mardi, 17 février 2026
MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...
... ET SON GENDARME.
L'essentiel du présent épisode consiste, si l'on peut dire, en une drôle de conversation entre deux personnes pareillement mises en détention pour des raisons un peu différentes, mais semblables sur le fond.
Le gendarme est toujours là, à garder l'œil sur sa prisonnière (la consigne, c'est la consigne), pendant qu'elle fait un brin de toilette après ses "conversations" musclées avec la milice et le sinistre commissaire David, dont le destin est désormais scellé (voir épisode précédent).
Avant d'en venir au dialogue, il est indispensable de faire état des réflexions que Madeleine conduit sur les destins des serviteurs de Pétain et de l'Allemagne nazie. Ce n'est plus la résistante qui parle, c'est la future militante syndicale et anticolonialiste (quatre, cinq ou six volumes encore prévus par les auteurs Morvan et Bertail) : elle semble envisager ici les combats qu'elle s'apprête à livrer pour des raisons qui lui apparaîtront plus grandes que sa petite personne. On se situe évidemment après que le commissaire David est passé devant le peloton d'exécution.
« La plupart de ses subordonnés ont eu le choix, eux. »

« Punir les personnes pour leurs actes ignobles en leur proposant d'aller faire les mêmes ailleurs, c'est d'un cynisme confondant. »

« Soit neuf ans de forteresse, soit s'engager dans le corps expéditionnaire et s'en aller mater les résistants anticolonialistes en Indochine. »
Le gendarme reste d'une grande discrétion.

« D'autant que certains de ces hommes seront ensuite envoyés en Algérie avant de s'exiler en Argentine... »

« ... exportant ainsi les méthodes françaises de quadrillage du territoire et d'interrogatoire au profit de la dictature. »
Notez la repose des menottes (c'est la consigne), avec peut-être un petit pincement dans le cœur du flic, mais aussi le refus de Madeleine de regarder son gendarme dans les yeux. Après tout, les ordres auxquels il obéit viennent de l'ennemi.

Retour dans la salle de détention collective.

Le gendarme se tient droit à son poste. Mais zyeutez un peu le gars à la gueule amochée, au nez cassé et habillé d'une casquette et d'un marcel. C'est de lui qu'il s'agit. Suivons ses échanges avec Madeleine, dont je n'imagine pas une seconde que le gendarme perde un seul mot. En tout cas, dans le récit de Bertail, Morvan et Riffaud, rien ne transpire de ce qu'il a enregistré : de toute évidence, ce n'est pas un "donneur".

« Ah, c'est toi Rainer. — ?! »
Je rappelle que "Rainer" est le nom de code choisi par Madeleine Riffaud dans la clandestinité, en référence et révérence au grand poète allemand, auteur des inoubliables Elégies de Duino, des Cahiers de Malte Laurids Brigge, du Roi Bohusch, et de tant d'autres chefs d'œuvre.

«Vous devez vous tromper de personne. »
Toujours la prudence et la méfiance en terrain inconnu, c'est élémentaire.

« Te bile pas, je viens de me faire alpaguer sur un coup de pas de bol, mais je sais très bien qui tu es. »

« Je suis le responsable régional de ton réseau... »

« Quel réseau, je ... ? » Ah, cette prudence, apprise par cœur dans le petit peuple des clandestins.

« Je vais te dire une chose : tu as de la chance. — Vous trouvez ? »

« Tu vas être fusillée. — !!! »

« Je ne flancherai pas. — Je sais bien, et crois-moi, on fera de toi une héroïne, pour avoir tué cet Allemand. »

« Tu auras des plaques de rue à ton nom. On fera gros. » « Mais si tu n'avais pas été arrêtée, tu te serais fait engueuler de première. » Et puis l'autre gendarme interrompt la discussion. Celui de Madeleine (le moustachu) n'a rien dit, mais il a tout entendu, ce n'est pas posssibe autrement.

« C'était pas à toi de le faire.» « Tu a mis la hiérarchie en rogne. »

« J'avais pas le choix, moi ! » Ben oui, quoi, on lui avait tué son Picpus, bon sang ! Seule réponse possible.

Fin du quatrième épisode.
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lundi, 16 février 2026
MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...
... ET SON GENDARME.
Deux thèmes se partagent ce troisième épisode de mon petti feuilleton, dont j'espère qu'on excusera la longueur.
1 - La démonstration implacable des qualités humaines des personnels engagés aux côtés des nazis pendant l'Occupation (les miliciens en général et en particulier les membres de la "Brigade Spéciale" commandée par le commissaire divisionnaire David) et la hauteur de vue de leur sombre conception des relations humaines qu'il convient d'entretenir avec ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis jurés.
2 - La démonstration éclatante des qualités d'authentique noblesse et de l'immense force de caractère d'une gamine de vingt ans à peine qui, face à l'intolérable, s'insurge, se révolte et se lance bille en tête dans l'action, jusqu'à prendre le commandement des opérations dans la partie de la Préfecture où les prisonniers sont confinés. Une stupéfiante prise de commandement, à laquelle le plus stupéfiant est la soumission de tous les acteurs en cause. Y compris de la part des salopards antisémites (quelles qu'en soient les conséquences pour elle). Jusqu'à domestiquer le gendarme moustachu auquel elle a été confiée.
Le début de l'action se passe dans une pièce voisine. pas besoin de commentaire.

Voyant cela, Madeleine bondit en hurlant et se précipite, sous le regard ébahi du brigadier qui hésite à s'opposer au geste.

Elle n'hésite pas à bousculer, elle, celle que son héros Tagrine qualifiera plus tard de "fillette", le milicien massif qui commet des horreurs aux dépens d'une femme enceinte qui aggrave son cas du fait de sa judéité.

Et voilà, à partir de maintenant, c'est elle qui donne les ordres. Les méchants se le tiennent pour dit.

Apprentie infirmière, elle donne les consignes. Et observez au premier plan le képi de la personne qui entend l'ordre

Et regardez-le, le gendarme qui court avec la bassine exigée par cette gamine qui a pris les choses en main.

« Ça aura été mon premier et mon dernier acte de sage-femme, de prendre dans mes mains ce petit enfant des prisons. Il est né, oui, mais déjà mort. C'était un garçon, j'ai coupé le cordon avec le canif de mon gendarme. » Ah, cette formule : "mon gendarme" ! Elle a senti qu'elle avait un allié dans la place.

« Son corps était entièrement noir d'ecchymoses, à cause des coups de pied. »

«La femme était en hémorragie, je ne pouvais aps la laisser mourir comme ça, sur le carrelage. »
« Il faut l'envoyer aux urgences ! », ajoute-t-elle en regardant "son" gendarme.

Le gendarme est prêt à s'exécuter. Le milicien Candas, pour dire quelque-chose : « Le commissaire David ne voudra jamais. De toute façon, il ne veut pas être dérangé à cette heure. » Sans doute quelque urgence à traiter.

Nouvelle colère bouillonnante de Madeleine : elle fait irruption dans le bureau et interpelle violemment le commissaire, très occupé, comme on le constate.

« Je vais vous dire une bonne choe, les Alliés arrivent et vous allez devoir rendre compte de vos actes. »

Et elle poursuit : « Quand le pouvoir aura changé de camp, tous ceux qui sont là, dans le couloir, ils vont vous charger. »

Mais il n'en a pas fini avec l'emmerdeuse : « Mais peut-être que si vous sauvez cette pauvre femme, vous aurez droit à des circonstances atténuantes. » D'abord paralysé par l'intrusion et le discours enflammé de Madeleine, le commissaire reprend un peu son sang-froid et cherche quelque-chose dans son tiroir.

Il a trouvé, c'est un gros nerf de bœuf, dont il se sert aussitôt : « Tu te prends pour qui, à venir me faire la morale dans mon bureau à cette heure, toi ?! ». Notons qu'il a un piètre sens de la réplique.

« Frappez si ça vous fait plaisir. — Mais ferme ta grande gueule, ça nous fera des vacances ! »

Un dernier coup rageur.

Ici, une voix s'élève : « Amenez le brancard, vite ! » Vous croyez que c'est le commissaire, qui tiendrait à montrer qu'il lui reste un fond d'humanité ??? Moi, j'ai plutôt tendance à entendre ces mots sortir de la bouche d'un homme qui porte un képi. Pas vous ?

Car c'est le képi qui prend les commandes : « On se coordonne. 1... 2... 3 ! »

Le commissaire, qui veut à tout prix avoir le dernier mot : « Et toi, Riffaud, ne va pas croire que j'ai obéi à ton ordre. Virez-moi ces deux youpins. » Mais si, commissaire David, c'est bien vous qui vous êtes plié à la volonté émanée de la bouche de l'indomptable !

Ultime commentaire de l'épisode : « Lors de son procès à la Libération, lui qui se présentait comme un simple fonctionnaire obéissant aux ordres a été condamné à mort. »

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dimanche, 15 février 2026
MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...
.... ET SON GENDARME
Tout ce feuilleton se déroule dans l'enceinte de la Préfecture de Paris. (volume III de l'énorme biographie réalisée par Morvan et Bertail). Madeleine a été placée sous la surveillance d'un gendarme moustachu qui laisse à peine transparaître ses impressions réelles et profondes, mais que le lecteur voit accomplir un certain nombre de gestes qui dépassent légèrement le cadre de son service, au point parfois qu'on se demande ce qui le pousse.
Le présent épisode se déroule aux pages 24 et 26 (la page 25 servant d'interlude) de l'extraordinaire aventure vécue et racontée à Jean-David Morvan et Dominique Bertail par Madeleine Riffaud. L'épisode met en scène un sous-fifre de la "Brigade Spéciale", qui s'y connaît déjà pas mal cependant en procédés de torture, de chantage et d'intimidation pour faire flancher la résistance mentale des prisonniers et les amener à se mettre à table. Je vous présente un bel exemplaire de milicien : il s'appelle Candas.

« Hé, Riffaud, puisque tu ne veux pas nous dire qui est ton chef ...»

« ... on a trouvé quelqu'un qui sera peut-être plus causant ... »

« ... ton père ! »


Un hurlement de douleur, et puis : « Papa ... », c'est tout ce qu'elle peut dire. Mais à ce moment, le flic à qui elle a été confiée fait un drôle de geste, un peu inattendu dans le strict cadre de son service. Essayez de deviner, tiens.

Le brave planton obéit à son supérieur, qui en profite semble-t-il pour s'esquiver, aller pisser ou quelque autre raison.

... pendant que la pauvre Madeleine est effondrée sur son banc.

Et puis le supérieur rapplique et fait signe à l'autre de dégager.

Il attend que l'autre soit hors de portée de voix et, sans s'adresser à personne en particulier, on l'entend prononcer ces paroles.

Le voilà, l'instant qui explique toute la démarche du flic, qui garde sa position impassible et proprement militaire : « Candas t'a menti, ils n'ont pas ton père. » Personne ne l'a obligé à aller ainsi aux renseignements. Il a fait ça de sa propre initiative. On se demande pourquoi, non ?

Ce n'est presque rien, seulement une information, mais pas n'importe laquelle : celle qui vient sauver Madeleine du désespoir absolu. Alors Madeleine peut enfin s'étendre sur son banc, le cœur serein, et s'endormir du sommeil du juste : « Ça faisait six jours que j'étais là, et c'est la première fois que j'ai pu vraiment dormir. J'avais l'impression que rien ne pourrait me réveiller. »


Fin du deuxième épisode.
***
Ce que je trouve proprement génial dans cette séquence, c'est qu'elle se présente quasiment comme une histoire sans paroles, juste : « On a ton père. » Et puis : « Non, ils n'ont pas ton père. » Soit dit en passant, on lit en filigrane : « Faut pas confondre. Eux, c'est eux ! Nous, c'est nous ! » Quelques mots, quelques gestes, et le tour est joué. Du grand art. Bravissimo, et Mercissimo, les compères Morvan et Bertail : vous êtes formidables !
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samedi, 14 février 2026
MON FEUILLETON MADELEINE RIFFAUD ...
... ET SON GENDARME (épisode 1).
Madeleine Riffaud, cette femme d'exception qui est décédée en 2024 (âgée de 100 ans), vient de tuer un Hauptsturmführer sur le pont de Solférino. « J'avais pas le choix, moi ! » dira-t-elle plus tard. Tu parles qu'elle aurait eu le choix ! Un officier nazi venait de lui tuer sous ses yeux son "Picpus", un mec en or qui n'avait peur de rien. Malheureusement, une voiture de la police de Vichy a assisté au geste et la rejoint sans peine pour l'amener direct à la Préfecture, juste sous les tours de Notre-Dame de Paris. Elle a visiblement reçu des coups, et pas des tendres. Voici la première image de cette histoire. C'est le milicien qui s'adresse au brigadier en fonction : « Brigadier, je vous la confie. » Le gendarme salue le milicien.

Visez bien la bobine du gendarme : il s'appelle "Untel", ça peut être n'importe qui. Le gars qu'on voit au second plan, c'est le commissaire divisionnaire David. Il dirige la "Brigade Spéciale", un service entièrement français que les nazi admirent, sans doute pour l' "efficacité" des "méthodes" qu'ils déploient dans l'accomplissement leurs "missions".

Madeleine est menottée. Elle n'a pas le moral. Le flic est là : il fait son boulot.

Madeleine est épuisée. Le gendarme farfouille dans sa musette.

Il en tire son casse-croûte. Mais qu'est-ce qu'il fabrique, le gendarme ? Il jette un regard à sa prisonnière, et prend un gros morceau de son sandwich !?

Qu'est-ce qu'il fait ? Il lui donne le morceau.

Elle mange un peu. Le gendarme reste dans une attitude en apparence indifférente.

Alors elle peut dormir un peu, mais ici, on peut être réveillé par les cris de gens qu'on torture.


Le gendarme continue a obéir aux ordres : il ne réagit pas, du moins de façon visible, même s'il serre les poings en fronçant les sourcils comme si quelque chose le chiffonnait.
Fin du premier épisode.
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