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mardi, 26 décembre 2017

1-LA PLANÈTE DES RICHES

Des nouvelles de l'état du monde (13).

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Contre les inégalités, mais lesquelles ?

Le monde va de mieux en mieux. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Laurent Joffrin dans un éditorial du « journal » Libération, vous savez, cet organe des rats de la gauche sociétale qui ont quitté le navire de la critique du capitalisme pour la critique des mœurs et la promotion des « libertés individuelles ». Plus personne hormis la gauche gesticulatoire et postillonneuse (qui fait semblant, suivez mon regard) ne s'oppose au système marchand tel qu'il est. Tout le monde a baissé pavillon et admis la conclusion du milliardaire américain Warren Buffett (si ce n'est pas George Soros) après la chute de l'empire soviétique : « Les riches ont gagné la guerre ». Il n'y a plus aucun frein pour modérer la furie de la locomotive de l'argent.

Pour ne pas défunter, pour continuer à croire qu'elle peut se prétendre « degôche », pour s'accrocher à ses rêves vermoulus de lendemains meilleurs, « la gauche » a mis une chemise propre et un accent circonflexe sur son "o", et elle a changé de boussole, de cheval et son fusil d'épaule. Elle est passée de la lutte des classes à la lutte des « identités ». Elle a enfourché la monture des relations entre les gens, entre les sexes, entre les religions. Cette nouvelle « gôche » a continué à traquer la domination, mais une domination mieux circonscrite, plus "ciblée". Elle a cessé de s'attaquer à ceux qui détiennent le vrai pouvoir, je veux parler de l'argent. 

Cette « gôche », aidée en cela par la créativité conceptuelle de sociologues influents (Pierre Bourdieu), a laissé tranquilles les vrais détenteurs du pouvoir, pour s'en prendre à un seul de leurs traits communs : le masculin. L'équation est aveuglante d'évidence et de simplicité : pouvoir = masculin. Un esprit rassis pourrait trouver superflu, voire nuisible d'accoler quelque adjectif qualificatif que ce soit ("masculin" ou autre) au mot "domination", mais on nous dit qu'il s'agit de circonscrire le problème. Grâce à Pierre Bourdieu, voilà qui est fait : on parle donc de "domination masculine". Désormais, fini les grandes remises en question de la puissance en soi des ploutocrates : à n'en pas douter, ce sont des hommes. Dès lors, rien n'est plus important, d'une part, que de déboulonner les statues viriles et, d'autre part, que de « recréer du lien social » et de promouvoir le « vivre ensemble » : c'est plus facile. C'est là qu'il est, le « progressisme », et nulle part ailleurs.

La « gôche » est sociétale, c'est-à-dire cosmétique, inodore et incolore, quoiqu'assez discrètement (en fait, pas tant que ça) autoritaire. Et bien sûr totalement inoffensive en ce qui concerne les vraies causes : la gauche de gauche a avoué sa défaite. Plus personne pour défendre les laborieux. Les syndicats (je devrais dire : les hautes autorités syndicales, parce que la base, elle, ...) ? Ils se sont tellement compromis avec les puissants de l'Etat et de l'Entreprise pour cogérer le système dans une bonne entente au temps des vaches grasses, qu'ils se sont finalement disqualifiés aux yeux de ceux qui triment. Les laborieux sont en réalité laissés à eux-mêmes et au bon plaisir des majestés modernes. Etonnez-vous ensuite qu’ils se laissent enivrer par les senteurs Marine.

La « gôche » a mis en place une vigilance sourcilleuse pour observer comment les individus se comportent avec les autres, et sermonner les récalcitrants qui regimberaient devant la "solidarité", la "tolérance", l'humanitarisme et le multiculturalisme. Les gens de cette "gôche" dévoyée forment les rangs serrés de la police des mœurs. La valeur cardinale et sacrée qui sert de boussole à cette « gôche » est la défense inconditionnelle des « droits des individus » et ce, quelles que puissent être les conditions générales faites par ailleurs aux humains par le dit capitalisme, qui continue comme avant à ratiboiser ce qui survivait, dans les pays industrialisés, des modestes conquêtes des travailleurs (qui ont plus ou moins embourgeoisé la classe ouvrière), et à mettre la planète en coupe réglée.

A cet égard, le rapport sur les inégalités publié par une centaine d’économistes, dont Le Monde rend copieusement compte sur trois jours (15/17 décembre 2017), est sans ambiguïté : les choses s’aggravent diablement. Mais l’économie furieuse d’un marché furieusement dérégulé peut réduire l'individu à ses valeurs marchandes de performance, de productivité et de rentabilité, le « journal » Libération, Laurent Joffrin en tête, estimera que le monde va de mieux en mieux, aussi longtemps que les « droits des individus » ne cesseront de progresser, grâce à la dénonciation méticuleuse de la moindre atteinte à ceux-ci (lutte contre les « discriminations » et les « stigmatisations »), et au zèle de militants associatifs plus vigilants que Cerbère et souvent plus hargneux que Mégère en personne, cette sœur haineuse d’Alecto et Tisiphone.

Un seul mot d'ordre, peut-être inspiré des méthodes éprouvées mises en œuvre par le CRIF : « On ne laisse rien passer ». Sous-entendu : « Il ne faut pas laisser passer la plus petite occasion de faire parler de nous : c'est pour défendre la cause ». Pour cela, veille internet permanente, surveillance des "réseaux sociaux" (touiteur, fesse-bouc, etc ..., comme Gérard Filoche vient d'en faire les frais, sous prétexte d'antisémitisme), chaîne d'alerte, entretien de relais médiatiques : un boulot à plein temps. Quand on fait dans le sociétal, on n'est pas des feignants.

Le « Progrès » se mesure exclusivement, selon eux, au caractère indéfiniment extensible des « libertés individuelles ». Cette extension se mesure à la force, à la virulence et à l'intensité, c'est-à-dire "à l'audience médiatique" des oppositions ("homos" contre "manif pour tous", Charlie Hebdo contre Médiapart, etc.) qui s'efforcent de lui mettre des bâtons dans les roues. Les journalistes courent derrière ce genre de face-à-face comme des ânes derrière la carotte : l'actualité en prend soudain des saveurs moussantes tout à fait roboratives. Pour neutraliser et disqualifier toute velléité d'opposition, la recette est désarmante de simplicité : rebaptisez-la illico du doux nom de « phobie ». Vous êtes femme, juif, handicapé, musulman, homosexuel, noir (rayer les mentions inutiles, ajouter celles qui ne figurent pas), utilisez le mot « phobie » et observez : ça fait taire. C'est le but : faire taire.

Voilà ce que je dis, moi.

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