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jeudi, 21 avril 2016

UN POÈME

J’ai apprenti un corps terrestre

Pour fabriquer un visage expérimenté.

J’ai cuirassé dans un cerveau parjure

Des nombres nés de l’invisible

Pour forger une langue aux oiseaux.

Sous le garrot de l’écorce brune,

J’ai entendu floconner les venins

Accourus à la voix de la mémoire opaque.

 

C’était l’aconit de mon âme

Qui cousait sa vêture au fil du nerf optique.

09:00 Publié dans LITTERATURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie

vendredi, 15 avril 2016

UN POÈME

Je me suis arrêté dans un rien

qui s’appelait nécessité.

Je me suis arrangé avec mes entraves

pour puiser un peu de violence dans mes efforts.

Je me suis accusé d’histoires décousues

qui ont réduit mon être à se conduire aveuglément.

J’ai serré dans l’ombre de mes bras

des souvenirs de griffes et de caillots.

J’ai abreuvé mes renoncements

à la source de mes parjures et de mes peurs.

 

Alors j’ai comblé mes attentes avec du sable sec :

c’était la vie ordinaire qui m’arrivait.

09:00 Publié dans PAS POETE MAIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie

mercredi, 13 avril 2016

UN POÈME

J’ai laissé dans mon mur hivernal

un peu de mon obscurité.

J’ai rassemblé mes yeux et mes supplices

avant de dresser le bûcher.

J’ai attablé quelques convives

autour des bruits qui me conduisent.

J’ai installé la visiteuse

dans le présent de mes étoiles.

J’ai éclaboussé la mort douce

à l’œuvre dans mon atelier.

 

Alors je n’ai plus cessé d’accourir au-devant

et de chanter pour appâter la certitude.

jeudi, 07 avril 2016

UN POÈME

FIAT LUX

 

J’ai caché l’âme dans les sensations :

Régulière et moirée, elle était cétoine et mirage.

J’ai réfugié la loi que je respire dans la cage, après-coup :

Irrégulière et feu de paille, elle a fauté.

J’ai déguisé l’humanité en vertige besogneux :

Elle a usé ma peur jusqu’à refermer le couteau.

J’ai dissimulé un corps dans le regard des pierres :

Il a couru dans le granit, jusqu’au rire.

J’ai enterré des morts dans des bouches à nourrir :

Ils ont taillé dans mon écorce un masque de violence.

 

Alors, du fond de la douleur inscrite au cœur des hommes,

Ma main est remontée pour ouvrir le soleil.

09:00 Publié dans PAS POETE MAIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie

lundi, 04 avril 2016

QU'EST-CE QUE C'EST, LA POÉSIE ?

L'attente renouvelle et nourrit l'attente.

Rouvre la main, paradis.

Tout ce qui vibre est inépuisable. 

Tout ce qui vit plonge en racine jusqu'au frisson.

Loué soit ce qui se dérobe,

Miracle rond, qui suce la pensée par le marasme du fond.

Que tout ce qui nous aime advienne.

 

09:00 Publié dans PAS POETE MAIS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie

dimanche, 03 avril 2016

PHOTOGRAPHIE

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"TU ES PETRUS"

("Tu es pierre")

La même pierre au cou d'un corps en berne : 

la forteresse de l'homme n'en finit pas de s'engloutir.

La même pierre a creusé l'amnésie dans les opulences.

La même pierre désemplit les reflets trop obéissants.

La même pierre déloge la foule trop instable des signes

à la surface intense des impératoires.

La même pierre prémédite la première cervicale :

peut-être la colonne du sens verra de nos erreurs ingénieuses

la forme élaborée d'une prison vivable.

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Pure coïncidence : ce matin, au programme de "Sacrées musiques", l'émission de Benjamin François, plusieurs œuvres portant le titre "Tu es petrus" : Mendelssohn, Fauré, Duruflé, ... Je n'en tire aucune conclusion. Benjamin François diffuse ensuite l'oratorio Historia der Auferstehung Jesu Christi, chef d'œuvre de Heinrich Schütz, dans diverses interprétations. Celle dont je dispose (35 francs à la Fnac) est dirigée, en 1980, par Louis Devos, à la tête de "Musica polyphonica". Kurt Widmer est l'Evangéliste. Sur la pochette, La Résurrection d'Albrecht Bouts (à ne pas confondre avec Dieric). Cette version me donne toute satisfaction, bien que Benjamin François ne l'ait pas inscrite à son programme. Et malgré le ton condescendant de la notice du "Guide" de Diapason : la Tribune des critiques de disques fait toujours ses ravages : je me rappelle parfaitement le 2° concerto de Rachmaninov, la première fois que je l'ai entendu. C'était par un certain Léonard Pennario. Qui connaît ce grand pianiste ?

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vendredi, 01 avril 2016

LES CHOSES ET LEURS OMBRES

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Photo prise le 21 novembre 2015.

Photo couleur Frédéric Chambe.

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Le retour des couleurs dans leur nid lavera nos obscurités.

 

samedi, 05 mars 2016

À PROPOS DE RAYMOND QUENEAU

QUENEAU PAR LECUREUR.jpgMODESTES CONSIDÉRATIONS APRÈS LECTURE

1/2 

J'ai donc relu, dernièrement, La Vie mode d’emploi (1978), le chef d’œuvre de Georges Perec. Il se trouve que l’auteur le dédie « à la mémoire de Raymond Queneau », mort quelque temps auparavant (en 1976). Il se trouve que je compte sur mes rayons, depuis le 6 juin 2002, la biographie du dit Raymond Queneau par Michel Lécureur (j'aime bien noter la date d'arrivée des bouquins chez moi). Il se trouve, là encore, que je ne l’avais pas ouverte. J’ai hélas tendance à acheter plus de livres que je n’en lis. 

Je viens donc de combler le retard : j’ai lu le récit par lequel Michel Lécureur rend compte de la trajectoire de l’auteur de Zazie dans le métro. Rien à voir avec la vibrante biographie de Perec par David Bellos : ici, on a affaire à un travail d’universitaire sérieux, exact, rigoureux, sec. Queneau est fort bien disséqué : difficile de prendre vie dans ces conditions. Cela n'empêche pas l'auteur de montrer l'état de béatitude qui le saisit en étudiant son sujet : il orthographie « coquetèle » sans guillemets, pour coller à la fantaisie orthographique de Queneau, qui était un maniaque de la réforme. Il voulait, disait-il, « rationaliser » l'écriture du français, lui ôter de son "incohérence" et de son "arbitraire".

Et puis, qu'est-ce qu'il en fait, des listes de noms, Lécureur ! Ceux qui publient dans un numéro de revue. Ceux qui ont tenu telle réunion. Ceux qui ont signé telle pétition. L'exhaustivité est un Graal. A sa décharge, peut-être le personnage de Queneau se prêtait-il à ce traitement : tout le monde n'est pas spontanément porté à la confidence, même cryptée, comme l'était Perec. Contrairement à ce dernier, Queneau n'écrivait sans doute pas "pour se faire aimer" (je me cite). Et contrairement à ce que dit Anne de Brunhoff de son ami Perec, Queneau ne donnait pas envie aux autres de le "materner". Comme s'il se souciait de tenir les autres en respect. Je veux dire : à distance de respect. Chacun son tempérament, après tout.

Pour dire les choses comme je les pense, les quelques livres de Raymond Queneau que j’ai lus (Zazie, évidemment, et puis Odile, Le Vol d’Icare, Les Fleurs bleues et Pierrot mon ami) m’ont souvent intéressé, ils m’ont aussi amusé : ils ne m’ont jamais touché. Quant à la poésie, je la laisse volontiers à qui l'apprécie. Les romans, j’ai presque tout oublié des deux derniers (qui est exactement Cidrolin ?). Du premier, je garde, comme tout le monde, le « retraite mon cul » (p.29 du roman) de la petite peste qui veut devenir institutrice rien que « pour faire chier les mômes », et le « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire », du perroquet Laverdure. Je garde Odile également, non à cause de l'éloge des mathématiques qu'il sous-entend, mais de l’image caustique et dérisoire que le roman offre d’Anglarès-André Breton, le terriblement antipathique « pape du surréalisme » (il me semble me souvenir qu'ils passent beaucoup de temps à boire des bières dans les cafés). 

Quant au Vol d’Icare, je me souviens seulement de l’argument : un écrivain travaille à son prochain roman, et voilà-t-il pas que ses personnages prennent la poudre d’escampette. C'est dingue, si les personnages se mettent à faire chier leur accoucheur ! C'est du même acabit que le petit poème, que Michel Lécureur juge « délicieux » (!) : « Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème / Tiens en voilà justement un qui passe / Petit petit petit / viens ici que je t’enfile / sur le fil du collier de mes autres poèmes […] / la vache / il a foutu le camp » (p.283). J’y vois surtout, de mon côté, une ridicule manifestation de complaisance et de niaiserie puérile. Un délassement d'intello. Exactement le Collège de 'Pataphysique : des vieux savants dans la cour de récréation. La littérature de Raymond Queneau, tout en se prenant très au sérieux, a trop à voir avec le jeu.

La même niaiserie ludique dont sont atteints les poètes en vogue dans les écoles primaires, vous savez, ceux qui veulent « faire moderne » en faisant du langage un objet en soi, et du jeu de mots un plaisir "poétique", sans voir le dessèchement qui va avec (je pense à Prévert, évidemment, quand il prend au pied de la lettre : "battre la campagne". Je pense aussi à Guillevic : « J’ai vu le menuisier tirer parti du bois (…) Moi j’assemble des mots, et c’est un peu pareil ». C'est dans Terre à bonheur. Ben non, Eugène, c’est pas pareil du tout). Possible que j'en aie un peu marre de ces enfantillages, qui sont devenus autant de ponts-aux-ânes, parfois dogmatiques.

La valeur littéraire que les laudateurs et adulateurs (mordez l'anagramme) de Raymond Queneau ("Les Amis de Valentin Brû") confèrent à ses œuvres me semble surfaite. Il faut le savoir : Queneau est un adepte de la modernité, son truc, c’est la distance, et même la distanciation brechtienne (Lécureur en parle), celle qui érige le langage en objet autonome, en univers en soi, et qui tient à tout instant à établir une distance entre ce qu’il écrit et celui qui le lira. Chez de tels modernistes, la priorité absolue est accordée à l'intelligence, au détriment de la substance vivante.

Queneau refuse au lecteur le plaisir de l’identification affective ou psychologique aux personnages, ce vieux truc affreusement romantique et bourgeois. Il faut être résolument « moderne » et intelligent : il est interdit de se laisser prendre au jeu. Il ne faut jamais être dupe. Et Lacan l'a bien dit : « Les non-dupes errent ». Il faut montrer les trucages, ce qu’il fait par exemple dans Le Vol d’Icare (ah, "vol", sa polysémie !), où l’un des personnages imaginés par l’écrivain dont il est question a déserté le manuscrit pour s’embaucher comme mécanicien dans un garage. Que c'est bête, quand j'y réfléchis, ce littéralisme ! Non, les mots ne sont pas des choses. Je me rappelle le bouquin d'un certain John Langshaw Austin, Quand dire, c'est faire (les « speech acts » et tout ce qui s'ensuit). Rien de tel pour me « prendre les boyaux de la tête ». Je dis, définitivement : non, merci ! L'intelligence, pourquoi pas ? Mais pas à n'importe quel prix.

C’est Jean Lescure qui formule la sottise moderniste, qui fait du langage un objet de culte dévotieux : « Tout l’art "moderne" refuse l’usage qui en est fait, dénonce la sottise de ne l’utiliser que comme moyen, s’émerveille de lui reconnaître une sorte de pouvoir objectif » (p.456). L'objectivité du langage : il fallait y penser ! Quelle vanité, que de retourner le langage sur lui-même ! La première sottise est celle qui ne se sait pas telle. Que les moyens soient promus au rang des fins me semble une aberration majeure : ça m’amène à m’interroger sur le contenu même du discours, qui frise alors l’évanescence, pour ne pas dire l’inconsistance, la vacuité, l'inanité. Qu'est-ce que je dis, quand je dis que je dis ce que je fais en le faisant ? Je ne suis pas assez souple pour, à l'instar du serpent ou du mime Mnester (le "sphéricubiste" (Thiéry Foulc) de la Messaline d'Alfred Jarry), me mordre la queue.

Mes excuses aux mânes de Jean Lescure, qui était un homme charmant. 

Voilà ce que je dis, moi.

vendredi, 12 février 2016

LICHEN

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Photo Frédéric Chambe, prise le 2 janvier 2016.

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Qu'est-ce qui retient la goutte noire, au bord du trou de lumière ?

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mardi, 09 février 2016

LE CIERGE D'EGLISE

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Photo prise le 1 janvier 2016.

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Le vol des étoiles

accompagne en pensée

les fumées attentives

qui goûtent savamment

aux saveurs du vent

en remuant leur mort.

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samedi, 06 février 2016

LE POINSETTIA

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Photo prise le 29 décembre 2015 à 12 h 25.

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Ce qui te compte parmi les vivants, c'est le prisonnier qui te veille.

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dimanche, 24 janvier 2016

VU A LA CROIX-ROUSSE 14

Dans la série "Le Monde derrière la vitre".

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Photo prise le 8 janvier 2016 à 19 h 18.

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Je trouve au matin des mots dont la chair s'est dévêtue dans le sommeil.

Juste un peu d'eau entre mes doigts.

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samedi, 23 janvier 2016

VU A LA CROIX-ROUSSE 13

Dans la série "Le Monde derrière la vitre".

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Photos Frédéric Chambe, prises le 8 janvier 2016 à 19 h 05.

photographie,lyon,croix-rousse

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Photo Frédéric Chambe, prise au même endroit, le 12 janvier 2016 à 20 h 20 (heure d'été).

 

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Comme une encre sympathique, à température d'être, convoquée sur une peau énigmatique.

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mardi, 19 janvier 2016

VU A LA CROIX-ROUSSE 12

Dans la série "Le Monde dans la vitre".

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La salle de restaurant (bonne table au demeurant : je recommande la fraise de veau servie dans sa coquelle).

Photo Frédéric Chambe, prise le 6 janvier 2016 à 21 h 38.

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Ce qui déguise ta solitude en souffrance garde pour toi seul le thorax des confidences.

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dimanche, 17 janvier 2016

VU A LA CROIX-ROUSSE 11

Dans la série "Le Monde derrière la vitre".

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Photo Frédéric Chambe, prise le 8 janvier 2016 à 20 h 27.

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Qu'importe ce qui coule, pourvu qu'en filament l'étonnement opère, incandescent.

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vendredi, 15 janvier 2016

VU A LA CROIX-ROUSSE 9

Dans la série "Le Monde dans la vitre".

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La minuterie.

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La pierre nue de l'entrée d'immeuble.

Photos Frédéric Chambe, prises le 14 janvier 2016 à 19 h 17-18, dans une rue commerçante.

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Je regarde nager les étoiles,

l’étincelle de leur corps abstrait,

la douceur de leurs perles,

la courbe assurée de leur destin,

ébroué dans l’immensité

de la cave où elles fermentent.

 

Tout ce qui vibre est inépuisable.

Loué soit ce qui se dérobe.

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jeudi, 14 janvier 2016

DAVID BOWIE, HÉROS BAROQUE

Je veux rendre hommage, à mon tour, à un grand disparu. Enfin, quand je dis "hommage", j’exagère. Pour être franc, je n’ai jamais beaucoup aimé la musique de David Bowie. Question de génération sans doute. Moi, ma pop music, c’était Beatles-Rolling Stones. Le personnage non plus ne m’a guère intéressé. Doit-on vraiment la chanson « Angie » des Rolling Stones au fait que la dite Angie, mariée à David Bowie à l’époque, a surpris celui-ci au lit en pleine partie de jambes en l’air avec Mick Jagger ? Je m’en contrefiche. De toute façon, je préférerais plutôt "Sympathy for the devil" (hou-hou). 

VILLA 1 NELLCOTE.jpgNon plus que ne m’intéresse tout ce qui s’est passédavid bowie,rock and roll,pop musiic,beatles,rolling stones,angie mick jagger,sympathy for the devil,exile on main stret,jean rousset,la littérature de l'âge baroque,anthologie de la poésie baroque française,vauquelin des yveteaux,circé et le paon, (baise, défonce, bourrage de gueule, ...) dans une superbe villa de la côte d’Azur, en marge de l’enregistrement du meilleur disque des Rolling Stones, je veux parler d’Exile on Main Street (une ambiance de fièvre absolue). Ce que laissent les personnes derrière elles me semble plus important que leurs faits et gestes ou les personnages qu’elles jouent dans la vraie vie. Les œuvres qu'on laisse derrière soi, plutôt que le bonhomme, dans la peau où il a vécu. Cela se discute, je sais : la vie ... l'œuvre ... tout ça.

Je laisse aux groupies et aux paparazzi le soin de fouiller dans les à-côtés, les poubelles, les coulisses, les alcôves, les bas-fonds, les arrière-cours, les dessous de cartes, affriolants ou puants, pour en remonter les petits faits vrais, les anecdotes croustillantes et autres détritus qui rempliront les revues people et les journaux à sensations : c’est là pâture abjecte de curiosités mal placées. J’ai mieux à faire : je me contente des œuvres.

Le reste n’est que spectacle pour des gens qui préfèrent rêver, tuer le temps, s’ennuyer - ou ne savent quoi faire de leur vie, ce qui revient au même. Aimer la musique des Beatles ne m'a jamais incité à les prendre pour modèle. Je ne suis pas sûr que la qualité et l'inventivité de la musique soit liée, de près ou de loin, au mode de vie de ceux qui la créent. Si c'était le cas, on serait envahi de musiciens et de musiques d'une qualité égale à celle des "Fab Four", ce qui n'est évidemment pas le cas. Que des millions d'adolescents aient pu être façonné par la musique, mais aussi par le personnage de David Bowie me laisse perplexe et incrédule.

C’est vrai que David Bowie, le spectacle, il savait ce que c’est, puisqu’il a tenté de faire de sa vie un spectacle total. Et c’est précisément ce qui m’a donné l’idée du présent petit « hommage ». De tout ce qui m’est parvenu de l’artiste et du personnage, à travers les propos de divers amateurs qui lui attribuent des talents de toutes sortes, j’ai retenu au moins une remarque : quand il sentait que ses fans avaient admis et enregistré sa « nouvelle identité », Bowie jetait aussitôt la défroque aux orties pour se saisir d’une autre, toute différente. Ce qui a pu lui faire dire que tout ce que la culture occidentale pouvait offrir, il l’avait expérimenté. Je veux bien. Pourquoi pas ? J'ai quand même tendance à croire qu'il se vante.

Autrement dit, ce qu’on retiendra de David Bowie, c’est qu’il aura été, d’une part, un maître en exhibition de soi, et d’autre part, un maître en métamorphoses. Or il m’est arrivé de lire, dans les anciens temps, un livre jubilatoire, par l'impeccable façon dont l'auteur parvenait à caractériser une puissante et longue tendance qui a animé une période artistique et littéraire en France : ce qu'on appelle l'"âge baroque". Un livre qui célébrait la gloire de « Circé et le paon » (c'est le sous-titre).  

D’un côté, le paon, qui fait parade de sa prodigieuse queue ocellée pour séduire sa paonne préférée, en faisant vibrer frénétiquement les longs et chatoyants arguments de ses appendices caudaux, dans un curieux froissement sonore. D’un autre côté, Circé la magicienne, cette fée amoureuse qui transforme en porcs les compagnons d’Ulysse, apparaît comme la reine des métamorphoses. Circé, c’est la reine du transformisme. Circé et le paon, c’est la parade ostentatoire jointe aux identités successives de la personne-personnage.

C'est la jouissance de l’ostentation ajoutée à l’orgasme du changement d’être. Une synthèse réalisée par David Bowie.

Le titre de ce livre savant ? La Littérature de l’âge baroque en France. C’est paru chez José Corti en 1954. L’auteur en est Jean Rousset, un digne universitaire. Et d’autant plus digne que son zèle l’a incité à adjoindre à sa thèse une Anthologie de la poésie baroque française (Armand Colin, 1968). 

A ceux qui s’étonneraient d’une telle association d’idées, touchant la vedette hypermédiatique David Bowie, je rétorquerai tout uniment, un rien condescendant, que David Bowie est la réincarnation flagrante, en plein 20ème siècle finissant, de ce que Jean Rousset appelle « l’homme baroque ». Vous en voulez une preuve ? Voici ce que Jean Rousset écrit : « Un fourmillement de grotesques, un pêle-mêle de masques délirants, une bacchanale de silhouettes multiformes : voilà ce qui se révèle au premier regard » (p.14).

Et plus loin : « Bien plus que le contre-pied de la constance, c'est le plaisir de s'éparpiller à tous les vents, de se multiplier en une suite impatiente d'identités de rechange dont la succession sans repos les étourdit ; ils perdent pied, comme au plus fort d'une danse trop rapide : "Et me trouvant partout, je ne suis en nul lieu".

   Un vertige qui les allège de leur poids : voilà ce qu'ils demandent à l'Inconstance, souvent invoquée comme une déesse, dont la figure symbolique pare plus d'un carrefour de l'époque : déesse légère et fugitive, fille de l'air, née de l'onde, prise entre la marche et le vol, vêtue de plumes ou de miroirs, enveloppée de vents, de feuilles, de nuages ; elle est l'âme du monde, sise "partout et nulle part" » (p. 44-45). Vous commencez à saisir ? N'est-ce pas le portrait de David Bowie tout craché ?

Le succès fulgurant de David Bowie dans l’univers médiatisé de la musique et du spectacle marque l’accomplissement et le triomphe paradoxal d’un des principaux courants de pensée qui a vu le jour au 16ème siècle, et que l’équilibre du classicisme officiel et symétrique de l’esthétique louis quatorzième a fini par étouffer : le baroque. Et voici le sonnet qui m’est revenu à l’esprit en écoutant le déluge de témoignages tombé sur la planète lors de la mort de la vedette. 

 

Avecque mon amour naît l’amour de changer ;

J’en ayme une au matin ; l’autre au soir me possede,

Premier qu’avoir le mal, je cerche le remede,

N’attendant estre pris pour me des-engager.

 

Sous un espoir trop long je ne puis m’affliger ;

Quand une fait la brave, une autre luy succede ;

Et n’ayme plus long-temps la belle que la laide :

Car dessous telles loix je ne veux me ranger.

 

Si j’ay moins de faveur, j’ay moins de frenesie ;

Chassant les passions hors de ma fantaisie,

A deux en mesme jour, je m’offre et dis adieu.

 

Mettant en divers lieux l’heur de mes esperances,

Je fay peu d’amitiez et bien des cognoissances ;

Et me trouvant partout je ne suis en nul lieu. 

 

L’amour de Vauquelin des Yveteaux (manifesté ici en 1606) doit évidemment être réactualisé aujourd’hui, à la lumière de la fable du « Genre » : il faudrait saupoudrer quelques masculins parmi les références féminines, puisque, quand on fait le bilan des partenaires sexuels et amoureux de David Bowie, cela pourrait bien finir en inventaire de l’Arche de Noé (mais a-t-il essayé l’âne, dont parle avec éloge une femme des Contes des Mille et une nuits, dans la traduction de Mardrus ?). 

D'un côté le bariolé splendide, de l'autre l’identité fuyante : les ingrédients sont là. David Bowie incarne le triomphe de l’âge baroque. A l’ère de la mondialisation marchande. Là où une époque s'accomplit et se désintègre.

Vive la Modernité ! Vive le Baroque !

Voilà ce que je dis, moi.

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mardi, 12 janvier 2016

VU A LA CROIX-ROUSSE 8

Dans la série "Le Monde derrière la vitre".

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Le cours de yoga (affiche centrale).

Photo F. Chambe, prise le 9 janvier 2016 à 19 h 42.

 

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Entre voisins de même visage,

moi l’aube et moi le vent,

nous avons, de nos migrations,

tissé le mur de pierre.

 

Entre voisins de même aboi,

moi l’écho et moi l’esquisse,

nous avons, des peupliers trop tendres,

tenu la promesse et la main.

 

Entre voisins de même coutume,

moi la voûte et moi le rocher,

nous avons, de nos douleurs aveugles,

aventuré la chair.

 

Entre voisins de mêmes copeaux,

moi les branches et moi le fronton,

nous avons, de nos bribes jonchées,

repris la mise en ordre et la pesée.

 

Entre voisins de même silhouette,

moi la sève et moi le bouchon,

nous avons, du dédale aux énigmes,

recueilli le fumet.

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mardi, 16 juin 2015

PRENDRE LE BUIS PAR LA RACINE

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Comme une page de livre,

Avec les grains posés sur ses murs blancs,

Pour sabler son écume,

Ou sauver la blessure.

 

Tu as la chair de poule,

Quand je touche avec les mots connus

L’effort de tes entraves,

La peur de la délivrance.

 

Draps immobiles, pinceau nouveau,

Qu’il est bon de répandre

Un corps qui s’ouvre et se reprend, 

Puisant son âme à la violence.

 

Je suis malgré moi l'inutile émerveillé.

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lundi, 25 mai 2015

DÉTAILS 4

Ferme l’ombre en sortant de toi.

Laisse dans l’insu

Le souvenir des pas.

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VU A LA CROIX-ROUSSE.

Sommité de la statue de Joseph Marie Jacquard, sur la place de la Croix-Rousse. 

Où l'on voit que Jacquard avait des pellicules.

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samedi, 09 mai 2015

L'HOMME EST APPROXIMATIF

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Est-ce ainsi que Pierre Reverdy envisageait ses "Flaques de verre" ?

A moins que ce ne soit qu'un grain de café presque transparent.

(Murakami Ryu a écrit l'allumé halluciné Bleu presque transparent.)

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Je n’ai jamais pu me dépêtrer de L’Homme approximatif. Cette œuvre de Tristan Tzara (qui a bien connu Pierre Reverdy), qui n'a pas arrêté de me courir après depuis des millénaires, m’a convaincu que, quand on est poète, on ne saurait se résumer au croupion d'un quelconque Mouvement Dada, ou au squelette d'une vulgaire Révolution Surréaliste. Et qu'il y a de la chair, et de la bonne, sur les os de cette volaille : c'est du corpulent.

Que l’homme ne sait jamais ce dont il est porteur quand il fait. Qu’il n’est jamais ce qu’il croit être. Qu'il est une flèche lancée par l'arc d'il ne saura jamais qui. Que la trajectoire humaine n'est jamais une ligne droite. Que ce qu’il est dépasse (je n’ose pas dire "transcende") de loin l’image qu'il s'est faite de ce qu'il doit être. Quand le poète est en état de produire cet effet, il dégage un puissant souffle de vérité. Ici, il me dépasse.

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 L’Homme approximatif me colle à la peau. Tenez ce petit fragment :

 

« frileux avenir – lent à venir

un écumant sursaut m’a mis sur ta trace de regard là-haut où tout n’est que pierre et nappe de temps voisin des crêtes argileuses où les jamais s’enflent sous robe d’allusion

je chante l’incalculable aumône d’amertume

qu’un ciel de pierre nous jette – nourriture de honte et de râle –

en nous rit l’abîme

que nulle mesure n’entame

que nulle voix ne s’aventure à éclairer

insaisissable se tend son réseau de risque et d’orgueil

là où l’on n’en peut plus

où se perd le règne du silence plat pulsation de la nuit ainsi se rangent les jours au nombre des désinvoltures et les sommeils qui vivent aux crochets du jour sous leur joug

jour après jour se rongent la queue et dansent autour et là-haut là-haut tout n’est que pierre et danse autour »

 

Rien que le titre du livre est un chef d’œuvre. 

Voilà ce que je dis, moi. 

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Babioles :

Elections législatives en Grande-Bretagne.

Une fois de plus, prosternons-nous devant l'infaillibilité Royale et Scientifique de leurs Majestés et de leurs Excellences les Sondages d'Opinion.

mercredi, 06 mai 2015

L'ASPECT DES CHOSES

OS OU CAILLOU ? LES DEUX, MON COMMANDANT !

 

photographie,fossile

 Ici, avec flash.

photographie,fossile

Ici en lumière naturelle.

Et ci-dessous avec soleil direct inclus.

 

photographie,fossile

 

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Atelier

 

Les yeux fabriquent la vie

La chose est faite pour l’œil

On sait mieux doser le regard

Que ressentir du quoi

 

On dira : « La faute au cœur de service »

Et que l’âme fabrique du désordre

Et que le corps n'aurait pas dû

 

Mais l’apprenti palimpseste

A repeint la toile aux origines

 Et le maître a dit oui

 

Il a deviné qui vient

 

mardi, 05 mai 2015

VU A LA CROIX-ROUSSE

 

PASTA LUNA 6.JPG

 

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Ça ressemble à une maison

D’avant  l’électricité

L’image a du mal à vivre

Mais l’œil est tout l’être

Quand le corps est tout seul

 

Et se confond avec elle

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Note : je précise qu'il conviendrait de ne pas prendre un poème pour la légende d'une photo.

samedi, 02 mai 2015

DANS MON PERISCOPE

 

photographie

Le paysage.

S32.JPG

Ces deux images ne sont pas des sténopés. Elles sont obtenues sans aucun artifice technique, simplement recadrées. 

photographie

 

 

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On entrouvre le vieil homme

Pour exhumer le paradis

Peut-être est-on autorisé

L’enfant ne comprend pas

Il faut que le silence

Impose d’être soi

Quand la vie reprendra

Il pourra respirer à nouveau

Derrière son rideau

Le ciel qu'il façonnait

 

vendredi, 01 mai 2015

DANS MON PERISCOPE

S6.JPG

Ah tiens, on aperçoit une cheminée.

VISUEL.JPG

Ça se précise !CARTE NON POSTALE.JPG

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C’est un peintre sur chemin

Dessinant avec les pieds

L’aube des aventures

Un soleil tangentiel

Eclaire une étendue de blé

Des reliefs légers

A peine est permise une brume

Et plutôt que le clair-obscur 

Le flou du regard