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mercredi, 18 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME.

Dernier épisode de la séquence à la Préfecture de Paris. Maintenant, direction les salons de l'armée allemande. Le gendarme obtempère. Madeleine est prête, suite aux propos de son voisin de banc sur le destin qui l'attend.

« Vous pouvez faire descendre Riffaud ! » Soit dit en passant, "descendre" est le mot qui convient, vu l'avenir promis (qui ne se réalisera pas).

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Elle suit.

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Elle a un petit malheureux geste de résistance, mais pas moyen (mais c'est aussi peut-être la vraie lumière du jour qui blesse ses yeux : voyez l'ombre sur le regard baissé).

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Elle baisse les épaules. Elle ne peut rien. 

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Alors là,  je dois dire que le geste du gendarme me déçoit beaucoup. Est-ce du zèle démonstratif ? De la soumission ? La consigne ? L'application d'une convention tacite ? En tout cas, ce geste pose question.

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Allez ! Embarquez ! Je trouve quand même au gendarme moustachu un air bien penaud, les bras qui tombent mollement.

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Et puis observez ce regard de Madeleine en direction des yeux de son gendarme. J'y vois pour mon compte un grand air de tristesse pleine d'interrogation muette.

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Et puis, ci-dessous, voici la réponse de "son gendarme" : splendide ! Comment ? Ce soldat (les gendarmes font partie de l'armée) ose faire le salut militaire à une petite civile de rien du tout  ?! Mais ça ne se fait pas, brigadier !!!

Est-ce que par hasard,, brigadier, vous ne marqueriez pas l'immense respect ou l'énorme admiration que vous éprouvez dans le fond de vous-même pour ce petit bout de femme qui a démontré aux yeux de tous les témoins oculaires qui l'ont vue, dans les locaux, bondir de rage au point de passer un drôle de savon au mec le plus dégueulasse, le plus puissant et le plus dangereux de toute la Préfecture ? Prendre le commandement des opérations pour tenter de sauver une femme enceinte, une "youpine" (dixit commissaire David) ? C'est cette image, brigadier, que je veux garder de votre présence tout au long de cette séquence. Une présence tour à tour active et passive, mais un regard et une écoute de tous les instants des événements. Et finalement un incroyable personnage, comme une preuve de l'ambiguïté radicale de la situation où l'Occupation a plongé nombre de serviteurs de l'Etat.

Ci-dessous l'extraordinaire salut militaire réglementaire que l'on se fait — entre soldats ! — en signe de respect.

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Et regardez l'horrible solitude du gendarme anonyme, écrasé, minuscule dans le décor immense et déjà lointain, presque inexistant, quand il voit s'éloigner la voiture transportant une prisonnière qu'il est convaincu qu'elle n'en a plus pour longtemps à vivre.

***

FIN DE MON FEUILLETON "MADELEINE RIFFAUD ET SON GENDARME".

***

Je n'ai pas demandé à Morvan et Bertail l'autorisation de m'attarder à ce point sur cette séquence de leur pavé biographique autant qu'autobiographique. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas trop. C'est une séquence très courte après tout : elle occupe de la page 23 à la 33 du troisième volume de l'histoire de cette femme. Chacun des volumes fait environ 120 pages, faites le calcul. 

L'intérêt particulier de la séquence ne m'a pas sauté aux yeux au premier abord : c'est vrai ça, qu'est-ce qu'il fait là, ce flic sans nom qui ne dit presque rien ? Qui agit à peine ? Qui obéit aux ordres et qui applique la consigne sans hésiter ?

En fait, ce qui a fini par m'apparaître, c'est une sorte d'échantillon de toutes les attitudes qui se présentaient au sein de la population française sous l'Occupation : il y a ceux qu'on ne verra jamais dans ces locaux : d'une certaine manière, ils ont peur, ils veulent manger, ils ne veulent pas d'ennuis, ils ont une famille etc. Rien de franchement condamnable dans le fond, sinon une certaine lâcheté. Et puis il y a toute la guirlande des "pour" et des "contre", de la pleine participation active et féroce à la doctrine nazie aux petit gestes quotidiens de résistance au désespoir, du sinistre David jusqu'à la plénitude de la révolte de Madeleine Riffaud (passée tout près de la mort), en passant par tous les grades de suspects et de "coupables", mêlés de près ou de loin aux activités "anti-allemandes".

 

C'est aux relectures successives que la force de l'ensemble de l'épisode m'est apparue dans toute sa profondeur potentielle. Dans tout l'espace de ce qui n'y était pas raconté, mais puissamment suggéré, voire montré. J'ai fini par lire l'épisode à travers les yeux du gendarme et de ce que j'imaginais qu'il pouvait penser.

***

JEAN-DAVID MORVAN ET DOMINIQUE BERTAIL, en captant, puis en façonnant sous forme d'un récit puissamment illustré les éléments principaux, mais aussi des détails presque imperceptibles de sa propre existence livrés très longuement et de façon détaillée par MADELEINE RIFFAUD en personne, ont entrepris d'édifier un monument qui, une fois achevé, s'élèvera à l'altitude de l'entièreté de l'existence d'une femme hors du commun.

Si je devais m'adresser au trio des auteurs pour décrire ce que j'éprouve tout au bout de ces relectures, je leur dirais que l'ensemble du récit, pour tout un tas de raisons que je n'ai pas envie d'analyser, ME PORTE DE L'INTÉRIEUR. 

 

mardi, 17 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME.

L'essentiel du présent épisode consiste, si l'on peut dire, en une drôle de conversation entre deux personnes pareillement mises en détention pour des raisons un peu différentes, mais semblables sur le fond. 

Le gendarme est toujours là, à garder l'œil sur sa prisonnière (la consigne, c'est la consigne), pendant qu'elle fait un brin de toilette après ses "conversations" musclées avec la milice et le sinistre commissaire David, dont le destin est désormais scellé (voir épisode précédent). 

Avant d'en venir au dialogue, il est indispensable de faire état des réflexions que Madeleine conduit sur les destins des serviteurs de Pétain et de l'Allemagne nazie. Ce n'est plus la résistante qui parle, c'est la future militante syndicale et anticolonialiste (quatre, cinq ou six volumes encore prévus par les auteurs Morvan et Bertail) : elle semble envisager ici les combats qu'elle s'apprête à livrer pour des raisons qui lui apparaîtront plus grandes que sa petite personne. On se situe évidemment après que le commissaire David est passé devant le peloton d'exécution.

« La plupart de ses subordonnés ont eu le choix, eux. »

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« Punir les personnes pour leurs actes ignobles en leur proposant d'aller faire les mêmes ailleurs, c'est d'un cynisme confondant. »

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« Soit neuf ans de forteresse, soit s'engager dans le corps expéditionnaire et s'en aller mater les résistants anticolonialistes en Indochine. »

Le gendarme reste d'une grande discrétion.

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« D'autant que certains de ces hommes seront ensuite envoyés en Algérie avant de s'exiler en Argentine... »

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« ... exportant ainsi les méthodes françaises de quadrillage du territoire et d'interrogatoire au profit de la dictature. »

Notez la repose des menottes (c'est la consigne), avec peut-être un petit pincement dans le cœur du flic, mais aussi le refus de Madeleine de regarder son gendarme dans les yeux. Après tout, les ordres auxquels il obéit viennent de l'ennemi.

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Retour dans la salle de détention collective. 

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Le gendarme se tient droit à son poste. Mais zyeutez un peu le gars à la gueule amochée, au nez cassé et habillé d'une casquette et d'un marcel. C'est de lui qu'il s'agit. Suivons ses échanges avec Madeleine, dont je n'imagine pas une seconde que le gendarme perde un seul mot. En tout cas, dans le récit de Bertail, Morvan et Riffaud, rien ne transpire de ce qu'il a enregistré : de toute évidence, ce n'est pas un "donneur". 

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« Ah, c'est toi Rainer. — ?! »

Je rappelle que "Rainer" est le nom de code choisi par Madeleine Riffaud dans la clandestinité, en référence et révérence au grand poète allemand, auteur des inoubliables Elégies de Duino, des Cahiers de Malte Laurids Brigge, du Roi Bohusch, et de tant d'autres chefs d'œuvre.

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«Vous devez vous tromper de personne. »

Toujours la prudence et la méfiance en terrain inconnu, c'est élémentaire.

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« Te bile pas, je viens de me faire alpaguer sur un coup de pas de bol, mais je sais très bien qui tu es. »

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« Je suis le responsable régional de ton réseau... »

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« Quel réseau, je ... ? » Ah, cette prudence, apprise par cœur dans le petit peuple des clandestins.

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« Je vais te dire une chose : tu as de la chance. — Vous trouvez ? »

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« Tu vas être fusillée. — !!! »

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« Je ne flancherai pas. — Je sais bien, et crois-moi, on  fera de toi une héroïne, pour avoir tué cet Allemand. »

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« Tu auras des plaques de rue à ton nom. On fera gros. » « Mais si tu n'avais pas été arrêtée, tu te serais fait engueuler de première. » Et puis l'autre gendarme interrompt la discussion. Celui de Madeleine (le moustachu) n'a rien dit, mais il a tout entendu, ce n'est pas posssibe autrement.

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« C'était pas à toi de le faire.» « Tu a mis la hiérarchie en rogne. »

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« J'avais pas le choix, moi ! » Ben oui, quoi, on lui avait tué son Picpus, bon sang ! Seule réponse possible.

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Fin du quatrième épisode.

lundi, 16 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME.

Deux thèmes se partagent ce troisième épisode de mon petti feuilleton, dont j'espère qu'on excusera la longueur. 

1 - La démonstration implacable des qualités humaines des personnels engagés aux côtés des nazis pendant l'Occupation (les miliciens en général et en particulier les membres de la "Brigade Spéciale" commandée par le commissaire divisionnaire David) et la hauteur de vue de leur sombre conception des relations humaines qu'il convient d'entretenir avec ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis jurés.

2 - La démonstration éclatante des qualités d'authentique noblesse et de l'immense force de caractère d'une gamine de vingt ans à peine qui, face à l'intolérable, s'insurge, se révolte et se lance bille en tête dans l'action, jusqu'à prendre le commandement des opérations dans la partie de la Préfecture où les prisonniers sont confinés. Une stupéfiante prise de commandement, à laquelle le plus stupéfiant est la soumission de tous les acteurs en cause. Y compris de la part des salopards antisémites (quelles qu'en soient les conséquences pour elle). Jusqu'à domestiquer le gendarme moustachu auquel elle a été confiée. 

Le début de l'action se passe dans une pièce voisine. pas besoin de commentaire.

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Voyant cela, Madeleine bondit en hurlant et se précipite, sous le regard ébahi du brigadier qui hésite à s'opposer au geste.

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Elle n'hésite pas à bousculer, elle, celle que son héros Tagrine qualifiera plus tard de "fillette", le milicien massif qui commet des horreurs aux dépens d'une femme enceinte qui aggrave son cas du fait de sa judéité. 

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Et voilà, à partir de maintenant, c'est elle qui donne les ordres. Les méchants se le tiennent pour dit.

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Apprentie infirmière, elle donne les consignes. Et observez au premier plan le képi de la personne qui entend l'ordre

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Et regardez-le, le gendarme qui court avec la bassine exigée par cette gamine qui a pris les choses en main.

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« Ça aura été mon premier et mon dernier acte de sage-femme, de prendre dans mes mains ce petit enfant des prisons. Il est né, oui, mais déjà mort. C'était un garçon, j'ai coupé le cordon avec le canif de mon gendarme. » Ah, cette formule : "mon gendarme" ! Elle a senti qu'elle avait un allié dans la place.

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« Son corps était entièrement noir d'ecchymoses, à cause des coups de pied. »

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«La femme était en hémorragie, je ne pouvais aps la laisser mourir comme ça, sur le carrelage. »

« Il faut l'envoyer aux urgences ! », ajoute-t-elle en regardant "son" gendarme.

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Le gendarme est prêt à s'exécuter. Le milicien Candas, pour dire quelque-chose : « Le commissaire David ne voudra jamais. De toute façon, il ne veut pas être dérangé à cette heure. » Sans doute quelque urgence à traiter.

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Nouvelle colère bouillonnante de Madeleine : elle fait irruption dans le bureau et interpelle violemment le commissaire, très occupé, comme on le constate.

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« Je vais vous dire une bonne choe, les Alliés arrivent et vous allez devoir rendre compte de vos actes. »

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Et elle poursuit : « Quand le pouvoir aura changé de camp, tous ceux qui sont là, dans le couloir, ils vont vous charger. »

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Mais il n'en a pas fini avec l'emmerdeuse : « Mais peut-être que si vous sauvez cette pauvre femme, vous aurez droit à des circonstances atténuantes. » D'abord paralysé par l'intrusion et le discours enflammé de Madeleine, le commissaire reprend un peu  son sang-froid et cherche quelque-chose dans son tiroir.

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Il a trouvé, c'est un gros nerf de bœuf, dont il se sert aussitôt : « Tu te prends pour qui, à venir me faire la morale dans mon bureau à cette heure, toi ?! ». Notons qu'il a un piètre sens de la réplique.

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« Frappez si ça vous fait plaisir. — Mais ferme ta grande gueule, ça nous fera des vacances ! »

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Un dernier coup rageur.

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Ici, une voix s'élève : « Amenez le brancard, vite ! » Vous croyez que c'est le commissaire, qui tiendrait à montrer qu'il lui reste un fond d'humanité ??? Moi, j'ai plutôt tendance à entendre ces mots sortir de la bouche d'un homme qui porte un képi. Pas vous ?

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Car c'est le képi qui prend les commandes : « On se coordonne. 1... 2... 3 ! »

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Le commissaire, qui veut à tout prix avoir le dernier mot : « Et toi, Riffaud, ne va pas croire que j'ai obéi à ton ordre. Virez-moi ces deux youpins. » Mais si, commissaire David, c'est bien vous qui vous êtes plié à la volonté émanée de la bouche de l'indomptable !

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Ultime commentaire de l'épisode : « Lors de son procès à la Libération, lui qui se présentait comme un simple fonctionnaire obéissant aux ordres a été condamné à mort. »

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dimanche, 15 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

.... ET SON GENDARME

Tout ce feuilleton se déroule dans l'enceinte de la Préfecture de Paris. (volume III de l'énorme biographie réalisée par Morvan et Bertail). Madeleine a été placée sous la surveillance d'un gendarme moustachu qui laisse à peine transparaître ses impressions réelles et profondes, mais que le lecteur voit accomplir un certain nombre de gestes qui dépassent légèrement le cadre de son service, au point parfois qu'on se demande ce qui le pousse.

Le présent épisode se déroule aux pages 24 et 26 (la page 25 servant d'interlude) de l'extraordinaire aventure vécue et racontée à Jean-David Morvan et Dominique Bertail par Madeleine Riffaud. L'épisode met en scène un sous-fifre de la "Brigade Spéciale", qui s'y connaît déjà pas mal cependant en procédés de torture, de chantage et d'intimidation pour faire flancher la résistance mentale des prisonniers et les amener à se mettre à table. Je vous présente un bel exemplaire de milicien : il s'appelle Candas.

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« Hé, Riffaud, puisque tu ne veux pas nous dire qui est ton chef ...»

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« ... on a trouvé quelqu'un qui sera peut-être plus causant ... »

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« ... ton père ! »

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Un hurlement de douleur, et puis : « Papa ... », c'est tout ce qu'elle peut dire. Mais à ce moment, le flic à qui elle a été confiée fait un drôle de geste, un peu inattendu dans le strict cadre de son service. Essayez de deviner, tiens.

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Le brave planton obéit à son supérieur, qui en profite semble-t-il pour s'esquiver, aller pisser ou quelque autre raison.

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... pendant que la pauvre Madeleine est effondrée sur son banc.

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Et puis le supérieur rapplique et fait signe à l'autre de dégager.

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Il attend que l'autre soit hors de portée de voix et, sans s'adresser à personne en particulier, on l'entend prononcer ces paroles.

 

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Le voilà, l'instant qui explique toute la démarche du flic, qui garde sa position impassible et proprement militaire : « Candas t'a menti, ils n'ont pas ton père. » Personne ne l'a obligé à aller ainsi aux renseignements. Il a fait ça de sa propre initiative. On se demande pourquoi, non ?

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Ce n'est presque rien, seulement une information, mais pas n'importe laquelle : celle qui vient sauver Madeleine du désespoir absolu. Alors Madeleine peut enfin s'étendre sur son banc, le cœur serein, et s'endormir du sommeil du juste : « Ça faisait six jours que j'étais là, et c'est la première fois que j'ai pu vraiment dormir. J'avais l'impression que rien ne pourrait me réveiller. »

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Fin du deuxième épisode.

***

Ce que je trouve proprement génial dans cette séquence, c'est qu'elle se présente quasiment comme une histoire sans paroles, juste : « On a ton père. » Et puis : « Non, ils n'ont pas ton père. » Soit dit en passant, on lit en filigrane : « Faut pas confondre. Eux, c'est eux ! Nous, c'est nous ! » Quelques mots, quelques gestes, et le tour est joué. Du grand art. Bravissimo, et Mercissimo, les compères Morvan et Bertail : vous êtes formidables ! 

samedi, 14 février 2026

MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...

... ET SON GENDARME (épisode 1).

Madeleine Riffaud, cette femme d'exception qui est décédée en 2024 (âgée de 100 ans), vient de tuer un Hauptsturmführer sur le pont de Solférino. « J'avais pas le choix, moi ! » dira-t-elle plus tard. Tu parles qu'elle aurait eu le choix ! Un officier nazi venait de lui tuer sous ses yeux son "Picpus", un mec en or qui n'avait peur de rien. Malheureusement, une voiture de la police de Vichy a assisté au geste et la rejoint sans peine pour l'amener direct à la Préfecture,  juste sous les tours de Notre-Dame de Paris. Elle a visiblement reçu des coups, et pas des tendres. Voici la première image de cette histoire. C'est le milicien qui s'adresse au brigadier en fonction : « Brigadier, je vous la confie. » Le gendarme salue le milicien.

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Visez bien la bobine du gendarme : il s'appelle "Untel", ça peut être n'importe qui. Le gars qu'on voit au second plan, c'est le commissaire divisionnaire David. Il dirige la "Brigade Spéciale", un service entièrement français que les nazi admirent, sans doute pour l' "efficacité" des "méthodes" qu'ils déploient dans l'accomplissement leurs "missions".

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Madeleine est menottée. Elle n'a pas le moral. Le flic est là : il fait son boulot.

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Madeleine est épuisée. Le gendarme farfouille dans sa musette.

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Il en tire son casse-croûte. Mais qu'est-ce qu'il fabrique, le gendarme ? Il jette un regard à sa prisonnière, et prend un gros morceau de son sandwich !?

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Qu'est-ce qu'il fait ? Il lui donne le morceau.

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Elle mange un peu. Le gendarme reste dans une attitude en apparence indifférente.

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Alors elle peut dormir un peu, mais ici, on peut être réveillé par les cris de gens qu'on torture.

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Le gendarme continue a obéir aux ordres : il ne réagit pas, du moins de façon visible, même s'il serre les poings en fronçant les sourcils comme si quelque chose le chiffonnait.

Fin du premier épisode.

lundi, 24 novembre 2025

MADELEINE RIFFAUD

Bien difficile de s'arracher à la fascination suscitée par l'histoire de Madeleine Riffaud sous la plume de Jean-David Morvan. C'est lui qui a transcrit puis agencé les propos de cette femme incroyable qui lui a raconté sa vie mouvementée. Dominique Bertail, de son côté, s'est efforcé de restituer visuellement toutes les péripéties qui composent le récit. La réussite du tandem est éclatante. Je devrais plutôt dire le trio car ce sont bien les trois noms qui figurent au bas de la page non paginée qui montre Paul Eluard ouvrant de grands yeux en découvrant les poèmes de Madeleine Riffaud. 

Le volume 4 clôt la période de la Résistance, qui voit Madeleine agir, tuer à chaud mais aussi de sang-froid, mais aussi perdre des camarades auxquels elle tenait beaucoup. Dans les dernières pages, avant de passer à la suite (« Vous avez de la chance, je n'ai plus rien d'autre à faire », dit-elle au soldat américain qui se présente comme étant Sammy Davis junior), elle retourne chercher ses affaires dans le meublé où elle logeait. Hélas, le tenancier, qui a une tête à la Jean-Louis Barrault, la tenait pour morte et a loué sa chambre et rassemblé ses biens dans une malle. Quand elle s'en va, ayant récupéré quelques précieuses et pauvres choses, le bonhomme enjoint dans les termes ci-dessous un soldat de prendre une photo (j'ai agrandi la réplique).

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Il s'exécute. Voici ce que ça donne.

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 Photo prise rue du Sommerard (non loin du musée de Cluny) le 26 août 1944. Qui oserait dire qu'elle n'est pas magnifique (je parle de la photo, qu'avez-vous failli penser ?) ?

Vous dites 26 août ? Non mais vous le faites exprès ? Le jour même de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen !!!

samedi, 22 novembre 2025

SOUS L'HOMMAGE A MADELEINE RIFFAUD ...

... UN DISCRET HOMMAGE A HERGÉ.

Elle est morte il y a un peu plus d'un an (6 novembre 2024), à l'âge de 100 ans. Quand elle a raconté sa vie à Morvan (scénariste) et Bertail (dessinateur), elle fumait toujours son cigare et buvait son whisky comme une grande. L'image ci-dessous se trouve à la page 74 du quatrième volume de la biographie de cette femme d'exception au caractère inflexible.

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Et voilà-t-y pas que mon sang ne fait qu'un tour. Que vois-je dans un coin de la vignette, à gauche de notre héroïne ? La réplique du portrait de madame Clairmont ! Mais si, rappelez-vous : c'était dans Les Sept boules de cristal, à la page 8, juste au moment du numéro de Ragdalam, le fakir accompagné de la voyante madame Yamilah, quand celle-ci annonce à la dame la terrible maladie qui vient de s'abattre sur son mari, le cinéaste de l'expédition Sanders-Hardmuth dans les Andes. On reconnaît ici la malédiction de Rascar Capac. Bertail a même gardé le col cassé du type assis derrière.

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Je n'ai pas essayé de trouver d'autres facéties d'auteur : celle-ci (qui m'a sauté aux yeux) n'est déjà pas mauvaise. Merci messieurs.

***

Billet du 9 novembre 2024.