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mardi, 10 juillet 2012

DES GOGUES ET DES GAGS

Pensée du jour : « Le vrai est trop beau ou trop triste pour qu’il ne faille pas lui donner l’air d’une plaisanterie. » ALEXANDRE VIALATTE

 

 

Résumé de l’épisode précédent : une société de masse est une énorme usine à produire de la fiente, de la crotte, de la déjection, de la fèce, de la selle, voire de la scybale ou du fécalome, pour ne rien dire du colombin, du pruneau, du rondin ou de la tartissure.

 

 

Et en même temps, la solution de l’évacuation industrielle de toute cette matière humaine fait disparaître celle-ci aux yeux de tous, au point que, excepté les chiens sur les trottoirs bien aimés de nos villes, nul n’est prêt à offrir en spectacle public son derrière en pleine action expulsatoire, et que chacun prend soin, au contraire, de verrouiller la porte.

 

 

C’est d’ailleurs cette espèce de tabou qui ouvre la voie à quelques joyeux transgresseurs, professionnels ou non. La scatologie, tout le monde sait ce que c’est, et tout le monde a tendance à mépriser. Il n’en a pas toujours été ainsi, et il suffit de se tourner vers RABELAIS ou BEROALDE DE VERVILLE pour se rendre compte que le caca faisait partie du quotidien. La merde faisait partie intégrante de la vie de tous les jours. Le tuyau d'évacuation, l'égout, le collecteur et la station d'épuration ont expédié ce moyen âge dans les poubelles de l'histoire.

 

 

Tout le monde, de nos jours, sait que le Versailles de Louis XIV était dépourvu de toilettes et que toute la cour qui y déambulait baignait dans des arômes qui nous feraient fuir. Je n’ose imaginer ce que cela pouvait être les jours de grande chaleur. Mais au moins, c’était une odeur familière, à laquelle on était bien obligé de s’habituer. Nous sommes devenus hypersensibles. C’est le Tarzan de GOTLIB, dans le n° 1 de L’Echo des savanes (1972), qui le dit : « Hommes civilisés bien délicats ».

 

 

C’est certain : on a fait un chemin prodigieux, depuis Versailles, où les mieux équipés possédaient une « chaise d’affaires », encore appelée « chaise percée » ou « cabinet d’aisance ». Le meuble, qui pouvait être luxueux, couvert de laque du Japon, était rangé dans la « garde-robe », d’où, par métonymie, cette curieuse appellation (« Monsieur est à sa garde-robe »). Au moins, on savait manier les images et les figures de rhétorique.

 

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CHAISE D'AFFAIRE, OBSERVEZ LE STYLE LOUIS XVI

 

Et je ne suis pas remonté aux Romains, qui ne se formalisaient guère de quelque atteinte à la bienséance, et allaient sans façon dans des lieux collectifs, où chacun pouvait, en quelque sorte « faire son trou ».

 

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LE DERNIER SALON OÙ L'ON CAUSE 

 

Aujourd’hui, nous sommes devenus à cet égard d’une pusillanimité presque drôle, et le moindre remugle de toilettes sales nous chatouille les narines désagréablement et nous fait déserter un établissement dont l’installation laisse à désirer pour ce qui est de l’hygiène et de la propreté. J’ai connu une personne qui, quand elle entrait dans un restaurant, n’avait rien de plus pressé que de vérifier l’état des lieux et, en cas de répugnance, de partir en courant. Je l’ai dit : il y a comme du tabou dans la chose. Et ce ne sont pas les directives de la Commission (la grosse ?) Européenne qui vont arranger les choses.

 

 

C’est ce tabou qui permet, par exemple, à COLUCHE de faire hurler de rire son public qui se lâche (« Respirez par le nez, madame ! »), en racontant, dans La Publicité, à sa façon, la « campagne jumelée » des dragées Fuca et d’Ajax WC. Je n’y reviens pas, tout le monde connaît ça par cœur. J’ajoute seulement que le vraiment scato n’arrive qu’à la 6ème minute dans la vidéo Youtube (8’25).

 

 

Moins connue peut-être, une scène du Fantôme de la liberté, de LUIS BUÑUEL. Le cinéaste ne se bouscule pas l’intellect : en bon surréaliste, il se contente d’inverser les perspectives et le code des convenances, un peu comme des ethnologues africains ou amazoniens (formés dans des universités européennes ou européennes, je le note en passant) viennent aujourd’hui étudier les peuplades européennes et leurs coutumes – forcément exotiques en diable, puisqu’elles se sont étendues à toute la planète.

 

 

 

 

Voici la scène en question (pas trop longue) qui, à la reniflée à plusieurs dizaines d’années de distance (1974), sent terriblement son mai 68. J’y vois quant à moi l’extraordinaire et veule facilité du procédé hérité de l’Oulipo, qui consiste à poser comme hypothèse : « Et si on inversait tout ? ». Oui, on peut tout inverser, sauf dans la réalité.

 

 

Avant d’en finir avec ces modestes considérations sur les « matières » et sur les « lieux », je propose un petit détour par le Japon. Ce pays, en effet, est célèbre pour sa vénération profonde des questions d’hygiène, ainsi que pour les recherches poussées qu’il a menées s’agissant des questions d’évacuation.

 

 

 

Commençons par ce  petit film d’animation merveilleusement conçu, destiné à habituer l’enfant à déposer son obole quotidienne dans un lieu réservé à cet effet, mais aussi à consentir à s’en séparer chaque fois à jamais (les psychologues sont passés par là). C'est pédagogique et moderne en diable.

 

 

 

 

Poursuivons avec un aperçu, certes non exhaustif, mais néanmoins pittoresque des toilettes justement renommées qu’on trouve aujourd’hui sur l’archipel, du rustique moderne … 

 

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ET IL FAUT SE TOURNER VERS LE CÔTE INCURVE

 

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ET AVEC LE MODE D'EMPLOI, S'IL VOUS PLAÎT

(y compris la mise en garde contre les pertes d'équilibre) 

 

Jusqu’au dernier cri du « high tech ».

 

 

 

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JUSTE APRES, C'EST LE TABLEAU DE BORD DU CONCORDE 

 

Et pour finir, quelques gags amoureusement concoctés par quelques facétieux nippons, 

 

 

 

 

Qui, comme on le voit, n’hésitent pas, dans certaines occasions, à déployer des moyens logistiques considérables.

 

 

 

 

 

Certains pensent que le Mal n’est pas dans la technique, mais dans l’usage qu’on en fait. Ils oublient que le drôle peut faire partie des acquis de la technique. Bon, c'est vrai que ça va un moment, pas trop plus. On n'est pas obligé d'y passer autant d'heures que les types qui ont imaginé et réalisé tout ça. Au fond, la technique n’a pas que des mauvais côtés et offre parfois quelque menue compensation.

 

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

 

dimanche, 08 juillet 2012

DES GOG ET DES MAGOG

Alors il semblerait que je n’aie fait qu’effleurer le sujet dans un récent billet. Quelques esprits avisés m’ont incité à le développer. Il était, si je me souviens bien, entre parenthèses. Je m’y efforçais de célébrer « les lieux », cet endroit où l’être humain « civilisé » (paraît-il) s’enferme pour méditer pendant qu’il se livre à des expulsions nécessaires, activité tenue en piètre estime par le commun des mortels.

 

 

Injustement sans doute, si j’en crois le santon acheté voilà quelques années : admirez les lignes, les couleurs, le modelé, la position. Et il tient en équilibre. Encore bravo à l’ingénieux et audacieux sculpteur, qui a tâché vaillamment de rendre un peu de lustre à cette fonction humaine, à laquelle nul ne saurait se soustraire sans dommages ou lésions.

SANTON CHIEUR.JPG 

JE VOUS PRESENTE LE SANTON CHIEUR

 

« Les lieux », comme on disait dans les autres fois et comme les nomme très justement ROGER-HENRI GUERRAND dans son Histoire des commodités, ne méritent ni cet excès de déshonneur, ni cette indignité. La preuve en est le très savant ouvrage que ce monsieur a écrit. La preuve en est également l’assez divertissant et documenté ouvrage d’ISABELLE MONROZIER, Où sont les toilettes ? (Ramsay, 1990).

 

 

Je ferai à l’auteur un léger reproche tout de même. Elle écrit en effet (p. 59) : « Les deux bombes qui ont explosé dans des établissements scolaires à Décines-Chartrieu [sic] près de Lyon et dans le 14ème arrondissement de Paris en janvier 1988, avaient été placées derrière les réservoirs des chasses ».

 

 

Loin de moi l’idée de nier des faits dûment avérés, mais a-t-on le droit d’estropier ainsi le nom d’une commune péri-lyonnaise ? Ceux qui connaissent l’avenue Godard à Décines-Charpieu (je parle d’une élite) s’en trouvent légitimement froissés. Jusqu’ici, le maire de Décines-Charpieu n’a toutefois pas porté plainte contre ce lâche attentat. Il est bien bon. Certains, moins miséricordieux, taxeront cela de faiblesse, éventuellement coupable, qu’ils menacent d’ores et déjà de punir prochainement dans les urnes.

 

 

Cela dit, on trouve chez MONROZIER une foule d’informations utiles, ... et scientifiques. Parmi bien d’autres, les règles militaires d’installation des latrines pour une armée en campagne : « pour une centaine d’hommes, cinq trous, de 30 cm de large sur 60 de long, espacés de 90 cm pour éviter que les cuisses des soldats ne se frôlent ». On voit par là qu’un colonel en campagne se doit de parer à toute éventualité et ne saurait négliger aucun détail, fût-il le moindre, susceptible d’affaiblir l’ardeur guerrière du combattant, à travers de coupables distractions. Notons que la profondeur des trous n'est pas indiquée : coupable négligence, mon colonel !

 

 

ISABELLE MONROZIER nous narre par le menu l’histoire de CLAIRE, 25 ans, et de quelques-unes des activités qui sont les siennes quand elle s’enferme dans « les lieux » : « Essayez de me raconter. – A chaque fois, j’accouche dans les W.-C. Je ne sais pas… C’est d’instinct… Je ne sais pas… Je me mets sur les W.-C… Je ne me souviens plus de ce qui se passe. (Elle éclate en sanglots.) C’est horrible, c’est une immense panique… – Vous pouvez me parler de cette panique ? – Je ne sais pas… Je ne m’en souviens pas… Cela va très mal pendant une demi-heure… Je ne sais pas… – Et tous les quatre, de même ? – Oui, c’est horrible… J’aime tellement les bébés… C’est mon métier ». Si j'ai bien compris, elle est sage-femme, infirmière ou puéricultrice. Pourtant, je sais qu'il y en a des bien. J'en connais. On se demande parfois pourquoi les rouleaux de papier défilent à toute allure dans une maison où il y a pas mal de femmes, mais on tient peut-être là une explication décisive, non ?

 

 

MONROZIER tente d’épuiser la question, si j’ose m’exprimer ainsi, en parlant du problème de l’évacuation des « matières » dans les prisons, de la plus moderne à la plus archaïque, et de la plus civilisée à la plus barbare ; à 8.000 mètres d’altitude, quand il faut commencer par ôter quelques épaisseurs, en commençant par les diverses couches de gants ; sur une planche à voile, comme STEPHANE PEYRON, qui y a passé 46 jours ; sur un bateau en général : « Au petit matin, l’été, aux mouillages de Port-Cros ou de Porquerolles par exemple, les bateaux nagent au milieu des étrons qui flottent ». Délicieux paysage au moment de tremper son croissant dans le café, vous ne trouvez pas ? Voilà peut-être pourquoi j’ai toujours évité de voyager sur des coquilles de noix.

 

 

Mais elle ne parle pas, la malheureuse MONROZIER, de la « course des dix mille milles » qui a lieu dans Le Surmâle d’ALFRED JARRY, ni de la quintuplette à laquelle sont enchaînés, de l’arrière vers l’avant, Ted Oxborrow, Jewey Jacobs, George Webb, Sammy White, (un nègre, le roman date de 1902), et Corporal Gilbey.  

 

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SI, SI, JE VOUS DIS QUE ÇA EXISTE

 

Ils sont lancés, face à un train, dans une course d’environ quinze mille km, et sont nourris exclusivement de la « Perpetual Motion Food » du professeur Elson. Comme ils sont enchaînés, et ne peuvent donc descendre de leur machine, ils sont obligés de faire « l’un et l’autre besoin dans de la terre à foulon », dont les propriétés bien connues sont d’être à la fois saponifère, détersive, dégraissante et moussante. N’en veuillons pas à ISABELLE MONROZIER, et continuons notre petit tour de piste, d’ivoire et d’horizon (pour l’ivoire, un doute me vient).

 

 

Car reconnaissons-le, quelque phénoménal progrès que l’homme ait fait depuis l’aube des temps, il n’a pas encore trouvé le moyen d’échapper à cette dure nécessité quotidienne et à se libérer de son emprise : évacuer hors de soi quelque 1.500 grammes (c’est une moyenne statistique) de matières tant liquides que solides.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre.

jeudi, 05 juillet 2012

MA DOSE DE VIALATTE (ET AUTRES FETUS)

On connaît ma prédilection pour la haute littérature qu’on trouve dans les Chroniques de La Montagne, d’ALEXANDRE VIALATTE, qui ont la taille de courtes nouvelles et qui, de ce fait, constituent des petites merveilles de « livres pour les cabinets », pour qui a le désir ou l’habitude d’agrémenter ces moments quotidiens passés derrière la porte verrouillée, mais où d'autres verrous, corporels cette fois, se relâchent, pour qui, cependant, tient à maintenir dans son esprit un niveau honorable de maintien intellectuel et de contention morale.

 

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PLUTÔT ASCETIQUE, NON ? 

 

Dans ces « lieux » destinés à accueillir des « nécessités » bien triviales, posséder, sur quelque honnête rayon de bibliothèque, des ouvrages capables d’offrir ainsi quelque satisfaction quintessenciée aux aspirations les plus nobles de l’individu en train de se soulager de sa matière la plus ignoble, tout en s’aérant les parties basses, je n’hésite pas à le dire, constitue l’indéniable marque de la haute considération dans laquelle doit être tenu, non seulement le logement où on le trouve, mais encore la personne qui l’habite.

 

 

Parenthèse : « Des gogues et démagogues ».

 

 

Cela dit, il est conseillé aux personnes « pressées » de s’enquérir auprès de leur hôte, avant d’accepter son invitation à dîner, de l’existence d’un deuxième « lieu », au cas où la situation l’exigerait. Rien n’est en effet plus disconvenable que de déposer dans un pot de fleurs son « engrais humain » sans demander à la maîtresse de maison si elle a auparavant fait le nécessaire.

 

 

J’ai parlé d’un « engrais humain » : il faut savoir qu’ainsi parle VICTOR HUGO dans Les Misérables : « Tout l’engrais humain et animal que le monde perd, rendu à la terre au lieu d’être jeté à l’eau, suffirait à nourrir le monde » (partie 5, livre 2, chapitre 1, pour ceux qui douteraient).

 

 

 

La suite est toute empreinte de parfums, je dirai même de fragrances délicates et raffinées. Jugez plutôt : « Ces tas d’ordures du coin des bornes, ces tombereaux de boue cahotés la nuit dans les rues, ces fétides écoulements de fange souterraine que le pavé vous cache, savez-vous ce que c’est ? C’est de la prairie en fleur, c’est de l’herbe verte, c’est du serpolet et du thym et de la sauge, c’est du gibier, c’est du bétail, c’est le mugissement satisfait des grands bœufs le soir, c’est du foin parfumé, c’est du blé doré, c’est du pain sur votre table, c’est du sang chaud dans vos veines, c’est de la santé, c’est de la joie, c’est de la vie ». VICTOR HUGO est bien le grand prêtre de l’antithèse (dont CHATEAUBRIAND lui a montré le chemin). Le Livre II s’intitule « L’intestin de Léviathan » : ça dit bien ce que ça veut dire.

 

 

 

Autrement dit, plus l’humanité produit de caca, plus l’humanité peut se nourrir. Comme quoi on a raison de dire que chez VH, il y a « à boire et à manger ». Est-ce à tort que nous n’éprouvons qu’aversion et répugnance pour ces matières vilipendées par la coutume, et qu’ALFRED JARRY appelle les « immondices du corps » ?

 

 

Puisqu’on en cause, me revient à l’esprit le « lieu » du 7 quai Lassagne, où le « suivant » devait s’armer d’une très longue patience, ou se résoudre à traverser tout l’appartement à toute vitesse pour trouver refuge et salut dans l’autre « lieu ». La faute à la pile des Tintin hebdomadaires qui offrait son interminable tentation à la personne en train d’ « opérer ».

 

 

Me reviennent aussi, en même temps que les plumes de paon que nous ramassions par terre, les « lieux » du château d’Azolette, dans le haut Beaujolais, propriété de la famille MANIVET : situés dans un pavillon faisant face à l’imposant bâtiment, de l’autre côté de la grande terrasse, leur lunette était recouverte d’un merveilleux velours, peut-être rouge, mais je ne peux pas le jurer.

 

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MIEUX QU'UNE PAILLOTE SUR UNE PLAGE CORSE, NON ?

(on distingue bien le pavillon en question, au premier plan) 

Et pendant qu’on en est aux « mondanités », parlons du château de Joux, en Haute-Loire, dont les gogues ruraux et rustiques (auxquels on accédait en passant dans le petit bois, séparé de la haute et belle terrasse par un haut mur), étaient à deux places, ce qui m’a toujours laissé perplexe, et où l’on pouvait par là observer en direct, six ou sept mètres plus bas, le résultat des activités développées en cet endroit. Je précise que, si je parle de châteaux, ce n’est jamais moi qui y ai habité. « Simple visite », comme on dit au Monopoly.

 

 

Fermez la parenthèse.

 

 

Promis, je cesse de digresser, et je reviens à mon VIALATTE. On le considère le plus souvent (quand on n’ignore pas scandaleusement son existence), comme un humoriste. Or, il faut bien se mettre dans la tête qu’ALEXANDRE VIALATTE est tout, sauf un humoriste. Avoir de l’humour ne suffit à personne pour devenir un professionnel de la chose. ALEXANDRE le grand plaçait tout son humour dans la sphère infiniment plus vaste du regard très particulier qu’il portait sur le monde.

 

 

L'humour était un élément parmi d’autres dans la vision toute personnelle qu’il avait des choses. Si l’on veut, l’humour faisait partie intégrante de sa « philosophie » de l’existence. Une « philosophie » éminemment pessimiste. Sans espoir dans une hypothétique amélioration de l’espèce humaine. D’où la formule « Le progrès fait rage », disait-il, avant que PHILIPPE MEYER ne popularisât la formule.

 

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L'EXTRÊMEMENT CENTRISTE PHILIPPE MEYER

(et prof à sciences-po, et chansonniste émérite, et féru de VIALATTE, et ...)

 

 

Disons que l’humour était, en quelque sorte, l’huile qui permettait au pessimisme de son moteur existentiel de ne pas « casser ». Vous trouverez ci-dessous une jolie petite illustration du pessimisme et de l’humour. Laissez ALEXANDRE VIALATTE agiter les ingrédients dans son shaker personnel, et voyez ce que ça donne.  

 

 

La vérité, c’est qu’on n’a jamais vu pareille docilité des masses. Parce qu’il n’y eut jamais tant de moyens de les conditionner à son gré. L’instruction elle-même y concourt, qui permet à tous les hommes de lire le même journal. L’analphabète était bien obligé d’avoir ses idées personnelles, « de disputer, de juger, de décider par lui-même ». Aujourd’hui, il en croit le prospectus général.

 

Le prospectus général l’assure qu’il ne cesse de devenir plus libre, plus intelligent et plus fort. Que les siècles se superposent et qu’il y voit, par conséquent, de plus en plus loin. Mais il en va de ce socle hautain comme de celui de ce procureur auquel un avocat disait : « Monsieur l’avocat général, votre position supérieure est une erreur du menuisier ».

 

 

On trouve ça dans Les Champignons du détroit de Behring. Le pessimisme, c’est la lucidité sur l’époque qui le produit. L’humour, quant à lui, c’est un choix de vie, une attitude. Pour tout dire, c’est une morale. En plus, VIALATTE montre qu’il avait ce qu’on appelait au 18ème siècle « de l’esprit ».

 

 

Voilà ce que je dis, moi.