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mercredi, 22 octobre 2014

LE MANIFESTE DU « CRÉTIN »

Paul McCarthy agressé. Son machin vert (on n'en verra pas trace ici, non, merci) érigé place Vendôme à Paris tout raplapla. C’est un scandale ! Qu’est-ce qui est un scandale ? Le machin vert ou son dégonflement ? Il faudrait savoir. Le Monde, en tout cas, sait. L’essentiel est sauf. Et le journal entier est là, puisque c’est l’Editorial. Qu’on se le dise : Le Monde est du côté du manche. Sans dilemme, sans perplexité, sans parfumerie dialectique, sans états d'âme dans l'argumentaire, sans point d'interrogation métaphysique. Attention, c'est du péremptoire, l'Editorial du Monde ! Le titre de l’Editorial du Monde ? Je vous le donne Emile : « Place Vendôme, le créateur et les crétins ».

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DATÉ MARDI 21 OCTOBRE 2014, PAGE 22

 

Eh bien s'il faut abattre le gros machin vert de la place Vendôme pour être catalogué « crétin» par l'éditorialiste du Monde, moi, je suis volontaire pour déclencher la soupape de dégonflage !

 

Je suis crétin, voilà ma gloire, mon espérance et mon soutien ! Très honoré, vraiment, d'être insulté par l'éditorialiste du Monde !

 

Au fond, on a bien tort de s’en poser, des tas de questions sur le sens de la vie. Le monde est tellement simple ! Vous n’avez qu’à dire comme George W. Bush : « Qui n'est pas avec nous est contre nous ». Ici : d’un côté les « créateurs » et autres amateurs de « créations » ; de l’autre les « Crétins » (j’ajoute une majuscule, pour faire solennel). D'un côté le mainstream, de l'autre les parias.

 

Le Monde aussi, il est tellement simple ! Il suffit pour cela de consentir au foutage de gueule. Comme le neurone bien connu de George W. Bush. Sur la base d'un syllogisme lui-même d'une simplicité enfantine : Gustave Courbet fut un iconoclaste, or Paul McCarthy est un iconoclaste, donc Paul McCarthy = Gustave Courbet. Plus fort que simple : simpliste ! Mieux que simpliste : primaire ! Jusqu'où s'arrêteront-ils ?

 

Dans cette croisade, d’un côté, vous avez l’armée la plus puissante, je veux dire l’artiste, le gouvernement, la mairie de Paris, toutes les Autorités morales, sociales, culturistes (euh...),  journalistiques, esthétiques et autres. Bref, la Grande Coalition des gens puissants, des gens richissimes, des gens qui savent, des gens qui disent le Bien et le Mal, des gens qui décident de ce qui est de l’art.

 

De l’autre, un vague tas de « crétins », assez lâches pour œuvrer la nuit dans l’ombre, assez niais pour n’avoir pas su reconnaître dès son érection l’avènement de sa Majesté l’Œuvre d’Art, assez « rustres, agrestes et grossiers» (formule piquée au Paul Claudel de Jeanne d'Arc au bûcher, vous pouvez vérifier) pour commettre un attentat contre sa Majesté l’Œuvre d’Art (et au passage contre son auteur, qui plaidait pourtant « non responsable »). Ces infâmes n’ont même pas osé revendiquer leur indigne forfait.

 

Eh bien oui, il me faut l’avouer : je les félicite chaleureusement. Ils ont raison de rester anonymes : ils sont les pionniers représentatifs de « la foule des anonymes», cette catégorie de population dont les journalistes sont si friands dans les grandes et moins grandes occasions (vous savez, les occasions où le "micro" fait le "trottoir"). Cette plèbe dont il est si commode de faire disparaître la poussière sous les tapis dès que les circonstances prennent un peu de hauteur et leurs acteurs un peu d'importance. Je suis fier de me compter au nombre des « crétins ». La seule chose que je regrette, c’est de ne pas m’être trouvé à Paris pour éprouver la jubilation de réduire l’ « œuvre » de M. Paul McCarthy à l’état initial dont elle n’aurait jamais dû sortir : le néant.

 

Le rédacteur (soyons équitable : « … ou la rédactrice ») de l’Editorial du Monde a par-dessus le marché le culot d’invoquer le souvenir de Gustave Courbet, dont Paul McCarthy serait le « digne successeur ». Je ne vais pas me donner le ridicule de prendre la défense d’un véritable et grand artiste face aux promoteurs de défécations vendues sous l’appellation auto-contrôlée d’ « art contemporain », façon Jeff Koons ou Takeshi Murakami à Versailles, sous les auspices de M. Aillagon.

 

« Art contemporain », dites-vous ? Oui. Tout le monde connaît M. Arcon, le Figaro bigarré, l’Arlequin finement marqueté de bric et de brocante, l’homme à tout faire de M. le marquis de N’Importe Quoi. Tout le monde sait que « M. Arcon est arrivé à pied par la Chine », et qu’il sème ses excréments sous les regards bienveillants et avec l’argent de ceux qui décident (et des contribuables qui les ont élus), dans les endroits les plus innovants, les plus prestigieux, les plus rares, les plus inviolés.

 

Il est vrai que ces chieurs d’art et leurs innombrables protecteurs bien placés se trouveraient frustrés s’il n’y avait pas de la profanation dans le « geste esthétique » qu’ils « posent ». Plus c'est transgressif, plus c'est jouissif. Plus on enfreint (pour de rire ! ... je pourrais développer), moins on s'en plaint. Plus on s’approche du sacré, de l’historique, disent-ils, plus c’est poussiéreux et encroûté. Plus c'est paléontologique, et plus le « geste esthétique » se doit d’être violent, sur l’air de « Du balai, l’ordre établi ! ».

 

Le plus fort, c’est que ce coup de balai, c’est l’ordre établi en personne qui le donne : c'est clair, une Révolution sanglante se prépare au sein de nos élites, en apparence si policées. Ce sont les plus hautes autorités de l'Etat qui déclencheront la prochaine Prise de la Bastille. Ce sont les anciens de l'ENA qui pendront de leurs propres mains les « crétins» à la lanterne. Les prochains sans-culotte seront en costume trois-pièces, attaché-case et tête de crâne d'œuf ! Le monde à l'envers !

 

Qu’on se le dise : le vrai pouvoir ne serait pas le vrai pouvoir s’il n’insérait pas dans ses manifestations de la représentation obligatoire du sens de la vie et du monde un ingrédient qui en est devenu inséparable : la Négation de Soi. Aucun discours savant sur l’œuvre de M. Paul McCarthy exposée quelques heures place Vendôme ne me convaincra d’autre chose : ce machin vert de vingt-quatre mètres de haut, ce n’est rien d’autre qu’une énorme affirmation de la Négation de Soi. Pour que le peuple se l’imprime au plus profond comme une profonde vérité : en plus des trois "pater" et des deux "ave", vous copierez cent fois : « Je ne suis que de la merde, j'ai mérité ce qui m'arrive ». En même temps et de l'autre main vous battrez votre coulpe avec conviction et ostentation.

 

J’imagine que Courbet, quand il a peint L’Origine du monde, savait à peu près l’effet immédiat que sa toile allait produire sur les visiteurs de l’Exposition. Mais il savait que ce pubis richement velu, cette fente généreusement offerte au regard, il en avait fait une œuvre d'art. 

 

Paul McCarthy, en descendant aussi bas « dans l'opprobre du ruisseau» (Boby Lapointe), s’est sans doute mis à la hauteur de son époque, sans doute pour tirer de l’expérience le maximum de subsides de la puissance publique ou de quelque mécène : ce spécialiste de la provocation sexuelle et/ou scatologique a jeté son dévolu sur ce qu’il appelle un « plug anal ». En français : un bidule pour s’enculer quand on s’ennuie pendant les longues soirées d’hiver. Tout ça pour changer de L'Origine du monde.

 

Mais ce célèbre tableau, qu'on le veuille ou non, c'est bien autre chose et bien davantage que l'image provocante d'un sexe féminin. Il faudrait en informer les responsables de l'opération McCarthy en général, et l'éditorialiste du Monde en particulier.

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Je suis prêt à parier qu’en très haut lieu, dans le petit cercle fermé des décideurs de telles « manifestations artistiques », existe une sorte d’émulation : « T’es même pas cap d’installer le plug anal de ce connard de McCarthy en pleine place Vendôme ! – Tu paries ? Même pas peur ! », et c’est parti pour le scandale. Avec caisse de champagne pour le prix du pari. Je me demande encore de qui est venu ce défi lancé naguère à Jean-Jacques Aillagon, directeur du château de Versailles : « T’es même pas cap d’installer les trucs délirants de Jeff Koons en plein château ! – Tu paries ? Même pas peur, d’abord ! ». Et il l'a fait.

 

Vous savez à quoi ces minables entreprises de foutage de gueule généralisé me font penser ? Je vais vous dire : à quelques jeux de mots passés dans la petite histoire médiatique grâce au bien-aimé leader historique du Front National. Vous vous rappelez ? « Les chambres à gaz ? Un détail de l’histoire ». « Durafour – crématoire ». L’effet est garanti : les médias vous transforment ça illico en mayonnaise chantilly. A croire que c’est l’effet recherché. « Mais vous exagérez ! Et puis ça n'a rien à voir ! Et puis ...». Je maintiens.

 

Ce qui m’échappe, c’est la vraie motivation de la chose. S'il y en a une.

 

Parole de « crétin», à bon entendeur, salut !

 

Voilà ce que je dis, moi.  

 

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