02.12.2011

CONTINUONS LE COMBAT ?

Après le sujet sérieux, après le sujet grave, voilà un sujet  déplaisant. Un sujet qui m’est inspiré par ce que j’entends régulièrement.  

J’étais allé rendre visite à Dédée quelque part en Dauphiné. J’y tenais. Va savoir pourquoi, au fond du fond. Elle avait du mal à tenir debout. Amaigrie à faire peur. Elle trouva néanmoins la force de rire en me disant : « Oui, Frédéric, on retournera dans les marais, un soir de Noël, pour faire les loups ». Quinze jours après, elle n’était plus de ce monde. Je l’aimais beaucoup.

« Faire les loups », je vais vous dire ce que c’est. Pendant une soirée de Noël, tout le monde était sorti pour prendre l’air et faire de la place dans les estomacs pour la suite. Il faisait nuit, il était tard, mais sans plus. Par jeu, j’avais commencé à pousser des cris dans le suraigu, comme je sais faire, à la façon des loups, dit-on. Et comme le proposait le générique d’une émission de radio il y a fort longtemps (« Loup-garou », de PATRICE BLANC-FRANCARD ?).

Dédée s’y était mise, elle faisait ça très bien : on avait donné tous les deux une sorte de concert improvisé, de loups hurlant à la lune. L’imitation devait être assez réussie, si j’en juge par les lumières extérieures des maisons qui s’allumèrent à ce moment.

On entend fréquemment, à propos de gens qui sont morts « des suites d’une longue maladie » ou « d’une cruelle maladie », qu’ils se sont battus avec courage contre la maladie. Dédée ? Oui, elle s’est battue. Mais d’abord, ça veut dire quoi, « se battre contre la maladie » ? Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? J’avoue que je l’ignore.

Se battre contre n’importe quelle maladie, je vois bien. Ça veut dire, en gros, se soigner. On va chez le toubib, il fait un examen sérieux (Docteur L., 30 minutes) ou pas sérieux (Docteur P., 4 minutes, tension comprise), il vous fait rhabiller, il vous fourgue une ordonnance, vous la suivez, vous êtes guéri. On a fait ce qu’il fallait.

Se battre contre la maladie, ça veut donc dire « se soigner ». Accessoirement, ça veut dire, faire ce que le docteur a dit de faire. Et normalement, ça marche. Dans la plupart des cas. Le problème se pose quand la maladie devient « longue » ou « cruelle ».  

 

De l’usage de l’euphémisme et de la périphrase, quand ça devient vraiment grave. GEORGES BRASSENS, dans « Le Bulletin de santé », dit « ce mal mystérieux dont on cache le nom ». Disons-le : il s’agit du cancer. Cancer de ce que vous voudrez, c’est un mot qui fout la trouille. Je signale en passant qu’on n’a pas fini de l’entendre, le mot.

Pour vous en convaincre, allez voir La Société cancérigène, de GENEVIEVE BARBIER et ARMAND FARRACHI : 262 % d’augmentation entre 1950 et 1988, + 20 % entre  1980 et 2000. Les décès ? 7 % en 1920, 30 % en 2000. Un homme sur trois, une femme sur quatre en meurt, aujourd’hui en France. Je ne m’affole pas, j’essaie de voir en face. Je précise quand même que je ne suis pour rien dans cette évolution.

Se battre contre la maladie, j’ai dit que c’était « obéir à son médecin ». Faire ce qu’il ordonne. Vous avez envie de vivre, et vous n’avez pas envie de mourir ? Obéissez. Soumettez-vous à l’autorité du médecin.  Pour le cancer, deux ordonnances : la chirurgie ou la chimiothérapie. Il y a aussi la radiothérapie, mais bon.

Se battre contre la maladie, c’est prendre les médicaments qui sont sur l’ordonnance. C’est aller bien sagement à sa « chimio » pour vomir tripes et boyaux. C’est passer par le bloc opératoire pour se faire enlever un morceau de corps pourri.

C’est ça, que je ne comprends pas : c’est donc ça, se battre ? Et je ne parle que des cas où les toubibs ne se sont pas trompés dans leurs diagnostics, dans leurs appréciations, où ils ont vraiment fait ce qu’il fallait, rien que du pertinent, de l’idoine et de l’adéquat.

Si les gens croient qu’avoir le moral quand on est malade suffit pour vaincre le cancer, libre à eux. Quelle différence objective, à l’arrivée, y a-t-il entre quelqu’un qui « s’est battu » et quelqu’un qui s’est « laissé aller » ? Vous en voyez une, vous ? A quoi ça me servirait, en pareil cas, d’avoir la volonté de « me battre » ?

Non, franchement, je préfèrerais qu’on dise qu’untel ou unetelle a FAIT FACE à la maladie, qu’il ou elle l’a bien regardée dans les yeux. « Se battre », on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est le genre de pieux mensonge qu’on dit pour réconforter. Je n’aurais pas envie qu’on me réconforte comme ça.

C'est PIERRE DESPROGES qui disait, et il savait de quoi il retournait, dans son propre cas : « Vivons heureux en attendant la mort ». Ça oui, c'est une vraie leçon.

Voilà ce que je dis, moi.

 

PS : Promis, la prochaine fois, je rigole.

 

 

 

22.05.2011

LES MOTS POLICIERS : PHOBIE

HARO SUR LES PHOBES !

Tout au long de ses Essais (Les Belles lettres, 2010), le grand PHILIPPE MURAY tape dès qu’il peut sur ceux qui tapent sur tous les « malades » atteints de diverses « phobies ». Il tape dessus pour une raison bien précise : les dénonciateurs de « phobies » font tout ce qu’ils peuvent pour que des LOIS interdisent d’être atteint de « phobies », et pour que des LOIS punissent impitoyablement toutes les manifestations publiques des « phobies » ainsi stigmatisées. PHILIPPE MURAY s’attaque ce faisant à la tendance de l’époque qui consiste à faire entrer toutes sortes de vides juridiques dans le CODE PENAL.

Il est vrai que c’est devenu une véritable MANIE : quand un fait divers tragique se produit, NICOLAS SARKOZY sort sa loi, mais que l’absence de décrets d’application, ou tout simplement parce qu’elle est inapplicable, rend inapplicable. Un fait appelle une loi. Comme des faits, il s’en produit quelques milliards à chaque seconde, je ne sais pas si la distance de la Terre à la Lune suffirait pour calculer l’épaisseur du code pénal qu’il faudrait écrire pour la sécurité de la planète. La moitié de l’humanité serait alors chargée de commettre des faits (autrement dit de VIVRE). L’autre moitié serait composée de juristes, de juges, de procureurs et d’avocats. On appellerait ça la DIVISION DU TRAVAIL PENAL.

Trêve de plaisanterie : par curiosité, je suis allé voir ce qui se trame derrière l’écran du mot « phobie ». Le détour est intéressant, et le spectacle est croquignolet. Si l’on s’en tient à la définition médicale, voici ce qu’on trouve dans le Dictionnaire de la psychanalyse d’Elisabeth Roudinesco : « Utilisé en psychiatrie comme substantif vers 1870, le terme désigne une névrose dont le symptôme central est la terreur continue et immotivée du sujet face à un être vivant, un objet ou une situation ne présentant en soi aucun danger ». Je retiens « névrose » et « terreur continue et immotivée ».

Un exemple ? J’ai connu une femme (Mme L.) qui souffrait de deux phobies véritables. Tout le monde connaît la claustrophobie, non ? Elle en souffrait à ce point que prendre l’ascenseur était pour elle, tout simplement, inenvisageable. Elle revenait donc du supermarché le coffre de la voiture plein, mettait tout dans l’ascenseur, appuyait sur le bouton et montait à pied. Bon, elle n'habitait qu'au troisième. Plus grave : elle m’a raconté qu’elle souffrait de « colombophobie », soit, en clair, la terreur des oiseaux. Un jour, elle traverse le pont Lafayette, au-dessus duquel passent et repassent les mouettes. L’une d’elles a le malheur de la frôler. Mme L. ne se souvient rigoureusement de RIEN, sinon que, lorsqu’elle a repris connaissance, elle était étendue au milieu de la chaussée, au milieu du pont.

Voilà ce que c’est, une vraie phobie, et voilà ce que ça donne : une PANIQUE totalement impossible à maîtriser, à réprimer ; une perte de conscience en présence de l’objet d’horreur. C'est ça la MALADIE qu'on appelle PHOBIE. L’usage du mot, aujourd’hui, dans les médias, est tout simplement ABUSIF. C’est une MALVERSATION. Ceux qui en parlent sont des FAUSSAIRES. On accuse quelqu’un de « phobie » au même titre que SARKOZY accuse les socialistes d’ « immobilisme » et d’ « archaïsme ». Le mot phobie range illico celui qui en est atteint parmi les malades mentaux, atteint des mêmes « maladies mentales » qui servaient de prétexte aux Soviétiques pour  enfermer leurs DISSIDENTS en asile psychiatrique, où a été inventée la "torture blanche". Rien de mieux pour disqualifier. On appellera ça un HOLD UP. Cela veut dire accessoirement que l’accusation de « phobie » à tout bout de champ fonctionne aujourd’hui, exactement, comme un argument politique, et que la toile de fond totalitaire sur laquelle l’argument se détache n’a rien de rassurant.

C’est au même genre de MALVERSATION que, en 1984, toute la gent à SOUTANE et à CRUCIFIX avait kidnappé le mot « libre » pour faire retirer la loi Savary qui stipulait que l’argent public irait désormais à l’enseignement public, l’enseignement privé (l’enseignement dit LIBRE) devant se démerder pour trouver des fonds privés. Le tout, pour arriver à ses fins, comme ce fut le cas en l’occurrence puisque la loi fut retirée par FRANÇOIS MITTERRAND, le tout, c’est d’arriver à convaincre le plus de monde possible qu’on est, dans l’affaire, la VICTIME. C’est très important, d’être la VICTIME. Ce fut une belle IMPOSTURE : être libre, cela signifie qu’on ne dépend de personne. Or l’enseignement CATHOLIQUE, puisqu’il faut l’appeler pas son vrai nom, DEPEND pour son existence de l’argent alloué par l’Etat français. Il est maintenu en vie grâce aux transfusions permanentes et importantes dans ses veines de l'argent du contribuable. Il est parvenu à ses fins en faisant subir aux mots la même inversion que BIG BROTHER dans 1984 du grand GEORGE ORWELL : « L’esclavage, c’est la liberté ». C’est ça, la NOVLANGUE.

En consultant divers dictionnaires sérieux, j’ai trouvé une vingtaine de phobies dûment répertoriées, médicalement repérées. Une vingtaine, tout mouillé de chaud. Bon, on doit pouvoir en dénicher quelques autres dans les coins ou dans les placards : allons jusqu’à trente. Ensuite, vous allez voir sur l’incontournable Wikipédia. Là c’est du grand spectacle. Que dis-je ? C'est un FEU D'ARTIFICE. A ce jour, la notice se divise en 9 parties. Je vous épargne l’énumération : disons qu’il y a les phobies au sens restreint, et les phobies au sens étendu (c’est évidemment dans ces dernières qu’il faut chercher l’IMPOSTURE). J’exclus pour l’instant les mots de la chimie et de la biologie qui désignent des propriétés de corps ou d’organismes.

Au sens restreint, on trouve, attention, tenez-vous bien, quatre-vingt-onze (91) « phobies » (connaissiez-vous la « triskaïdekaphobie » ? Moi non plus. C’est la peur du nombre 13. Et la « plangonophobie », ou peur des poupées ?). Bref, c’est vous dire qu’avec Wikipédia on est dans le sérieux, vous ne trouvez pas ? Là, je me marre. Non, vous avez compris qu'on est dans le GRAND N'IMPORTE QUOI. Je suis sûr qu’on peut en ajouter toute une liste, même en ne cherchant pas trop. Au sens étendu, on entre dans ce que la notice appelle « préjugés et discriminations », malheureusement sans dire s'il y a une parenté, et laquelle, avec la VRAIE PHOBIE (voir l'exemple de Mme L. plus haut). On y trouve l’ « hispanophobie » (oui, pour introduire le paragraphe), puis, dans l’ordre alphabétique (juste quelques-uns, pour goûter) : « biphobie », « christiannophobie », « éphébiphobie », « gérontophobie », « hétérophobie », « homophobie », « islamophobie », etc. Il y en a douze, vous pouvez vérifier dès maintenant. Au total, ça fait cent trois (103) : une phobie de moins que les symphonies du grand JOSEPH HAYDN. On est clairement dans la fantaisie, l’improvisation et l’imagination. C'est le GRAND N'IMPORTE QUOI. On est clairement dans l’IMPOSTURE.

Cette liste me fait penser à un article déjà ancien paru dans Le Monde diplomatique, intitulé « Pour vendre des médicaments, inventons des maladies », où l’auteur dénonçait la frénésie purement commerciale des firmes pharmaceutiques, désireuses de mettre en application le principe énoncé par JULES ROMAINS, en 1923 s'il-vous-plaît, par la bouche du personnage central de sa pièce Knock : « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ». Knock rêve en effet de transformer la petite ville dans laquelle il exerce en un vaste hôpital. De même, les inventeurs de « phobies » rêvent de transformer les gens normaux : « Toute personne normale est un phobique qui s’ignore ». On invente des « phobies » pour en faire tomber le maximum sous le coup de la loi, et punir les coupables.

Le mot qu’on met sur la chose découle souvent d’un choix idéologique. Entre 1940 et 1945, on savait dans quel camp vous étiez suivant que vous disiez « terroriste » ou « résistant ». Les mots qu’on utilise révèlent quelque chose de la personne qui les prononce. J’ai parlé ici le 10 mai de l’accusation de racisme portée contre LAURENT BLANC. En voilà, un mot qu’on met à toutes les sauces, comme si quelqu’un, en l’appliquant à N’IMPORTE QUOI, voulait en finir avec la notion même de racisme en la diluant tellement, comme dans les médicaments homéopathiques, qu’elle perd à l’arrivée toute signification.

Reste un mécanisme et une structure. Il faut trois acteurs : un ACCUSATEUR déguisé en VICTIME, un ACCUSÉ, et le CODE PENAL. L’exemple récent des prières, le vendredi, dans certaines rues de Paris et de Marseille l’a bien montré. L’accusateur déguisé en victime, ce sont les musulmans de France, l’accusé, c’est Claude Guéant, coupable en l’occurrence d’ « islamophobie », et le levier, c’est bien le Code pénal. Je me garderai de prendre la défense du ministre de l’Intérieur. HOUËLLEBECQ s’en est pris un jour à « la religion la plus bête du monde ». Un professeur de philo, ROBERT REDEKER, a pris en 2006, une volée médiatique de bois vert quand il a osé dénoncer la violence prônée dans le Coran. Le fait seul qu’il ait aussitôt reçu des menaces de mort prouve qu’il AVAIT RAISON. L’Islam en France est d’abord un FAIT. Même chose pour la judéophobie : celui qui en est taxé devient ipso facto un dégueulasse ANTISEMITE, parce qu’il a osé, comme Edgar Morin il y a quelque temps, critiquer la politique des Israéliens envers les Palestiniens. Même chose pour une des « phobies » qui ont le vent en poupe en ce moment : l’ « homophobie ».

Loin de moi l’idée d’approuver Guéant, Houëllebecq ou Redeker. Quant à l’homosexualité, elle est aussi vieille que l’humanité : elle est un FAIT. Il n’est évidemment pas question de persécuter les musulmans, les juifs ou les homosexuels : persécuter est un ACTE, et comme tel, il est intolérable. Ce qui est inquiétant dans toute cette affaire de MOTS, c’est qu’on a l’impression qu’ils sont assiégés, guettés, surveillés étroitement par des gardes-chiourme. Or, si les mots sont l’expression de la pensée, ils ne sauraient être considérés comme des ACTES, et encore moins jugés au même titre que des ACTES. Est-on sûr que développer à outrance la SURVEILLANCE POLICIERE des mots soit le meilleur moyen de faire définitivement disparaître les ACTES contre les mosquées ou les tombes musulmanes, contre tel cimetière juif, contre les homosexuels ? Je suis très loin d’en être convaincu.

Quand la police prend le pouvoir, on peut voir ce que ça donne, par exemple en ce moment, dans la Syrie de BACHAR EL ASSAD.

 

 

16.05.2011

VOUS AVEZ DIT PSYCHANALYSE ?

Quoi que puisse en dire le nouveau pape auto-proclamé de la philosophie MICHEL ONFRAY dans Le Crépuscule d’une idole (sous-titré « l’affabulation freudienne »), la théorie freudienne n’a pas disparu, submergée, paraît-il, par ses « affabulations ». En passant, de même que NICOLAE CEAUCESCU était de son vivant immortalisé dans la formule « Danube de la pensée », on pourrait surnommer MICHEL ONFRAY « Amazone de la philosophie », si j’en juge au DEBIT du FLEUVE EDITORIAL qu’il fait couler : wikipédia indique, depuis l’an 2000, pas moins de 49 titres d’ouvrages. Cet homme-là doit être QUADRUMANE et INSOMNIAQUE : il faut des mains au bout des bras ET DES JAMBES et travailler 24/24, 7/7.  Six titres en 2008, cinq titres en 2010 : COMMENT FAIT-IL ? Ce n’est plus de la pensée. On appelle ça « LOGORRHEE ». C’est une pathologie.  Mais revenons à SIGMUND FREUD.

 

L’effort d’Onfray pour abolir la psychanalyse est pathétique, et peut-être pathologique : je ne me prononce pas (enfin : presque pas). Il est sûr que FREUD, avec la psychanalyse, aura réussi à contrarier, à emmerder le maximum de monde, et les tentatives d’annulation sont innombrables, indénombrables et insubmersibles. Aussi insubmersibles que la psychanalyse elle-même. Je me souviens du chapitre que le grand RENÉ GIRARD consacre au freudisme dans son grand ouvrage La Violence et le sacré (Grasset, 1972) : il estime que sa théorie du « désir mimétique » englobe et invalide celle du « complexe d’Œdipe ». Je n’entre pas ici dans le débat.

 

Ce qui m’intéresse, c’est l’incomparable succès, l’invraisemblable prospérité, l’inimaginable fortune accumulée par la théorie psychanalytique : je n’exagère pas. C’est une véritable CAVERNE D’ALI BABA. Si un lecteur frotté de psychanalyse découvre cette affirmation, il doit déjà être en train de se tapoter la tempe droite avec l’index (s’il est droitier). Certes, il y a de l’argent, dans les circuits, tous « psys » confondus (y compris la saloperie importée d’Amérique qu’on appelle « cognitivo-comportementale », dont la principale finalité est de fonctionner comme les « camps de réadaptation » mis en place en Chine sous Mao, sauf que là, il faut, en plus, payer le tortionnaire), mais moins que dans la poche de ZINEDINE ZIDANE. Et puis surtout, la caverne est métaphorique et même involontaire. C’en est au point que SIGMUND FREUD lui-même n’aurait pour rien au monde voulu ça, s’il avait pu le prévoir (enfin j’espère).

 

C’est comme PIERRE et MARIE CURIE : s’ils avaient pu prévoir quels usages seraient faits du « radium » et de la radioactivité, peut-être auraient-ils laissé en plan leurs travaux, un demi-siècle avant Hiroshima. S’ils avaient pu deviner les dégâts que causerait, du vivant même de MARIE, un médicament comme le RADITHOR (on lit distinctement sur l’étiquette : « radioactive water »), ils auraient sans doute fermé leur laboratoire. C’est la même chose pour la psychanalyse : quel cerveau de psychanalyste malade, qu’il fût orthodoxe ou hétérodoxe, aurait pu imaginer que quelques piliers de la théorie serviraient un jour à la plus gigantesque entreprise de domestication des peuples ? J’exagère à peine, comme je vais essayer de le montrer. michel onfray,psychanalyse,edward bernays,sigmund freud,rené girard,littérature,société,progrès,science,sciences humaines

 

On n’est jamais si bien trahi que par les siens, et personne n’est parfait : SIGMUND FREUD a un neveu, et plutôt deux fois qu’une, puisque fils de sa sœur et du frère de sa femme (une variante, sans doute, de la double peine). FREUD épouse Martha Bernays. Monsieur Bernays épouse Anna, sœur de Freud. Naîtra de cette union, en 1891, le petit EDWARD, Eddy pour les intimes, qui portera donc, et pendant 103 ans, le nom d’EDWARD BERNAYS (il est mort en 1995 : y a de la veine que pour la canaille). Cela valait le coup de s’attarder un peu : vous allez voir. Je ne sais pas quand sa famille a émigré en Amérique. Toujours est-il qu’il a eu le génie d’organiser un drôle de mariage entre les Etats-Unis et la vieille Europe, un mariage d’une originalité inouïe, jugez plutôt.

 

D’un côté, la théorie révolutionnaire d’un Autrichien qui dévoile les petits secrets bien cachés de l’âme humaine (c’est de tonton Freud que je parle). De l’autre, l’industrieuse et industrielle Amérique, en plein processus d’invention de la future « société de consommation ». D’un côté, la découverte de l’inconscient, du subconscient, bref, des motivations secrètes des individus. De l’autre, la découverte du moyen le plus moderne de s’enrichir : produire en masse, donc vendre en masse. D’un côté, une connaissance qui ira en s’affinant et se perfectionnant sans cesse des ressorts secrets du psychisme. De l’autre, le besoin pressant des industriels de convaincre le plus de gens possible d’acheter toutes affaires cessantes les marchandises produites.

 

EDWARD BERNAYS est encore bien jeune quand il fait partie d’un groupe mis en place par le président américain, chargé de trouver les moyens de convaincre la population du bien-fondé d’une entrée des Etats-Unis dans la 1ère guerre mondiale. Très tôt donc, il est mis en face de la question : comment amener une masse de gens à changer d’avis sur des questions importantes ? Autrement dit : comment agir sur l’esprit et le comportement des hommes, sans que ceux-ci s’en rendent compte ? Dit encore autrement : comment MANIPULER LES ESPRITS ? Et il était malin, le bougre, et s’était fait une doctrine solide sur les masses, considérées comme incapables de penser, tout juste capables d’exprimer des pulsions. C’est là que les idées de son tonton vont lui être très utiles : pour agir sur les foules, il ne faut surtout pas s’adresser à la Raison, par un Discours. C’est peine perdue.

 

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Bon, c’est vrai qu’il n’est pas tout seul à penser ainsi : WALTER LIPPMANN, par exemple, qui se demande, on est dans les années 1920, comment « fabriquer du consentement » (manufacture of consent, en langue originale). Années 1920 : c’est dire combien tout cela a été mûrement, longuement réfléchi, mis au point dans les moindres détails, et combien le travail sur les EFFETS attendus a été minutieusement conduit, longtemps avant PATRICK CHAMPAGNE (Faire l’opinion, 1990) qui, lui, se contente de « décrypter » les données d’une pratique (les sondages) qui s’est tellement banalisée qu’elle en a acquis la force de l’évidence. Alors que des gens comme LIPPMANN et BERNAYS, entre autres, ont établi les codes qui servent encore de base à tout ce qui travaille sur l’opinion.

 

Bref : l’idée est certainement dans l’air, comme on dit. Donc, il s’agit de s’adresser tout de suite à l’en-deçà de la conscience, qu’on appelle le « subconscient ». On ne va pas construire des raisonnements et des discours comme dans l’ancien temps (vous savez, les vieilles lunes de la rhétorique classique : « inventio, dispositio, elocutio »). On va montrer des images, des formes symboliques : c’est d’autant plus facile que les moyens de communication sont en train de faire un véritable bond technologique (les « médias de masse »). Par exemple, BERNAYS, qui travailla pour l’industrie de la cigarette, va utiliser le « symbole phallique » (merci tonton FREUD) pour étendre l’usage de ladite cigarette à l’autre moitié de la population américaine, celle pour laquelle fumer était très vilain, autrement dit à ce « gisement inexploité », ce « marché potentiel » constitué par LES FEMMES. Et ça marche ! A coups de défilés de jeunes et jolies fumeuses (« les torches de la liberté », selon la notice wikipédia) : la femme aussi est libre de se goudronner les poumons.

 

C’est donc ça, la PUBLICITÉ ? Oui : ni plus ni moins. Et ça marche. Et depuis toutes ces dizaines d’années. Public opinion de WALTER LIPPMANN date de 1922. EDWARD BERNAYS publie son ouvrage principal en 1928, sous le titre Propaganda.  PROPAGANDE : le mot sert aujourd’hui dans les petites joutes politiques pour accuser l’adversaire de « bourrer le crâne », ou alors il est censuré, rhabillé en « publicité », en « communication », en « communication politique » : cela s’appelle des EUPHEMISMES (vous savez : « non voyant », « à mobilité réduite », etc.). J’ai déjà parlé de la « propagande », dont un pape fut l’inventeur en 1622, quand il s’agissait de PROPAGER la « vraie foi » (autrement dit de convertir les mécréants). Il n’y a aucun hasard si JOSEPH GOEBBELS, « ministre du Reich à l’éducation et à la Propagande », s’inspirera de la théorie d’EDWARD BERNAYS, de même que STALINE.

 

Cela veut dire quelque chose de finalement assez simple : En quoi, aujourd’hui, se différencient régime de terreur et régime « démocratique » ? Dans l'un comme dans l'autre, le principal problème d’un gouvernement, c’est de savoir comment DIRIGER une population (on ne parle évidemment plus du tout de « peuple ») : susciter son adhésion, spontanée ou imposée, à ceux qui gouvernent, lui faire admettre la domination des dominants. Face à la « nécessité » d’adapter l’idée démocratique à la complexité du système économique, donc à la « nécessité » de GERER les foules, EDWARD BERNAYS et WALTER LIPPMANN, par des chemins différents, ont abouti aux mêmes conclusions : il est indispensable de façonner les esprits, de manipuler les gens, de les amener à penser et à agir dans le sens voulu par les dirigeants. C'est pour avoir compris ça que le capitalisme a triomphé du communisme.

 

Cela veut dire aussi que la « démocratie » repose aujourd’hui sur une industrie qui, grâce à la psychanalyse, s’est développée en allant débusquer dans la tête des gens le moindre détail de leurs désirs plus ou moins secrets et de leurs motivations intimes : L’INDUSTRIE DE LA PROPAGANDE, tant dans la politique que dans le commerce marchand (pardon pour le pléonasme). Il n’y a plus aucun secret pour ceux qui gouvernent (président d’un pays ou d’une grande société commerciale) : après leur enquête dans les tréfonds autrefois obscurs de l’individu (le « subconscient »), ils élaborent en laboratoire des produits qui sont ensuite vendus au même gogo, qui ne se demande même pas : « Mais comment ont-ils fait pour deviner ce dont j’avais envie ? », et qui paie pour se procurer la marchandise qu’on a, en réalité, tirée de lui-même (à la caisse du supermarché ou dans l’urne électorale : le processus est strictement le même, et EDWARD BERNAYS, le père du MARKETING, vendra ses « conseils » aussi bien aux hommes politiques qu’aux grandes entreprises). Faut-il vous l’envelopper, votre « idéal du moi » ? De quelle couleur la voulez-vous, votre « libido » ? Nos créatifs ont fait de gros efforts sur le packaging de votre « refoulé ». Mes yaourts sont-ils assez « narcissiques » ?

 

Cela veut dire, enfin, qu’une découverte majeure du 20ème siècle, la psychanalyse, même si elle reste tout à fait controversée dans ses principes, ses modalités, son efficacité, son prix, tant qu’on se limite à son domaine (thérapeutique des névroses), s’est répandue très concrètement dans tous les aspects et tous les moments de la vie quotidienne, tout simplement parce qu’EDWARD BERNAYS (et quelques autres) ont compris à quoi elle pouvait très concrètement servir : gérer les masses humaines. Et je me demande pour finir, si ce n’est pas exactement la même chose pour toutes les disciplines qu’on appelle « sciences humaines ». Il ne s’est passé rien d’autre dans les sciences « dures » : aurait-on eu la bombe H sans la physique ? La dernière catastrophe financière sans les mathématiques ? Le contrôle social le plus dur sans la puce électronique ? L’explosion démographique sans la médecine ? Aurait-on eu l’infamie publicitaire sans SIGMUND FREUD (c’est vrai qu’il est loin d’être tout seul) ?

 

Le savant est tout à fait inoffensif, dans son laboratoire, avec sa blouse blanche, son air gentil, tout obsédé de compréhension et de connaissance, et pour qui le monde dans lequel il vit est une entité vague et vaguement abstraite. Mais il y a son double démoniaque : l’aventurier, l’explorateur, l’homme d’action, tout avide de richesse, de gloire et de puissance, qui guette tout ce qui va sortir de ce « bureau d’études » pour en tirer le maximum, très concrètement. C’est un médecin, le docteur FREUD, qui a inventé la psychanalyse, dans le but de soigner l’homme, peut-être même de le guérir. C’est un homme d’action, son neveu EDWARD BERNAYS, qui va mettre à profit (au sens plein du terme) la découverte, très concrètement. D'un côté, la CONNAISSANCE, qu'on nous vend comme le BIEN SUPREME. De l'autre, l'ACTION, mot dont les médias regorgent dans le registre POSITIF. Mais soigeusement séparés : on appelle ça la DIVISION DU TRAVAIL : que ma main gauche, surtout, ignore ce que fait ma main droite. La "main gauche" (FREUD) s'appelle la SCIENCE. La "main droite" (BERNAYS) s'appelle la TECHNIQUE.  

 

C’est EDWARD BERNAYS qui déclara : « L’ingénierie du consentement est l’essence même de la démocratie, la liberté de persuader et de suggérer ». Et « La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible ». C’est cet homme qui est souvent considéré comme un des personnages les plus influents du 20ème siècle.

 

Elle est pas belle, ma « démocratie » ? Allez, quoi : ACHETEZ !!!

 

A suivre …

07.05.2011

VOUS AVEZ DIT EDUCATEUR ?

 

« Si ce disciple se rencontre de si mauvaise disposition, qu’il aime mieux ouïr une fable qu'un beau récit de voyage ou un sage propos ; qui, au son d’un tambour qui arme la jeune ardeur de ses compagnons, se détourne vers un autre qui l’appelle au jeu des bateleurs ; qui, par souhait, trouve  moins plaisant et moins doux de revenir poussiéreux et victorieux d’un combat, que de la paume ou du bal avec le prix de cet exercice : je n’y trouve d'autre remède, sinon que de bonne heure son gouverneur l’étrangle, s’il est sans témoins, ou qu’on le mette pâtissier dans quelque bonne ville, fût-il fils d’un duc, suivant le précepte de Platon qu’il faut colloquer les enfants non selon les biens de leur pere, mais selon les facultés de leur âme. »  montaigne 2.jpg

 

 

 

J'ai "modernisé" la langue : pardon, maître. Et c'est moi qui souligne évidemment l'essentiel. Oui, vous avez bien lu : MONTAIGNE propose, ni plus ni moins, d'étrangler, non pas tant le cancre, que le garçon "pas sérieux".

 

C'est dans les ESSAIS, livre premier, chapitre 26, intitulé "De l'institution des enfants", vous savez celui où l'on trouve le pont aux ânes de la tête bien faite et de la tête bien pleine. Mais le passage ci-dessus, vous ne risquez pas, bien sûr, de le rencontrer dans le LAGARDE ET MICHARD, mais vous ne risquez pas de le rencontrer non plus dans aucun des "manuels scolaires" (oui, c'est comme ça que ça s'appelle) actuellement en vigueur. Et je ne suis même pas sûr que beaucoup de professeurs de français en connaissent l'existence.

 

Le père MONTAIGNE, si je ne me trompe, donne un conseil pressant à tous ceux qui se mêlent aujourd'hui d'éducation des enfants : ON NE FAIT PAS BOIRE UN ANE QUI N'A PAS SOIF.

 Pour les amateurs d'héraldique, le blason de Montaigne se lit : "ECARTELÉ D'ARGENT SEMÉ D'HERMINE AUX 2 ET 3 AU CHEVRON DENCHÉ AUX 1 ET 4".

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05.05.2011

VOUS AVEZ DIT CHRETIEN ?

C’est assez mystérieux, la foi, non : LA FOI ! Voilà, tu l’as ou tu l’as pas. Quelqu’un qui l’a se demande comment on peut ne pas croire (voir Peut-on ne pas croire ? de Jacques BOUVERESSE, La Découverte, 2006). Evidemment, celui qui ne l’a pas se demande comment on a pu attraper cette maladie. Et celui qui n’a pas la même se demande comment on a pu se tromper A CE POINT. L’élite, c’est-à-dire tous ceux qui lisent ce blog le savent : je fais partie de ceux qui ne l’ont pas. Mais alors pas du tout, du genre à réagir comme MARCEL DUCHAMP : « Je ne suis ni athée, ni croyant : je m’en fous. ». La question ne se pose pas. bach,jean sebastien bach,musique,foi,foi chrétienne,église

 

Enfin, a cessé de se poser il y a bien longtemps, quand je me suis rendu compte que, à la fin de la dernière messe à laquelle j’avais assisté en tant que croyant, je savais qu’il y avait 91 tuyaux en façade de l’orgue de l’église Saint Polycarpe. Cela m’avait guéri de la maladie. Instantanément, je dois dire, même si la guérison devait incuber depuis quelque temps. Je ne sais pas si on dit « incuber » pour une guérison, à vrai dire. J’avais quand même dix-sept ans : mon premier poème, ma première cuite, ma première cigarette, ma première fille (mais ça il ne faut pas le répéter, hein, promis ?).

 

Toujours est-il que les gens qui ont la foi chrétienne, soit ils sont casse-couilles, soit ils m’impressionnent. Je dois avouer qu’il y en a peu qui m’impressionnent, très peu. Ceux qui commencent « à me les briser menu » (c’est une citation, pour les rares diplodocus qui ignoreraient encore le LINO VENTURA  des Tontons Flingueurs), ce sont les flics, genre Sœur Emmanuelle (avec sa question abrupte, hors de propos, comme une agression : « Et toi, qu’est-ce que tu fais pour les autres ? »). Enfin, ceux qui prêchent. Tous ceux qui prêchent, tous ceux qui veulent à tout prix que les autres adoptent la même foi qu'eux-mêmes. Parmi les quelques-uns qui m’impressionnent, il y a, à tout seigneur tout honneur, JEAN-SEBASTIEN BACH. Et parmi les mille et quelques œuvres imprimées de son vivant, je retiens la PASSION SELON SAINT-JEAN. Et dans la Passion, le numéro 60 (c’est vers la fin) de la partition Breitkopf.

 

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On connaît la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Par cœur, personne ne dira le contraire, n’est-ce pas ? Eh bien il existe une DECLARATION DE FOI du chrétien. Et c’est au numéro 60 de la Passion selon Saint Jean. L’air est chanté par une Basse. Il s’intitule (ce sont les premières paroles) : « MEIN TEURER HEILAND ». C’est de l’allemand chrétien. Et la musique est indiquée « ADAGIO » : c’est lent, c’est tendre, c’est le ton, non de l’angoisse, mais de l’effusion. Elle est là, la « Déclaration de Foi ». Voilà ce que ça dit, mal traduit en français (mais je trouve la traduction du livret assez tarte) : « Mon très cher Libérateur, laisse-toi interroger. Maintenant que tu es fiché sur la croix, et que tu as dit toi-même : « Tout est consommé. », est-ce que je suis libéré de la Mort ? ». Ça, c’est d’une force imparable. Incroyable. Inimaginable. Mais ça ne s’arrête pas là, ça continue : « Est-ce que je peux, par (mais là il faudrait pouvoir dire « grâce à » ou « à travers », l’allemand indique « durch ») ta souffrance et ta mort, hériter l’empire du ciel ? Est-ce que l’entier (mot jamais assez souligné) rachat du monde est là ? ». JEAN-SEBASTIEN, il demande confirmation, mais il sait déjà, car il le voit : « Tu ne peux, parce que tu souffres, rigoureusement rien dire ». Le sommet n’est pas là, il est à portée de vue, mais d’abord en allemand : « Doch neigest du das Haupt und sprichst stillschweigend : ja. ». Et en français : « Mais tu inclines la tête et, sans rien dire, tu parles : oui ! ». Moment musical absolument extraordinaire, texte ici traduit vaille que vaille.

 

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Cette Crucifixion de Grünewald est au musée Unterlinden à Colmar. Il faut préciser que Saint Jean Baptiste, le personnage en loques à droite, profère des paroles peintes sur la toile : "ILLUM OPORTET CRESCERE, ME AUTEM MINUI" : "Il faut que celui-ci grandisse et que je diminue".

 

Ce qui frappe dans ce passage, c'est que tu as vraiment l'impression (j'ai bien dit : l'impression) que BACH parle en personne, c’est qu’il dise à tout le monde que lui, il abandonne toute sa personne entre les mains de sa foi en LUI. Quelle faculté d’abandon de soi, de remise de soi, de don de soi ! Je vois ici la puissance de la FOI. Le Christ incline la tête, et ce mouvement de consentement (en fait, au moment où il meurt) devient une affirmation de la foi du chrétien dans une VIE qui dépasse l’entendement. Ce qui est fort, dans l’expression de cette foi, c’est que PERSONNE N’ASPIRE A REGENTER, personne ne donne l’ordre, non : aucune « propagation de la foi » en vue : vous avez devant vous un homme qui croit, un homme vivant, bien daté dans l’histoire (1685-1750), qui déclare qu’il ADHERE à une vérité, et c’est tout. Aucune propagande, chez Jean-Sébastien BACH (vous vous rappelez : B.A.C.H. : si, la, do, si bémol, L’Art de la fugue). Simplement sa DECLARATION DE FOI. Et ça témoigne fort. Il existe comme ça.

 

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Bon, ces quelques remarques sur BACH le croyant sont rebattues : toute son œuvre est truffée des mêmes références. Regardez par exemple, dans la Saint Mathieu, le numéro 75 de la partition : encore un air de Basse. Qu’est-ce qu’il dit ? « Fais-toi pur, mon cœur, je veux inhumer Jésus moi-même ; car il doit avoir désormais en moi, à jamais, son doux repos. Monde, va-t’en, laisse Jésus entrer. » (Ci-dessus, la "Descente de croix" de Rembrandt van Rijn.) Cela ne m’amènera pas à me convertir, bien sûr, mais cette façon de porter sa foi, cette plénitude qui émane de l’intérieur, voilà qui ne peut passer inaperçu. Autant tous les prêcheurs, prédicateurs, télévangélistes de leur propre foi m’insupportent, parce qu’ils ont QUELQUE CHOSE A VENDRE, autant celui-là, il m'inspire un profond respect. Ceux qui vendent, SOEUR EMMANUELLE en tête de gondole, que ce soit un dieu, une politique, un yaourt ou un aspirateur, ils ne passent même pas le seuil de chez moi. BACH se contente d’être là, pleinement, pas davantage. bach,jean sebastien bach,musique,foi,foi chrétienne,église

 

L'Eglise catholique, en 1622, a fondé la "Congregatio de propaganda fide", la Congrégation pour la propagation de la foi. C'est là que ça vire mal, à cause du mot "propaganda" évidemment, promis à un avenir exceptionnel. C'est un verbe, en latin, qui veut dire : "IL FAUT PROPAGER" (c'est la forme "adjectif verbal", si vous voulez tout savoir). Là, ça se gâte vraiment. Le 20ème siècle peut être appelé le SIECLE DE LA PROPAGANDE : on connaît les noms de JOSEPH GOEBBELS, JOSEPH STALINE, qui en ont fait une arme de destruction des esprits. On connaît moins le nom d'EDWARD BERNAYS, l'Américain, qui en a fait la théorie. Il y a fort à parier que tous se sont inspirés de la Congrégation citée plus haut, fondée, elle, en 1622, à ROME, pendant le règne du pape GREGOIRE XV.

 

Il est sûr que JEAN-SEBASTIEN BACH, comme employé de l'Eglise luthérienne, a servi à ça. Il reste que l'HOMME BACH n'aurait pas pu remplir ce rôle avec la puissance qui est encore la sienne, s'il n'avait pas été ABSOLUMENT SINCERE.

04.05.2011

VOUS AVEZ DIT NEOLATRIE ?

NEOLATRIE : un bon gros néologisme. Un bon gros paradoxe, donc, puisque je me propose ici, précisément, de lui rentrer dans le chou, au « nouveau ». Oui, au principe même qui fait du nouveau la religion qui règne chez nous, qui érige l’idole actuelle devant laquelle tout le monde ou presque se prosterne, que dis-je ? S’empresse de se prosterner. Il paraît que c’est très moderne, mais le « tout nouveau tout beau », il y a belle lurette qu’il est un peu fané.

 

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Qu’est-ce qu’un primitif (non, je ne change pas de sujet) ? Un primitif, c’est quelqu’un de « pas évolué », qui ne bénéficie pas de toutes les belles inventions de notre belle modernité, comme les patins à roulettes de ville pour adulte (ils appellent ça rollers), les trottinettes de ville pour familles, le dépistage du sida, des cancers de la prostate ou du côlon, les lingettes et les masques hygiéniques, et tout et tout… C’est quelqu’un qui va encore à la vitesse de ses pas, qui n’a pas encore la chasse d’eau à tous les étages, d’ailleurs, il ne sait même pas ce que ça veut dire, "étage", c’est dire s’il est « bas de plafond ». Bon, c’est vrai, lui, il répondrait qu’il a au-dessus de lui le plafond le plus haut du monde : le ciel. Il n’a pas complètement tort.

 

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Un primitif, c’est surtout quelqu’un qui n’aime pas le nouveau, qui en a une sainte aversion, autrement dit qui prend en grippe tout ce qu’il ne connaît pas. L’homme civilisé, lui, avec tout ce qui entre dans son paysage factice, c’est le contraire : il est comme le nouveau-né qui tette le sein de sa mère les yeux et les poings fermés, goulûment. Son insatiable avidité lui fait acheter divers fascicules de papier (on appelle ça des revues), il n’attend même pas : il est à l’affût de tout ce qui est nouveau, le fusil chargé, il tire à vue. Par exemple, il campe devant la porte trois jours avant la mise en vente de la « I-phone 4G », ou de la dernière version du « I-pad ». Vieux réflexe importé de la société de consommation, quand s’est ouvert le premier arts ménagers.jpgSALON DES ARTS MENAGERS (machine à laver, frigo, et tout le toutim).

 

Le primitif, lui, il est bête, parce que le nouveau,il en a la trouille. Il ne sourit qu'à ce qui est dûment répertorié. Ce n’est qu’un gros trouillard face à tout ce qui est nouveau. Dans le monde du primitif, il faut des données sûres et éprouvées, du stable : ce qui est vrai, c’est ce qui dure, donc ce qu’on n’a pas besoin de renouveler dès que la mode a changé. Ecoutez donc la publicité qui court sur les ondes en ce moment : « La soirée était parfaite, non, mais tu as vu leur vaisselle, chérie ? – Ah oui, là, ça calme. ». Le primitif, tout ce qui est nouveau, ça l’inquiète, parce que ça lui fait perdre ses points de repère. Pour le dire en un gros mot : ça bouleverse l’ordre du monde dans lequel il vit, et qui lui suffit.

 

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Et la clé de notre monde à nous, elle est là : pire qu’au théâtre, on nous change sans arrêt le paysage, on détruit l’ancien pour mettre du nouveau. Existe-t-il encore un téléphone qui serve simplement à TELEPHONER, et à rien d’autre ? téléphone.jpg

Il paraît que oui, bon, mais même ça c’est nouveau. Nous en sommes là : s’il n’y a pas de nouveau pendant un temps, nous tombons malades de langueur et d’ennui, nous avons l’impression de ne plus vivre, de ne plus sentir couler en nous le courant de la vie, comme si le sang s’arrêtait dans notre cœur. Il faut que ça bouge, que diable ! Il faut que ça change ! En politique : il faut des réformes, et plus vite que ça ! En art : il faut que ça innove, du jamais vu nom de dieu !

 

Tiens justement, pour ceux que ça intéresse : un nommé FRANZ WEST, issu (il faut le savoir) de « l’actionnisme viennois », « connu (je cite Libération daté du mercredi 4 mai 2011) pour ses sculptures grossièrement modelées aux couleurs vives, qui prennent la forme de rubans, de boules et, encore plus souvent, de gros boudins ».  

 

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L’article signé VINCENT NOCE est illustré : un gros boudin, en effet, dans les rose clair, érigé vers le ciel comme un énorme phallus, et avec un nœud au quart de la hauteur (il fallait sans doute respecter je ne sais quel « nombre d’or »). Et cette « sculpture », avec ses airs de gros rouleau de papier chiotte, a été intitulée « EIDOLON », c’est-à-dire « IDOLE » : quand je vous disais qu’il fallait se prosterner.  C’est au milieu d’une pelouse du jardin des Tuileries à Paris. Et il va recevoir dans un mois un « lion d’or ». Le titre de l’article : « Des conceptuels primés à la Biennale de Venise ». C’est bien : la récompense va au plus méritant, sans doute. « La Biennale veut récompenser le métalangage mis au service du vague et du décrépit », c’est l’article qui le dit ! Je ne connais pas M. « Actionnisme Viennois », que voiciprimitifs,société,littérature,politique,daniel buren,marcel duchamp,parti socialiste

 en revanche j’ai déjà vu des œuvres de « conceptuels », vous savez, ceux qui font des phrases en tubes de néon allumés censés exprimer le sens de « l’œuvre » qu’ils constituent, ou renvoyer le spectateur à son néant conceptuel.  

 

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MARCEL DUCHAMP, le célèbre pape du destructivisme en art, l’inaugurateur du paysage de ruine pourrait-on dire, déclarait dans la revue Life en 1952 : « SELON MON OPINION, L’ART N’A PAS D’AVENIR AU COURS DES VINGT-CINQ ANNEES A VENIR ». Quand c’est le président en personne de la HAUTE AUTORITE DE HAINE DE L’ART qui l’affirme, on est un peu obligé de le croire, non ? Et même de prolonger le pronostic jusqu’au jour présent (voir ma note « Vous avez dit artiste ? » du 22 avril). On trouve cette citation dans les Essais de PHILIPPE MURAY, p. 1035 (oui, j'ai bien dit mille trente-cinq).  Mais lui avait encore un fond de lucidité et de sincérité. Et puis il avait les moyens de s'en foutre. Et puis, après tout, il a prouvé au début qu'il savait peindre. Les fonctionnaires actuels de l’art contemporain n’avoueront jamais. Ils sont bien trop intéressés à l'entreprise : ILS EN VIVENT ! Disposer du mobilier urbain à rayures dans les jardins du Palais Royal à Paris, attention : ne pas rire, ne pas toucher ! Les policiers chargés de du maintien de l’ordre esthétique veillent au grain.

 

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Le milieu de l’art, c’est normal, est le plus perméable au culte, à la religion, aux rituels de cette EGLISE qu’est la NEOLATRIE : c’est celui où ceux qui connaissent vaguement ont la plus grande crainte de passer pour des imbéciles ringards dans Art Press, autrement dit le milieu où le snobisme est porté à l’incandescence indécente. Alors on s’esbaudit, on s’enthousiasme, on redouble dans le dithyrambe jargonnant, pour ne pas avoir l’air de se mettre le doigt sur la tempe jusqu’au rectum. Car dans cette mafia, la loi de l’omerta est impitoyable. Mais le langage de la norme esthétique est aussi celui des normes politiques, économiques, idéologiques. Le retour aux conceptions économiques de Marx ? Mais vous n’y pensez pas : c’est du dernier ringardisme ! La « gestation pour autrui » ? C’est du dernier moderne ! Comme sont du dernier moderne le mariage homosexuel ! La transe techno !

 

En politique, les caciques du Parti Socialiste tremblent d’être accusés d’archaïsme et d’immobilisme. En économie, il serait du dernier archaïque, évidemment, de vouloir revenir aux vieilles recettes de la régulation financière. Moyennant quoi, en politique et en économie, au nom du « pragmatisme », au nom du « réalisme » (ne me faites pas rire, j’ai les lèvres gercées), des bandits grassement payés et détenteurs de l’autorité ont détruit les filets de protection autour de ce qu’on appelait il n’y a pas si longtemps les « libertés individuelles ». Moyennant quoi, comment voulez-vous que les gens comme vous et moi, dans cet univers en permanence BADIBULGUÉ (comme on dit chez moi) de fond en comble, dans tous ses compartiments, sans exception, convaincu, devant sa télévision, qu’ « il faut bouger, il faut changer », d’abord s’y retrouve, puis y comprenne quelque chose (« il y a des experts et des spécialistes pour ça »), enfin, éventuellement, prenne l’idée de s’opposer à tout ce mouvement général ? S’opposer ? Mais à qui ? Mais à quoi ?

 

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Non, finalement, il vaut peut-être mieux s’en payer une bonne tranche de rigolade.

 

 

 

 

02.05.2011

VOUS AVEZ DIT SONDAGE ? (2)

ET C’EST AINSI QUE LE PEUPLE DEVINT VIRTUEL

 

(Merci au lecteur de se reporter à ma note du 29 avril, sur le même sujet.)

 

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Et les gens n'ont pas compris, ils attendent le sondeur comme un messie. Quand un sondeur s’approche d’eux pour les interroger, vous savez quoi ? Eh bien, ces gros naïfs (je suis gentil), tenez-vous bien : ILS ONT L’IMPRESSION DE S’EXPRIMER, ILS CROIENT QUE QUELQU’UN LES ECOUTE, ENFIN ! Ils croient dur comme fer qu’enfin, ILS FONT ENTENDRE LEUR VOIX. Autrement, ils sont frustrés de n’avoir pas trouvé un sondeur bien frais, bien rose, bien dodu, tout frétillant encore, à peine sorti de son eau trouble, de son bouillon d’inculture.

 

Oh ! Les rôles sont fort bien distribués. D’un côté les « ANONYMES », dont je viens de parler, ceux qui ont si peu d’existence qu’ils n’ont pas besoin d’un nom, à la rigueur d’un prénom. Autant dire que cette catégorie n’existe que comme toile de fond, tout juste un passage obligé pour la validation de l’autre catégorie. Cette autre catégorie, c’est bien sûr celle des  « ACTEURS », c’est-à-dire ceux qui « interviennent dans le réel », comme ils disent : par ordre d’importance, ceux du champ politique (= les politiciens qui ont choisi de faire carrière dans cette branche professionnelle), sondages,politique,littérature,valérian,christin,mézières

 

puis les journalistes qui les invitent pour qu’ils donnent leur avis (= ceux du champ médiatique, qui ont acquis le droit légitime d’intervenir, au nom du « droit d’informer », qui détiennent la parole, je veux dire le micro), puis les représentants officiels des « instituts » de sondage, qu’ils invitent ensuite pour qu’ils commentent les déclarations des acteurs, et disent ce qu’il faut retenir, ce que ceci sous-entend, ce qu’on peut déduire de cela, en s’appuyant évidemment sur les chiffres recueillis auprès des « ANONYMES ». Alors, en définitive, vous avez compris pourquoi le sondeur s’est approché de vous, avec son bon sourire : vous ne faites, en lui répondant candidement, que VALIDER SON EXISTENCE, et ce faisant, LEGITIMER SON AUTORITE, en même temps que celle du journaliste.

 

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Si sondeurs et journalistes sont les spectateurs habilités à commenter, puisqu’ils bénéficient de billets d’entrée gratuits dans le cirque (ils sont même payés pour valider le spectacle), les « ANONYMES », eux, sont des spectateurs au carré, des spectateurs spectateurs, et comme ils font partie de « la foule des anonymes », ils sont priés de regarder, d’applaudir et de continuer à alimenter de leurs « opinions » la machine à fabriquer l’opinion (Patrick CHAMPAGNE, Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique, Editions de Minuit, qui date déjà, cet excellent livre, de 1990 ; voir aussi La Fabrication de l’opinion, de Florence AUBENAS et Miguel BENASAYAG, La Découverte).

 

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Le peuple, bien domestiqué, est devenu, par consentement à rester aveugle, le troupeau de vaches à lait qui produit, bon an mal an, ses centaines de milliers de tonnes de bouses d’OPINION PUBLIQUE, traitées dans d’immenses incinérateurs de déchets domestiques. Vous connaissez les champs d'épandage d'OPINION PUBLIQUE : les journaux, gratuits ou non, les radios, les télévisions. A peine tombés le mur de Berlin et le rideau de fer, les « professionnels » étaient à l’œuvre en Ukraine, en Pologne, … L’opinion est un bon produit, vendeur. Ce n’est même plus un « créneau porteur », c’est devenu un mode de vie, comme le téléphone portable, les jeux à gratter et le papier Q molletonné.

 

Ici la photo de l'opinion publique : sondages,politique,littérature,valérian,christin,mézières

 

 

 

Comme on le voit, elle est d'une netteté proprement aveuglante.

 

Une fois produite, l’opinion entre dans la chaîne de conditionnement, dans l’une des usines du groupe (S.O.F.R.E.S., I.F.O.P., L.H.2, Opinion Way, etc...). Le Canard enchaîné se penche régulièrement sur cette phase délicate de la fabrication du produit, phase dans laquelle la louche et le doigt mouillé sont promus au rang d’instruments scientifiques. Car, ne riez pas, tout cela est scien - ti – fique, et n’a strictement (strictement, on vous dit) rien à voir avec un quelconque « business ». Or, le sondage est un commerce : je ne discute pas les « effets » éventuels. Les sondeurs sont des commerçants. Les sondages sont des marchandises, commandées et achetées par des clients. Arrachons donc la fausse barbe dont  « L’INSTITUT » affuble « LE SONDAGE ». Vous les entendez passer dans les rues comme autrefois le vitrier et le rémouleur ? « Marchand d'sondage, marchand d'sondage, qui veut mes beaux sondages ? »

 

Et vous voulez savoir comment il ressort du beau sondage, l'individu, l'anonyme ? Normalement, tous les individus, même ceux à qui il manque un morceau, ils sont d'un seul tenant, pas vrai ? Eh bien là, il ressort de la moulinette comme tout ce qui passe à la moulinette : EN PETITS MORCEAUX. Il y a donc 16 % de lui qui votent pour la LE PEN, 19 % pour le produit de gauche, 15 % pour le produit de droite. Voilà comment il ressort du sondage, l'individu : EN TRANCHES. Il a été DISSÉQUÉ. L'individu mouliné par le sondage, il est comme le "bon Indien" qu'envisageait le général Custer (vous savez : le désastre de la Little Big Horn River) : MORT. 

 

Le plus terrible, c’est que les « ANONYMES », dont l’existence réelle est éliminée dans la moulinette des chiffrages et des moyennes, n’attendent qu’une chose : un micro de sondeur ou de journaliste, pour enfin pouvoir S’EXPRIMER. Cela donne une représentation de représentation. Le plus gros, c’est que cette construction improbable, bâtie sur le sable mouvant des idées exprimées par les « ANONYMES » finit par élever dans les airs sa brillante architecture devant laquelle tout le monde aujourd’hui se prosterne.

 

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Et ça marche : comme les populations mises en scène par Pierre CHRISTIN et Jean-Claude MEZIERES dans la quinzième aventure de Valérian et Laureline : Les Cercles du pouvoir (1999). A la fin, celle-ci déclare : « Le pouvoir sur Rubanis…un simple tas de poussière », à quoi Valérian réplique cette forte pensée : « Oui, mais maître des images ». Bon, certains diront que ce n’est qu’une bande dessinée.

 

Avant chaque élection, c’est pareil : il faut EVITER LES TROTTOIRS. Je m’explique : des légions de chiens sondagiers chient leurs chiffres sur nos trottoirs, au point qu’on patauge dedans, on se tartine les semelles de ce caca, et les dociles journalistes, bien que tout le monde déclare, contre toute évidence, que « un sondage n'est pas un pronostic » mais « une simple photographie de l’opinion à un moment précis », après avoir soigneusement ramassé la matière ainsi répandue,  nous en tartinent les  oreilles, nous en font bouffer par tombereaux entiers.

 

 

 

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L’actuel règne du sondage prouve que notre époque a réussi ce prodige de DONNER CONSISTANCE AU VENT, et de transformer l' AIR DU TEMPS en une matière disponible à volonté, même si tout le monde est à présent anesthésié contre son odeur infecte (ou qu’il ne sent plus rien à force d’habitude). Depuis que ce thermomètre sonde l’anus électoral de la population, l'OPINION PUBLIQUE est devenue l'excrément préféré des médias en période électorale.

Et c’est ainsi que le peuple devint virtuel.

 

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29.04.2011

VOUS AVEZ DIT SONDAGE ? (1)

On a oublié la SEGOLENE de 2007, avec ses « DEBATS PARTICIPATIFS » : madame la candidate promenait sa myopie sociale et politique dans toute la France pour demander leur avis aux « VRAIS GENS » sur ce qu’il fallait qu’elle fasse, si jamais elle était élue. Appelons ça le degré 1 de la démagogie, le degré 0 étant assuré par l’éternel « demain, on rase gratis », autrement dit la « promesse électorale ». A-t-on oublié le DISCOURS de NICOLAS, toujours en 2007, où il déclarait qu’il était celui qui dit ce qu’il fera, et qui fera ce qu’il a dit, ajoutant même : « Je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas » ? Moyennant quoi, depuis quatre ans, il gouverne au jour le jour, alternant suivant l’humeur, coups de volant financiers, embardée religioso-morale, brusques coups de frein sociaux, dérapages culturels plus ou moins contrôlés, mais toujours, obstinément, l’œil obnubilé par le dernier SONDAGE.

 

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 Segolene-Royal.jpgLe sondage, pour ces deux MARCHANDISES ELECTORALES, ces deux VULGAIRES PRODUITS, (et, ajoutons-le tout de suite : PRODUITS VULGAIRES) est une METHODE DE GOUVERNEMENT.

 

 

 

Quelle est la LOGIQUE profonde du SONDAGE ? Et surtout : QUI commande des sondages ? La réponse à cette dernière question est très simple : les MARCHANDS, c’est-à-dire tous ceux qui ont quelque chose à vendre, tous les camelots qui ont de la camelote à fourguer aux badauds ébaubis, tous les boutiquiers baratineurs qui ont des drouilles à bazarder. La logique elle-même est relativement simple : il s’agit, en posant aux VRAIS GENS la question de SAVOIR CE QU'ILS PENSENT, de leur tirer les vers du nez, de leur faire avouer ce qu’ils attendent de la possession d’un produit comme satisfaction, comme service, enfin toute la salade. Ensuite, dans le laboratoire PUBLICITAIRE, il s’agit de concevoir, puis de fabriquer, enfin de présenter quelque chose qui, en profondeur et dans le subconscient de ceux qui, de VRAIS GENS qu’ils étaient, se transforment brutalement en CONSOMMATEURS, ENTRE EN RESONANCE avec les désirs exprimés au cours de l’enquête, autrement dit quelque chose qui ressemble trait pour trait à l’attente exprimée.

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D’ailleurs, l’essentiel des sondages effectués a une destination mercantile. Sur un an, me semble-t-il, à peine 10 % répondent à des demandes politiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais la vraie et seule question à se poser ici est la suivante : QUE SIGNIFIE l’avidité, la fringale, que dis-je : la BOULIMIE SONDAGIERE des personnels politiques de tout bord ? Eh bien je crois que la réponse, là encore, est relativement simple. Cela signifie, tout simplement, tout bonnement, que

IL N’Y A PLUS DE POLITIQUE.

 

J’exagère à peine. Ce qu'on appelle encore faussement la vie politique n'est qu'une application de la logique de l'hypermarché,  dont la principale préoccupation du responsable est d'attirer le plus de mouches, euh pardon, de clients, en offrant (non : il n'y a pas de cadeaux) dans ses rayons la liste la plus exhaustive possible des produits disponibles sur le marché. D’ailleurs, demandez-vous pourquoi tous ces responsables, si bien intentionnés aux approches d’élections, tous ces partis qui se « mettent en ordre de bataille », tous ces candidats autoproclamés, n’ont, au moins quand ils sont sur un plateau de radio ou de télévision, qu’un mot à la bouche : LE PROJET. Ils n’ont qu’une seule préoccupation : constituer un programme ; qu’une angoisse : développer leurs idées ; qu’un souci : élaborer (et annoncer, que dis-je, annoncer : CLAIRONNER) les futures mesures qu’ils prendront dès qu’ils « seront aux responsabilités ». Cela veut dire qu'ils n'ont NI PROJET, NI PROGRAMME, NI IDEES, encore moins de VISION de quoi que ce soit. Quant aux MESURES qu'ils prendront, ça dépendra des circonstances et des rapports des forces en présence. Cela veut dire que ces gens, bien sûr, ne méritent en aucun cas l'accusation de "tous pourris", mais bien plutôt celle de "TOUS VIDES". Conclusion

 

LA POLITIQUE EST MORTE, ET BIEN MORTE.

 

 

Qu’est-ce que c’est donc que la politique ? Alors là, on entre dans le lourd et le complexe. Pour faire simple (et clair, si possible) : c’est avoir un regard sur le monde, une vision particulière d’un monde souhaitable, dans lequel il fasse bon vivre : quelle société, fondée sur quelles règles, pour quelle vie ? Or, si je dis qu’il n’y a plus de politique, c’est que personne aujourd’hui n’a un tel monde à proposer. Tout ce que les irresponsables qui gouvernent ont à proposer comme horizon, c’est de faire bonne figure dans la compétition mondiale, c’est au moins de survivre le moins mal possible dans la jungle.

 

A quoi se réduit aujourd’hui la politique ? A une lutte pour le pouvoir, mais sans aucun contenu. La politique est aujourd'hui un ENSEMBLE VIDE. Pour parvenir au pouvoir, cependant, puisqu’on est, paraît-il, entré dans le régime de la « démocratie d’opinion » (sous-entendu des médias et des sondages), on beurre les tartines et les culs des VRAIS GENS, on propose même de mettre du miel dessus. Tous les camelots, tous les boutiquiers s’y mettent : sur les plateaux, ils semblent prêts à s’étriper ; mais une fois les caméras et les micros fermés, ça déjeune en ville, ça se tutoie, ça se tape dans le dos. Normal : tout ça sort des mêmes écoles (pour faire court : l’E. N. A. et l’X). Ils ont usé leurs pantalons Armani sur les mêmes fauteuils rembourrés des mêmes grandes écoles. Alors c’est vrai : ensuite, ça diverge, certains optant pour « les affaires », d’autres pour « la politique ». Parfois, souvent, ils échangent leurs rôles, passant d’un univers à l’autre, mais sans jamais CHANGER DE MONDE. Tous ces gens ONT LA MEME VISION DU MONDE : comment voulez-vous qu’ils aient des idées opposées ? Ce serait un tour de force particulièrement douloureux qui les ferait, en quelque sorte, se renier eux-mêmes ? Le journaliste du Monde, et cependant écologiste déclaré, HERVE KEMPF, hervé kempf.jpg

 

à la suite de bien d’autres, appelle ça L’OLIGARCHIE (voir son livre récent qui porte ce titre). La règle d’or de ce petit monde qui fonctionne dans un bocal jalousement protégé des miasmes venus du bas par le flot des belles images et des belles paroles qui coulent des médias dont ils sont propriétaires, c’est L’OMERTA, la connivence, la complicité.

 

 

Mais ces images et ces paroles, pour ENTRER EN RESONANCE avec le subconscient du public, pour posséder un minimum de cohérence et de vraisemblance, doivent avoir été pêchées dans ce subconscient au préalable. C’est précisément cela qui déclenche la SONDAGITE AIGUE, surtout en période d’élection, car c’est là que se tient la LUTTE POUR LES PLACES. Quels "morceaux de vrais fruits sociaux" faut-il mettre dans mon yaourt ? Quel "packaging moral" habillera ma lutte contre l’exclusion ? A quelle hauteur dans les rayons faudra-t-il placer mes "boîtes de défense du travail" ? Ma "défense du pouvoir d’achat", comment souhaitez-vous que je vous l’introduise ? On a compris maintenant pourquoi existent ceux qui s’intitulent pompeusement (et mensongèrement) « instituts » de sondage. La naissance de ces vulgaires entreprises (et entreprises vulgaires) répondit à une demande, qui s’est produite au moment même où se mettait en place le règne absolu et totalitaire de la marchandise et que la politique a commencé sa longue agonie. Moment qu’on peut situer, dans ses prodromes tout au moins, autour des années trente.

 

 

Alors, un conseil : la prochaine fois qu’un « anonyme » en tenue décontractée ou un « officiel » en uniforme s’approchera de vous et vous demandera votre avis (« ET VOUS, QU’EN PENSEZ-VOUS ?) sur la dernière soupe en poudre ou la couleur de la cravate de NICOLAS, cravate sarko.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

sur la ligne du cabriolet dernier cri à 60.000 euros sorti par Mercedes ou celle de la vêture de MARTINE AUBRY, refusez de vous laisser mettre ce thermomètre psychique dans le derrière. Sonder, c’est envoyer au fin fond de l’espace, de la terre, de la mer (ou du corps humain) un objet technique chargé de MESURER, autrement dit de prendre vos mesures, éventuellement de prendre les mesures de votre CERCUEIL. ABSENTEZ-VOUS DE TOUT SONDAGE, et même de la catégorie des fameux N. S. P. (ne se prononce pas). Refusez ce qui, après tout, n’est rien d’autre qu’une INTRUSION, une sorte de VIOL SUAVE, d'autant plus VIOL qu'il se présente sous des dehors plus SUAVES.  

 

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Ami lecteur, ô lecteur bénévole (c'est E.T.A. HOFFMANN qui s'adresse ainsi à lui dans ses Contes infiniment admirables), dis-toi toujours, je veux dire à chaque instant, que le sondeur, le sondage, tous les sondages, toutes les enquêtes d'opinion, oui : TOUTES, qu'elles soient à visée politique, commerciale, culturelle, artistique ou quoi que ce soit d'autre, ne visent qu'à une chose : aider quelqu'un (LE GRAND QUELQU'UN) à savoir de toi quelque chose, à recueillir sur toi une information qui lui manque pour acquérir sur toi rien d'autre qu'un POUVOIR.

 

 

 

 

 

Je proposerai prochainement (ne soyez pas trop pressés quand même !) une solution pour sortir de l'impasse politique institutionnelle dans laquelle la FRANCE, et, a fortiori L'EUROPE, sont terriblement ENGLUEES.

 

Voyez la suite au 2 mai.

26.04.2011

VOUS AVEZ DIT CATHOLIQUE ?

Le monde entier, enfin, la presse du monde entier, écrite, audio et visuelle, bruit (et non pas "bruisse", comme on l'entend à longueur d'ondes hertziennes de façon imbécile : le verbe, c'est BRUIRE ! Quel beurré de journaliste prononcerait une phrase du genre :"Le Président RISSE de sa bonne blague" ?) d'une rumeur : la résurrection du "besoin de croire", le "grand retour du religieux". Et que je te parle de l'islam et de ses "fondamentalistes" ! Et que je te raconte les juifs ultra-orthodoxes qui estiment avoir plein droit à aller se recueillir sur la tombe de Joseph, en Cisjordanie, au risque de prendre des "balles réelles" (c'est curieux, dans la presse, depuis quelques semaines, la floraison de "balles réelles" : "Assad fait tirer sur la foule : 100 morts", c'est assez explicite, non ?) ! Et que je t'informe que le pape de Rome a donné "sa bénédiction à la ville et au monde" à l'occasion de Pâques ! Et que je t'organise un beau gros débat sur la laïcité en France, avec l'espoir pas si secret que les Français s'étripent sur le sujet, comme ça ils ne posent pas de question gênante à ceux qui gouvernent !

Le journal "Libération" ne fait pas exception : le numéro du lundi de Pâques, c'est-à-dire hier, affichait en "une", à côté d'une jolie photo de la jolie Marie-France Pisier qu'on vient de retrouver morte, le titre suivant, en très gros caractères : "PAQUES, LA CATHO PRIDE". Or, il se trouve, et c'est amusant, qu'étant plongé en ce moment dans les EXORCISMES SPIRITUELS II de PHILIPPE MURAY

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(dans ses ESSAIS, Les Belles Lettres, 2010, un volume impressionnant de 1800 pages), dans un passage où il décrit notre monde "hyperfestif" (dans lequel il n'y en a que pour les Love Parades, Fêtes de la Musique et autres Gay Prides), je tombe sur cette note, pages 861-862, dans laquelle il relève, et l'on est en 1997, un titre du journal "Libération" censé accueillir Jean Paul II à l'occasion des "Journées Mondiales de la Jeunesse". Ce titre, c'est : LA CATHO PRIDE. Il y a 14 ans, déjà le MEME TITRE. Cela en dit long sur un certain filtre idéologique du journal. Mais l'essentiel n'est, pour le moment, pas là.

L'essentiel, pour PHILIPPE MURAY, est dans le fait que les deux grands organisateurs des J. M. J. de 1997, sont exactement ceux qui avaient organisé "les festivités du Bicentenaire" et autres Gay Prides, nuits "Dance Machine", "Grande Moisson" sur les Champs Elysées, etc... Quand l'Eglise Catholique s'est adressée à eux, ils ont été confrontés à un problème :"Beaucoup de curés, confiait l'un d'eux, gardent hélas un esprit de fête de patronage." Quel MEPRIS pour la "fête de patronage" dans la bouche de celui qui parle, qui appartient à l'industrie "spectaculaire-marchande" (cf. évidemment GUY DEBORD) ! Je ne fais que reprendre les termes. L'auteur (PHILIPE MURAY, bien sûr) remarque ensuite que, ce faisant, "Les deux sémillants organisateurs de fiestas ne se sont pas mis au service de l'Eglise; c'est l'Eglise qui s'est mise à leur service". Fin de citation. On ne peut soupçonner PHILIPPE MURAY d'anti-catholicisme primaire, étant lui-même catholique déclaré. L'intérêt, c'est que ce numéro de Libération, avec sa une, confirme, dans le contenu des articles du dossier, cette dérive observée une quinzaine d'années auparavant.

Le PERE GUGGENHEIM, chercheur, docteur en théologie, le confesse de façon "décomplexée" (comme on le dit de la droite en France), en page 3 :

"Notre civilisation est un peu narcissique, si on n'est pas visible, on n'existe pas, il faut voir et être vu. Dans le passé, le catholicisme a été très visible mais il s'y est un peu brûlé les ailes et les doigts ! En même temps, il y a toujours eu, chez nous, une tension entre la visibilité et l'intériorité. Les cathédrales disent quelque chose du mystère de Dieu. Elles expriment par leur architecture quelque chose d'un mystère plus grand que nous. L'intérieur, le plus intime, peut également se traduire par une action sociale visible."

Je mets toute la citation, tellement ça me semble ENORME : quoi !? un prêtre de l'Eglise Catholique !? capable de réduire les CATHEDRALES au rang de vulgaires JOURNEES MONDIALES DE LA JEUNESSE !? Un prêtre de l'Eglise Catholique !? capable de confondre allègrement la FOI (que je n'ai pas, je précise) et le SPECTACLE (qui m'insupporte, de quelque bord qu'il vienne) !? Quoi !? réduire les CATHEDRALES à une vulgaire opération de COMMUNICATION !? Mais qu'est-ce que c'est, aujourd'hui, un "théologien catholique" ? Même moi, qui ne suis pas croyant, quand j'entre, à CHARTRES, que voici,

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à REIMS, à LAON, dans une cathédrale, je deviens humble devant ces prodiges accomplis par ceux qui un jour, eurent une FOI assez puissante pour avoir le GENIE de construire ÇA.

Et lui ANTOINE GUGGENHEIM, il vient nous faire en page 3 l'éloge, ni plus ni moins, de la PUBLICITE. Oyez, oyez : les CATHOLIQUES sont fiers d'être CATHOLIQUES. Moralité : devenez CATHOLIQUES ! C'est l'époque qui veut ça : les HOMOSEXUELS sont fiers d'être HOMOSEXUELS (et pourquoi les HETEROSEXUELS n'organiseraient-ils pas une "HETERO-PRIDE" ?). Moralité : devenez HOMOSEXUELS ! Les MUSULMANS sont fiers d'être MUSULMANS. Moralité : convertissez-vous à l'ISLAM ! Les "TEUFEURS" sont fiers d'être "TEUFEURS". Moralité : convertissez-vous à la TECHNO.

Et les CATHOLIQUES, qu'on se le dise, à bon entendeur salut ! font leur COMING OUT. On peut lire avec intérêt les COMING OUT (faut-il accorder ou pas ?) de ALINA REYES, OLIVIER PY, THIERRY BIZOT et AMANDA LEAR (oui oui, mais ce n'est pas la fille cachée du roi du même nom)philippe muray,église catholique,jean-paul ii,foi,publicité,religion,communication, en pages 4 et 5 du même journal. Pour exister, il faut être connu, dit le théologien. Moi qui ne le suis pas, théologien, ni connu, d'ailleurs, j'ai quand même quelques notions.

Les propos d'ANTOINE GUGGENHEIM constituent un AVEU : celui que l'Eglise Catholique est descendue dans le CIRQUE médiatique, non pas pour offrir des croyants en martyrs, mais pour DEFENDRE SES PARTS DE MARCHE. Et sur le MARCHE DES PRODUITS, on entend les bonimenteurs crier : "ELLE EST PAS BELLE, MA CALOTTE ? ELLE EST PAS CHERE, MA CALOTTE !" semble murmurer la bouche pulpeuse d'Amanda Lear (euh non ! elle, elle parle de sa CULOTTE). L'EGLISE CATHOLIQUE, qui prêche l'Evangile, est devenue elle-même le MARCHAND DU TEMPLE, que Jésus Christ fout dehors à grands coups de bâtons dans les tibias. Cela me fait penser au fabuleur chapitre des FRERES KARAMAZOV intitulé LE GRAND INQUISITEUR. Mais ça, ça mérite un traitement à part.

 

 

 

22.04.2011

VOUS AVEZ DIT ARTISTE ?

Tous les journaux, tous les médias retentissent depuis quelques jours du scandale, et même de DEUX SCANDALES POUR LE PRIX D'UN : la vandalisation d' une "oeuvre d'art" dans la bonne ville d'Avignon par des illuminés présentés comme un "groupe intégriste" (Libération, 18 avril, et suivants). Le PISS CHRIST d'ANDRES SERRANO "met en émoi tout le pays et en relation la figure du Christ en croix et la pisse" (tout ça forme un zeugma, je m'en excuse), excrétion liquide du corps humain : je n'ai pas compris la manière (la technique si l'on veut) dont l'urine avait servi pour l'occasion. Apparemment, c'est avec le sentiment de déférer aux injonctions de l'ayatollah chrétien de ladite ville que l'acte a été commis. Franchement, je dirais que c'est SCANDALE CONTRE SCANDALE. A-t-on le droit de lacérer la Joconde ? de casser à coups de marteau la Pieta de MICHEL-ANGE (raison pour laquelle elle a été mise à l'abri du public) ? de casser l'urinoir présenté comme une "Fontaine" par MARCEL DUCHAMP (Monsieur PINONCELLI a, paraît-il, été condamné pour cela) ?

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Mais franchement par ailleurs, Monsieur ERIC MEZIL, directeur de la collection Yvon Lambert, est-il fondé à parler d'"injonction moyenâgeuse" à propos de cette agression ? Un chrétien n'avait-il pas le droit de se sentir agressé par cette "oeuvre" ? Je signale que "merda d'artista" de PIERO MANZONI, qui se présentait sous forme de 90 boîtes de conserve dûment ainsi étiquetées, et vendues, remonte à 1961. Il y a même des "amateurs" (de quoi au juste ?) qui en ont acheté, mais aux dernières nouvelles, le métal, après 50 ans, aurait mal supporté l'oxydation, ce que je trouve très drôle. Il est vrai que le christ n'était en rien concerné. Je ne parle pas non plus de l'usage du corps et de ses matières dans ce qu'il est convenu d'appeler l'art contemporain (WIM DELVOYE et sa CLOACA, ou "machine à chier", ORLAN avec ses cornes obtenues en bloc opératoire proposant ses "baisers de l'artiste", et autres variantes de "body art"). Mais peut-on soutenir que la photo d'ANDRES SERRANO soit pour autant une "oeuvre d'art" ?

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C'est intéressant, l'art contemporain, depuis la "fontaine" de MARCEL DUCHAMP (signée R. Mutt), et tous les "ready mades" qui ont suivi. Cela faisait scandale : "Ce n'est pas de l'art voyons, un objet fabriqué de façon industrielle ! C'est scandaleux !" On oublie ainsi l'époque : le scandale du SACRE DU PRINTEMPS, le scandale de la première guerre industrielle de l'histoire humaine, le scandale, pendant la guerre même, du MOUVEMENT DADA.

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La peinture qu'on accroche dans les musées, la musique qu'on joue dans les salles de concert, la poésie qu'on écrit : tout cela doit être DETRUIT. On oublie aussi les quelques époques qui ont précédé, en ne remontant qu'en 1874 : l'IMPRESSIONNISME, avec les séquelles diverses qui ont porté des noms divers (post-impressionnisme, divisionnisme, etc.), le FAUVISME, le CUBISME. La musique n'est pas à la traîne : à Vienne, c'est le trio infernal (BERG, SCHÖNBERG, WEBERN) qui invente le dodécaphonisme, c'est-à-dire l'érection en règle absolue d'un système de SONS INORGANISES : c'est l'égalitarisme absolu (donc à peu près totalitaire), c'est l'ANARCHIE SONORE. Dans tous les arts, comme dans toute la vie européenne, dans toutes les directions de l'existence humaine, comment ne pas voir qu'une ENTREPRISE DE DESTRUCTION est à l'oeuvre ? Et je ne parle pas de 1917 en Russie, où se met en place le fascisme léniniste. L'Europe est morte dans les vingt premières années du 20ème siècle.

Dans la période qui a suivi, on a essayé de replâtrer la vie humaine, la société, la peinture, la musique, la poésie. Cela a donné le SIROP SURREALISTE (d'ailleurs, en passant, qu'est-ce que l'ECRITURE AUTOMATIQUE et la MARCHE A L'INCONSCIENT, sinon des entreprises de destruction de la conscience, de la raison critique ?). A partir de 1920, effrayée par ces destructions multiples et simultanées, l'Europe a essayé de colmater ses propres brèches, béantes dans la coque du navire qu'elle formait, qui aurait pu s'appeler le TITANIC (le naufrage est du 20 mars 1912, comme par hasard). Cela s'est appelé le surréalisme, les "années folles". Cela s'est aussi appelé "monuments aux morts" (voir mes notes à ce sujet, dans ce blog et la rubrique "Monumorts" dans KONTREPWAZON. S'il est vrai, comme y invite la soi-disant "sagesse populaire", qu'il faut "vivre avec son temps", que faire dans un paysage détruit, à l'image de la côte nord-est du Japon après le récent TSUNAMI ? Il faut bien que "la vie continue", n'est-ce pas.

Alors on fait semblant. Il s'agit alors avant tout de SURVIVRE, avant même de vivre. Bon, c'est vrai que la réalité ne se fait jamais oublier bien longtemps : les catastrophes économiques et financières surviennent à partir de 1929; la catastrophe de la deuxième guerre mondiale se profile dès 1933 en Allemagne. Et ce n'est plus seulement l'Europe qui est atteinte, dans les deux cas, c'est bel et bien le monde. Mais on veut CROIRE, on ne veut NI VOIR, NI SAVOIR (qui, par exemple, a vraiment voulu voir et savoir ce qu'il en était des camps d'exterminations construits en Pologne ?). Des aveugles ont gouverné le monde, ou plutôt, des puissants ont commencé à gouverner des peuples en les aveuglant : c'est le TRIOMPHE DE LA PROPAGANDE. On parle souvent de la "Propaganda Staffel" mise en place par GOEBBELS. On minimise souvent l'extraordinaire outil de propagande installé par Staline à travers toutes ces organisations qui militaient en faveur de la paix. Et l'on ignore en général que c'est vers la même époque que les Américains sont devenus très forts eux aussi en propagande, avec le livre fondateur de EDWARD BERNAYS : PROPAGANDA (1928). Comme moyen d'aveuglement des masses, on peut dater le TRIOMPHE DE LA PUBLICITE de la même période.

Alors, comme la vie continue, le temps qui passe se jalonne d'événements, de personnes, d'actions, d'objets qui se succèdent. Des gens, par exemple, se déclarant "artistes" (poètes, peintres, sculpteurs, musiciens), ont continué à fonder des "mouvements". En littérature, ce furent le "nouveau roman", aujourd'hui abousé, le "mouvement telquel", présenté comme une avant-garde maoïste en son temps (numéros sur la Chine à consulter) : on voit ajourd'hui à quelle veulerie médiatique s'est abaissé un PHILIPPE SOLLERS. En musique, ce fut le "sérialisme intégral" d'un PIERRE BOULEZ, le "quatuor pour cordes et hélicoptères" de KARLHEINZ STOCKHAUSEN, et autres joyeusetés semblables.

Quelle est donc la force qui pousse à jalonner le temps, toujours et encore ? Je crois que la réponse est finalement assez simple : dans le paysage de ruines et de décombres qu'offre la civilisation aujourd'hui, il s'agit, toujours et encore, d'affirmer que l'on existe. Il s'agit de FAIRE SEMBLANT qu'on a raison de le faire. Je renvoie à PHILIPPE MURAY et à ses deux volumes intitulés APRES L'HISTOIRE pour tout ce qui concerne ce qu'il appelle la "fin de l'histoire". Je ne suis pas assez savant pour répondre à la question de savoir s'il a raison ou tort. Ce que je vois, en revanche, c'est que, dans le domaine des arts, quelque chose de cet ordre semble s'être indubitablement produit. L'un des signes qui le confirme, c'est que les gens qui se proclament aujourd'hui "artistes" parlent surtout de leur "travail" : j'en reste perplexe.

En quoi consiste au juste le "travail" de JEAN-PIERRE RAYNAUD, en 1968, lorsqu'il met en vente, à l'exposition Prospekt, 300 pots de fleurs ? Lorsqu'il tapisse toutes sortes de formes géométriques de carreaux de salle de bains ? Que fait DANIEL BUREN à multiplier dans tout ce qu'il fait les bandes de 8,7 centimètres, que ce soit au Palais Royal à Paris ou ailleurs ? Est-ce que tout cela autorise à appeler le résultat "oeuvre d'art" ? Je pense à cette "exposition" artistique (?) dans une banlieue moderne, qui présentait, suspendues au plafond, plusieurs dizaines de traversins de teinte écrue portant, inscrites au feutre noir, bien visibles, les plusieurs dizaines de prénoms des filles et des femmes qui étaient censées avoir posé la tête dessus (et le reste dans le lit, évidemment). Une seule question me taraude alors l'esprit : OU SUIS-JE ?

Un début de réponse me vient quand je réfléchis, non à une éventuelle valeur intrinsèque, purement esthétique, des oeuvres aujourd'hui tant vantées, disons, non à un "monde artistique en soi" en quelque sorte, mais à la caractérisation sociale des nouveaux "maîtres du goût". N'est pas LOUIS XIV qui veut, après tout. Passons sur Monsieur JEAN-JACQUES AILLAGON, maître de cérémonies au château de Versailles, qui présente impunément, dans les stucs et les ors, les baudruches de JEFF KOONS, qui présenta il y a déjà des années sous le titre d'oeuvres d'art ses copulations IN VIVO avec l'actrice porno dénommée LA CICCIOLINA, pour aggraver son cas l'an dernier avec un nommé MURAKAMI, si je me souviens bien. Je signale que toute récidive entraîne aujourd'hui, dans les lois voulues par le Président SARKOZY, des peines plancher. Entre la prison pour délit psychiatrique et l'asile pour délinquance artistique, j'hésite sur la peine à infliger.

Ces remarques m'amènent à un constat : dans quels lieux de la société de tels spectacles se donnent-ils à voir ? Réponse : dans les lieux qui ont quelque chose à voir avec le POUVOIR. Je veux en effet bien croire que Monsieur Aillagon n'a pas fait fortune à la tête du château de Versailles, mais il est, quoi qu'on dise, quoi qu'on en pense, un messager des gens qui détiennent le POUVOIR. Un "chien de garde", comme on disait il fut un temps. Et le genre de personne qui a besoin de ce genre de chien de garde, on en voit un exemple au PALAZZO GRASSI à Venise, de Monsieur FRANCOIS PINAULT, avec sa collection de ce qu'il est convenu d'appeler "art contemporain". Evoquons "only for fun" le nommé DAMIEN HIRST avec son crâne humain, le plus cher du monde, revêtu de 8000 et quelques diamants. Ces gens-là ont évidemment besoin de "protecteurs", sans lesquels leurs misérables noms n'émergeraient même pas de la surface des humains ordinaires. Quel extraordinaire cynisme, et quel extraordinaire désespoir que ceux de ces gens qui, impunément, et même avec tout l'honneur et tout l'argent qui affluent vers eux, trônent au firmament de la renommée !!!!

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Cet "art", en effet, est devenu ce qu'on appelait autrefois, mais pour le dénigrer, UN ART OFFICIEL. A la fin du XIX° siècle, il fallait être, pour simplifier, IMPRESSIONNISTE ou POMPIER. Impressionniste si l'on y croyait, et si quelques autres, avec quelques moyens, croyaient en vous. Pompier si vous prétendiez à des commandes de l'Etat. Il fallait donc être soit soumis aux goûts du POUVOIR, soit être en mesure de survivre en dehors du pouvoir. Dans le premier cas, c'est la servitude empressée, l'assujettissement librement consenti, l'esclavage heureux (WILLIAM BOUGUEREAU, GEROME, CABANEL, ...). Je simplifie. Dans le second cas, à l'extrême, cela donne VINCENT VAN GOGH, qui n'a pas vendu un tableau de toute sa vie, et qui en est sans doute mort. Ce qui est très rigolo et paradoxal, dans le monde actuel, c'est que les "artistes" les plus cotés, les plus chers, les plus fêtés par les riches et les puissants, sont en même temps les plus iconoclastes, les plus dérangeants, les plus "révolutionnaires" (je renvoie à la terminologie du conformisme actuel selon PHILIPPE MURAY). Cela produit à chaque fois un OXYMORE : le REVOLTÉ INSTITUTIONNEL, le REBELLE FAISEUR DE LOIS, ce que PHILIPPE MURAY appelle d'une expression magnifique : LE MUTIN DE PANURGE.

Autrement dit, pour réussir aujourd'hui, il faut être le DISSIDENT OFFICIEL  ET RECONNU, le REFRACTAIRE ACADEMIQUE, et appartenir à l'ESTABLISHMENT INSOUMIS pour espérer être adoubé par qui tient les cordons de la bourse, des Bourses, et pourquoi pas ? de l'Elysée. Autrement dit, c'est désormais un MARCHÉ, un MERCATO, une salle de ventes : "C'est moi qui suis le plus CONTESTATAIRE !" vocifère l'un. "Non, c'est moi le plus SCISSIONNISTE !", jappe l'autre. La leçon de tout ça, que retient tout un chacun, c'est que plus tu refuses le système, plus tu as des chances d'accéder aux plus hautes marches du podium. C'est bien, cette affaire. C'est confortable. Et puis, tu peux faire carrière. Plus tu portes des vêtements qui tranchent avec tout ce qui se conforme, plus tu te vernis l'apparence aux couleurs de la révolution la plus totale, plus tu as des chances de poser - que dis-je : d'installer ton cul dans le fauteuil le plus doré, sur les coussins les plus propices à épargner tes hémorroïdes.

J'ai été suffisamment entiché (c'est le terme le plus proche de la vérité) de musique contemporaine, de peinture contemporaine, de poésie contemporaine, pour me sentir tout à fait à même de déclarer : CIRCULEZ, Y'A PLUS RIEN A VOIR, ni à entendre, ni à lire. Bon je reconnais que j'exagère, mais c'est délibéré. Ce que je supporte désormais le moins, cela reste tout de même le poids de suspicion et de culpabilité que font peser sur ceux qui doutent fortement du BIEN que cet EMPIRE apporte définitivement, tous les thuriféraires, stipendiés ou non, de la "chose" (remplacez ce mot par tout ce que vous trouverez de ressemblant quant au contenu et à l'odeur) qu'on appelle moderne, voire post-moderne.

Voix off : "Allez, mec, keep cool, relax." Je réponds : "Mais je suis cool, monsieur, je suis relax et cool : je regarde, et j'essaie de comprendre ce qui se passe. C'est tout."

J'aborderai, quelque prochain jour la NEOLATRIE, qu'on se le dise.

 

 

 

 

29.03.2011

DE LA TOLERANCE EN REGIME POLICIER

Est-ce qu'on ne l'entend pas cent fois par jour, cet appel à la "tolérance" ? Est-ce qu'elle n'est pas devenue un impératif catégorique, une loi morale inflexible, une obligation de l'être ? Elle va souvent de pair avec un autre pont-aux-ânes de la masse de mélasse dans laquelle notre époque est définitivement engluée, de son confusionnisme congénital et du n'importe quoi érigé en idole fourvoyée devant laquelle les foules doivent se prosterner sous peine de mise au ban de la moderne humanité. Je veux parler du "respect", à commencer, évidemment, par celui que les autres, tous les autres, me doivent. La "tolérance" dont nous parlons ici n'a pourtant rien à voir avec ce que cherchait à promouvoir le siècle des Lumières : il s'agissait alors de permettre à des pensées dissidentes ou à des voix discordantes de s'exprimer sans qu'elles encourussent les foudres de quelque autorité préfectorale ou religieuse. Aujourd'hui, il en va tout autrement : cela ne gêne apparemment personne d'entendre simultanément s'imposer massivement à tous les esprits la loi de tolérance et l'ordre donné par un noble vieillard nommé Stéphane Hessel : "Indignez-vous !" Qui ne voit pourtant la contradiction éhontée entre ces deux conduites intimées à la population ? "Tolérer" a signifié, aux jours anciens, "supporter", avec une connotation pénible. Aujourd'hui, la tolérance est le grand bouillon de culture où doivent cohabiter sans se heurter les bacilles les plus divers, les microbes les antagoniques, les virus les plus opposés. Est-elle pour autant ce "lieu de l'esprit" dont parlait André Breton, où se résolvent toutes les contradictions ? Ce n'est pas impossible.

Entendons-nous d'abord sur la notion d'intolérance : au départ, l'intolérance vient d'une autorité, d'un pouvoir installé qui, non seulement n'aime pas les idées ou comportements qui échappent aux conventions, à la norme, mais usent de leur statut social ou politique pour empêcher l'expression des déviances et, si possible, abattre sur le fautif le poids de la justice pénale. L'intolérance en Europe s'est d'abord manifestée du 16ème au 18ème siècle dans les domaines politique et religieux. Il y avait du scandale à soutenir des idées qui allaient à contre-courant. Il était positivement interdit d'exprimer des idées et d'adopter des comportements qui allaient directement à l'encontre des coutumes. La "mauvaise herbe" dont parle Brassens était fauchée, avant d'avoir eu le temps de proliférer. Les combats de Voltaire sont assez célèbres pour n'avoir pas à y insister ici. Il y avait du RISQUE à sortir des sentiers battus, et du RISQUE PERSONNEL. C'est l'époque où il fallait du COURAGE pour affronter ce qu'on appelle aujourd'hui l'opinion, car, en ce temps, l'opinion qui comptait était celle des PUISSANTS.

Il en va tout autrement aujourd'hui. L'Europe a importé sans trop de discernement ce que les Etats-Unis ont inventé sous l'appellation de "political correctness", qui inflige à la totalité de la population les interdictions exigées par une foule de ce qu'on appelle désormais "minorités". Autrement dit, dans cet univers du "politiquement correct", l'ensemble du corps social se voit intimer l'ordre de ne pas employer des MOTS ou des IDEES (et pas seulement des ACTES) qui risqueraient de déplaire à telle ou telle partie de la population. Il faut bien noter ici que les groupes de pression qui réussissent à se faire entendre des pouvoir publics, voire du législateur, imposent la loi d'une minorité à la majorité, puisque la loi s'impose à TOUS et que la loi dispose d'agents officiellement investis de la mission de la faire respecter, en la personne des policiers et des juges. Ainsi, très démocratiquement en apparence, s'impose une volonté minoritaire qu'un processus démocratique NORMAL empêcherait logiquement de s'imposer. Autrement dit, pour résumer, la personne qui se proclame victime d'une intolérance s'érige en justicier pourchassant des coupables, à qui elle interdit de penser ce qu'ils pensent, qu'on le veuille ou non. Cela s'appelle la POLICE DE LA PENSEE, que connaissent par coeur tous les régimes TOTALITAIRES. Celui qui s'affirme victime d'intolérance finit par ériger l'INTOLERANCE au rang même de principe suprême de la vie en commun. Et les médias dégoulinent pendant ce temps de l'appel à la "restauration du lien social", au "vivrensemble" (en un seul mot évidemment), de déclarations solennelles de "convivialité" et de "tolérance" : autant de termes totalement creux car délibérément vidés de leur substance.

Les interdits, dans un groupe humain, font partie de la culture commune, de la façon de vivre à l'oeuvre dans ce groupe, mais jamais au grand jamais sur une liste de proscriptions impposées par quelques-uns à tous (et il y a beaucoup de groupes de quelques-uns : la liste des interdits, non limitative, est a priori inerminable. Le philosophe EMILE CHARTIER, alias ALAIN, oppose deux sortes de familles : celles où chacun se préoccupe d'abord d'être heureux, où règne la JOIE, et celles où ce qui règne ressemble à une charte compliquée qui énumère les interdits en fonction des INTOLERANCES de chacun (bruit, odeur, etc.), interdits dans lesquels chaque individu est enfermé vivant comme dans une camisole de force, et placé sous étroite et permanente surveillance. Aucune sorte de vie commune ne saurait être rendue possible ou souhaitable par une telle liste d'interdits.

VOUS AVEZ DIT MUSIQUE ?

musique contemporaine,brice pauset,musique,culture,ircam,jean clair,peintureJe sais : j'ai eu tort d'écouter France Musique hier soir. Le lundi soir commence toujours par une concert dans le cadre des "lundis de la contemporaine". On n'a pas été déçu !!! Le "compositeur" s'appelle Brice Pauset, le concert se déroulait à l'Ircam le 10 février. Le choix du "thème" de l'oeuvre, ma foi pourquoi pas ? s'était porté sur une obscure mystique du XVII ème siècle, Louise du Néant (ça ne s'invente pas), née Louise de Bellère du Tronchay. A trente-cinq ans, cette estimable aristocrate ne trouve rien de mieux que de se jeter dans d'épouvantables mortifications, après avoir entendu un prédicateur catholique l'inviter à changer radicalement de mode de vie. A ce que j'ai compris, elle s'enferme en compagnie des folles de l'époque à La Salpêtrière. Le texte, sur le site de l'émission, n'entre pas dans les détails concrets des dites mortifications, mais on peut imaginer que certaines furent absolument terribles, puisqu'elle en éprouvera, à force, des EXTASES mystiques sublimes. Elle a laissé des lettres qui en témoignent, dont la dernière finit ainsi : "Ce qui me console, c'est que je suis dans la souffrance", et qui servent de support à "l'inspiration" de Brice Pauset. Je ne critique pas les mystiques, non plus que le choix du compositeur. Mais alors la musique, alors là, pardon !!! En plus du texte des lettres, interviennent les voix enregistrées de Jésus et de Dieu (je cite) !!! La chanteuse se laisse torturer par le metteur en scène, puisqu'elle chante dans des positions très difficiles. "...sur scène, le dispositif est minimal, une voix, un piano, (...) le tout jouant beaucoup sur l'idée de désorientation, corroborée par l'utilisation de l'électronique, qui considère la salle de concert comme un instrument à part entière. Brice Pauset utilise aussi tout un éventail d'extraits sonores puisés dans le monde d'aujourd'hui, les vitupérations hystériques d'un télé-évangéliste étasunien, des bribes de la bande-son du "Bambi" de Walt Disney, quelques emprunts à des films pornographiques californiens, des bruits de boucherie, de fraise de dentiste... et le bruit blanc" (fin de citation, mais ça valait le coup).

Nul doute que ce texte n'invite pas à adhérer à la démarche de la cinglée d'il y a trois siècles et quelque. Mais question musique, qu'est-ce que ça donne CONCRETEMENT ? Je connais assez bien la musique qu'on appelle contemporaine, pour avoir assisté pendant plusieurs années à l'intégrale des concerts de la biennale qui était donnée dans ma ville, sous les auspices de James Giroudon et Pierre-Alain jaffrenou, et pour avoir écouté fort longtemps des disques de ladite musique (de Xenakis et Boulez à Fedele, Grizey ou Dusapin, et combien d'autres : sans compter les 33 tours, et sans prétendre me vanter, je compte 376 disques compacts de musique dite "contemporaine" dans ma discothèque personnelle) ! Aujourd'hui, j'ai pris quelque distance, tout en réécoutant régulièrement des oeuvres, entre autres, d'Olivier Messiaen ou d'Olivier Greif. Comment dire ce que j'ai éprouvé en écoutant hier soir, les "Exercices du silence" de Brice Pauset ? L'impression dominante est d'avoir assisté à un RETOUR MASSIF DE L'ORGANIQUE, aux dépens de ce qui fait l'humanité de l'homme, à une REGRESSION VERS L'ANIMALITE, à un RETOUR PUISSANT DE L'ADULTE VERS L'ORAL ET L'ANAL (comme on dit en psychanalyse pour désigner les tout premiers âges de la vie). Alors, je ne dis pas, loin de là, que toute la musique contemporaine est de cet acabit, mais je ne peux pas ne pas rapprocher cette impression de ce que j'éprouve parfois devant ce qu'on appelle "l'art contemporain" : certaines "oeuvres", et peut-être une bonne part des "oeuvres" produites aujourd'hui, ont plus à voir avec la MATIERE qu'avec une quelconque FORME. Tant pis si j'apparais comme un foutu réactionnaire ! Je ne suis pas seul : je viens de lire "L'Hiver de la culture" de JEAN CLAIR, où celui-ci dénonce l'infernale promotion de la MERDE (au sens propre) dans l'art contemporain (Manzoni et sa "Merda d'artista" dès les années soixante, quel précurseur, Dietman, et sa machine à à excréter la matière fécale, et plusieurs autres).

 

L'art, quel qu'il soit, s'il reflète le monde dans lequel il est produit, nous renvoie une terrifiante image de celui dans lequel nous vivons. C'est aujourd'hui, le TRIOMPHE DE LA MATIERE SUR L'ESPRIT.  PHILIPPE MURAY a peut-être raison d'affirmer que nous vivons un temps "posthistorique". Et c'est vraiment peu de dire que je n'aime pas ça. Image de la partition tout en haut de cette note, pour ceux qui voudraient se faire une idée.

26.03.2011

VOUS AVEZ DIT LIBERTE ?

Le paradoxe de ce titre est tout à fait intentionnel, on s'en doute. Cela paraît bête, mais, au moins sur le papier et en théorie, on n'a jamais été aussi libre, au sens où personne, dans l'histoire, n'a autant que nous été en mesure de, comme on dit, "FAIRE CE Q'IL VEUT". Or si je regarde bien comment ça se passe dans la réalité, je me permets de proposer quelques constats : - côté vestimentaire, ce n'est pas moi qui l'invente, les jeans ont triomphé : si la moitié de la population ne porte pas des jeans, je veux bien être pendu (en effigie, soyons clair !); - même chose, si ce n'est pas la quasi-totalité de cette même population qui possède, et même porte en permanence dans sa main un téléphone portable; - même observation dans d'autres domaines : la bousculade est systématique le samedi matin au supermarché, à la FNAC à l'approche de Noël, sur les plages ensoleillées de début juillet à fin août. L'embouteillage est monstrueux aux abords des villes, dans un sens le matin, dans l'autre sens le soir, dans un sens le vendredi soir, dans l'autre sens le dimanche soir, avec des "pics" à la Toussaint, au 15 août, pendant la saison de ski et en cas de "pont" voire de "viaduc" accordé par les entreprises à leurs vaillants travailleurs.

J'arrête là, parce que je sens qu'on me demande, là, au fond à gauche, oui, vous, au dernier rang, parlez bien distinctement. Que dites-vous ? "Où voulez-vous en venir ?" Je vous remercie d'avoir posé la question, justement j'y arrivais en revenant au paradoxe de mon titre : ne voyez-vous pas un minuscule contradiction entre l'affirmation générale de la liberté générale, "je fais ce que je veux quand je veux et où je veux", et ce mimétisme généralisé qui guide chacun dans le choix de ses actions ? 

Notez bien que je n'ai même pas mentionné la télévision, et ce qu'on appelle la "mesure d'audience", qui n'est que le thermomètre de l'agglutination des foules devant des émissions telles que l'interview du président en présence de "vrais gens", tel feuilleton (qu'on appelle "série" de nos jours), tel jeu ou plateau de télé-réalité. Si le nombre mesuré est énorme (mettons dix millions de téléspectateurs), ça veut tout simplement dire que le tas de spectateurs est lui-même énorme, - et je dis bien le TAS (entre autres, parce que le mot correspond exactement à ce que représente en flux d'argent le TAS des gens ainsi mesurés.

Chacun chez soi est entièrement libre d'allumer son poste de télévision et de "zapper" sur la chaîne "qu'il veut" : personne ne le force. Simplement, il ne veut pas voir le TAS dont il n'est qu'un élément constitutif. La télévision a inventé la civilisation des grands nombres (dont la statistique manifeste en pleine lumière le principe générique). Mais, à la différence du grain de sable anonyme et perdu dans son TAS parmi les millions d'autres, c'est que le grain humain fait tout pour ne rien savoir de ce TAS dans lequel il est englué, et croit encore bénéficier d'une conscience individuelle.

Je veux en venir à ceci : jamais chacun n'a été, dans l'histoire, aussi libre qu'il l'est aujourd'hui, mais dans le même temps, jamais chacun n'a FAIT AUSSI INTENSEMENT COMME TOUT LE MONDE. "Exactement", est un peu exagéré, car il subsiste quelques variantes individuelles : la couleur du papier peint, le contenu du paquet de chips et du verre tenu à la main, etc. Comment admettre cette assimilation miraculeuse de la plus totale LIBERTE à la plus totale UNIFORMISATION ? J'attends de pied ferme qu'on me l'explique.

On en reparlera.

25.03.2011

VOUS AVEZ DIT PHOBIE ?

Vous avez un ennemi irréconciliable ? Un adversaire déclaré ? Une bête noire insupportable ? Voici un moyen de l'annihiler : vous vous contentez de le désigner d'un vocable quelconque, qui soit à même de renvoyer à une réalité (à un fantasme ?) à laquelle vous adhérez, et puis vous ajoutez à ce vocable ordinaire, voire sympathique, le suffixe innocent -PHOBIE. Exemple : vous êtes comme Jean Yanne, vous savez, dans son sketche du "permis de conduire", où il déclare sa haine des routes départementales "je hais les routes départementales", dit-il à l'inspecteur de plus en plus terrorisé. Or vous, vous n'aimez que les routes départementales ? Le moyen de disqualifier Jean Yanne, c'est de criminaliser son attitude en la traitant de "DEPARTEMENTALO-PHOBIE". Il est aussitôt versé dans les rangs des délinquants.

Le mot "phobie" est éminemment pratique : en même temps qu'il range l'adversaire dans la DELINQUANCE, il le désigne comme un "MALADE-DANS-SA-TETE". De deux choses l'une : il sera mis en prison ou envoyé à l'asile, et de toute façon mis hors circuit, hors d'état de nuire. Surtout si vous êtes en mesure de faire admettre le nouveau vocable par quelques "journalistes" en mal de copie. Le mot PHOBIE est une arme entre les mains des nouveaux FLICS DE L'AME. Malheur à nous.