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lundi, 04 mai 2015

D’EXTRÊME GAUCHE-DROITE

Il faut, un jour, jeter le masque : oui, je l’avoue, je suis d’extrême gauche-droite. Si, si, texto : en même temps d’extrême-gauche ET d’extrême-droite. Enfin j'exagère : pas si extrêmes que ça, ma gauche et ma droite. Je m’explique : je suis résolument de gauche pour tout ce qui est socio-politico-économique. Je suis décidément de droite pour tout ce qui concerne la sphère « sociétale », je veux dire les mœurs, les relations sociales, bref : le « vivre-ensemble ». Et cela sans contradiction, malgré les apparences, pour une raison que j'expose plus bas.

Gaucho et facho, si vous voulez. 

On va faire simple : je me revendique « gaucho » pour tout ce qui concerne l'exercice du pouvoir, les activités économiques, la production des richesses et leur répartition. Ce qu’on appelle la « république » et la « redistribution ». Attention, en héritier revendiqué des humanistes de la Renaissance, je ne prône pas la « propriété collective des moyens de production », de sinistre mémoire. 

Je crois juste que, si « L'Entreprise » dicte sa loi à la société, celle-ci aura forcément bien du mal à respirer : l'esclavage se profile à l'horizon, au nom de la loi bien connue « collectivisation des pertes / privatisation des profits » (ceci dit en raccourci, je ne développe pas). L'entreprise ne dédaigne jamais de siphonner les ressources de la collectivité à son profit. On a vu ça en 2007/8. On le paie encore.

Et je suis révolté par le sabordage du « Service Public à la Française » que la répugnante gauche et la hideuse droite se sont empressées de conduire pour déférer aux "Traités Européens", au motif de « concurrence libre et non faussée ». Je suis révolté par la privatisation de tout ce qui faisait le « Bien Commun ».

C'est pourquoi je me situe dans la ligne d'un Condorcet. Pas le prophète heureusement inabouti des "mathématiques sociales" (voir sa biographie très documentée par le couple Badinter), mais le penseur de l'éducation "redisitributive" des Cinq mémoires sur l'instruction publique (1791-92 : donner plus à ceux qui ont moins, entre autres).

Car en même temps que l'humanisme, en héritier revendiqué des Lumières, je crois qu'on peut, donc on doit, tendre vers la justice sociale. Traduit en français : la réduction des inégalités dues aux hasards de la naissance. Correction des injustices du destin, si vous préférez. A cet égard, le pouvoir pris par les « investisseurs » (disons-le : les spéculateurs, ceux qui veulent faire de l’argent avec l’argent) sur la marche concrète des entreprises, obligées de cracher du 12 % de résultat net par an pour satisfaire l'appétit des actionnaires, devrait être considéré comme un crime social. 

Conclusion : il faut l'autorité de l'Etat pour empêcher les appétits voraces de nuire au plus grand nombre.

Inversement, j'assume l'étiquette « facho » que les tenants de la gauche morale n'hésitent pas à me coller, pour tout ce qui concerne les mœurs, les relations et la vie sociale : le mariage homosexuel me semble une aberration, le voile islamique et les prières dans les rues le vendredi, des saloperies insultantes, et le féminisme, dans sa version fanatique, une niaiserie sans fond et sans fondement. Les hallucinés y voient autant de « Progrès » ! Ils clament que c'est ça, aujourd'hui, être "de-gôche" ! N'importe quoi !

On ne m’ôtera pas de l’idée que l’homme est fait pour la femme et réciproquement, et que les autres façons de faire sont au moins des errances, comme autant de signes d'un échec ; que l'abandon de tout ce qui est religieux dans la sphère publique, voile, croix et kippa compris, est une preuve de progrès (même si je reconnais mes ascendances catholiques d'un point de vue "culturel") ; que le prétendu « droit des femmes » (sur la base de la prétendue « domination masculine ») est fondé sur une vision statistique et sociologique, stupidement égalitariste et normative, de l’humanité. Une vision de chef comptable ou de changeur d’or qui pèse ses monnaies au trébuchet, y compris les fausses. La comptabilité, les statistiques et la sociologie pour diriger la conscience de la vie sociale, non, ce n'est pas possible. C'est juste une imposture.

Conclusion : il faut une autorité pour établir et faire respecter des normes morales.

A dire le vrai, je suis donc devenu aussi méfiant à l’égard des militants du « Marché » à outrance que des militants de tous les « progrès sociétaux », quels qu’en soient la couleur, l’odeur et l’aspect. Je mets les uns et les autres dans le même sac, alors même que les premiers se rangent à droite, et que les seconds se disent "de gauche". Vous avez dit bizarre ?

Bien que ce ne soit finalement pas si bizarre : une méfiance envers les "mirlitants" de toutes les "causes" ; un méfiance envers tout ce qui est présenté comme un "progrès".

Malheureusement, aucun parti ne condamne aujourd’hui dans son programme, à égalité, le « marché infiniment libre » (concurrence libre et non faussée) et les « droits individuels infinis » (ah, qui dira l'exaltation légitime qu'on ressent dans la "conquête" des "droits" !). Aucun parti n’est cohérent, selon moi : d'un côté les principes hautement réaffirmés, de l'autre la démagogie en direction des clientèles et autres petits cadeaux entre amis.

On est donc soit de droite (conservateur, réactionnaire, facho, que sais-je ?), quand on dénonce les « innovations sociétales » ("manif pour tous"), soit de gauche (progressistes, optimistes, démocrates, que sais-je ?), quand on dénonce les délires des industriels, des traders et des salaires de certains patrons. Mais surtout pas les deux à la fois. Oui, c'est ça qui est bizarre.

Moi, comme je dénonce les deux à égalité, que je suis donc, en même temps, de cette droite-là et de cette gauche-là, je rejette tous les partis. Bien obligé. A mon grand dam.

C’est vrai, quoi. Bizarrement, l’exaltation du libéralisme économique heurte de plein fouet les tenants de la gauche morale, accrochés, comme un morpion à son poil, à toutes les « innovations sociétales ». Faire tomber les barrières douanières, à leurs yeux, c’est le contraire de faire tomber les barrières morales. Faire tomber les secondes, mais maintenir coûte que coûte les premières. Je trouve ça curieux. Une barrière est une barrière, que je sache. 

Il faut être un « libertarien » américain pour réclamer à la fois l’abolition pure et simple de l’Etat et le droit pour les homosexuels de se marier. Eux au moins vont au bout de leur logique : si l’on est libéral, il faut l’être en tout. Je vois une contradiction intrinsèque dans la position de ceux qui considèrent d’un côté les « révolutions sociétales » (mariage homo, parité stricte et statistique hommes / femmes, euh non : femmes / hommes …) comme autant de "progrès", tout en demandant à l’Etat de se comporter en régulateur économique et financier. 

Collectivement dirigistes (il ne devrait pas être permis de), individuellement "anarchistes" (je suis libre, je fais ce que je veux, je fais ce qui me plaît-haît). Une liberté qui confère tous les droits et aucun devoir. Comment peut-on concilier d'être un adepte de la liberté sans entraves au plan individuel, et réclamer des contrôles sourcilleux au plan collectif ? La loi individualiste, c'est tout simple, est une négation de la société. Vous imaginez la formule : « L'individu fait loi » ?

La régulation, la réglementation sous toutes leurs formes, à commencer par celle de la puissance étatique, voilà pour les libertariens américains l’ennemi à abattre. Mettons que je suis un anti-libertarien. Prenez-en de la graine, militants LGBT, militants des droits des "minorités", militants religieux, militantes féministes, militants ethniques. Prenez-en de la graine, vous tous qui pesez sur le pouvoir pour ériger vos désirs particuliers en principes protégés par des lois pénales.

Vous tous qui militez, en fin de compte, pour accroître sans fin vos libertés, mais en prenant soin de restreindre celles des autres (cf. Philippe Muray et sa formule « envie de pénal », sans parler de la prochaine criminalisation des paroles). Et d'abord la liberté de qui « ne pense pas bien », de qui « ne parle pas bien », je veux dire pas comme vous. De qui ose ne pas entrer dans le très mou du consensus et du relativisme généralisés de la "fraternité" sans frontières. 

Car le principe qui sous-tend mon "extrémisme" gauche-droite, c'est-à-dire mon refus des droits sans cesse extensibles et sans contrepartie des « Individus », et des droits sans cesse extensibles et sans aucun devoir du « Marché » (deux concepts bientôt totalitaires si l'on n'y prend garde), ce principe est d’une simplicité, d’une nudité évangéliques. Il se formule : l’homme qui vit en société n’a pas tous les droits.

Et non seulement ça : il a aussi des devoirs. Dans le collectif comme dans l'individuel. Simple comme bonjour. Les individus s'insèrent dans des groupes et des entreprises, qui s'insèrent dans des catégories, qui s'insèrent dans des "classes", qui s'insèrent dans une nation, et tout ça fait une société, avec, gravée sur le fronton, la devise "Droits et devoirs à tous les étages".

Faire de la transgression des limites une fin en soi, ça ne tient pas debout. Tout n'est pas permis à l'homme qui vit en société. Son désir doit être borné, sous peine de se muer en un fantasme infantile de toute-puissance. Je pense à ces gens qui se permettent tout et qui exigent avant toute chose du "respect" de la part des autres : autrement dit, tout prendre et rien donner. C'est du pillage de bien public. Le gars qui s'arrête au milieu de la rue, au volant de sa BMW cabriolet, pour faire un moment de causette avec son pote, il fait juste un putsch.

L’exaltation sans limite des droits de l’individu devrait être un non-sens aux yeux des gens soucieux de vivre dans une société structurée et harmonieuse. De même, l’exaltation du libre-échange (« liberté pour les loups ») comme seul mode acceptable de circulation des marchandises devrait être un non-sens aux yeux des gens inquiets de la montée effrayante des inégalités et des injustices.

Quand la vie collective, où prime l’intérêt général, se met au service des intérêts particuliers (pour aller vite les « droits des minorités », « droits des entreprises », idées vendues aux gens au pouvoir par les bonimenteurs de tous les lobbies et groupes de pression), l’idée même de société se décompose, comme on le constate de plus en plus. Qui a encore le sens de l'Etat ?

Les droits de l’individu ne sont pas indéfiniment extensibles. De même, les commerçants, les industriels et les financiers n’ont pas tous les droits. Dans les deux cas, il faut des limites. Il faut un régulateur. Je ne vois pas de meilleur régulateur que l'Etat, seul assez puissant pour transcender les volontés individuelles, pour canaliser les forces centrifuges qui ne cessent de menacer la collectivité. 

Voilà, c'est tout. Rien que de très banal. C'est en quelque sorte un manifeste. Je laisse à tout un chacun le choix du qualificatif.

Voilà ce que je dis, moi.