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jeudi, 06 juin 2013

QUI EST NORMAL ?

 

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AUJOURD'HUI, J'AI UNE PENSÉE POUR TOUS LES GARS QUI SONT LÀ. ILS SONT 9388, DONT 307 INCONNUS ET 4 FEMMES. ON PEUT DIRE QU'ILS Y SONT RESTÉS, APRÈS AVOIR DÉBARQUÉ ILY A 69 ANS SUR LA PLAGE, PAS LOIN. "LÀ", ÇA VEUT DIRE COLLEVILLE-SUR-MER (CALVADOS). 70 HECTARES DE CROIX. LA PLAGE FUT BAPTISEE OMAHA : UNE BOUCHERIE. "LES GARS", C'ÉTAIENT DES AMÉRICAINS. C'EST COMME ÇA. MOI, JE DIS : MERCI MESSIEURS. 

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VOUS Y DÉBARQUERIEZ, À OMAHA BEACH, AUJOURD'HUI ? FRANCHEMENT, SANS BLAGUE ? PHOTO ROBERT CAPA. 

 

***

Impossible donc d’être normal à 100%. Impossible d’être anormal à 100% non plus. Vous n’avez pas le droit d’être à 100%, c’est tout. Pourquoi ? Juste parce que vous n'êtes pas Dieu, voilà tout. D’ailleurs quel être humain aurait l’audace d’y prétendre ? Il faut s’appeler Zidane, Messi (quel nom, franchement, pour un chrétien !) ou quelque autre prodige du ballon rond pour déclarer, dans l’interview d’avant-match, que toute l’équipe est prête à 200% pour faire mordre la poussière au club d’en face, dont tous les employés sont, comme eux, déjà millionnaires jusqu’au trognon. 200%, a-t-on seulement idée ?

 

Il faut imaginer Zidane, Messi (quel nom !) ou quelque autre prodige du ballon rond en divinités improbables venant gagner à la sueur de nos fronts de contribuables nécessiteux les salaires astronomiques d’étoiles aussi vite apparues dans notre ciel que disparues au fond de leurs vastes et confortables demeures. Observons que l’humanité souffrante se passe fort bien de Zidane, maintenant qu’il a déserté le champ de bataille, fortune faite. Non, le salaire de Zidane, tout au long de sa courte carrière, n’est pas non plus à 100% anormal. Il est juste extravagant. A la trappe, la « common decency » invoquée par George Orwell ! Un naïf, celui-là !

 

Il faut bien reconnaître, de toute façon, qu’une norme de 100%, que ce soit pour le normal, l’anormal ou ce qu’on voudra, c’est au-delà de toutes les capacités humaines. La perfection appartient à Dieu, et comme personne n’a scientifiquement prouvé jusqu’ici qu’il existe, on est obligé de se contenter de l’imperfection de nous autres bipèdes, qui nous efforçons tant bien que mal de survivre quelque temps à la surface de la croûte qui sert de coquille ou d’épiderme à notre si pauvre et pourtant si chère planète.

 

En fait (je l’ai déjà dit, mais …), une norme découle de l’analyse de l’existant. Pour établir une norme, ce n’est pas très difficile dans le principe, mais c’est long et fastidieux à mettre en œuvre, pour la bonne raison que c’est répétitif, horriblement répétitif. Il faut juste compter, additionner, diviser.

 

Un bon compteur, une bonne calculette, et c’est dans la poche : elle est pas belle, ma norme ? Il paraît même que c'est pour ça que l'écriture a été inventée. Des gens plus savants que moi l'ont baptisée cunéiforme, sans doute parce que nous avons désappris à lire ces lettres-bâtons en forme de coins. Reprenons.

 

Cliquez sur le critère « taille des Français adultes », prenez les Français en âge d’être adultes, additionnez, puis divisez le chiffre obtenu par le nombre d’individus, et vous verrez ceci : les hommes s’élèvent à 175 cm d’altitude au-dessus du sol jusqu'où arrivent leurs pieds.

 

C'est légèrement plus haut que les femmes, qui doivent se contenter de 163 (« C’est injuste et fou, mais que voulez-vous qu’on y fasse ? », se demande derechef Tonton Georges). On appelle ça une statistique. Très utile pour les fabricants de vêtements, de voitures et de mobilier. Mais je connais un hippopotame qui fréquente, hélas, le même café que moi, et dont le corps est à lui seul un défi aux lois de cette nature.

 

Et ce qu’on attend d’une statistique, c’est qu’elle vous produise de la moyenne. C’est comme d’aller de Barcelone à Dunkerque : vous comptez les kilomètres parcourus, vous regardez le temps total du parcours, et vous avez votre moyenne. Si votre calculette vous sort 160 km/h, c’est que votre bolide transportait quelque chose de pas catholique et que vous avez échappé aux flics. Pour cette fois, vous avez eu de la chance. Les spécialistes de la chose appellent ça un « Go fast ». Passons.

 

Nous vivons donc sous le règne de la moyenne. Autant dire dans l’empire de la norme. Ceux qui combattent les normes sociales comme autant d’ennemis mortels devraient d’ailleurs y songer. Le problème de la moyenne, c’est qu’elle est toujours fausse. Comment ça, fausse ?

 

Mais si, réfléchissez. Prenez le critère que vous voulez, salaire, marque de voiture, poids de pain consommé par an, indice de masse corporelle, combien de rapports sexuels dans la semaine, si vous regardez le chiffre, quand allez-vous tomber sur celui qui vous correspond exactement ? Jamais. Un exemple ? Quelle est la femme qui, depuis l’aube de l’humanité, a fait 2,1 enfants à la virgule près ? C'est pourtant la moyenne de l'indice de fécondité en France. Et toc !

 

Me démarquant de Winston Chuchill – qui déclarait : « Je ne crois qu’aux statistiques que j’ai moi-même trafiquées », mais lui était un humoriste, ce qu’il me coûterait fort de paraître, si une telle occurrence était seulement imaginable –, je dirai que la moyenne est un reflet de la réalité, mais seulement sous un certain angle : celui des masses humaines. Car si vous prenez l’humanité individu par individu, le statisticien est le plus grand MENTEUR que je connaisse.

 

Car le statisticien est le principal négationniste de l’individualité. Il ne commence à raisonner qu’au moment où il a réussi à la faire disparaître. Toute moyenne statistique est totalitaire dans l’âme. Et la population est bien trop bonne de se laisser « gérer » par ce régime tyrannique. Le problème, c'est qu'elle s'y est habituée. Parce qu'on lui a dit que c'est ça, la démocratie.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

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