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lundi, 30 janvier 2017

POLITIQUE : PAYSAGE DE RUINE

Il faut regarder les choses en face : le système politique en vigueur en France n'est plus à bout de souffle : il est moribond, même s'il ne le sait pas, même s'il ne veut rien en savoir.

Du côté droit, on a un beau dénégateur de l'évidence, qui ne prêche que les convaincus en espérant faire croire que les infâmes accusations (il confond avec "informations") parues à propos des rémunérations dont a bénéficié sa femme Penelope (à l'anglaise, sans accent), c'est que des menteries indignes d'une vraie démocratie, en même temps qu'une honteuse campagne de dénigrement sexiste et misogyne. S'il vous plaît, soyez des gentlemen, ne vous en prenez pas à une faible femme !

Ce faisant, et premier point, Fillon fait montre d'un culot colossal et désopilant. Je lui réponds : fallait pas commencer par la mettre dans la même casserole que toi, espèce de ceci-cela ! Comme Plick et Plock l'apprennent à leurs dépens : "il faut réfléchir avant d'agir". Comme je pense que tout cela était mûrement réfléchi, va pas te plaindre de la méchanceté du monde !

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Deuxième point : le monsieur oublie de répondre aux informations (il confond avec "accusations") du Canard enchaîné. Il ne prend même pas la peine de dire que c'est faux. Je fais observer finement ce qu'aucun journaliste ne semble avoir remarqué : François Fillon a soigneusement évité d'annoncer urbi et orbi qu'il allait porter plainte pour diffamation. La première réponse, quand on est l'objet d'une "dénonciation calomnieuse", est en effet - au moins - de porter plainte en diffamation.

Or dans toutes ses réactions, Fillon s'est bien gardé de répondre sur le fond, il a préféré se draper dans la dignité supposée de l'innocent injustement accusé et de l'époux défendant l'honneur de l'épouse outragée. Cette réaction théâtrale, qui n'est faite que pour galvaniser le camp des adeptes, sonne comme la reconnaissance de l'impeccable véracité des éléments avancés dans l'hebdomadaire. C'est même une preuve que tout est vrai, puisque rien n'est contesté.

Troisième point : j'ai lu et relu le dossier du dernier Canard enchaîné pour être bien sûr que j'avais compris ce qu'il y avait à comprendre. Conclusion : un vrai travail de vrais journalistes, solide, documenté, étayé, irréprochable, de quoi me réconcilier avec la profession, c'est dire. Une enquête signée d'un trio : Isabelle Barré, Hervé Liffran et Christophe Nobili, qui occupe trois quarts de la page 3. 

L'atout de l'enquête du palmipède satirique, c'est d'abord les éléments matériels qui établissent dûment les faits : les fiches de paie de Penelope, où figurent les chiffres ahurissants de ses rémunérations. C'en est au point que la quasi-totalité de l'enveloppe de Marc Joulaud (successeur de Fillon au Parlement) est touchée par l'épouse-modèle, au détriment des deux collaborateurs officiels : Igor Mitrofanoff et Jeanne Robinson-Behre. Cette dernière n'a jamais rencontré Penelope dans le cadre de son travail. Il faut relever au passage que les gens cités dans l'enquête témoignent à visage découvert. C'est un atout supplémentaire à porter au crédit du Canard. Et ils sont tous d'accord pour se déclarer surpris d'apprendre que madame Fillon exerçait une activité rémunérée !

Passons sur les prestations "littéraires" de madame Fillon : Michel Crépu, alors directeur de la Revue des deux mondes a, en tout et pour tout, aperçu deux ou trois notes de lectures, au total une page et demie, en tout cas pas de quoi justifier un salaire de 5000 euros par mois pendant deux ans. Et je ne parle pas de ce que François Fillon a, paraît-il, comme plusieurs de ses collègues, traficoté avec les enveloppes reçues quand il était au Sénat (affaire soulevée par Mediapart).

A gauche maintenant. A entendre le cri du cœur presque unanime sorti hier soir au QG de Benoît Hamon, "la gauche a relevé la tête". M'enfin (comme dirait Gaston), vous n'êtes pas sérieux, les gars ! Hamon ? Il s'est converti assez récemment à l'écologie politique, il propose le revenu universel, il est prêt à des "accommodements raisonnables" avec les populations musulmanes (pour le burkini, quid de la burka et du niqab ?, etc.), il est favorable aux réformes sociétales "émancipatrices" : bref, il a fait la liste des courses en fonction des publics qu'il compte inviter à sa table. On pourrait aussi dire qu'il a conçu la carte du menu de façon à attirer telles et telles catégories d'appétits. Tout ça pue à plein nez la clientèle électorale.

Quant à l'idée du revenu universel, si elle part d'un constat juste (le travail parti ne reviendra pas), elle aboutit à un mirage qui tient de la fantasmagorie. Au lieu de vouloir payer les gens à ne rien faire, Benoît Hamon aurait mieux fait de proposer de travailler à l'instauration d'un système fiscal plus redistributif et d'un système économique moins inégalitaire (ce qui aurait au moins le mérite de procurer à l'Etat les ressources qui lui font défaut).

Au mois de mai, les électeurs auront le choix entre un certain nombre de miasmes. Quelle mauvaise odeur préférez-vous ? La pourriture de droite ou la fumée de gauche ?  Qu'est-ce qui vous plaît le mieux, le nauséabond de droite ou l'écœurant de gauche ?

A moins que vous ne voyiez dans le petit qui n'est "ni à droite ni à gauche" un "homme nouveau" ? Et qu'à force d'aimanter les ralliements de divers côtés, celui-ci ne parvienne à faire croire qu'il a et la carrure et un programme crédible ? On verra. Je ne mentionne que pour mémoire les deux égarés situés aux deux bouts de l'hémicycle.

Il paraît que le prochain président de la France figure dans le casting de ce tout petit monde. Avis aux nez sensibles : préparez les masques à gaz ! Ça n'a pas fini de cocotter.

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 20 novembre 2015

I’M A POOR LONESOME COWBOY

 

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LUCKY LUKE CONTRE JOSS JAMON (N°11)

Ce "Lucky Luke" est le seul (de Morris et Goscinny !) où l'on voit à la fin le héros marcher vers le soleil couchant en dirigeant Jolly Jumper vers la gauche de l'image : je n'en tire aucune conclusion.

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Oui, je suis vraiment, et plus que jamais, de ce pays.

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Ici, un lien vers la liste complète des victimes des attentats de vendredi 13 novembre (merci à Mediapart).

Lisez les 123 noms (sur 129) les uns après les autres.

Dites ces mots : "Leur vie" et retenez vos larmes, si vous pouvez (Aragon + Brassens, 3'32").

 

mardi, 06 janvier 2015

MODIANO PRIX NOBEL

C'est la loi des séries. Cette fois, c'est la série "récompenses officielles" : après la Légion d'Honneur, le Prix Nobel.

 

1/2

 

Disons-le tout net : lorsque le jury Nobel jugea bon d’attribuer son prix de littérature à Jean-Marie Gustave Le Clézio, j’ai pesté, tant j’ai peu d’estime pour un écrivain tellement soucieux de rabrouer la civilisation dont il est issu, tellement honteux de son appartenance à cette partie de l’humanité qui a eu l’odieuse arrogance de façonner toutes les autres à son gré et à son profit (quand elle ne les faisait pas disparaître), ne consentant à trouver de vérité qu’auprès de ces « Grands Autres » que sont tous les autres (reportez-vous, pour vous faire une idée, au bien nommé Haï, Skira, 1971). Alceste le dit vertement au début du Misanthrope : « L’ami du genre humain n’est pas du tout mon fait ».

 

Remarquez que j’éprouve une antipathie aussi forte et prononcée pour ce monstre sacré de la poésie française du 20ème siècle, je veux dire Sa Majesté Jacques Prévert, dont des milliers d’instituteurs masochistes se sont complus à s’auto-flageller en faisant apprendre aux bambins de « la République de l’ascenseur social » tant de si jolis poèmes célébrant si joliment la haine de l’école et du professeur. Je m'empresse d'ajouter que ces avis très (trop ?) péremptoires ne portent pas sur l'aspect littéraire des œuvres de ces personnes. 

 

Selon ces autorités morales, toutes les courroies de transmission de la « culture classique » et des « fondamentaux du savoir » semblent se dire : « Qu'est-ce qui nous autorise à transmettre ce patrimoine ? De quel droit ? Qu'est-ce qui nous autorise à exister en tant que communauté nationale définie par une identité et une culture spécifiques ? ». Plus le droit de rien, le patrimoine culturel. Renvoyé à l'infamie de la « Kultur Dominante », dénoncée dès longtemps par les sociologues militants, Pierre Bourdieu à leur tête. Plutôt le général que le particulier, clame cette étrange « vox populi » : il ne faut stigmatiser personne. Mais, en même temps que ce chœur angélique entonne son refrain préféré, on entend monter des voix qui fredonnent : « Plutôt le particulier que le général ! ».

 

C'est vrai que dans le Général, on entend aujourd'hui le mot Norme, devenu l'équivalent du mot Fascisme. Alors que le bienheureux Particulier porte la voix des Minorités, par principe et forcément, martyrisées. Les Saints de la Nouvelle Religion seront prélevés dans les Minorités (musulmans et arabes, femmes et immigrés, homosexuels et transsexuels, animaux domestiques et éléphants d'Afrique, et j'en oublie sûrement).   

 

Il y a du saboteur chez les deux fanatiques dont je parlais, qui sont pour quelque chose dans ma défiance grandissante envers les maîtres de morale, les procureurs de la vertu, les experts en humanisme, les proclameurs de nobles sentiments, les professeurs d’altruisme, les donneurs de leçons d’antiracisme, tous métiers dont monsieur le fondateur de Mediapart Edwy Plenel fournit régulièrement la caricature accomplie sur les ondes de France Culture. Tous ces novlanguistes qui instrumentalisent les « VALEURS » pour en faire des armes politiques ne me donnent qu'une envie : vomir.

 

Vomir, ces deux figures (+ 1) de la défaite et du sentiment de culpabilité qui poussent nombre de chefs d’Etat à faire repentance à genoux sur le terrain des crimes de leurs ancêtres (dont ils ne sont pas coupables), et nombre de professeurs à développer des pédagogies ludiques et à se transformer en animateurs culturels parce que, vous comprenez, de quel droit forcerait-on de jeunes esprits à se voir transmettre le patrimoine et la culture transmis par les mêmes ancêtres ?

 

Sans voir là nulle contradiction. Pauvres ancêtres, vraiment, qui voient, d'un côté, pieusement assumé par leurs descendants le Mal qu'ils ont commis, dans des actes de contrition répétés, et d'un autre côté, rageusement rejeté, nié, blackboulé le Bien qu’ils ont élaboré avec tant d'ingéniosité et de persévérance, tant d’art et d'intelligence, tant de culte de la beauté et de la vérité universelles !

 

Tout le Péché de l'Occident minutieusement comptabilisé !

 

Tout le Génie de l'Occident jeté à la poubelle !

 

Avouez qu'il y a de quoi renâcler.

 

Tout ça pour en arriver à dire qu’à mon avis, le choix de Patrick Modiano me semble beaucoup mieux venu que celui de Le Clézio. Même s’il est étrange de sacrer roi un écrivain à ce point tourné vers le passé et mettant en scène, livre après livre, la difficulté d’être et de se fixer manifestée par des personnages toujours un peu fantomatiques.

 

Mais c’est peut-être précisément la raison qui fait que Modiano incarne un des aspects principaux de notre époque : une inquiétude nouvelle à propos des activités humaines. Modiano n’écrit pas des livres brillants, rayonnants, étincelants, conquérants, pas une littérature de vainqueur, mais de mélancolie, parfois d’abattement neurasthénique. Des livres où les personnages sont en proie au doute, face au paysage incertain de ce qu’ils ont vécu quand il regardent en arrière.

 

Ce paysage lui-même est souvent fait des décombres d’une mémoire hors d’état de ressaisir en une synthèse précise et ramassée tout ce que son passé est supposé porter. Sans doute est-ce trop pour elle, en tout cas tellement disparate et disjoint que l’unité de la personne, idée si chère à la pensée cartésienne, a tendance à se dissoudre dans l’air, à se perdre dans les sables.

 

Voilà ce que je dis, moi.