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dimanche, 17 avril 2016

A PROPOS DE BIENVEILLANCE

C'est rigolo, la façon dont les choses se passent parfois.

MICHAUD YVES.jpg

Je viens de lire et commenter le livre d'Yves Michaud, Contre la Bienveillance (Stock, 2016, voir mes billets du 9 au 12 avril), et voilà-t-il pas que je vois, trônant en bonne place dans une page du Monde daté 17-18 avril, une publicité pour une "banque d'un genre nouveau", dont la raison sociale s'assortit du délicieux slogan (et sûrement sincère, n'en doutons pas un instant : enfin une banque à intention "altermondialiste" authentique) "Une autre banque est possible". Allez, mettons ça sur le compte de l'air du temps et n'en parlons plus.

CREDIT COOPE.jpg

En opérant l'agrandissement du mot, j'ai effacé les deux autres coups de bluff (les petites impostures inhérentes à la nature même de toute publicité) : "coopération" et "engagement".

Une preuve quand même qu'Yves Michaud, en critiquant la société du "Care" que certains tentent de promouvoir, a mis le doigt sur un des points les plus antipathiques de l'époque, qui s'efforce de vous attirer dans un maternage hypocrite, pour mieux masquer sa ferme intention de faire en sorte que rien ne bouge dans l'organisation sociale, les hiérarchies et la façon de gouverner. Mon banquier, je ne lui demande pas d'être bienveillant : j'attends qu'il soit honnête, et à tous égards. Pas plus que je ne demande à l'Etat et à l'organisation sociale d'être bienveillants : j'attends qu'ils soient guidés par un esprit de justice.

A noter le souvenir à peine démarqué du slogan de campagne, désormais célébrissime, du candidat Barack Obama : "Yes, we can !" ("avec vous" - qui n'est pas la même chose que "ensemble", autre imposture, en plus subtil - n'étant là que pour interpeller l'éventuel poisson et le motiver à mordre à l'hameçon). A noter aussi l'autre slogan, celui qui irrigue la dite époque et dont on bourre le crâne des populations pour qu'elles obtempèrent à la sommation : "Change is good" (haut de l'image). Sous-entendu : "Changez, ou gare à vous !!!".

A noter enfin le "style BD" de cette publicité, y compris, en arrière-plan, pour faire décontracté, le plan de travail du dessinateur de BD  en personne (il s'appelle Artus), avec ses petits pots, son encre, ses tréteaux, etc. N'est-ce pas que vous avez vraiment l'impression que cette banque vous a compris et s'est mise à votre portée pour combler vos attentes ? Une banque philanthropique, pour sûr !

ON VIT UNE EPOQUE F.jpg

Comme le disait le regretté Jean-Marc Reiser : On vit une époque formidable !

Voilà ce que je dis, moi.

samedi, 09 avril 2016

YVES MICHAUD ET LA BIENVEILLANCE 1

MICHAUD YVES.jpgLe philosophe Yves Michaud vient de faire paraître Contre la Bienveillance (Stock, 2016). Ce titre a si bien caressé le poil de ma curiosité dans le bon sens que je me le suis procuré sans attendre. Je ne suis pas déçu par ce petit livre (un peu moins de 180 pages) : j’ai eu l’impression de me retrouver au milieu d’un paysage intellectuel enfin normal, d’aplomb. Un paysage avec le sol en bas, le ciel en haut, les arbres verticaux et l’horizon tout au fond. Une lecture salutaire. 

Un nuage de gaz anesthésiant s’est en effet abattu depuis plusieurs années (combien, au juste ?) sur la façon dont les doctes et les puissants autoproclamés racontent le monde au bon peuple qui forme le gros du public accouru pour applaudir toutes sortes de batteurs d’estrades : je veux bien sûr parler des téléspectateurs, des contribuables, des automobilistes, des consommateurs, bref, pour le dire d’un mot, des électeurs. 

Une guimauve insipide de moralisme impérieux et obtus, de bons sentiments, d’émotion dégoulinante, de compassion et d’altruisme bénévole a revêtu de sa couche poisseuse tout ce qui relevait jadis de la sphère politique, c’est-à-dire de ce forum virtuel où est censée s’organiser la vie en commun dans une société donnée. La société française tout entière semble prise dans cette glu culpabilisante.

Respiré à forte dose, ce gaz a la particularité de faire basculer le paysage intellectuel. Vous vous retrouvez cul par-dessus tête, avec du ciel partout et l’horizon nulle part. Quant au sol, il s’est dérobé, trop spongieux et mouvant pour porter les pas de l’homme sensé. 

Parmi les nombreux responsables (qui s’imaginent peut-être ainsi attirer sur eux les suffrages de la population), on trouve des gens comme Martine Aubry (le « pot à tabac », selon le si gentil Fabius), qui fut, je crois, la première « femme politique » (sic) à utiliser le mot « care », et en anglais dans le texte : « la société du "care" » (en 2010, je crois). Autrement dit : l’humanitaire érigé en principe d’organisation politique des citoyens ! Un oxymore rationnel ! 

Yves Michaud lui joint, mais en caricatural cette fois, d’autres grands amateurs de plateaux médiatiques : « Bhlisme (l’idéalisme de la bling-bling politique), kouchnerisme (l’idéalisme du baba humanitarisme) et hulotisme (l’idéalisme de l’ULM-écologie), variétés de l’affairisme compassionnel et communicationnel, doivent être renvoyés là d’où ils n’auraient jamais dû sortir : à la rubrique mondaine » (p.161). Un tel paragraphe ne peut que m’aller droit au cœur, et me console de l’horripilation provoquée par la complaisance que mettent les médias à procurer à ces clowns (BHL, Kouchner, Hulot) tant d’occasions de nous infliger le spectacle hautain, racoleur et donneur de leçons de leurs grandes âmes et de leurs belles intentions. 

Yves Michaud n’aime pas le personnage que BHL donne à voir de lui-même avec tant de complaisance et de savoir-faire. Je dirai que c’est bien le moins : il est bon que le pantin de cet imposteur soit redescendu manu militari du piédestal sur lequel il s’est propulsé, et se fasse qualifier d’ « essayiste », et non de « philosophe », par quelqu’un de sérieux (et plus qualifié que moi en la matière). Sur le personnage en question, on se rappelle Une Imposture française, de Nicolas Beau & Olivier Toscer (éd. Les Arènes, 2006). Que monsieur Lévy puisse être considéré comme un penseur digne de ce nom par nombre de nos compatriotes est en soi un symptôme inquiétant de l'état "culturel" de la France.

Qu’on se le dise : BHL ne s’autorise que de son humeur et de son image. La dernière fois que j’ai évoqué ce sinistre bouffon, c’était pour commenter le « livre » que Michel Houellebecq, à mon avis passablement retors dans cette occasion, a hélas consenti à publier en compagnie de BHL, ce Narcisse invétéré doublé d’un naïf abyssal (Ennemis publics, Flammarion-Grasset, 2008 – voir mon assaisonnement détaillé ici même les 14, 15, 16 et 17 avril 2015). 

Contre la bienveillance est un livre qui traite de politique. Je reformulerais volontiers la thèse soutenue par Yves Michaud dans une phrase simple : « Il ne faut pas confondre morale et politique ». Par "morale", il faut entendre tout ce qui, louable dans les relations interpersonnelles, devient calamiteux dans la sphère publique où se décide et se structure l’institution de la société tout entière : affectivité, émotion, sentiment, compassion, altruisme : « Si nous voulons que le mot citoyen garde le sens qu’il a pris depuis les théories du contrat social, il nous faut en finir avec la bienveillance, la compassion et le moralisme, et revenir aux conditions strictes de l’appartenance à une communauté républicaine, revenir aux conditions strictes du contrat politique » (p.16). Cette invasion du domaine public (« Le Commun ») par le domaine privé est de très mauvais augure. 

Les trois problèmes qui, en France aujourd’hui, menacent la communauté politique sont, selon l’auteur, le fondamentalisme religieux, le populisme et la façon d’envisager la politique internationale. Ce qu’Yves Michaud appelle le "fondamentalisme religieux" n’a pas d’autre nom que l’islam sunnite, et même salafiste qui, ayant pris pied sur le sol européen, s’efforce de s’enraciner et de contaminer les esprits, par des prêches de plus en plus radicaux tenus dans des mosquées mal contrôlées par les autorités. 

Je ne m’attarde pas trop sur ce point : j’en ai assez parlé ici (tag "islam" pour s’en convaincre si besoin). Je citerai juste ce petit paragraphe, net et sans bavure : « L’islam sunnite, en attendant le moment où il deviendrait tolérant et s’ouvrirait à la critique, est aujourd’hui une religion obscurantiste, intolérante et antidémocratique » (p.31). J’ajoute quand même que le "en attendant" est d’une gentillesse (ou d’une prudence ?) outrancière. Autant chanter : « Quand les hommes vivront d’amour » (ne pas oublier que ça finit sur « Mais nous, nous serons morts, mon frère »). 

Il faut que les Européens soient aveugles ou particulièrement cyniques ou suicidaires, pour ne pas considérer tous les débats qui tournent autour de l’islam, du modéré jusqu’au djihadiste, comme des preuves et des suites de l’offensive généralisée lancée en 1979 contre l’Occident par un certain Khomeiny. 

Il suffit, à partir de cette date, de dessiner sur une carte les progrès de la ligne de front de l’islamisme radical, et férocement prosélyte, pour prendre conscience que, modéré ou pas, l’islam en soi est résolument insoluble dans le judéo-chrétien, le gréco-latin, l’humanisme et les Lumières de la Raison. Je veux dire qu’il est définitivement inassimilable par le corps de l’Europe. 

Laïcité ou pas, l’islam est en soi la négation de l’ensemble de cet héritage. Le principe de tolérance, en la circonstance, est hallucinant d’aveuglement. Yves Michaud, en circonscrivant la menace aux seuls « fondamentalistes », minimise à mon avis le problème.

De là où il est, il ne pouvait peut-être pas dire autre chose. 

Voilà ce que je dis, moi.

A suivre ...