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samedi, 13 mai 2017

LES BELLES HISTOIRES ...

BEROALDE 1 POCHE.jpg... DE TONTON BÉROALDE.

Aujourd'hui, une histoire peut-être inspirée des fabliaux du moyen âge.

L’AUTRE : J’en prends à témoin mon compère Livet, procureur au Châtelet de Paris, qui ne laissait jamais son écritoire. Il advint, par malencontre de bas avis, que madame sa femme, voyant un gai, gaillard et jeune Maure, eut envie d’en être couverte. Elle le fit entrer et, pour remédier à un mal d’estomac qu’elle avait, elle le fit coucher sur elle – ce qu’elle en faisait était qu’elle considérait que sa peau, vu sa nation, serait plus chaude que celle d’un Français. Le jeune homme, ayant été là assez longtemps, fut remercié et salarié de son bon office, où il n’y avait point de mal vu que cela tendait à la santé. Mais que c’est des impressions ! Il lui advint que, son mari venant à la copuler, elle, qui se souvint du Maure, en engendra un : ce qui parut quand elle accoucha. Sa commère, voyant à son enfantement cette aventure si noire, l’avisa et la pauvrette lui dit sa friande imagination, à quoi la bonne commère et amie pourvut et s’en alla au Châtelet faire appeler Livet qui, venu, lui dit : « Eh bien ! ma mie, quoi ? Qu’avons-nous ? – Un beau fils, lui dit-elle. Mais, je vous prie, dites-moi en conscience, mon compère, vous n’avez jamais accolé ma commère que vous n’eussiez votre écritoire à votre côté ? – Oh ! que si ai-je ! Plus de trente fois ! – Vraiment, vous avez bien besogné ! Je m’en doutais bien. Voilà ! il est chu de l’encre dedans, si que vous avez fait un enfant noir comme un Maure !

Et pour les vrais amateurs, la fin du chapitre (dans l'édition Lemerre, 1896) : 

BEROALDE 5 CHAPITRE TOME.jpg

J'aurais volontiers rapporté l'histoire de ce "saint personnage" qui se disait sabotier, mais elle est un peu longue. C'est très dommage, car elle est aussi haute en couleur, en odeur et en saveur. Pour résumer, le soir venu, le monsieur demande l'hospitalité chez le Page. La femme, qui est « avaricieuse comme un financier qui a fait ses affaires et n'a point d'enfant », lui ferme la porte au nez, au prétexte de son mari, présenté comme « chiche et grondeur ». Il toque chez la chambrière de Chiquetière, qui lui fait le meilleur accueil. Au matin, en remerciement, il lui déclare : « Je prie le bon Dieu qu'il lui plaise vous bénir, et que la première besogne que vous ferez aujourd'hui lui soit tant agréable que vous ne puissiez tout le jour faire autre chose ». Sa première besogne est de plier du linge, et plus elle en plie, plus il y en a, car il « multipliait au touchement de ses mains ».

La le Page, apprenant cela, se mord les doigts, et essaie de rattraper le coup. Le lendemain, le "saint personnage" lui fait exactement le même compliment. Lui parti, elle fait préparer tout son linge, mais auparavant, elle s'avise « d'aller pisser » pour ne pas être dérangée dans sa tâche. Et que croyez-vous qu'il arriva ? « Mais ce fut ici une efficace terrible, d'autant qu'elle commença pisserie qui continua tout le jour ». Et le soir : « Ses amies, la venant voir et la trouvant ainsi distillant le dissolvant philosophique, lui demandaient : "Hé quoi, ma commère ? - Hélas ! disait-elle, hélas !" ». Le résultat ? « Elle coula force eau, et fit ce ruisseau qui passe au pied des Loges et va jusques aux Indes ».

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