17.04.2012

QUE C'EST BEAU, UNE CARABINE !

De là vient sans doute mon attrait pour les armes à feu en général. Dans le placard du grenier, parmi d’autres objets abandonnés, il y avait par exemple une boîte en carton assez déglinguée. Dans la boîte, un curieux objet en bois de forme allongée, mince d’un côté et muni, de l’autre d’une sorte de couvercle monté sur charnières, et qu’on ouvrait en appuyant sur un bouton-pression à la surface quadrillée. Quelque chose dépassait du couvercle, à travers un orifice minutieusement ménagé : c’était la crosse.

 

 

Le pistolet s’extrayait aisément de cet étui. Pas n’importe quel pistolet : un Mauser C 96, calibre 7,62, sans doute rapporté par le grand-oncle général, à son retour d’Allemagne en 1945. Seul dans le grenier, je jouais avec l’arme – je  ne m’en vante pas, je raconte juste, j’avais douze ou treize ans – à tirer la culasse vers l’arrière, dans un bruit complexe, à constater l’absence de munitions, à la relâcher, à actionner la détente. J’ai encore dans l’oreille le bruit métallique, très sec, produit par le chien se rabattant.

 

 

 

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Où est aujourd’hui cet objet ? Mystère. C’était une arme d’autant plus fascinante que, fixée par une rainure métallique à la crosse du pistolet, l’étui devenait la crosse très commode d’une carabine puissante. Bref, on a les jeux qu’on peut, quand on est gamin.

 

 

Oui, je l’avoue, je trouve de la beauté dans une belle arme. Qu’on le veuille ou non, l’homme a investi dans la conception d’un mécanisme savant autant d’ingéniosité qu’un graveur a mis à rendre, sur sa plaque métallique la complexité du dessin d’un artiste. Tout ça pour dire que mon goût pour les armes à feu, c’est d’abord une question d’héritage.

 

 

Tiens, à propos d’héritage, cette carabine « PAUL REUSS », du nom d’un artisan installé à Stuttgart (encore un butin de guerre, dira-t-on), au calibre invraisemblable (8,15 x 46 R), il n’est pas beau, son mécanisme à bloc basculant et levier de sous garde ? La détente, si je me souviens bien, était difficile à régler, il fallait se méfier, elle était sèche.  

 

 

La plus belle, cependant, était sans conteste une carabine « Mannlicher-Schönauer » de calibre 8 x 60 magnum, arme autrichienne de très belle facture, avec son fût long orné à son extrémité d’une meule de bois de chamois. Elle comportait un barillet intérieur façonné de manière extraordinaire. Avec celle-là, on a intérêt à avoir une épaule solide.  

 

 

Bref, j’arrête sur le sujet. D’autant plus que je ne suis pas collectionneur, et que toutes ces armes ont disparu dans la nature lors d’un cambriolage resté comme un traumatisme familial. Envolée, l'armurerie. Envolés, les tableaux. Mais bon, je ne veux pas remuer.

 

 

Inutile de dire que je ne m’étais pas privé de m’en servir abondamment auparavant, de ces deux armes. Et que j'ai passé de longues heures à les démonter et à les remonter minutieusement, ce qui m'a permis de me familiariser avec leur habileté de conception, la qualité de leur fabrication, et finalement la beauté de la chose. 

 

 

A ce sujet, je ne comprends pas les gens qui collectionnent des armes dites « démilitarisées », c’est-à-dire dans le canon desquelles on a foré des trous pour être sûr d’éviter les tentations. Cela me fait penser aux tribulations d’Octave, dans l’Armance de Stendhal : il est amoureux de sa cousine, mais il refuse de l’épouser, car il serait alors obligé d’avouer qu’il est impuissant. La honte. Stendhal appelait cela, à l’italienne, le « babilanisme ». Quelle femme aimerait un eunuque ?

 

 

Je reviens à la chasse, pour un souvenir particulier, situé dans la plaine de la Bourbre, entre les « marais » et la « garenne ». A l’époque où il y avait des grives en abondance (c'était avant les pesticides et autres friandises), les hommes, en fin d’après-midi, s’alignaient à distance les uns des autres, sur la « route du haut », dos à la « garenne », attendant que les oiseaux, s’étant désaltérés dans la rivière, viennent s’abriter dans le bois touffus pour la nuit.

 

 

C’est un coup à prendre, ce n’est pas très difficile : l’oiseau arrive dans votre direction, en ligne droite, il suffit de tirer un peu devant lui pour toucher. Ensuite, c’est aux chiens de se débrouiller. Il n’y a pas beaucoup de viande, sur la grive, mais c’est absolument délicieux. Mais que ce soit un lièvre, un faisan ou une grive, attention aux petits plombs, quand vous dégustez.

 

 

Je ne m’attarde pas sur le grand-oncle, chasseur infatigable devant l’éternel, qui montait à l’assaut du coq de bruyère sur les hauteurs dominant Champagny-en-Vanoise, et qui accomplissait allégrement dans la journée ses 2000 ou 3000 mètres de dénivelé. La dernière fois qu’il s’est livré à cette « passion », il avait environ quatre-vingt-cinq ans. Pour dire le caractère du bonhomme : inflexible.

 

 

Il était accompagné de ses trois chiens : je me souviens surtout de Brake, le griffon Korthals, que j’adorais, et de Zoum, le magnifique et ombrageux setter irlandais. J’ai longtemps gardé la parure, qu'on dit en forme de lyre, des plumes caudales d’un petit tétras qu’il avait sans doute tué au bois de la Roche, sur les pentes inférieures du mont Jovet.

 

 

J’aimais le suivre quand il partait errer dans les « marais », parmi les plantations d’osier, les broussailles, les champs de maïs, les haies à franchir. Il avait le coup de fusil infaillible.

 

 

Voilà, tout ça pour dire que, sans donner raison aux militants de l’extrême chasse qui forcent la loi pour occuper la point de Grave, le col de l’Escrinet ou la baie de Somme, je comprends encore moins les extrémistes qui voudraient interdire la chasse, je ne comprends pas qu’ils ne comprennent pas et n’acceptent pas que des individus trouvent simplement du plaisir dans les loisirs qu’ils pratiquent, qu’il s’agisse du spectacle de la corrida ou de l’ouverture de la chasse.

 

 

Je mets dans le même sac tous ceux qui s’érigent en FLICS des plaisirs des autres, et qui affirment péremptoirement : ce plaisir-là doit être interdit, vous n'avez pas le droit de l'éprouver  : corrida et chasse, c’est entendu, mais aussi tabac, alcool, sexe, etc. Et qui veulent imposer, somme toute, leur intégrisme. Je les trouve louches et suspects, et au surplus insupportables, tous ces policiers et gendarmes sans uniforme qui s’attaquent aux plaisirs des autres, qui ne supportent pas les plaisirs des autres.

 

 

Qui s’insurgent contre le fait qu’on puisse trouver du plaisir au spectacle d’un beau combat entre un homme et un taureau. Du plaisir à marcher dans un espace naturel avec un fusil à la main. Je ne suis même pas sûr qu'ils aiment ça, le plaisir.

 

 

Tous ces gens qui s’en prennent au fait que d’autres qu’eux éprouvent un plaisir dans une activité qu’ils ne comprennent pas, qu’ils ne supportent pas, qu’ils veulent interdire, ils ont le nœud coulant à la main, et le resserrent autour du cou de notre espace de liberté en personne. Le tableau d’une telle société future, où la vie personnelle de chacun serait escortée d’une liste copieuse d’interdictions, de vetos et de prohibitions, est tout simplement effrayant.

 

 

GENEVIEVE GAILLARD et MURIEL MARLAND-MILITELLO, députées, ont paraît-il déposé une proposition de loi tendant à interdire la corrida sur tout le territoire français. Je note que l’une porte bien son nom militaire (le militant est un militaire sans uniforme), mais que, malheureusement pour les deux élues, la corrida vient d’être inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

 

16.04.2012

VIVE LA CHASSE !

Oui, eh bien voilà, après la corrida, la chasse. Ça risque de heurter les gens qui n’aiment pas la chasse, qui la combattent, qui rêvent de l’interdire, qui sait. Encore des militants, tiens ! Les anti-chasseurs, face aux chasseurs, sont dans une totale incompréhension mutuelle. Comme à propos de la corrida, les deux mondes se font face, les deux visions du monde s’opposent frontalement, les deux « philosophies » de la vie s’excluent mutuellement.  

 

 

J’aimais bien le dessinateur GÉBÉ, à cause de l’affûté de ses dessins, de l’utopique de ses rêves (« On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste », de L’An 01, qui a débouché sur un minuscule film de JACQUES DOILLON, et sur quelques groupuscules de n’importe quoi), du juste de ses critiques. Mais je ne l’ai jamais suivi quand il a lancé son slogan : « Chasseurs tristes cons ». Même sentiment à l’égard de SINÉ, qui se réjouit chaque fois qu’un accident de chasse tue un porteur de fusil (il publie l’entrefilet en se pourléchant les babines).

 

 

 

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Certes, on ne peut pas leur donner complètement tort, quand on voit l’état actuel du gibier. Du gibier ? Mais il n’y en a plus ! Même que les sociétés de chasse sont obligées d’en fabriquer, du gibier, dans des « élevages de gibier » (oxymore, évidemment). La honte, quoi.

 

 

Des bêtes que, quinze jours avant l’ouverture, on lâche dans une nature dont elles ignorent absolument tout. Quand on s’y promène, dans la nature, vers cette époque de l’année, on rencontre des faisans qui ne demandent qu’une chose, c’est de venir vers vous, voir ce que vous avez de bon à leur jeter.  

 

 

Je ne parle évidemment pas de ce vulgaire ersatz de ce que certains osent encore appeler la chasse. La chasse, c’est autre chose. Je ne parle pas non plus des gens qui se contentent de consommer cette contrefaçon, qu’on leur vend (cher) sous l’appellation de « chasse » et de « tradition » : ils se contentent de peu, et sont sans doute du genre à se satisfaire en solitaires en regardant les filles à poil d’une revue X.

 

 

Oui, je sais, ça leur fait aussi des bambanes dans la campagne, au « grand air », avec les potes, et le kil de rouge au moment de la pause. Attention ensuite à ne pas vous trouver dans le champ. SINÉ serait trop content de publier l’entrefilet.

 

 

Je ne parle pas de la chasse au gibier domestique, mais du seul vrai gibier, le sauvage. Et d’une époque où les chasseurs ne massacraient pas systématiquement, laissant les rescapés apprendre les ruses de la vie en prévision de l’ouverture suivante. Je n’ai d’ailleurs pas beaucoup chassé, personnellement. A cela une raison : une regrettable myopie. C’est ainsi que je peux affirmer à bon droit que dans ma vie de chasseur, j’ai sauvé la vie à bien des animaux.

 

 

Je signale en passant qu’on célèbre toujours, dans la nuit du 4 août 1789, un événement connu comme « l’abolition des privilèges ». Mais, outre qu’on a beaucoup brodé, amplifié, mythifié à partir d’un soi-disant « assaut de générosités », il se trouve que, dans les deux mois qui ont suivi cette date fatidique, la France a vu la plus grande extermination d’animaux sauvages à plumes et à poils de l’histoire.

 

 

Les raisons pour lesquelles je ne suis pas un adversaire de la chasse sont diverses. La première, peut-être même la seule, est que j’ai de lourds ascendants et antécédents dans le domaine, tant côté paternel que maternel. Une belle photo montre un grand-père médecin avançant sur un chemin forestier, l’air rigolard, tenant dans la main droite le fusil reposant sur l’épaule, et dans la gauche, par les pattes, deux ou trois volatiles.

 

 

De l’autre côté familial, on peut dire qu’il y avait une sorte d’armurerie, dans l’armoire en haut de l’escalier. Oh, tout n’était pas en état de tirer, mais il y en avait pour bien des goûts, des fusils et des carabines de chasse et de tir. Je me rappelle en particulier un bockdrilling, vous savez, ce fusil à deux canons lisses juxtaposés et un canon rayé situé juste en dessous, au cas on l’on rencontre inopinément un sanglier ou un chevreuil.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre demain.

 

 

12.04.2012

HARO SUR L'HUMANITAIRE !

La France est un pays merveilleux, c’est entendu, le monde entier nous l’envie. Les Français sont des gens merveilleux, c’est entendu, le monde entier nous les envie. Même que beaucoup d’étrangers voudraient devenir des Français, ou à tout le moins travailler sur le territoire des Français. A défaut d’en trouver, ils voudraient bien avoir un toit au-dessus de leur tête, en France.

 

 

Mais rendez-vous compte : il n’y a même pas besoin de ne pas être Français pour ne pas avoir de travail et pour ne pas avoir de logement. Ceux qui sont dans ce cas s’appellent selon les cas des « chômeurs » ou des « sans-domicile-fixe ». On est prié de n’appeler « sans-papiers » que les étrangers entrés irrégulièrement.

 

 

A ces diverses catégories de l’humanité s’ajoute la cohorte de ceux qui vivent dans des taudis, des immeubles pourris et insalubres. Appelons-les des « mal-logés », ou « sans-logement-décent ». En ajoutant tout ça, ça finit par faire beaucoup, vous ne trouvez pas ?

 

 

Heureusement, nous sommes en France, pays renommé pour le « bon-cœur » de ses habitants, « bon-cœur ». Il suffit donc de faire appel au bon cœur des Français pour trouver aide et réconfort. Je traduis : pour trouver de l’argent. Etonnant comme l’argent à lui seul est capable de procurer aide et réconfort. Alors on ne se prive pas d’en demander. Ce genre  de demande est devenu une habitude, presque une coutume, bref : un réflexe.

 

 

Je signale en passant un détail assez piquant : personne n’aurait l’idée d’appeler de telles demandes des « quêtes ». La quête, c’était bon pour le curé, le dimanche à l’église. C’est dépassé. Désormais, cous l’avez sûrement noté, il est plus décent de parler de « collectes ». Après tout, on parle bien de « collecte des impôts ». C’est peut-être pour rassurer la population, toujours si à cheval sur le bon usage des « deniers publics ».

 

 

Le motif des « collectes » est toujours noble, on l’appelle une « cause ». Organiser une « collecte », quelle que soit la « cause », sanctifie celle-ci automatiquement. Les promoteurs s’intronisent pacifiquement « défenseurs de cause ». Et des « causes », il y en a pour tous les goûts, des vertes et des pas mûres, mais aussi des opulentes, des arrivées à maturité, resplendissantes d’insolente santé, la « cause » fût-elle celle des maladies les plus graves. 

 

 

Dans ce tableau de la générosité humaine, nous allions oublier celui sans lequel rien ne serait possible, la cheville ouvrière, le héros modeste, l’obscur et indispensable sans-grade des modernes batailles humanitaires, j’ai nommé : LE BÉNÉVOLE. L’espèce tend à proliférer depuis quelques décennies. Certains la considèrent comme invasive.

 

 

Le bénévole, au sens propre, c’est « l’homme de bonne volonté ». Paix sur la terre à lui et à ses semblables. Longue vie au bénévole. Qu’il soit béni jusqu’à la septième génération. Lui au moins, il donne. Il donne de son temps. Il donne de son énergie. En un mot, il donne de lui-même. Sans rien attendre en retour. C’est beau, c’est grand, c’est généreux, comme disait le Général DE GAULLE, quoique dans un contexte tant soit peu différent.

 

 

Il est à noter que le bénévole n’évolue jamais en solitaire dans son milieu ambiant, mais que son instinct le pousse au contraire à s’agglutiner en bandes, au sein d’un groupe de congénères. Les ethnologues ont appelé ces agglutinats des « associations ». Ils ne sont, à ce jour, pas arrivés à établir le principe qui préside à leur naissance, mais penchent pour une forme de « génération spontanée ».

 

 

Car des associations, il y en a pour tous les goûts et toutes les couleurs. La race se caractérise par un polymorphisme exacerbé, au point qu’on peut affirmer qu’il n’en existe pas deux pareilles. Certains en estiment le nombre, en France, à 1.000.000.000 ; d’autres n’hésitent pas à franchir le cap du double. L’internet n’est pas une science exacte.

 

 

Ce qui est certain, c’est que la race est en perpétuelle évolution et a subi diverses mutations, somme toute relativement récentes. Le développement le plus notable des dernières décennies est l’explosion des associations « sans frontières », qui se donnent pour mission d’exporter en « kits mains libres », qui des médecins, qui des reporters, qui des avocats, qui des sportifs, qui des pharmaciens. Il existe même des « clowns sans frontières ». Vous pouvez vérifier.

 

 

Si l’on ajoute au bénévole ses deux excroissances, l’ « association » comme main droite et le « sans frontières » comme main gauche, on voit émerger le grand mutant de l’évolution récente : L’HUMANITAIRE. Et là, je cesse de persifler, je reprends mon sérieux, car on a passé en revue, à peu de choses près, l’ensemble des données du problème.

 

 

Voilà ce que je dis, moi. 

 

 

A finir demain.  

 

 

07.02.2012

UN PAS DE GUEANT POUR L'HUMANITE

« Toutes les civilisations ne se valent pas », a dit, paraît-il, CLAUDE GUÉANT, sinistre de l’Intérieur, devant le gratin syndical des étudiants de droite réunis sous la bannière de l’Union Nationale Interuniversitaire, propos incendiaire aussitôt et soigneusement twitté vers l’extérieur par un militant U. M. P. sans doute en service commandé.

 

 

 

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LE GRAND MECHANT LOUP 

 

Sur le Parti « Socialiste », sur toutes les belles âmes de la gauche tiers-mondialisée et sur tous les chevaliers blancs défenseurs de la vertu de la veuve de guerre des civilisations et de l’orphelin opprimé (je ratisse large), ces propos – savamment mis en scène et montés en mayonnaise par un service de communication très professionnel – jouent le même rôle qu’un lumignon allumé dans une nuit d’été sur les phalènes et autres insectes nocturnes, le même rôle catalyseur que l’électricité sur la moelle épinière, le même rôle d’appât que le chiffon rouge sur la grenouille et le taureau.

 

 

Un seul mot d’ordre : ON FONCE ! CLAUDE GUÉANT peut être satisfait, NICOLAS SARKOZY peut le féliciter : mission accomplie, soldat GUÉANT, c’est l’ébullition dans la fourmilière, le branle-bas dans Landerneau, les coups de feu dans la sierra, la panique sur la ville, les réglements de compte à OK Corral. FRANÇOIS HOLLANDE n'a pas encore fait part de son indignation, mais ça ne saurait tarder.

 

 

CLAUDE GUÉANT, honnêtement, j’éprouve pour ce personnage considérable la même quantité de sympathie que pour la limule, qui est aussi un crustacé très laid et antipathique. Pour une raison très simple, directement et a contrario déduite de celle qui fait que « les amis de mes amis sont mes amis ». J’espère que vous suivez.

 

 

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LE MONSTRE

 

La LIMULE mérite quelque précision. Saint ALFRED JARRY en donne, quand il essaie de comparer la physionomie d'Ubu : « S'il ressemble à un animal, il a surtout la face porcine, le nez semblable à la mâchoire du crocodile, et l'ensemble de son caparaçonnage de carton le fait en tout le frère de la bête marine la plus esthétiquement horrible, la limule ».

 

 

C'est vrai que la limule est globalement et en détail assez répugnante, et que je n'aimerais pas me prélasser sur les plages qu'elle fréquente.

 

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C'EST PEUT-ÊTRE DOUX A CARESSER, APRES TOUT ? 

 

Revenons à monsieur GUEANT. Qu’a-t-il dit exactement ? Si j’ai bien compris, il y a deux aspects dans les propos du sinistre : d’une part, il établit une hiérarchie entre les civilisations. Voyons cela. Cette idée bien propre à hérisser le poil des égalitaristes à tout crin, est-elle si choquante, si l’on regarde d’un peu près ?

 

 

Toutes les civilisations se considèrent, de leur point de vue, comme le nec plus ultra, le fin du fin. Je signale qu’en général, dans les langues du monde, tous les peuples se sont désignés eux-mêmes comme les seuls « êtres humains », nommant dans la foulée tous ceux qui leur étaient étrangers des « chiures », des « cloportes », des « sous-hommes » et toutes sortes d’animaux répugnants.

 

 

Le voyageur JEAN DE LÉRY raconte en 1578 comment les « Toüoupinambaoults » du Brésil étaient par principe en guerre perpétuelle contre les « Margajas », qu’ils s’efforçaient de tuer en grand nombre avant d’en faire cuire les morceaux sur leurs « boucans » : « Voilà donc, ainsi que j’ai vu, comme les sauvages Américains font cuire la chair de leurs prisonniers pris en guerre, à savoir boucaner, qui est une façon de rôtir à nous inconnue » (C’est dans la passionnante Histoire d’un voyage en terre de Brésil, Livre de poche, p. 364).

 

 

 

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APRES LA VICTOIRE,

C'EST LA FÊTE, CHEZ LES TOÜOUPINAMBAOULTS 

 

Nous préférons, nous autres Européens, battre la coulpe de l'Europe en nous en prenant aux Grecs, qui appelaient « barbares » les non-Grecs, et en dégradant allègrement leur triple A, qu’historiens et philosophes attribuent traditionnellement à ce peuple qui n’a pas fait grand-chose, en dehors d’inventer un « menu détail » : la civilisation européenne et la démocratie.

 

 

Si monsieur GUÉANT est raciste, il ne l’est ni plus ni moins que TOUS les peuples du monde depuis l’origine de l’humanité. Qu’il soit, en disant cela, parti à la pêche aux voix du Front National ne fait aucun doute, c’est une chose bien établie. Il reste que tous les peuples du monde ont été et sont aussi racistes que monsieur GUÉANT.

 

 

Que les glapisseurs de bons sentiments aillent voir la façon dont les Coréens sont considérés et traités au Japon, et, accessoirement, la façon dont les Noirs très noirs de peau sont considérés par les Noirs moins noirs, en Guadeloupe et en Martinique.

 

 

« C’est pas bien ! », disent, en faisant les gros yeux, les bonnes âmes altruistes pressées de déverser hors d’elles-mêmes les tonnes de sentiment de culpabilité qui les poussent à toutes sortes d’errements. J’ai le plus grand mal à garder mon calme, pourtant olympien et légendaire, quand j’entends hurler les antiracistes vertueux en général, et CLEMENTINE AUTAIN en particulier, qui s’indigne qu’un sinistre de la République ose s’exprimer ainsi dans la France du 21ème siècle.

 

 

 

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ELLE AVAIT DE TOUT PETITS PETONS

CLEMENTINE ! 

 

CLEMENTINE AUTAIN, flamberge au vent (prenez une colichemarde si vous préférez, c’est aussi efficace pour découper l’adversaire en lamelles), fonce comme tout le monde sur le sinistre de l’Intérieur, sans doute parce qu’il est assis sur le fauteuil qu’elle voudrait occuper. Ça viendra peut-être, mais pas trop tôt, j’espère. Il y a du flic chez CLEMENTINE AUTAIN, comme il y a du flic chez tous ceux, antiracistes compris, qui glapissent à la loi pour museler l’expression libre des individus.

 

 

(Soit dit entre parenthèses, un autre beau démocrate et républicain s’est manifesté dans Libération l’autre jour en se félicitant par avance que Madame LE PEN ne puisse pas se présenter à la présidentielle. J’ai nommé PIERRE MARCELLE, qui ose ce titre, qui serait inquiétant en cas de victoire de la gauche : « Le Pen inéligible honorerait la démocratie ». Qu’un « démocrate » auto-proclamé s’exprime ainsi montre juste que l’auto-proclamation est un mensonge.)

 

 

Qu’on se le dise, ce genre de militants des « justes causes » en général, et les antiracistes en particulier (puisque c’est de ça qu’on cause en ce moment dans les chaumières), les antiracistes et autres flics démocrates bon teint, donc, me font royalement chier. Excusez-moi de le dire sans dissimuler le mot derrière trois petits points, mais la vertu auto-proclamée me semble une des belles impostures de notre époque, qui n’en manque pas, il est vrai. A la niche, les « Vertueux » !

 

 

A la niche, les flics de la liberté d’expression ! VOLTAIRE, lui au moins, déclarait : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ». Non, eux, leur mot d’ordre, ils le prennent chez FOUQUIER-TINVILLE, vous savez, l’accusateur public qui organisait les charrettes pour la guillotine : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Ou encore : « La République n’a pas besoin de savants », en envoyant LAVOISIER à l’échafaud. On choisit son saint patron, n’est-ce pas.

 

 

Tous les flics en civil qui n'ont pour dimension libidinale que la guillotine du désir de museler toute expression qui n'est pas la leur ou qui enfreint je ne sais quelles Tables de la Loi, forment le coeur compact de la nouvelle bien-pensance, sorte de pensée unique par défaut, en creux, tracée au repoussoir. On n'ose plus dire "politiquement correct". Le regretté PHILIPPE MURAY en dévorait un tous les matins au petit-déjeuner, de ces militaires sans uniforme qu'on appelle les militants.  

 

 

 

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PHILIPPE MURAY,

UN GRAND ABSENT

 

L’autre aspect des propos de CLAUDE GUÉANT, curieusement passé au second plan dans la polémique, est beaucoup plus restreint et spécifique, puisqu’il parle de la République Française, avec son Liberté-Egalité-Fraternité, comparée à, mettons, l’Arabie Séoudite, et au statut social des femmes dans ce pays et d’autres analogues (ça veut dire bien musulmans, n’ayons pas peur du mot), aux obligations et interdictions vestimentaires et autres.

 

 

Alors là, vous voulez que je vous dise, je ne comprends plus rien. Bon, je sais bien que les foutraques de BESANCENOT et compagnie avaient présenté à des municipales une femme « issue de l’immigration » couverte du « voile islamique ». Mais reprenez-vous, la gauche républicaine, atterrissez, quelle est cette fureur qui vous saisit tout à coup ?

 

 

 

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ON ADMIRERA LE DESSIN DES LEVRES, LA TENDRESSE DE LA JOUE,

EN UN MOT, LA FEMINITÉ DE L'ENSEMBLE 

 

CLEMENTINE AUTAIN, reprends tes esprits : CLAUDE GUÉANT prend la défense des femmes en terre d’Islam. Qu’est-ce que tu attends pour applaudir ? Pour embrasser le sinistre et le remercier de prendre le parti de « la femme » ? Un sinistre qui, rends-toi compte, embrasse la cause des FEMINISTES.

 

 

Pour conclure, certes, il y a de l’opération politique de la part de CLAUDE GUÉANT, qui voudrait bien faire reconduire celui qui l’a fait sinistre et lui a donné sa soupe et son fromage, et qu’il y a là une provocation en « bonnet difforme », autant qu’une tentative de récupération de voix.

 

 

Mais la bêtise et l’hypocrisie des « bonnes âmes » et autres chevaliers blancs de la « gauche » auto-proclamée (s’ils sont à gauche, je m’appelle BENOÎT XVI, et si c'est ça, être de gauche, alors j'accepte avec empressement l'étiquette droitiste, même si c'est faux, je ne voudrais surtout pas qu'on me confonde), sont trop flagrantes pour que j'accorde à CLEMENTINE AUTAIN et autres flics du même acabit autre chose qu’un pitié lointaine.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

30.01.2012

LA BIBLE, C'EST TRES SURFAIT !

Je vais vous dire : la Bible, c’est très surfait. Il y en a qui en font des montagnes, qui ne s’en séparent jamais, qui l’ont apprise par cœur, qui sont prêts à se faire tuer pour elle, qui consentent même, pour elle, à devenir des assassins. Vous me direz que pour le Coran, c’est la même chose. Je sais.

 

 

Oui, on m’avait dit : « Lis la Bible, tu trouveras la vérité ». Même à Stockholm, tu te rends compte, il y a une bible (en anglais) dans la table de toutes les chambres de l’hôtel. Remarque, quand tu vas à l’Infirmerie Protestante, tu t’aperçois aussi qu’il y a une bible (en français) dans le tiroir de la table. Mais bon, c’est des protestants, ça n’excuse pas, mais ça explique. Il faut être indulgent.  

 

 

« The Good Book », ça c’est le titre d’un disque fameux de LOUIS ARMSTRONG. Il chante et joue des classiques bibliques et gospels. Mais là, c’est pas pareil, c’est de la musique. Parce que les nègres, ils ne plaisantent pas avec ça, la musique. Pour beaucoup d’entre eux, ce n’est pas un ornement de façade, c’est une personne à respecter. De l’ordre du sacré, si vous voulez. Autant que la Bible elle-même, c’est dire.

 

 

 

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LOUIS, alias SATCHMO (= BOUCHE EN FORME DE SACOCHE) 

 

A cet égard, après tout, peut-être que je suis un peu nègre sans le savoir. Je ne serais pas le premier blanc : CLAUDE NOUGARO (« Armstrong, je ne suis pas noir, je suis blanc de peau ») et NINO FERRER ( le capitaine Nino de Corto Maltese en Sibérie, de HUGO PRATT : « Je voudrais être noir ! ») m’auraient précédé. Bon, il se trouve que j’ai la peau pâle, et que finalement ça me convient. 

 

 

Mais c’est vrai que quand, par hasard, tu entres dans une église catholique (en France) pendant la messe, tu te rends compte que les chrétiens de cette espèce ignorent puissamment ce que c’est, la musique. J’ai parfois l’impression qu’ils la méprisent, même. Vous les entendez, ces chants las et lamentables, avachis, asthmatiques, exténués ? On dirait des bêtes étiques, faméliques, voire cachectiques, qu’on mène à l’abattoir se faire découper en lanières, stade ultime avant la farine animale.

 

 

Les nègres ? Ecoute-les un peu, pendant un office, quand le pasteur, pris d’enthousiasme, psalmodie en improvisant les paroles, soutenu par les répliques ferventes de l’auditoire. Ma parole, c’est sûr, tu perdrais presque l’habitude de ne pas croire.

 

 

C’est sûr qu’à Frontonas, malgré tout, pour le Credo et le Gloria, les phrases (en latin) étaient chantées alternativement par les filles des premiers rangs à droite et par les hommes assis en demi-cercle derrière l’autel, dans le chœur. C’était aussi de la musique, c’est vrai, mais bon. Rien à voir. C’est plus tard que j’en suis venu à SISTER ROSETTA THARPE et MAHALIA JACKSON.

 

 

Je me dis que peut-être, s’il y avait eu, dans nos églises bien catholiques, une goutte d’enthousiasme dans les cantiques, comme dans les gospels endiablés chantés par les nègres dans leurs offices, le catholicisme en France n’aurait pas ce visage triste, blafard, souffreteux, livide et, pour tout dire, cadavérique. Et que je serais peut-être encore croyant, va savoir. Bon, c’est peut-être surestimer l’importance de la musique.

 

 

Bon, alors, la Bible, le livre de la vérité ? A force de me l’entendre dire, j’ai fini par y mettre le nez. Eh bien, j’ai vu. Et je conclus que c’est très exagéré. Il n’y a sans doute pas plus de vérités dans la Bible que de mensonges. La preuve :  

 

« Il y a trois choses qui me dépassent,

et même quatre que je ne comprends pas :

la trace de l’aigle dans les cieux,

la trace du serpent sur le rocher,

la trace du navire au milieu de la mer,

et la trace de l’homme chez la jeune fille ».

(Proverbes, XXX, 18, traduction du chanoine CRAMPON)

 

Si, si, c’est dans la Bible. Moi qui ai un mal de chien à me rappeler les blagues, vous savez, celles qui font marrer tout le monde à la fin du repas, celle-là, je la connaissais, mais avec une variante. Ce n’était pas l’aigle, mais le nuage, qui passait dans le ciel sans laisser de trace. Bon, on ne va pas épiloguer. L’aigle ou le nuage, le serpent, le bateau, je veux bien. Mais la jeune fille ? Est-ce que c’est sérieux ? Moi, j’ai plutôt l’impression que le gars qui a écrit ça me prend pour une bugne.  

 

 

Prenez-la pucelle, prenez-la déjà un peu ou carrément usagée, qu’est-ce que ça veut dire ? Que lorsque l’homme ressort de la jeune fille après sa petite affaire, c’est comme si rien ne s’était passé ? Est-ce que ça signifie que l’orifice féminin est aussi inconsistant que l’air dans le ciel ? Aussi fuyant que l’eau de la mer ? Je laisse de côté le rocher, parce que … ça ne fait pas très réalistequand on examine posément la question. Quoi qu'il en soit, la Bible semble faire du féminin quelque chose qui n’est pas grand-chose.

 

 

Et puis franchement, pour l’engin masculin, c’est exactement la même chose : sans vouloir verser dans le vulgaire, y reste-t-il accroché quelque chose de l’antre féminin qu’il vient de visiter, en dehors des éventuels bocons, morpions, cirons, flocons et autres moutons, après la douche ? Dans ce cas, pourquoi seule la jeune fille est-elle citée ? N’y a-t-il pas quelque misogynie à la stigmatiser elle seule ? Et puis, est-ce qu’il n’y aurait pas, par hasard des traces autres que les visibles ?

 

 

C’est vrai que, dans certaines circonstances, la trace laissée par l’homme dans la jeune fille finira par se voir, au bout de quelque temps (9 mois environ).  Mais en dehors de ça, si quelqu’un peut m’expliquer la possible signification théologique, il est le bienvenu. S’il faut avoir Bac + 12 pour lire la Bible, ça augure mal de sa compréhension par les masses croyantes.

 

 

Une petite mention en passant pour les « madrasas », où les Pakistanais, Indonésiens et autres musulmans apprennent le Coran par cœur dès le plus jeune âge. Je signale que "taliban" vient de "taleb", qui veut dire "étudiant" (j'imagine qu'il étudie en tout et pour tout le Coran). Ça vaut les sectes protestantes. En pire. Tous ces gens qui, ayant appris par cœur des centaines, voire des milliers de pages qu’ils se récitent en boucle dans leur disque dur, moi ça me flanque la frousse. Parce que ça suppose que, tant que tu ne fais pas la même chose, tu restes leur ennemi.

 

 

Et les plus atteints, donc les plus dangereux, c’est ceux qui s’en tiennent une fois pour toutes à la lettre. J’ai connu un étudiant qui s’était fait embrigader dans les témoins de jéhovah, et qui n’en démordait pas : quand on lit la bible, on n’a strictement aucun besoin de lire quelque autre livre que ce soit. Je te dis pas l’étendue de sa culture générale.

 

 

Cet autre, qui s’appelait Taoufik, il était pourtant intelligent, avide d’apprendre, et c’est vrai qu’il en savait plein, des choses. Et puis un jour, il est arrivé, et il a déclaré fièrement que le Coran rend absolument inutiles, donc condamnables et combustibles, tous les autres livres. Il s’était laissé pousser la barbe.

 

 

C’est exactement ce principe qui a guidé le calife OMAR, en 642, quand il ordonna de détruire les 700.000 volumes que recelait la bibliothèque d’Alexandrie : « Si c’est dans le Coran, on n’en a pas besoin. Si ça n’y est pas, ce sont autant d’impiétés ».

 

 

Finalement, la Bible, c’est très surfait. Je n’avais déjà pas très bonne opinion des méthodistes, adventistes, mormons, quakers, témoins de jéhovah et autres sectes inventées grâce à la trouvaille que fut, chez les protestants, le lien direct établi spontanément entre Dieu et son croyant.  

  

L’appellation qui remporte tout mon suffrage, c’est l’Eglise de Jésus Christ  des Saints des Derniers Jours. C’est les mormons, ça, à vue de pied de nez ? Mais, comme dirait BRASSENS : « Moi mon colon celle que je préfère, c’est la guerre de 14-18 ». Chacun de ces protestants est à lui tout seul une petite entreprise qui ne demande qu’à prospérer, à s’étendre, à se répandre. « Allez, enseignez toutes les nations », qu’il dit, l’autre. On n’a pas fini d’en chier, avec les guerriers de dieu, les missionnaires, les prosélytes.

 

 

Bon, c’est vrai qu’ils n’en sont pas encore, les protestants, comme certains autres, à faire tenir leur pantalon avec une ceinture explosive au milieu des « infidèles », si possible des femmes et des enfants. Mais, la bombe en moins, c’est kif-kif bourricot.

 

 

Bon, on m'a dit qu'il n'y avait pas que ça dans la bible. Je la rouvrirai peut-être, mais à une autre page, en espérant tomber sur un passage plus rigolo. En tout cas, moi, je suis bien content d’être immunisé.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

NOTE A BENNE : je sais, on va me dire que je plaisante avec des choses sacrées, que la bible est le plus grand best-seller de tous les temps, et patali et patala. Que voulez-vous, je ne peux pas demander à ma mère qu'elle me refasse. Elle se fait vieille.

 

 

 

 

08.12.2011

DANS LE TELETHON, TOUT EST BON

Ils sont merveilleux, les Français ! Rendez-vous compte, en pleine crise, en plein allongement de la durée de cotisation pour la retraite, en plein chômage, en pleine crise de l’euro, en plein marasme moral, voilà qu’ils trouvent le moyen (et les moyens) d’être encore plus généreux que l’an dernier : les promesses de dons ont afflué au standard du TELETHON.

 

 

C’est épastrouillant, vous ne trouvez pas ? Ça rentre encore mieux que les impôts ! 86 millions ! Un tirage de l’Euro-millions après quelque temps d’incubation stérile. Dans le fond, c’est plus banal que je ne croyais au premier abord : la Française des jeux n’a pas à être jalouse, elle qui distribue les millions d’euros régulièrement, fidèlement, semaine après semaine. Ça relativise.

 

 

Mais 86 millions de promesses en deux jours. Bon, ce ne sont peut-être que de ces promesses qui ne sont pas destinées à être tenues, comme on en entend avant chaque élection. Mais parions sur la sincérité. 86 millions ! Je n’en reviens toujours pas. Je crois que je n’en reviendrai jamais. Je vais tâcher de vous dire pourquoi.

 

 

Et je promets d’essayer de ne pas essayer de faire rire des myopathies, et encore moins des myopathes. Et pourtant, il y aurait matière, par exemple en imaginant un myopathe en train de gratter une carte de la Française des jeux. Mais j’ai promis d’essayer, et cette promesse, je la tiendrai. Peut-être.

 

 

La raison de ma répugnance à l’égard de l’opération Téléthon (je dis bien « opération ») est assez simple, et j’y viendrai. Mais ma première remarque concernera les propos tenus je ne sais plus en quelle année par PIERRE BERGÉ : en gros, je crois me souvenir qu’il reprochait au Téléthon de siphonner tout l’argent de la générosité, et qu’il n’en restait plus ou presque pour sa cause à lui : le Sidaction.

 

 

Ben faut le comprendre, PIERRE BERGÉ, qui fut l’amant et compagnon  richissime du richissime YVES SAINT-LAURENT, qui finance la revue Têtu, qui a financé SÉGOLÈNE ROYAL (appartement de 200 m², campagnes diverses), au-delà du raisonnable, puisqu’il a fini par se rendre compte qu’il avait misé sur la mauvaise jument. En tant que porte-drapeau de la cause homosexuelle, il aimerait bien que les gens mettent un peu d’argent dans la recherche sur le SIDA.

 

 

Pour répondre à l’attente de PIERRE BERGÉ, livrons-nous à un petit calcul. Combien de personnes sont touchées par les myopathies ? Je ne veux pas dire de bêtises, mais je crois bien qu’en France, il semble qu’on compte environ 5.000 individus souffrant de maladies rares. Les myopathies en font partie, entre autres. Mon ami SALVATORE est bien mort d’une de ces autres vacheries, je ne sais plus laquelle. J’imagine que le Généthon s’occupe de toutes.

 

 

Maintenant, combien de malades du SIDA ? Le nombre qu’on peut trouver, c’est celui des morts en France depuis le début de l’épidémie (aux Etats-Unis, c’est 1981) : 35.000. Certains parlent de plus de 40.000. Quant aux personnes séropositives, qui ne sont que porteuses du virus (à ne pas confondre avec les malades du SIDA), une estimation de « sida info service » de novembre 2010 fait état de 152.000.

 

 

Où veux-tu en venir, blogueur suspect, avec cette comparaison ? – Eh bien, cher lecteur, je réfléchis. Je regarde, j’écoute, je lis : oui, je réfléchis. C'est un peu pour ça que je me permets de tenir le résent blog. Je remarque que les promoteurs du Téléthon défendent une CAUSE. Qu'il y a dans le Téléthon du militantisme. Or, comme l'écrit AMBROSE BIERCE dans Le Dictionnaire du diable : « Le militant est un militaire qui porte son uniforme à l'intérieur ».

 

 

Accessoirement, il serait tout à fait imaginable que l’entreprise Généthon fût conçue pour déposer des brevets, pour ensuite, on ne sait jamais, les monnayer pour s’alimenter en argent frais et se débarrasser de la corvée de la quête publique ? Mais je ne veux pas jeter la suspicion sur une démarche louable dans son principe.

 

 

Si j’examine le paysage à partir du mot-clé « une cause à défendre », alors là, le vertige me prend, cher lecteur. De ce côté, la cause des mal-logés, avec pas loin la cause des mal-nourris, et tout près la cause des pas logés du tout, derrière laquelle se cache la cause des enfants hospitalisés.

 

 

De cet autre côté, la cause des animaux à fourrure, coude à coude avec la cause des espèces en voie d’extinction et la cause des taureaux de combat. De cet encore autre côté, des sans-papiers, des réfugiés politiques, des réfugiés climatiques, des migrants en général, des victimes de la famine en Somalie, des victimes de l’amiante ou de l’atome, etc. J’arrête, car ça n’en finirait pas.

 

 

Tu as compris, cher lecteur, ce qui me chiffonne, avec le Téléthon ? Je me suis arrêté à quelques « causes » dont les médias sont friands, mais j’aurais pu transformer l’énumération des « causes » en véritable litanie des saints, tu sais, cette prière d’intercession dite le jour de la Toussaint et qui dure juste à peine quelques heures.

 

 

A ton avis, de même que, dans la litanie, aucun saint n’a la priorité sur les autres, excepté par l’ordre d’apparition, quelle est la « cause » qui l’emporte sur les autres ? Car c’est bien connu, « choisir, c’est éliminer ». Et je me demande incidemment s'il n'y a pas quelque injustice à focaliser l'attention et la générosité publiques sur cette cause-là plutôt que sur cette autre.

 

 

Bon, alors c’est vrai, on peut tâcher d’y voir un peu clair et opérer un premier « tri sélectif » (je ne me lasse pas de ce délicieux pléonasme), en faisant passer, par exemple, les animaux après les humains : exit la vivisection, exeunt (c'est comme ça qu'il faut dire) les espèces menacées et les animaux à fourrure. Ça, c’est relativement facile. Encore que j’en entende déjà certains protester vigoureusement.

 

 

Mais ensuite ? Qu’est-ce que tu vas prendre, comme critères de sélection, d’élection de TA cause ? Quel âge ont-ils ? Quelle est leur souffrance objective ? La situation est-elle urgente ? Critique ? Combien sont-ils ? Combien risquent-ils d'être demain ? Quelle est la gravité du mal dont ils souffrent ? Eh oui, il est bien là, le problème : il faudrait tout faire. Dit autrement : si on n’est pas insensible, on voudrait tout faire. Et je sens que si on organisait un débat là-dessus, les participants en viendraient rapidement aux mains.  

 

 

Car ce n’est pas la souffrance qui manque, sur cette planète, on est d’accord. Certains l’appellent le MAL. C’est d’autant plus insupportable qu’on est au courant de tout ce qui se passe de MAL, aujourd’hui, presque au moment où ça se produit. Avec la télévision, cher lecteur, c’est toute la souffrance du monde qui débarque chez toi, dans ton salon, et en pleine digestion.

 

 

Rectification : c’est l’image de toute la souffrance du monde qui vient s’asseoir à ta table. Ça change tout. C'est GUY DEBORD qui disait ça, paraît-il. Je n'ai pas vérifié. D’ailleurs, est-ce que le problème ne vient pas précisément de là ? Car, puisque nous réfléchissons, demandons-nous ce qui a produit cette exacerbation du sentiment populaire autour du seul Téléthon, qui a fait passer très loin derrière lui toutes les autres « causes » à défendre. Réponse catégorique : rien d’autre que la TELEVISION.

 

 

Je ne veux pas savoir QUI a eu l’idée du Téléthon. Quoi qu’il en soit, il mériterait d’être bombardé directeur du marketing d’une grande entreprise multinationale. Ce fut certainement un coup de génie (je crois que c’était en 1986). Comprends-tu, cher lecteur, pourquoi PIERRE BERGÉ peut à bon droit se plaindre de l’ombre qui est faite au Sidaction ?

 

 

C’est tout simplement parce qu’il s’est fait brillamment griller par cette offensive surprise et victorieuse sur le principal média de propagande qu’est la TELEVISION. Bon, c’est sûr, en 1986, on parlait de sidéens, de sidaïques, de sidatoriums, voire de « sida mental » (LOUIS PAUWELS). Si je me souviens bien, l’épidémie de SIDA n’avait pas encore mis en œuvre toutes ses capacités de nuisance et n’était pas encore le fléau décimateur de l’Afrique subsaharienne (autrefois, on disait « Afrique noire », c’était plus facile à prononcer).

 

 

L’image des malades du SIDA était ténébreuse, voire sulfureuse. « Ils l’ont bien cherché », entendait-on. Pour la télévision, en 1986, ce n’était pas un bon produit, au « packaging » lisse et impeccable. Impossible de mettre côte à côte, sur le plateau de télévision, le petit myopathe et le mec atteint du sarcome de Kaposi (toujours prêt, celui-là, à profiter lâchement de la perte d’immunité). Pour tirer des larmes et de l’argent, « yapafoto », comme disent les Japonais.

 

 

Hé oui ! L’avantage et l’inconvénient de la télévision, ils sont là. En 2011, tu mets sur scène monsieur GAD ELMALEH tenant dans ses bras un petit myopathe (au pays de la myopathie, on est vieux avant trente ans, ça restreint forcément). Et hop ! Tu commences par tirer des larmes. Ça détourne l’attention, et comme tu es rapide et habile, tu fais les poches du sentiment populaire.

 

 

L’inconvénient, pour ne pas dire le vice congénital de la télévision, c’est de frapper à l’estomac : le petit myopathe il te rentre dans le chou de l’émotion, dans le vif du sternum, exactement là où s’exacerbe le sentiment populaire. Et le sentiment populaire, qu’est-ce qu’il fait ? Il y va de sa larme. Et le sentiment populaire, juste après – car il ne faut pas laisser refroidir, je veux dire réfléchir –, il prend son téléphone et il promet. Et une fois qu’il a promis, va revenir dessus ! Difficile : il s’est  engagé.

 

 

L’avantage, c’est évidemment que la télévision se transforme sous tes yeux en machine à sous qui crache d’un coup tout le pactole, dans un déchaînement grandiose de pitié, d’amour et d'humanité d'un côté, et de l'autre, de crépitement des flashes, d’applaudissements et de lumières vives qui clignotent. Voilà ce que c’est, le Téléthon. C'est du spectacle, comme disait GUY DEBORD, paraît-il. Je n'ai pas vérifié.

 

 

Je précise, cela devrait aller sans qu’il fût besoin d’être dit, que je ne veux strictement aucun mal aux enfants infirmes atteints de myopathie. Dans mon proche entourage, on sait trop ce qu’infirmité veut dire pour que je laisse subsister quelque ambiguïté. Cela ne m’empêche pas de voir dans l’émission de télévision intitulée « Téléthon » l’exercice d’une forme de violence faite au peuple. En même temps que d'une forme d'injustice.

 

 

Avec toute la sincérité, l'honnêteté et la bonne volonté qui animent les promoteurs de l'opération "téléthon", il y a une forme de violence, liée au choc émotionnel propre à l'image, en particulier télévisuelle, et une forme d'injustice, liée à l'élection et à la promotion d'une cause parmi dix mille autres.

 

 

De toute façon, PIERRE DESPROGES, dans je ne sais plus quel sketch, voyait aussi une forme de violence dans tout appel au sentiment de pitié. Voire dans toute mendicité. « Mes cent balles, je les garde », disait-il.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

NOTE-À-BENNE : il y eut une ville nommée Athènes, il y eut une bataille à proximité d’une ville nommée Marathon. Le mot « téléthon » voudrait être un mot-valise qu’il ne pourrait pas y arriver. Pour une création lexicale, on peut dire que le mot « téléthon » est un monstre, au sens antique du terme. C’est comme si on avait pris le nom de Paris et qu’on l’avait coupé et recollé pour donner « téléris ». Je ne commente pas. Pas la peine, je suppose.

04.12.2011

ECOLOGIE POUR UNE AUTRE FOIS

Résumé : ce qu'on appelle la pollution n'est rien d'autre que tous les objets qui nous donnent confort et facilité. Na ! C'est bien fait, tiens !

 

Mais je vais vous dire une bonne chose : la pollution, on n’en parlerait pas si cette façon de vivre était restée confinée et circonscrite. La pollution, on ne saurait même pas ce que c’est. Tu te rends compte, le bonheur ? Au lieu de ça, c'est l'angoisse. Et pourquoi ça, je vous le demande ? Parce que tous les non-occidentaux en ont voulu. Pas de la pollution : des objets dont nous sommes si fiers. Tu te rends compte, le culot ? 

 

Et c'est vrai, si l'usage des objets fabriqués avait été réservé aux habitants de leur aire de production, en gros et pour résumer, l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale, l’Australie et le Japon, je vous le dis, on n'en serait pas là ! Ce qu’on appelait, il n’y a pas si longtemps, les « pays développés ». Mettons un milliard d’individus. Qui vivaient tranquilles à piller la planète en pères de familles. Ça pouvait durer encore un peu. Disons quelques siècles sans se faire de mouron.

 

Tandis que là, si tout le monde s'y met, ça ne va plus être possible. Qu’est-ce qui leur a pris, à tous les autres, de les vouloir, ces objets ? Ils vivaient heureux (pas les objets, ballot !). Un mode de vie simple, pas de livres, une alimentation frugale, des ambitions modestes pour les enfants, pas d'impôts, une existence « à l’ancienne », héritée des ancêtres. Ils avaient tout, sans avoir nos objets. Bon, ils ne gagnaient pas lourd, mais comme la vie ne coûtait rien ...

 

Les femmes gardaient vivants quelques enfants, sur une vingtaine de grossesses. Au moins, la mortalité infantile n’était pas faite pour les chiens. C’était le bon temps. Personne ne se plaignait. C’était comme ça. Quand on excisait, il n’y avait pas vingt clubs de tiers-mondistes huppés et de droits-de-l'hommistes magnanimes pour vous tomber sur le râble et vous faire renoncer à vos coutumes séculaires.  

 

Notez que, pour la mortalité infantile, c’était du pareil au même chez nous, deux cents ans avant. Je ne sais plus quel médecin anglais a fait faire un bond à la fertilité finale des femmes quand il a enseigné le lavage des mains aux accoucheuses. On a appelé ça le progrès. On y a cru. Dans le fond, c’est la médecine européenne qui a inventé la « bombe démographique ».

 

C’est vrai que l’occident, en même temps qu’il voyait se multiplier les sympathiques « créateurs de richesse », le dollar entre les dents, a vu proliférer les indispensables « grandes âmes » (sens du mot magnanime). Comment, se sont-ils écriés, nous allons chercher chez les sauvages les matières qui nous permettent d’avancer sur la voie du Progrès, et nous les laisserions éloignés des bienfaits de ces avancées ? C’est le moment de leur envoyer la médecine. C'est comme ça et pas autrement qu'on a allumé la mèche de la « bombe démographique ».

 

La Terre parvient à son 1er milliard vers 1800, à son 2ème vers 1925, à son 6ème en 1999. Elle vient d’atteindre son 7ème milliard. Aux dernières nouvelles, la Terre, encore toute grosse, aurait déclaré : « Je suis contente, et j’espère faire mieux la prochaine fois ». On se croirait à l’arrivée du critérium de Tence (Haute-Loire) dans les années 1960. On l’encourage. Et on applaudit très fort. « Tiens bon, la Terre ! Allez, citius, altius, fortius ! », comme disait COUBERTIN.

 

Donc, le monde non occidental vivait très bien comme ça. Disons qu'il vivait. Et puis le monde occidental a débarqué avec sa médecine. Accessoirement et en même temps, il a voulu apporter l’occident en personne. Autrement dit, en plus de la médecine, les objets, le goût des objets modernes, ceux qui marchent à l’électricité et à l'essence, ceux qui sortent des usines.

 

Les objets modernes, GERARD LAUZIER évoquait cela drôlement dans Chroniques de l’île Grande, où une vieille mémé brésilienne se fait fourguer un coffre en plastique ou en formica, en lieu et place de son coffre ancien en bois de jacaranda qui vaut la peau des fesses.

 

C'est qu'il fallait bien apporter la médecine au Tiers-Monde pour transformer les populations démunies, d’abord en autant de clientèles en bonne santé, ensuite en clientèles solvables. Parce que les usines occidentales crachaient leurs objets à jet continu et que les marchés des pays développés étaient saturés. Il fallait élargir à tout prix.

 

On a donc imaginé toutes sortes de « marchés potentiels » pour écouler tous ces surplus. HANNAH ARENDT explique ça très bien dans Les Origines du totalitarisme (deuxième partie, je crois, celle sur l’impérialisme). Elle intitule d’ailleurs drôlement un paragraphe « Embarras suscités par les droits de l’homme ». Vous m’excusez de la remettre sur le tapis, c’était juste en passant. De toute façon, ce n'est pas tout à fait ça qu'elle dit.

 

L’occident a donc exporté l’occident, partout où c’était possible, ce qui veut dire « partout ». L'occident a implanté l'occident dans le monde. Le monde s’est occidentalisé dans la foulée. Et la foulée, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a continué. Et il faut le comprendre, le monde, il a voulu « vivre à l’occidentale ». C'est-à-dire avec l'électricité, l'essence et l'eau courante.

 

Surtout l'électricité. Plus de courant ? Plus de télévision ! Autant dire plus rien. L'angoisse. Moi, j'en rigole, rien qu'à l'idée de la pléiade d'empaffés qui seraient radicalement privés de montrer leur trombine, et d'en toucher les dividendes. Sur la paille, DELARUE. Réfléchis : combien de temps passes-tu dans la journée avec quelque chose qui marche à l'électricité ou à l'essence ? Trop.

 

Vivre à l'occidentale, ça veut dire, en réalité, un poste de télévision dans chaque pièce de la maison, des frigos, des voitures, des ascenseurs, des téléphones portables, des ordinateurs, et tout le reste. Bref, vous avez compris, le « confort moderne ».

 

Y a pas de raison que vous autres occidentaux soyez seuls à posséder tout ça. Nous aussi, nous y avons droit. Et quand on y réfléchit, on se dit que c’est bien vrai : il n’y a aucune raison rationnelle pour priver de nos bienfaits matériels les six milliards d’hommes qui n’en disposaient pas encore.

 

Vous avez compris pourquoi la énième conférence sur le climat, qui a lieu en ce moment à Durban, en Afrique du sud, est vraiment très mal partie. On nous dit qu’il faut abonder un fonds mondial pour le climat. D’abord, je demanderai : « Quel argent ? ». Mais l’argent, on en trouve toujours quand c’est important aux yeux des gens importants.

 

Ensuite, je demanderai : « Au nom de quelle raison et de quel principe l’occident empêcherait les pays pauvres (et les pays avancés des pays pauvres, les désormais fameux B. R. I. C. S.) d’accéder au même degré de bonheur matériel qu’il a pour son compte atteint autour de 1900 ou 1920 ? ».

 

La plaidoirie est remarquable, non ? Merci pour l'orateur. C’est entendu, tout le monde a le droit d’être riche et de consommer exactement comme les occidentaux. Il n’y a pas de raison. Comme ça, l’extraction forcenée des ressources (étape nommée « au départ ») va s’élargir et devenir furieuse, puis tonitruante, et la poubelle (étape nommée « à l’arrivée ») va se rétrécir, puis devenir minable. Et l'humanité va y élire domicile, dans la poubelle. Ce qu'elle a un peu commencé à faire.

 

Vous savez comment ça va finir, en toute logique ? Les étapes « au départ » et « à l’arrivée » vont se confondre. Concrètement, ça va donner quoi ? Ben, ça me paraît évident. Quand l’extraction forcenée va arriver dans le mur, eh bien c’est tout simple, elle va extraire directement ce qui se trouve dans la poubelle. C'est pour ça que le recyclage a l'avenir devant lui. PIERRE DAC, alias Sar Rabindranath Duval, poursuit illico : « Mais il l'aura dans le dos chaque fois qu'il fera demi-tour ».

 

Oui, elle va extraire directement dans la poubelle le carburant qui actionne la production de produits. J’appellerais volontiers ça « la planète autophage ». Sauf que c’est ceux qui s’agitent dessus qui vont creuser le sol sous leurs propres pieds. Je vois bien les dessins d’un nommé GRANGER qui dessinait dans les années 1970. Un genre d’humanité autophage.

 

Il a même dessiné les pochettes des premiers disques du génie musical que le monde entier nous envie : JEAN-MICHEL JARRE. Bon, c’est vrai qu’il fait plutôt dans l’esbroufe et le spectaculaire que dans le musical, ne parlons même pas de l’artistique, mais MICHEL GRANGER, en dessin, ça reste une pointure. Je ne sais pas ce qu’il est devenu.

 

L’objectif, c’est que sept, puis neuf milliards d’humains puissent vivre « à l’européenne ». Non, ce serait injuste : autorisons-les à vivre « à l’américaine ». A l'européenne, il faudrait juste trois planètes identiques pour que ça soit viable. A l'américaine, c'est cinq planètes, qu'il faudrait. Comme ça, ce sera plus net.

 

C’est bien vrai, finalement, que l’occident est schizophrène. D’un côté, l’économie, la richesse, le progrès, le confort. De l’autre, les principes, la justice, les droits de l’homme, les grandes âmes (« mahatma », en hindi). D’un côté, la liberté (de s’enrichir). De l’autre, l’égalité et la justice. On est donc devant cette belle équation à résoudre : comment continuer à croître, tout en voulant imposer la justice ?

 

Drôle de paradoxe, quand même : la liberté + l'égalité = la planète invivable. Vous ne trouvez pas que c'est bizarre ? Et si vous ajoutez le troisième terme, la fraternité, je crois que c'est plutôt une sorte de guerre qui se profile à l'horizon, vous ne croyez pas ?  

 

Je la vois déjà, la planète à 7 milliards d’hommes égaux en richesse à l’Américain moyen d’aujourd’hui. Allez, gardons le sourire. Plus ce sera rapide, moins ce sera douloureux. C'est déjà ça de gagné.

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

 

01.12.2011

HARO SUR LE CONSENSUS

 

Ça commence à me pomper l’air, cette histoire de philosophie, « public », « privé » et tout le bataclan, pas vous ? J’en ai assez de ce sujet sérieux. Je vais donc passer à un sujet grave. Oh, dans le fond, pas si grave que ça.

 

 

 

Une copine à quelqu’un qui m’est cher déjeunait l’autre jour à la maison, en même temps que d’autres. Elle vient d’enterrer un certain nombre d’amis et connaissances en un temps réduit. Même si je reconnais que ça fout un coup, cette copine à quelqu’un qui m’est cher ne m’est pas très chère, à moi personnellement. Pour des raisons qui me regardent, et qui donc la regardent aussi. Mais personne d’autre.

 

 

 

Pour vous dire, on était à table, on parlait du raifort à l’allemande. Je ne sais pas si vous connaissez ces petits bocaux, qu’on trouve ici ou là, « à l’intérieur ». « A l’intérieur », je précise que c’est partout en France, sauf en Alsace. C’est comme ça qu’on dit là-bas.

 

 

 

Je disais de ce condiment somme toute très européen, peut-être même très banal, qu’il était proprement immangeable. Sur le ton doucereux, vaguement insinuant et franchement moralisateur qui caractérise les faux-culs, la copine à quelqu’un qui m’est cher me déclara : « Peut-être que tu pourrais dire « je n’aime pas », plutôt que « c’est immangeable ». J’ai répondu : « Je préfère dire que c’est immangeable ».

 

 

 

Pourquoi je préfère ? Parce que, tout simplement, chacun est habilité à porter des jugements, alors que « j’aime, j’aime pas », ça vous renvoie à votre petit moi étriqué. C’est de la petite subjectivité, et ça, tout le monde s’en fout, et tout le monde a raison. « C’est immangeable », ça donne un peu de lustre, de solennité et de componction à ce qui, autrement, serait une pure et simple opinion. Et l’opinion, il y a des sondages pour ça (je ne sais plus qui d’autre répondait à VICTOR HUGO, qui réclamait de la tolérance : « La tolérance ? Il y a des maisons pour ça »).

 

 

 

C’est vrai, quoi. Je sais bien que c’est un jugement. Et même un jugement péremptoire. Mais franchement, si personne ne porte de jugement, péremptoire ou non, je pose la question : « Quand y aura-t-il débat ? ». Réponse : « Jamais ». C’est quoi, un débat ? Une confrontation, c’est-à-dire un combat. Courtois et verbal, mais un combat quand même. Débattre, c’est combattre. « Ce n’est qu’un combut, continuons le débat ! » Euh non, j’ai interverti deux voyelles. Pas seulement les voyelles. Je demande pardon aux mânes de mai 1968. Pardon.

 

 

 

Je sais bien aussi que, en bon latin, « de gustibus et coloribus non disputandum est » (des goûts et des couleurs, on ne discute pas). Le raifort, franchement, que certains aiment ça, je m’en tape, aussi longtemps qu’on ne m’emmerde pas avec. Mais pardon si j’insiste, quand tu as émis un jugement, la personne en face reste totalement libre d’émettre le sien. De répliquer. De fourbir et de fournir ses arguments.

 

 

 

Et tous les deux, c’est génial, on va entrer en danse, s’envoyer nos répliques et nos arguments à la figure.  Et puis, c’est infiniment variable : soit on est d’accord, soit on n’est pas d’accord. Si on est d’accord, on passe à autre chose, non ? Tout le monde est d’accord ? Non ? Puisque c’est comme ça, je continue. Est-ce que j’aurai beaucoup d’arguments contre le raifort à l’allemande ? Je n’en sais rien à priori. Il m’arrive d’en douter, pour tout dire.

 

 

 

Parce que c’est quand on n’est pas d’accord, finalement, que la vie devient intéressante. Si je devais présenter les choses de façon grossière, je dirais qu’il y a deux sortes de gens : ceux qui veulent le consensus avant que le débat ait commencé, et ceux qui aiment le simple fait qu’il y ait un débat. Je ne supporte pas ceux qui cherchent, au-dessus de tout, le consensus.

 

 

 

Ceux qui n’aiment pas le débat, en face de ceux qui aiment ça. Ceux qui aiment le débat, de toute façon, tu le sais tout de suite. Ils le portent sur leur figure. Ceux qui ne l’aiment pas, ils le portent aussi sur leur figure, mais avec un sourire aimable. Ça fait la différence. Le sourire du faux-cul qui manipule les mots pour que la personne en face accepte de venir sur un terrain où elle aura le dessous.

 

 

 

Moi, il y a des débats qui ne me feront jamais dresser la paupière pendant la sieste. « Dieu existe-t-il ? » est de ceux-là. Mais il y en a qui me feraient lever la nuit. Cet aspect est aussi une donnée du problème. Et puis soyons franc : de même qu’il y a des semelles qui attirent le caca de chien, des joues qui attirent la claque et des culs la chaussure, il y a des têtes qui attirent l’objection.

 

 

Pour revenir au débat, j’ai comme l’impression que les gens ont peur de ça. Depuis qu’il y a la télévision, ils ont peur d’être en désaccord. Remarquez, je dis « la télévision », mais c’est peut-être autre chose. Les conseillers en communication, par exemple. « Attention, coco, dès que tu t’énerves, c’est toi qui as perdu. » Surtout maintenir en façade une équanimité inébranlable et de tous les instants.

 

En tout cas, quand ils sont en direct, les gens ont peur d’entrer en conflit verbal. Comme si le désaccord des idées supposait le conflit des personnes. Comme si les opinions faisaient partie intégrante de la personne, comme si elles étaient leur chair propre. Comme si l’opinion différente était la pointe d’un couteau qui en fendrait la surface et y pénétrerait à vif. Que c’est dommage ! Qu’est-ce que c’est bon, une bonne engueulade sur le sexe des anges ! Avec un pot de rouge sur la table ! Quoi de plus fraternel !   

 

Voilà ce que je dis, moi !

15.11.2011

L'EUROPE EST UNE SAINTE (2)

2 – L’EUROPE A FAÇONNÉ LE MONDE

 

 

Conclusion : pour l’esclavage, le Blanc est un pauvre novice, un enfant de chœur, un bleu, un éternel apprenti, un débutant. Bref, un bizut. Et tu sais pourquoi ? Parce qu’il est bête, oui, il est assez bête, lui, pour se poser des questions. Mais quel imbécile, le Blanc ! Le Noir, le Turc, l’Arabe, tu crois qu’ils s’en posent, des questions, dans l’histoire ? Allons donc. C’est comme ça, et « Inch Allah ! ». Alors que le Blanc, c’est depuis le début de la pratique de l’esclavage du Noir par le Blanc qu’il se les pose, les questions.  

 

 

Bon, c’est vrai, celui qui fait n’est pas le même que celui qui pose. Parce que le Blanc, en plus, il a inventé la division du travail : d’un côté le Blanc d’action, de l’autre le Blanc de réflexion.

 

 

Le Blanc d’action, il part à l’aventure. Il ne se pose pas de questions. Ce qu’il veut, c’est d’abord s’en mettre plein les fouilles en prévision de ses vieux jours. C’est lui qui part en expédition, mandaté ou non pour revenir chargé d’or. Sa conscience n’est pas des plus limpide. Et c’est vrai qu’il sort parfois de prison. Alors son or, comment il se l’est procuré, ça, mon ami, peu importe. On ne regarde pas, à l’arrivée, s’il a pillé, volé, tué, détruit. L’or sanctifie tout. Et puis, là-bas, où il est allé, c’est tellement loin !

 

 

Le Blanc de réflexion, lui, il réfléchit, il pense, il discute, il interroge, il pose des questions. Et surtout, il écrit des livres. Beaucoup de livres.  Dans toutes les disciplines : philosophiques, économiques, politiques, juridiques, morales, enfin sur tout ce qui entre dans la composition de la civilisation de l’écrit. Et sur chaque sujet, des livres pour et des livres contre. Ça, c’est important, qu’il y ait le livre « pour » et le livre « contre ». Il a inventé ça, le Blanc de réflexion.

 

 

En effet, réfléchis à ça : où que ce soit dans le monde, les « minorités », comme on dit élégamment, se rassemblent géographiquement. Cela donne, au gré des moments, « ghetto » ou « Chinatown ». On appelle aussi ça « solidarité ethnique », pourquoi pas ? Ce genre de solidarité porte un nom : c’est la logique MAFIA.

 

 

Les plus forts de la communauté dictent leur loi à tous les autres. Et ça fait des bandes foncièrement homogènes. Car quand la bande du pâté de maisons en face vient chier dans les bottes de ton territoire, tout le monde qui est de ce territoire s’y met pour expulser l’intrus manu militari. Et gare au tiède, dans ces moments-là : il n’y a pas loin de là à le considérer comme traître à la cause. On peut aussi l'appeler la logique Capulet contre Montague. Ou encore la logique Jets contre Sharks.

 

 

Tandis qu’avec ce truc, de laisser paraître aussi bien le livre « pour » que le livre « contre » (ça censurait quand même à tout va, mais il y avait Amsterdam), tout devient tout de suite très compliqué. Ce n’est plus la logique MAFIA : c’est la logique DEBAT. Ce n’est plus un territoire contre l’autre, c’est un argument contre l’autre.

 

 

Et les territoires des deux camps ne sont plus nettement délimités, compacts, reconnaissables. Ils ne sont plus homogènes. Ils sont dispersés « façon puzzle », et pour les reconnaître, il faut attendre que les gens posés dessus parlent. C’est pour ça que c’est compliqué. Il faut attendre que les uns et les autres prennent la parole.

 

 

Toute cette logique « débat » finit, à force, par construire un édifice, que l’homme de réflexion a appelé la loi. Au nom de celle-ci, il arrive même que le Blanc de réflexion fasse une petite guerre « de Sécession » au Blanc d’action. Vous voyez à quelle guerre je fais allusion.  Ça n’élimine pas forcément le côté « sans limite » de l’action, mais ça la contraint à se refréner, à se restreindre, à faire attention. 

 

 

Ce que l’Europe a inventé, ici, ça porte plusieurs noms : la loi, ça, je l’ai dit. On peut aussi appeler ça « l’Etat de droit ». On peut appeler ça « l’égalité », plus précisément « l’égalité des droits ». Je retiens surtout, personnellement, que l’Europe, en inventant ça, a inventé la CONSCIENCE. Le mot « conscience », c’est une autre façon de se poser une question précise : « Est-ce que j’ai le droit ? ».

 

 

« Est-ce que j’ai le droit ? » Aujourd’hui, la question est atrocement banale (quoique …), mais demandez à MUHAMAR KHADAFI, BACHAR EL ASSAD, ZINE EL ABIDINE BEN ALI, HOSNI MOUBARAK, OMAR EL BECHIR et quelques autres, ce qu’elle veut dire, cette question.

 

 

En Afrique noire, vous avez DENIS SASSOU NGUESSO, PAUL BIYA, OMAR BONGO (maintenant c’est son fils), ROBERT MUGABE, ABDOULAYE WADE, BLAISE COMPAORÉ, FAURE GNASSINGBÉ EYADEMA, ma parole, la liste est interminable. Qui parmi eux se la pose, la question ? C’est quand même curieux, tout se passe comme si cette question ne concernait que les Européens.

 

 

Ils ne se rendent pas compte, le Européens, en se frappant la poitrine et en avouant une quelconque culpabilité, que tous les peuples du monde sont a priori, au mieux xénophobes, au pire racistes. TOUS. Y compris les Européens. La xénophobie n'est peut-être pas "naturelle". Mais ce qu'on ne peut pas nier, c'est qu'elle est spontanée. 

 

 

La xénophobie, où qu’on aille dans le monde, est la règle. L’humanisme est l’exception. Et il faudrait quand même que le Blanc, qu’il soit Européen autochtone ou Européen expatrié en terre américaine, batte sa coulpe : « non sum dignus, non sum dignus ». Il serait bien le seul.  

 

Alors je dis à tous les « généreux altruistes », à tous les « solidaires chevaleresques », à tous les « humanitaires fraternels », à toutes les « grandes âmes tiers-mondistes », à tous les chevaliers blancs de la défense des opprimés, les éducateurs-sans frontières, les médecins-sans-frontières, à tous les machins-sans-frontières : assez. Assez de bourrage de crâne. Assez de culpabilisation. 

 

 

Moi qui suis Européen et, disons-le sans fausse honte, fier de l'être, je regarde où je vis, et je vois que, dans le pays où je vis, ceux qui entrent dans une des catégories ci-dessus, ce sont les mêmes qui, demain, verront leur salaire diminué de 25 %, leur retraite divisée par deux, et ne sauront plus comment faire pour joindre les deux bouts. Voyez la Grèce prémonitoire. Ils n’ont pas compris comment le monde est aujourd’hui organisé. Rappelons-nous la règle du marin dans la tempête : « Une main pour le bateau, une main pour moi ».

 

 

Et ce n’est pas le tiers-monde qui nous fomente cet avenir : c’est bien évidemment le Blanc d’action, aidé maintenant par le Noir d’action et le Jaune d’action. Toutes les couleurs de peau s’y mettent, pour siphonner le réservoir du droit des gens de ce qui y reste de carburant. En France, 1 % de la population possède déjà 30 % de la richesse nationale. Et ce n’est qu’un début. Les pauvres vont pouvoir continuer leur régime amaigrissant. 

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

A suivre ...

 

 

 

 

 

04.11.2011

ENFANCE : A PROPOS D'UNE IMPOSTURE

DE LA BEAUTE D'UN SLOGAN : « JE VEUX APPRENDRE »

 

 

Il existe non loin de chez moi un lieu paradisiaque réservé aux enfants. Il porte le doux nom de « Maison de l’enfance », et le monde entier nous l’envie. Enfin, « paradisiaque », je n’en sais rien. C’est en tout cas l’impression laissée par la décoration extérieure.

 

 

On en acquiert aussitôt le sentiment infaillible que les autorités compétentes ont pris le « problème » de l’enfance tout à la fois aux cheveux, à gauche, à cœur, au mot, au sérieux et à bras le corps (n'en jetez plus !). C’est clair : on ne se fout de la gueule d’absolument personne. Je n'en sais rien, mais il y a fort à parier qu’un tel bâtiment a été inauguré par notre « grand-maire » lui-même, GERARD COLLOMB.  

 

 

L’artiste qui a été rémunéré pour donner au message envoyé par notre « grand-maire » GERARD COLLOMB à la planète et à la ville (traduire Urbi et Orbi) toute l’ampleur esthétique que requiert l’importance du problème, l’artiste, disons-le sans ambages, s’est surpassé.

 

 

Sur les deux pans de murs qui font l’angle des rues Chariot-d’Or et Dumont-d’Urville, il a disposé, en très grand, ce qui ressemble à un dessin d’enfant, avec, sur plusieurs lignes orientées en biais, sans doute pour simuler la touchante maladresse de la main enfantine, une écriture d’enfant à la gloire du bonheur d’apprendre.

 

 

Le couronnement de cette authentique « œuvre d’art » consiste en le visage d’un petit garçon et d’une petite fille pointant leur regard et leur visage rayonnant vers un avenir radieux, autrement dit en haut à droite. Sur une sorte de phylactère semblant sortir de leur bouche, probablement inspiré d’une miniature médiévale, on lit cette phrase où se résume la philosophie de notre « grand-maire » GERARD COLLOMB et de notre époque tout entière : « JE VEUX APPRENDRE ».

 

 

Cette simple phrase, ça n’a l’air de rien, c’est plat, une simple petite phrase simple, affirmative, sujet, verbe, C. O. D., même un enfant est en mesure de la comprendre. « JE VEUX APPRENDRE ». C’est dans ce genre d’occasion qu’on découvre le démesuré des grands sentiments que les adultes éprouvent pour les enfants. Enfin, pas exactement : que les adultes éprouvent à la place des enfants. Ce n’est même pas exactement ça : que les adultes veulent à tout prix que les enfants éprouvent. Enfin : « voudraient » serait plus exact que « veulent ».

 

 

On a vraiment l’impression au premier rabord que l’enfant est de lui-même porté vers et par la volonté d’apprendre. En réalité, il n’en est rien, car la phrase ne veut pas dire ce qu’elle semble dire. L’enfant n’a jamais VOULU apprendre. Simplement, il a consenti à faire ce qu’on lui disait de faire. Et si ça lui a plu, il a continué, il y a même peut-être pris goût.

 

 

Cette phrase signifie exactement ceci : « Enfant, toi qui entres dans cette Maison de l’Enfance que la collectivité a édifiée à ton seul bénéfice, et que notre « grand-maire » GERARD COLLOMB a inauguré sans dissimuler l’immense amour qu’il a mis dans l’entreprise, tu es invité, ou plutôt, tu es SOMMÉ d’obtempérer à l’ordre qui t’est donné par cette petite phrase anodine. Parce que toi, à proprement parler, tu ne veux rien, rien que barbouiller (pardon : dessiner), jouer et courir, si possible en criant ».

 

 

« JE VEUX APPRENDRE », ça illustre bien l’hypocrisie, et je dirai la perversité de l’adulte qui prend ses désirs pour des réalités et voudrait à toute force que ça se traduise dans la réalité. La France dispose d’ailleurs, en la personne de NICOLAS SARKOZY, d’une sorte de modèle du genre : « (je veux) travailler plus pour gagner plus », on a vu ce que ça voulait dire une fois traduit en français profond. « Je veux apprendre », il faut donc le traduire : « tu dois apprendre ».

 

 

Et pour éviter de faire apparaître le principe d’autorité que cache la petite phrase anodine, notre « grand-maire » et ses complices ont fait semblant d’être des enfants. Ils disent : « Tu ne voudrais tout de même pas décevoir toute l’attente et tout l’espoir que nous affirmons fort et clair à nos électeurs vouloir mettre dans notre volonté enthousiaste de construire l’avenir, conformément à nos cent dix promesses électorales. N’est-ce pas, que tu vas faire des efforts pour m’éviter d’avoir menti ? ». La manœuvre est claire : imposer en culpabilisant, en faisant intérioriser  l’ordre qui lui est finalement donné de l’extérieur. Je serais désolé de n’avoir pas été assez clair.  

 

 

C’est de plus en plus évident : le principe d’autorité aujourd’hui est devenu inavouable comme un vice abominable. C’est l’entreprise qui a montré le chemin. On ne parle plus, et depuis longtemps, d’ « employés », mais de « collaborateurs ». Il n’y a plus de « chef du personnel », mais un « directeur des ressources humaines ».

 

 

Moyennant quoi les travailleurs ne vont plus travailler, mais œuvrer à la réussite du groupe. Il ne s’agit plus de remplir une tâche contre  rémunération, mais de contribuer personnellement au développement de l’entreprise. Ce n’est plus seulement le corps qui doit fournir les efforts dus à celui qui paie, c’est l’âme tout entière qui est impérieusement invitée à se confondre avec la tâche rémunérée.

 

 

Chacun sera désormais personnellement impliqué dans le process, et aura à cœur de porter les valeurs propres à l’entreprise. Chacun désirera intimement que l’entreprise se développe à l’export, convaincu au plus profond de lui qu’une dynamique forte permettra de dépasser les objectifs fixés par le dircom.

 

 

Il faut intérioriser ce monde, ce langage, ces notions. Sinon, nous sommes désolés, cher collaborateur, votre implication au sein de l’équipe a été jugée insuffisante par le management, qui se voit au regret de devoir se passer de votre précieuse collaboration et se séparer de votre personne. Croyez bien que nous le déplorons. Autrement dit, le principe d’autorité n’a pas disparu. C’est même le contraire : il est d’autant plus puissant que dissimulé.  

 

 

Au collège, au lycée, c’est la même chose. Le cours magistral ? Une vieillerie. L’autorité du maître ? Un fascisme insupportable. Des devoirs notés de 0 à 20 ? Un abus de pouvoir, et qui plus est dévalorisant. Le maître lui-même ? Au mieux, un animateur, au pire un empêcheur. Faisons donc disparaître le principe d’autorité. Les élèves auront donc désormais les mêmes droits que le maître. Moyennant quoi celui-ci devra, au début de CHAQUE cours, quémander à ceux-là le droit de leur enseigner ce qu’il sait.

 

 

L’autorité a-t-elle pour autant disparu ? Que nenni, messires, que nenni ! Le principe d’autorité aura peut-être déserté l’institution scolaire, et ce beau résultat est en passe d’être atteint. Il s’est simplement réfugié ailleurs. Où cela ? Pas loin : il attend avec sa matraque, juste derrière la porte de sortie de l’école. Il s’est déguisé et a pris d’autres noms : recherche de travail, entretien d’embauche, chômage, etc. Le principe d’autorité, il s’est simplement réfugié dans ce qu’il faut bien appeler la réalité des rapports sociaux.

 

 

Et l’enfant qui entrera dans le monde du travail, ayant été ainsi trahi par l’école même qui était censée lui donner les armes, eh bien si j’étais à sa place, j’aurais vraiment envie, là, de devenir violent.

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

 

 

03.11.2011

L'ENFANT A LA SAUCE ONU

DIGRESSION : de l’importance des grands sentiments internationaux.

 

 

Tout laisse à penser que la tyrannie exercée à l’encontre des enfants a été définitivement balayée de notre meilleur des mondes. La meilleure preuve en est donnée par l’étalage des grands sentiments, au premier rang desquels figurent les grands sentiments internationaux.

 

 

Qu’on se le dise : contrairement à ce que laisse entendre un ménestrel du nom de GEORGES BRASSENS (« et les grands sentiments n’étaient pas de rigueur », c’est dans « Les Amours d’antan »), les grands sentiments internationaux sont de rigueur, comme les huit jours infligés au bidasse qui fait basculer la roue avant du camion dans la fosse d’évacuation des cuisines en roulant sur la plaque métallique qui la dissimule lâchement. Mais il n’y a plus de service militaire obligatoire.

 

 

Et pour que nul n’en ignore, il a été décidé d’apposer dans toutes les salles de classe la « Convention Internationale des Droits de l’Enfant ». Cette attrayante feuille dépliable et en couleur a été collée ou piquée dans le mur et, sans doute à force d’avoir été lue et relue par des jeunes avides d’apprendre ce qu’il ne sera plus désormais licite de leur faire subir, commence en général assez vite à montrer des signes de fatigue aux pliures et aux points d’attache, et tend d’elle-même à se décomposer sous le poids déchirant de sa propre importance.

 

 

On comprend l’avidité des jeunes yeux à la lecture de ce long poème lyrique de cinquante-quatre articles eux-mêmes subdivisés en des strophes d’importance variée, signalées suivant le cas par un grand I, ou un petit 1, voire un petit a (au total plus d’une centaine de subdivisions, sans doute dans le souci d’aérer le texte et d’en rendre la lecture plus facile), et rédigées par l’armée austère des juristes internationaux les plus qualifiés et les mieux dotés de la nécessaire et solide fibre poético-juridique, qu’on a vu se manifester avec un succès comparable dans la langue ô combien limpide de la « Constitution Européenne » de célèbre mémoire. Vous pouvez vérifier : cette phrase est grammaticalement irréprochable.  

 

 

Que cet effort syntaxique soit pour nous tous l’occasion tant attendue de lever notre verre hilare au « Préambule » de cette Convention des Droits de l’Enfant, car le dit « Préambule » est lui-même constitué d’une seule phrase. Attention, prenez votre souffle, c’est comme pour une immersion à 4000 mètres sans oxygène :

 

Les Etats parties à la présente Convention, Considérant que, conformément aux principes proclamés dans la Charte des Nations Unies, la reconnaissance inhérente à tous les membres de la famille humaine, ainsi que l’égalité et le caractère inaliénable de leurs droits, sont le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

Ayant présent à l’esprit le fait que …

Reconnaissant que les Nations Unies, …

Rappelant que, dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme …

Convaincus que la famille, …

Reconnaissant que l’enfant, pour l’épanouissement harmonieux de …

Considérant qu’il importe de préparer pleinement …

Ayant présent à l’esprit que la nécessité d’accorder …

Ayant présent à l’esprit que, comme indiqué dans la Déclaration …

Rappelant les dispositions que la Déclaration …

Reconnaissant qu’il y a dans tous les pays …

Tenant dûment compte de l’importance …

Reconnaissant l’importance de la coopération internationale pour …

Sont convenus de ce qui suit : …………………………………….

 

Tout ceci est UNE SEULE phrase, évidemment, sinon ce ne serait pas drôle. On appelle ça des « considérants » : rien que des participes présents mis en apposition (j’ai souligné la proposition principale). Savourez le travail. Chapeau les artistes ! Un simple échantillon, et violemment tronqué, qui plus est.  Et j’ai corrigé quelques coquilles.

 

 

Vous comprenez que mon petit effort syntaxique de tout à l’heure n’est rien du tout, face à ce simple « Préambule » du monument juridique qui s’apprête à déferler juste après (54 articles), écrit dans le même ton poétique. Enfoncé, BAUDELAIRE. Et ça s’appelle un texte international. On comprend que son application effective se heurte à quelques difficultés.

 

 

On ne se doute pas de l’utilité (rions un peu) des fonctionnaires internationaux, pourtant, ils ne ménagent pas leurs efforts. Parcourant le monde avec à la main un carnet et un crayon, ils s’arrêtent dès qu’ils rencontrent un enfant. Ils lui posent les sept cent soixante-treize questions réglementaires que comporte le questionnaire officiel, auquel les ambassadeurs de cent quatre-vingt-douze pays sont arrivés après seulement soixante-deux ans de fructueuses réflexions et négociations.

 

 

Parmi les questions, notons par exemple, prise au hasard, la n° 343 bis : « Disposez-vous, le matin, d’un bol pour le café au lait ? ». La 343 ter : « Combien de tartines beurrées avez-vous le loisir d’y tremper ? ». Et la 343 quater : « Avez-vous le choix entre le miel et la confiture ? ». On voit par là que l’enfance ne laisse personne indifférent, à commencer par les grandes institutions, prouvant ainsi le haut degré de civilisation où le monde est enfin parvenu, après tant de siècles d’obscurantisme.

 

 

Ayant accompli sa mission de huit ans de vacations et divagations diverses, avec son carnet dûment et durement rempli, le fonctionnaire international peut alors rentrer d’Afrique à New York au volant de son 4 x 4 (c’est un 4 x 4 spécialement conçu pour la traversée de l’Atlantique à la rame) et fait son rapport. En général, il le tape sur une vieille machine mécanique de marque Underwood, tant il se veut économe des deniers alloués par les Etats du monde à l’institution à laquelle il s’enorgueillit d’appartenir. Il en a encore onze sur la planche.

 

 

Quand les douze rapports des douze fonctionnaires internationaux sont empilés sur le bureau de leur « n + 1 », deux fois plus large et long que le leur propre, comme le veut la hiérarchie, celui-ci monte dans son 4 x 4, deux fois plus long que le précédent, pour se rendre à la réunion des douze « n + 1 », dans le bureau beaucoup plus vaste du  « n + 2 », douze étages plus haut (ce sont des 4 x 4 à roues carrées, spécialement conçus pour le franchissement sans treuil des escaliers internationaux).

 

 

Après confrontations, additions, multiplications et réflexions poussées, le « n + 2 » ordonne à sa secrétaire de rédiger la synthèse, après avoir agité la sonnette d’alarme officielle de l’institution internationale, et de les transmettre (la synthèse et la sonnette d’alarme),  au secrétariat général. Cette synthèse, où il est fait mention du nombre officiel des enfants pauvres qui ont été dénombrés dans le monde, est immédiatement traduite dans les autres langues officielles de l’institution internationale.

 

 

On envoie ensuite synthèse et sonnette à tous les organes de presse du monde, sous forme de notice illustrée et chiffrée. Cette précaution a pour but et pour effet d’épargner aux journalistes des dits organes de presse le difficile et fastidieux travail d’analyse, de compréhension et d’interprétation des chiffres communiqués, des fois qu’il leur prendrait l’idée de leur faire dire autre chose que ce pour quoi ils ont été fabriqués. Chacun sait qu’un bon journaliste est un journaliste docile.

 

 

Le lendemain même de la réception de la notice illustrée et chiffrée, tous les organes de presse publient les mêmes chiffres alarmistes en première page et en gros titres : « 400 MILLIONS D’ENFANTS DANS LE MONDE VIVENT EN DESSOUS DU SEUIL DE PAUVRETÉ ». L’alarme aura donc résonné jusqu’au fond des chaumières, et la collecte des dons spontanés pourra donc commencer dès le lendemain aux aurores.

 

 

On ne se doute pas assez combien sont liées l’alarmisation des foules et la collecte des fonds pour venir en aide aux autres foules car, bien entendu ce ne sont pas les mêmes foules : les unes vivent au chaud, les autres vivent en zone tempérée, mais avec la clim. Un autre fonctionnaire international passera l’année prochaine avec un autre questionnaire pour demander aux parents de l’enfant si par hasard eux aussi sont pauvres.

 

 

L’institution internationale, en lisant ces gros titres, se frotte les mains et déclare : « Personne pourra dire qu’on a pas fait le job ! »(« to do the job », en américain), avant de fixer la date de la prochaine réunion, qui sera comme chaque fois dans une petite gargote new yorkaise, un français trois étoiles en général. En attendant, le secrétaire général officiel de l’institution internationale invite tous les collaborateurs ayant collaboré à joindre leur coupe de champagne officiel à la sienne et à entonner dans la langue officielle et d’une voix fière et  déterminée, l’hymne officiel à la gloire de leur action. C’est d’ailleurs le seul moment où il arrive qu’on entende des fausses notes. Pourtant, tous « connaissent la musique ».

 

 

Et le lendemain, les organes de presse du monde entier pourront enfin faire les gros titres qu’ils retenaient à grand-peine sur l’incroyable agression subie dans son travail par une femme de chambre de couleur marron foncé dans la suite 2806 d’un grand hôtel de la ville, de la part d’un fonctionnaire international blanc, quoique  légèrement gris du fait des libations internationales, aperçu la veille participant à une réunion importante dans le cadre de ses fonctions. Et chacun se dira : « Heureusement que l’actualité change  tous les jours, sinon, ça serait monotone. Passe-moi le sel ».

 

 

Fin de la digression sur les grands sentiments internationaux.  

 

 

Voilà ce que je dis, moi.

 

16.10.2011

"GENRE" ET BOURRE ET RATATOUILLE (2)

Je voudrais par ailleurs qu’on m’explique ce que le « genre » apporte de nouveau, et que l’humanité ignorait scandaleusement depuis toujours. Selon moi, il n’apporte RIEN qu’on ne sût déjà, d’un savoir dûment répertorié. Alors comme ça, tous ces gens empressés autour du « genre » découvrent stupéfaits qu’il faut vingt ans de socialisation pour rendre un humain assez autonome pour se prendre en charge.

 

 

Ils découvrent ahuris que le petit d’homme débarque dans une culture toute faite, dans une langue toute faite, et qu’il va passer 7300 jours (= 20 ans, sans compter les 29 février, réservés à La Bougie du Sapeur) à emmagasiner, à acquérir, à APPRENDRE. Quand je suis né, je n’avais pas demandé à apprendre le français. Et pourquoi pas l'ourdou, le tchouvache ou le khabardino-balkare ? Eh bien tenez-vous bien, j’ai été obligé ! Parfaitement ! C’est intolérable ! C’est fasciste ! Après tout, la langue aussi, c’est une « construction culturelle » ! La langue ? Une réserve inépuisable d’arbitraire. Pourquoi dit-on « table » pour exprimer une table, après tout ?

 

 

Je n’ai pas demandé non plus à marcher. Eh bien c’est pareil, on m’a forcé. Pourtant marcher, c’est encore une « construction culturelle » ! Après tout, on pourrait ramper, retourner à quatre pattes, non ? Il s’est passé la même saloperie pour « travailler », « écrire », « s’habiller », « manger » et un tas d’autres trucs : rien que des « constructions culturelles » ! Tout ça qu’on inculque (les « valeurs », les « manières » et tout ça), sans même demander l’avis du petit, franchement, vous voulez que je vous dise : c’est abuser. Ma parole, mais c’est le règne de l’arbitraire !

 

 

Alors tous ces gens, puisque ça les amuse de « déconstruire » les faits culturels, mais qu’ils y aillent carrément ! Pourquoi se limiter au sexuel ? J’ai parlé de la langue, mais tout est susceptible « d’y passer », à la casserole « déconstructionniste ». Oui, au fait, je ne l’ai pas dit : cela s’appelle « déconstruire ». D’ailleurs un des rares trucs que la France ait exportés aux Etats-Unis, en dehors de son « patrimoine immatériel de l’humanité », qui est la gastronomie, c’est le « déconstructionnisme » inventé par JACQUES DERRIDA et MICHEL FOUCAULT. Avouez que ce n’est pas de veine.

 

 

En gros, « déconstruire », ça consiste à couper les cheveux culturels en quatre, et si possible davantage. Il n’y a pas de limite au « déconstructionnisme ». Pour faire simple, on analyse les faits, les valeurs dont nous sommes faits, l’histoire dont nous sommes le résultat, et l’on s’efforce de démontrer « scientifiquement » que tout ce qui nous constitue est le résultat d’un conditionnement arbitraire, donc scandaleux. Dans le fond, nous aurions pu être tout à fait autres que ce que nous sommes si les choses avaient tourné autrement pour nous. C Q. F. D. (on ne peut qu’abonder à tant d’évidence). Si vous ne saviez pas ce qu’est un « truisme », en voilà un beau.

 

 

Car des « constructions culturelles », on en prend plein la figure et on en rend autant tous les jours comme s’il en pleuvait. On est encerclé, on baigne dedans, on en fabrique à tout moment de la journée. Et je me dis que s’il faut « déconstruire » tout ça, on n’a pas fini. Autant s’y mettre dès la naissance. Ah ! On me dit que ce n’est pas possible, qu’il faut attendre que quelque chose soit construit. Pas de chance !

 

 

Bon, je sais bien que les sectateurs sectaires du « genre » focalisent leur attention sur le sexuel. On ne sait jamais, l’obsession n’est pas loin. D’une manière générale, ils regardent, pour les « déconstruire », les codes sociaux. Pourquoi pas ? Mais ça ne change rien à la question de base : pourquoi vivons-nous comme nous vivons, et pas autrement ? Ni aux questions suivantes : pourquoi la société impose-t-elle ses conditionnements de façon autoritaire et stéréotypée ? Et pourquoi les jouets des filles sont-ils des poupées ? Et pourquoi les hommes ne s’habillent-ils pas en robe ?

 

 

Bon, un « code social », qu’est-ce que c’est ? Pour faire simple, c’est renoncer à flanquer ta main dans la figure du type dont la gueule ne te revient pas. Au final, c’est ce qui permet aux gens de ne pas s’entretuer. Et même, soyons fou, de rendre possible, voire agréable, la cohabitation avec des gens qu’on n’aime pas, ou du moins des gens qu’on n’a pas choisis. Au total, ça fait une somme astronomique. Mais ce n’est pas vraiment à ça que s’en prennent les furieux du « genre ».

 

 

Car ce qu’ils ont dans le collimateur, c’est situé plus profond. Ils dénoncent la façon même dont madame Lasociété (c'est la mère maquerelle du bordel ambiant)  façonne les gens à l’intérieur, leur impose une identité qui n’est pas la leur, les empêche d’ « être eux-mêmes ». « Deviens ce que tu es », c’était une publicité Lacoste. Pour tout dire, on conditionne les individus à se conformer, non à ce qu’ils sont en vérité, mais à un rôle tout fait, un modèle sur lequel ils doivent prendre exemple, dont ils doivent adopter les attitudes. Mais qu'est-ce qu'ils « sont en vérité » ?

 

 

Un schéma sexuel organise l’éducation du garçon, et lui impose de devenir quelque chose de masculin. Même chose en féminin pour les filles. Il y a du stéréotype dans la façon dont la société s’y prend pour fabriquer du masculin et du féminin. Moi, je dis : « Et alors, coco, qu’est-ce qui te chiffonne là-dedans ? ». « Deviens ce que tu es », finalement, c’est un drôle de mensonge. D’abord, à partir de quel moment peut-on dire de quelqu’un ce qu’il est ?

 

 

NICOLAS SARKOZY a bien essayé de lancer l’histoire de dépister les futurs délinquants avant trois ans, mais heureusement, cette offensive a fait long feu (enfin, pas tout à fait, aux denières nouvelles, puisqu'on en reparle pour l'école maternelle). En gros, si l’individu est en naissant ce qu’il sera, à quoi sert l’éducation ? C’est bien de l’argent et de la peine jetés par les fenêtres. Et si l’individu est façonné (y compris sexuellement) par son environnement, à quoi bon se faire du souci, puisque, si l’on voulait faire l’inventaire exhaustif du dit « environnement », il faudrait collecter, classer et interpréter quelques milliards de données. Bonne chance au « scientifique » !

 

 

Dans le dossier du Monde cité plus haut, la journaliste ANNE CHEMIN dresse un honnête historique de la théorie du « genre », donnant la parole aux thuriféraires et aux pourfendeurs de la notion, dans ce classique « essuie-glace » de la technique journalistique (un coup à droite, un coup à gauche, et moi journaliste au milieu).

 

 

Le drôle de son article est dans les deux dernières phrases : « Le genre masculin n’est pas neutre. On ne naît pas homme, on le devient ». Ces paroles d’une force à défoncer la porte ouverte sont dites par la sociologue MARGARET MARUANI. Finalement, c’est ce qui me semble le plus drôle dans la controverse : la stupéfiante naïveté feinte de ces gens qui découvrent que le rond n’est pas carré, et inversement.

 

 

Quant à la papesse de ce mouvement, JUDITH BUTLER, son propos s’adorne de considérations plus fleuries les unes que les autres. Elle répond à la question de FREDERIC JOIGNOT : « Voulez-vous dire que la France est en retard dans les études sur le genre ? – Oui, notamment à l’université. » J’ai publié ici une note le 27 mai pour dire tout le mal que je pense de cette sorte de « retard » : en « retard » sur qui ? Le Malawi, les îles Kiribati ? Indirectement, c’est une idée raciste à l’égard de ces sociétés « arriérées », où règne un obsolète « ordre patriarcal ».

 

 

« Ce qui gêne, c’est de dire que l’homosexualité n’est pas une anomalie, (…) », sauf que, ne serait-ce que statistiquement, ça reste une anomalie. « La question est donc de savoir si nous sommes plus attachés à classer et à définir les normes qu’à comprendre la complexité de la sexualité humaine », à ceci près que la norme, c’est comme la langue : elle transcende, elle n’appartient à aucun individu ou groupe de pression en particulier, elle s’impose d’au-dessus.

 

 

Ce qu’elle confirme plus loin : «  De l’autre, nous sommes ligotés par des normes et des obligations que nous n’avons pas choisies ». Bien sûr, que nous ne les avons pas choisies : une norme qui serait l’objet d’un choix est une magnifique contradiction dans les termes. Imaginons cela : chaque individu, en toute indépendance, se donne à lui-même les normes auxquelles il se conformera. Ce serait drôle, d'ailleurs, un supermarché dont les rayons seraient remplis de milliards de normes : on viendrait avec son caddie, on choisirait ses normes, avec leur qualité, leur prix, leur couleur, leur goût. Ce serait le bonheur, comme dans la chanson de CLAUDE FRANÇOIS. J’y vois déjà se profiler la silhouette d’un monde merveilleux, bienheureux.

 

 

Allons, calme-toi, et bienvenue dans le CHAOS.

 

 

15.10.2011

"GENRE" ET BOURRE ET RATATOUILLE

Je vais vous dire, ça commence à me fatiguer. Voilà qu’ils remettent ça, les adeptes du « genre ». Ma parole, ils ont le feu quelque part. C’est pire que « un, deux, trois, soleil ! » : on n’a pas encore tourné le dos qu’ils ont déjà avancé de trois cases. L’offensive bat son plein. Comment ? Mais bien sûr, que c’est une offensive ! Ils ont déjà réussi quelque chose, c’est à mettre le bazar dans les points de repère. Remarque, peut-être qu’ils étaient suffisamment mal en point et que le bazar y était déjà.

 

 

Quand j’entends deux intellectuels (j’ai oublié les noms, mais ils sont forcément éminents, parce qu’ils étaient chez ALAIN FINKIELFRAUT, sur France Culcul Ture) se chicorner comme samedi dernier, je me dis que les gars ont fait très fort. Tout le monde s’y est mis, tout le monde place son mot (moi y compris). La dame, elle disait comme ça que le genre, hé ben le genre, mon gars, c’est pas une « théorie », c’est une « substance », comme j’te l’dis. Si c’est ça être philosophe, je pouffe.

 

 

Le Monde s’y est mis aussi, et pas qu’un peu : trois grandes pages, enfin presque, parce qu’une bonne part de la surface est occupée par les très seyantes photos d’une série pertinemment intitulée « Androgyne », de  THIBAULT STIPAL, qui confirme assez bien ce que je disais ici même le 5 octobre, et qui annonce très clairement la couleur de l’offensive en question.   

 

 

En un mot comme en cent : le « genre » est le char d'assaut de l'offensive homosexuelle. On est dans une guerre  idéologique. C’est, si je puis ainsi dire, le « coin » enfoncé dans la brèche faite à la normalité sexuelle (je ne mets pas de guillemets au mot normalité, qui effarouche tant certains). Le but de l’offensive, c’est évidemment la prise de la citadelle de la normalité et la promotion de l’homosexualité en norme. L’habileté de la chose, c’est évidemment qu’elle n’est pas annoncée comme explicitement d’origine homosexuelle, mais qu’elle se présente dans le décor et sous le masque neutres de la science et du discours objectif.

 

 

Or, si l’on considère la norme comme un outil statistique, l’hétérosexualité  est la norme de l’histoire de l’humanité. Je me permets d’ajouter que, en l’absence d’une norme hétérosexuelle, je me demande où en serait l’humanité. Par ailleurs, est-il tout à fait illégitime et incompréhensible que la norme statistique soit devenue normative, c’est-à-dire s’impose à tous ? Si c'est le cas, j'aimerais qu'on me l'explique autrement que par l'argument de l'odieux arbitraire que ferait peser l'ordre hétérosexuel sur l'humanité.

 

 

Bien sûr, TOUTES les institutions humaines, depuis qu'il y en a, sont essentiellement arbitraires dans leur conception, leur mise en place et leur mise en oeuvre, à commencer par la façon dont la sexualité est instituée. J'aimerais aussi qu'on m'explique par quels miracles l'humanité aurait pu éviter de procéder ainsi. S'agit-il d'autre chose que d'instaurer  des règles, des codes, des conventions, des institutions, pour rendre possible la vie avec les autres ?

 

 

Tous les peuples se sont donné à eux-mêmes leurs propres règles, fondées sur l'idée qu'ils se faisaient de leur identité. J'aimerais qu'on m'explique sur quels concepts universels on s'appuie pour contester cet arbitraire-là (et un universel qui ferait spontanément un adhésion unanime, évidemment). Existe-t-il une unité de mesure admise par tout le monde qui permette de mesurer la légitimité de cet arbitraire-là ? Non. Sinon, je ne sais plus ce que c'est que la différence avec l'autre, non plus que la tolérance. 

 

 

En fait, il est impossible de légitimer, dans l'absolu et selon la nature, l'institution humaine, parce qu'elle est d'ordre conventionnel, et qu'il ne saurait y avoir de convention naturelle. L'expression « convention naturelle » est un oxymore, une contradiction dans les termes. Vouloir remplacer le sexe par le « genre », c'est donc uniquement vouloir substituer un arbitraire à un autre.  

 

 

On aura beau argumenter, pérorer, ratiociner tant qu’on voudra, on aura beau inventer des utérus artificiels, des grossesses masculines et autres fantaisies « meilleurdesmondesques », la norme veut qu’un homme anatomique et une femme anatomique s’emboîtent pour se perpétuer. Le socle et la condition de l’humanité, c’est la différence des sexes. Cette réalité NATURELLE ne plaît pas à tout le monde. Et la norme elle-même est maintenant considérée comme épouvantable et philosophiquement rédhibitoire.

 

 

Le problème, avec le MILITANT (le conducteur du char d’assaut, Act Up, PIERRE BERGÉ, tout ce qu’on voudra), c’est qu’il n’a aucune envie de discuter de quoi que ce soit avec qui que ce soit. Lui, il a sa vérité, il combat pour une cause, et il n’aura de cesse que de l’avoir fait triompher de ses ennemis. Alors pour lui, l’habillage neutre de la « science » est une précaution très utile.

 

 

Car il faut que ça se sache : oui, ce sont des homosexuels qui ont inventé, et surtout diffusé le « genre », à commencer par la fondatrice des « études de genre », JUDITH BUTLER, qui s’inspire des travaux de MICHEL FOUCAULT. S’ils ne l’ont pas inventé à proprement parler, sans eux, il n’aurait jamais connu un tel succès.

 

 

JUDITH BUTLER ne s’en cache aucunement : elle est lesbienne depuis l’âge de quatorze ans. Quant à MICHEL FOUCAULT, cette Tour Eiffel de la pensée française exportée aux Etats-Unis, il était homosexuel et ne s’en cachait guère. C’est grâce à lui, par exemple, que MATHIEU LINDON (Ce qu’aimer veut dire, éditions P. O. L.) a « revendiqué son homosexualité, commencé à se rendre dans les backrooms et assumé ce que les méchantes langues disaient alors de lui : "pédé, drogué et ami de Michel Foucault" » (site bibliobs.nouvelobs).

 

 

Le « genre », à cet égard, c’est une trouvaille, dont la théorie (j’ai l’impression d’être bouché quand j’entends nier que c’en soit une) est fondée sur un truisme : le sexe psychologique ne correspond pas forcément au sexe anatomique. La belle affaire ! Quelle découverte majeure !

 

 

Il est vrai que la théorie du « genre » va plus loin : elle postule qu’il ne faut pas ériger en « donnée naturelle » ce qui n’est que l’effet d’une « construction culturelle ». C’est entendu, « on ne naît pas femme, on le devient » (c’est de l’affligeante SIMONE DE BEAUVOIR). C’est entendu, on ne naît pas homme, on le devient. La belle affaire ! Tous ces gens redécouvre le binôme « NATURE / CULTURE » ! Je leur fais remarquer qu’ils devraient séance tenante se pencher sur le cas du fil à couper le beurre, de l’eau tiède, et de tout un tas d’inventions à refaire.

 

 

Là où les militants d’Act Up et autres chars d’assaut du « genre » deviennent des prestidigitateurs, c’est quand ils font tout simplement disparaître le socle « naturel » derrière la « construction culturelle ». Désolé, le « genre » n'abolit pas le sexe. Désolé, les gars, l’humain a beau être un produit de plus en plus raffiné et élaboré de nos « constructions culturelles », il reste quelque chose, tout au fond. Ben oui quoi : l’animal, la bête, enfin ! La Nature. L’ACQUIS n’a pas encore éliminé totalement l’INNÉ. Ça viendra peut-être. On en sera alors arrivé à la conclusion des Particules élémentaires de MICHEL HOUELLEBECQ.  

 

 

A suivre …

 

 

05.10.2011

TU VAS RANGER TES GENRES, A LA FIN !

On n’en finit jamais avec les innovations. La première fois que j’ai assisté en spectateur à un débat sur le GENRE, c’était en salle fumeur. Deux estimables collègues, pas trop vieux (c’est-à-dire plus jeunes que moi), faisaient assaut de considérations « branchées » sur cette notion alors entièrement nouvelle (au moins pour moi, mais je suis long à la détente). Ça avait l’air intelligent, ça avait même l’air intellectuel, voire intello. Effectivement, c’était intello. Là, je suis infirme, je déclare forfait. Si si, je vous jure ! Je ne suis pas doué du tout pour couper en quatre les cheveux des concepts.

 

 

J’ai consacré un petit article, récemment et ici même, à l’introduction du « genre » dans des manuels de « Sciences et Vie de la Terre », en tant que notion à part entière. J’en ai dit tout le mal que j’en pense : en gros, la notion de genre est totalement inutile. De plus l’enseigner en tant que telle n’est absolument pas innocent. Pour résumer, ma thèse est que le hasard de la conception dote chacun d’un sexe anatomique et que, ensuite, c’est à chacun de se débrouiller avec dans la vie, en fonction de ce que celle-ci lui présente comme expériences.

 

 

Ce n’est pas l’avis des promoteurs du « genre », évidemment, y compris du délicieux et suave RAPHAËL ENTHOVEN, qui sévit sur France Culture. Enseigner le genre à des adolescents, qu’on le veuille ou non, c’est leur présenter leur évolution sexuelle comme une croisée des chemins, où ils vont mettre en œuvre leur liberté et leur raison, pour décider en pleine conscience : moi, garçon, moi, fille, ai-je envie de vivre ma partie féminine ou ma partie masculine, puisqu’on m’a persuadé qu’il y a une part de masculin dans le féminin et inversement ? Ils ou elles choisiront donc délibérément, pour eux-mêmes, le yaourt masculin ou le yaourt féminin sur le rayon de l’hypermarché de la consommation sexuelle. Et pourquoi pas les deux ? La bisexualité comme avenir de l’humanité ?

 

 

La morale de tout ça, c’est qu’on présente l’homosexualité exactement à égalité avec l’hétérosexualité, et ce, au nom du combat contre la norme, obligatoirement mauvaise. Et surtout, il faut empêcher coûte que coûte le jeune d’éprouver le moindre sentiment de culpabilité, si par hasard il n’entre pas dans le moule de cette insuppportable norme. Il faut surtout que le jeune se sente libre, on se tue à vous le dire !

 

 

Conclusion : les mêmes éducateurs qui en appellent à grands cris à conforter et renforcer les « points de repère psychologiques » qui permettent aux jeunes de « se construire », ont entrepris de détruire ces « points de repère » en militant (ça aussi, c’est un problème) pour accroître la confusion dans les esprits.  Autrement dit, on voudrait faire de la propagande pour l’homosexualité, on voudrait y encourager, on voudrait faire du prosélytisme homosexuel, on ne s’y prendrait pas autrement.

 

 

Eh bien, pendant qu’on solde les cadres de ce qui structure l’humanité depuis la nuit des temps (j’ai nommé la DIFFERENCE DES SEXES), l’offensive continue. Et puisqu’il s’agit de détruire cet ennemi à la racine, elle continue loin en amont de l’adolescence, pour remonter jusqu’à l’âge le plus tendre. Et le prochain champ qu’il s’agit de nettoyer de tous les miasmes de la différenciation sexuelle, c’est maintenant le champ du JOUET. Parfaitement messieurs-dames. Chapeau bas pour la trouvaille !

 

 

Parce qu’on ne le dira jamais assez : il y a quelque chose de totalitaire dans le fait de donner au petit garçon des petites voitures ou des soldats, et à la petite fille des poupées dans des poussettes. Les parents ne se rendent pas à quel point ils orientent abusivement l’esprit de leur progéniture : c’est du terrorisme parental !

 

 

C’est donc entendu : tu es un garçon, tu joueras à la guerre en miniature, et ça te préparera à donner ta vie pour ton pays quand tu auras l’âge ; tu es une fille, tu joueras à la maman, et ce faisant tu répéteras longtemps à l’avance les gestes qu’il faudra faire quand tu auras ton premier.

 

 

C’est donc entendu : tu subiras un horrible conditionnement, un ignoble lavage de cerveau. C’est ce que les féministes et adeptes de la théorie du genre (qui est bel et bien une THEORIE, malgré RAPHAEL ENTHOVEN) appellent un déterminisme, un surdéterminisme, un dressage ou je ne sais quoi. C’est ce qu’ils trouvent absolument insupportable.

 

 

D’abord, ces gens-là sont ignares, ou ils font semblant : ils ne savent pas qu’il existe des garçons qui n’aiment pas jouer au foot ?  Ils ignorent que certaines filles sont des « garçons manqués », comme il ne faut plus dire ? Les bras m’en tombent : les gamins n’ont pas attendu les savantasses intellos machins pour indiquer à leurs parents leurs préférences en matière de jeux et de jouets, quittes à ne pas respecter le « schéma dominant », quittes à tomber sur des becs qui les font plus ou moins souffrir.

 

 

Ensuite, il ne faut pas être passé par de grandes écoles de psychologie ou de psychanalyse pour se rendre compte que le schéma est exactement l’inverse de celui qu’avancent les adeptes du « genre ». Pourquoi offre-t-on, EN REGLE GENERALE, soldats et voitures au garçon ? Pourquoi offre-t-on, EN REGLE GENERALE, des poupées aux filles ?

 

 

Est-ce que par hasard ça ne serait pas parce que le petit garçon VEUT  ressembler à son père, et l’imiter ? Que la petite fille VEUT ressembler à sa mère ? Ecoutez deux garçons discuter dans la cour de récréation : « C’est mon père qui est le plus fort, le plus riche ! – Ouais, mais c’est mon père qui a la plus grosse voiture, la plus grosse … ! » ? Ou deux filles : « C’est ma mère qui est la mieux habillée ! – Ouais, mais c’est ma mère qui est la plus belle ! » ?

 

 

Non, je ne vais pas prétendre que tout ça, c’est inné, évidemment. Mais je n’invente rien si je dis, après les plus hautes autorités en la matière, que le gamin a BESOIN de s’identifier au parent de même sexe (et accessoirement d’essayer de séduire le parent de l’autre sexe).

 

 

Quoi, vous me dites que ce serait déjà le résultat d’un conditionnement ? Mais moi, digne et sans faire de chichis, je rétorque : « ET ALORS ? ». Vous avez vraiment l’intention d’éradiquer jusqu’à la moindre trace de conditionnement dans l’éducation de l’être humain ? C’est la notion de conditionnement qui vous taraude à ce point la comprenette ?

 

 

Mais, messieurs-dames, je regrette : c’est vous qui êtes totalitaires, à vouloir forger l'humanité nouvelle, ce que voulurent accomplir en leur temps un certain HITLER et un certain STALINE. Et mine de rien – et  c’est d’ailleurs un retournement très drôle – vous rejoignez la bande de ces éducateurs post-soixante-huitards, qui s’interdisaient d’intervenir de façon autoritaire dans le « parcours éducatif » de l’enfant, comptant sur son développement spontané pour qu’il arrive par lui-même à s’éduquer et à s’instruire.

 

 

S’inspirant de Libres enfants de Summerhill, de ALEXANDER SUTER NEILL (éditions Maspero, 1971), des allumés de l’éducation sans contrainte avaient ouvert des « écoles nouvelles », comme celle du « Tournesol », dans la région lyonnaise. Je me souviens de Journal d’un éducastreur (éditions Champ libre, 1971), d’un nommé JULES CELMA.

 

 

Il est sorti de tout ça la certitude plus ou moins affirmée qu’une telle démission de l’autorité adulte, selon l’exigence de « libre épanouissement » de l’enfant, débouche sur quelque chose qui a à voir avec la violence, la tyrannie et l’homosexualité (dans le livre de CELMA). Et toutes ces « écoles nouvelles » ou presque, fondées sur les meilleures intentions du monde, ont lamentablement (et heureusement) fait naufrage.

 

 

Il existe quantité de définitions de ce qu’est, doit être ou devrait être un ADULTE (« avoir pardonné à ses parents » SAINT-EXUPERY, « être adulte, c’est être seul » JEAN ROSTAND, « un enfant gonflé d’âge », ça c’est de la détestable et confusionniste SIMONE DE BEAUVOIR, etc.). Je proposerais volontiers quant à moi celle-ci : un parent, un éducateur est adulte quand il exerce l’autorité que, en vertu de sa fonction, la société lui délègue. Il est adulte quand il accepte d’être celui qui conditionne celui dont il a la charge.

 

 

Eduquer, c’est vouloir donner une forme et une structure à un esprit, à une personne. Imagine-t-on qu’il puisse y avoir une formation sans aboutissement à une forme ? Mettez une boule d’argile sur un tour de potier, n’y mettez surtout pas les mains, et puis admirez le résultat. De toute façon, la liberté du gamin est forcément respectée, du fait du RATAGE plus ou moins grand des efforts de l’adulte. Toute éducation est, qu’on le veuille ou non, plus ou moins RATÉE. Je ne sais plus qui affirmait : « Il y a trois métiers impossibles : éduquer, enseigner, psychanalyser ».

 

 

Le GENRE, finalement, va tout à fait dans le sens de la doctrine d’enseignement actuellement en vigueur : faire en sorte que ce soit l’élève lui-même qui « construise son propre savoir ». Comme le disait excellemment JAIME SEMPRUN (L’Abîme se repeuple, éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 1997) :   

 

« Quand le citoyen écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?, il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : A quels enfants allons-nous laisser notre monde ? »

 

Oui : à quels enfants allons-nous laisser notre monde ? Ce n’est pas pour rien que JEAN-CLAUDE MICHÉA cite cette interrogation à la fin de son minuscule et lumineux livre L’Enseignement de l’ignorance (Editions Climats, 1999).

 

 

 

 

05.09.2011

TU VAS RANGER TES GENRES ?!

On n’en finit jamais avec les innovations. La première fois que j’ai assisté en spectateur à un débat sur le GENRE, c’était en salle fumeur. Deux estimables collègues, pas trop vieux (c’est-à-dire plus jeunes que moi) faisaient assaut de considérations « branchées » sur cette notion alors entièrement nouvelle (au moins pour moi, mais je suis long à la détente). Ça avait l’air intelligent, ça avait même l’air intellectuel, voire intello. Effectivement, c’était intello. Là, je suis infirme. Si si, je vous jure !

 

 

J’ai consacré un petit article, récemment et ici même, à l’introduction du « genre » dans des manuels de « Sciences et Vie de la Terre », en tant que notion à part entière. J’en ai dit tout le mal que j’en pense : en gros, la notion de genre est totalement inutile. L’enseigner en tant que telle n’est absolument pas innocent. Pour résumer, ma thèse est que le hasard de la conception dote chacun d’un sexe anatomique et que, ensuite, c’est à chacun de se débrouiller avec dans la vie, en fonction de ce que celle-ci lui présente comme expériences.

 

 

Ce n’est pas l’avis des promoteurs du « genre », évidemment, y compris du délicieux et suave RAPHAËL ENTHOVEN, qui sévit sur France Culture. Enseigner le genre à des adolescents, qu’on le veuille ou non, c’est leur présenter leur évolution sexuelle comme une croisée des chemins, où ils vont mettre en œuvre leur liberté et leur raison, pour décider en pleine conscience : moi, garçon, moi, fille, ai-je envie de vivre ma partie féminine ou ma partie masculine, puisqu’on m’a persuadé qu’il y a une part de masculin dans le féminin et inversement ? Ils ou elles choisiront donc délibérément, pour eux-mêmes, le yaourt masculin ou le yaourt féminin sur le rayon de l’hypermarché de la consommation sexuelle. Et pourquoi pas les deux ? La bisexualité comme avenir de l’humanité ?

 

 

La morale de tout ça, c’est qu’on présente l’homosexualité exactement à égalité avec l’hétérosexualité, et ce, au nom du combat contre la norme, obligatoirement mauvaise. Et surtout, il faut empêcher coûte que coûte le jeune d’éprouver le moindre sentiment de culpabilité si par hasard il n’entre pas dans le moule de cette effroyable norme. Il faut surtout que le jeune se sente libre, on se tue à vous le dire !

 

 

Conclusion : les mêmes éducateurs qui en appellent à grands cris à conforter et renforcer les « points de repère psychologiques » qui permettent aux jeunes de « se construire », ont entrepris de détruire ces « points de repère » en militant (ça aussi, c’est un problème) pour accroître la confusion dans les esprits.  Autrement dit, on voudrait faire de la propagande pour l’homosexualité, on voudrait y encourager, on voudrait faire du prosélytisme homosexuel, on ne s’y prendrait pas autrement.

 

 

Eh bien, pendant qu’on solde les cadres de ce qui structure l’humanité depuis la nuit des temps (j’ai nommé la DIFFERENCE DES SEXES), l’offensive continue. Et puisqu’il s’agit de détruire cet ennemi à la racine, elle continue en amont de l’adolescence, pour remonter jusqu’à l’âge le plus tendre. Et le champ qu’il s’agit de nettoyer de tous les miasmes de la différenciation sexuelle, c’est maintenant le champ du JOUET. Parfaitement messieurs-dames.

 

 

Parce qu’on ne le dira jamais assez : il y a quelque chose de totalitaire dans le fait de donner au petit garçon des petites voitures ou des soldats, et à la petite fille des poupées dans des poussettes. Les parents ne se rendent pas à quel point ils orientent abusivement l’esprit de leur progéniture : c’est du terrorisme parental !

 

 

C’est donc entendu : tu es un garçon, tu joueras à la guerre en miniature, et ça te préparera à donner ta vie pour ton pays quand tu auras l’âge ; tu es une fille, tu joueras à la maman, et ce faisant tu répéteras longtemps à l’avance les gestes qu’il faudra faire quand tu auras ton premier.

 

 

C’est donc entendu : tu subiras un horrible conditionnement, un ignoble lavage de cerveau. C’est ce que les féministes et adeptes de la théorie du genre (qui est bel et bien une théorie, malgré RAPHAEL ENTHOVEN) appellent un déterminisme, un surdéterminisme, un dressage ou je ne sais quoi. C’est ce qu’ils trouvent absolument insupportable.

 

 

D’abord, ces gens-là sont ignares, ou ils font semblant : ils ne savent pas qu’il existe des garçons qui n’aiment pas jouer au foot ?  Ils ignorent que certaines filles sont des « garçons manqués », comme il ne faut plus dire ? Les bras m’en tombent : les gamins n’ont pas attendu les savantasses intellos machins pour indiquer à leurs parents leurs préférences en matière de jeux et de jouets, quittes à ne pas respecter le « schéma dominant », quittes à tomber sur des becs qui les font plus ou moins souffrir.

 

 

Ensuite, il ne faut pas être passé par de grandes écoles de psychologie ou de psychanalyse pour se rendre compte que le schéma est exactement l’inverse de celui qu’avancent les adeptes du « genre ». Pourquoi offre-t-on, EN REGLE GENERALE, soldats et voitures au garçon ? Pourquoi offre-t-on, EN REGLE GENERALE, des poupées aux filles ?

 

 

Est-ce que par hasard ça ne serait pas parce que le petit garçon veut  ressembler à son père, et l’imiter ? Ecoutez deux garçons discuter dans la cour de récréation : « C’est mon père qui est le plus fort, le plus riche ! – Ouais, mais c’est mon père qui a la plus grosse voiture, la plus grosse … ! » ? Ou deux filles : « C’est ma mère qui est la mieux habillée ! – Ouais, mais c’est ma mère qui est la plus belle ! » ? Non, je ne vais pas prétendre que tout ça, c’est inné, évidemment. Mais je n’invente rien si je dis, après les plus hautes autorités en la matière, que le gamin a BESOIN de s’identifier au parent de même sexe (et accessoirement d’essayer de séduire le parent de l’autre sexe).

 

 

Quoi, vous me dites que ce serait déjà le résultat d’un conditionnement ? Mais moi, digne et sans faire de chichis, je rétorque : « ET ALORS ? ». Vous avez vraiment l’intention d’éradiquer jusqu’à la moindre trace de conditionnement dans l’éducation de l’être humain ? C’est la notion de conditionnement qui vous taraude à ce point la comprenette ? Mais, messieurs-dames, je regrette : c’est vous qui êtes totalitaires, et mine de rien – et  c’est d’ailleurs très drôle – vous rejoignez la bande de ces éducateurs post-soixante-huitards, qui s’interdisaient d’intervenir de façon autoritaire dans le « parcours éducatif » de l’enfant, comptant sur son développement spontané pour qu’il arrive par lui-même à s’éduquer et à s’instruire.

 

 

S’inspirant de Libres enfants de Summerhill, de ALEXANDER SUTER NEILL (éditions Maspero, 1971), des allumés de l’éducation sans contrainte avaient ouvert des « écoles », comme celle du « Tournesol », dans la région lyonnaise. Je me souviens de Journal d’un éducastreur (éditions Champ libre, 1971), d’un nommé JULES CELMA. Il est sorti de tout ça la certitude plus ou moins affirmée qu’une telle démission de l’autorité adulte, selon l’exigence de « libre épanouissement » de l’enfant, débouche sur quelque chose qui a à voir avec la violence, la tyrannie et l’homosexualité (dans le livre de CELMA). Et toutes ces « écoles nouvelles » ou presque, fondées sur les meilleures intentions du monde, ont lamentablement (et heureusement) fait naufrage.

 

 

Il existe quantité de définitions de ce qu’est, doit être ou devrait être un ADULTE (« avoir pardonné à ses parents » SAINT-EXUPERY, « être adulte, c’est être seul » JEAN ROSTAND, « un enfant gonflé d’âge », ça c’est de la détestable et confusionniste SIMONE DE BEAUVOIR, etc.). Je proposerais volontiers quant à moi celle-ci : un parent, un éducateur est adulte quand il exerce l’autorité que, en vertu de sa fonction, la société lui délègue. Il est adulte quand il accepte d’être celui qui conditionne celui dont il a la charge.

 

 

Eduquer, c’est vouloir donner une forme et une structure à un esprit, à une personne. Imagine-t-on qu’il puisse y avoir une formation sans aboutissement à une forme ? Mettez une boule d’argile sur un tour de potier, n’y mettez surtout pas les mains, et puis admirez le résultat. De toute façon, la liberté du gamin est forcément respectée, du fait du RATAGE plus ou moins grand des efforts de l’adulte. Toute éducation est, qu’on le veuille ou non, plus ou moins RATÉE. Je ne sais plus qui affirmait : « Il y a trois métiers impossibles : éduquer, enseigner, psychanalyser ».

 

 

Le GENRE, finalement, va tout à fait dans le sens de la doctrine d’enseignement actuellement en vigueur : faire en sorte que ce soit l’élève lui-même qui « construise son propre savoir ». Comme le disait excellemment JAIME SEMPRUN (L’Abîme se repeuple, éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 1997) :   

 

« Quand le citoyen écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?, il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : A quels enfants allons-nous laisser notre monde ? »

 

Oui : à quels enfants allons-nous laisser notre monde ? Ce n’est pas pour rien que JEAN-CLAUDE MICHÉA cite cette interrogation à la fin de son minuscule et lumineux livre L’Enseignement de l’ignorance (Editions Climats, 1999).