le pauvre monde, en dénichant ce "marché de niche" (si j’ose dire : oui, c’était facile ! ». A propos de la télévision (autre domaine), je ne vois ni la course, ni le progrès. Pour un certain nombre, il est facile de voir que le problème est surtout lié au développement et à la recherche de nouveaux marchés : éolien offshore, IRM, 4G/LTE, etc. On entend surtout l’attente anxieuse et empressée de la caisse enregistreuse qui espère des « retombées fructueuses » comme « retour sur investissement ». Pour tous les autres domaines cités ci-dessus, j'aimerais bien qu'on m'en fournisse, des arguments, et des arguments qui soient fondés sur autre chose que la simple proclamation des droits des individus. Je ne conteste à personne quelque droit que ce soit : je me contente de m'interroger sur la frénésie de certains à proclamer ces droits, et surtout à vouloir les inscrire dans des LOIS (ou : "de la défense des droits à la réécriture du DROIT").
Bref : on pourrait passer en revue les quarante-cinq articles ci-dessus de cette « grande charte de la compétition mondiale et du progrès obligatoire », on aboutirait à la même conclusion : « la France a du RETARD » est un expression nulle (mais malheureusement pas non avenue). Sous le couvert de cette expression, deux grands idéaux se présentent aujourd'hui à l'humanité comme but ultime, comme religion, comme GRAAL, et se partagent le bleu de notre ciel redoutable : la COMPETITION considérée comme le prototype ultime des relations entre les hommes ; l'INNOVATION, promue au rang de divinité, de salut, d'absolu, de rédemption. Notre novlangue est un filon riche en de telles pépites. Tout cela est donc du vent, du vent qui passe, du vent qui tourne. Sans consistance. Cela valait le coup de s’arrêter cinq minutes, vous ne trouvez pas ? Je terminerai sur le discours des "politiques", qui embouchent plus souvent qu'à leur tour les trompettes de cette renommée pitoyable et nauséeuse. Vous les entendez assez pour que je n'aie pas besoin d'insister : vous savez, avant même qu'ils aient ouvert la bouche pour claironner et klaxonner, qu'il ne sortira de cet orifice rien d'autre que du VENT.
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26.05.2011
HITLER AUJOURD'HUI ?
DE L’EUGENISME EN DEMOCRATIE « AUGMENTEE »
Tout d’abord, je signale aux lecteurs de ce blog que la présente note prolonge celle du 12 mai, intitulée « Eugénisme : HITLER a gagné ». En fait, ceci est un simple codicille, dont l’actualité me fournit le prétexte. Bon, c’est vrai que ce numéro du Monde date déjà du 25 (hier, au moment où j’écris : ça commence à se faire vieux). C’est au bas de la page 11. C’est intitulé « Alarmiste face au projet de loi de bioéthique, l’Eglise catholique dénonce un recul de civilisation » (en gras, les mots placés entre guillemets dans l’article). C’est signé Stéphanie Le Bars (est-elle la famille d'Hugues Le Bars, qui a habillé de musique des paroles de IONESCO : « Eh bien, Monsieur, Madame, Mademoiselle, je suis bien fatigué, et je voudrais bien me reposer » ? Morceau étonnant.). Le nom sonne breton.
Monseigneur Vingt-Trois (il paraît que la réserve des noms de famille en France est en train de se vider, mais avec un nom pareil, on s’est surpassé, presque autant que les Chevassus-à-l’Antoine ou Chevassus-au-Louis (authentique évidemment)), Monseigneur Vingt-Trois, disais-je, vient donc de réagir à un projet de loi. Déjà, on sent de quel côté penche Le Monde : « Alarmiste », ça pointe déjà quelqu’un qui crierait avant d’avoir été touché. En gros, « alarmiste », c’est juste avant la pathologie. L’article aborde d’entrée la tentative de « lobbying politique » de l’Eglise. Et ça continue avec : « Quitte parfois à forcer le trait ». On voudrait faire sentir que cet individu à nom de nombre a tendance à exagérer, on ne s’y prendrait pas autrement.
Qu’est-ce qu’il dit, l’archevêque de Paris ? D’abord la citation de ses propos mise en gros caractères au milieu de l’article : « On ne peut pas dire : "Les handicapés, on les aime bien, pourvu qu’ils ne viennent pas au monde" ». Voilà pour la référence à ma note du 12 mai (pour ça que je passe sur les détails du projet de loi, qui feraient ici double emploi). Le reste ? « Eugénisme d’Etat », « instrumentalisation de l’être humain ». La loi discutée à partir du 24 mai constitue « un recul de civilisation », et « une certaine conception de l’être humain serait très gravement compromise ». Qu’est-ce que je dis d’autre, le 12 mai ? Le président de la Conférence des évêques de France s’inquiète de « la systématisation juridique du diagnostic prénatal ». Il s’interroge : « Les faibles, les vulnérables auront-ils encore leur place dans notre société ? ». Il dénonce un « paradoxe », dans « cette instrumentalisation de l’être humain au moment où la Commission européenne travaille à la protection des embryons animaux ».
Rapidement : diagnostic prénatal (qui va évidemment de pair avec le remarquable avortement thérapeutique), recherche sur les cellules souches embryonnaires, extension à tous les couples de la P. M. A. (procréation médicalement assistée, dans la langue de bois officielle), proposition défendue pas les associations de défense des familles homoparentales : voilà des aspects de la loi abordés par le prélat. La journaliste écrit ensuite (en son nom propre, donc) : « En creux, le cardinal a salué le travail des députés catholiques et de la Droite républicaine, qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour défendre les idées de l’Eglise sur ces questions ». Ben voilà, il fallait que ce fût dit : Monseigneur Vingt-Trois est un sale vieux RÉAC. Mine de rien, voilà comment s’exerce la sacro-sainte neutralité d’une journaliste du « journal de référence » Le Monde. Mine de rien, il s’agit, à dose homéopathique, d’amener le lecteur à ranger l’Eglise dans le camp des vilains : les « réactionnaires », Le Monde étant bien entendu dans celui du Bien. Personnellement, je parlerais plutôt du camp des « bien-pensants » (au sens de Bernanos). Et "en creux", j'avoue que c'est à savourer longuement.
Je ne suis pas catholique. Je ne suis ni croyant, ni incroyant. Pour parler franc : je m’en fous. Mais, suite à la petite analyse que je proposais le 12 mai, je ne peux que confirmer ma conclusion : HITLER, qui a voulu promouvoir l’eugénisme au rang de politique d’Etat, a bel et bien GAGNÉ. L’Eglise, quoi qu’elle dise, a d’ores et déjà subi une défaite. L’atmosphère est au consentement général (ou à l’indifférence). Et ça se passe sous la pression de groupes minoritaires, qui réclament des « droits », « à égalité avec les autres citoyens ». Comme si ces groupes étaient composés d’autres individus que des citoyens !
Est-ce que ce projet de loi est bon ou mauvais ? Je ne sais pas. Ce que j’observe, de nouveau, c’est qu’il adopte de façon fervente et militante des principes qu’avait commencé à mettre en œuvre quelqu’un dont il suffit de citer le nom pour faire naître dans l’oreille qui l’entend un écho immédiat du MAL ABSOLU. C’est évidemment ADOLF HITLER. Et dès lors, je m’interroge : sommes-nous sûrs, dans cette société dépourvue d’autre ennemi que l’infâme terrorisme ; somme-nous sûrs, dans ce monde qui a définitivement versé dans le camp du BIEN, qui a, en quelque sorte, « basculé du côté LUMINEUX de la Force » ; sommes-nous absolument sûrs d’avoir choisi le parti de l’humanité ? Monseigneur Vingt-Trois, qu’il soit catho, je m’en tape : son inquiétude devrait être celle de TOUS.
Qu'y a-t-il de faux dans la phrase : « Les handicapés, on les aime bien, pourvu qu'ils ne viennent pas au monde. » ? Et qu'est-ce que ça a de RASSURANT, je vous prie ?
Le corps d'ADOLF HITLER est certainement mort. Mais ses idées ? Son PROGRAMME ? "Rassurez-vous" : tout ça est en cours d'exécution.
Le Meilleur des mondes est parmi nous.
22:07 Publié dans HITLER a gagné | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eugénisme, totalitarisme, société, politique, littérature, hitler, église catholique, presse, journaux, le monde, bioéthique, réactionnaire, handicapés
L'IMPOSTURE ECONOMISTE
Dans le zoo fou qu’est devenue la planète, l’économiste occupe une pace de choix. Que dis-je : l'animal tient le haut du pavé du centre de l'échiquier. Comme ils disent eux-mêmes, ils sont « incontournables ». Ce sont, disent-ils, des « spécialistes ». Leur spécialité, c’est l’économie. Une « science », paraît-il. Drôle de science quand même. La science, on sait ce que c’est, le Grand Robert le dit : « connaissance exacte et approfondie ». « Exacte » ? Alors l’économie N’EST PAS UNE SCIENCE. Qu’il y ait des invariants, c’est certain : plus on fabrique de la monnaie, plus les prix augmentent ; quand on détient un monopole, on s’enrichit plus que quand la vraie concurrence fait rage ; etc. J'ai quelques notions quand même, faut pas croire. Mais un des caractères infaillibles qui définit une science, c’est qu’elle est capable de PREDIRE les phénomènes (si tu es à 0 mètre, et si tu mets de l'eau sur du feu, elle bouillira à cent degrés Celsius, par exemple).
Ça crève donc les yeux : l’économie n’est considérée comme une science que par un abus de langage, un mensonge soigneusement entretenu par la corporation des économistes. Drôle de corporation, à vrai dire. Il se trouve que j’écoute de temps en temps l’émission du samedi matin à 8 heures sur France Culture, intitulée « L’Economie en questions ». Ils sont quatre ou cinq, ils sont appelés des « experts », ils discutent de deux sujets principaux. Et s’il y a un invariant, il est ici. Pendant une quarantaine de minutes, ces « experts », tous très savants, c’est certain, débattent. Oui, parfaitement : il DEBATTENT. C'est précisément là qu'est l'os. ILS DEBATTENT. Suivant les sujets, il leur arrive même de s’engueuler. Voilà l’abus de langage : ces « experts » dans la « science économique », ils sont rarement d’accord, d’une part sur l’analyse à faire d’un phénomène, d’autre part sur les solutions à apporter aux problèmes et les perspectives. Si c'était une science, il n'y aurait pas de débats aussi vifs (et ce ne sont pas les vitupérations du bibendum plein de suffisance arrogante CLAUDE ALLEGRE qui peuvent me convaincre du contraire). Ecoutez un peu, un jour où vous n'avez rien de mieux à faire, ça devient toujours assez drôle, quand ce n’est pas franchement burlesque, quand ces grands spécialistes attaquent la partie « IL FAUT » du débat.
NOURIEL ROUBINI, cet économiste américain d’origine iranienne, s’est terriblement singularisé, début 2008, en prédisant la catastrophe des prêts hypothécaires aux Etats-Unis (« subprimes »). Tous ses collègues l'appelaient Cassandre : à présent, c'est plus un Cassandre, c'est un grand savant. Combien sont-ils dans le monde ? En France, on connaît maintenant PAUL JORION (l’homme au blog), qui avait aussi prévu la crise de 2008. Il prédisait hier la désintégration de l’Europe. Faut-il espérer qu’il se trompe ? De tels économistes, il doit y en avoir quelques autres dans le monde. Mais ils sont l’exception : dans l’ensemble, la profession se trompe régulièrement, incapable de seulement anticiper les événements. Or la profession, ce sont les « experts », et les « experts », ils sont où ? Ils enseignent l’économie, pardi. Ils forment de futurs économistes. Certains deviendront profs à leur tour, et la boucle est bouclée. C’est comme le poisson rouge dans son bocal : il tourne en rond. On serait dans les biotechnologies, on appellerait ça le « clonage ». On n’est pas près d’en sortir.
Je ne m’attarderai pas sur la folie furieuse de l’économie financière, sur la dictature des marchés et des « agences de notation », sur la récente et la peut-être future catastrophe. Je ne suis pas « expert », moi. Je me contente de regarder (et de subir, comme tout un chacun) la voracité de ce tout petit monde qui fait la loi au reste du monde. Je m’intéresse quand même à son fonctionnement, après tout, je suis concerné. J’ai donc mon mot à dire. Des gens plus qualifiés s’y intéressent aussi. ALBERT JACQUARD : J’Accuse l’économie triomphante ; VIVIANE FORRESTER : L’Horreur économique ; EMMANUEL TODD : Illusion économique ; et j’ajoute, pour faire bonne mesure, l’économiste JOHN KENNETH GALBRAITH : Les Mensonges de l’économie. Il n’a pas été Prix Nobel d’économie, celui-là ? Sauf qu’en fait de Prix Nobel (c’est-à-dire ceux fondés par ALFRED NOBEL en personne), il y en a CINQ et pas un de plus : médecine, chimie, physique, paix, littérature. Prix Nobel d’économie : inconnu au bataillon ! Oui, il existe un Prix d’économie, décerné (depuis 1968 ?), par la Banque de Suède, que les journalistes traduisent (faut-il qu’ils soient paresseux !) Prix Nobel. Là encore, donc, un simple ABUS DE LANGAGE. L'économie est bourrée d'abus de langage.
Bref, les quatre auteurs ci-dessus (dont un Prix « Nobel » donc) s’en prennent à l’économie en tant que telle. Todd, par exemple, parle en 1998 du « projet d’une impossible monnaie européenne » (c’est moi qui souligne). Lui aussi, il croit que l'Europe va se désintégrer ? Peut-on parler d’économie quand on n’est pas un « expert » ? La réponse est définitivement OUI ! C’est comme en psychanalyse, où vous avez JACQUES LACAN d’un côté, et de l’autre des gens comme DIDIER ANZIEU. L’un jargonne à qui mieux-mieux, et ça intimide, et ça impressionne les gogos. L’autre explique des choses complexes dans une langue claire qui cherche avant tout à être comprise. La plupart des économistes jargonnent, avec l’intention bien arrêtée de maintenir le profane hors du cercle des initiés. Mais tous ces gens, finalement, n’ont aucune certitude, mais aussi aucun compte à rendre (mais quel responsable, aujourd’hui a des comptes à rendre ?). Ils peuvent, crise après crise, continuer à SE TROMPER (soyons indulgents : en CHANGEANT D'ERREUR à chaque fois, en adoptant une erreur différente, parce que nous, on a oublié la précédente, et c'est bien, parce que, comme ça, tout le monde croit ce qu'ils disent A PRESENT) dans les mêmes médias : voyez le petit ALAIN MINC qui, en tant que « consultant » (ça veut dire « expert » je suppose) grassement rétribué, continue à « conseiller » les puissants.
Moi, ce que je comprends, dans les diverses (et opposées) théories économiques, c’est que le fait même qu’il y ait des théories économiques est en soi une IMPOSTURE. (Je ne reviens pas sur celle que constitue le mot « science ».) Parlons de DOCTRINE, ce sera plus honnête. Le mot « théorie » est fait pour impressionner, rien de plus. En fait, ce que ne disent pas les « experts », c’est que dans leurs « théories », il y a moins d’ ECONOMIE que de POLITIQUE. Les fantoches « politiques » (vous direz que j’abuse des guillemets, mais il les faut) qui défilent sur les écrans et dans les journaux sont précisément cela : des FANTOCHES. Ils nous font croire qu’ils font de la politique, alors que la politique, elle se fait aux derniers étages des GOLDMAN SACHS et autres multinationales, elle se fait dans ces merveilleux endroits répartis sur toute la planète, monde sur lequel l’argent ne se couche jamais (bien content de ma formule). On appelle ça les « bourses » (c’est cruel pour les mâles, mais il est vrai qu’une bourse, ça se remplit et ça se vide : pardon. Il y a bien dans ma belle ville une rue Vide-bourse !).
Sarkozy et ses complices du G 8 font semblant d’être des acteurs, d’avoir du pouvoir, pire : ils nous font croire qu’ils savent ce qu’il font, et qu’ils feront ce qu’ils disent. En réalité, ils courent derrière, en essayant de nous convaincre que « la politique a repris le dessus », et qu’ils sont les meneurs de cet Amoco Cadiz. C’est à cette tâche constante (marteler, bourrer le crâne) que se consacre l’industrie télévisuelle et une bonne part de la presse papier (presse-papier ?). Quand, le soir même de son élection, NICOLAS SARKOZY va passer la soirée au désormais célèbre Fouquet’s, ce n’est pas parce qu’il est ami de quelques milliardaires. Il n’est pas le chef, ce soir-là : il est le LARBIN. Les gars autour de la table, disent : « C’est bien que tu sois élu. Maintenant, tu vas pouvoir faire NOTRE POLITIQUE ». Dites-moi si je me trompe : est-ce que ce n’est pas comme ça que ça s’est passé effectivement ?
Allez : la vie est belle et c’est tant mieux (il faudra que je trouve une formule plus personnelle. « Et c’est ainsi qu’Allah est grand », par exemple. Ah mais je m’aperçois qu’ALEXANDRE VIALATTE me l’a ôtée de la bouche, il y a déjà quelques décennies).
10:57 Publié dans DANS LES JOURNAUX, J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, économie, société, politique, nicolas sarkozy, science, débat, claude allègre, nouriel roubini, paul jorion
25.05.2011
MANIFESTE DES ALEXIPHARMAQUES
Il intrigue, n’est-ce pas, l’intitulé de ce blog. J’imagine que, parmi les quelques lecteurs qui visitent ce blog, ils sont quelques aussi à se demander ce que peut bien vouloir dire « alexipharmaque ». Qu’est-ce que c’est, ce snob qui joue à l’érudit ? Eh bien, je le dis avec franchise, avec force, et même, disons-le, avec conviction : la question est LEGITIME. Pour y répondre, permettez-moi de faire un peu d’archéologie et d’étymologie.
D’abord un peu d’archéologie : le 30 MARS 2011, j’ai publié ici même une courte note, agrémentée de quelques photos (il y avait quelques monuments aux morts d’après la guerre de 1914-1918, quelques couvertures d’albums de bandes dessinées, et pour, en quelque sorte, servir de jambon-beurre entre ces deux tranches de pain sec, quelques CARLA BRUNI photographiée artistement dans le plus simple appareil. Les photos sont bien, la femme, je n’en sais rien.). Cette courte note renvoyait, en lui tressant des couronnes de laurier évidemment, au blog que j’avais inauguré en 2007, puis suspendu en 2008.
Pourquoi l’avais-je alors intitulé « contrepoison », orthographié KONTREPWAZON (http://kontrepwazon.hautetfort.com/) ? J’avoue que j’ai un peu oublié les raisons du choix à l’époque. Mais il y avait sûrement un germe d’esprit de contradiction, de contre-courant, de contre-offensive, de contre-ce que vous voulez. J’y parlais de divers sujets, après avoir commencé sur ce que j’avais appelé MONUMORTS (voir ci-dessus).
J’ignorais, avant d’ouvrir le présent blog, jusqu’à l’existence du mot « alexipharmaque ». Mais quand s’est profilée l’ouverture dudit présent blog, sur le même présent site, il m’a fallu lui donner une appellation. Comme je n’avais pas été mécontent de la précédente, mais comme je ne pouvais plus accéder à mon propre blog, ayant égaré les clés d’entrée, j’ai été obligé de fouiller dans la véritable MALLE AU TRESOR que constitue le livre inépuisable d’ HENRI BERTAUD DU CHAZAUD (Gallimard, collection Quarto, 1853 pages utiles). C’est un Dictionnaire de synonymes et de mots de sens voisin. Vous voulez qu’on parle franchement ? Eh bien, je n’ai jamais vu MIEUX. Et je m’y connais, en dictionnaires. Le « nec plus ultra ». Alors vous allez voir à « contrepoison », et vous tombez sur le premier synonyme : ALEXIPHARMAQUE. Vous avez maintenant la clé étymologique de la cuisine. « Alexis », celui qui protège. « Pharmaque », la substance qui empoisonne (un conseil : méfiez-vous du pharmacien).
Oui, me direz-vous, mais pourquoi « contrepoison » ? Là encore, cher lecteur bénévole, la question n’est rien d’autre que LEGITIME. Et je tâche de répondre dare-dare à la question légitime. On va dire que ça fait du temps que je pratique ce vice qu’on appelle « impuni » : la lecture. Des livres, évidemment. Essentiellement. Mais aussi la presse : j’ai passé pas mal de temps et d’argent dans la lecture de toutes sortes de journaux et de revues diverses (j’ai collectionné les revues les plus bizarroïdes, comme l’improbable Géranonymo, le minuscule Surprise, et tant d’autres. Je me rappelle un fanzine, Nyarlathotep, un tout petit machin bricolé par Michallet, un camarade de fac qui avait donné un temps dans les thèses situationnistes, mais qui avait tout de même réussi à soutirer pour sa couverture, un dessin à un inconnu, qui s’appelait GIRAUD, célèbre aujourd’hui aussi sous les noms de GIR et de MOEBIUS).
Le problème de la presse, des journaux, des revues, ce qu’on appelle « médias de masse », c’est que tout ça finit par donner de notre monde, le monde réel, une drôle d’image. A quoi s’est ajoutée, au fil du temps, une sale contamination du langage. Les Etats-Unis, entre autres virus, nous ont infectés avec celui qui atteint le monde entier : le virus épouvantable du POLITIQUEMENT CORRECT. L’époque s’est convertie (je ne vois pas d’autre mot) à l’euphémisme (vous savez : « Côtes d’Armor » au lieu de « Côtes du Nord », « Alpes de Haute Provence » au lieu de « Basses Alpes », « non voyant » au lieu d’ « aveugle », et « personne à mobilité réduite » au lieu d’ « infirme »). GUY BEDOS ajoute avec justesse « non comprenant » au lieu de « con ». Je crois que tout le monde connaît déjà « technicien de surface », « gardienne d’immeuble », « hôtesse de caisse »). J’arrête là. Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai du mal à supporter. Je renvoie, en passant, aux livres de Viktor Klemperer et Eric Hazan (voir ma note du 28 avril, sur LTI et LQR).
Tout le monde s’y est mis. Les journalistes, évidemment, comme ils sont les plus exposés aux poursuites pénales, ont été obligés de s’y mettre. Les hommes politiques n’ont pas tardé à emboîter le pas : ça ne vous irrite pas les gencives au plus haut point, quand MARTINE AUBRY annonce qu’elle veut « répondre aux attentes légitimes des Françaises et des Français » ? Delanoë qui parle des « Parisiennes et des Parisiens » ? (Heureusement, il y a le lapsus politique (Rachida Dati, et tout dernièrement NICOLAS SARKOZY en personne, à son "e-G8", où il a parlé des "internôtres".) C’est comme un catéchisme appris par cœur et tellement entré dans les neurones et dans l’air ambiant, et qui ressort comme ça, spontanément, comme un réflexe de Pavlov. Ce bréviaire dont on nous rebat les oreilles, et récité avec tant de sérieux par tous ceux qui s’expriment par écrit ou par oral dans les médias, ça finit par tisser une toile d’araignée, un filet qui se resserre sur les mouches qui s’y laissent prendre, je veux dire les lecteurs de journaux, les auditeurs de la radio, les spectateurs de la télévision.
Nous bouffons de la novlangue (1984 d’ORWELL), nous sommes abreuvés jusqu’à plus soif de « politiquement correct ». Le présent blog se propose, bien modestement et entre autres sujets, de commenter, d’analyser quelques-uns des INSUPPORTABLES du vocabulaire ambiant, de la « pensée » ambiante (si tant est qu’il s’agisse encore de pensée), de la défaite ambiante de la pensée (j’emprunte au titre de ALAIN FINKIELKRAUT). Tout ça se passait, aux Etats-Unis, sous l’influence de groupes qui ont fini par acquérir un pouvoir de nuisance, et qu’on appelle les MINORITÉS : les « personnes contrariées dans leur croissance verticale » (= les nains), la fabuleuse « minorité » (???) constituée par la moitié de la population (les femmes, tout le monde a compris), les « Africains-Américains » (il paraît que c’est comme ça qu’on dit pour « noirs »), les diverses « minorités sexuelles » (L. G. B. T. est un sigle qui s’est dorénavant imposé, au premiers rangs desquels les « gays » (il ne faut plus dire « homosexuels », sous peine de …).
Et tout ce beau monde s’est mis à revendiquer ses « droits », à militer pour l’ « égalité », à lutter contre la domination du mâle, contre l’hégémonie du blanc (là, il faut dire qu’il y a quelques raisons), contre la dictature hétérosexuelle, etc. Coalisées, les MINORITÉS sont devenues une sorte de MAJORITÉ. Leur lent travail de sape des libertés générales a fini par payer : le statut de VICTIME (voir ma note précédente) s’est vu ériger une statue (la plus récente étant la nommée NAFISSATOU DIALLO, qui n’est pas une victime de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, mais une PLAIGNANTE, jusqu’au prononcé du jugement) ; les geôles les plus infâmes, les culs-de-basse-fosse les plus putrides, bientôt les bûchers, au moins médiatiques, sont promis aux êtres infernaux qui « portent atteinte aux droits des minorités », qui oseraient ironiser à propos des handicapés, qui auraient l’infernal culot de se rendre coupables de « sexisme », accusation bientôt confondue avec celle de « racisme » (on croit faire un cauchemar, mais c’est bien réel). Au nom du « respect des différences » et « de l’exigence de « tolérance », nous entrons dans une société de l’ INTOLERANCE. Les accusateurs publics potentiels sont maintenant légion.
Un exemple gratiné : oser parler de « différence sexuelle » entre hommes et femmes, eh bien, c’est épouvantablement réactionnaire, c’est à remballer dans les catégories de l’humanité cavernicole. C’est une grave atteinte aux « droits des minorités ». Depuis la grande prêtresse JUDITH BUTLER et la fondation des études sur le « genre », on a découvert que l’humanité, depuis l’aube des temps AVAIT TOUT FAUX. Il faut que ça se sache : le sexe ne repose sur rien de biologique, le sexe est une « construction culturelle » élaborée dans l’unique but de réprimer « les désirs légitimes des Américaines et des Américains », « leur droit légitime au choix d'une orientation sexuelle», et à « l'interdiction de la discrimination à leur égard ». Au fait, comment elle s'appelle, la femme entendue hier sur France Culture qui parlait de « la participation des femmes au montages de la scène érotique » ? De « l'hétérosocialité ludique » (qui traduit sans doute une entreprise de séduction entre homme et femme) ?
Comprenons-nous bien : il est hors de question de revenir à quelque criminalisation que ce soit. Mais j'en suis venu à me demander si l'on n'assiste pas aujourd'hui à l'irruption d'un criminalisation à l'envers. Et cela se passe pour beaucoup dans le langage, avec d'un côté des prescriptions (vous devez utiliser tels mots et expressions), et d'un autre côté des proscriptions (il est interdit de dire ceci ou cela). En somme, le présent blog se propose de décrypter dans le langage (principalement médiatique) quelques stéréotypes qui se présentent aujourd’hui comme des vérités qui doivent absolument s’imposer, y compris à travers des LOIS interdisant l’emploi de certains mots (ces temps-ci, c'est au tour du « populisme»), de certaines expressions, et réprimant toute infraction, rétrécissant de jour en jour, avec le consentement ahurissant de la population, intimidée par tous les FLICS potentiels, l’espace de ce qui s’est appelé il n’y a pas si longtemps la LIBERTE D’EXPRESSION.
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24.05.2011
ELOGE DE LA DISCRIMINATION
Ce qui est grand n’est pas petit. Ce qui est bleu n’est pas vert. Ce qui est LÁ n’est pas ICI. Ce qui est loin n’est pas près. Ce qui est A n’est pas B. Ce qui est lourd n’est pas léger. Ce qui est dur n’est pas mou. Ce qui est vivant n’est pas mort. Ce qui est virtuel n’est pas réel. Ce qui est vrai n’est pas faux. Ce qui est devant n’est pas derrière. Ce qui est en haut n’est pas en bas. Ce qui est à gauche n’est pas à droite. Ce qui est jour n’est pas nuit. Ce qui est eau n’est pas terre. Ce qui est pointu n’est pas rond. Ce qui est lisse n’est pas rugueux. Ce qui est vertical n’est pas horizontal. Ce qui est pluie n’est pas soleil. Ce qui est chaud n’est pas froid. Ce qui est obscur n'est pas clair.
Bon, je commence à vous bassiner la cafetière, je sens. J’explique : je viens de faire une liste (minuscule) de DISCRIMINATIONS, voilà. C’est une suite de 1 et 0 d’avant la logique mathématique, d’avant l’invasion par le numérique. Discriminer, ça veut dire FAIRE LA DIFFERENCE. Vous voulez un exemple ? On a entendu ça sur France Culture, le 24 mai 2011, au bulletin d’information de 7 heures. Ce n’est pas vieux. Un lieutenant colonel de réserve (français) analyse la nouvelle stratégie des forces internationales en Libye, qui consiste à y envoyer des hélicoptères de combat, forcément plus vulnérables que des avions. Ces hélicoptères, je cite : « permettent d’opérer une DISCRIMINATION plus fine des cibles au sol ». C’est un spécialiste qui parle. Maintenant, je remonte un tout petit peu plus loin : le début de la "Genèse" dans la Bible. Qu'est-ce qu'il fait, Dieu ? Il SEPARE. Premier jour, il sépare la lumière et les ténèbres. Deuxième jour, le firmament sépare les eaux d'au-dessous des eaux d'au-dessus. Troisième jour, il sépare la Terre et la Mer. Quatrième jour, il sépare le jour et la nuit. Sixième jour, à son image, il créa l'humanité, en ayant soin de préciser : "mâle et femelle". Et après tout ce travail de séparation, il se repose. Si c'est pas de la DISCRIMINATION, ça.
Le sort indigne qui est fait à ce noble mot de DISCRIMINATION, le sombre destin qui est devenu le sien de nos jours devraient faire se dresser les cheveux sur la tête de ceux qui en ont, maladie contre laquelle je suis désormais vacciné. Comme d’autres termes dont j’ai déjà parlé (« phobie », « tolérance ») ou dont je parlerai (« racisme », « victime »), le temps présent range le bocal « discrimination » sur le rayon du MAL. A ce titre, il est intolérable, inacceptable, inadmissible. D’ailleurs, c’est fait : il est PROSCRIT. Nous avons en effet, à présent, une HALDE. La halde est un petit animal exotique, féroce, qu’on a introduit récemment sur le territoire français pour assurer la pérennité de l’espèce, paraît-il menacée. Une drôle de bestiole quand même. Mais il semblerait que cet effort louable ait été vain : elle est morte. Il est vrai qu’elle a été illico remplacée par un animal autrement imposant : on le nomme « défenseurdesdroits » (sic !).
Mais foin de cours de zoologie : la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, est (était) chargée de la Police des Droits. La principale difficulté, c’est le concours d’entrée. Le diplôme s’intitule « B. A. S. V. » : Brevet d’Aptitude au Statut de Victime. Et la refonte en Défenseur des Droits ne va pas faciliter les choses. Il ne suffit pas de se dire victime pour être admis dans le cénacle des victimes, en effet, de même qu’il existe aujourd’hui infiniment plus d’ « artistes » auto-proclamés que d’artistes véritables. Une sélection sévère s’impose (dans la déchetterie actuelle, on utilise le pléonasme « tri sélectif »). Un examen préalable et rigoureux décide si la personne est recevable au statut envié de victime (« envié » car – et c’est flagrant avec le sémillant NICOLAS SARKOZY – il « ouvre droit à réparation ». Traduction : « Ça peut rapporter gros. »). MADAME DIALLO, que tout le monde connaît maintenant, n’est pas, en l’état actuel des choses, une VICTIME de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, mais une PLAIGNANTE (ben oui, puisqu’elle a porté « plainte » !). Mais j’y reviendrai une autre fois.
DISCRIMINATION, c’est la faculté humaine de DÉMÊLER : le vrai du faux, le fait du droit, le réel du virtuel, l’homme de la femme, etc., je ne vais pas recommencer. Cela a beaucoup à voir, donc, avec la capacité de jugement. Sans discrimination, donc, pas d’espèce humaine (je vais tout de suite à l’essentiel). L’histoire de l’humanité fourmille d’exemples qui montrent qu’être capable de discriminer a été indispensable à son évolution. Tiens, un parmi d’autres : pour nous, la couleur verte, c’est simple, sauf si tu es daltonien. Eh bien, dans le langage d’une tribu d’Amazonie dont j’ai oublié le nom (peut-être existe-t-elle encore), il y a deux cents (200) mots pour la signifier, pour les multiples verts observables dans la forêt, suivant le lieu, le moment de la journée, la plante, la qualité de la lumière, etc. Vous imaginez à quelle subtilité on peut parvenir pour évoquer deux cents nuances possibles d’une même couleur ? Essayez donc : vous en voyez combien de différents, des verts, quand les arbres, au printemps, commencent à pousser leurs feuilles à l’air libre ? Encore un : la botanique a un grand ancêtre, le suédois CARL VON LINNÉ (1707-1778), qui a passé sa vie à DISCRIMINER : il a dessiné des « arbres », avec des embranchements qui, au fur et à mesure de la description des plantes, se ramifient, pas à l’infini, mais presque. Même chose pour la zoologie évidemment.
Pour pouvoir s’y reconnaître dans ce monde, l’homme a donc eu besoin de CLASSER ses éléments en leur donnant, à chacun, un NOM DIFFERENT. Allez, un dernier exemple pour la route : que serait aujourd’hui la divine INFORMATIQUE sans DISCRIMINATION ? Car qu’est-ce que c’est, une arborescence informatique, sinon un système de CLASSEMENT, de DISTINCTION et de HIERARCHISATION ? Je n’y peux rien : en zoologie, par exemple, vous avez l’ « ordre » (mettons les falconiformes chez les rapaces diurnes), puis vous avez les « familles » (mettons les accipitridés, chez les mêmes), ensuite vous avez les « genres » (mettons les aigles, pour faire simple), et puis vous avez les « espèces » (mettons l’extraordinaire milan royal, avec sa longue queue rousse échancrée). Et après les espèces, il y a les « individus » (d’une buse variable à l’autre, il reste des différences. Il faudrait dire : la différence fait de la résistance).
HIERARCHISER ! Le sale mot a été lâché ! Hiérarchiser, aujourd’hui, c’est proprement diabolique. C’est drôle : nous passons nos journées à hiérarchiser et à classer (ce que nous voulons faire ou ne pas faire, les informations qui nous intéressent ou non, les personnes que nous souhaitons voir ou ne pas voir, les livres que nous avons envie ou non de lire (je parle pour ceux qui lisent des livres), etc. On appelle souvent ça des « priorités.). Et avec ça, on nous donne des coups de marteau sur le crâne pour nous convaincre que c’est mal ? Mais c’est la schizophrénie à l’état pur, ma parole ! Hiérarchiser, c’est discriminer, et puis c’est nécessaire : est-ce qu’il faut aller à droite ou à gauche ?
Alors aujourd’hui, ce qui prime, c’est la « lutte contre toutes les discriminations » ? « Bon sang, mais c’est bien sûr », disait RAYMOND SOUPLEX à la fin des Cinq dernières minutes (à mes yeux le seul commissaire Bourrel qui soit, c’est vous dire mon âge). Mais au fait, qu’est-ce qu’on appelle ici « discrimination » ? JEAN YANNE, dans un sketch célèbre, proclame sa haine des « routes départementales ». Là, on se rapproche du sens couramment donné à « discrimination » aujourd’hui. Cela veut dire que dans le pays de ce JEAN YANNE de permis de conduire, il n’y a que des routes nationales, peut-être ? Bon, c’est évidemment le gag. Mais ça montre en douce que l’idée est tout simplement folle. Intraduisible dans les faits. C’est heureusement en vain qu’HITLER a essayé de purger la race aryenne des éléments juifs qui la corrompaient.
Alors on peut bien rameuter des VACHER DE LAPOUGE, des GOBINEAU pour introduire dans l’espèce humaine des hiérarchies fondées sur des critères vaseux, voire délirants, pour segmenter l’humanité en catégories homogènes qui seraient naturellement hiérarchisées (vous savez : « supérieur », « inférieur »). Il ne faut pas appeler ces tentatives haineuses et fondées sur la trouille et le fantasme du beau nom de « discrimination ». On a « ségrégation », par exemple, ou « apartheid », qui ont à peu près gardé la force de leur sens. Je ne mentionne pas « exclusion », tout à fait dévitalisé à présent.
GEORGES PEREC a écrit un petit livre intitulé Penser/Classer (Le Seuil) : si on ne classe pas, on ne pense pas : c’est le règne animal. Des allumés du bocal ont prétendu, il y a bien longtemps, exporter la théorie darwinienne de l’évolution dans le domaine social. Mais ces agités de la rampe, genre SPENCER, ont allègrement confondu l’ « évolution » dont parlait DARWIN avec le « progrès », cette marche inéluctable de l’humanité vers sa propre amélioration (rien que la notion de progrès, d’ailleurs, est aujourd’hui mal en point). Ils ont voulu transformer de simples « faits », produits dans leur lente et longue succession, en « lois », c’est-à-dire en principes devant guider l’action des hommes et des sociétés. Ils ont voulu ériger des « conséquences observables » en « objectifs à atteindre », avant même d’avoir analysé la subtilité des mécanismes mis en jeu dans l’extraordinaire grand mécanisme qu’on appelle l’évolution.
Je crains cependant que le succès du mot « discrimination » pour désigner divers « apartheids » ne soit dû à un mouvement irrésistible. Chose curieuse, en effet, il devient quasiment impossible de lutter contre certaines gangrènes du vocabulaire. D’un côté, vous avez les « différences », qu’il faut absolument respecter, sous peine d’atteinte à la sacro-sainte « tolérance ». D’un côté, donc, il faut « respecter les différences » (nous sommes devenus de constants et talentueux « respecteurs de différences » à tout crin). De l’autre, il ne faut pas faire de « discriminations », sous peine, évidemment, d’atteinte à la sacro-sainte « tolérance ».
Si les mots ont un sens, « différence » et « discrimination » sont strictement superposables. Alors je dis : IL FAUDRAIT SAVOIR. D’un côté, le mot d’ordre de « créolisation » du monde, l’appel vibrant, insistant au « métissage » culturel (melting pot, world music, tout est dans tout et réciproquement). De l’autre, des revendications d’ « identité » de plus en plus fortes, parfois violentes. IL FAUDRAIT SAVOIR : « créolisation », « métissage », c’est exactement le CONTRAIRE de « différence », d’ « identité ». Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Incompréhensible ? Abracadabrantesque ? Il y a de quoi vous rendre chèvre !
Si les mots ont un sens, si les mots dessinent les choses qu’ils désignent, il y a, quelque part par là, si je suis gentil, du BOURRAGE DE CRÂNE, si je suis moins gentil, la mise en place d’un MONDE TOTALITAIRE, d’autant plus sournois qu’il s’est débrouillé pour susciter l’adhésion enthousiaste du plus grand nombre. Ça ne vous inquiète pas ? Ça ne vous rappelle aucun souvenir ?
Allez, comme disait le bon JEAN-JACQUES VANNIER, « la vie est belle, et c’est tant mieux ».
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23.05.2011
APRES LE SEXE, LE SPORT
LES COÏNCIDENCES QUI TUENT
C’est parfois drôle, la tyrannie de l’actualité, pas souvent, mais de loin en loin. Voyez, moi, ce matin, je poste ce billet sur le sexe comme addiction. Eh bien, tu le crois ou tu le crois pas, mais dans Le Monde de ce soir (daté demain), je tombe, en page 2, sur « Quand la relation au sport devient pathologique ». Oui c’est drôle, la tyrannie de l’actualité. Je cite : « besoin irrépressible et compulsif de pratiquer régulièrement et intensivement une ou plusieurs activités sportives ». Les conséquences à long terme sont redoutables. « 10 à 15 % des sportifs ayant une pratique intensive souffrent en réalité d’une véritable addiction. » Est-ce que par hasard nous vivrions dans une SOCIÉTÉ D’ADDICTION ? (Cela veut dire une SOCIÉTÉ DROGUÉE.) Je pose juste la question.
19:41 Publié dans DANS LES JOURNAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : drogue, addiction, journaux, presse, sport, le monde, société
DU SEXE DANS LA SOCIETE MARCHANDE
SEXE, ADDICTION et VIDEO
Je ne vais pas revenir sur l’affaire dans laquelle vient d’être « mouillé » (pardon, ça m’a échappé) DOMINIQUE STRAUSS-KAHN. Le feuilleton a pris dans les médias sa vitesse de croisière, pépère : on n’est plus à la une, il faut chercher en pages intérieures. Dans les journaux, une salade chasse l’autre. Je dirai simplement qu’il n’y a peut-être pas de hasard si celle-ci arrive aux Etats-Unis, pays atteint, quant au sexe, de névrose obsessionnelle, je dirais « névrose oxymorique » si l’expression existait. L’oxymore, je rappelle, c’est la formule qui présente deux termes logiquement impossibles à associer (« le soleil noir » de NERVAL, le « feu glacé » du Roméo de SHAKESPEARE).
Vous me direz, pourquoi névrose oxymorique ? Pour faire court : d’un côté le matraquage d’une propagande frénétique qui ordonne à chacun de consommer et de jouir ; le développement d’une industrie du porno (j’ai oublié le nom du pape qui règne sur le film X) ; l’exacerbation de tous les désirs. – De l’autre, un encadrement puritain très strict des rapports entre hommes et femmes ; une codification tatillonne de ce qui se fait et ne se fait pas, avec en arrière-fond la qualification d’un délit, les menottes, le tribunal (est-il vrai, mais j’ai du mal à le croire, qu’il existe dans certaines universités, un « code de bonne conduite sexuelle » que les étudiants sont invités à signer avant d’y entrer ?) ; en gros et en bref, l’interdiction plus ou moins officielle de ce que, en France et pendant des siècles, on a appelé SEDUCTION (au secours MARIVAUX !). Il y a de quoi enfermer la pauvre population masculine, ainsi prise en tenaille, pour schizophrénie.
Restons en France. En 2002 dans Marianne, PHILIPPE MURAY se gausse (« Malbaise dans la civilisation ») de l’affrontement qui a opposé, d’un côté, le CSA, aidé de l’ineffable CHRISTINE BOUTIN, qui voulait interdire les films porno à la télévision, et de l’autre, tous les tenants de la liberté d’expression CULTURELLE incarnée pour l’occasion, par lesdits films. J’adore personnellement le fait qu’à propos de PORNO on puisse parler de CULTURE (mot qui amène immédiatement le jeu de mot, non ?). Il est certain que le sexe s’est banalisé, qu’on en parle au quotidien, de façon forcément « décomplexée » (je me marre). Il est certain que se passer un petit porno le samedi soir quand on s’ennuie devant la télé, n’est plus exceptionnel, ni même clandestin. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’un ami me racontait qu’il regardait des pornos avec son fils qui devait avoir dix ou douze ans. Ne m’en demandez pas plus.
L’accès au sexe LIBÉRÉ est donc d’une facilité aujourd’hui incomparable, et imparable. Vous avez le salon « éros » (pauvre éros, quand même !). Vous avez des rayons entiers de DVD spécialisés, pour tous les goûts. Vous pouvez choisir votre assortiment de « sextoys » personnalisé : vous, c’est plutôt le classique vibromasseur (avec ou sans télécommande, avec ou sans « fioritures ») ou « boules de geisha » ? Vous avez toutes sortes de BD, de romans photos, etc. Vous avez toutes sortes de boîtes où sortir en couple, pour « échanger » (ça pimente la relation, et puis c’est MODERNE, on vous dit). Bref : on est au supermarché, avec son caddie, on passe dans les rayons, puis on passe à la caisse (ah oui ! Il faut savoir ce qu’on veut !). Quelqu’un (je ne cafterai pas) me parlait, il n’y a pas longtemps, d’une visite qu’il a faite à une amie en compagnie de son fils (environ huit ans), qui, s’étant mis à fouiner partout, tombe sur un « objet » qui se met soudain à vibrer : « Papa, qu’est-ce que c’est ? ». Tête du père. La femme pas gênée pour deux sous.
Tout cela offre un tableau triomphant du PROGRÈS, évidemment. Bon, il y a quelques revers à la médaille. Une fois les parents partis chez des amis, qu’est-ce qui m’empêche de mettre un DVD dans l’appareil ? Personne. Pas même la « cachette », quand ils en ont imaginé une. « Ben comme ça, ça leur fait au moins une éducation sexuelle, c’est mieux que rien ! » Je veux, mon neveu ! J’en veux de ce genre d’éducation : au moins, les gamins n’attendront pas l’âge adulte pour savoir ce que c’est qu’une verge en érection, une chatte qui mouille, un ramonage en règle, et par tous les trous ! Et à deux, à trois, en TAS ! Le PROGRÈS, je me tue à vous le dire. Et puis c’est bien : c’est paraît-il de plus en plus tôt. Comme initiation à la MÉCANIQUE, avant d’entrer au lycée professionnel, c’est bien, comme apprendre l’écriture en maternelle, tiens !
Alors le résultat, vous me direz ? Le résultat se trouve, par exemple, dans Le Monde daté 22-23 mai, à la page 24. C’est signé MARTINE LARONCHE, intitulé « Quand le sexe prend les commande », et sous-titré : « Les patients qui souffrent d’addiction sexuelle sont de plus en plus nombreux à consulter ». Vous avez bien lu : « addiction sexuelle ». Peut-être que pour STRAUSS-KAHN, c'est ça, après tout ? Ce n’est pas (encore) répertorié parmi les troubles mentaux : c’est une « dépendance comportementale » (belle trouvaille !). L’addiction sexuelle touche davantage les hommes que les femmes. Les Américains (toujours eux) développent les études à son sujet. Sous-entendu, sans doute : la France est en retard, quoiqu’un peu de bon sens nous reste, car certains (professeur de psychiatrie, par exemple) considèrent qu’il s’agit d’un « raccourci médical » (la formule reste douce).
Bon, je ne vais pas vous résumer tout l’article. Seulement le cas de « ce patient de 29 ans qui consulte pour une double addiction : aux sites pornographiques depuis l’âge de 10 ans et au sexe depuis ses premiers rapports, à 15 ans ». Il a quand même mis CINQ ANS pour passer du virtuel au réel, pour passer de l'image à l'acte. Toujours est-il qu'à 29 ans, c’est déjà un vieux routier. « Il a un besoin impérieux d’avoir des relations sexuelles plusieurs fois par jour, recherche en permanence les effets excitatoires [introuvable au dictionnaire, soit dit en passant] des images X ». Il s’ensuit pour lui une spirale de souffrance : il y a la dépendance (je peux pas m’en passer), et l’accoutumance (il faut m’augmenter mes doses). Bref, il doit se soigner. Et s’il doit se soigner, c’est qu’il est MALADE (vous alliez le dire).
Tout doucement, donc, mais pas si doucement que ça, finalement, la vie sexuelle (pas de tout le monde, j’espère) se transforme en maladie, en pathologie. Et si je dis que celle-ci nous vient des Etats-Unis puritains, je vais encore me faire traiter d’anti-américain. Je préfère donc, avec PHILIPPE MURAY, évoquer le triomphe du PROTESTANTISME ANGLO-SAXON sur la LATINITÉ CATHOLIQUE. Entre ces deux religions chrétiennes, vous avez déjà deviné celle que je préfère.
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