mercredi, 05 février 2020
TERRORISME DES « SENSIBILITÉS »
DICTATURE DES MINORITÉS
TOTALITARISME DES IDENTITÉS
Théocratie des intouchables
DESPOTISME DES SUSCEPTIBILITÉS
HÉGÉMONIE DES PARTICULARITÉS
OPPRESSION DES GROUPES DE PRESSION
TYRANNIE DES SPÉCIFICITÉS
(Ne rayez rien : il n'y a pas de mention inutile.)
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L'ÉPOQUE ACTUELLE A L’IDENTITÉ TRÈS DOUILLETTE ET HORRIBLEMENT CHATOUILLEUSE : CETTE « SENSIBILITÉ »-LÀ EST DEVENUE LE MOTEUR DE L’INTOLÉRANCE RÉGNANTE.
Dans le titre du dessin, j'ai juste corrigé une étourderie de Cabu.
Et Cabu publiait ce dessin dans Charlie Hebdo en 1977 (le 10 mars) !!!!!!! De quoi se plaignait-il ? On n'était alors qu'au début du processus de régression. Le nouveau mot d'ordre : « Pas touche à mon identité ! » Chacun, bien installé au fond du bastion de son identité, s'intronise "nombril du monde", prêt à pilonner les contrevenants à coups de Code Pénal. On ne se tanne plus réciproquement le cuir dans des empoignades mémorables : on a la chair de poule et l'épiderme délicat de gallinacés frileux (élevés en batterie). La société est devenue un poulailler (industriel). Elle ne cesse à aucun moment de « heurter » la mienne, de « sensibilité ». Assez de raisons pour rendre les coups, non ?
Ci-dessous, une petite bande datant de 1975, où l'on sent déjà, sous les propos du gauchiste, planer la menace de l'esprit de sérieux qui caractérise la police de la pensée.
S'interroger sans cesse sur son identité ("qui suis-je ?"), c'est partir à la conquête du Grand Rien du Tout. C'est s'appliquer à soi-même la définition pascalienne de l'infini ("le centre est partout et la circonférence nulle part"). Non : il vaut mieux faire.
09:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, humour, cabu, police de la pensée
mardi, 04 février 2020
L'AFFAIRE MILA
C’est pourtant un très vieux truc. Pensez, quand j’étais en fac, quelques années autour d’un célèbre mois de mai, des étudiants africains l’utilisaient déjà. Eh bien le très vieux truc, il marche encore, mais avec le turbo. Il consiste en dernier recours, pour un mâle engagé dans une tactique de conquête d’une femelle, s’il n’arrive pas à ses fins, à lui lancer : « Si tu veux pas sortir avec moi, c’est que tu es raciste ! ». Culpabilisation d’autant plus forte si la femelle visée était « de gauche ». Mais ça n’allait pas plus loin en règle générale.
L’affaire Mila constitue une simple variante du très vieux truc, où la religion a pris la place de la race : « C’est parce que je suis musulman que tu veux pas sortir avec moi ? ». Mais Mila ne s’est pas laissé impressionner par la saloperie argumentative : elle a volé dans les plumes du garçon éconduit, en ajoutant quelques propos bien sentis sur la « religion » invoquée.
Pas la peine, arrivé à ce point, de souligner l’extraordinaire mayonnaise mousseuse que les « réseaux sociaux » sont aujourd’hui capables de monter en quelques minutes dès que le micro-événement s’est produit : le prétexte est servi sur un plateau.
Mon propos concerne l’islam, seulement l’islam, encore l’islam, toujours l’islam. J’ai déjà abordé ici ce problème à de multiples reprises, mais sa récurrence et la résonance de plus en plus forte qu’il acquiert à chaque nouvel événement montrent que la France, loin d’être sortie de l’auberge, doit s’apprêter à faire face à des soubresauts de plus en plus violents.
Quand « Sale Français ! » devient une injure courante, qu'on entend dans les rangs de détenteurs de notre Carte Nationale d'Identité, on attendrait au moins une réaction de la part des "grandes oreilles" qui nous gouvernent (les "grandes oreilles", vous savez, tous ces gens très propres sur eux et qui parlent dans le poste, et qui sont "à l'écoute permanente et attentive" des Français).
J’ai déjà dit que s’il y a résurgence de l’antisémitisme en France, ce n’est pas aux quelques groupuscules négationnistes bien connus qu’on le doit, mais à l’existence sur le sol français d’une communauté musulmane qui se sent davantage tenue par le Coran et les « cinq piliers de l’islam » que par les lois françaises, et qui a pris fait et cause pour le peuple palestinien en particulier.
J’ai déjà dit aussi pour quelles raisons il me semble que l’islam est incompatible avec l’idée que les Français se font de la démocratie et de la République, et que, quels que soient les efforts que ceux-ci feront pour faciliter l’assimilation, l’islam demeurera, quoi qu’il arrive, un corps étranger.
Ce que je retiens de l’affaire Mila, c’est avant tout l’incroyable potentiel de haine que recèle la communauté musulmane envers les Français non-musulmans (ça fait quand même encore un fameux paquet) qui font savoir (ce qui est leur droit le plus strict) tout le mal qu’ils pensent de cette religion. Un incroyable potentiel de haine toujours prêt à éclater comme une bombe. Ce qui m’inquiète, c’est qu’il semble de plus en plus évident aux membres de cette communauté qu’il est normal de pousser des hurlements dès que s’exprime le plus léger reproche à l’égard de l’islam.
Tout se présente comme si, à la manière dont les responsables de l’Etat israélien promeuvent son caractère essentiellement juif pour mieux jeter la confusion sur la distinction entre antisionisme et antisémitisme, les musulmans de France exigeaient que notre pays accorde à l’islam une place exorbitante, pour mieux pouvoir crier à l’islamophobie au moindre chatouillement de la « sensibilité ». Dans les lois françaises, ils ne retiennent que ce qui leur est favorable.
La mollesse des réactions de tout le personnel politique face au déferlement de haine qui a emporté la jeune Mila comme un tsunami, en montrant l’aveuglement des hauts responsables de la France à l’égard du danger que représente l’islam, est en soi un véritable scandale.
Voilà ce que je dis, moi.
09:00 Publié dans RELIGIONS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : affaire mila, islam, musulman, tolérance, laïcité, réseaux sociaux, twitter, facebook
lundi, 03 février 2020
LEÇON DE POLITIQUE
Cours Magistral de Politique Intérieure Française par Monsieur le Professeur Georges Wolinski, publiée dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, le 30 septembre 1976 : le Président Giscard d'Estaing explique à Monsieur Raymond Barre la raison pour laquelle ses décisions suscitent une levée de tous les boucliers.
La question qui me vient à l'esprit est la suivante : « Emmanuel Macron aurait-il malgré tout raison, puisqu'on voit justement se lever tous les boucliers ? ». Autrement dit : « Quand on gouverne, faut-il attendre que tous les boucliers se soulèvent pour savoir qu'on est dans le vrai ? ». La réponse, dans les années 1950-1960, aurait été : « Certes, il y a des classes sociales, mais au-dessus, il y a le sentiment d'appartenance au peuple français ». Ce qui produit le plus souvent des conclusions qui satisfont tout le monde à moitié.
Aujourd'hui, il n'en est rien : le peuple français s'est scindé en une multitude d'îlots qui forment un archipel (Jérôme Fourquet, L'Archipel français) : le Président de la République élu en 2017 essaie de nous faire croire qu'il est autre chose qu'un directeur d'hypermarché soucieux de satisfaire jusqu'aux plus infimes compartiments de sa clientèle.
Toujours Wolinski, dans Charlie Hebdo du 17 juin 1976.
Emmanuel Macron en revient aux rodomontades politiques, étant entendu que vouloir faire de la politique aujourd'hui revient à se livrer à de simples rodomontades, puisque l'économie a définitivement relégué la politique au rang de simple remorque de son char triomphal.
C'est en tant que P.-D. G. de l'entreprise "France" – et directeur du service comptabilité – que monsieur Macron a entrepris une réforme du système de retraite dont la principale finalité est de faire des économies (sur le dos des futurs retraités).
Mais quelle prescience dans le regard de Wolinski : n'est-ce pas précisément Macron qui a parlé de "start-up nation" ? Et ce n'était pas il y a un demi-siècle, il me semble !
dimanche, 02 février 2020
FEUILLE TOUTE NUE
Il paraît que celle-ci est tombée d'un tulipier alsacien (juste au-dessus de Wuenheim-Jungholtz, tout près de Thierenbach, de son église et de sa collection d'ex-votos anciens).
09:00 Publié dans PAS PHOTOGRAPHE MAIS | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 01 février 2020
ŒUF AU VINAIGRE
Photo d'un œuf immergé depuis une demi-douzaine d'heures avec sa coquille dans un verre rempli de vinaigre de cidre.
Autre aspect du même, un peu plus tard.
Après vingt-quatre heures, ce qui reste de la coquille, singulièrement ramollie, mais aussi de sa couleur originelle, dont des doigts trop curieux n'ont laissé que quelques souvenirs.
09:00 Publié dans FAÇON DE REGARDER | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie
vendredi, 31 janvier 2020
2020 : OUI, DES POÈMES, ENCORE....
... si la vie veut bien !
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(Le lieu attend qu’on s’en aille
Pour se remettre à chuchoter.
Je suis de trop, se dit le désespoir.
Presque rien en notre possession,
Répond la voix du noble corps.
Reste le reste.)
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Avec janvier prend fin le temps des vœux de Nouvel An.
09:00 Publié dans POESIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie
jeudi, 30 janvier 2020
2020 : QUELQUES POÈMES, ENCORE ?
Je te cherche et tu ne fuis pas.
J’ai la terre et le temps présent.
Je suis galet qui sent la vase tiède.
Je suis cadran de montre au milieu de l’esprit.
Et dans la trace de ton cœur je me perds.
Il me reste les poissons-chats,
L’opacité de l’eau, le confluent maladroit,
Les meubles de l’oubli.
T'ai-je trouvée, ma seule ?
09:00 Publié dans POESIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie
mercredi, 29 janvier 2020
2020 : QUELQUES PHOTOS, ENCORE ?
09:00 Publié dans FAÇON DE REGARDER | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : photographie
mardi, 28 janvier 2020
2020 : LE FRANÇAIS VU PAR WOLINSKI
Petit florilège de répliques venues semaine après semaine sous la plume du grand Georges Wolinski, cueillies dans Charlie Hebdo.
3 septembre 1973
13 mars 1972
1 mai 1972
19 juin 1972
Une phrase qui n'a l'air de rien, mais ... la suite ci-dessous.
23 avril 1973
3 septembre 1973
14 janvier 1974
09:00 Publié dans BANDE DESSINEE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bande dessinée, charlie hebdo, wolinski, humour, france, français, racisme
lundi, 27 janvier 2020
2020 : "POLE DANCE" ET VENT EN POUPE !
La civilisation progresse. C'est dans Le Progrès daté 26 janvier 2020 (hier).
La "pole dance" fait fureur. La "pole dance" est sortie des boîtes érotiques offrant le spectacle lascif de femmes plus ou moins prostituées serrant un poteau entre leurs cuisses en prenant des airs extatiques, pour le plus grand plaisir de mâles frustrés venus là pour mater et se faire des impressions. Cela ne fait qu'un domaine de plus où la France vassale copie les mœurs de son suzerain américain.
Le titre ci-dessus a quelque chose d'hallucinant : le journal du peuple lyonnais envisage sans ciller, sans sourciller et sans frissonner d'horreur de faire entrer dans les mœurs de tout le monde des pratiques naguère réservées aux amateurs de pornographie "soft" à la petite semaine.
Quelle belle activité, n'est-ce pas ?
Je suggère à toutes les personnes de sexe féminin, dans leur désir de se perfectionner dans l'art de se coller un poteau entre les cuisses (une tige, un mât, une vergue, une hampe, à la rigueur un vermicelle de contrebande), de ne s'accrocher qu'à des valeurs nationales sûres et reconnues.
En couverture du Charlie Hebdo paru le 7 janvier 1974.
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dimanche, 26 janvier 2020
2020 : ALSACE TOUJOURS RACISTE ?
Il paraît qu'en Alsace, le vote Front National (pardon : Rassemblement) se maintient à des taux inquiétants. Si c'est vrai, ce que je n'ai pas songé à vérifier, je dirai juste que ce n'est pas d'hier. Je me réfère pour cela à un reportage effectué par Cabu dans la capitale alsacienne en 1973 et publié dans le n°147 de Charlie Hebdo, le 10 septembre. Je connais quelques personnes, entre Mulhouse et Wissembourg, qui se sentiront atteintes dans leur honneur en retrouvant cette ambiance désagréable où les opinions sont trop tranchées pour refléter la réalité du terrain. Cabu tire tout vers la caricature, c'est entendu, et son Maghrébin ressemble trop à l'agneau sacrificiel : il subit les regard méprisants, il est jeté par la fenêtre, le tavernier aurait voulu lui faire traverser le Rhin en jouant aux boules, etc. C'est la faiblesse de l'exaltation partisane : on devient soi-même une caricature. Ce n'est pas une des meilleures pages de Cabu, mais j'en parle parce que ça risque de parler aussi à quelques personnes que je connais par là-bas. Là encore, je demande : qu'est-ce qui a changé, en bientôt cinquante ans ?
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Même Duduche dégueule sa choucroute : c'est sûr, Cabu exagère. Je ne suis pas sûr de l'impartialité du reporter, je suis même sûr du contraire. Il se fera pardonner en donnant quelques années plus tard une autre image de la ville, en mettant au centre de son reportage le désormais incontournable Roger Siffer.
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samedi, 25 janvier 2020
2020 : UN PATRONAT MODERNE !
Cavanna le dit dans Bête et méchant : c'est dans Hara Kiri (puis Charlie Hebdo) que Cabu, Gébé, Reiser et Wolinski ont inventé une nouvelle forme de reportage (ou de pamphlet, ou ce qu'on voudra). Il appelle cette forme le « récit dessiné ». Une forme qui tient de la bande dessinée, mais délivrée de l'obligation du découpage en cases (vignettes) nettement délimitées.
« "Mon papa", pour Reiser, marquait encore une autre étape. Celle du passage du dessin unique, du classique "dessin-gag", avec ou sans légende, à la suite de dessins racontant une histoire. Pas vraiment la bande dessinée avec ses cases, ses bulles et son découpage-cinéma, mais quelque chose de beaucoup plus leste, de beaucoup plus enlevé, et qui devint vite le genre maison. C'était, si l'on veut, une écriture dessinée, apparemment bâclée comme un croquis – apparemment ! – et terriblement efficace. Gébé y excella, Cabu en fit un outil de reportage où dessins et texte écrit à la main s'entremêlaient. Wolinski devait y trouver le terrain de son épanouissement » (Cavanna, Bête et méchant, Belfond, 1981, pp.207-208).
Il faut voir en effet les pages de ces gars-là : les lignes ne sont pas droites, les dessins se chevauchent, bref : c'est un joyeux bordel. Il n'en reste pas moins que leurs planches vont droit au but, et qu'elles ont plein de choses fortes à nous dire. Bien sûr, c'est inégal, il y a des coups de mou, mais dans l'ensemble, ces pages gardent une tenue de route absolument redoutable.
Le truc de Cabu, c'était le reportage : on ne compte plus les villes (Lille, Marseille, ....) ou les milieux (communauté de Taizé, d'Ardèche, ...) dans lesquels, sur ou sans invitation, il a pointé son nez, dardé son regard et promené son crayon sur son papier pour en rapporter des "impressions de voyage", jamais impartiales, souvent saisissantes, parfois impitoyables, toujours d'une précision chirurgicale quant aux trognes, aux lieux et aux problèmes.
Un fouillis ordonné.
Un aspect de la double page centrale de Cabu dans Charlie Hebdo du 30 juillet 1973 : la Côte d'Azur en général et Monaco en particulier. J'ai l'impression que les gros traits sont faits après-coup.
Celui de Wolinski n'a rien à voir : qu'il dessine deux bonshommes qui discutent à une table de café devant des petits verres, ou qu'il aborde toutes sortes de "questions de société", il développe des raisonnements complexes pour aboutir à des conclusions percutantes, mais après être passé par des mécanismes retors dans des logiques scabreuses, mais lumineuses.
Le syllogisme est souvent mis à mal : majeure en biais, mineure douteuse, conclusion à l'avenant. Wolinski était l'acrobate du paradoxe et maniait à la perfection l'art de glisser une peau de banane dans la machine bien huilée des langues de bois qu'il retournait comme un gant. Quant à son dessin, les esthètes auront beau dire que c'est n'importe quoi, le lecteur saisit d'emblée le message grâce à l'expressivité du trait. On n'en demande pas plus.
Aujourd'hui, le propos d'un haut représentant du patronat qui n'a rien perdu de ses parties (et réparties) saillantes (Charlie Hebdo, 30 avril 1973). Attention, il faut suivre (chemin de quoi en douze stations).
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Voilà le travail de Wolinski en confesseur. Wolinski était tellement retors qu'il était capable de reproduire avec la plus grande exactitude le raisonnement secret du patronat le plus pourri, mais pour mieux lui faire cracher le gros mensonge véhiculé par la langue de bois qu'il parle quand il est en public. Il avait tout compris.
Et à bien y réfléchir, qu'est-ce qui a changé ?
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vendredi, 24 janvier 2020
2020 : NI RICHESSE, NI JUSTICE !
La richesse, c'est pour les riches. Les autres, ils peuvent crever : 2153 milliardaires possèdent autant que 60% des humains (rapport Oxfam).
Ci-dessus les trois vignettes qui concluent un de ces raisonnements percutants quoique méticuleusement tarabiscotés dont Wolinski détenait le secret en quasi-exclusivité. La page a été publiée le 5 février 1973 dans Charlie Hebdo. Beaucoup de gens pouvaient à l'époque espérer améliorer leurs conditions de vie. Quand on relit ça aujourd'hui, on se dit que non seulement les conditions de vie qu'on nous annonce pour l'avenir ne vont certainement pas aller en s'améliorant, mais que de plus en plus de gens sont en train de comprendre que "la justice sociale" dont parle le petit Pompidou de Wolinski apparaît sous les traits d'une pauvresse qui se fait détrousser comme au coin d'un bois : « Croyez-moi, quand on est riche, on se fout bien de la justice sociale ! ».
Meilleurs vœux, hein ! Et bonne année, hein ! Et surtout la santé, hein, parce que la santé ...
09:00 Publié dans BANDE DESSINEE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie hebdo, humour, bande dessinée, pompidou, wolinski, rapport oxfam, justice sociale, réforme des retraites
jeudi, 23 janvier 2020
2020 : ENCORE DES GILETS JAUNES ?
Deux vignettes concluant une planche parue le 25 septembre 1972 dans Charlie Hebdo. Deux vignettes qui devraient rendre pessimistes toutes les populations qui, descendues récemment, par colère et en masse, dans les rues de leurs pays (Algérie, Tunisie, Liban, Hong Kong, ............), réclament un "changement de système" en exigeant le départ de tous les pourris qui les dirigent. Ce n'est pourtant pas d'hier que tout le monde sait que "le pouvoir corrompt".
Oui, je suis pessimiste.
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mercredi, 22 janvier 2020
2020 : RETRAITES, DES AVANCÉES ?
Gribouillis pondu sur un coin de table par Wolinski, et paru parmi d'autres le 14 aoüt 1972, dans Charlie Hebdo, dans la série des "couvertures auxquelles vous avez échappé cette semaine". Le bonhomme est supposé s'appeler Edgar Faure. Un demi-siècle après, la vérité du propos de ce dessin reste d'évidence. S'agissant des retraites, la réforme impulsée par Emmanuel Macron semble pilotée par les crânes d’œufs en chef du Ministère des Finances, avec comme seul impératif catégorique : "faire des économies" (ils appellent ça "contraction des dépenses"). Le gouvernement de la France ne siège pas à Matignon : il est à Bercy. L'entreprise France (vous savez, la "start-up nation") est gouvernée par le service comptabilité.
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lundi, 20 janvier 2020
2020 : HEURTER LES SENSIBILITÉS
AUJOURD'HUI, LES JUIFS.
Un génial pied-de-nez du génial Gébé au sacro-saint et sempiternel "Devoirrr de Mémoirrre" (appuyer le plus fort possible là où les consonnes font mal). Charlie Hebdo du 24 juillet 1972.
Là c'est Wolinski qui s'y colle, et il ne fait pas dans la dentelle. Il n'y a pas beaucoup de consonnes, mais ça fait quand même très mal. Charlie Hebdo du 2 novembre 1978.
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dimanche, 19 janvier 2020
2020 : HEURTER LES SENSIBILITÉS
AUJOURD'HUI LES CHRÉTIENS CŒUR DE CIBLE.
Dessin de Willem paru dans Charlie Hebdo le 7 août 1972.
Explication : Willem trouve un entrefilet dans La Libre Belgique daté 28 juillet 1972. Dans ce tout petit article, il est dit que le grand champion cycliste Eddy Merckx « confesse sa foi » : « Je désire faire connaître Jésus à ceux qui ne le connaissent pas ». J'ajoute quand même que la reproduction de l'entrefilet en bas de page 8 de Charlie Hebdo est si dégueulasse que, en dehors du titre, elle est rigoureusement inexploitable.
Charlie Hebdo, 5 avril 1971. Gébé. Pas son meilleur dessin. Ce qu'il faut à Gébé, ce sont de vastes problématiques : son génie à lui, c'était de leur donner une figure dont l'existence réelle n'était plus de l'ordre du possible ou du probable, mais de l'ordre du vrai, du fort et de l'immédiat.
Charlie Hebdo, 3 avril 1972. Reiser. Je n'ai pas creusé pour en savoir plus sur la réalité du sondage IFOP. L'intérêt de ce dessin, c'est qu'il traduit un certain ramollissement de la foi chrétienne. Une certaine "modestie" dans l'affirmation de la "Vraie Religion" par ses propres représentants (Katholikos signifie "universel").
Charlie Hebdo, 10 avril 1972. Cabu. Jésus est un peu trop abruti pour rester crédible Mais c'est la loi du genre.
Chalie Hebdo, 6 novembre 1972. Wolinski. C'est patelin, mais c'est presque gentil, et j'aimerais savoir ce que fait sa main gauche (voir plus haut).
On le voit par ces quelques couvertures : à part le petit dessin de page 8 de Willem, les dents et les griffes de Charlie Hebdo sont limées à ras. Pas facile, je dirai, de tirer sur une ambulance. Pas de quoi se relever la nuit pour se fendre la gueule.
On voit même aujourd'hui que l'Eglise catholique de France est plus proche du corbillard que de l'ambulance. Avec les multiples affaires de prêtres pédophiles, le père Preynat en tête de gondole, elle a – qu'on me pardonne l'expression – donné des verges pour se faire battre.
J'assistais dernièrement à l'enterrement d'une très vieille amie de la famille. Cela se passait évidemment dans sa vieille paroisse de Saint-Polycarpe. S'il y eut des moments vraiment émouvants, ce ne fut pas la faute du rituel catholique, qui m'est apparu plus ridicule que dans une caricature de Cabu.
Quant aux "fidèles", j'en avais un bel exemplaire à côté de moi qui, dès qu'il s'agissait de "chanter la gloire du seigneur", se mettait littéralement à bêler lamentablement. Je me suis dit que les chants des catholiques français d'aujourd'hui ont quelque chose à voir avec les bredouillements des agonisants. Pas de quoi soulever l'enthousiasme des foules et grossir les rangs des ouailles.
Il ne sert plus à rien de se moquer des "tala" (vous savez, ceux qui vont tala messe), des catholiques et des chrétiens en général. Cette religion (au moins en France) arrive en bout de course, tellement exténuée par le parcours des combattants du Christ (sans compter les dévoyés) qu'elle ne trouve plus en elle que l'énergie de battre sa coulpe et de faire le moins de bruit (de propagande) possible.
Je n'en dirai certes pas autant des adeptes et des militants et des guerriers et des fanatiques de l'islam.
Voilà ce que je dis, moi.
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samedi, 18 janvier 2020
2020 : HEURTER LES SENSIBILITÉS
GAULLISTES S'ABSTENIR.
Aujourd'hui, quelque chose de très anodin, mais qui ne le fut pas toujours. Cabu se moque ici de la publicité faite par Paris-Match dans son numéro daté 29 juillet 1972 pour les objets "touristiques" vendus à Colombey-les-Deux-Eglises pour perpétuer le souvenir du Général de Gaulle.
Parmi les "vrais" objets vantés par l'hebdomadaire gaulliste (à gauche sur la planche), un mini-képi rempli de caramels à 3,50 francs (ce numéro de Charlie Hebdo est daté 14 août 1972), le coquetier en bois de Colombey à 7 francs, l'assiette où est reproduite une vue sur La Boisserie (maison de De Gaulle) à 24 francs, un ouvre-bouteille, un taste-vin, une cuiller "façon argent", des pruneaux à l'armagnac dans un bocal, etc.
Tombant sur cette page de photos publicitaires, Cabu se met à délirer et à inventer toutes sortes d'objets irrespectueux ou carrément brindezingues.
Tout y passe : le gros côlon du Général (faux-puits en faux-pneus) ; le caleçon "quand il portait sa tenue civile (mais avec un peu de kaki dans le fond)" ;
la "bouteille thermos force nucléaire française" en forme de bombe atomique ; une carte postale "soulevez ma prostate et vous verrez Colombey" ; un sablier en forme de prostate du Général "(mouvement perpétuel)" ;
Les deux étoiles sur le pot de chambre, fallait quand même avoir l'idée !
une pince à vélo en forme de croix de Lorraine ; etc. Bref : rien que du joyeusement foutraque, du gaillardement cintré, de l'hilarité délibérée. L'équipe de Charlie a dû bien se marrer en voyant la page.
La trouvaille que je retiens est cependant celle du "Moulin à café pour perpétuer le culte du Général quotidiennement", à cause de l'usage que la ménagère imaginée par Cabu fait du "nez" de cet objet improbable.
Vous comprenez pourquoi je pleure la mort de Cabu, et pourquoi je crois qu'il n'a pas été remplacé ? Parce que les actuels dessinateurs de l'actuel Charlie Hebdo NE ME FONT PAS RIRE. Je sais pas vous, mais moi, à "Oh ! Mon Charles !", JE ME MARRE. Il y a du rire dans le moindre détail des traits de Cabu (zieutez les varices). Je ne suis pas sûr que les actuels dessinateurs éprouvent seulement l'envie de se marrer.
De toute façon, qui a envie de se marrer aujourd'hui ? Qui a envie de se payer une pinte de bon sang en se foutant de la gueule des uns ou des autres ? La société actuelle étouffe sous le couvercle du sérieux. Et ce ne sont pas les pitres stipendiés qui peuplent l'antenne de France Inter qui vont me convaincre du contraire : vous les entendez, les guignols présents sur le plateau qui se bidonnent bruyamment et se tapent sur les cuisses aux grosses blagues tristes laborieusement élaborées par les Morin et compagnie ? Ce sont des rires enregistrés ! Pareil pour les armées d'humoristes qui se bousculent sur les scènes de théâtres : rien que des rires enregistrés !
A BAS LE CONFORMISME DU RIRE !
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vendredi, 17 janvier 2020
2020 : HEURTER LES SENSIBILITÉS
Aujourd'hui, les handicapés en général, et les mongoliens en particulier.
Cabu et les mongoliens (qu'on n'appelait pas encore "trisomiques"), dans Charlie Hebdo le 3 juillet 1972. Duduche n'en mène pas large face à celle qui n'est pas, hélas pour lui, la fille du proviseur.
Question subsidiaire : pourquoi Cabu met-il un béret à ses mongoliens ?
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jeudi, 16 janvier 2020
2020 : UNITÉ SYNDICALE ...
... COMME EN 1970.
Charlie Hebdo n°3, 7 décembre 1970, dessin de Wolinski. Les travailleurs ont tort de sourire. En plus, aujourd'hui, il y a FSU, SUD, UNSA, FO, CGC, CFTC, CGPME, etc ...
Pas besoin de chercher bien loin à qui on devra bientôt la défaite des travailleurs français dans leur lutte contre la dégradation des conditions d'obtention d'une retraite acceptable. Monsieur Macron peut déjà se frotter les mains : la désunion syndicale travaille pour lui (voir ici mon billet du 3 mai 2019). Il voit enfin se profiler à l'horizon l'instauration d'un système de retraites par capitalisation. Autant dire qu'il s'apprête à fêter la prochaine privatisation de l'argent des retraites.
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mercredi, 15 janvier 2020
2020 : VIVE LA CENSURE !
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POUR LE DROIT DE HEURTER TOUTES LES SENSIBILITÉS
La même déconvenue a touché Keira Drake, auteur américain de romans pour adolescents. Sa faute à elle ? « Dans un monde futuriste, une jeune femme se retrouvait prise au piège au milieu d’une guerre entre deux peuples ». Quand des extraits sont publiés, la furie embrase Twitter : « Raciste ! ». La description des deux peuples, trop « stéréotypée », fait de l’un des Amérindiens et de l’autre des Japonais. Finie la « belle peau bronzée », finie la « peau brun rougeâtre » : la dame accepte que son livre soit réécrit sous l’œil d’un « sensitivity reader ». Capitulation en rase campagne : elle « présente ses plus plates excuses ».
Tout ça se passe en Amérique, dira-t-on. Soit, mais les éditeurs français ont déjà pris le pli. Sigolène Vinson a écrit un livre où elle décrit un petit garçon de 12 ans, en s’efforçant de donner une existence concrète et sensible à son personnage. Le manuscrit lui revient avec dans la marge ce commentaire de l’éditrice : « Erotisation du corps d’un enfant ». Par les temps qui courent, c’est plutôt dangereux.
Résultat ? Sigolène Vinson s’arrache méthodiquement les cheveux, « parce que je n’arrive pas à me résoudre à ne lui donner que deux bras, deux jambes ». Ce qu’elle voudrait, c’est décrire « ses pieds », « sa nuque, son odeur de sel, de sueur surtout ». L'odeur corporelle. Ni une silhouette, ni un schéma, ni un stéréotype : une vraie personne qui vit et qui respire, quoi.
Alors que fait l’écrivain ? « Mais voilà, j’efface de mon roman toute trace d’un désir que je n’ai pas pour les petits garçons. Ma confiance sapée, je m’interroge sur mes autres personnages. Ai-je le droit d’en avoir un gros alors que je ne le suis pas ? Une mère alors que je ne connais rien du bonheur ou de la souffrance d’en être une ? Un vieux alors que je suis encore jeune, heureusement plus pour très longtemps ? Un Algérien alors que je ne suis que la petite fille d’un porteur de valise du FLN ? ». Elle est là, la censure ! La censure, c'est ce que dessine le même Foolz (?) (voir hier et ci-dessous).
Sigolène Vinson cite dans son article Manon Fargetton, qui écrit pour les adultes et la jeunesse : « Comment refléter le réel dans sa complexité. J’ai une vraie envie de diversité dans mes romans. J’ai envie que des lecteurs s’y retrouvent, et en même temps, j’ai toujours peur de voler l’espace d’une communauté ou d’une autre. Et s’imposer des quotas n’aurait aucun sens ».
Vous vous rendez compte : « voler l’espace d’une communauté » ! Jusqu’où ira cette dégringolade de la qualité des relations sociales et des conditions de la vie en collectivité ? Dans quelle misère vivons-nous, quand un auteur se sent coupable parce qu'il se dit, en écrivant sa littérature, qu'il est en train de "voler l'espace d'une communauté" ? Pour les quotas, je suis entièrement d'accord : c'est absurde en toute circonstances, élections comprises (vous savez, "parité" obligatoire, "visibilité" des minorités, etc.).
Quel monde, quand l’auteur d’un ouvrage d’imagination se demande s’il a le droit d’imaginer ? Quand les auteurs d’œuvres littéraires craignent par-dessus tout de déplaire à telle ou telle catégorie de la population à laquelle ils ont oublié de penser ? Quand tous les gens normaux commencent à faire dans leur tête la liste de tous les gens dont il faut se garder de heurter la sensibilité ? La liste de tous ceux qui ont l’épiderme tellement sensible qu’à la moindre allusion dont ils peuvent se froisser, ils voient leur petite personne envahie par une urticaire narcissique géante ? La liste de tous ceux qui trouvent ça si insupportable qu’ils crient à l’assassin et appellent Police-Secours ?
C’est cela que Riss, dans son éditorial, dénonce, même s’il met des guillemets, c’est cela qu’il n’ose plus proférer sans guillemets, même si ça le démange : « "couille molle, enculé, pédé, connasse, poufiasse, salope, trou du cul, pine d’huître, sac à foutre" ». Hélas, Riss lui-même semble se garder de heurter de front ces épidermes ultrasensibles qui le dégoûtent. Trop dangereux, se dit-il peut-être. Il n’a pas tort de se méfier : le Code Pénal veille, grâce à la surveillance méticuleuse des "associations" féministes et des "associations" homosexuelles.
Le vrai Charlie, le grand Charlie se foutait pas mal de « heurter les sensibilités ». Il les piétinait, les sensibilités, et joyeusement, et férocement. C'est notre époque qui a inventé ce geste ridicule censé mettre des guillemets à ce que la personne qui parle est en train de dire. Vous l'imaginez, Cavanna, vous l'imaginez, Choron, en train de plier vite fait deux doigts de chaque main pour atténuer la brutalité des mots qu'ils éructaient ?
Ça, c'est quand Sadate a rendu visite à Begin (1977), et c'est en "une". « Raciste ! », « Antisémite ! ».
"Le journal qui n'a pas peur des bombes. Les Corses sont des cons ! " Il fallait oser, parce que ça pétait à l'époque (1975) !
Un tel dessin (Wolinski, 1978) serait-il seulement possible aujourd'hui ?
Elle est là, la liberté ! Le grand Charlie balayait d’un revers de la moustache de Cavanna les foutaises du genre : « La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres ». Quelle ineptie et quelle sottise !! Mais pauvre pomme, répliquerait Cavanna, tu ne vois pas que les gens, dans la vraie vie, n’arrêtent pas de se frotter aux autres ? De se griffer l'épiderme ? De se frictionner le pelage ? De se piétiner les godasses du matin au soir ? D’empiéter sur l’espace des autres et de voir violer leur propre espace aérien par des missiles envoyés par autrui ? De se jauger ? De s'épier ? De se juger les uns les autres ? Le quotidien, si on sort un peu de chez soi, ce n'est que heurts, cognements, attractions, répulsions, intersections, transactions, rencontres. Ce n'est rien d'autre que la vie.
La liberté d’expression est en train d’étouffer sous le poids de la sottise abyssale d’un crétinisme jaloux de ses prérogatives mortifères : le droit de chacun à vivre dans sa bulle, dans le cocon de l' « identité » sacralisée qu'il s'est tissée, sans que quiconque ose formuler le moindre propos qui effleure sa sensibilité particulière à rebrousse-poil. Le droit de chacun à vivre en chien montant une garde féroce devant son petit lopin. A vivre dans un monde où il règne, obligeant les autres à se rogner les griffes. Un monde où ils mordent quand les autres ont été contraints de se limer les dents. "Incitation à la haine en raison de ..." vous confisquera la parole.
Cavanna et Choron ? Ils passaient beaucoup de temps à se voler dans les plumes, à s'invectiver, à s'injurier, et tout ça fraternellement. Pour ça qu'ils se proclamaient « BÊTES ET MÉCHANTS ». Ils ne concevaient pas leur propre vie lisse et fluide, mais bourrée de rudesses et d'aspérités. Et bourrée de vitupérations, d'éclats de rire et d'une intense joie de vivre. Vous les imaginez, Cavanna et Choron, en éteignoirs ? En rabat-joie ? En employés des pompes funèbres ? En chœur des pleureuses ?
Dans cette exigence de "ne pas être heurté dans sa sensibilité", j'entends comme un caprice d'esthète, une commination d'Ancien Régime : « Manants, passez au large ! Du respect pour mon auguste personne, mille diables ! ». Dans cette conception fliquée de la vie en société, je vois des gens dont la vie se déroule selon des parallèles qui ne se rencontrent que provisoirement ou par l'effet d'un "clinamen" (potassez votre Lucrèce). C'est ça, une société ? Peut-être, mais c'est une société éteinte : encéphalogramme plat.
Dessin de Fournier, Charlie Hebdo n°2, 30 novembre 1970.
La liberté d’expression est en train de crever de cette folle exigence des individus d’être bien à l'abri des interpellations, épargnés par le tumulte du monde et par les avis non autorisés que les autres (tous les autres) portent sur eux, leurs opinions, leurs façons de faire et de vivre. Autrement dit d’être épargnés par la liberté d’expression des autres (tous les autres). Le projet secret de toutes ces petites communautés qui portent plainte à la moindre « atteinte à leur dignité », c’est d’abord et avant tout de faire taire les avis divergents. Plus personne n'accepte d'être jugé par ses semblables, mais tout le monde s'érige en juge de ses semblables : « J'ai tous les droits ». Comme dit André Marcueil quelque part dans Le Surmâle : « Il faut du bruit pour les faire taire ! ».
Et le Charlie Hebdo du 7 janvier 2020 a beau écrire en grosses lettres sur son plastron « Nouvelles censures … Nouvelles dictatures », ce n’est pas Charlie Hebdo qui sauvera la liberté d’expression. Tout simplement parce que Charlie Hebdo n’ose pas (n'a plus les moyens de ?) poser des noms précis sur ces « nouvelles dictatures ». Cela m’écorche la bouche de le dire, mais c’est Nicolas Sarkozy qui, quand il était président, fustigeait la « dictature des minorités ». C'était Sarkozy, mais c'est lui qui avait raison.
Il ne s'agit pas de revendiquer le "Droit au Blasphème". Qui, en dehors des musulmans, se soucie du blasphème ? Il faut proclamer bien haut le droit imprescriptible de chacun à heurter toutes les sensibilités, à commencer par celle des « associations tyranniques » et des « minorités nombrilistes » (tout le monde a compris dans quelle direction porter son regard, mais chut !). Il faut maintenant penser très sérieusement à rédiger une
DÉCLARATION DU DROIT DE HEURTER TOUTES LES SENSIBILITÉS.
Y compris celle des handicapés, des mongoliens, des pains de sucre, des présidents de la république, des pédés, des yaourts aux fruits, des ministres, des juifs, des huîtres de Cancale, des gonzesses, des musulmans, des curés, des mémés, des tickets de métro usagés, des pépés, des mourants, des immigrés, des poulets aux hormones, des noirs, des SDF, des victimes d'attentats, des affamés du tiers-monde, des blocs opératoires, des noyés de la Méditerranée ... et des ratons laveurs.
Car si je vous disais tout ce qui heurte MA sensibilité, on serait encore là à Noël. Mais ça, tout le monde s'en fout.
Voilà ce que je dis, moi.
Note : comme hier, je me refuse, par compassion, à dire quoi que ce soit du travail des dessinateurs de l'actuel Charlie Hebdo. Mais franchement, qu'est-ce que c'est laid !
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mardi, 14 janvier 2020
2020 : VIVE LA CENSURE !
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Cinq ans après la tuerie de Charlie Hebdo et l'assassinat de Cabu, Wolinski, Maris et les autres, la revue rend hommage à l'équipe décimée. Daté 7 janvier 2020 pour le symbole (le mercredi, jour normal de parution, tombait un 8), le numéro est entièrement consacré aux nouvelles formes de censure ("Nouvelles censures... Nouvelles dictatures).
Vaste programme, me suis-je dit. Contrairement à mon habitude, j'ai acheté ce n°1433 : je voulais me faire une idée un peu précise de l'idée que la rédaction actuelle de l'hebdomadaire se fait de la défense de la liberté d'expression, qui formait l'ADN de ses membres fondateurs en 1970. Cavanna, Choron, Gébé, Cabu, Reiser : vous pouviez compter sur ceux-là pour la faire entrer en action, la liberté d'expression.
Résultat des courses ? Eh bien on peut dire que les temps ont changé. L'équipe actuelle de Charlie Hebdo a la liberté d'expression en vénération, c'est sûr, mais c'est beaucoup moins un vrai et sincère choix d'existence qu'une statue en or devant laquelle il convient de se prosterner. Comme si la liberté d'expression était devenue un simple lieu de mémoire. Si je parle de "choix d'existence" c'est en pensant d'abord à Cavanna et Choron.
Oh, on ne peut pas dire que l'intention n'y est pas : « Hier, on disait merde à Dieu, à l'armée, à l'Eglise, à l'Etat. Aujourd'hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d'école quand au fond de la classe on ne les écoute pas et qu'on prononce des gros mots : " couille molle, enculé, pédé, connasse, poufiasse, salope, trou du cul, pine d'huître, sac à foutre". Ecrivez ces mots sur votre compte Twitter, et aussitôt 10000 petits Torquemada vous jetteront au bûcher. » Notez qu'il ne dit pas "dire merde", mais "apprendre à dire merde" : pas la même chose. Lâche-toi, Riss : à qui veux-tu dire merde ? Qui est-ce qui te tape sur les doigts quand tu dis "pédé" ? Quand tu dis "poufiasse" ?
Car c'est Riss qui s'épanche ainsi dans son "Edito". Il laisse pointer le bout de l'oreille de sa rage. Mais pourquoi faut-il que, quelques lignes plus haut, il ait commencé par chausser les pantoufles du "politiquement correct" le plus confortable ? Pourquoi faut-il qu'il enfourche le cheval de bois (cheval de retour) le plus convenu ? « Il y a trente ou quarante ans, on appelait ça le "politiquement correct", et cela consistait à combattre le racisme, la misogynie ou l'homophobie, ce qui en soi était plutôt logique et évident ». Drôle de pirouette, ou paradoxe mal assumé. Il faudrait préciser les noms exacts que recouvrent concrètement les étiquettes "associations tyranniques" ou "minorités nombrilistes" : est-ce qu'il ne viserait pas par hasard les fanatiques du féminisme, de la "cause" homosexuelle ou de la "cause" musulmane ? Misogynie et homophobie furent-ils un jour des combats "évidents" ?
Quoi qu'il en soit, il y a du mou dans la corde à nœuds. Que je sache, ni Reiser, ni Cabu, ni Cavanna, ni Choron n'ont jamais épargné les militantes féministes ou les militants homosexuels. C'est le militantisme, surtout inféodé à des "causes" et organisé comme à l'armée, qui leur sortait par les trous de nez. Riss avoue ici, bien qu'il s'en défende et que ça me fasse mal au cœur, que Charlie n'est plus dans Charlie. Je veux dire que l'esprit qui animait ceux qui ont fait Charlie (et Hara Kiri avant lui) n'est plus le cœur battant de son descendant.
Prenez le papier du petit Yannick Haenel : bon, ce qu'il dit à propos des USA et de leur obsession de sexe et de bondieuserie n'est pas faux, mais pourquoi faut-il qu'il se mette à la remorque de "la cause des femmes" et qu'il entonne ce refrain qui sert de vaseline passe-partout à quelques hommes en vue occupant certains "créneaux" (cf. Ivan Jablonka et la "nouvelle masculinité") ? « Le sexe est évidemment ce qui rend fou ce pays ; et avec lui la planète entière. Mais grâce à la libération de la parole féminine, qui est le grand événement de ce début de siècle, on se rend compte à quel point cette folie est criminelle : ce que dissimulait la censure (masculine), ce qu'elle continue à obscurcir par son mensonge (patriarcal), c'est l'existence du viol ».
Raisonnement et vocabulaire sont de la pure démagogie à base d'air du temps : se rend-il compte à quelle dictature potentielle risque de conduire le mouvement #metoo ? Et j'ignore jusqu'où Haenel est allé fouiller dans les dessous de la société française pour y trouver des traces de "patriarcat". Et puis vous imaginez, vous, Cavanna et Choron se joindre au chœur des tendances lourdes de leur temps ? Vous les voyez, Cavanna et Choron embrigadés ? Quel contresens ! Mais que vient faire ici le petit Yannick Haenel ?
L'avocat Richard Malka fait son boulot d'avocat, sans plus : il brasse. Je veux oublier ce que dit Denis Robert de cette personne peu recommandable dans son livre Mohicans. Je laisse de côté le papier de Luce Lapin, qui vient au secours de la cause du véganisme. Je rappellerai seulement à la dame que « toute chair est comme l’herbe » (Psaume 103) et que quand je mange de l’herbivore bien rouge et goûteux, je m’assimile forcément l’herbe qui l’a nourri. Je suis donc moi-même indirectement herbivore. Guillaume Erner, l'intellectuel, l’animateur, talentueux mais un tantinet "mainstream" des matins de France Culture, vasouille en déplorant que l’existence actuelle de la censure apporte la preuve par défaut de la défiance dans laquelle ses partisans actuels tiennent le langage et les pouvoirs de l’argumentation rationnelle (ce qu'il appelle "molle conviction").
Yann Diener et Fabrice Nicolino ("Nous voulons des coquelicots") dressent de brefs historiques, le premier de la façon dont les premiers traducteurs de l’œuvre de Freud ont lissé la pensée du maître en donnant de ses concepts des équivalents linguistiques castrateurs ; le second rappelle la puissance des lobbies dans la mise en doute de la vérité scientifique (tabac, amiante, réchauffement), Claude Allègre étant l’invraisemblable cerise sur le gâteau du climato-scepticisme. Le papier de Gérard Biard n'apprend pas grand-chose : je dirai qu'il ne se mouille pas trop et ne sort guère du tout-venant. Il est conforme au cahier des charges.
Bref, jusque-là, pas besoin de se relever la nuit pour aller acheter Charlie Hebdo spécial censure : au lieu de l’explosion annoncée en couverture, on a un pétard mouillé. Heureusement, Philippe Lançon me semble à la fois plus subtil et plus vrai quand, à propos de Gauguin, il s'inquiète de ce que les musées américains exposant ses œuvres les assortiront de cartels portant la mention « Pédophile ». L’emprise du « politiquement correct » aux Etats-Unis ne cesse de s’étendre et de tout contaminer.
Et encore plus heureusement, on trouve du beaucoup plus consistant dans le papier (« Littérature amputée au nom du "bien" ») de Laure Daussy, et dans l’intervention (« Et si le nouveau censeur c’était moi ») de Sigolène Vinson qui vient en quelque sorte l'illustrer. Sigolène Vinson ? Mais si, vous savez, cette fille stupéfiante qui, un certain 7 janvier, a réussi à "hypnotiser" Saïd Kouachi pour qu’il n’aperçoive pas son collègue Jean-Luc, le maquettiste, abrité sous une table. « On ne tue pas les femmes », avait crié l’assassin à son frère Chérif : trop tard pour Elsa Cayat (se reporter à l'article formidable de Marion van Renterghem dans Le Monde du 14 janvier 2015). Moi, en tout cas, je n'oublie pas le récit de cette scène d'une intensité à couper le souffle.
L’article de Laure Daussy étudie les ravages du "politiquement correct" dans le domaine de la création littéraire. Biard a bien raison de rappeler ce qu’a d’insupportable l’interdiction de fait qui empêcha les représentations en Sorbonne des Suppliantes d’Eschyle au motif que les acteurs portaient une « black face » (un masque de cuivre qui les assimilait à des noirs). On ne peut plus montrer les souffrances d'un peuple dans un spectacle si ce n'est pas ce peuple lui-même qui conçoit et réalise le dit spectacle. Daussy montre que ce genre de censure s’est désormais introduit en amont du geste même de l’écriture des livres de fiction.
L’écrivain, dans ce nouveau monde, aura un ange gardien, dont le métier sera de relire tout ce qu’il aura écrit, pour en signaler en haut lieu ce qui risque d’attirer la rogne, la hargne et la haine des « réseaux sociaux », et pour que toute aspérité soit éliminée du texte avant sa publication. J'entends par "aspérité" toute idée risquant de heurter des sensibilités quelles qu'elles soient.
Ce métier existe déjà : ce sont les « sensitivity readers » (littéralement « lecteurs de sensibilité »), des gens qui sont à l'écoute de toutes les "communautés" qui constituent de nos jour une société.
Il s’agit pour l’éditeur du livre d’éviter toute critique morale et d'effacer toute assertion comportant des risques médiatiques ou judiciaires. Pour cela, il ne faut donner prise à aucun reproche éventuel. Je me suis laissé dire que certaines grosses maisons d'éditions font appel (depuis combien ?) à des spécialistes juridiques pour réécrire les épanchements d'écrivains pour éviter les procès.
Le but à atteindre est parfaitement clair. M. Kosoko Jackson, « qui se présente comme sensitivity reader noir et queer, tweetait en mai 2018 : "Les histoires sur le mouvement des droits civiques devraient être écrites par les Noirs, les histoires sur le droit de vote devraient être écrites par les femmes, les histoires sur l’épidémie de sida devraient être écrites par des gays, est-ce que c’est difficile à comprendre ?" ». En clair : seuls des noirs peuvent parler des noirs, même chose pour les femmes, les musulmans, les homosexuels, les handicapés, etc. Comme le dessine drôlement un nommé Foolz (?), en page 11 : dans cette logique délirante, seul Gabriel Matzneff serait habilité à parler de la pédophilie.
Comment en est-on arrivé là ? Pour aller vite : la faute aux réseaux sociaux. Leur capacité de nuisance est terrifiante et absurde. Le dessinateur Antonio Moreira Antunes l’a appris à ses dépens : le New York Times a banni de ses pages tout dessin de presse depuis qu’il a représenté Donald Trump comme un aveugle portant la kippa et guidé par un chien à tête de Nétanyahou portant un collier à étoile de David. La faute aux réseaux sociaux, qui ont brandi l’accusation d’antisémitisme. Le grand journal américain a baissé la culotte devant cette arme de destruction massive. [Le contenu de ce paragraphe n'est pas pris dans l'article.]
Voilà ce que je dis, moi.
A suivre.
Note : je me refuse, par compassion, à dire quoi que ce soit du travail des dessinateurs de l'actuel Charlie Hebdo.
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vendredi, 10 janvier 2020
2020 : DOLTO PÉDOPHILE ?
Aujourd'hui, c'est la fête à Françoise Dolto.
Oui, oui, l'icône en personne : sainte Françoise.
La mamie absolue.
Le Canard enchaîné, mercredi 8 janvier 2020. Dessin signé Aurel.
Décidément, c'est l'époque qui veut ça ! L'époque ? En état d'hébétude et d'ahurissement et dans une ambiance de scandale insoutenable, elle découvre les années 1970 et l'incroyable permissivité morale qui a vu s'ébattre et s'épanouir les grandes causes sociétales de la "libération sexuelle", de l'homosexualité, du féminisme et de la pédérastie (mot pris dans son sens étymologique d' "amour avec les enfants").
Sauf que la dernière de ces "grandes causes" est devenue, au fil des ans, des redressements moraux et des révisionnismes idéologiques, la grande pestiférée, alors que les deux autres prospéraient à qui mieux-mieux, au point d'édifier autour des homosexuels et des femmes un rempart pénal infranchissable. L'époque, qui a d'un côté sacralisé la cause des homosexuels et des femmes au point d'inscrire au Code Pénal les délits d'homophobie et de sexisme, désigne l'amour (physique) des enfants comme l'ennemi à abattre.
Un problème se pose néanmoins : que faire de la mémoire de personnes auxquelles, entre-temps, l'époque elle-même a élevé des statues en acier inoxydable et plaquées or, alors qu'elles ont publiquement avoué leur tolérance ou leur solidarité avec ceux que nous appelons rétrospectivement des "pédophiles" ? Sans parler de celles qui ont milité en leur temps pour la libéralisation de ces mœurs qui paraissent abominables à tant de gens aujourd'hui.
Prenez la liste des signataires de la "Lettre du 23 mai 1977" publiée par le journal Le Monde : que du beau linge ! Cette lettre, peut-être rédigée par un certain Gabriel Matzneff (qui en revendique la paternité), demande au législateur la révision, dans un sens plus "laxiste", des lois réprimant les abus dans les relations entre adultes et mineurs.
Des noms ? Allez, quelques-uns : Louis Althusser, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Jean-Louis Bory, Patrice Chéreau, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Françoise Dolto, André Glucksman, Félix Guattari, Roland Jaccard, Pierre Klossowski, Jean-François Lyotard, Michel Leiris, Christiane Rochefort, Alain Robbe-Grillet, Jean-Paul Sartre, Philippe Sollers (parmi les noms figurant sur la liste aimablement fournie par l'encyclopédie en ligne).
Parmi ces noms de gens ou très célèbres ou assez connus, on note celui de Françoise Dolto. Eh bien figurez-vous que ça tombe bien, parce que Le Canard enchaîné du mercredi 8 janvier 2020 consacre quasiment une demi-page à la célébrissime psychanalyste des enfants, auteur de nombre d'ouvrages savants et animatrice de mémorables émissions de radio.
Il se trouve qu'en novembre 1979, la revue "Choisir la cause des femmes" (Gisèle Halimi) a publié un entretien que Françoise Dolto a eu avec un juge des enfants, texte ensuite repris dans un ouvrage. Et l'on peut dire que ça décoiffe. Je cite Le Canard enchaîné.
« Dolto : Dans l'inceste père-fille, la fille adore son père et est très contente de pouvoir narguer sa mère !
Q. : Et la responsabilité du père ?
R. : C'est sa fille, elle est à lui. Il ne fait aucune différence entre sa femme et sa fille, ou même entre être l'enfant de sa femme ou bien le père de sa femme. La plupart des hommes sont de petits enfants. Il y a tellement d'hommes qui recherchent dans femme une "nounou". Et des femmes qui les confortent dans cette idée-là ! Alors la responsabilité du père, à ce niveau (...).
Q. : Donc, la petite fille est toujours consentante ?
R. : Tout à fait.
Q. : Mais enfin, il y a bien des cas de viol ?
R. : Il n'y a pas de viol du tout. Elles sont consentantes.
Q. : Quand une fille vient vous voir et qu'elle vous raconte que dans son enfance, son père a coïté avec elle, et qu'elle l'a ressenti comme un viol, que lui répondez-vous ?
R. : Elle ne l'a pas ressenti comme un viol. Elle a simplement compris que son père l'aimait et qu'il se consolait avec elle, parce que sa femme ne voulait pas faire l'amour avec lui. »
J'arrête ici la citation, car la suite est également assez gratinée, mais j'invite tout le monde à se procurer ce morceau d'anthologie, qui montre que les années 1970 étaient imprégnées jusqu'au trognon d'idées qu'une majorité s'accorde aujourd'hui à juger puantes, repoussantes, et même pornographiques. Le Canard enchaîné signale tout de même en fin d'article que Françoise Dolto, deux ans auparavant, jugeait que « l'initiation sexuelle des adolescents et des enfants par un adulte (...) est toujours un traumatisme psychologique profond ».
L'icône François Dolto prise en flagrant délit de pédalage dans la semoule de choucroute au yaourt ! Elle pourrait faire un tour chez le psy, non ?
Voilà ce que je dis, moi.
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jeudi, 09 janvier 2020
2020 : PÉDOPHILIE RÉTROSPECTIVE ?
On trouve de drôles de choses quand on fouille dans les archives des années 1970. Prenez le n°82 de la revue Charlie Mensuel (novembre 1975, Wolinski rédacteur en chef, couverture ci-contre avec un dessin de Cabu). Et allez voir en page 62. Voici ce que vous y trouvez.
L'article est signé "Perez". Son titre : "Du Music-Hall pour tous les goûts", sous-titré pour cette partie de l'article "Pour les esthètes dépravés". Un titre où la complaisance morale est supposée contrebalancée par la distance du qualificatif "dépravés". L'article rend simplement compte de la publication du livre rassemblant un certain nombre des photos du baron Glœden, qui aimait, semble-t-il, les jeunes garçons autour de 1900.
L'article commence sur cette envolée que n'aurait pas désavouée André Gide lui-même : « Les amateurs de petits garçons connaissent depuis belle lurette l'oeuvre photographique du baron Machinchouette dont ils situent les coupables activités, s'ils sont mal renseignés, entre Capri et Taormina vers la fin du siècle dernier ».
Mon intention, en rappelant ce commentaire d'une publication licencieuse parue en 1975, n'est nullement de vanter l'activité de ce qu'on appelait alors des pédérastes (sens étymologique). Elle est juste de montrer que l'époque qui a suivi mai 1968 a vu tomber, sous les coups des farouches luttes homosexuelles et féministes, d'innombrables tabous.
Aujourd'hui, les homosexuels ont gagné, les féministes ont gagné, les pédophiles ont perdu : ce sont les grands perdants des "luttes de libération" qui ont suivi mai 68. Autant les victoires me semblent inquiétantes, autant l'échec me laisse indifférent, tant il concerne un "goût" dont les fondements (si l'on peut ainsi s'exprimer) me restent totalement incompréhensibles.
J'observe seulement que l'époque médiatique actuelle a rangé les premiers dans le "Camp du Bien", mais c'est pour mieux jeter sa haine sur les quelques épaves qu'a laissées sur le rivage la grande illusion transgressive qui fut le moteur de l'époque précédente. Gabriel Matzneff est une de ces épaves.
Je n'ai pas assez creusé la question pour me convaincre qu'il est innocent ou criminel. A la limite, je m'en fous. Le plus écœurant dans cette affaire me semble cependant l'unanimité moraliste des crocs aiguisés qui se jettent sur le paria pour en dépecer impunément la dépouille. Et le seul tort de Gabriel Matzneff est de constituer un anachronisme : cramponné à sa monomanie et aux indulgences qu'elle rencontrait dans son milieu, il n'a pas compris que le paysage avait radicalement changé.
Voilà ce que je dis, moi.
09:00 Publié dans BANDE DESSINEE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gabriel matzneff, pédophilie, charlie mensuel, années 1970, wolinski, baron gloeden, andré gide, homosexuels, pédérastes, féminisme, mai 1968, cabu
mercredi, 08 janvier 2020
2020 : TOUT FLAMBE !
Voici ce qu'on peut lire en page 16 du journal Le Monde daté 7 janvier 2020.
Et voici ce qu'on peut lire en page 15.
En 2020, nous sommes prévenus, TOUT FLAMBE.
Le recto et le verso d'une médaille qui, sans avoir une existence officielle, constitue la signature d'une époque suicidaire. Le paragraphe que je préfère, dans cet article signé Isabelle Dellerba, c'est celui qui clôt l'avant-dernière colonne :
« "Ce n'est pas un feu de brousse, mais une bombe atomique. Il cause un enfer, des dévastations indescriptibles", déclarait, samedi 4 janvier, sur la radio ABC, Andrew Constance, ministre des transports de l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud, qui a défendu lui aussi sa propriété contre les braises. Les incendies sont tellement gigantesques qu'ils créent des nuages. Ceux-ci provoquent à leur tour des orages et des éclairs qui peuvent déclencher de nouveaux brasiers ».
L'époque a inventé l'incendie irréversible, celui qui crée de façon autonome les conditions de son indéfinie prolongation. Et je pense à cette observation d'un climatologue : si l'humanité ne parvient pas à contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2,5°C, un seuil sera alors franchi, qui mettra le phénomène hors de contrôle. Autrement dit, si l'humanité ne devient pas raisonnable, on ne sait pas où s'arrêtera le processus de réchauffement, ni à quelle vitesse il se déroulera.
Observons que toute la partie Sud-Est de l'Australie est, comme par hasard, la plus peuplée et la plus urbanisée. Je ne sais pas dans quelle mesure est vraie l'idée que les forêts natives de ces régions ont été remplacées par des forêts d'eucalyptus, beaucoup plus rentables, mais infiniment plus inflammables.
Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que l'action de l'homme sur la nature est à l'origine de la catastrophe qui touche l'Australie.
Et je ne parle pas de l'obsession charbonnique du gouvernement qui, pour développer cette filière, envisage sans sourciller d'un sourcil de favoriser une industrie minière qui menace l'existence de la célèbre et fragile "Barrière de Corail".
Note : je signale qu'on trouve dans le journal Le Progrès la confirmation du fait que les températures à Lyon se sont, en un siècle, élevées de plus de 3°C. Alors je me demande, s'agissant de l'objectif mondial d'une augmentation maximum de 2,5°C, dans quel conte de fées les gens "au courant" ont l'intention de tenir le petit petit peuple.
Quand les gens qui tiennent les manettes cesseront-ils de mentir ?