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mardi, 31 mars 2015

LAURENT JOFFRIN, GRAND MALADE ...

... OU BLAIREAU ACCOMPLI ? 

1/2 

Je ne suis pas médecin, mais à la place de Laurent Joffrin, je me ferais du souci pour ma santé, à commencer par la mentale. Ce n’est pas que je me plaise en la compagnie des écrits de ce monsieur : ce serait même plutôt le contraire. J’ai dit ici, il n’y a pas longtemps (23 mars), tout le mal que je pensais de ses positions, et aussi de sa mauvaise foi. 

Mais son dernier papier (recension dans sa chronique « La cité des livres » du livre de Dominique Nora Lettres à mes parents sur le monde de demain) paru dans Libération du 28 mars m’a tellement confirmé dans la certitude que le « journaliste » (et cogérant et directeur de la publication et de la rédaction, s’il vous plaît) est un illuminé, tout prêt à se convertir à la croyance aux Élohim (les « Raéliens » de monsieur Claude Vorilhon, qui affirme avoir rencontré ces extra-terrestres créateurs de l’humanité quelque part sur un volcan d’Auvergne), longuement évoqués par Michel Houellebecq dans La Possibilité d’une île, que je ne peux m’empêcher de revenir à la charge.  

Je me demande même s’il n’est pas, en grand secret, un lecteur assidu de l’écrivain qu’il dit par ailleurs, je crois bien, exécrer (je me demande même si ce n'est pas réciproque, mais je ne suis pas sûr qu'il soit dans la nature de Michel Houellebecq de pouvoir haïr quelqu'un). J’ai dit récemment qu’on a affaire à un indécrottable optimiste. La caricature archétypale et pathétique de l'Optimiste. 

Il me ferait presque penser, en plus jeune, au vieux gaga de la philosophie française, Michel Serres, capable de s’enthousiasmer devant la prodigieuse rapidité avec laquelle une ado dûment « connectée » est capable de taper à sa copine un message du genre « çui-là jle kif a mor », au point d’appeler cette nouvelle engeance « petite Poucette », avec les yeux humides du pépé attendri qui mouille sa couche sous le coup de l’émotion. 

Il est entendu que monsieur Joffrin laisse à d’autres le soin de se soucier des conséquences de certaines promesses que sont en train de réaliser quelques fous furieux de laboratoires de la Silicon Valley, financés par de richissimes cinglés préparant d’ores et déjà la post-humanité, cette « humanité augmentée » composée d’êtres mi-chair, mi-composants électroniques baptisés cyborg, et autres fantaisies humaines reprogrammables à volonté.  

N’en déplaise à Houellebecq lui-même qui, impatient d’éradiquer le Mal et la souffrance,  semble très intéressé par les expériences de clonage reproductif (voir le livre de Dominique Noguez Houellebecq, en fait, Fayard, 2003) je persiste : cette « humanité augmentée » ne me dit franchement rien qui vaille.

Mais d’après monsieur Joffrin, je suis déjà classé, de ce fait, parmi « les anti-modernes », « les ronchons » (il pense "nouveaux réactionnaires"), tous ceux qui trouvent « de bon ton de dire que dans ce monde déshumanisé, le progrès est désormais un mirage, que la planète se défait, que la technique menace l’homme, que le chaos s’installe ». Oui, monsieur Joffrin sait admirablement quoi faire pour disqualifier et ridiculiser la position de l'adversaire, tout en occultant l'argumentaire précis que recouvre chacune de ces formules. 

Monsieur Joffrin, lui, vote des quatre mains de son esprit en faveur de cet avenir radieux, en optimiste militant et décomplexé, en courtisan prudent, préparant le terrain en vue de l’avènement des nouveaux princes de la planète que ces « progrès » nous fabriquent en grand secret, au service desquels il envisage sérieusement de mettre ses talents de propagandiste, dans un futur assurément aguichant. 

Monsieur Joffrin adhère comme un fou à ce monde en mouvement, ce monde d’innovations toutes plus innovantes que les autres. Il y adhère comme une patelle à son rocher. Ses « lendemains qui chantent » à lui, ils sont là. Il en est tout étourdi, comme le Ravi de la Pastorale des Santons, qui ne cesse de s’émerveiller et de répéter : « Mon Dieu, que ce monde est beau ». 

Comme il chante les "Béatitudes" qui nous attendent dans le monde qui nous est promis, je propose de le surnommer « Joffrin-le-Béat ». 

Voilà ce que je dis, moi.  

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