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samedi, 10 janvier 2015

POUR CHARLIE HEBDO

IN MEMORIAM

 

Frédéric Boisseau, Agent d’entretien.

Franck Brinsolaro, Policier du Service De La Protection (SDLP).

Jean Cabut, Dessinateur.

Elsa Cayat, Psychanalyste et Chroniqueuse.

Stéphane Charbonnier, dit Charb, Dessinateur et Directeur de CH.

Philippe Honoré, Dessinateur.

Bernard Maris, Economiste et journaliste.

Ahmed Merabet, Policier.

Mustapha Ourrad, Correcteur.

Michel Renaud, ex-Chef de cabinet du maire de Clermont Ferrand, Organisateur d’une exposition de dessins de Cabu, à qui il rapportait ses œuvres à ce moment précis.

Bernard Verlhac, alias Tignous, Dessinateur.

Georges Wolinski, Dessinateur. 

 

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Je n’aime pas trop le Niagara de larmes de crocodile qui vient de se déverser sur les douze morts de Charlie Hebdo. Chez les alligators, surtout les gros responsables, on a le cuir épais, l'œil sec, et l'on a appris par cœur les « éléments de langage », et l'on s'est entraîné à les proférer avec l'air de la conviction et l'œil humide les plus authentiques.

 

CHARLIE HEBDO 361 1978.jpg

Cabu, n°361 de Charlie Hebdo, 1977.

Beaucoup de gens disent tout bas, et parfois même tout haut, qu’avec leurs provocations, les agitateurs de Charlie Hebdo « l’ont bien cherché », ce qui traduit sans doute l’arrière-pensée que, somme toute, ils « l’ont bien mérité ».

CHARLIE HEBDO 380 1978.jpg

Wolinski, n°380 de Charlie Hebdo, 1978. Cécile Duflot avait trois ans.

La vérité oblige à dire que le Charlie Hebdo de Philippe Val (celui de 1992), après avoir convenablement enrichi ses actionnaires (Philippe Val, Cabu, Bernard Maris, et deux ou trois autres), le journal ne se vendait plus assez pour assurer les fins de mois et faire vivre toute une équipe.

CHARLIE HEBDO REISER.jpg

In memoriam Reiser (mort en 1983).

Tout le monde sent bien que quelque chose de gravissime vient de se produire, mais qu’est-ce qu’un journal que plus personne ne lit ? Pour avoir du succès, il faut : 1-Avoir quelque chose à dire. 2-Le dire avec talent. 3-Renifler l'air du temps. On me dira ce qu'on voudra : Cabu, Wolinski et Reiser, non seulement ils avaient les trois, mais en plus, dans leur genre, ils avaient du génie.

CHARLIE H 2 NOV 2011.jpg

Je ne sais même pas qui est l'auteur de ce dessin.

Ça avait bien changé. Qu'est-ce qu'on parie que, une fois retombé le flot émotionnel de solidarité, après le brandissement pathétique et impuissant de forêts de bougies et de crayons, Charlie Hebdo ne tardera pas à quitter les "unes" de la presse nationale ? Et j'entends déjà l'épitaphe murmurée par les crocodiles entre leurs crocs : « Bon débarras ! ». Qu'est-ce qu'un symbole, face à la réalité concrète et brutale d'un acte ?

Pour que le symbole symbolise, il faut une réalité réelle derrière.

Tout ce qui me reste, c'est le minuscule hommage que je peux rendre ici à trois dessinateurs, trois clowns qui ont marqué leur temps en portant sur lui leur œil pertinent, rigolard et pointu.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 09 janvier 2015

POUR CHARLIE HEBDO

CH1 9.JPG

Ma pile de Charlie Hebdo (attention, la première série 1970-1981, avec le n°1, un peu amoché, sur le dessus, avec le dessin de Gébé).

Une idée géniale, il vaut mieux en être l'inventeur que le repreneur, le trouveur que l'épigone, le créateur que le suiveur. Il vaut mieux en être l'origine que la continuation.

CH1 1.JPG

 

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IN MEMORIAM

Frédéric Boisseau, Agent d’entretien.

Franck Brinsolaro, Policier du Service De La Protection (SDLP).

Jean Cabut, Dessinateur.

Elsa Cayat, Psychanalyste et Chroniqueuse.

Stéphane Charbonnier, dit Charb, Dessinateur et Directeur de CH.

Philippe Honoré, Dessinateur.

Bernard Maris, Economiste et Journaliste.

Ahmed Merabet, Policier.

Mustapha Ourrad, Correcteur.

Michel Renaud, Organisateur d’une exposition à Clermont-Ferrand d’une exposition de dessins de Cabu, à qui il rapportait ses œuvres.

Bernard Verlhac, alias Tignous, Dessinateur.

Georges Wolinski, Dessinateur.

CH1 5.JPG

Le n°63 du 31 janvier 1972. Il coûtait 2 francs. Dessin de Reiser.

 

Je dois beaucoup à Charlie Hebdo. Je dois beaucoup, en particulier, à Cabu. A force de le fréquenter depuis si longtemps, il était devenu comme un compagnon de route.

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CABU au travail (cette photo exécrable est de votre serviteur, qui veut bien dire à ceux qui le désireront, où et quand elle a été prise).

Des fascistes nous ont déclaré la guerre.

Je ne crie pas de slogans. Je ne suis pas Charlie. Je ne suis pas Cabu. Ce que je sais, c'est que la mort de Cabu a soudain creusé un gros trou dans ma mémoire et dans ma vie.

Même si lui ne l'a jamais su, aujourd'hui je suis en deuil. 

 

jeudi, 08 janvier 2015

MODIANO PRIX NOBEL

 CABU,

CHARB,

HONORÉ,

MARIS,

TIGNOUS,

WOLINSKI,

MICHEL RENAUD (directeur de cabinet du maire de Clermont-Ferrand, il venait juste rendre à Cabu les dessins qu'il avait exposés dans sa ville)

DEUX POLICIERS, DONT UN AHMED,

UN AGENT DE MAINTENANCE,

UN AGENT D'ENTRETIEN,

ELSA CAYATTE, PSYCHANALYSTE.

 

 

C'ÉTAIT CHARLIE HEBDO.

 

 

C'EST LA GUERRE.

 

IL VA FALLOIR SE DÉFENDRE CONTRE LES FASCISTES, SURTOUT QUAND ILS SONT MUSULMANS.

 

 

 

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Que cela ne nous empêche pas de continuer à exister. Je poursuis donc mon petit propos sur notre dernier prix Nobel de littérature.

 

2/2

 

 

Et le discours qu’il a prononcé à Stockholm n’est pas fait pour dissiper ce sentiment d’étrangeté. Selon l’auteur couronné, par exemple, le,  rôle des romanciers se définit ainsi : « Sous leur regard, la vie courante finit par s’envelopper de mystère et par prendre une sorte de phosphorescence qu’elle n’avait pas à première vue mais qui était cachée en profondeur. C’est le rôle du poète et du romancier, et du peintre aussi, de dévoiler ce mystère et cette phosphorescence qui se trouvent au fond de chaque personne ». C’est sûr, Modiano est un écrivain du ténu.

 

Mais ce que je retiens de préférence dans les passages cités dans Le Monde daté 9 décembre 2014, c’est ce qu’il dit de la rédaction de ses romans. Il commence par avouer – ça commençait à se savoir depuis ses passages chez Bernard Pivot – qu’il a « des rapports difficiles avec la parole. (…) un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral ».

 

Et quand on visionne le film de la prestation devant le nombreux public en grande tenue réuni pour l’occasion à Stockholm, on se convainc aussitôt que l’individu est nettement plus à l’aise dans le face à face solitaire avec la page blanche que dans les salamalecs où les pouvoirs se donnent en spectacle. Modiano, tout emprunté, y est presque touchant de maladresse.

 

Quand même, « plus doué pour l’écrit que pour l’oral », je trouve que c’est bien envoyé, à destination de tous les « romanciers » familiers des « tournées de promo », et rompus à toutes les acrobaties oratoires des plateaux de radio et télévision. Je pense au médiatique, à l’horripilant, mais d’une redoutable loquacité, Emmanuel Carrère, dont j’ai vainement essayé de massacrer Le Royaume, il y a peu. Mais je ne me faisais pas d’illusion.

 

Carrère n’est d’ailleurs pas le seul à « bien parler » de ses propres écrits : j’ai entendu un certain Laurent Gaudé parler de son dernier livre. C’est très curieux, de sa bouche ne cessent de tomber des expressions comme « mon projet », « mon travail ». Au sujet d’Haïti, sujet de son bouquin, il n’a posé le pied à Port-au-Prince qu’après que son « projet » eut été structuré dans les détails.

 

Son voyage sur place était destiné au remplissage des cases de la « structure » mise en place au moyen de « chair vivante » et d’ « âme humaine ». Une belle variante « littéraire » du néo-colonialisme des armées de généreuses ONG bourrées de bonnes intentions qui ont mis le chaos dans l’organisation sociale haïtienne après le séisme qui a détruit Port-au Prince. Je reviens à mon sujet.

 

La trajectoire d’écriture que Modiano décrit pour son propre compte est plus instructive que ce coup de griffe donné sans en avoir l’air par sa patte de velours. Commencer un roman se fait toujours dans le découragement : « Vous avez, chaque jour, l’impression de faire fausse route ». L’idée est on ne peut plus juste : le vrai romancier crée sa route en écrivant.

 

C’est pourquoi il ajoute que, tenté de recommencer à zéro pour orienter différemment ses pas : « Il ne faut pas succomber à cette tentation mais suivre la même route ». On peut s’amuser, juste après, de la comparaison avec la conduite automobile sur verglas par temps de brouillard épais, l’idée reste juste : Modiano, quand il écrit, cherche son chemin, et c’est en le cherchant qu’il l’invente. J’appelle ça, oui, vraiment, la littérature.

 

Sur le corps central du livre, Modiano demeure muet. C’est là sans doute que quelque chose se passe dont l’auteur lui-même ne saurait parler. Ce n’est pas qu’il dévoilerait ainsi un secret de fabrication : ce serait simplement écrire le livre une seconde fois. Car l’auteur ne sait pas lui-même ce qui se passe dans ce qu’il écrit. Il met en place une sorte de machine dont il ignore en partie la façon dont elle fonctionne. Le lecteur en personne, quand il relit un livre favori (pour moi, c’est, entre beaucoup d’autres, L’Iris de Suse, de Jean Giono), ne lit pas deux fois le même ouvrage.

 

C’est quand il va bientôt achever son roman que Modiano a une étrange affirmation. Comme une classe dissipée la veille des grandes vacances, le livre semble échapper à l’emprise de celui qui l’écrit pour prendre sa liberté : « Je dirais même qu’au moment où vous écrivez les derniers paragraphes, le livre vous témoigne une certaine hostilité dans sa hâte de se libérer de vous ». Et l’auteur souffre alors, pendant un temps d’une sorte de « baby-blues », comme une femme après l’accouchement : « Vous éprouvez à ce moment un grand vide et le sentiment d’avoir été abandonné ».

 

C’est d’ailleurs l’insatisfaction d’avoir vu sa créature lui échapper qui pousse le romancier à écrire le suivant. Les livres, ainsi, se succèdent et s’accumulent, finissant par former ce que les autres appelleront une « œuvre », mais qui, pour Patrick Modiano, ne dessinent que la trajectoire d’ « une longue fuite en avant ». J’adore cette idée romanesque qui fait de l’écrivain, il s’en faut de peu, le personnage d’un roman potentiel.

 

Du discours du prix Nobel de littérature 2014, je retiendrai une dernière chose, qui me semble apposer sur la littérature de Modiano la marque de l’authenticité. Selon lui, l’écrivain manque de « lucidité et de recul critique (…) vis-à-vis de l’ensemble de ses propres livres ». Chaque fois qu’il attaque un roman, celui-ci « efface le précédent, au point que j’ai l’impression de l’avoir oublié ». Et il est étonné au bout du compte de voir surgir comme malgré lui « les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases ». Au point qu’il a l’impression d’avoir tissé « une tapisserie dans un demi-sommeil ». La littérature du demi-sommeil, c’est exactement l’impression ressentie à la lecture de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, son dernier opus.

 

Pour conclure, j’ajoute qu’il est réjouissant de visionner les images (youtube/comité Nobel), pour voir l’immense silhouette longiligne de l’écrivain en train de se décarcasser pour surmonter, comme encombré de sa personne, sa répugnance à s’exprimer à l’oral.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

jeudi, 18 décembre 2014

SAINT FIACRE HOLLANDE

Je recycle, en le remaniant tant soit peu, un billet paru il y a bien longtemps. Pensez, c’était au temps où la France était encore gouvernée par le nabot épileptique, frénétique et caractériel qui a précédé François Hollande. Le même nabot qui n’a qu’un rêve : succéder à son successeur. Autrement dit, faire de son successeur son prédécesseur.

 

Et son vaincu, en espérant le faire vite oublier en le renvoyant au passé. Il se voit déjà posant pour les caméras, en tenue de brousse, avec sa botte de cuir sur le crâne du buffle, en arborant sa carabine Auguste Francotte chambrée en 600 Nitro Express (balle de 58 g.). On me dira que comparer Hollande à un buffle, moi qui le vois autrement, ... Et que, pour un tel humain, les 10,2 g. du 357 magnum sont amplement suffisants.

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On voit bien qu'il a encore quelques plumes à perdre.

A cette époque, j’avais encore la faiblesse et la naïveté de me gausser du cheptel politique dont les journalistes se disputent le privilège de monter si volontiers en épingle la moindre rumination, le moindre meuglement, jusqu’à la moindre émanation méthanisée qui sort de leur anus. Depuis, j’ai compris qu’il était vain de moquer, de brocarder, de prendre la chose à la plaisanterie. Ces petites gens ne me font décidément plus rire, à force de faire semblant de savoir et de pouvoir.

 

Je m’inspirais d’une sorte de bible : La Fleur des Saints, d’Omer Englebert (éditions Albin Michel).

 

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Curieusement, l’histoire raconte que Fiacre Hollande (pas encore "saint", et pour cause) est né en Irlande, et qu’il est mort en Seine-et-Marne, en un lieu qui lui était probablement prédestiné et qu'on avait donc spécialement aménagé pour l'accueillir, puisqu’il s’agit de la commune bien connue de Saint-Fiacre-en-Brie, où l'on montre encore sa tombe. 

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Il y a été enterré autour de 670 de notre ère. Après une vie déréglée (il fut appelé « le tombeur de ces dames »), il décida pour se racheter de passer la fin de sa vie dans un lieu retiré et de se consacrer au recueillement, au jeûne, à la continence, à la mortification, à la pénitence. En un mot, à toutes sortes de macérations. Il n'est pas sûr qu'il ne se soit jamais flagellé.

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J'aime bien ce dessin de Dubouillon.

C'est ainsi que saint Fiacre Hollande, grâce à Saint Faron – lui-même fils d’une biche, d’où, évidemment, vient notre « faon Faron », dont la célébrité a atteint la Côte d’Azur puisqu’on a donné son nom à une montagne qui domine le port de Toulon – fut autorisé à devenir ermite en forêt de Brie. On ne sait comment grandit sa renommée.

 

Toujours est-il qu’il reçut des visiteurs, qu’il remerciait en priant pour eux, et en distribuant consolations et bons conseils (je n’invente rien). Il lui arrivait de les guérir. C'est même resté dans les annales des médecines parallèles : le pèlerin qui, s'asseyant sur la pierre où le saint s'était lui-même assis pendant toutes ses années d'ermitage, y posait ses hémorroïdes avec suffisamment de piété, se voyait immédiatement guéri de son mal, qu'on appela pour cette raison le « mal de saint Fiacre Hollande ». Les archives n'en disent pas plus.

 

Il nourrissait en cas de besoin les pèlerins des légumes de son jardin, souvent des haricots, qui faisaient ses seules délices, et qui portent encore son nom. Surtout, il savait parler aux gens : toujours suave, toujours caressant, presque tendre, il atteignait ses auditeurs au fond de leur cœur, imperméable aux propos de quelques vilains jaloux qui ne se privaient pas de brocarder ses défauts. Ils se moquaient de son élocution d’ancien bègue ou du format de son abdomen, deux tares indignes du rôle de guide charismatique auquel il prétendait. Lui se défendait en soutenant que, s'il n'était ni orateur, ni éloquent, c'était par un choix délibéré : « Je veux rester normal ».

 

Heureusement, Fiacre Hollande était au-dessus de cette bave crapaudale, et allait son chemin vaillamment. Si certains lui auraient vu les manches de lustrine et le « rond de cuir » dont Courteline et Maupassant ont fait le symbole de la bureaucratie fin-de-siècle, il se voyait quant à lui sur la plus haute marche du podium électoral.

 

Malheureusement, un journal d’opposition déterra une malheureuse affaire où un de ses ancêtres, Quintianus Hollandus, avec lequel il offre d'ailleurs une ressemblance de visage tout à fait spectaculaire (voir la gravure d’époque, ci-dessous), avait fait torturer celle qui devint plus tard sainte Zita Trierweiler. Cette affaire lui coûta le poste de consul. Mais il se vengea en faisant mieux : il se fit sacrer roi de France.

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La preuve, c’est qu’Anne d’Autruche, cette reine bien connue pour sa gloutonnerie, eut recours à ses miracles en 1637. Son vœu d'avoir enfin un enfant mâle fut exaucé : elle régurgita par le fondement un certain Louis, 14ème du nom, qui devait acquérir par la suite une certaine renommée. En remerciement, une médaille du saint ne quitta jamais le cou de Louis, l'heureux père de p'tit Louis.

 

C’est d’ailleurs de cette curieuse circonstance que s’autorisa Monsieur Sauvage qui, en 1640, investit dans une compagnie de taxis, qu’il baptisa « voitures de Saint-Fiacre », tout ça parce qu’elles étaient attachées à l’hôtel de Saint-Fiacre, rue Saint-Antoine. Omer Englebert ajoute, p. 282, que « les fiacres étaient tirés par un vieux cheval désabusé, que conduisait un cocher haut-perché, armé d’un fouet, surmonté d’un gibus ». Un « vieux cheval désabusé » ! Omer Englebert écrit parfois comme Alexandre Vialatte.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : il va de soi que la plupart - ou presque - des données figurant dans cette note ont été puisées aux sources les meilleures et les plus sûres.

 

dimanche, 06 juillet 2014

VOUS REPRENDREZ DU VIALATTE ?

VIALATTE ORNITHO RYNQUE.jpgAllez, encore un peu d’Alexandre Vialatte. Toujours tiré de Profitons de l’ornithorynque (Julliard, 1991). L’admirable très long paragraphe qui suit constitue la moitié (approximativement) de la chronique intitulée « Eva Peron » (La Montagne, 12 avril 1960), et recueillie par la grande amie de l’auteur, Ferny Besson.

 

Le ciel est gris, la conjoncture est molle, la civilisation s’affaisse comme un soufflé. Autrefois on vantait l’art d’un film, maintenant on vante son prix de revient ; autrefois on parlait du talent d’un poète, maintenant de la marque de son auto ; autrefois on habitait des maisons. C’étaient des endroits faits pour l’homme qui procuraient à chaque activité le paysage qui lui était naturel ; les oignons séchaient au grenier, le vin mûrissait à la cave, la mauvaise marche du perron cassait la jambe au visiteur insupportable, les rats avaient un champ raisonnable mais limité pour faire rouler les noix sur le plancher du grenier entre la malle en poil de chèvre et l’ombrelle de la bisaïeule ; le saucisson pendait à la solive,les enfants trouvaient aisément quelque niche naturelle pour jouer à Guignol ; on savait où mettre ses souliers, sa pipe, son grand-père, son vélo. Maintenant il n’y a plus de maisons, mais des taudis ou des chambres d’hôtel, et ce placard nu, cette tombe, ce désert de la soif, bref cette aventure saharienne qu’on a appelée H.L.M., où l’homme meurt de claustrophobie, par un record du paradoxe, au sein d’un vide illimité. J’ai vu un rat de quatre cent dix grammes y périr en une heure quatorze sur un sol en fibrociment. D’ennui. De dégoût. D’écœurement. De solitude métaphysique. Je l’ai vu maigrir progressivement, perdre ses joues, pencher la tête, fermer les yeux, raidir les pattes. Est-ce raisonnable ? On vous explique que ces surfaces arides sont très faciles à balayer ; plus fort : qu’il n’y a même pas à le faire ! Mais l’homme passe-t-il sa vie à ne pas balayer ? Victor Hugo écrivait-il ses Mémoires pour qu’ils soient faciles à épousseter ? Ou même ses Odes ?... C’est une logique qui dépasse mes moyens. Mais après tout … j’ai vu un homme vendre une règle à calcul en expliquant qu’elle était faite d’une matière imperméable ! J’ai même vu acheter cet engin par des mères de famille nombreuse qui ne descendaient jamais sous l’eau, même en scaphandre, et qui ne s’en serviraient jamais, même une fois revenues au soleil. Après quoi on peut tout admettre. Et cependant je persiste à penser qu’on achète des logements afin de les habiter et non de ne pas les balayer. Sinon on achèterait un trottoir en asphalte. Et d’ailleurs on se lasse vite de ne pas balayer. C’est un plaisir qu’on épuise en deux jours. L’homme, qui n’est pas plus bête qu’un autre (pas moins non plus) (mais enfin pas plus), s’aperçoit vite, au demeurant, qu’il y a bien plus à balayer sur une surface parfaitement lisse, où les rainures n’absorbent rien, que sur un plancher raviné par les ans. On ne devrait construire que du vieux. En prévoyant l’espace vital des choses qui réclament de la place, du temps, des soins et de la piété : le vin qui veut vieillir, le fromage qui veut vivre, et la grand-mère qui veut le manger. Les mettra-t-on au frigidaire ? à l’hôpital ? Quelle indécence ! Voilà pourtant où va la civilisation. Elle ne vit plus qu’en état de guerre. Dès qu’un homme d’Etat parle de paix, on sait que c’est pour lui faire la guerre. Il y a toujours quelque Corée, quelque Tibet ou quelque Irak [tiens, déjà en 1960] où on la garde à la glacière ; c’est la guerre froide ; ou alors sur le coin du fourneau ; c’est la guerre tiède ; on la retire à moitié, on la remet, on l’enlève, on la réchauffe un peu ; plus elle est vieille, meilleure elle est, comme le civet ; quand elle réduit, on lui ajoute un petit oignon, un verre de vin, un brin de laurier, un filet d’eau bouillante, et ça se remet à faire des bulles. Voilà pourtant la vie que nous menons. La civilisation est couverte de plaies. Qu’on entretient en les grattant ; comme l’eczéma.

 

Est-ce que c'est pas bien tapé, ça ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

mercredi, 28 mai 2014

SAINT VIALATTE, PRIEZ POUR NOUS

Je reproduis ci-dessous un paragraphe d’une chronique d’Alexandre Vialatte que le journal La Montagne a publiée le 1er décembre 1964 : « Aussi le livre de Conchon a-t-il été mal accueilli par toute une partie de la critique. Parce qu’il appelle certaines choses par leur nom. C’est un crime qui ne se pardonne pas. Car, si nous en sommes là (avant d’être plus loin), c’est pour avoir accepté patiemment, et souvent avec enthousiasme, avec lâcheté ou avec perfidie, d’appeler les choses par le nom qu’elles n’ont pas, que dis-je, de leur donner le nom des choses contraires ». Ce grand monsieur avait sans doute lu 1984. Quelqu'un d'influent pourrait-il faire passer ce message à François Hollande, Nicolas Sarkozy et consort ?

 

L’article évoque le sujet du livre de Georges Conchon, qui a reçu le prix Goncourt en 1964, L’Etat sauvage. : «  Des enfants de huit ans qui font boire de l’essence à de paisibles pharmaciens parce qu’ils sont blancs, et les ouvrent ensuite avec un couteau à conserves pour mettre le feu à l’intérieur. Des noirs découpés très lentement au moyen de tessons de bouteille par des congénères irrités qu’ils ne soient pas analphabètes ». Rien de nouveau, donc, sous le soleil des tropiques. Le Centrafrique, le Sud-Soudan, le Nigéria d'aujourd'hui valent bien le Katanga d'avant-hier. 

 

Certains esprits irréfléchis aussi bien que légers classent Alexandre Vialatte parmi les humoristes.

 

Mais Alexandre Vialatte est beaucoup mieux que ça : il est aussi humoriste.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

vendredi, 09 mai 2014

FRANCOIS HOLLANDE INVENTEUR

Il était une fois ...

Un jour, dans l'histoire humaine, un homme a inventé le fil à couper le beurre. Un autre jour ce fut l'eau tiède. Encore un peu de temps passa, et puis ce fut la poudre qui, comme le dit Georges Brassens, n'est d'aucune utilité dans les choses de l'amour (« Mais pour l'amour on ne demande pas Aux filles d'avoir inventé la pou-ou-dre »). Et puis un jour naquit François Hollande, l'inventeur bien connu. Et l'univers entier entonna une antienne venue du plus profond des âges : « Halleluïa ! Gloria ! ». La ferveur était générale, l'humanité se jeta à genoux pour chanter : « Il est né le divin enfant ! ». « Enfin ! » fut le cri unanime.

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En lisant ces mots, le lecteur encore sceptique se tapote le menton en posant la question : « Qu'a donc bien pu inventer ce dindon ? ». Eh bien il est temps de lever le voile. Monsieur François Hollande a inventé

LA FUMÉE SANS FEU.

Eh oui, monsieur François Hollande est passé maître dans l'art de produire de la fumée hors de toute production d'incandescence. En quelque sorte, il vapote. Il est passé maître dans l'art de produire des mots enfin détachés de toutes les pesantes réalités. C'est un artiste virtuose. Son art consiste à faire de la fumée sans feu.

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BEL EXEMPLAIRE D'ENARQUE ISSU DE LA PROMOTION VOLTAIRE

 

Voilà ce que je dis, moi.

lundi, 06 janvier 2014

DESSINER DU TAC AU TAC

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Puisque j’ai évoqué hier la vieille émission de télé de Jean Frapat, Tac au tac, j’ai eu envie d’en dire un mot. La raison en est que l’éditeur Balland avait publié en son temps un volume, sobrement intitulé Tac au tac, consacré aux traces laissées par les cinquante (tout de même) rencontres de dessinateurs de BD sur un plateau de télévision, aux fins d’en découdre à la façon des jazzmen « faisant le bœuf » entre eux, une fois le turbin en club expédié. Je trouve que le terme de « jam session » conviendrait assez bien à ces confrontations.

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"PROPOSITION" DE PEYO

Le principe est d’une simplicité angélique, même s’il peut être soumis à des variations dues aux circonstances, à la disponibilité des gens et à la concordance des agendas.

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"PIEGES" TENDUS PAR ROBA, FRANQUIN ET MORRIS

L’un des invités est désigné volontaire pour amorcer le débat, je veux dire pour proposer un dessin simple qui servira de support et de base de lancement à la fusée des imaginations. Par exemple, le producteur propose un motif : trois points alignés horizontalement.

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LES "PARADES" TROUVEES PAR PEYO

Alexis imagine une tête humaine à trois yeux, trois bouches et six oreilles ; Gébé voit un vampire à trois dents qui vient de les planter dans le cou d’une fille ; pour Fred les trois points sont autant de bouts de cigarettes à allumer à un chandelier à trois branches, et Gotlib se prend pour Lucky Luke : une main tenant un pistolet fumant a laissé dans la palissade du fond trois trous inquiétants. Seul le manque de place motive ici l’absence d’illustration.

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LE POINT DE DEPART, C'EST MORRIS

On peut commencer par regarder (voir plus haut) le schtroumpf proposé par Peyo au trio formé de Roba (Boule et Bill), Franquin (Gaston) et Morris (Lucky Luke), chargés de tendre un piège au gnome bleu.

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REPLIQUE DE ROBA

Et l’on jettera un œil amusé sur les parades trouvées dans l’instant par Peyo pour sauver sa trouvaille, les schtroumpfs, apparue, je le rappelle, dans La Flûte à six schtroumpfs.

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LÀ, C'EST FRANQUIN

Je passerai sur le duo formé par Gébé (L’An 01) et Claire Bretécher (Cellulite, Les Frustrés), qui n’est pas inintéressant, mais … Je m’intéresserai à une drôle d’aventure appelée « escalade ». Elle consiste en une série de seize interventions successives de quatre compères : les mêmes Morris, Peyo, Franquin et Roba.

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ETAT INTERMEDIAIRE

Je laisse de côté quelques épisodes de ce match merveilleux : seize images, ça ferait vraiment beaucoup. Je me contente de la séquence initiale, d’un état intermédiaire et du résultat final. Au lecteur sourcilleux de reconstituer en partant de la fin la totalité des phases de cette compétition amicale.

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RESULTAT FINAL APRES QUINZE PASSES DU BALLON

Je me permets encore de trouver merveilleuse l’idée de Jean Frapat de confronter entre eux des virtuoses du crayon, et de persister dans l’idée qu’elle a quelque chose à voir avec tout ce que je préfère dans le jazz : l’interaction « en temps réel » (comme on dit aujourd’hui) entre les idées des musiciens (les trios de Keith Jarrett, Ahmad Jamal ou Brad Mehldau), de préférence aux grosses machines (Count Basie, Duke Ellington), où toute la musique est écrite par un arrangeur, et que les musiciens n'ont plus qu'à exécuter.

C’est l’idée formidable d’un bonhomme, Jean Frapat, désireux de voir se produire un événement sous ses yeux, par la grâce de la rencontre de quatre dessinateurs talentueux. Quatre jazzmen virtuoses du crayon qui ont du plaisir à s’amuser ensemble, dans des jam sessions détendues et stimulantes.

Toute une époque !

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

dimanche, 05 janvier 2014

L'HOMMAGE DE GOTLIB A REISER

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DEVINETTE : OHÉ AMI, SAURAS-TU ME DIRE QUI EST L'INTRUS ?

IL EST VRAI QU'ILS SONT TOUS DES "DESSINATEURS HUMORISTES".

(On ne sait pas très bien ce que Bernard Buffet a devant lui : aspirine effervescente ou alcool ?) 

Il y eut à une certaine époque, à la télévision française (qui s’appelait alors ORTF), une drôle d’émission, en même temps qu’une émission drôle. Jean Frapat, son producteur, l’avait appelée Tac au tac.

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Le principe était simple : quatre (en général) dessinateurs de BD se retrouvaient sur le plateau de treize à vingt heures pour se battre en duel par dessins interposés, dans des matchs d’improvisation (sortes de « jam sessions » sur papier où les artistes « faisaient le bœuf ») où il s’agissait pour eux de se donner la réplique – amusante dans la mesure du possible – dans des dialogues parfois endiablés.

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Le résultat final (une œuvre forcément collective) était toujours inattendu, parfois simplement rigolo (Gébé contre Bretécher), parfois grandiose (Druillet, Forest, Franquin, Gigi). J’y reviendrai. Pour le moment, après avoir cité l’hommage de Reiser à l’écrivain Georges Perec, je voudrais donner une idée de l’hommage qu’un autre dessinateur célèbre a rendu à Reiser : Marcel Gottlieb, dit Gotlib.

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Gotlib est connu pour diverses séries, telles Hamster Jovial, Pervers Pépère, Gai Luron, Les Dingodossiers et autres Rhââ Lovely. Mais son œuvre maîtresse reste sans conteste les cinq volumes de la Rubrique-à-brac. L’hommage dont je parle figure dans le quatrième.

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Reiser était bien vivant quand il fut publié dans Pilote, cette revue de Goscinny si essentielle pour ceux qu’intéresse l’histoire de la BD. La double planche s’intitule « Tac au tac s’anoblit » (sans vouloir chicaner Gotlib, j’aurais plutôt dit « s’ennoblit », mais basta).

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TOUT LE MONDE RECONNAÎTRA, DANS LA BOUCHE DE DALI, UNE CITATION DU FILM ARSENIC ET VIEILLES DENTELLES.

Le dessinateur raconte une émission de Tac       au tac purement virtuelle et imaginaire, où Jean Frapat aurait invité les trois peintres français les plus connus dans le monde : Bernard Buffet, Salvador Dali et Pablo Picasso.

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BON, LE BRAS D'HONNEUR DE REISER, CE N'EST PAS LA "QUENELLE", MAIS AU MOINS, TOUT LE MONDE S'ACCORDE SUR LE SENS A ACCORDER AU GESTE. 

Mais pour fendiller le piédestal orgueilleux où trônaient les trois icônes prestigieuses, il a placé ce chien dans le jeu de quilles qui portait le nom de Reiser. J’avoue que comme déboulonnage de statues, cette idée me ravit. 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

lundi, 30 décembre 2013

IRRECUPERABLE REISER

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Tiens, toujours à propos de Reiser, je suis tombé sur cette histoire à hurler de rire (ou de rage, au choix). Elle date de 1977. Je ne savais pas (ou j’avais oublié) que Mikis Théodorakis avait mis de la musique sur des paroles de monsieur Herbert Pagani. Tout ça a fait un schmilblick improbable, un machin surréaliste : l'hymne du Parti Socialiste. Farpaitement !! Même qu'on peut cliquer pour en avoir la preuve. A se taper le derrière par terre.

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Remarquez que le Grec de Zorba, ici du moins, ne s’est pas foulé le poignet pour écrire : le début du refrain reprend texto celui de La Varsovienne (« Prendre la parole et décider nous-mêmes » pour répondre à « Mais le genre humain courbé sous la honte … Ô frères aux armes … ») qui, elle au moins, bien que d’inspiration communiste, avait une tout autre gueule.

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L’hymne du Parti « Saucialiste » (je dirais bien « soupialiste », tant on les voit tous se précipiter à la soupe) date de 1977. Comme on peut l’entendre en allant voir le clip sur l’internet (« Changeons la vie ici et maintenant », pour ceux qui ont connu ça et qui ont, hélas et pire, cru en ça), il faut un effort gargantuesque d’imagination pour établir quelque rapport que ce soit entre les insipides paroles de Pagani et la pratique du pouvoir par les « saucialistes » actuels.

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Et encore, ces paroles n’ont pas grand-chose à voir avec La Jeune garde, entonnée par le personnage de Reiser. Mais Reiser était un anar de la plus belle eau : j’aime bien le titre qu’il donne à sa planche : « Racaille cultivée », qui exprime bien l’immense veulerie intéressée et l’hypocrite lâcheté de toute cette faune « saucialiste ».

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Remarquez que de l’autre côté de l’échiquier politique, l’UMP, Copé, Fillon, Sarkozy ont une façon tout aussi particulière de fabriquer et d’entretenir la machine à faire vomir. Je ne parle pas des marginaux de droite et de gauche, ni de ceux qui sont en voie d’extinction (Mélenchon, …), ni de ceux qui ambitionnent de monter sur la plus haute marche du podium national (madame Le Pen et ceux qui grenouillent autour). Ils y feraient quoi, sinon la même chose en pire ? On est dans de sales draps.

 

D’ailleurs, c’est comme ça que je comprends la fin de l’histoire de Reiser. Manger un cheese burger en écoutant un « bon vieux rock des familles », sauf erreur, ça veut dire qu’il n’y en a pas un pour racheter l’autre. Et qu'à tout prendre, il vaut infiniment mieux se rabattre sur la petite planète sur laquelle ce qu'on fait a quelque chance d'être efficace. 

 

Et je suis bien d'accord. De toute façon, y a-t-il un seul « Juste » à Sodome ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

PS : Aux dernières nouvelles, au sujet de Dieudonné et de sa "quenelle", selon un de ces pondeurs d'éditoriaux qui prennent soin de ramer dans le sens du courant principal (« mainstream »), l'antisémitisme n'est pas une opinion, parce que c'est un délit. Magnifique exemple de déni de réalité.

 

C'est bien connu, dans notre belle république, il ne saurait y avoir de délit d'opinion, parce qu'il suffit de voter une loi pour faire disparaître l'opinion et pour fabriquer un délit. Chacun sait que l'opinion cesse d'exister au même moment, juste parce que la loi l'a ordonné. Comme il connaît le cœur des hommes, celui qui rédige une telle loi !!! Les gens, impressionnés et obéissants, vont sûrement cesser de penser ce qu'ils pensent.

 

Corollaire : bonne nouvelle, il n'y a plus d'antisémites en France, puisqu'il n'y a plus que des délinquants. Imparable, le raisonnement. 

 

Le prestidigitateur fait disparaître le lapin du problème dans le chapeau de ses craintes. Des formules verbales pour faire disparaître la réalité, cela s'appelle un fantasme de toute-puissance. Un avatar de la pensée magique, quoi. L'incantation triomphe.

 

Le sorcier législatif, armé de son gourdin judiciaire, ordonne au monde de se plier à sa volonté. Avec le succès que l'on pressent déjà aux prochaines échéances électorales. Nos responsables politiques et tous les roquets et toute la meute des « bonnes âmes » sont bien à plaindre. Peut-être que, se disant qu'ils ne servent à rien, ils voudraient voir le monde leur obéir séance tenante et se pétrifier sous leurs yeux ?

 

 

dimanche, 29 décembre 2013

IRRECUPERABLE REISER

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J’ai entendu récemment monsieur Jean-Marc Parisis parler du dessinateur Reiser, auquel il a consacré en 1995 un ouvrage biographique. Je ne l'ai pas lu, mais sur le principe, j'y vois un travail salutaire, car Reiser est quelqu’un de bien oublié, alors que tout son travail pourrait servir de leçon (en forme de volée de bois vert) à tous les caricaturistes et dessinateurs de presse d’aujourd’hui, dont j’excepte cependant Cabu, Willem et quelques autres. Ceux du Charlie Hebdo qu'on connaît aujourd'hui, en comparaison, la jouent « petits bras », quand ce n'est pas carrément « bras cassé ». 

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Quand je pense à Reiser, le pauvre dessin que Plantu inflige au lecteur en première page du Monde m’apparaît d’autant plus misérable. Mais j’imagine bien que si Plantu s’inspirait tant soit peu de Reiser, il se ferait séance tenante virer du « journal de référence ».

 

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Pour une raison très simple : Reiser est l’archétype même du dessinateur libre. La caractéristique principale de cette liberté, s’agissant de Reiser, c’est la férocité. Au 19ème siècle, on aurait dit que l’artiste « porte le fer dans la plaie ». Quant à Jean-Marc Parisis, je me rappelle avoir lu, il y a fort longtemps, La Mélancolie des fast foods (1987). Je me souviens d’un roman nerveux, rapide et non dénué de violence. L’intérêt manifesté par l’auteur pour Reiser n’est donc pas incohérent.

 

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Les deux « pères » de Reiser dans le métier furent Georges Bernier, alias Professeur Choron, l’inénarrable, l’indécrottable, l’insupportable et toujours imbibé Professeur Choron. Pour dire que la première maison qui abrita le dessinateur s’appelait Hara Kiri, « journal bête et méchant ». Il faut s’en féliciter : c’était en quelque sorte un habitat naturel pour lui.

 

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Dans les années 1990, Delfeil de Ton eut l’idée formidable de réunir tous les dessins que Reiser avait faits pour la presse, à commencer par Charlie Hebdo, qui n’avaient pas fait l’objet d’une publication en albums. Résultat : neuf volumes, publiés de 1994 à 2001 aux éditions Albin Michel.

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J’ai essayé ici de donner une petite idée de la liberté que prenait Reiser avec tous les « groupes », toutes les « minorités » qui font régner aujourd’hui la terreur parmi les adeptes de la liberté d’expression.

 

S’il n’était pas mort à temps pour ne pas voir le nouvel ordre moral et punitif, et la gravissime gravité d'une bienpensance tartufière, conformiste et cérémonieuse s’abattre sur le pauvre monde comme la dalle de granit se referme sur le caveau fraîchement creusé, on pourrait sans doute dire à présent : « Reiser ? Combien de condamnations ? ».

 

Qu’il s’agisse des femmes (qu'il adorait), des nègres, des pédés, des parents, des gouvernants, des écologistes, des curés, des vieux, des handicapés (= les tabous d'aujourd'hui = autant de motifs de correctionnelle) tout le monde en prenait joyeusement pour son grade. Et pour le dessin d'actualité, Reiser, il se posait un peu là.

 

C'était l'époque de Coluche, de Desproges, ... et de Reiser.

 

Heureux temps.

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

dimanche, 01 septembre 2013

SAN ANTONIO ÜBER ALLES

 

CANNIBALES SACREE POUR LE FESTIN 23 9 83.jpg

"VOYAGE DE M. BRAU DE SAINT-POL-LIAS : ON LA FRAPPA D'UN COUP DU LOURD COUTEAU"

IL FAUT PRECISER QUE C'EST EN VAIN QUE LE BRAVE AVENTURIER AURA TENTÉ D'EMPÊCHER QUE LA DELICIEUSE PERSONNE AGENOUILLEE ET CONSENTANTE SERVE DE PLAT PRINCIPAL DANS LE FESTIN PREVU NON MOINS QUE RITUEL. MALGRÉ L'INSISTANCE DU MONSIEUR, ELLE Y EST PASSÉE, A LA CASSEROLE. - AU SENS PROPRE.

JOURNAL DES VOYAGES, 23 SEPTEMBRE 1883

***

SA2 VIVA BERTAGA.jpgMais revenons à nos san-antoniaiseries. Je le répète : dans un bon San Antonio, la langue jubile. Et le lecteur avec. C’est vrai que, tout bien pesé, ça ne pisse pas loin, c'est bas de plafond, c'est souvent ringard, mais au moins, d'abord ça fait plaisir, ensuite ça repose, enfin l'avantage, c'est que ça ne se hausse pas du col à toiser la populace du haut de son œil pincé comme un anus de gallinacé. Vous avez remarqué ? San Antonio, sodomiser des bestioles de la famille des syrphidés (ordre des diptères) n’est pas son fort. Ci-dessous, « parasyrphus lineola» (non, ce n'est pas une guêpe, c'est un syrphidé, je veux dire une mouche).

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Ceux qui se haussent du col font juste croire qu'ils font partie de ces seigneurs en mie de pain qui se font passer pour des statues en marbre de Carrare ou de Paros et, pour arriver à leurs fins, ils arborent, entre leurs deuxSA3 FLEUR DE NAVE VINAIGRETTE.jpg mâchoires en béton armé, le sourire californien, vous savez, celui qui est tout niaiseux de contentement, façon Beach Boys, celui qui a fait tant de tort aux moniteurs de ski entre Courchevel et Megève.

 

Eux, je prétends donc que ce n’est pas leur bouche, mais leur œil qui est en cul de poule. Pas mal trouvé quand même, non ? "Avoir l'œil en cul de poule" ? Je vais déposer la marque à l'INPI. Mais l'œil en cul de poule, m'est avis que ça doit leur faire mal quand ils l'ouvrent. Je ne leur ai jamais examiné le rectum, pour m’assurer s’il s’apparentait de préférence à l’un ou à l’autre orifice, mais si leur œil se mettait à déféquer en vous regardant, je n'en serais pas autrement étonné. Est-il, Dieu, possible de donner au spectateur une telle impression de chier, juste en soulevant la paupière pour vous envisager ? Je m'égare.

 

Remarquez pas tant que ça, si je me souviens d'un poème vaguement scatologique qui avait cours dans la famille à l'époque où il y avait des pots de chambre, au fond desquels était parfois peint un gros œil, façon : « L'œil était dans la tombe et regardait Caïn ». Le poème familial finissait, pour sa part, ainsi : « L'œil était dans le fond et regardait mon père ». Bon, c'est sûr que ce n'est pas pour de pareils vers qu'on entre à l'Acadéfraise.

 

SA3 J'AI ESSAYE ON PEUT.jpgPour revenir à La Vérité en salade, dès le nom de la personne qui demande le secours du fils de Félicie, sa « brave femme de mère », ça commence à carburer : Mme Bisemont (bise mon quoi ?). Un nom qui me fait penser à Votez Bérurier et à son immortel « Bellecombais, Bellecombaises », qui introduit sa harangue de candidat à la mairie de Bellecombe. Je ne m'en lasse pas.

 

Mme Bisemont est une vioque chargée comme un arbre de Noël deSA4 SI MAMAN ME VOYAIT.jpg breloques en or massif, qui s’envoie en l’air avec un petit jeune, qui a lui-même une jolie copine, avec laquelle il imagine un stratagème pour soutirer un peu de compensation financière à son dévouement sexuel. Seulement, tout ça vire mal, et ça fait toute une histoire.

 

SA5 DU PLOMB DANS LES TRIPES.jpgVous avez remarqué que l’intrigue est présente, évidemment, chez San Antonio, sans ça il n’y aurait pas de roman, mais qu’elle devient parfois le cadet des soucis de l’auteur, en particulier quand il s’agit de résoudre l’énigme. Frédéric Dard se fiche souvent du dénouement comme de sa première étrangleuse à rayures (mettez "limace à carreaux lilas" si vous préférez). Comment ça finit, c’est le cadet de ses soucis, et il a, pour conclure, des manières parfois tout à fait cavalières.

 

Mais quand il est en forme, la langue frétille comme un gardon qu’un hameçon cruel vient de tirer des eaux trop claires de la Cérigoule. Voyez page 33 de La Vérité en salade. Je ne vais pas recopier la tirade, juste la fin : « Grandes premières en habit ! Petites dernières ! Balzac zéro zéro zéro un ! ». Soudain, l’esprit des amateurs de cinéma fait tilt ! Ils viennent de reconnaître un classique. Bon sang mais c’est bien sûr : « Jean Mineur publicité, 79 Champs Elysées », le petit mineur qui lance sa rivelaine à la fin de la séquence publicitaire, à l’entracte ! Dard, on peut dire que tout lui est bon. Peut-être parce que c'est un cochon ?

 

SA5 VOTEZ BERURIER.jpgPas la peine de faire l’éloge de San Antonio : il s’en occupe tout seul. Mais avant de terminer mon laïus, une révérence du côté de l’illustrateur favori de la série pendant les vingt premières années de son existence : Michel Gourdon (voir Viva Bertaga plus haut, et la grosse demi-douzaine montrée hier). Les illustrations de couverture ont acquis grâce à lui une homogénéité de ton, une cohérence qui vous fait repérer aussitôt les premiers tirages dans les boîtes des bouquinistes (bien vérifier cependant que la date de dépôt légal coïncide avec le copyright).

 

Personne n’est éternel, heureusement, et l’éditeur a été obligé de seSA6 DES GUEULES D'ENTERREMENT.jpg tourner vers d’autres illustrateurs, avec plus ou moins de bonheur, il faut bien le dire. C’est sûr que le style Gourdon ne donne pas une idée juste du « ton » San Antonio, parce que ses images semblent prendre la chose au sérieux, et annoncer un polar comme tous les polars, bien carré. Or San Antonio n'est pas carré, il est tordu, il le sait et il le dit. Tenez, c'est dans lequel que le commissaire croise la route d'une belle nana qui a ceci de particulier qu'elle enlève sa culotte sans y mettre les mains ? Essayez pour voir. Je crois me souvenir que c'est une Israélienne, qui se paie un entre-deux avec Béru et San A. 

 

Mais il ne faut pas oublier que les aventures du commissaire sont publiées dans la série « Spécial Police », et que la présentation obéit donc à certaines règles éditoriales. L’humour et les allusions salaces n’apparaîtront que plus tard en façade. Celles que j’apprécie sont celles qui rappellent les dessins que Pierre Etaix (oui, le cinéaste, le clown, le ...) avait faits pour Les Petits mots inconvenants (Balland), un livre rigolo de Jean-Claude Carrière : salaces, mais subtils et humoristiques.

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PIERRE ETAIX EST UN ARTISTE SUBTIL : C'EST PAS MIGNON, CETTE DRÔLE DE LARME ?

Certes, le commissaire San Antonio est un vieux réac, un misogyne, un homophobe de première bourre (et je ne sais pas ce qu'il pense des Arabes), et c’est sûr qu’aujourd’hui, il ne pourrait plus déblatérer ses horreurs sur les gonzesses ou sur les fiottes (et fières de l'être) sans se prendre dans le buffet autant de procès que le malfrat récalcitrant encaisse de valdas défouraillées par le soufflant d’un argousin de littérature devenu un personnage quasiment historique. Mais c’est peut-être ce qui me le rend sympathique, justement. Je prends le risque des valdas. Il faut bien mourir de quelque chose, n'est-ce pas.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

dimanche, 28 juillet 2013

JOURNAL DES VOYAGES 14

Je suis en vacances jusqu'au 16 août, mais j'ai laissé Médor dans sa niche, avec des provisions de pâtées et d'os à ronger pour accueillir le visiteur éventuel, pour qu'il ne trouve pas porte close. Je précise qu'il ne mord pas (je parle du chien et du visiteur, cela va de soi).

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Pour ne pas laisser vacant tant d’espace pendant les vacances, mais le remplir de façon bien sentie, je me suis dit que la collection 1876-1899 du Journal des Voyages était parfaitement idoine. Puisse l’illustration quotidienne remplir l’office du poisson rouge quand on est seul et qu’on n’a personne à qui parler : on peut toujours s’adresser au bocal.

 

Un petit tour au pays du hara-kiri. On va me dire : « Encore des têtes coupées ! ». Eh oui, mais ici, c'est inscrit dans le rituel, et les samouraïs se sentiraient déshonorés si aucun ami serviable ne consentait, à la fin de la cérémonie, à leur décoller la tête du reste du corps.

 

On est presque chagriné de savoir que l'immense (et prix Nobel de littérature 1968, s'il vous plaît) Kawabata Yasunari ait choisi le moderne et vulgaire gaz pour en finir avec cette civilisation vulgaire et sans honneur qui avait déjà fait disparaître le Japon auquel il se rattachait comme par des racines, et qui seul était capable de lui rendre l'air respirable.

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L'AUTEUR DE LIVRES TRES BEAUX : LE LAC, PAYS DE NEIGE, LE MAÎTRE OU LE TOURNOI DE GO, KYÔTO, ETC.

Mishima Yukio, en revanche, ce romancier exalté et nostalgique du Japon des samouraïs et de l'honneur, a décidé d'en finir dans la grandeur et la dignité de la tradition. Il est vrai que sa harangue belliqueuse adressée à des jeunes troupiers médusés, rassemblés dans la cour de la caserne, fit un flop magistral. Mais ceux-ci étaient déjà contaminés jusqu'au coeur par la civilisation du hot dog, du gadget et du technicolor. Son ami lui coupa toutefois la tête selon le rite antique. Je trouve que ça conserve une certaine gueule, même dans le dérisoire.

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ENCORE UNE FOIS, C'EST VRAIMENT "L'IMAGINATION AU POUVOIR"

On sait maintenant qu'il ne faut pas dire « hara kiri », mais « seppuku», parce que ça fait tout de suite plus "informé". Je signale en passant que l'opération du seppuku consiste à entailler la bedaine d'abord verticalement en partant du bas, puis à compléter la figure du T horizontalement, en partant de la gauche, sous les côtes. Et que ce n'est qu'au moment où l'opérateur aperçoit le « Torii » (ce portail sacré du shinto qui lui annonce son entrée dans le monde spirituel) que, d'un geste, il fait signe à son ami de lui trancher le cou. Ce genre de chose réclame une précision qui fait défaut à bon nombre, hélas !

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LE TORII DE MIYAJIMA

Il restera au dessinateur du Journal des Voyages à se documenter un peu mieux sur l'exactitude du rituel : essayez de saisir par la poignée (au-dessus de la "tsuba", = la "garde") une lame de plus d'un mètre de long, et de vous la planter dans l'abdomen, comme on le voit sur l'image ci-dessus. Un enfant de cinq ans sait différencier un "katana" (105 cm.) d'un "wakizashi" (72) et d'un "tanto" (43). « Amenez-moi un enfant de cinq ans», disait Groucho Marx. 

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Je mentionne seulement pour le plaisir (« only for fun ») et en guise de conclusion le délit de fantaisie que fut à l'égard de cette haute tradition japonaise la fondation de la revue Hara-Kiri, par une bande de joyeux fouteurs de merde,

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ET PATRIOTES AVEC ÇA ! EN L'HONNEUR DES JO DE 1976.

au centre de laquelle oeuvra et se dépensa sans compter le regretté Georges Bernier, alias Professeur Choron, qui prit ce nom par respect envers le personnage sûrement respectable dont avait été baptisée (en 1868) la rue où l'équipe avait son local.

 

Pour les amateurs de précisions plus érudites, il est bon de situer dans le IXème arrondissement de Paris cette rue longue de 230 mètres et large de 12 (entre le 11 de la rue de Maubeuge et le 18 de la rue des Martyrs). Alexandre Choron (1771 ou 1772 [selon les sources] -1834) fut professeur de musique, mais surtout un théoricien reconnu, auteur d'un remarqué Dictionnaire historique des musiciens, et autres oeuvres notables. Je doute que Georges Bernier savait tout ça, quand il allait sodomiser la vieille qui finançait la revue. J'affirme qu'aucun terme de ce paragraphe n'est le fruit de mon invention.

 

 

vendredi, 12 juillet 2013

RECREATION

GRAVURE MODERNE POUR ILLUSTRER UNE OEUVRE D'ANDRÉA DE NERCIAT

(voir plus bas)

***

Comme j’ai un peu travaillé ces derniers temps pour alimenter mon espace de réflexion, je permets à mon petit théâtre de faire relâche. Je laisse la place, la parole ... et le reste à Betty Boop, ainsi qu'à deux ou trois figures connues des « comic strips » qui, avec le jazz, constituent le meilleur de ce qu'a jamais pu nous léguer l'Amérique. Il faut bien dire que, pour tout le reste ...

 

Pour que la source à laquelle les amateurs de ce blog font l'amabilité de venir s'abreuver ne se trouve pas brutalement tarie, comme la cyprine dans les parties autrefois amoureuses de la femme ménopausée (mais je sais qu'à cet égard, il y a des forces de la nature), et, en quelque sorte, pour qu’il n’y ait aucune rupture de ton avec la modeste série hautement ...

 

... philosophique des billets que je viens de consacrer à Michel de Montaigne et à ses Essais, j’ai décidé, pour alimenter mon marécage, de détourner un autre des affluents célestes du fleuve de mon inspiration. J’ai nommé : sa Majesté le CUL. 

 

Remarquez, certains des visiteurs de ce lieu ont-ils pressenti pareille parenthèse de haute abstraction, à la vue, hier, de telle gravure illustrant quelque édition moderne des Ragionamenti de Pierre Arétin, ...

 

... où la dame (consentante, voire frétillante) offrait avec une certaine impatience son orifice le plus ténu à la pénétration judicieuse de l’argument le plus masculin dont un homme puisse espérer faire sa figure de proue. 

 

Soudain, le souffleur apparaît, l'air d'un cadavre qui se meut et éclairé de biais, et s’adresse, sentencieusement, en aparté, au public : « Pour faire de pareilles phrases, il faut vraiment être resté sous l’influence d’Andréa de Nerciat, ou d’un quelconque de ses pairs et contemporains ».

POUR LA SOUPLESSE, RIEN NE VAUT LE YOGA

Le public reste sans réaction, ce nom n’éveillant aucun écho dans sa conscience. 

 

On le comprend : Andréa de Nerciat (1739-1800) n’est en effet plus guère connu aujourd’hui que pour Félicia ou mes fredaines, que l’on ne lit plus guère, même si l’on a bien tort, et que les messieurs atteints de certaine mollesse mal placée au moment fatidique feraient bien de potasser pour redresser leur barre avachie (voir photo incitative en en-tête).

 

Mais on en parlera une autre fois.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

samedi, 15 juin 2013

OBELIX ET LE PREJUGE NORMAL

 CECI EST UN POST-SCRIPTUM NORMAL.

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IL FAUT CONDAMNER OBELIX

 

Oui, il faut condamner Obélix. Rendez-vous compte : il est intolérant, il est xénophobe, il véhicule des stéréotypes. Il est sûrement homophobe, a force d'être normal. Aujourd'hui, il serait aussi islamophobe, ça fait bien dans le paysage des "phobies" de la modernité. Ben oui, Hergé était raciste, c'est bien connu, voyez Tintin au Congo.

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Le Congolais qui voulait faire judiciairement la peau à l'album africain de Tintin avait bien raison d'attaquer. On ne sait jamais, ça aurait pu lui rapporter gros. Les Juifs ont bien fait condamner la SNCF (soixante ans après !) en tant que responsable de convois de déportés. N'ont-ils pas droit, les Noirs, à leur tour, à quelque dividende substantiel ? Faut pas se gêner : la République déclarée coupable est tellement généreuse avec Bernard Tapie que tous les espoirs sont permis à ceux qui veulent empocher des dommages-intérêts, justifiés ou farcesques.

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 Avant de poursuivre, je précise que, selon moi, la série des Astérix a décliné de plus en plus vite après la mort de Goscinny en 1977, et la reprise par le seul Uderzo a fait atterrir nos Gaulois dans un marécage toujours plus niais. Je ne suis peut-être pas seul dans mon cas à constater cette niaiserie. Je crois bien que Le Combat des chefs est le dernier épisode sur lequel a travaillé le tellement fertile Goscinny (Dingodossiers, Le Petit Nicolas, Oumpah Pah, Lucky Luke, etc.).

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Si Goscinny et Uderzo s’étaient mis dans l’idée de mettre en scène la campagne puis le vote de la loi sur le mariage homosexuel, Obélix aurait sans doute été traité d’homophobe. Car il l'aurait sûrement prononcée, sa phrase fatidique : « Ils sont fous, ces ...» (je préfère m'autocensurer, on ne sait jamais).

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Et je n’ai pas trouvé mieux que notre tailleur de menhirs  pour synthétiser le message porté par la majorité silencieuse dans une formule choc, désormais célébrissime, y compris hors du petit monde des amateurs de Bande Dessinée. 

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Une petite phrase toute bête, qui commence obligatoirement par trois bande dessinée,humour,astérix,obélix,ils sont fous ces romainspetits mots, toujours les mêmes : « ILS SONT FOUS », obligatoirement suivie de la catégorie désignée à la vindicte populaire par l’épouvantable esprit de clocher qu’on peut voir répandu dans l’énorme panse de Français moyen du héros moustachu, parfois désigné comme « gros monstrueux » (Le Tour de Gaule), comme on sait : « … tombé dans la marmite de potion magique étant petit ». Il faut imaginer Obélix en béret et charentaises, la baguette sous le bras. Bon sang, mais c'est bien sûr : c'est Superdupont !

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La phrase fatidique que prononce rituellement le « gros monstrueux » s'accompagne d'un geste fatidique : l'index frappe la tempe, désignant l'état supposé lamentable de la substance grise logée derrière la paroi osseuse. De l'ordre, pour le moins, de la diarrhée cérébrale. Obélix est NORMAL. Guy Béart aurait-il pour autant chanté : « Obélix a dit la vérité, il faut donc l'exécuter » ?

 

J'espère que non.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

POST-POST-SCRIPTUM : J'aime beaucoup, dans certaines bandes dessinées, quand l'auteur glisse un minuscule détail que seule une lecture attentive permet de relever. Ainsi, dans Astérix aux Jeux Olympiques, voit-on page 29 deux fonctionnaires du "Bureau des inscriptions", dont l'un se réjouit de la décadence de Rome. Le petit détail se situe à l'arrière-plan, et consiste en un bas-relief montrant deux personnages en toge, la main posée sur la tête d'un taureau agenouillé.

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Les profils des deux compères, sont certes caricaturés, mais aisément reconnaissables et proches des originaux : Goscinny et Uderzo en personne. Le nom de chacun figure en "légende" du bas-relief, et des lettres grecques en phylactères sortent de leur bouche. Les noms sont ceux, évidemment, de Goscinny (ΓΟΣΚΙΝΝΥ) et Uderzo (ΥΔΕΡΖΟ).

 

Pour corser le tout, Goscinny dit, s’adressant à Uderzo : « Despote ! » (ΔΕΣΠΟΤΗΣ), tandis que celui-ci lui lance : « Tyran ! » (ΤΥΡΑΝΝΟΣ). Bon, c'est vrai que les deux mots grecs veulent d'abord dire « maître », et seulement ensuite « maître absolu », avec éventuellement le sens que nous leur avons donné, mais on ne va pas chipoter, hein !

 

Ce sont des petits plaisirs de gourmet qu'on a plaisir à partager : servez-vous, si par hasard vous n'étiez pas déjà avertis.

 

 

 

 

 

vendredi, 14 juin 2013

LE TERRITOIRE DES NORMAUX

 

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COUPLE DE FIANCÉS PAYSANS, PAR AUGUST SANDER

(BAUERLISCHES BRAUTPAAR)

 

 ***

Les gens normaux (sans guillemets) constituent donc l'immense majorité de la population : statistiquement, ils sont ceux qui se servent dans la grande marmite commune des traditions, coutumes, règles majoritaires. Dans ce qui bout dans la marmite, il y en a cependant pour tous les goûts. C'est une marmite à la fois homogène et diversifiée, qui évite tout autant le menu unique dans des cantines aussi uniformisées que des casernes, que la segmentation de la carte de restaurant en une infinité de compartiments étanches. C'est une table commune, certes, mais où l'on peut s'installer librement. 

 

Il va quand même falloir mettre un point final à cette série sur les normaux et les anormaux, sinon, je vais bientôt être en mesure de soutenir une thèse en Sorbonne. Je me vois déjà, en grande toge solennelle, avec mon mortier [« C’est même pas un mortier, eh ! »] sur la tête, m’entendre instituer : « Dignus est intrare », au son des trompes majestueuses et escorté par une double haie de jeunes femmes peu vêtues, ondulant et se déhanchant, jusqu’à l’effigie statufiée et sacrée du Savoir pour m’y incliner en signe de stricte et dévote allégeance.

 

C’est curieux, comme les choses se passent : ça a démarré tout plan-plan, et puis ça a continué, comme si j’avais tiré un fil, et que ça n’en finit plus de venir. « Tant que je gagne, je joue ! », clamait le Belge de Coluche, devant le distributeur de boissons. Ma grand-mère raisonnait autrement : « Il faut finir, sinon ça va rester ». Nous ne nous doutons pas que le bon sens habite en général pas trop loin de chez nous. Le bons sens des gens normaux.

 

C’est vrai qu’à propos de « normal / anormal », le filon s’épuise, mais il reste des questions, et le point final de ma petite série ni ne clora la liste des questions, ni ne pacifiera les champs de bataille du débat. Par exemple, je me suis demandé si les anormaux étaient nuisibles. Si l’on pouvait trouver des bons anormaux à côté des mauvais. Si des anormaux pouvaient devenir célèbres, voire entrer dans l’Histoire. Si les anormaux étaient sur terre seulement pour faire chier les normaux. Que des questions urgentes et de portée vitale, comme on voit.

 

Alors sont-ils nuisibles ? Pas facile de répondre. Je ne sais plus bien où et quand j’ai lu ça, mais le gars, Bernard Vincent, défendait une thèse marrante à propos de la place des marginaux dans la société. En gros, il soutenait que ces « parias » lui étaient utiles en étant précisément des parias. C’est intéressant. Remplacez « marginaux » par « anormaux », et vous retombez dans la marmite où je touille une soupe analogue depuis trop de jours.

 

Je parlais hier de « poste frontière » avant la sortie du territoire de la norme. Avec les anormaux (je préfère ce terme à « hors-norme » qui lui est le plus souvent préféré, jugé plus « propre » (moins « stigmatisant » pour parler novlangue), alors qu’il signifie strictement la même chose), l’immense majorité de la population, qui vit en se référant à la « common decency » (Orwell), sait à peu près où elle en est : quand on est normal, l’anormal est celui à la place duquel on ne voudrait pas être (voir le titre judicieux de Romain Gary, Au-delà de cette Limite, votre ticket n’est plus valable).

 

Là se trouve la terre étrangère : en y abordant, on quitte le monde commun, le bien commun, la « common decency ». De ce monde commun, les anormaux dessinent, par leur seule existence et leur seule présence, le contour en négatif, chacun avec son style particulier : débile mental, alzheimer, phocomèle, homosexuel (ou trans), etc. Les anormaux (= ceux qui ne vivent pas selon la norme statistique) sont en quelque sorte des bornes : ils délimitent le territoire de l’immense majorité en montrant ce que ça donne quand on en sort.

 

Oui, je sais, je mets les homosexuels parmi les anormaux. Mais c'est pour rester fidèle à ma définition statistique de la norme : l'homosexualité caractérisée est-elle le fait d'une minorité ou pas ? Je réponds que, étant donné que oui, l'homosexualité concerne somme toute une partie infime de la population. Qui dit hors de l'écrasante majorité, dit en dehors de la norme. Les homosexuels, de ce point de vue, sont anormaux.

 

La campagne pour le mariage fera d'ailleurs figure de cas d'école pour les professeurs de techniques de propagande : comment donner à un groupuscule social un retentissement inversement proportionnel à son importance numérique ? On examinera comme un chef d'oeuvre en la matière la méthode employée pour en arriver au vote de la loi. L'énorme et écrasant matraquage médiatique auquel il a donné lieu servira de modèle, de parangon, de prototype, de daguerréotype, de stéréotype, et pour tout dire de totem, et tout propagandiste futur sera obligé de s'en inspirer.

 

Ensuite, que ça donne envie ou que ça fasse peur, rien de plus compréhensible. Certains ne peuvent pas faire autrement : l’écrivain François Augiéras (1925-1971, il n’est pas mort très vieux, Une Enfance au temps du Maréchal, Le Vieillard et l'enfant, L'Apprenti sorcier, Domme ou l'essai d'occupation, ...), par exemple, « ne renoncera jamais à une vie nomade et misérable, avant de s’éteindre dans un hospice » (M.P. Schmitt). Radicalement hétérogène, qu’il vive au Sahara, au Mont Athos ou dans les grottes de la cité de Domme, c’est certain, il ne peut pas s’amalgamer, c’est au-dessus de ses forces. En contrepartie, cela fait de lui « un écrivain hors du commun » (Olivier Houbert), « une personnalité hors du commun » (Philippe Berthier). 

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LA VIEILLE CITÉ DE DOMME

Hors du commun, voilà, et au sens propre. Pas comme d’autres qui paradent et multiplient les tours de piste dans l’uniforme du réfractaire, et qui se proclament rebelles, insoumis, contestataires et anticonformistes. Et qui ne manquent pas de passer le chapeau, après leur numéro, parmi le public émerveillé par les outrances de ces bateleurs avides de réussite et de confort et dont l'âme est, au fond, profondément bourgeoise, mais des bourgeois qui voudraient faire croire qu’ils sont en rupture de ban. Et qui finissent parfois, s’ils savent s’y prendre, plus riches qu’un patron du CAC 40 (une BD de Martin Veyron s’intitule Caca rente).

 

Les gens normaux aiment frôler l’anormal (= tester ce qui se passe de l'autre côté de la frontière) : ça fait des impressions. Ils vont au « Chat noir » se faire insulter par Aristide Bruant, qui a fini sa vie comme un rupin de la haute, dans son château de Courtenay, après avoir chanté sa vie durant, et en argot, les marlous, les filles du trottoir, les petits macs, les « joyeux » des bat. d’Af. (bataillons d’Afrique), bref la lie de la société. Monsieur Séchan, plus connu sous son nom de scène (Renaud), a fait de même, le château en moins, peut-être, et en plus fade.

 

Même notre cher Georges Brassens est à la limite du crédible, quand il chante, par exemple, La Mauvaise herbe : « Les hommes sont faits, nous dit-on, Pour vivre ensemble comme des moutons. Moi je vis seul, et c’est pas demain que je suivrai leur droit chemin ». Dans le genre anormal, on fait  quand même mieux que Tonton Georges.

 

Les gens normaux aiment à l’occasion aller s’enfriponner (avec « canaille », le verbe n’est pas mal non plus, mais plus banal) dans des lieux plus ou moins glauques. On va effleurer la limite, vite éprouver le frisson qui mouille la culotte ou qui gonfle la braguette, avant de vite revenir au bercail de la vie normale, et allonger en quelques minutes la liste de nos futurs payeurs de retraites avant le dodo réparateur.

 

Je n’explique pas autrement le succès stupéfiant de spectacles mettant en scène le « dérangeant », le « perturbant » : comme si les gens n’en pouvaient plus d’être normaux. C’est peut-être ça : les gens n’en peuvent plus d’être normaux. Peut-être ce que le sociologue Alain Ehrenberg appelle, dans un bel ouvrage au beau titre, La Fatigue d’être soi ?

 

Alors ils vont se faire pisser dessus au « théâtre » dans les premiers rangs du Festival d’Avignon (Jan Fabre ?), et applaudissent à tout rompre les pisseurs, pour avoir l’impression de rester « normaux ». Ils vont se faire foutre de leur gueule à en redemander, aux expositions d’ « art plastique » au Grand Palais (Anish Kapoor, Daniel Buren) ou au château de Versailles (Jeff Koons, Takashi Murakami), pour avoir l’impression de rester « normaux ».

 

Ils vont écouter les concerts de « musique » contemporaine de Brice Pauset ou Ondrej Adamek, pour avoir l’impression de rester « normaux ». Ils vont à la Sorbonne entendre disserter du « genre » par Raphaël Enthoven, Mathieu Potte-Bonneville ou Eric Fassin pour avoir l’impression de rester « normaux ». C’est-à-dire pour se convaincre qu’ils sont en phase avec l’époque, car c’est ça, maintenant, être normal. Quoi ? Normaux, ces gens-là ? Je dis qu’il ne faut pas confondre normal et conformiste : voilà, ils se conforment à l’air du temps. Il est à craindre qu’ils en prennent en même temps la consistance. Evanescente.

 

Pour parler franchement, moi qui me crois statistiquement normal, et même à pas mal de points de vue – même si je ne dis pas tout –, cette époque, c’est quoi ? Non mais entre nous et les yeux dans les yeux, c’est quoi, cette époque où le jeu du « n’importe quoi » est mené par du « n’importe qui » ? J’attends qu’on me dise qui, dans ce jeu, est normal.

 

Peut-être que oui : les gens n’en peuvent plus d’être normaux.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Fin du feuilleton pour le moment. Mais il fallait que cela sortît.

 

 

samedi, 08 juin 2013

QUI EST NORMAL ?

 

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ELLES SONT TOUJOURS UN PEU GLAUQUES, LES PHOTOS DE DON MAC CULLIN : JE NE SAIS PAS VOUS, MAIS MOI, JE ME DEMANDE SI LE CHAT EST NORMAL. IL VIENT DE MANGER ?

 

***

La voilà donc, la réponse à la question lancinante posée par ces quelques billets. Qui est anormal ? Eh bien sur un critère précis,  c’est les quelques pelés et tondus (2 % de chaque côté) rejetés aux extrêmes de la base de la cloche. Et il y a fort à parier que, quel que soit le critère choisi, quand vous STATISTIFIEZ une population, vous arrivez à carillonner de la même façon. Pour trouver les anormaux, regardez sur les bords de la cloche. Pas d’erreur possible, c'est quand la masse de ceux qui sont au centre disent : « Ils sont pas comme nous ».

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AUTRE CLOCHE DE GAUSS, AVEC LE QI EN ABSCISSE

Prenez des critères physiques, comme la taille ou le poids. Par exemple, même avec la montée de l’obésité, je ne veux pas trop m’avancer, mais je ne suis pas sûr que Capel (grandes tailles et personnes fortes) ait vu ses ventes s’accroître outre-mesure.

 

De toute façon, je ne parle pas de l’obésité courante, banalisée, celle dont on parle ordinairement, de l’obésité qui court les rues (scuse l'humour) de nos jours. Je parle évidemment des obèses exceptionnels, des tas de chair grandioses et luxuriants, de ceux qui s’exhibaient autrefois dans les foires ou les cirques.

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 JE TRADUIRAIS "WUNDERKINDER" : ENFANTS PHENOMENAUX

Certes, la taille des gens progresse et toutes les marques de vêtements ont dû modifier leurs patrons pour accompagner le mouvement, mais, d’une part, le pourcentage des individus anormalement gros a-t-il à ce point changé ? Et d’autre part, cela doit-il nous empêcher de dire que c’est anormal ? Quand un être humain, à force de poids, se fusille en peu d’années les chevilles, les genoux, parfois les hanches, est-il obscène de dire que c’est anormal ?

 

Prenez des critères mentaux si vous voulez, comme le QI, ce célèbre Quotient Intellectuel mis au point par Alfred Binet et Théodore Simon en 1905 (LE Binet-Simon), censé mesurer l’intelligence mais mesurant en réalité l’aptitude à répondre à des tests conçus pour qu’on y réponde. Mais laissons la controverse.

 

Le QI, en dessous de 80, je suis désolé, mais s’il peut être qualifié d’ « anormal », c’est juste parce qu’il concerne une infime minorité de la population : « débile léger », peut-on lire sur le dossier médical. Et je ne parle pas des QI de 60. Les bords extrêmes de la cloche de Gauss, encore une fois. Le débile léger peut-il être considéré comme normal ? Non. Il a sa place, bien sûr, mais c'est une place à part. Encore une fois : non, il n'est pas « comme tout le monde ». Oui, finalement, c'est une bonne formule : il n'est pas comme tout le monde.

 

Viendrait-il à l’idée de quelqu’un d’estimer qu’un mongolien – pardon, il faut dire trisomique, c’est les progrès de la science – est « normal » ? Non, j’espère. D’ailleurs si le test prénatal (amniocentèse ou autre) est positif, quelle future mère ne se réjouirait pas qu’on la fasse avorter ? Si un mongolien – pardon, trisomique – n’est pas normal, c’est qu’il est anormal, n'est-ce pas M. de La Palisse ? 

 

La précaution abortive concerne d'ailleurs toutes les malformations détectables à l'échographie : qui aurait envie de mettre au monde un phocomèle (voir note en bas) ? Quoi, eugénisme ? Bien sûr, et alors ? Quoi, Hitler a gagné ? Mais l'avortement, il est autorisé ou pas ? On est en démocratie ou pas ? On a envie d'avoir des enfants normaux, ou pas ? On a la science et les outils ou pas ?

 

Regardez l'Inde : quelle femme aurait l'idée bizarre d'avoir envie de mettre au monde une fille ? Même que des échographistes itinérants proposent leurs services aux futures mères. C'est Hitler, mais en douceur. De l'Hitler préventif, en quelque sorte. L'eugénisme, c'est totalitaire et nazi, mais c'est la science qui dit que c'est bien et sans danger, et qui l'installe. Et ça change tout. Ah bon ? Ça change tout ? Content de l'apprendre.

 

Prenez le critère que vous voulez, la conformation physique, les capacités intellectuelles, la sexualité (pardon, dans la novlangue, il faut dire « orientation sexuelle »), les relations sociales ou autre, la norme est donnée par la moyenne, la moyenne est donnée par la statistique. Autour de l’axe de la moyenne s’ébauche la partie haute de la cloche où le statisticien loge une grosse majorité de la population. Sur les bords de la cloche, le long de l’abscisse (c'est en bas), la fraction, qui peut être infinitésimale, de ceux qui s’écartent le plus de la moyenne : les anormaux.

 

Question subsidiaire : y a-t-il un moyen sûr de reconnaître un anormal à son aspect extérieur ? La réponse est non. En cas d’anomalie physique, aisément et immédiatement identifiable, pas de problème. Sinon, c’est la bouteille à l’encre.

 

Comme le constate Hannah Arendt à Jérusalem au procès d’Eichmann (prénom Adolf (= « noble loup »), c’est une coïncidence, mais même aujourd’hui, en France et en Allemagne, ça ne doit pas courir les rues, les Adolf, à moins que ...), un homme anormal ressemble à un homme normal comme une goutte d’eau à une autre goutte d'eau. Comme disait Karl Marx : « Si l’apparence des choses coïncidait avec leur essence, la science serait totalement inutile ». J'ai trouvé cette citation chez Philippe Muray.

 

La justice non plus, soit dit en passant, ne servirait à rien. Ben oui quoi, si l'apparence collait à l'essence, le Mal se verrait comme le nez au milieu de la figure, et la Nature ferait le nécessaire : le boulot de sélection pour lequel elle n'est pas payée. A défaut, un chirurgien à gages pas trop gourmand ferait l'affaire. Qui ne serait prêt à payer ?

 

« Wah, cette parole est forte ! », s'exclame Tatanka Ohitika, Montagnais, alias "Le rêve de la pierre sacrée".

 

Mais aujourd’hui, ce n’est pas moi qui vais remettre sur le tapis le vieux débat Nature / Culture, qui commence à me râper menu le fromage de la tête (et autres parties intimes).

 

Voilà ce que je dis, moi.

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Note : je me rends compte que j'ai omis de préciser le sens de "phocomèle". Le terme désigne un individu né avec des "membres de phoque", c'est-à-dire avec les pieds directement branchés sur le bassin et les mains directement aux épaules. J'ai croisé la route d'un gamin presque normal quant aux jambes (mais ...), et les mains comme j'ai dit. La grande frayeur de l'institutrice était de le voir jouer au football avec les copains. On la comprend : il vaut mieux s'écorcher les mains que se fracasser le crâne. Je ne sais pas ce qu'il est devenu.

 

 

 

 

 

vendredi, 07 juin 2013

QUI EST NORMAL ?

 

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ON PEUT S'APPELER ELLIOTT ERWITT, ÊTRE UN GRAND PHOTOGRAPHE, ET GARDER UN HUMOUR JUVENILE, PRIMESAUTIER ET, POUR TOUT DIRE, FACETIEUX.

 

***

Alors cette fois, à force de tourner autour, il va bien falloir y arriver, il va falloir le dire, ce que tu as sur le cœur. Tu vas finir par avouer : qui est normal ? Tu vas la déballer, ta marchandise, blogueur à rallonge ? Bon, maintenant, je crois qu’on peut y aller.

 

Mais j’aimerais que les quelques lecteurs de ces modestes billets soient convaincus que j’ai moins tourné autour du pot que je n’ai essayé de voir ce qui se passait dans les environs du pot, pour situer l’objet dans son paysage, avec les résonances qui vont avec, quelques harmoniques pour faire bon poids, au moins telles que je les entends.

 

Celui qui est normal, c’est celui qui est dans la moyenne. J’ai dit pis que pendre de la moyenne, de la statistique et de tout ce qui s’ensuit. Certes, mais voilà, ce n’est pas moi qui ai décidé de vivre avec les autres. J’ai bien été obligé de « faire avec ». Pas moi non plus qui ai décidé que ces autres formeraient tout autour une « société de masse ». Et ça c’est autrement compliqué à gérer qu’une tribu. Comme on dit : il faut faire avec, et développer les outils adéquats. Parce qu’on ne peut pas faire autrement. Du moins, je crois.

 

Ce que je regrette, c’est de m’être brouillé très tôt avec les mathématiques. Mais je défie quiconque a eu Monsieur Guigues en 6ème et 5ème de devenir un crack méritant la médaille Fields (prix Nobel pour les math.). Si tel n’avait pas été le cas, j’aurais ici même expliqué en long et en large la courbe de Gauss, cette grosse cloche qui lance la volée de ses plus belles vibrations quand tout le monde se retrouve sous le même carillon, ne laissant sur les marges que les marginaux. Ceux qui s’écartent trop de la moyenne.

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CE N'EST PAS MOI QUI L'AI ECRIT, "NORMALE" 

Tout le monde a compris. Voilà : celui qui est normal, c’est celui qui est, avec tout le monde, sous la partie la plus large de la cloche de la courbe de Gauss. La norme c’est ça : la loi de la majorité. Et même de l’immense majorité. Par exemple, les humains normaux sont dotés de deux yeux. Ceux qui n’en ont qu’un sont, en plus d’être anormaux, des cyclopes. Parmi eux, ceux qui s’appellent Polyphème sont en plus méchants. Heureusement, ils sont moins futés qu’Ulysse.

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PETIT POLYPHÈME EN PUISSANCE, QUE DE SAGES MESURES SANITAIRES PROPHYLACTIQUES ONT HEUREUSEMENT EMPÊCHÉ DE NUIRE. 

Cela les rejette très loin du centre de la cloche de Gauss, et les rapproche du même coup de la gauche de Dieu, c’est-à-dire tout ce qui s’abouse dans les chaudrons de Satan. Tous les Polyphème sont des anormaux. Dieu n’en veut pas (pas des Polyphème, des anormaux en général), qu’est-ce qu’il en ferait ? C’est même peint sur le mur du fond – du côté droit pour le spectateur – de la Chapelle Sixtine, pour dire que je n’invente rien, et que tout ça est vrai. Heureusement, Dieu ne fait plus la loi. Pour dire que la laïcité sert à quelque chose.

 

 

Même chose en ce qui concerne l’intelligence, comme le montre le graphique (plus haut). Combien ils sont, au centre ? 68%. Ce sont les tout à fait normaux. A gauche et à droite, vous avez deux fois 2% de marginaux, ceux qui sont carrément au-delà du plafond, et ceux qui sont relégués tout au fond de la classe, sous le plancher, on espère que c’est près d’un radiateur.

 

Entre les deux vous avez ce qu'on pourrait appeler les "presque", qui aimeraient bien aller vers les extrêmes, mais qui n'osent pas franchir le pas, qui restent plus ou moins attachés à la masse qui occupe le centre, parce qu'on a l'impression de rester au chaud. Pour le franchir, le pas, il faut s'appeler François Augiéras, Antonin Artaud ou Donatien-Alphonse-François (les prénoms de Sade). Il faut accepter d'être unique, donc d'être épouvantablement seul, et qui plus est, en butte à l'hostilité et aux pires tribulations. Il faut du courage, ou alors être un peu inconscient. Et il faut surtout ne pas pouvoir faire autrement.

 

Pour arriver à ça, il faut assumer d'être anormal. Comme un « signe particulier » sur les anciennes cartes d'identité.

 

Je note qu’il y a autant de petits génies que de grands débiles. Sans doute pour compenser. Je veux dire que les surdoués sont aussi anormaux que les attardés mentaux. Le problème des attardés mentaux, c’est peut-être qu’ils sont moins aptes (peut-être qu’ils s’en préoccupent un petit peu moins) à vouloir faire le bonheur des autres. Pour ça peut-être aussi que je me méfie des surdoués : ils pensent trop aux autres, à mon goût, c'est sans doute pour ça qu'on les appelle des politiciens. Quoi, surdoué, François Hollande ?

 

Eh bien merde alors, je l'aurais pas cru ! De quoi y perdre son latin ou son dentier.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mercredi, 29 mai 2013

TROP FORT, GASTON LAGAFFE

On trouve de drôles de choses, certains jours, dans notre PQR. A Lyon, PQR s’appelle Le Progrès. A la page « Faits divers », on tombe sur la photo suivante.

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Elle représente un échafaudage. Elle représente aussi une automobile, immatriculée en Corse. Le conducteur de celle-ci semble avoir confondu celui-là avec son garage, puisqu’il s’y est installé à pleine vitesse, sans avoir eu le temps de trouver bizarre qu’il n’ait pas eu à ouvrir la porte.

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J’entends bien souvent dire que « la réalité dépasse la fiction ». Eh bien non. Au moins pour cette fois. Gaston Lagaffe est en effet capable de bien pire, comme le montrent les quelques vignettes ici présentes. Au début de l'histoire, il vient de déposer sur un pare-brise un mot pour s'excuser d'avoir éraflé la carosserie de la voiture.

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Non, c’est vrai, je reconnais que la réalité peut, à l’occasion, avoir une certaine imagination. Mais pour s’aligner avec le cerveau ô combien fertile de Gaston Lagaffe, la réalité aurait dû se lever un peu plus tôt. 

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En fait, sans un bon auteur, la réalité est paresseuse, et ne parvient qu’exceptionnellement à approcher la suractivité de l’esprit du créateur inspiré, si celui-ci ne lui apporte le coup de pouce nécessaire. 

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Et Stendhal, avec son « miroir promené le long d’une route » (il parle du roman), peut bien la ramener : il est enfoncé, quand l'auteur s’appelle André Franquin.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

Note : on me reprochera de me moquer, alors que c’est une tragédie, le conducteur étant mort dans l’accident (6 h 30 le matin, les deux jeunes sortaient, sans doute beaucoup trop vite, de boîte de nuit, la passagère est quasiment indemne).  Je ne me moque pas, je lis le journal, c’est tout. Quelle idée aussi, la rubrique "faits divers" ? Qu’est-ce que j’y peux, si ça fait marcher la machine à associer les idées. Cette fois, c’est tombé sur Gaston.

 

Pour me faire pardonner, je vous propose de passer une minute (1' montre en main) en face d’un nuage d’étourneaux. Ce qu’aucune fiction n’est capable d’égaler. Et quand vous verrez les aurores boréales en mouvement filmées par S., vous admettrez avec moi que si, la réalité peut vraiment avoir une imagination débordante. Et du souffle.

 

Et puisque vous insistez, voici un nuage d'étourneaux d'un autre genre (si j'ose dire).

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UN LECTEUR INATTENTIF POURRAIT CROIRE QU'ON VA BIENTÔT PARLER DE SOINS PARTICULIERS A APPORTER AUX CHEVEUX LONGS (UNE BRUNE ET UNE BLONDE, POUR NE PAS FAIRE DE JALOUSES).

 

« Tes deux seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle, qui paissent au milieu des lis. » (Salomon, Cantique des cantiques, I, 4, 5).

 

« Les hommes labouraient d'une main plus profond, les femmes employaient avec à propos les condiments dans la cuisine, les garçons pourchassaient les filles, et chacun priait Dieu qu'il voulût bien consommer la ruine de son prochain. » (Marcel Aymé, La Jument verte).

 

Toutes ces choses n'ont guère de rapport entre elles. J'en suis d'accord.

 

La vie est belle, et c'est tant mieux.

 

 

 

 

 

dimanche, 26 mai 2013

VOUS AVEZ DIT PRESSE DE GAUCHE ?

 

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Avertissement liminaire : comme le Petit Poucet du conte semait des cailloux blancs sur son chemin, je sème, dans mes billets d'aujourd'hui et de demain, des photos de titres prélevés dans le journal Libération. L'explication de la chose sera donnée demain.

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L’un des signes qui ne trompent pas sur le fait qu’il n’y a plus de gauche en France, c’est la presse. Quand je dis « plus de gauche », ça veut dire qu’il n’existe plus de force politique s’attaquant de front à la structure même de la société marchande, et non pas les tentatives plus ou moins velléitaires à aménager sur les marges des conditions un peu moins injustes pour les populations. 

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Disons, pour parler clair, que la gauche révolutionnaire a définitivement disparu : le capitalisme a gagné. Il ne s’agit même pas de le reconnaître : les faits sont là. Et c’est radical et définitif. Jusqu’à sa disparition, l’URSS a donné l’illusion (à ceux qui fermaient les yeux sur le sordide de la réalité alors produite, et sur l'absence totale de communisme "vrai" dans la patrie même du communisme, régie en réalité par un féroce capitalisme d'Etat) qu’il pouvait en être autrement, mais depuis la chute du mur, « tout est consommé », comme a dit un homme plus célèbre que connu (initiales JC).

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« Exeunt » les luttes ouvrières, quoi que puissent en dire quelques groupuscules d’extrême gauche (PC, LO, LCR, …). Ce qui a désormais pris la place des forces politiques qui voulaient autrefois mettre à bas le système capitaliste (« appropriation privée des moyens de productions », pour parler le Marx dans le texte), c’est ce que j’appellerai la « gauche de gouvernement », ou « gauche responsable ». 

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Ben oui, dès lors que la gauche accepte de gérer le système tel qu’il est, elle est obligée d’en accepter les règles et les structures, et de se contenter d’en modifier quelques aspects marginaux, comme l’a amplement démontré en son temps François Mitterrand en baissant brusquement pavillon en 1983 (le « tournant de la rigueur »).

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La presse a suivi. Le Monde, le navire amiral, le journal « de référence », à travers la neutralité, aussi affichée que professionnelle, de sa « ligne éditoriale », laisse voir en filigrane une corde faisant vibrer davantage d’harmoniques à bâbord qu’à tribord (si c’est pas bien dit, ça ! Ça vaut presque le maire de Champignac, pas vrai ?). 

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Certains diront que l’esquif « de référence » a progressivement dérivé, en laissant d’abord apparaître, dans ses colonnes, les cours de la bourse, puis en accordant un peu de place à la photo, puis à la publicité, et puis de plus en plus, allant parfois jusqu'à faire croire que les articles servent de support et de commentaires aux photos et aux publicités. Moralité : il faut bien vivre.

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Les journaux essaient (de plus en plus désespérément), de suivre les « goûts » de leur lectorat. Pour survivre, Le Monde s’est donc laissé grignoter. Il en est même arrivé à vendre (en date du samedi 24 mai 2013) les pleines pages 4, 5, 6 et 7 à Samsung pour promouvoir son nouveau « Galaxy S4 » (« Quoi ? Y a un nouveau Galaxy ? », voix suraiguë de Coluche, évidemment). La quantité d’information, je veux dire la vraie, dans Le Monde a donc beaucoup maigri ; elle n’a pas disparu.

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POUR COMPRENDRE CELUI-LÀ, IL FAUT SAVOIR QUI ETAIT LE "MIME MARCEAU"

Le Monde est encore un journal. Frustrant, décevant, exaspérant par rapport à ce que ça pourrait, mais un journal. Pas comme Libération, dont sont tirés les titres ici présents.

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Voilà ce que je dis, moi.

 

 

samedi, 18 mai 2013

RECAPITULONS 2

 

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UN : Plus il y a de l’ « Associatif », moins il y a de « Société ».

 

DEUX : Moins il y a de « Nation », moins il y a de « Société ».

 

TROIS : Plus il y a de « Privé », moins il y a de « Société ».

 

Privatisation à outrance et en accéléré de tout ce qui ressemble à du « bien commun ». J’ai pris l’exemple de Lyon et de la vente de ses bijoux de famille par son « grand-maire » Gérard Collomb, mais j’aurais pu aller chercher de multiples exemples, ne serait-ce que dans la capitale, avec le scandale du « Balardgone » (futur ministère de la Défense) décrit dans Le Canard enchaîné., comme application dans les grandes largeurs de ces PPP tant vantés aujourd'hui, depuis les sévices que Nicolas Sarkozy a fait subir à la France. PPP, c'est du "partenariat public - privé" : pour faire passer une belle arnaque, il faut une belle appellation.

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LE CANARD ENCHAÎNÉ DE MERCREDI DERNIER (15 MAI)

J’ai pris l’exemple de la multinationale Monsanto, la reine des OGM, bien loin devant BayerCropScience ou Syngenta, et parlé à son propos de « privatisation du vivant ». Il faut savoir ce que signifie concrètement l’expression, dans la vie réelle des praticiens de l'agriculture : Monsieur Vernon Hugh Bowman, 75 ans, producteur de soja dans l’Indiana, a commis le crime de lèse-majesté en achetant ses semences dans un silo à grains de la région, au lieu de payer la redevance à Monsanto en personne. Résultat, il a semé des gènes brevetés Monsanto sans payer la dîme.

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Il vient de prendre en pleine poire un violent « jab » (un "direct" à la face) de la droite de la Cour Suprême : après un procès de six ans, il est condamné sans recours à verser 85.000 dollars à Monsieur Adolf Monsanto, qui ne s’arrêtera que lorsqu’il aura étendu pour 1000 ans son empire totalitaire sur l’ensemble des plantes cultivées, et que les paysans, chaque année à date fixe, viendront remplir son bas de laine pour avoir seulement le droit d’enfouir dans le sol des graines dont il possède (pour l’avoir inventée et mise au point) une minuscule séquence du génome, sur laquelle il garde un droit de propriété. Ne pas confondre « droit d’enfouir » et « droit de propriété ».

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M. VERNON HUGH BOWMAN N'A PAS L'AIR CONTENT. IL A DE BONNES RAISONS.

J’ai entendu de savants économistes vanter les bienfaits des PPP, initiés par feu (si seulement ça pouvait être vrai !) Nicolas Sarkozy. Les « Partenariats Public-Privé », paraît-il, c’est le fin du fin en matière d’action publique. Sauf que, après avoir laissé les « investisseurs » investir dans l’édification des bâtiments, la « puissance publique » (c’est le contribuable) paiera à Bouygues, Eiffage ou Vinci un loyer astronomique pendant plusieurs dizaines d’années.

 

Ce à quoi on a assisté depuis trente ou quarante ans, c’est au naufrage de ce qu’on appelait précisément la « puissance publique ». Mais un naufrage sciemment provoqué, comme si le capitaine fracassait lui-même à coups de hache la coque de son navire pour le faire couler.

 

Les coups ont été portés par l’américanisation des mœurs (y compris juridiques), par un bourrage de crâne incessant, par une « construction européenne » fondée sur une libéralisation à tout crin et une « concurrence libre et non faussée », où les « services publics à la française » faisaient figure de diplodocus et de brontosaures égarés dans la modernité marchande. Les « responsables » (sic !!!) politiques ont tous abondé dans le même sens, de Giscard à Hollande. Tous responsables, tous coupables.

 

L’OCDE en a décidé ainsi il y a bien trente ans : plus rien ne doit subsister de ce qui ressemble à un monopole d’Etat (transports, hôpital, éducation, etc., qu’on appelle aussi le bien commun), et tout doit pouvoir être mis en concurrence, comme n’importe quelle marchandise. Regardez l’arnaque qui se prépare dans les négociations entre Europe et Etats-Unis en vue d’un espace commun, absolument libre-échangiste.

 

Il faut à tout prix empêcher les peuples de persister à « faire société ». Pour ça, rien de mieux que la guerre de tous contre tous. Dans cette perspective, je conseille aux peuples de bien s’accrocher aux branches, parce que ça va souffler encore plus fort !

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

vendredi, 17 mai 2013

RECAPITULONS 1

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***

 

Récapitulons :

 

UN : La « Société » est devenue une abstraction, dénuée à ce titre de toute consistance vivante. Les gens qui vivent quand même à sa base essaient vaille que vaille d’y remédier en se groupant par centres d’intérêt (collectionneurs de timbres, amicale bouliste des cheminots, etc.)  ou pour défendre des intérêts particuliers : malades du lupus érythémateux (AFL, vous pouvez vérifier mes sigles), peau noire (CRAN), sexe féminin (collectif la barbe, chiennes de garde ou, plus récentes, les ″femens″, etc.), sexe orienté homo (LGBT, Act Up, etc.), usagers des transports (AUT) ou de l’administration (ADUA), victimes des sectes (ADFI), et tutti quanti.

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On appelle ça des « Associations loi 1901 ». Si je me permets de juger préoccupante leur prolifération, c’est pour la raison discutable mais impérieuse qu’on peut y voir le signe d’une décomposition du « corps social » dans son ensemble, les gens se rassemblant justement pour défendre, qu’on le veuille ou non, des intérêts particuliers. Plus il y a d’associations, ai-je dit, moins il y a de société (dit autrement : d’ « intérêt général »). 

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On pourrait en dire autant des « Organisations Non Gouvernementales » (ONG). Chacun en pensera ce qu’il voudra, mais selon moi, quand c’est une association qui agit sur un terrain (Restos du cœur, Banque alimentaire, Médecins sans frontières, etc.), c’est qu’il y a substitution de l’action privée à l’action publique, provoquée par la démission de celle-ci.

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L'action privée des associations repose qui plus est sur le bénévolat. Mais des millions de bénévoles, cela suffit-il pour « recréer du lien social » ? Je dirais plutôt que le bénévolat est la preuve de la disparition du lien social. Les « hommes de bonne volonté » sont nombreux, mais l'adversaire est trop puissant. Et qu'on ne me parle pas de l'action militante. J'aimerais me tromper.

 

DEUX : Dissolution de tous les symboles fédérateurs qui permettraient aux Français de « faire société ». J’ai pris l’exemple de la nation française, dont on peut dire qu’elle n’existe plus que dans le rétroviseur de générations plus ou moins vieillissantes. Dans les faits, la nation s’évanouit dans les bras de l’incertaine Europe, dont les « directives » imprègnent d’ores et déjà 60 % des lois « françaises ». Au reste, ne suffit-il pas d’entendre certains (Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement, et quelques autres) se faire traiter de « souverainistes », insulte méprisante dans la bouche de ceux qui prononcent le mot.

 

« Espèce de souverainiste ! ». Se déclarer ou être déclaré tel, c’est être catalogué partisan du passé, inscrit au fichier des grands nostalgiques, féroce et indécrottable adversaire du moderne et de l’indifférencié. C’est même pire : accepter de passer pour un facho, crispé sur l’improbable souvenir d’une « identité nationale » désormais périmée, et rangé parmi les épigones du Front National. Et ça, ba-caca, c'est horriblement vilain, les associations en ont décidé ainsi.

 

On pavoise encore pour la forme les mairies et autres édifices officiels, mais qu’est-ce qu’elle est devenue, la symbolique du drapeau ? Qu’est-ce qu’elle est devenue, la « patrie-des-droits-de-l’homme » ? Qu’est-ce qu’elle est devenue, la « fierté-d’être-Français » ?

 

Par là je ne veux pas dire qu’il faudrait être fier de ça. Je dis juste que s’il n’y a plus aucune raison d’en être fier, c’est que la chose a perdu son sens. Et que la France, après sa défaite définitive, a signé l’acte de capitulation sans condition par lequel elle se remet pieds et poings liés, entre les mains des modernes forces d’occupation. Et cette fois, les collabos ont pignon sur rue.

 

Comme symbole fédérateur, j’aurais tout aussi bien pu prendre l’exemple de la démocratie représentative, dans laquelle j’ai personnellement cessé de croire depuis déjà quelque temps. Mais je suis loin d’être le seul à m’abstenir d’aller voter aux élections, quelles qu’elles soient. Les journalistes sont satisfaits quand l’abstention ne dépasse pas 30 % : un tiers de déchet ne leur semble pas trop catastrophique, pour dire si le ver a déjà bien croqué dans le fruit.

 

TROIS : ... Ah non, je vois que ça fait trop long. Il faut donc que je procrastine. A demain.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

jeudi, 16 mai 2013

AH ! FAIRE SOCIETE !

 

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***

 

« Vivrensemble ! Vivrensemble ! Ouais ! Ouais ! » Un joli slogan, coquet, seyant, qui fait très bien sur la banderole, et que les défileurs des rues manifestantes ne rechignent jamais à gueuler de tout leur enthousiasme, y compris dans le mégaphone badgé CGT. Une mode qui se porte ample, près-du-corps ou moulante : tous les goûts sont dans l’égout. Corollaire : toute la nature est dans la nature. Et comme il y a de moins en moins de nature, il ne reste plus que l’égout.

 

Non, sérieux, qui est-ce qui en veut, aujourd’hui, du « vivrensemble » ? Qui en veut vraiment ? La vie fait à tout le monde des trajectoires parallèles. Or les parallèles ne se rencontrent qu’à l’infini. Oh si, ça s’entrecroise bien à l’occasion, mais chacun avance sur ses rails. On s'entrecroise moins qu'on ne se frôle.

 

Le lien social, aujourd'hui, c'est l'effleurement, comme le prouve le téléphone portable, qui autorise votre ami à interrompre votre conversation, au risque de perdre le fil, et qui montre qu'à ses yeux, vous n'avez pas l'importance vitale qu'il vient de vous déclarer les yeux dans les yeux. Les conséquences peuvent être beaucoup plus embêtantes si vous étiez en train de faire l'amour avec votre petite amie. Faire société ne fait plus sens. Pourquoi sommes-nous ensemble ? Tout le monde se le demande. Pourquoi ceux-ci et pas ceux-là, après tout, puisque « je le vaux bien » ?

 

Après tout, la vie privée donne l’exemple : pourquoi épouser celle-ci plutôt que celle-là ? De toute façon, ne nous marions pas, parce que ça finira par un divorce. Ou alors, marions-nous avec des gens de même sexe, pour surfer sur la vague du dernier cri de la modernité. Vivons le temps que nous pourrons avec quelqu’un, tant que ça nous satisfait. Après ? « Vous vous changez ? Changez de Kelton », disait une vieille pub pour des montres. Au fait, qu'est-ce que c'est devenu, Kelton ?

 

Même chose avec les gens : vous en avez marre « de lui voir tout le temps le nez au milieu de la figure » (Tonton Georges) ? Changez ! De montre, de voiture, de look, de compagnon ou de compagne, de smartphone, ce que vous voulez, mais changez. Tout le monde est interchangeable : pas besoin de se gêner. Faire société ? C’est quoi, cette fatrasie ?

 

De toute façon, le « faire société » se délite, alors comme il faut bien vivre, jetons les valeurs communes (la nation) ; jetons-nous dans « l’associatif » pour retrouver de la proximité et du semblable homogène, et laissons privatiser les biens communs. Privatiser : le bien commun est devenu un investissement rentable.

 

HÔTEL DIEU 3.jpgGérard Collomb, « grand-maire » de Lyon, a vendu le quartier Grolée à Cargill, 49 immeubles de la rue de la République au fonds d’investissement du duc de Westminster. Entre-temps, il a eu l’occasion de vendre l’Hôtel-Dieu, monument historique avec son dôme de Soufflot, pour en faire un hôtel de luxe : de l’Hôtel-Dieu à l’hôtel de luxe.HÔTEL DIEU 4 PROJET.png Moralité ? Pas de moralité. On brade le bien commun. On privatise. Les dirigeants donnent l’exemple : on ne veut plus « faire société ». Ci-dessus (côté quai) l'état d'origine, et ci-contre (côté rue Bellecordière), l'état futur (!!!) de ces vénérables bâtiments.

 

Regardez la Grèce. Sans parler d’une fille Onassis qui, à 28 ans, vend l’île de Skorpios héritée de son (arrière ?) grand-père, parce qu’elle en a marre de son pays, ce qui est son droit, le gouvernement a vendu l’Acropole, non, pas celui d’Athènes, quand même, mais celui d’une petite ville à côté de Corfou sur l’Adriatique, pour y laisser construire un hôtel de luxe. Remarquez, ils ont bien vendu le port du Pirée aux Chinois.

 

Regardez les semences agricoles : Monsanto vient d’obtenir un arrêt superbe de la Cour Suprême des Etats-Unis pour commercialiser en toute liberté (et surtout en toute exclusivité) ses variétés inventées et dûment brevetées, et s’apprête, après de gros efforts de lobbying, à en inonder l’Europe. On appelle ça la privatisation du vivant.

 

Où en reste-t-il, du bien commun ? En vérité, je vous le dis : il est à vendre. C’est bien la preuve qu’il ne reste plus grand-chose pour « faire société », non ? D’abord, on est trop nombreux. Ensuite on est trop différents. Enfin on est trop indifférents. Comment voulez-vous « faire société » ?

 

On en est là. Avouez que ça commence à faire beaucoup, pour ce qui est de « faire société » : la décomposition est en voie d’achèvement. Un : pulvérisation du « corps social » en « associations » et autres « communautés » (geek, religieuses, orientation sexuelle et autres petites ou grandes manies, …). Deux : dissolution de la nation et de son histoire dans le grand bain mondial indifférencié. Trois : la grande privatisation du bien commun. Et c'est pas fini.

 

Et on parle encore de « société ».

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

mercredi, 15 mai 2013

AH ! RECREER DU LIEN SOCIAL !

 

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***

 

Plus il y a d’associations (loi 1901), moins ça « fait société ». Je passe sur le fait que ça veut sans doute dire que, en dehors de cet acte volontaire et conscient d’adhésion à un groupe limité en vue d’une certaine activité (une association loi 1901), les gens n’ont plus besoin les uns des autres. Soit dit par parenthèse, je me demande si ce n’est pas précisément ça, « faire société » : avoir besoin les uns des autres. Je ferme la parenthèse.

 

Un moyen de « faire société », ce serait par exemple de se rattacher unanimement à un principe unique. Et de s’y rattacher sans qu’il y ait délibération et acte volontaire : faire société – enfin c'est mon avis : demandez aux Suisses si quelqu'un les a forcés à planter le drapeau rouge à croix blanche dans leur jardin – est de l’ordre du réflexe, c’est de l'ordre du senti, de l'irréfléchi (« Au fait, t’as acheté le sapin ? »). C’est ce qui ne pose pas question, mais s’impose sans forcer personne, à coup d'article défini, c'est-à-dire quelque chose d'inaccessible au doute. Autrefois, le dimanche, on allait même jusqu'à habiller les enfants avec « les habits du dimanche ». On peut dire que ça, c’est fini.

 

Prenez la "nation", par exemple. Il est loin, le temps où Pierre Daninos (est-ce dans Le Jacassin ?) pouvait faire sourire en racontant la douce manie d’un oncle qui, tous les 14 juillet, n’allait assister au défilé des troupes que pour se placer derrière un homme à chapeau et pour, au passage du drapeau, faire voler la coiffe de l’impudent en lui lançant, comminatoire : « Monsieur, on se découvre devant le drapeau ! », approuvé et applaudi par les témoins. Une telle anecdote aujourd’hui aurait des airs kitsch, voire paléontologiques, pour ne pas dire franchement révoltants.

 

Plus sérieusement, que signifie le mot « nation » dans la tête de jeunes générations auxquelles on ne prend même plus la peine d’enseigner (de transmettre) l’histoire de la formation de la nation française ? Qu'est-ce qu'un "patrimoine commun" ? Il paraît que l’Histoire de France est devenue complètement hors de propos, hors de saison, hors-sujet. Etonnez-vous que, au lieu de sentir quelque chose vibrer à l’intérieur en entendant retentir la Marseillaise, des petits cons se mettent à siffler. Où est-elle, l'idée capable de fédérer les Français ?

 

Ajoutez à cela autre chose. Moi qui suis d’une génération qui a été « appelée sous les drapeaux », ne croyez pas que je vais exprimer une quelconque nostalgie de ce qui s’appelait « service militaire », tant j’ai pu toucher du doigt et absorber à haute dose du concentré d’abruti dans le bain où nageaient quelques galonnés conformistes par métier, beaucoup de sous-galonnés bornés par vocation, quand ils n'étaient pas simplement tarés par nature.

 

Mais sans qu'on soit favorable au retour du « service militaire », il faut bien reconnaître ses deux apports : la découverte de gens de milieux absolument hétérogènes, découverte que je n’aurais jamais faite autrement, et dont je suis obligé d'avouer le bénéfice a posteriori ; la reconnaissance de la dignité du drapeau comme symbole national, je veux dire unificateur. Mais si la conscription nationale a été aussi facilement abolie, c'est qu'il y avait un consentement général pour cela. Le ver était dans le fruit. Combien auraient voulu qu'il y en eût encore et toujours, des "conscrits" ?

 

Ne rêvons pas : la France, comme entité nationale, achève de se dissoudre, et ce ne sont pas des groupuscules, appelés « bloc identitaire » ou autre, qui peuvent s’opposer au processus. Aucun groupuscule n’est en mesure d’arrêter un mouvement qui touche la collectivité dans sa globalité. Qui touche les fondements. Tout s’est passé tranquillement, par petites étapes (suppression de l'enseignement de l’histoire de France, instauration de l’armée de métier n’en sont que deux aspects), presque sans douleur.

 

Tout ça fait qu’on peut se demander qui pourrait bien, aujourd’hui, se déclarer « fier d’être Français ». Qui, à part quelques bandes d’excités ou quelques nostalgiques ? Dès lors, difficile de « faire société », pas vrai ?

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

lundi, 13 mai 2013

AH, "FAIRE SOCIETE" !

 

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***

 

Les « zompolitics » (pour faire Coluche, il faudrait avoir le son) en ont plein la bouche. Députés, ministres, chefs de parti ne parlent « à regonfle » (comme on disait chez moi quand le patois lyonnais voulait encore dire quelque chose) que du « vivrensemble », de « faire société », de « refaire du lien social ». Les journalistes s'y sont mis.

 

Il paraît que ce genre d'affirmation, ça pose son homme, et ça donne une idée de son sens des responsabilités et de sa volonté de se dévouer pour ses semblables, en espérant toucher les dividendes de son investissement. Je n’exagère pas, tous ceux qui lisent cette note peuvent s’en convaincre en allumant le poste à l’heure de la propagande (je parle évidemment du 20 heures de TF1 ou de France 2) ou en donnant l'obole à leur quotidien de dilection morose. Ah, le « vivrensemble» ! 

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ALLEZ ! TOUT LE MONDE REPREND EN CHOEUR AU REFRAIN !

C’est à qui en fera le plus pour apparaître, au milieu du cheptel politique (vaste troupeau de bovins carnivores, je veux dire de "vaches folles", mais ce sont ces mêmes vaches qui traient les bouseux que nous sommes, le monde à l'envers) comme le plus sérieusement convaincu que le « collectif » est le bien suprême, mais surtout que c’est lui qui s’en occupe le plus sérieusement.

 

Le problème, c’est que « faire société », ce n’est pas un individu, si haut qu’il soit placé, qui peut le décider. Regardez par exemple ce que c’est très vite devenu, la « fête des voisins » : une table, quelques chaises, des verres et des bouteilles. Des conneries. Quoi, c’est tout ? Oui, un point c’est tout.

 

Ce n’est pas la « fête des voisins » qui peut changer un iota au rythme et à la vitesse de croisière auxquels chaque individu se déplace dans sa propre vie quotidienne. Et ce n’est pas de crier « tous ensemble tous ensemble ouais ! » en arpentant les rues principales des grandes villes pour protester contre le gouvernement (10.000 selon la police) qui y changera une virgule.

 

Regardez l'énorme n’importe quoi qu’est immédiatement devenue la « fête de la musique » décidée par l’inénarrable pantin Jack Lang : une innommable bouillie sonore à coups de décibels électriques avec, dans certains quartiers urbains, un « orchestre » de jeunes « rockeurs » malhabiles appuyés sur la puissance d’amplificateurs qui leur donnent l’impression de faire de la « musique », alors qu’il ne font que du bruit, à peine compensé par le bruit que fait le groupe suivant, à cinquante mètres de là.

 

Soit dit en passant, en traitant Jack Lang d’inénarrable pantin, je suis d’une affabilité excessive, quand je lis ce qu’en écrivait Philippe Muray en 1998 dans la préface à la réédition son Empire du Bien : « A ce propos, je dois avouer mon étonnement de n’avoir nulle part songé, en 1991, à outrager comme il se devait le plus galonné des festivocrates, je veux parler de Jack Lang ; lequel ne se contente plus d’avoir autrefois imposé ce viol protégé et moralisé qu’on appelle Fête de la Musique, … ». Et ce n'est pas fini, mais j’arrête la fusillade.

 

« Faire société », il faudrait bien s’en convaincre, ça ne se décide pas. Pour une raison assez simple : c’est quand ça « ne fait plus société » qu’on se rend compte qu’il y en avait une, de société. C’est quand chacun des atomes que nous sommes est réduit à sa simple fonction de numéro dans une liste de numéros qu’on se rend compte qu’une société, ce n’est pas une liste d’individus. Il ne faut pas confondre « faire société » et administrer la société.

 

En effet, tant qu’on peut parler de « corps social », on a de quoi se faire une petite idée de ce que c’est, une société. Est-ce qu’il suffit pour cela d’avoir des institutions en état de marche avec des gens pour les faire fonctionner ? Je me permets d’en douter. Car qu’est-ce que c’est, un corps social ? C’est forcément une métaphore. Mais qui veut bien dire ce qu’elle dit. Comme dit Paul Ricœur, en titre merveilleux d’une de ses belles œuvres, c’est une « métaphore vive ». Et ça, y a pas à tortiller, ça ne s'administre pas.

 

Voilà ce que je dis, moi.