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jeudi, 28 mai 2015

POUR TEDI PAPAVRAMI 1

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PAPAVRAMI.jpgJe n’ai jamais mis les pieds en Albanie. Je connais fort peu d’Albanais. Un très curieux livre d’un nommé Rexhep Qosja (prononcer Redjep Tchossia, paraît-il), intitulé La Mort me vient de ces yeux-là. TBC EUROPA 1.jpgUne BD d’un nommé TBC, Europa, en deux épisodes, sur quelques mafias venues de par là-bas (on va dire Balkans) : plus brutal, plus noir et plus désespéré, j’imagine que c’est toujours possible, mais. 

Oh, et puis il y a les faits divers : quelques saisies d’héroïne dans les milieux albanais de la banlieue lyonnaise. Et puis un drôle de business, aussi : un immeuble destiné à la démolition dans un quartier en rénovation, squatté par une bande d’Albanais qui « louent » les « logements » à des compatriotes au tarif de 150 € la semaine. Et la police n’a pas le droit d’intervenir tant que personne n’a porté plainte. Mais est-ce qu’un sans-papiers porte plainte ? Ce serait étonnant, non ? Le monde actuel est décidément délicieux. 

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Le Progrès, 27 mai 2015 (p. 10).

Non, l’Albanie, ce n’est pas que ça, faut pas croire. Il y a le grand Ismaïl Kadaré et ses livres, Le Pont aux trois arches, Le Général de l’armée morte, Avril brisé, Les Tambours de la pluie, Qui a ramené Doruntine ?, …. Et puis il y a Tedi Papavrami. Il n’est pas écrivain. Il a quand même écrit un récit autobiographique, à l’incitation des quelques amis conseilleurs. Le livre s’intitule Fugue pour violon seul (éditions Robert Laffont, 2013). 

Ne pas s’attendre à de la littérature. L’ouvrage se veut un témoignage. Car l’Albanie dont il parle est celle d’Enver Hoxha (prononcer Hodja ?), alias « Oncle Enver », l’avatar albanais du « Guide Suprême », l’égal des Staline, Ceaucescu, Pol Pot, à l’échelle d’un pays de 3.300.000 habitants, grand comme la région Poitou-Charente (dixit l’auteur, je n'ai pas vérifié). Je veux dire leur égal dans la folie tyrannique, la joie sanguinaire et la férocité des méthodes policières. 

Le cher homme était même assez atteint pour quitter le Pacte de Varsovie, au grand dam du « Grand-Frère » soviétique, et se brouiller avec l’autre « Grand-Frère » Mao Dze Dong, et transformer son petit pays en forteresse retranchée du reste du monde, derrière ses barbelés. Ceux qui voulaient s’échapper de ce « paradis communiste » avaient tout intérêt à réussir du premier coup. Il va de soi que le niveau de vie et l’état économique et industriel du pays sont tombés plus bas que ceux du Burkina-Faso, ou même du Malawi. Ça explique peut-être les mafias.

Mais Tedi Papavrami n’était pas un gamin ordinaire : il appartient à l’espèce rarissime des enfants prodiges, des génies précoces. Ça ne s’explique pas : c’est comme ça. Lui, c'est le violon. Quelqu’un qui vous aligne aussi net les Caprices de Paganini à neuf ans, vous dites comme Victor Hugo dans William Shakespeare (2, IV, 3) : « A Pégase donné, je ne regarde point la bride. Un chef d’œuvre est de l’hospitalité, j’y entre chapeau bas ; je trouve beau le visage de mon hôte ». Il faut voir comment un gamin de onze ans est capable de vous envoyer dans la figure la Campanella de Paganini, en Grèce en 1982 (cliquez pour 10' 21" d'étonnement, ce n'est pas toujours « propre » dans les sautillés, mais bon). Il a onze ans. Et même pas peur.

J’ai commenté, il y aura bientôt un an (22-24 juin 2014) le livre de Nikolai Grozni, Wunderkind (« enfant prodige »), qui m’avait frappé de saisissement, par la terrible âpreté de l’aventure. Lui, c'était le piano. Le monde bulgare de l'époque soviétique, comme une jungle où n’évoluent que des fauves, qui n’attendent que l’occasion de s’entredéchirer, sous un ciel de pierre, dans un air irrespirable, au fond d'une bassine où bouillonne la noirceur. Un livre absolument glaçant et passionnant, avec au centre un Chopin hissé jusqu'au tragique. 

Avec Papavrami, l’ambiance est plus amène, parfois même pleine d'urbanité. Grozni détestait son père, n’aimait pas trop sa mère. C’était sans doute réciproque. La famille Papavrami, d’origine bourgeoise, est tolérée par le régime communiste, qui lui laisse la maison ancestrale, avec son jardin, ses mandariniers, son mur protecteur, ses souvenirs. Mais c'est une famille solide, à l'ancienne. Une famille, quoi.

L’équilibre, socialement et politiquement, est toutefois instable. Papa travaille au « lycée artistique », dans la section musique, où sa réputation d’excellent pédagogue du violon fait merveille, en même temps qu’elle le protège tant soit peu des rigueurs du régime. C’est simple : tout le monde le respecte, voire le craint.

Il est frustré dans sa carrière depuis la sortie du Pacte de Varsovie, qui l’a obligé à retourner à Tirana avant d’avoir achevé ses études à Vienne (où il a acheté un violon Bergonzi, dans lequel un luthier parisien ne verra plus tard qu'un faux). Mais la famille vit dans une bonne ambiance de tranquillité, dans une maison agréable, avec un jardin clos de murs.

Des privilégiés, somme toute. 

Voilà ce que je dis, moi.

jeudi, 19 février 2015

NID DE GUÊPES

J’ai assisté, je ne sais plus quand, à la projection d’un film intitulé Nid de guêpes. J’ai rarement vu film plus nul : l’escorte policière d’un parrain des mafias albanaises de la drogue qui doit être transféré est obligée de se réfugier dans un entrepôt où quelques petits malfrats (Sami Naceri, entre autres) étaient en train de commettre une belle razzia de matériel informatique, et y subit l’assaut d’une véritable armée de tueurs décidés à libérer par tous les moyens le chef mafieux. Je passe sur le ralliement héroïque des malfrats aux forces de l’ordre dans leur lutte contre le crime organisé (qui ne fait pas dans la dentelle ni ne lésine sur les moyens).

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Pour que nul n’ignore que l’essentiel se passe la nuit, tous les tueurs étaient équipés de lunettes de visée nocturne, qui apparaissent vertes à l’image. Et je n’ai pas compté, mais si on n’en voit pas des centaines se ruer à l’assaut pour, la plupart, se faire étendre pour le compte (mais les cadavres disparaissent miraculeusement du paysage au cours d’une accalmie), mettons que je n’ai pas vu le film. Une épreuve pour le spectateur, resté heureusement à l’épreuve des balles, et sorti avant la fin (ou alors j’ai oublié).

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Pauvre nid de guêpes. C’est si étrange à observer, un nid de guêpes, dans la réalité. Celui-ci était suspendu aux tuiles (à une poutre ?) d’un hangar en plein vent. L’architecte en chef des guêpes avait dû mal calculer la résistance des matériaux : j’imagine que c’est lorsque le maître d’ouvrage a eu l’idée mirifique d’ajouter un étage (en dessous) que l’édifice entier a rompu ses attaches pour venir s’écraser au sol, avec sa cargaison de larves non écloses. Pensez, l’avenir de la nation.

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On surnomme la chélidoine "l'herbe à verrues".

Il fut un temps, paraît-il, au Caire, où des immeubles ainsi conçus s’effondraient sans crier gare sur leurs habitants, soit parce que le promoteur interprétait à son profit les termes du permis de construire pour ajouter quelques étages, soit parce que le fabricant de béton improvisait à sa guise, dans un louable souci d’économie, de nouvelles normes touchant les proportions de ciment et de sable à respecter.

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Toujours est-il que l’édifice cartonné des hyménoptères dont je parle s’est retrouvé par terre, provoquant l’émoi affolé de toute la colonie. Puis l’émoi affolé de la petite collectivité humaine qui vivait à proximité. On eut recours aux moyens les plus énergiques : la menace fut promptement réduite, comme on peut le voir. Laissant admirer la perfection géométrique de chacun des étages de l'immeuble.

 

Plus palpitant que le film.

 

Voilà ce que je dis, moi.