23.12.2011
SARKOZY DEGAINE SON ARMENIE
Allez ! C’est reparti. Mais qu’est-ce que c’est, cette fièvre qui les prend régulièrement, les politicards, qu’ils soient « uhèmpistes » ou « péhessistes », qu’ils dorment au palais Bourbon ou au palais du Luxembourg, qu’ils aient le pouvoir ou qu’ils veuillent le conquérir ? Encore un tour de cinglés ! De toute façon, pour moi, le Bourbon est un mauvais whisky (américain) et le Luxembourg, un paradis fiscal avec « Chambre de Compensation » (ça veut dire Clearstream) incorporée.
On avait déjà la répression des PROPOS sur quelques sujets (antisémitisme, sexisme, homophobie et autres « phobies »), sur lesquels on a voulu coudre la bouche des dizaines de millions d’individus qu’on appelle en général la « population », puisqu’on a abandonné le mot « peuple ». Rien que ça : réprimer des PAROLES, ça me fait déjà craindre le pire.
Eh bien qu’on se le dise, de même que monsieur GERARD COLLOMB a mis les Arméniens dans sa poche électorale en laissant installer un « monument commémoratif » (en fait, une dizaine de totems bizarres) au pied du clocher de la Charité, de même, le président NICOLAS SARKOZY, en vue de la présidentielle, est parti à la pêche aux voix arméniennes en leur accordant le vote d’une loi réprimant la négation de « tout » génocide en général (sous entendu : du génocide arménien en particulier).
Eh bien, je me répète, qu’on se le dise : si un candidat, quel qu’il soit, veut acheter ma voix, il va falloir qu’il donne une rallonge sévère au chiffre des picaillons. Ma voix est hors de prix, monsieur COLLOMB. Ma voix est au-dessus de vos moyens, monsieur SARKOZY. De toute façon, il est probable que vous n’avanceriez pas un centime dans cet investissement. C'est du fonds perdu.
Et vous avez raison : dans toutes les prochaines élections, vous êtes prévenus, ma voix restera dans ma gorge. J’ai cessé de faire joujou avec les petits papiers. Et je ne ferai aucun jeu de mots sur « urnes » et « burnes ». Ici, on est toujours d’une correction impeccable. On a sa dignité, que diable !
De quoi s’agit-il ? D’une course à pied. D’un sprint, pour être précis. C’est à qui arrivera le premier pour occuper le créneau. Le « Parti Socialiste » annonce il y a quelque temps qu’il fait mijoter une loi sur le sujet. SARKO bondit sur l'UMP : « Merde, on va se faire griller sur le génocide arménien. Vite une loi ! ». Ben elle est là, la loi. Dans le match SARKOZY-HOLLANDE, avantage à SARKOZY.
Vous avez vu le coup de main ? Chapeau l’artiste ! Remarquez, c'est une habitude à prendre : les faits divers ont bien servi de galops d'essai, au chapitre des lois-événements. Et ces cons de socialistes, qui voient le fromage arménien leur échapper, vous croyez qu’ils font la gueule ? Mais non ! Ils l’ont dans le baigneur ! Dans le dos ! Dans l’anus ! Dans ce que vous voudrez : piégés par SARKO, ils vont la voter, la loi, comme un seul clampin. Bien obligés ! C’est bien fait pour eux !
Est-ce que ça veut dire pour autant que les Arméniens ont tort ? Non évidemment. Le sol turc abrite en tout et pour tout 60.000 individus de cette … quoi ? Ethnie ? Langue ? Religion ? En 1900, ils étaient 2.000.000. Je signale en passant que 1915 et 1916 ont vu disparaître non seulement des Arméniens en pagaille, mais en gros toutes les minorités (Grecs, Juifs, …) qui occupaient une portion du territoire ottoman. Aujourd’hui, on appellerait ça « minorités visibles ».
Avec déportations vers Alep, micmacs avec les Russes, et tout un tas d’atrocités sur lesquelles les historiens sont bien documentés, les « Jeunes Turcs » ont construit leur nouvel Etat sur la « turquification » de la population. Je recommande les photos montrant des officiers turcs posant fièrement derrière leurs trophées : des rangées entières de têtes coupées. On n'est pas plus "raffiné". On ne disait pas encore « nettoyage ethnique ».
Et le MUSTAPHA KEMAL ATATURK des familles, qu’on nous sort en toute occasion du placard comme fondateur moderne et progressiste de l’Etat actuel, c’est bien lui qui obtient l’amnistie pour les massacreurs, si je ne me trompe. La Turquie qui réclame son fauteuil à la table européenne, c'est exactement l'héritière de ça, il faut le savoir. La Turquie actuelle est un pays depuis bien longtemps nettoyé des impuretés raciales. Déjà ça, ça me chiffonne la somnolence postprandiale.
Ce qui me retourne l’estomac et me badibulgue la comprenette, ces jours-ci, ce n’est donc pas un quelconque problème avec les Arméniens, mais avec les épiciers français qui font commerce de ce genre de marchandise, sous l’emballage de n’importe quel yaourt électoral.
Car la loi votée jeudi n’est pas la première du genre à instaurer un délit d’opinion, une infraction de parole, un crime de pensée. Il a d’abord été interdit de dire du mal des juifs. On a ajouté l’interdiction de soutenir que les juifs n’avaient pas subi une extermination. Sauf erreur de ma part, cette loi "mémorielle" ne dit rien des tziganes, des handicapés, des homosexuels morts à Auschwitz ou ailleurs.
Et comme, en tout, « il n’y a que le premier pas qui coûte », et qu’un bon politicard soigne correctement les cuisiniers qui le nourrissent, on a continué sur la lancée : il a été interdit de traiter les handicapés d’infirmes ; d’appeler « pédé » un homme qui préfère les hommes ; de tenir sur les femmes des propos jugés méprisants par les femmes ; sur les noirs des propos jugés infamants par les noirs ; sur la Lune des propos jugés diffamatoires par les Lunatiques ; sur les bébés éprouvette des propos jugés injurieux par les éprouvettes. Et tutti quanti !!!
NE PENSEZ PLUS, VOUS ÊTES CERNÉS. NOUS AURONS LES MOYENS DE VOUS FERMER LA GUEULE. RENDEZ-VOUS !
Il paraît que nous vivons en « démocratie ». MONTESQUIEU, pour que ce régime fût viable, exigeait que les citoyens fussent vertueux. On voit aujourd’hui ce qu’il en est. Si MONTESQUIEU est dans le vrai, la démocratie est bel et bien foutue. Mais prenons les choses et les hommes comme ils sont, de niveau moral moyen et variable. Et « faisons avec », comme on dit. La simple logique veut que, en même temps que les fous, les handicapés et les imparfaits, la démocratie laisse vivre les imbéciles, les crétins, les bas-de-plafond, bref, toutes les sortes de bêtes et de méchants.
Cette démocratie s’honore de les laisser vivre, mais aussi et surtout de les laisser s’exprimer. En démocratie, on n’a pas le droit d’interdire aux gens d’être cons. Oui, les cons en jouissent aussi, de la liberté d’expression. Et c’est normal que ce soient des conneries qui sortent de leur bouche. Aussi longtemps que ça reste des paroles.
Qu’est-ce que c’est, ces « démocrates » en peau de lapin qui se chargent de faire la police du langage et s’érigent en juges de ce qu’il est licite ou pas de dire et d’écrire ? De penser ?
Les juifs s’honoreraient de laisser dire des blagues, même très mauvaises, sur les juifs. Visiblement, ce n’est pas la voie que prend le CRIJF, sous la houlette de son président RICHARD PRASQUIER. Même chose pour les homosexuels, les femmes, les handicapés.
Même chose, aussi, pour les Arméniens : j'aimerais assez, et pour tout dire, je considèrerais comme tout à fait normal et compréhensible que les Arméniens vivant en France soient eux-mêmes gênés aux entournures par le coup de lèche-cul que les politicards français leur ont fait en l'occurrence. Il faudrait voir à qui le crime profite.
Je me rappelle une exécrable plaisanterie du clown alsacien ROGER SIFFER : « Quelle est la différence entre un fumier alsacien et un fumier lyonnais (le spectacle avait lieu à Lyon, évidemment) ? ». La réponse était, vous l'avez devinée : « C'est qu'en Alsace, les fumiers n'ont pas de plongeoir ! ». Ouarf ! On s'éclate !
Minorités de tous les pays, par pitié, laissez dire du mal de vous ! Plus vous laisserez dire, plus ça voudra dire que vous êtes fortes ! Minorités de tous les pays, montrez-vous supérieures à tous les calculs sordides. Le SACRÉ ne se décrète pas à coups de lois. Minorités de tous les pays, ne vous faites pas les flics de la parole et de la pensée. N'ajoutez pas votre pelletée de terre dans le trou où se trouve la démocratie.
Sinon, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Je suggère qu’on fasse une loi pour punir les blagues belges de vingt ans de prison. Ça vaudrait le coup, non ? Et châtier les mauvais qui s'en prennent aux rouquins (voir Egypte ancienne), aux unijambistes, aux sauteurs à la perche, aux automobilistes à contresens, aux réverbères à l'envers, aux sauts de puce. Je vous le demande : de quel droit se moquerait-on des sauts de puce (à la Sainte Luce, les jours rallongent d'un saut de puce) ?
Un cri monte des profondeurs (vous vous rappelez ce que vous chantiez à l'église : "de profundis clamavi ad te") : des lois pour punir, DES LOIS POUR PUNIR, DES LOIS POUR PUNIR. A croire que c'est le point culminant de l'avenir démocratique. Chaque « minorité » doit dire : « Toi, sale politicard que je méprise et qui te mets à mon service pour accéder à ton misérable petit poste de petit pouvoir, satisfais mes exigences forcément légitimes et réprime ceux qui m'humilient, et tu auras droit aux voix de mon groupuscule. Sinon, que la fièvre quarte et la vérole de la Vierge de Guadalupe te patafiolent, la paille en cul et le feu dedans ».
Car le plus rageant, dans cette évolution inexorable, c’est la raison pour laquelle elle est promue : la ligne bleue de l’élection prochaine, le Graal de politicards vulgaires qui font leur marché en trimbalant de client en client leur bouche en cœur, dégoulinante de « convictions fortes ». « Clientélisme » est un mot décidément trop gentil. Il faudrait des termes plus injurieux, plus proches de la vomissure et de l’étron. Des mots plus sales et plus puants.
Je me contenterai de traiter tous ces premiers de la classe qui se servent de nous pour leur servir de marmitons, de mitrons et de saute-ruisseau, de qualifier tous ces élèves doués qui ont choisi la carrière de vendeurs de vent d’un seul mot : MINABLES.
Voilà ce que je dis, moi.
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15.12.2011
CORRUPTION SYNDICALE
Ainsi, on découvre stupéfait que la puissance publique a généreusement financé les syndicats français : 1,5 milliard côté patrons, 4 milliards pour le reste (ce sont les chiffres que j’ai entendus). Le rapport qui mettait au jour ce siphonnage des deniers publics a été mis au pilon. Cela veut dire « détruit ». Diable ! C’était donc à ce point compromettant ?
Je vais vous dire ce que j’en pense. Régulièrement, on entend les responsables syndicaux français se plaindre qu’il n’y a que 8 % de la population active qui paie sa cotisation à un syndicat, quel qu’il soit. Comment expliquer ce désintérêt, pour ne pas dire cette répulsion ?
Mon hypothèse est la suivante : les syndicats, dans leur ensemble et dans les grandes lignes, ont été achetés pour canaliser les mécontents et les empêcher d’aller trop loin et de devenir dangereux. Souvenez-vous de JEAN-PIERRE RAFFARIN et de la réforme des retraites : on aurait dit que « la rue », dans la France entière, était soulevée comme une vague qui allait tout emporter. Résultat ? Rien. Ça veut dire une chose : si les syndicats défendaient VRAIMENT les intérêts de ceux qui les financent, ce n'est pas 8 %, mais 90 % des travailleurs qui paieraient avec joie leur cotisation.
Regardez la façon dont les réformes ont été conduites dans l’Education Nationale : une trentaine de réformes en une trentaine d’années. Sans même parler des dégâts et de la déstabilisation qu’entraîne le changement permanent, qui aboutit, on appellera ça comme on voudra, à la destruction programmée de notre système éducatif public, je regarde la façon dont les syndicats ont réagi aux offensives réformistes des gouvernements successifs.
Résultat ? Si on est gentil, on dira qu’ils se sont montrés inefficaces. Si on veut s’approcher un peu de la vérité, on dira qu’ils se sont montrés de précieux auxiliaires du ministère, des complices de la destruction. Les syndicats ont été le cheval de Troie de la révolution libérale appliquée à l’éducation. Les promoteurs indirects de la privatisation longtemps rampante, et désormais galopante.
Pourquoi cette trahison ? Comment a-t-elle été possible ? Je ne vais pas retracer toute l’histoire, d’abord parce que je m’ennuie déjà à l’idée de rechercher avec précision les moments et les actes, ensuite parce que je me contente ici de décrire un mécanisme, tel qu’il a été mis en œuvre. Ce n’est un mystère pour personne que le S. N. I. (Syndicat National des Instituteurs) a régné en maître pendant des décennies au ministère même. On appelait ça les « décharges syndicales ». L’action officieuse de ces soutiers discrets a abouti à la destruction des Ecoles Normales d’Instituteurs, sous couvert de revalorisation du métier, et à la création des I. U. F. M.
Je me rappelle bien M. BRAEMER, qui avait été envoyé dans le coin par le ministère. C’était un homme du sérail, comme on disait. Quoi de mieux, en effet, qu’un « jaune » pour trahir ses petits camarades avec le sourire. Quand la réforme LEGRAND, qu’il était chargé de promouvoir, eut été installée, il s’est fait bombarder au conseil d’administration de Conservatoire National Supérieur de Musique.
La Réforme LEGRAND, en gros, avait prévu de mettre le bousin dans CHAQUE classe en mélangeant les surdoués et les cancres (au magnifique prétexte de l’ « égalité des chances »), et je passe sur le jargon de rigueur qui était supposé vendre cette soupe aux enseignants eux-mêmes : « classes indifférenciées », « travailler autrement », « pédagogie différenciée », et autres salades de saison. Je rassure tout le monde : le bousin fut effectivement au rendez-vous. Et ça ne s’est pas arrangé.
D’une manière générale, les syndicats de l’enseignement ont donc participé étroitement à la gestion du système et à ses diverses réorientations. Ils sont cogestionnaires de fait de la déroute scolaire. Et s’ils n’ont pas moufté (je ne parle évidemment pas des barrissements médiatiques des leaders syndicaux), c’est qu’ils n’y avaient pas intérêt. Le « deal » était : on vous donne quelques fromages, vous nous donnez la paix. En langage clair, cela s’appelle se faire acheter.
Etes-vous encore étonné qu'il n'y ait que 8 % de syndiqués en France ? Moi, je trouve que c'est encore beaucoup de naïfs.
Voilà ce que je dis, moi.
NOTE À BENNE : Bon, je sais, mes propos sont un peu carrés aux angles, et mériteraient un peu de nuances, un peu de modération, un peu de précision. Hélas, qu'y puis-je, si j'ai l'impression d'avoir assisté impuissant, de l'intérieur, à l'un des grands saccages de notre « mythe républicain » (l'école, en l'occurrence, mais on pourrait en dire autant de l'hôpital, de la SNCF etc.), avec la complicité active de tous ces gens soi-disant responsables, quand ils étaient aux responsabilités ? Tout ce qui me reste, c'est la rage d'avoir été trahi.
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26.05.2011
L'IMPOSTURE ECONOMISTE
Dans le zoo fou qu’est devenue la planète, l’économiste occupe une pace de choix. Que dis-je : l'animal tient le haut du pavé du centre de l'échiquier. Comme ils disent eux-mêmes, ils sont « incontournables ». Ce sont, disent-ils, des « spécialistes ». Leur spécialité, c’est l’économie. Une « science », paraît-il. Drôle de science quand même. La science, on sait ce que c’est, le Grand Robert le dit : « connaissance exacte et approfondie ». « Exacte » ? Alors l’économie N’EST PAS UNE SCIENCE. Qu’il y ait des invariants, c’est certain : plus on fabrique de la monnaie, plus les prix augmentent ; quand on détient un monopole, on s’enrichit plus que quand la vraie concurrence fait rage ; etc. J'ai quelques notions quand même, faut pas croire. Mais un des caractères infaillibles qui définit une science, c’est qu’elle est capable de PREDIRE les phénomènes (si tu es à 0 mètre, et si tu mets de l'eau sur du feu, elle bouillira à cent degrés Celsius, par exemple).
Ça crève donc les yeux : l’économie n’est considérée comme une science que par un abus de langage, un mensonge soigneusement entretenu par la corporation des économistes. Drôle de corporation, à vrai dire. Il se trouve que j’écoute de temps en temps l’émission du samedi matin à 8 heures sur France Culture, intitulée « L’Economie en questions ». Ils sont quatre ou cinq, ils sont appelés des « experts », ils discutent de deux sujets principaux. Et s’il y a un invariant, il est ici. Pendant une quarantaine de minutes, ces « experts », tous très savants, c’est certain, débattent. Oui, parfaitement : il DEBATTENT. C'est précisément là qu'est l'os. ILS DEBATTENT. Suivant les sujets, il leur arrive même de s’engueuler. Voilà l’abus de langage : ces « experts » dans la « science économique », ils sont rarement d’accord, d’une part sur l’analyse à faire d’un phénomène, d’autre part sur les solutions à apporter aux problèmes et les perspectives. Si c'était une science, il n'y aurait pas de débats aussi vifs (et ce ne sont pas les vitupérations du bibendum plein de suffisance arrogante CLAUDE ALLEGRE qui peuvent me convaincre du contraire). Ecoutez un peu, un jour où vous n'avez rien de mieux à faire, ça devient toujours assez drôle, quand ce n’est pas franchement burlesque, quand ces grands spécialistes attaquent la partie « IL FAUT » du débat.
NOURIEL ROUBINI, cet économiste américain d’origine iranienne, s’est terriblement singularisé, début 2008, en prédisant la catastrophe des prêts hypothécaires aux Etats-Unis (« subprimes »). Tous ses collègues l'appelaient Cassandre : à présent, c'est plus un Cassandre, c'est un grand savant. Combien sont-ils dans le monde ? En France, on connaît maintenant PAUL JORION (l’homme au blog), qui avait aussi prévu la crise de 2008. Il prédisait hier la désintégration de l’Europe. Faut-il espérer qu’il se trompe ? De tels économistes, il doit y en avoir quelques autres dans le monde. Mais ils sont l’exception : dans l’ensemble, la profession se trompe régulièrement, incapable de seulement anticiper les événements. Or la profession, ce sont les « experts », et les « experts », ils sont où ? Ils enseignent l’économie, pardi. Ils forment de futurs économistes. Certains deviendront profs à leur tour, et la boucle est bouclée. C’est comme le poisson rouge dans son bocal : il tourne en rond. On serait dans les biotechnologies, on appellerait ça le « clonage ». On n’est pas près d’en sortir.
Je ne m’attarderai pas sur la folie furieuse de l’économie financière, sur la dictature des marchés et des « agences de notation », sur la récente et la peut-être future catastrophe. Je ne suis pas « expert », moi. Je me contente de regarder (et de subir, comme tout un chacun) la voracité de ce tout petit monde qui fait la loi au reste du monde. Je m’intéresse quand même à son fonctionnement, après tout, je suis concerné. J’ai donc mon mot à dire. Des gens plus qualifiés s’y intéressent aussi. ALBERT JACQUARD : J’Accuse l’économie triomphante ; VIVIANE FORRESTER : L’Horreur économique ; EMMANUEL TODD : Illusion économique ; et j’ajoute, pour faire bonne mesure, l’économiste JOHN KENNETH GALBRAITH : Les Mensonges de l’économie. Il n’a pas été Prix Nobel d’économie, celui-là ? Sauf qu’en fait de Prix Nobel (c’est-à-dire ceux fondés par ALFRED NOBEL en personne), il y en a CINQ et pas un de plus : médecine, chimie, physique, paix, littérature. Prix Nobel d’économie : inconnu au bataillon ! Oui, il existe un Prix d’économie, décerné (depuis 1968 ?), par la Banque de Suède, que les journalistes traduisent (faut-il qu’ils soient paresseux !) Prix Nobel. Là encore, donc, un simple ABUS DE LANGAGE. L'économie est bourrée d'abus de langage.
Bref, les quatre auteurs ci-dessus (dont un Prix « Nobel » donc) s’en prennent à l’économie en tant que telle. Todd, par exemple, parle en 1998 du « projet d’une impossible monnaie européenne » (c’est moi qui souligne). Lui aussi, il croit que l'Europe va se désintégrer ? Peut-on parler d’économie quand on n’est pas un « expert » ? La réponse est définitivement OUI ! C’est comme en psychanalyse, où vous avez JACQUES LACAN d’un côté, et de l’autre des gens comme DIDIER ANZIEU. L’un jargonne à qui mieux-mieux, et ça intimide, et ça impressionne les gogos. L’autre explique des choses complexes dans une langue claire qui cherche avant tout à être comprise. La plupart des économistes jargonnent, avec l’intention bien arrêtée de maintenir le profane hors du cercle des initiés. Mais tous ces gens, finalement, n’ont aucune certitude, mais aussi aucun compte à rendre (mais quel responsable, aujourd’hui a des comptes à rendre ?). Ils peuvent, crise après crise, continuer à SE TROMPER (soyons indulgents : en CHANGEANT D'ERREUR à chaque fois, en adoptant une erreur différente, parce que nous, on a oublié la précédente, et c'est bien, parce que, comme ça, tout le monde croit ce qu'ils disent A PRESENT) dans les mêmes médias : voyez le petit ALAIN MINC qui, en tant que « consultant » (ça veut dire « expert » je suppose) grassement rétribué, continue à « conseiller » les puissants.
Moi, ce que je comprends, dans les diverses (et opposées) théories économiques, c’est que le fait même qu’il y ait des théories économiques est en soi une IMPOSTURE. (Je ne reviens pas sur celle que constitue le mot « science ».) Parlons de DOCTRINE, ce sera plus honnête. Le mot « théorie » est fait pour impressionner, rien de plus. En fait, ce que ne disent pas les « experts », c’est que dans leurs « théories », il y a moins d’ ECONOMIE que de POLITIQUE. Les fantoches « politiques » (vous direz que j’abuse des guillemets, mais il les faut) qui défilent sur les écrans et dans les journaux sont précisément cela : des FANTOCHES. Ils nous font croire qu’ils font de la politique, alors que la politique, elle se fait aux derniers étages des GOLDMAN SACHS et autres multinationales, elle se fait dans ces merveilleux endroits répartis sur toute la planète, monde sur lequel l’argent ne se couche jamais (bien content de ma formule). On appelle ça les « bourses » (c’est cruel pour les mâles, mais il est vrai qu’une bourse, ça se remplit et ça se vide : pardon. Il y a bien dans ma belle ville une rue Vide-bourse !).
Sarkozy et ses complices du G 8 font semblant d’être des acteurs, d’avoir du pouvoir, pire : ils nous font croire qu’ils savent ce qu’il font, et qu’ils feront ce qu’ils disent. En réalité, ils courent derrière, en essayant de nous convaincre que « la politique a repris le dessus », et qu’ils sont les meneurs de cet Amoco Cadiz. C’est à cette tâche constante (marteler, bourrer le crâne) que se consacre l’industrie télévisuelle et une bonne part de la presse papier (presse-papier ?). Quand, le soir même de son élection, NICOLAS SARKOZY va passer la soirée au désormais célèbre Fouquet’s, ce n’est pas parce qu’il est ami de quelques milliardaires. Il n’est pas le chef, ce soir-là : il est le LARBIN. Les gars autour de la table, disent : « C’est bien que tu sois élu. Maintenant, tu vas pouvoir faire NOTRE POLITIQUE ». Dites-moi si je me trompe : est-ce que ce n’est pas comme ça que ça s’est passé effectivement ?
Allez : la vie est belle et c’est tant mieux (il faudra que je trouve une formule plus personnelle. « Et c’est ainsi qu’Allah est grand », par exemple. Ah mais je m’aperçois qu’ALEXANDRE VIALATTE me l’a ôtée de la bouche, il y a déjà quelques décennies).
10:57 Publié dans DANS LES JOURNAUX, J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, économie, société, politique, nicolas sarkozy, science, débat, claude allègre, nouriel roubini, paul jorion
20.05.2011
ARCHITECTURE : HITLER A GAGNE
Il faudra bien qu’un jour on cesse de faire de STALINE et HITLER des épouvantails, des incarnations d’un MAL définitivement enterré à des années-lumière de notre monde si heureusement né au chef d’œuvre qu’est la démocratie, dans l’histoire des sociétés humaines. Il faudra cesser de mettre les deux grands TOTALITARISMES du 20ème siècle dans des parenthèses, comme des parois étanches qui en font des sortes d’exceptions historiques, des espèces de dérapages du flux normal de la grande Histoire : finalement des ERREURS. Non : STALINE et HITLER ne sont ni des dérapages, ni des exceptions, ni des erreurs. Ils sont l’expression, la conclusion logique, l’aboutissement « normal » d’un système né avec l’Europe industrielle (ça fait 150 ans, ou à peu près).
Qu’ils en aient été de sinistres caricatures ne change rien : STALINE découle en pire du terrorisme d’Etat mis en place par LENINE (après tout, il a commencé sa carrière en attaquant des banques avec la bande qu’il dirigeait) ; HITLER découle en pire des traités qui ont suivi la guerre de 1914-1918 et des errements de la République de Weimar. Alors, c’est vrai : les DOCTRINES de l’un et de l’autre, dûment condamnées, sont enfermées dans les placards, dans les caves et dans les archives. Mais elles ne sont pas restées sans postérité, sans descendants, sans héritiers dans notre monde très moderne, très actuel, pour tout dire. Le monde que nous héritons du passé doit aujourd'hui beaucoup à STALINE ET HITLER, comme j’ai essayé de le montrer pour l’eugénisme dans ma note du 12 mai dernier.
Pour voir si je ne délire pas, je me tourne vers un témoin irréfutable : ALBERT SPEER, l’architecte de HITLER, son seul confident, paraît-il. Evidemment inscrit au Parti nazi, dont il devient rapidement l’architecte en chef, il a une conception de l’architecture qui épouse étroitement les visions du Führer, mais celui-ci va y insuffler toute l’ampleur de sa démesure. Et c’est quoi sa conception ? Par exemple, il invente « la valeur des ruines » : dans 1000 ans, il faudra que les ruines laissées soient aussi belles que celles, visibles aujourd’hui, de l'antiquité grecque. Dans leurs cartons, qu’est-ce qu’ils ont comme projets, les deux complices ? Le Reichstag, paraît-il (cf. Wikipédia), une coupole treize fois plus haute que Saint Pierre de Rome (131 mètres, ça nous porte à 1703 mètres : étrange). L’arche triomphale aurait pu contenir dans son ouverture l’Arc de Triomphe de l’Etoile (49,54 mètres). Pour le futur stade des « jeux aryens » à Nuremberg (après suppression des Jeux Olympiques), 400.000 places prévues. Bref, L’ARCHITECTURE NAZI, c’est de l’IMPERIAL, du MONUMENTAL, du TRIOMPHAL DE MASSE. Bref : SURENCHÈRE, DÉMESURE, VOLONTÉ DE PUISSANCE (tiens tiens !).
Il faut dire que MUSSOLINI a tenté de rivaliser avec HITLER, mais il n’avait pas les moyens. Consolons-le en lui répétant, sur son bulletin scolaire, que l’intention y était : « Bien, mais doit mieux faire, s’il veut accéder à la plus haute marche ». Côté STALINE, c’est pas mieux, à voir les palais soviétiques, la magnifique LOUBIANKA, à Moscou, vous savez, le palais du KGB de sinistre mémoire, remplacé par le moderne et riant FSB, et diverses autres grandioses réalisations dans les « démocraties populaires ». J’ai vu de mes yeux, en 1990, ce que CEAUCESCU avait prévu de construire en plein Bucarest : un immeuble-ville, après avoir détruit sans sourciller quelques dizaines d’églises, dont certaines du 18ème siècle. Dans le même temps, il projetait de rassembler la population roumaine dans quelques dizaines de méga-villes, pour restituer à l’agriculture toute la surface disponible, moyennant la destruction pure et simple de quelque 5000 villages. Quand je me tue à vous dire que HITLER, il est pas mort. Est-ce que le gouvernement roumain d’aujourd’hui, forcément DEMOCRATIQUE, on vous dit, sait désormais quoi faire de ce MACHIN (je ne vois pas d’autre terme) ?
Mais du côté de chez nous, les pays « LIBRES », comme toute le monde dit, qu’est-ce qu’on voit, éberlué ? Qu’est-ce que c’est, l’Empire State Building ? Qu’est-ce que c’est, les tours de Kuala Lumpur ? Burj Khalifa à Dubaï (828 mètres) ? Le stade de Maracaña ? Qu’est-ce que c’est, le plus grand pont du monde ? Le plus gigantesque barrage du monde (en Chine : le « Trois gorges ») ? Le tunnel le plus long du monde (en Suisse : le « Gothard »)? Etc., etc., on n’en finirait pas. Bon, vous avez compris : SURENCHÈRE, DÉMESURE, VOLONTÉ DE PUISSANCE. Quand je vous disais que STALINE et HITLER ne furent que l’expression caricaturale d’un système industriel voué par nature au gigantisme et à la compétition illimitée du GIGANTISME !
Je vais aggraver notre cas, à nous autres, les sociétés « démocratiques », qui se donnent en spectacle désirable à « toutes les dictatures antédiluviennes » (qu’on se demande comment elles ont pu se perpétuer). C’est à propos d’une autre trouvaille ARCHITECTURALE, vous savez, celle qui, moyennant finance, vous permet de gagner la Côte d’Azur le plus rapidement (sauf en cas de bouchon, d’accident ou de chute de neige un peu imprévue). Allez, lecteur, ne te fais pas plus bête que tu n’es. C’est évidemment L’AUTOROUTE. Tu sais, estimable lecteur, de quand ça date, l’autoroute ? De 1924 (77 kilomètres entre Milan et la région des lacs). Et tu ne devineras jamais où ça a été inventé ? Allez, je te le dis : Italie. Et qui est au pouvoir ? MUSSOLINI. Et qui va se mettre à en fabriquer à n’en plus finir ? ADOLF HITLER. Et à quoi ça devait servir prioritairement ? Acheminer les armées, les camions, les blindés, les canons, les chars. Evidemment, aujourd’hui, plus personne ne se pose la question : l’autoroute, c’est tellement plus PRATIQUE (tiens, c’est comme l’ordinateur, l’internet, le téléphone portable, la musique portable, etc.). L’autoroute, on l’emprunte (et on la rend à la sortie).
MORALITÉ ? Toute le monde a compris : l’ARCHITECTURE et l’AUTOROUTE, qui structurent de fond en comble l’espace et le territoire de nos si désirables démocraties, nous ont été LÉGUÉES par HITLER.
L’excellent PHILIPPE MURAY (y avait longtemps…) parle quelque part des fameuses tours du WORLD TRADE CENTER. Il parle, à leur propos de CATACLYSME ARCHITECTURAL. Je trouve que c’est bien vu. Mais si l’on va par là, il faut bien dire que la TOUR EIFFEL s’inscrit dans la lignée, au chapitre de l’archéologie des cataclysmes architecturaux (tour qui, au passage, a été prolongée « ad vitam aeternam » en 1909, année prévue de sa démolition, quand ce sont des MILITAIRES qui se sont rendu compte qu’elle pouvait rendre d’éminents services). La Tour Eiffel inaugure l’ère des EXPLOITS ARCHITECTURAUX. Ils ne cesseront plus. Je passe sur les projets que LE CORBUSIER, heureusement, n’a pas eu le temps ou l’occasion de concrétiser, restés à l’état de dessins : Paris rasé, sauf les monuments touristiques, pour dégager l’espace et y construire de gigantesques tours pour y mettre les masses ; Rio de Janeiro réduit à un gigantesque immeuble continu (sur des kilomètres), avec, évidemment, l’autoroute passant sur le toit.
SURENCHÈRE, DÉMESURE, VOLONTÉ DE PUISSANCE. Vous vous rappelez la devise si sublime des JEUX OLYMPIQUES ? « Citius, Altius, Fortius ». Je n’ai même pas besoin de traduire, je pense ? Ce que nous condamnons aujourd’hui dans les camps de concentration, c’est l’espace même dans lequel nous vivons. UN ESPACE CONCENTRATIONNAIRE. La seule différence, c’est que pour nous, c’est PAYANT.
STALINE et HITLER sont les paroxysmes de la civilisation industrielle. Nous en sommes les continuateurs. Les héritiers, en quelque sorte.
Alors, vous croyez toujours qu’ils sont des ABERRATIONS DE L’HISTOIRE ?
NOTA BENE : je n'arrive plus, quoi que je fasse, à insérer des photos. Si quelqu'un peut me dire quoi faire, gratitude anticipée.
15:24 Publié dans J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : staline, hitler, dictature, architecture, totalitarisme, espace, autoroute, albert speer, berlin, nazi, nazisme, ceaucescu, mussolini, tour eiffel, le corbusier, philippe muray, jeux olympiques
17.05.2011
ON L'APPELLERAIT UNE MAFIA
MAZARINE PINGEOT, vous vous souvenez ? La fifille à papa MITTERRAND. Est-ce que celui-ci la gardait « sous le coude », pour la « sortir », comme certains l’ont affirmé, quand des malintentionnés ont voulu lui jeter dans les pattes son amitié compromettante avec RENÉ BOUSQUET, celui qui signa des « bons de déportation » vers les camps ? Ce serait pour éteindre l’incendie avant qu’il ait vraiment pris, magie-magie, qu’il aurait projeté sa fille en pleine lumière ? Bon, c’est vrai, les dates ne coïncident pas vraiment. Ce qui reste sûr, en tout cas, c’est ce dévoilement brusque d’un morceau de la vie en coulisse d’un homme politique très important : la fille secrète, la fille cachée.
« Secrète » ? « Cachée » ? Pas pour tout le monde. C’est sûr que le « bon peuple », sous-entendu les cons, n’était pas au courant. Pourquoi ? Parce que le « bon peuple », c’est le spectateur, c’est celui qui avale les salades que journaux, radios et télévisions débitent du haut de leur étal des quatre saisons, selon la règle : « Une salade chasse l’autre ». Mais mis à part le « bon peuple », c’est-à-dire la quasi-totalité de la population, c’est-à-dire tous ceux qui, au sens propre, ne comptent pas, mis à part les gogos, donc, TOUT LE MONDE était au courant. « Tout le monde » ? Tu exagères, camarade blogueur. A peine : "tout le monde", ici, ça veut dire tous ceux dont le métier est de savoir, des diverses polices jusqu’aux hommes politiques (adversaires compris, notez bien !), en passant par les « passeurs » de l’information, c'est-à-dire l’ensemble de la PROFESSION JOURNALISTIQUE.
Quelles pressions a subies JEAN-EDERN HALLIER, quand il a décidé, déguisé en bourgeois de Calais avec la corde au cou, de brûler, sur un trottoir, un manuscrit dans lequel, probablement, il éventait le secret de François Mitterrand ? On n’en sait rien. Depuis, il est mort en faisant du vélo. Toujours est-il que l’affaire était connue dans toutes les rédactions. Mais jamais imprimée. Voilà l’exemple cru de ce qu’on appelle la CONNIVENCE (synonyme de COMPLICITÉ) entre la « profession politique » et la « profession journalistique » (les guillemets ne signifient pas tout à fait la même chose dans les deux cas, parce que la politique n'est pas un métier, ou ne devrait pas être considérée comme tel par ceux qui s'y lancent, non plus que par le peuple, et que le simple (et vrai) métier de journaliste interdit théoriquement toute connivence).
Tous ces gens (je parle des chefs, grands ou moins grands, les petits étant appelés du doux nom de porte-flingue) fonctionnent selon le principe de la BANDE. Vous vous rappelez ce cycliste, dont j’ai oublié le nom (était-ce Christophe Bassons ?) qui a cafté, après le Tour de France 1998 (affaire Festina, Willy Voet, etc .) ? Vous vous rappelez Jacques Glassmann, dans l’affaire OM-VA, en 1993 ? Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Vous ne connaissez peut-être pas François Rufin (Les Petits soldats du journalisme, Ed. Les Arènes) : son livre était courageux, il a donc été « ostracisé ». A cause d’eux, ce qui se passait dans les cuisines du cyclisme, du football et de la presse était soudain mis sur la place publique. Comme si, au restaurant, un marmiton venait dire aux clients que le chef vénéré crachait dans sa sauce grand veneur pour lui donner la bonne consistance. Suivant le camp dans lequel on se trouve, ça s’appelle « dénonciation » ou « délation », bien que la limite soit floue.
Eh bien en politique, c’est exactement pareil, tout au moins en France où, dans les hautes sphères de la politique, de l’économie, du spectacle et des médias, ça se tutoie, ça passe ses vacances ensemble (Sarkozy-Clavier n’est qu’un minuscule exemple), ça dîne en ville, ça se pique les femmes, enfin j’en passe, et des meilleurs (comme disait Victor Hugo). Entre puissants, on se respecte. Et le refrain chanté jadis par GUY BEART est toujours d’actualité : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ». Et personne, qu’il soit dans la CHIOURME ou dans la VALETAILLE médiatique, ne souhaite, d’une part se fermer le robinet à infos parce qu’il a « trahi la famille », d’autre part se suicider, c’est-à-dire être liquidé professionnellement (Alain Genestar, qui a dû se recaser, doit quand même se souvenir de ce qu’il a perdu dans l’affaire de la une de Match, avec la photo de Cécilia Sarkozy en compagnie de son amant). C’est de l’ordre de « JE TE TIENS, TU ME TIENS ». Bref : tu respectes l’OMERTA, ou tu es mort (symboliquement, quoique…). En Sicile, cela porte le doux nom de MAFIA : entre « hommes d’honneur » (c’est comme ça qu’ils s’appellent), il y a des choses qui ne se font pas. Cela s'appelle un système : ça doit être entièrement cohérent. Cela veut dire que l'étanchéité entre l'intérieur et l'extérieur doit être parfaite. C'est tout ou rien, comme dans une secte. Les Américains ont une formule pour ça : "Love it or leave it !" Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous.
Tout ça pour arriver à DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, c’est un peu long, n’est-ce pas ? Mais cette petite mise en perspective par le contexte et quelques éléments historiques était utile. Pour ce qui concerne DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, il y a bien quelques bulles qui sont remontées du fond vaseux vers la surface, mais somme toute, la surface est restée lisse, même après l’affaire "Piroska Nagy" au F. M. I. Pour vous en faire une idée, je vous conseille la lecture de trois articles de presse, qui montrent que, si ça se met à parler, c’est bien que, jusque-là, ils la bouclaient. Il respectaient la règle.
Le premier, intitulé « L’étrange omerta des médias sur le cas DSK », est signé dans Le Monde (daté du 17 mai) par Christophe Deloire, auteur de Sexus politicus en 2006, où il consacre un chapitre à DSK, et qui eut, paraît-il, du succès, mais où les témoins restent anonymes. Le deuxième, intitulé « DSK et les femmes : un secret de Polichinelle », est signé Jean Quatremer dans Libération du 17 mai : il raconte avoir en 2007 publié sur son blog quelques lignes où il évoque le problème de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN avec les femmes. Aussitôt, il reçoit un coup de fil de Ramzi Khiroun (vous savez, le « communicant de DSK », l’homme à la Porsche Panamera), qui lui demande de retirer son billet, sur le thème : "Tu ne vas pas nous faire ça !" (Il le tutoie alors qu'ils ne se sont jamais rencontrés). Refus. Il accepte à la rigueur de publier quelque chose pour expliquer le sens de sa démarche. Mais si l’internet reprend son blog, chez les collègues médiatiques : rien. Le troisième article passe dans Le Monde daté du 18 mai : Raphaëlle Bacqué remonte dans le passé pour montrer « Les Deux visages de DSK ». Compte-rendu honnête et somme toute bien écrit.
Avec ça, on a une idée un peu précise du personnage. Pour être franc, DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, je me rappelais ses tribulations judiciaires (MNEF, Alfred Sirven, la cassette Méry), et je ne voyais pas bien ce qui pourrait différencier un tel homme de Sarkozy à la présidence (est-il possible d’être en même temps un homme d’argent (la suite d'hôtel à 3000 euros la nuit, voir Le Monde du 17 mai) et un homme de gauche ?). Mais il y a aussi, dans le numéro de Libération (17), en face du texte de Jean Quatremer, l’article que Patricia Tourancheau consacre à Tristane Banon, qui raconte aujourd’hui que DSK l’avait agressée en 2002 (elle avait 23 ans). Elle n’a pas déposé plainte. Cet article paraît aujourd’hui. Elle était jeune journaliste, justement, et interviewait DSK. Elle ne voulait pas se suicider professionnellement. C’est sûr que l’autre face de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, je n’en avais aucune idée. Et pour cause : personne ne m’en a parlé. Les organes de presse ont, dans leur ensemble et avec une belle unanimité, FAIT SILENCE. C'est pour ça que, quand j'apprends la nouvelle de l'arrestation, j'en tombe sur le cul, sidéré, comme la presse du monde entier. Cela veut dire que l'omerta a fonctionné à merveille : la "famille" est très soudée. Les "hommes d'honneur" font corps.
Alors ils sont trois, jusqu’ici, à cracher le morceau, à « passer à table ». Mais d’abord, c’est bien tard, parce que ça prouve que tous adhèrent au système, tant qu’il n’y a pas d’ « accident », c'est-à-dire en temps normal, c’est-à-dire TOUT LE TEMPS. C’est aussi pour ça que ça fait événement. C’est pour le « bon peuple » qu’il y a un « coup de tonnerre ». Ensuite, tous ces braves gens qui, à l’occasion, se gargarisent en rigolant des diverses « théories du complot », est-ce que, pendant toutes ces années, ce n’est pas eux qui en ont fomenté un, de complot ? Est-ce que l'arrestation de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN ne fonctionnerait pas comme ce qu'on appelle le REEL en psychanalyse ?
Cela me donne seulement envie de dire un gros MERDE à tous ces BONIMENTEURS INDIGNES.
ÇA , DES JOURNALISTES ? LAISSEZ-MOI RIRE !
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15.05.2011
L'ETAU SE RESSERRE
Je vous raconte le dessin de SERGUEI paru, p. 15, dans Le Monde daté 15-16 mai 2011 (c’est du tout frais pondu, la maison travaille « à flux tendu », bien qu’elle ait pas mal de stock en magasin). Le titre : « Sécurité routière ». Le soleil braque un radar. Un épouvantail dissimule une caméra. Un gendarme manoeuvre son radar. Deux autres boîtiers mal identifiés, mais sûrement peu sympathiques. La femme dit à son mari, qui conduit : « Tu as bien mis ta ceinture ? Tu as enlevé l’avertisseur ? Tu n’as rien bu ? Tu n’as pas dépassé les 50 ? ». Le mari répond, tétanisé sur son volant : « On n’est plus en sécurité ».

Il se trouve que, ce matin même, l’excellente (pas toujours, mais le plus souvent) émission de RUTH STEGASSI « Terre à Terre », sur France Culture, rendait compte d’une rencontre avec Gérard Pagès, Sébastien Delpech, Anna Labrousse et Babette Védoit. Ils sont tous ELEVEURS DE MOUTONS (dans le sud ouest de la France, à ce que j’ai compris). Lecteur bénévole, je sais, tu te demandes : « Quel rapport, Alexipharmaque, avec les contrôles pour la sécurité routière ? » Là, moi, je dis : « On est en plein dans le même sujet. – Prouve-le, blogueur ! – Je le prouve, lecteur : tous ces éleveurs de moutons ont déposé les statuts d’une association intitulée FAUT PAS PUCER. »
J’explique : l’Europe, en dehors de réglementer la longueur et la résistance des PRESERVATIFS MASCULINS, le diamètre et la qualité des VIS et des ECROUS, la consistance et le goût des YAOURTS, elle distribue des subventions dans le cadre de la P. A. C. (Politique Agricole Commune). Et alors, dira-t-on ? Eh bien, en tant que dispensatrice de rémunérations aux agriculteurs, elle veut savoir exactement où va son bel argent, et si la dépense est justifiée. Après avoir admis que ceci n’est pas complètement absurde, je note quand même le statut du petit (ou du moyen) paysan (il paraît que ce dernier mot n’a plus cours : on dit « agriculteur ») : il est devenu un MENDIANT. Quelle que soit l’analyse qu’on peut faire du phénomène, quelqu’un dont l’existence ne pourrait pas continuer sur le même mode sans l’argent que quelqu’un lui procure, on appelle ça un MENDIANT (voir tous les festivals, associations, institutions, groupements à VISEES CULTURELLES, dont l’une des activités les plus prenantes consiste à rechercher les « partenariats », les « sponsors » et autres « mécènes », ou a attendre, à réclamer LA subvention, mais ne nous égarons pas).

L’Europe, pour savoir si l’argent dispensé va bien où elle a voulu qu’il aille, il est indispensable qu’elle CONTROLE. Alors là, le lecteur commence à comprendre le lien entre sécurité routière et élevage de moutons. Je précise : Madame Europe a trouvé un moyen imparable : la PUCE « R. F. I. D ». (Radio Frequency Identification, en anglais). Je traduis : le mouton est immédiatement, électroniquement repérable et comptabilisable. La bête se dématérialise. L’éleveur aussi. D’ailleurs, au surplus, tout ça montre qu’il est d’abord un SUSPECT a priori, un fraudeur en puissance. Comme le dit un des éleveurs interrogés, l’animal vivant devient un flux de données informatiques. L’éleveur de moutons est exactement dans la même situation que le conducteur de SERGUEI. Et tout se passe en « temps réel ». La photo aérienne est mise à contribution pour établir les surfaces, le nombre des piquets qui délimitent ces surfaces, le nombre des bêtes qui y paissent, enfin tout. La réputation officielle du mouton (tu sais, lecteur : Panurge, moutonnier, grégaire, politiquement correct, bien-pensant...) n'avait vraiment pas besoin de ça.

Voilà le monde qui se présente : au nom des morts sur les routes, au nom de la traçabilité, au nom de la transparence, au nom de l’hygiène des poumons, au nom de la santé (le foie, le cœur, le côlon transverse et le grand côlon, la prostate, et que sais-je ?), au nom de la sécurité des innocents dans les aéroports et des citadins dans les rues des villes, bref : au nom du BIEN qu’on nous veut, on rétrécit l’espace vital et respirable de chacun. Mais, objecteras-tu, lecteur bénévole, si on n’a rien à se reprocher, quel mal y a-t-il à ça ? Je répondrai, lecteur insouciant, qu’avec un raisonnement comme celui-là, on va très loin.
Réfléchis. Un tel argument amène tôt ou tard, forcément, celui qui guette derrière son écran de contrôle à zoomer sur des détails de plus en plus fins, précis de ce qui constitue ton existence. Il viendra épier les plus menues circonstances de ton quotidien pour vérifier si rien ne cloche, si TOUT ce que tu fais est bien CONFORME aux règles édictées « démocratiquement » par la collectivité pour LE BIEN DE TOUS. Le filet moral se referme sur toi. La police est entrée dans ta propre personne. Le gendarme n’a plus besoin de se déplacer, ni même de se montrer : tout citoyen vit en permanence avec l’œil de ce moderne BIG BROTHER dans la tête. Pendant ce temps, tout dérapage par rapport à la GRANDE CONFORMITÉ est désigné, dénoncé, attaqué avec le plus d’unanimité possible, dans le bue de conforter le conforme.

FRANZ KAFKA écrit quelque part (Lettre sur l’éducation des enfants ?) que l’ultime liberté de l’individu est la liberté de disparaître. Ce qui ne renvoie pas forcément au suicide : disparaître, ça concerne quelques milliers de personnes par an, en France. Une autre liberté essentielle consiste à MAL AGIR, c’est-à-dire à choisir délibérément de s’écarter de la norme, pas forcément de façon terrible et voyante, et d’aller à l’encontre de ce que la règle ordonne (traverser en dehors des clous, ne pas céder sa place assise à une vieille dame, taguer un mur tout neuf et tout vierge, tirer les oreilles de la petite sœur, etc.) : de ne pas faire bien. Juste une petite infraction comme ça, gentille et en passant, pour mesurer ce qui reste d'espace libre et respirable. Juste une petite entorse au règlement, pour se faire plaisir. Juste une petite transgression de l'ordre établi pour réchauffer le désir d'exister. Ne me dis pas, lecteur, que tu te l'interdis 24/24 et 7/7. Mais si un espion de la loi est installé en toi au poste de commande, que vas-tu FAIRE de ces libertés ? Et ces libertés, si tu n’en fais pas usage, A QUOI ÇA TE SERT D’ÊTRE LIBRE ? Le jour où chacun de nous sera "équipé" d'une puce R. F. I. D., la société BIG BROTHER aura fait définitivement main basse sur les morceaux d'humain vraiment vivants qui restaient de nous.
07:55 Publié dans J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le monde, ruth stegassi, faut pas pucer, sécurité, liberté, littérature
12.05.2011
EUGENISME : HITLER A GAGNE
HITLER : tout le monde a sa photo dans l’esprit, tout le monde a son nom à la bouche. C’en est au point que les « Guignols de l’info » avaient un temps, si je me souviens bien, baptisé la marionnette figurant LE PEN : « Adolf », avant d’être sommés d’abandonner cette idée, tant par l’intéressé lui-même que du fait de l’exagération manifeste : n’est pas HITLER qui veut.

Bref, ce sinistre personnage (là, tout le monde est d’accord) occupe aujourd’hui la place d’EPOUVANTAIL NUMBER ONE. Cette place, bien d’autres ont espéré s'en emparer, et ont fait quelques réels efforts pour y parvenir. Ils ont nom POL POT ou, jusqu’à hier, OUSSAMA BEN LADEN. Mais c’est comme avec les guerres, dans la chanson de GEORGES BRASSENS : « Chacune a quelque chose pour plaire, chacune a son petit mérite, mais mon colon celle que je préfère, c’est la guerre de quatorze-dix-huit ». Bon je ne vais pas me mettre à fredonner : « Moi le tyran que je préfère, c’est la gueule d’ADOLF HITLER » (notez que ça rime).

Mais je remarque au passage que c’est la gueule qui se présente en général la première quand n'importe qui veut faire comprendre ce qu'est pour lui le MAL ABSOLU. C’est une sorte de fascination bizarre, dont l’effet est de rejeter le nommé HITLER dans une anti-humanité, somme toute commode : tout le monde est d’accord pour dire que c’est un monstre. Conclusion obligatoire : donc il n’est pas humain. C’est logique : s’il est un monstre, il n’a rien à voir avec nous, les humains ordinaires, et pour tout dire NORMAUX. Ça rassure, c’est d’ailleurs fait pour ça. Cela arrange tout le monde, de se dire qu’il n’est pas du tout comme nous, pas du tout du tout du tout, je vous jure. La gueule d’HITLER a ceci de commode qu’elle incarne le mal HORS de chacun de nous. Et puis c’est de l’histoire ancienne, et puis il est mort, et puis « plus jamais ça » (le refrain).
Le problème, c’est que les monstres se sont mis à proliférer, et de façon tellement sournoise qu’ils se sont fondus dans la population, au point de ressembler à tout le monde : ça pourrait être n’importe qui, ça fout l’angoisse. Finalement, c’était bien commode, une gueule d’HITLER : tous les projectiles lancés par la bonne conscience pouvaient se concentrer sur elle avec une touchante unanimité. Mais il y a eu DUTROUX, il y a eu FOURNIRET, il y a eu PRIKLOPIL (celui-là s’est fait voler la vedette par sa victime NATASCHA KAMPUSCH : c'en serait presque injuste !). Il y a eu OUTREAU, avec sa rafale de monstres (lisez le portrait de CHERIF DELAY, fils de MYRIAM BADAOUI, dans Libération du samedi 7 mai 2011). En fait de monstres, on a aujourd’hui l’embarras du choix : un comble !


Et le doute gagne : et s’il y avait du monstre en chacun ? Et si le « Bien » et le « Mal » coexistaient par nature à l’intérieur de tout individu ? Ça la fout mal. Mme Opinion Publique (c’est qui ?), à cette idée révoltante, s’emporte, bronche, proteste. Il n’y a qu’à voir le « débat » qui a accompagné le succès des Bienveillantes de JONATHAN LITTELL : comment peut-on se mettre dans la peau d’un nazi ? Dans quel cerveau malade une telle idée a-t-elle pu germer ? Et le « débat » suscité par le film La Chute. Le monstre, jusqu’à récemment au moins, c’était une sorte d’ « Alien » radicalement autre. Relisez la description de QUASIMODO dans Notre-Dame de Paris. Feuilletez à l’occasion le passionnant ouvrage de MARTIN MONESTIER, Les monstres (Editions du Pont Neuf, refondu sous le même titre aux éditions du Cherche Midi) : splendide collection de toutes les sortes d’aberrations qui touchaient les fœtus humains (et animaux, éventuellement), avant que la science ne triomphât. Voyez ou revoyez le film – ô combien célèbre et peu regardé – de Tod Browning : Freaks, où Madame Tetrallini déclare au propriétaire du terrain où jouent plusieurs monstres microcéphales, ce qui scandalise le contremaître : « Mes enfants ne font pas de mal. – Vos « enfants » ? murmure le propriétaire, avant d’autoriser cette présence pour le moins inhabituelle. Ci-dessous, Mme Tetrallini.

Relisez ce passage de Cent ans de solitude de GABRIEL GARCIA MARQUEZ, dans lequel un bébé né avec une vraie queue (= prolongement osseux de la colonne vertébrale) se la voit tranchée au hachoir sur une table de cuisine. On savait alors ce que voulait dire le mot ANORMAL, et la réaction première, face à cela était : « On n’en veut pas. », ou alors dans des cirques, comme phénomènes propres à attirer les foules qui payaient autant pour se faire peur que pour se rassurer. Trop différents, ils sont humains, mais en partie seulement, à moitié, au quart, que sais-je ? Ci-dessous PASQUAL PINON et PRINCE RANDIAN (il faut voir ce dernier, dans Freaks, allumer sa cigarette seulement avec la bouche : essayez voir, pour comprendre l'exploit).

C’est là que je reviens à HITLER. On sait que l’une de ses obsessions, c’était de restaurer la pureté de la race, en particulier en éliminant purement et simplement les ANORMAUX, qui constituaient autant d’impuretés porteuses de dégénérescence. Intolérable, je vous dis ! Cette manie mortifère porte un nom : EUGENISME. Il s’inspirait sans doute des pratiques en vigueur à Sparte, dans l’antiquité grecque, où l’on éliminait sans sourciller, après examen (néonatal, notez bien), les individus jugés non conformes. C’est aussi là que je reviens sur la touchante unanimité qui fait condamner avec horreur la folie de HITLER : qui aurait l’insanité aujourd’hui de soutenir qu’il faisait bien ? Qui oserait risquer de se faire étriper par la foule en soutenant qu’il avait raison ? Qui voudrait passer aujourd’hui pour un ODIEUX NAZI ? C'est vrai qu'ils sont quelques-uns à oser. Mais dans l'ensemble, le Bien a triomphé de HITLER, c’est donc une affaire entendue : L’EUGENISME C’EST LE MAL, L’EUGENISME EST UN CRIME.

Or, si l’on se contente du seul registre de l’eugénisme, HITLER A GAGNÉ. Pour l’instant, laissons de côté les autres aspects, pour nous intéresser à cette seule exigence : CONTROLER LA NORMALITE de ceux qui naissent. Notre si douce époque est devenue capable, grâce à ses prouesses techniques, à ses exploits scientifiques, de prédire (pas toujours) dans quel état naîtra l’être humain encore à l’état fœtal. On avait l’amniocentèse, on a maintenant l’échographie pour observer EN DIRECT ce qui se passe dans le ventre de la future mère. En Inde, ils ont vite compris tout le bénéfice qu’ils pouvaient en tirer, eux qui trouvent que les filles coûtent beaucoup trop cher aux familles, et qui avaient fait de l’échographie un moyen d’ELIMINATION DES FILLES, avant que le gouvernement y mette le holà (avec quel succès ?).

Chez nous, autrefois, on conservait dans les sous-sols des hôpitaux les rangées de bocaux remplis de formol et d’anormaux, ces humains qui osaient naître monstrueux. Mais aujourd’hui, dans notre époque qui a sans arrêt plein la bouche de TOLERANCE, de DROIT A LA DIFFERENCE, de METISSAGE, et de bien d'autres GRANDS PRINCIPES, dites-moi, COMBIEN DE MONSTRES ET D’ANORMAUX SONT AUTORISES par les autorités scientifiques et médicales à seulement APPARAITRE à la surface de la Terre, et à y DEMEURER (ne parlons pas des éventuelles conditions qui leur seraient faites : même les cirques sont devenus bien-pensants) ? Et l'exception de ce bébé à deux têtes qui vient de naître en Chine, au Si Chuan, confirme globalement la règle. Ci-dessous, un autre au Bangla Desh.

La règle, au moins dans nos pays (industriels, développés, déliquescents), reste : on a trouvé le moyen légal, admissible selon les « critères moraux » officiels, d’ELIMINER l’humain jugé anormal, avant même qu’il ait aperçu la lumière du jour. Toutes les procédures qui le permettent portent des noms savants, les seuls capables de faire passer l’amertume de cette terrible pilule. Cela s’appelle « diagnostic prénatal », « avortement thérapeutique » ; cela s’appelle même maintenant « médecine prédictive » : on se propose d’analyser l’ADN des futurs parents, pour repérer les éventuels gènes DEFECTUEUX qui risquent de déclencher on ne sait quelles maladies autour de trente ou quarante ans. LE CONTROLE DE NORMALITE accroît sans cesse ses pouvoirs. Et c’est un processus en marche, qu’on se le dise.

On me rétorquera que donner la vie à un individu anormal transforme en enfer l’existence de ses malheureux parents. Je suis totalement d’accord (et très bien placé pour le savoir, par-dessus le marché). Mais il faut savoir : si j’approuve ce qui est aujourd'hui le CONTROLE DE NORMALITE, logiquement, je dois cesser de renvoyer l’épouvantail HITLER hors de l’espèce humaine, de le considérer comme un MONSTRE INHUMAIN. Je suis obligé de le réintégrer parmi les hommes. En somme, il faut admettre ADOLF HITLER au sein de l’espèce humaine. Son très grand tort fut de s’en prendre à des humains déjà dotés d’un NOM, d’une HISTOIRE PERSONNELLE, et d’un ETAT CIVIL. Mais sur le fond, en quoi sommes-nous différents des NAZIS ? Nous nous glorifions d’avoir progressé : les abattoirs qui alimentent nos boucheries sont tous carrelés de blanc, et c’est à peine si l’animal y meurt. On y pratique la « mort douce » (ça veut dire EUTHANASIE, même si JACQUES POHIER, un jésuite, a écrit La Mort opportune). Et à l’ombre des murs de nos très modernes et progressistes hôpitaux, il se passe …
En matière d’EUGENISME, ce qui différencie le régime nazi de nos façons de faire modernes et démocratiques, ce n’est même pas la METHODE (élimination pure et simple) : c’est que, chez nous, aujourd’hui, ceux que nous éliminons, simplement, nous ne les avons PAS ENCORE VUS. Ils n’ont encore accédé ni à l’existence ni, surtout, à l’état-civil. Somme toute, on ne fait qu'éliminer du RIEN. Même si les MOTIVATIONS semblent (je dis bien « semblent ») moralement ou socialement acceptables, la FINALITE et le RESULTAT sont identiques : empêcher des humains jugés défectueux d’accéder à l’existence. Ce cousinage a de quoi gêner et laisser perplexe, et de quoi nous interroger : si notre monde est vraiment meilleur qu’avant, n’a-t-il pas, aussi, quelque chose du Meilleur des mondes ?

N’y a-t-il pas quelques raisons d’affirmer, comme je le fais dans mon titre, que, au moins en ce qui concerne l’EUGENISME, HITLER A GAGNÉ ?
08:56 Publié dans J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hitler, eugénisme, histoire, littérature, pol pot, dutroux, fourniret
28.04.2011
LTI, LQR, NOVLANGUE : ET QUOI ENCORE ?
Bérurier, vous savez, c’est, pour le commissaire San Antonio, comme un alter-ego. N’empêche que Frédéric Dard a élaboré un sacré personnage : gras du bide, la braguette ouverte, c’est lui qui s’arrache les poils du nez et laisse échapper une larme suite à l’opération. Dans Votez Bérurier, comme il y a une élection municipale dans le village de Bellecombe, où le commissaire enquête, l’inspecteur, incognito, se porte candidat, et son discours de candidature débute sur ces fortes paroles : « Bellecombais, Bellecombaises… ». L’amateur que je suis raffole de ces petites facéties de l’écrivain.
L’homme politique élevé dans la langue de bois et le « politiquement correct » inverse et déclare : « Les Françaises et les Français… ». Le maire de Paris : « Les Parisiennes et les Parisiens… », de Marseille : « Les Marseillaises et les Marseillais… ». Qu’y a-t-il là de politiquement correct, me dira-t-on ? Eh bien, tout simplement parce que, en bonne grammaire, le masculin est « générique », alors que le féminin est « marqué ». Cela signifie que ces amuseurs de la foire politique pourraient, s'ils en avaient le courage (car aujourd'hui, il s'agit d'avoir du courage pour se déclarer MINORITAIRE d'office. Ils pourraient, par exemple, se contenter de déclarer, dans le même ordre : "LES FRANÇAIS", "LES PARISIENS", "LES MARSEILLAIS". On dit aussi : le masculin l’emporte sur le féminin, mais voilà, aujourd'hui c’est très mal vu et C'EST ÇA, le politiquement correct : cette formule ("le masculin l'emporte sur le féminin") est une insulte à l’égalité de l’homme et de la femme. Inutile (ou utile au contraire) de dire que l’idée même d’insulte est elle-même une insulte, mais au bon sens, en commençant par la grammaire. J'adhère pleinement à l'idée d'ALEXANDRE VIALATTE, pour qui, c'est tout simple : LA GRAMMAIRE, C'EST LA GRAMMAIRE, et qui n'aurait jamais, comme la plupart de ceux qui "causent dans le poste" aujourd'hui, parlé d'"auteure" (pouah !), d'"écrivaine" (fi donc !), et autres billevesées idéologiques. Même BERTRAND POIROT-DELPECH : il notait dans le journal Le Monde (il y a bien des années, et c'était sans doute, déjà, pour le déplorer) que les mots sont connotés différemment suivant qu'ils sont masculins ou féminins : un coureur, c'est plus noble qu'une coureuse, etc. Moi je dis : "Et Alors ? Quel est le problème ? Je ne vois pas où est le problème." La langue est un être vivant, et comme tout être vivant, elle déteste le flicage de l'expression. Je ne comprends pas que des législateurs fassent entrer dans la LOI des DELITS D'EXPRESSION (en dehors de quelques cas relativement simples). La grammaire, ce n'est personne en particulier, c'est tout le monde, c'est même plus que tout le monde, puisqu'il faut compter tous les morts qui nous ont précédés : la langue s'impose, il faut se plier à ses lois, elle n'a pas à satisfaire telle revendication, tel groupe de pression, telle idéologie. LA LANGUE S'IMPOSE.
VICTOR KLEMPERER a écrit un ouvrage mémorable sur la langue du III° Reich : LTI – NOTES D’UN PHILOLOGUE, paru en 1947 (Editions Albin Michel, 1996), où LTI signifie, en français, Langue du Troisième Reich.

George Orwell, en 1948 (dans le célèbre 1984), imagina la « Novlangue », autrement dit la réécriture de l’histoire et de la réalité, où les mots disent le contraire de ce qu'on croit. Même le comique FERNAND RAYNAUD l'avait senti en son temps : dans un petit sketch, le "patron moderne et progressiste" avait imposé aux ouvriers de son usine de dire, quand ils venaient y travailler, qu'ils venaient pour s'amuser.
Le point commun de toutes ces approches impériales de la langue que nous parlons, c’est, d’une part, la généralisation de l’euphémisme (on ne dit pas « élève borné », mais « apprenant à apprentissage différé », car il ne faut plus humilier personne, dans notre société d’égalité : on a le droit d’être con mais il ne faut pas que ce soit dit), et d’autre part, la liste toujours plus longue des interdits : le vrai et juste combat des minorités américaines pour la reconnaissance de leurs droits aboutit paradoxalement à une POLICE DE LA LANGUE, en attendant la POLICE DE LA PENSEE, si elle n’est pas déjà là.
FRANÇOIS RABELAIS, en son temps, eut des problèmes avec les autorités et la justice, mais jamais pour une histoire de mots :

ce sont les idées qui sont ou non porteuses de force, subversive ou non. LISTE DES INTERDITS : cette formule me fait penser à un texte où ALAIN (Propos sur le bonheur) oppose la famille où règne la joie dans l’absence de contraintes imposées à ses membres à celle la vie en commun se réduit à la stricte observance des phobies de chacun : il ne faut heurter personne. Résultat, « tous se regardent d’un œil morne et disent des pauvretés ». Poussons les choses à l’extrême : imaginez, dans notre petite société française de 66.000.000 d’habitants, que CHACUN ait le droit d’interdire à TOUS ce qui ne lui plaît pas, que devient la vie sociale ? Vous imaginez une liste de 66.000.000 d'INTERDITS ? Vous imaginez toute l'école primaire dédiée à l'apprentissage et à la récitation PAR COEUR de la liste des 66.000.000 d'INTERDITS ? Et que devient la vie ? Qu’avons-nous fait de la liberté ? Sur le papier, nous n’avons jamais été aussi libres. Dans la réalité, nous n’avons jamais autant fait, au même moment que les autres, la même chose que les autres : nous déplacer, nous alimenter, nous distraire, nous reposer, etc. Dans les espaces divers que nous occupons successivement dans la journée, dans la semaine, dans le mois ou dans l’année, c’est soit le désert, le vide angoissant, soit l’engorgement, la saturation, la thrombose (mot savant affectionné des journalistes).
Donc, d’un côté, une liste de PROSCRIPTIONS oppose à nos désirs d’expression libre le mur des conventions morales, voire légales (judiciarisation de la vie en société). De l’autre, une liste de PRESCRIPTIONS lexicales vite adoptées, véhiculées et imposées par les médias et les complaisants, inattentifs ou négligents journalistes. Je suis parti de l’exemple « Françaises, Français ». Mais les exemples de ces formules ne manquent pas. Je pense à « cellule de crise », qui montre que le responsable politique est bien à son poste, l’œil vigilant, la main prête à passer à l’action, « faire son deuil », qui, avant ou après un procès de meurtrier ou de violeur ou de chauffard, laisse entrevoir la nécessité d’une justice juste pour que le citoyen normal puisse recommencer à dormir paisiblement, « cellule psychologique », qui voit des autorités proches des gens, des « vrais gens », et prêtes à les entourer de leurs soins et de leur prévenance suite au traumatisme subi, « devoir de mémoire », qui appelle la prise en compte du passé historique, particulièrement de ses moments tragiques, dernier exemple en date : la lettre de Guy Môquet, « la foule des anonymes ». Après la liste des interdits, donc, la liste des commandements.
S’inspirant de VICTOR KLEMPERER, ERIC HAZAN a écrit en 2006 LQR – LA PROPAGANDE AU QUOTIDIEN (Editions Raisons d’agir). LQR signifie « langue de la cinquième République ». Ce petit livre (122 pages) n’a pas l’ampleur, la portée et l’ambition de LTI – NOTIZBUCH EINES PHILOLOGEN. Victor Klemperer était juif, et son livre est l’aboutissement d’un travail de longue haleine, qui couvre toute la durée de l’hitlérisme au pouvoir (13 ans). Eric Hazan fait néanmoins œuvre utile et réjouissante, en étalant au grand jour la prétention et la cuistrerie des Trissotin qui nous gouvernent, dont le vocabulaire apparemment sensé n’est finalement qu’un nouveau masque du mensonge politique. Il montre en particulier que la foule, en intériorisant le langage des puissants, intègre de ce fait l’attitude de soumission qu’ils attendent. Il cite, p. 21, cette histoire, racontée par Klemperer, du docteur P., juif, qui « faisait siens tous les propos antisémites des nazis, spécialement ceux de Hitler (…). Il ne pouvait probablement plus juger lui-même dans quelle mesure il se raillait du Führer, dans quelle mesure il se raillait de lui-même et dans quelle mesure ce langage d’humiliation volontaire était devenu sa seconde nature ». On peut à bon droit s’inquiéter du degré d’intériorisation de la soumission des esprits auquel nous a conduits le règne actuel de la télévision, règne hégémonique voire totalitaire.
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20.04.2011
DU TERRORISME HUMANITAIRE
J'ouvre mon Dictionnaire de synonymes (et mots de sens voisin), irremplaçable outil de travail pour qui s'intéresse à la langue en général, et se soucie en particulier de la précision et de l'exactitude des mots qu'il se soucie de placer sous sa plume. J'ouvre donc ce très-remarquable ouvrage de HENRI BERTAUD DU CHAZAUD (Editions Gallimard, collection Quarto, 1853 pages). Franchement, dans ce domaine (je parle de la recherche d'équivalents lexicaux), je ne trouve pas mieux, et je n'ai jamais vu mieux.
J'ouvre mon "Bertaud du Chazaud" au mot "HUMANITARISME", par curiosité (mais pas seulement). Et qu'est-ce que je trouve ? D'abord l'indication "vx." : le mot semble sorti d'usage. Et tout de suite la petite flèche qui vous renvoie au terme générique sous l'égide duquel sont rassemblés ceux qui s'y rattachent de façon plus ou moins directe. Je me reporte aussitôt à ce terme qui est supposé englober tous les autres. J'ouvre donc à la page 1792 pour découvrir quels sont les mots englobés par celui d'UTOPIE (car c'est lui !). Je trouve que ce n'est déjà pas mal : on a avancé, et l'on commence à comprendre quelque chose.

Je vous donne, brute de décoffrage, la liste de ces mots englobés sous l'autorité d'UTOPIE : "billevesées, chimère, donquichottochisme ou donquichottisme, éthocratie, humanitarisme, illusion, irénisme, irréalisme, irréalité, millénarisme, mirage, mythe, nativisme, rêvasserie (péj.), rêve, rêverie, robinsonnade, roman, uchronie (litt.), théophilanthropie." Et une autre petite flèche renvoie au mot "idéal". Voilà, à peu près dessinée, la physionomie générale qu'on trouve autour du mot Humanitarisme. Rien de bien encourageant, du moins si l'on regarde du côté du réel et du concret.
Or je suis frappé d'un syndrome très actuel qui atteint le monde dans lequel nous vivons : l'HUMANITARISME SURABONDE, dégouline de tout côté. Ce monde exsude l'HUMANITARISME par tous les pores de sa peau, excrète de l'HUMANITAIRE comme une colique, envahit l'esprit des populations après avoir submergé les plateaux télévisés. Renvoyer au sac de riz porté sur ses propres épaules (mais il s'est d'abord assuré qu'il y avait au moins une caméra de télévision) par le héros BERNARD KOUCHNER en Somalie (c'était en quelle année, déjà ?), - y renvoyer serait se référer à une sorte de préhistoire, tant KOUCHNER et son sac de riz sont entrés dans le subconscient.
MEDECINS SANS FRONTIERES a été fondé en 1971 (le 20 décembre) par 13 médecins qui étaient intervenus au Nigéria (Biafra) avec la Croix Rouge. Voici, selon Wikipedia, les noms de ces treize médecins héroïques : Bérès, Bernier, Borel, Cabrol, Delcourt, Emmanuelli X, Greletty-Bosviel, Illiouz, Kouchner, Pigeon, Radoman, Récamier, Wild. Je suis d'ailleurs surpris de ne pas trouver le nom de RONY BRAUMAN, mais enfin... Je ne ferai pas la liste de tous les Machins-sans-Frontières qui se sont constitués sur ce modèle, je retiendrai seulement, moi qui viens de lire avec plaisir ELOGE DES FRONTIERES de REGIS DEBRAY, l'expression "SANS FRONTIERES", la frontière étant aujourd'hui vécue comme une maladie qu'il s'agit impérativement d'éradiquer.

Mais qu'est-ce qu'ils étaient allés faire dans cette galère ? Eh bien la réponse est simple : ils était allés soigner leur propre maladie, une sorte de prurit, d'eczéma, en tout cas de maladie de peau, qui s'appelait "altruisme", vécue non pas comme ce qu'on appelait, quand elle n'était pas encore mise en scène dans les médias, la "charité chrétienne", mais vécue en réaction à ce qu'il faut bien appeler "sentiment de culpabilité". La motivation de cet altruisme-là ne saurait être considérée autrement que comme essentiellement basse, abjecte et sordide, voire pornographique : il s'agit apparemment de réparer quelque chose qu'on n'a pas soi-même cassé, et cela a quelque chose de proprement incompréhensible.
Quoi qu'il en soit, la démangeaison a gagné toute la planète : partout ça se gratte tant et plus. L'HUMANITAIRE SURABONDE, la générosité pullule, l'altruisme se reproduit comme le lapin : AU SECOURS ! Je ne reviens pas sur la foule des "SANS FRONTIERES". Les "bonnes âmes", chez nous, se bousulent au portillon, prêtes à tout pour s'emparer du sceptre de la victoire dans le CONCOURS DES BONS SENTIMENTS : "C'est moi qui ai gagné", dit Aldebert qui vient de monter 19 fois à l'échelle des pompiers le soir du TELETHON. "T'as tout faux, c'est moi", dit PETRUS BERGUS, le champion du SIDACTION, qui ne peut pas supporter que le TELETHON rafle tout. C'est vrai que ça a quelque chose d'injuste : pourquoi les bonshommes verts de GREENPEACE qui vous rackettent dans la rue auraient plus que les bonshommes jaunes du C.C.F.D. ? Et je ne parle pas des bonshommes en bleu : l'essentiel est d'être bien identifié en tant que MARQUE COMMERCIALE. Après tout, la question se pose légitimement, non ?


Tapez simplement sur Gogol "associations humanitaires" : vous tombez sur "les grandes associations humanitaires et la vie associative". Qu'est-ce qu'on y voit (Charles Trenet, "qu'y a-t-il à l'intérieur d'une noix?") ? On y voit trente-huit associations : 38 !!! Elles se tirent toutes la bourre pour tirer quelque chose de vos larmes et de votre porte-monnaie. En voici la liste EXHAUSTIVE : ACAT FRANCE; ACCUEIL ET PARTAGE; ACTION CONTRE LA FAIM; AFESIP; AIDE ET ACTION; AIDEZ (regroupement de 25 organisations caritatives, à elle toute seule de ses petits bras musclés); AFM TELETHON; ARMEE DU SALUT; ATD QUART MONDE; BANQUES ALIMENTAIRES; CRIPS; FROIX ROUGE FRANCAISE; CSDECOU; DROIT AU LOGEMENT; ENFANTS D'ARLEQUIN; ENFANT BLEU; EQUILIBRE; FOYER DU COEUR; FRM; FRERES DES HOMMES; HANDICAP INTERENATIONAL; HUMAN WEB; MEDECINS AUX PIEDS NUS; MEDECINS DU MONDE; MEDECINS SANS FRONTIERES; MISSIONS HUMANITAIRES; PETITS FRERES DES PAUVRES; PHARMACIENS SANS FRONTIERES; RESTAURANTS DU COEUR; SECOURS POPULAIRE FRANCAIS; SIDACTION; SOLIDARITES; SOLIDARITES ENFANTS SIDA; THE HUNGER SITE; UNICEF; UNION INTERPARLEMENTAIRE; VILLAGES ENFANTS. OUF !!! N'en jetez plus ! J'étouffe !!!
Voilà : on est au coeur même de l'HYPERMARCHE DE L'HUMANITAIRE. Il n'y a pas de raison : il y a des gens pour donner, pourquoi un clan de "bonnes âmes" AUTO-PROCLAME se priverait d'aller pêcher dans ce vivier tout prêt à se laisser vider les poches en gardant le sourire ?
Sur les O.N.G. et autres associations humanitaires, on m'a raconté l'histoire suivante, qui a concerné successivement plusieurs pays, suivant la personne qui me parlait : c'est peut-être en Ethiopie. Soit une O.N.G. dûment accréditée auprès de la "komunôté internazional". Elle débarque dans le patelin. Première tâche : la villa à air conditionné. Deuxième tâche : l'acheminement des 4 x 4 nécessaires et indispensables à la réalisation des tâches vitales pour lesquelles elle est missionnée. Après on verra. Même si cette histoire est exagérée et peut-être caricaturale, il y a de quoi se poser des questions, non ?
Mais je vais vous raconter une autre anecdote, vécue et rapportée par HAÏDAR EL ALI, le 16 avril sur France Culture, dans l'émission TERRE A TERRE de RUTH STEGASSI (on en dira ce qu'on veut, j'ai appris dans bien des émissions bien des choses tout à fait intéressantes). On peut encore l'écouter jusqu'à samedi 23 avril. Il faut savoir que la MANGROVE, c'est cette partie des rivages des pays chauds qui n'est ni terre ni mer, mais les deux à la fois, qui aurait, entre autres, permis aux populations riveraines de résister au TSUNAMI (c'était en 2005 ?) dans le Pacifique. HAÏDAR EL ALI, Africain de Casamance, lutte pour faire revivre la mangrove,
entre bien d'autres choses disparues. Il a expliqué très clairement et très vite la différence qu'il y a entre une O.N.G. qui "entreprend une action" en faveur des "pays défavorisés", d'une part et, d'autre part, l'action qu'il mène, farouchement déterminé, depuis de longues années, pour que les populations elles-mêmes reprennent en main leur sort avec celui de la terre où elles vivent. Comment procède Madame O.N.G. ? Elle arrive en 4 x 4 sur la place du village, rassemble les villageois, demande qui est intéressé par la reconstitution de la mangrove. Chose étonnante : tout le monde lève le doigt. Mais tout s'explique aussi, car Madame O.N.G. a pris auparavant la précaution d'offrir une somme de 1000 francs (C.F.A., je suppose) à toute personne qui s'engagerait. Ainsi, Madame O.N.G. repart complètement satisfaite, car elle est persuadée qu'elle a FAIT LE BIEN, et que la mangrove va revenir. Simplement, elle a fait couler l'argent des institutions internationales ou l'argent des donateurs particuliers (disons : les imbéciles, pour faire court) dans un tonneau des Danaïdes, car vous pensez bien que les 1000 francs C.F.A. ils ne vont sûrement pas ressusciter la mangrove. Les gens sur place seraient bien bêtes de ne pas profiter de la bêtise intrinsèque de Madame O.N.G.
Alors que HAÏDAR EL ALI, avec son camion-cinéma, son camion-débat, qui se déplace avec quelques copains de village en village et laboure inlassablement le terrain en expliquant, argumentant, et puis en persuadant les gens que la mangrove
reviendra s'ils se sentent responsables, il met au travail des cohortes d'individus qui, semaine après semaine, replantent, les pieds dans l'eau, et puis, surtout, surveillent ensuite l'évolution, voient que les palétuviers poussent. Alors je ne peux pas restituer l'intégralité de son propos, mais cela suffit, à mon avis, à discréditer l'action de ces grandes structures qui, se parant de toutes les VERTUS HUMANITAIRES, parachutent leur bonne conscience sur tous les terrains possibles de la planète qui ont "BESOIN" (????) d'eux, après avoir FAIT LES POCHES des naïfs qui se laissent attendrir dans les rues de nos villes riches ou devant l'écran de leur téléviseur.
DONNE ! DONNE ! DONNE ! C'est le son de la cloche comminatoire qui vous ordonne de passer à la caisse. DONNE ! DONNE ! DONNE ! c'est son du GLAS de l'intelligence pétrifiée de culpabilité sous les coups de l'offensive humanitaire qui, tel Attila, rêve que, derrière les sabots de son cheval, rien ne repousse. L'HUMANITAIRE, tel qu'il se présente aujourd'hui, fait la guerre à l'HUMAIN. Ce n'est rien d'autre qu'un RACKET OFFICIEL.
Nota Bene : ceux que ça intéresse peuvent se reporter, dans mon premier blog, KONTREPWAZON, aux notes des 17 janvier 2008 et 29 janvier 2008 (catégorie "j'ai la rage").
15:47 Publié dans J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humanitaire, msf, ruth stegassi, terre à terre, altruisme, solidarité, kouchner, téléthon, sidaction, régis debray
17.04.2011
TOUS ENFANTS TOUS CUITS
Je reviens pas plus tard que maintenant au thème que j'abordais ce matin.
Nous vivons donc dans l'ère de la PEDOPHILIE généralisée : l'enfant gouverne la civilisation, ou plutôt : le thème de l'enfance gouverne la débâcle de la civilisation européenne. Je signale que Alain Finkielkraut avait intitulé la dernière partie (ou le dernier chapitre, je ne sais plus) de LA DEFAITE DE LA PENSEE (qui date quand même de 1987, ça ne nous rajeunit pas) : NOUS SOMMES LE MONDE ? NOUS SOMMES LES ENFANTS. Si l'on considère que ce "philosophe" a perçu quelques-uns des thèmes qui organisent l'actuelle débâcle, c'était assez bien vu. En fait, Finkielkraut s'inspire en permanence de quelqu'un qui se situe à plusieurs coudées au-dessus de lui pour ce qui est de remonter aux racines du mal qui a contaminé le monde des humains : j'ai nommé HANNAH ARENDT.
Elle aborde le thème de l'enfance dans le cinquième chapitre de LA CRISE DE LA CULTURE : "La crise de l'éducation". Elle attribue celle-ci, au moins en partie, à la mise en place progressive du culte du nouveau, qui seul semble à même de déclencher l'enthousiasme et l'adhésion. Elle parle même de pathologie de la nouveauté, c'est dire. Je ne vais pas résumer le chapitre de ce livre important à la lecture duquel je renvoie ma demi-douzaine de lecteurs quotidiens (que je félicite et remercie). Je retiendrai une idée que je crois de base : l'enfant est avant tout un être PROVISOIRE. Cela paraît une évidence, mais vous allez voir où ça nous mène.
Une des idées qui m'est chère, c'est que quelque chose est vrai dans la mesure ou ce quelque chose est durable. C'est pourquoi les grandes civilisations ont roujours eu partie liée à ce qui apparaît comme la durée des durées : L'ETERNITE. Seul l'éternel peut figurer le vrai parfait. Vous avez déjà compris où j'en viens : faire du nouveau, de l'innovation, la base et le principe organisteur de la civilisation, c'est, ni plus ni moins, CONSTRUIRE SUR LE SABLE. Pris dans un présent d'éternel nouveau, dans le flux incessant des objets qu'offre à nos appétits l'imagination des marchands et des publicitaires, nous perdons toute perception du temps, de notre temps, de son écoulement. La jeunesse au pouvoir, ce n'est rien d'autre que la MALADIE D'ALZHEIMER installée à l'Elysée. 
L'un des symptômes de cette immense régression humaine que révèle cette mise en scène perpétuelle de l'enfance se situe dans le langage quotidien des gens, à leur insu. J'ai donc parlé du roller, de la trottinette, mais avez-vous remarqué combien, en toute circonstance, dans les médias, dans la vie, partout, on ne dit plus "MON PERE", "MA MERE", mais "MON PAPA", "MA MAMAN". Même Pétain parlait de la "Fête des Mères", et pas de la "fête des mamans". Bon, ce n'est pas une référence. Mais jusqu'à plus ample informé, "père" et "mère" sont des noms communs, alors que "papa" et "maman" sont des noms propres. Bon, d'accord, le grand Larousse de 1903 ne les considère même pas comme noms propres mais comme des onomatopées. Oui, vous avez bien lu. Mais il me semble normal de réserver l'usage de "papa" et "maman" aux moments où je suis en leur présence, ou en présence de mes frères et soeurs, ou d'autres membres de la famille, et qui savent de qui je parle précisément quand je dis "papa" et "maman" : soit je les appelle ainsi quand je suis en leur présence, soit je les nomme devant des intimes. Or, observez qu'aujourd'hui, il devient excessivement rare d'entendre, à la radio ou à la télévision, de dire "mon père" ou "ma mère", mais, le plus souvent "MON PAPA", "MA MAMAN". Cette irruption en public de mots réservés à l'intimité a quelque chose d'enfantin, ne trouvez-vous pas ?
S'il n'y avait que ce détail de langage, ce serait anodin, futile et complètement accessoire. Mais quand on met bout à bout tous les symptômes, on aboutit à ce qu'on appelle en termes médicaux un SYNDROME. Regardez par exemple l'inflation des JEUX dans tous les domaines : la télévision, l'école, le supermarché, et tant et plus, n'ont de cesse d'inviter le bon peuple à participer à un jeu participatif, sans obligation d'achat. L'enfant lui-même, quand il est à l'école, est invité à ne pas sortir de sa propre enfance pour apprendre ce qu'il devra savoir, et à utiliser des méthodes ludiques pour engranger sans effort (encore un mot devenu prohibé ! C'est ce que l'illustre Franquin, dans son personnage de Gaston lagaffe, avait superbement pressenti : Fantasio emmène Gaston Lagaffe 

chez le médecin, parce qu'il éternue à tort et à travers. L'homme de l'art prend conscience que Gaston, finalement, éternue chaque fois qu'autour de lui est prononcé le mot "EFFORT".) Plus de journaux non plus, même affublés d'une réputation de "sérieux", sans la sacro-sainte page des jeux. Je parlerai peut-être une autre fois de l'infantilisme des foules qui, par exemple, quel que soit le temps qu'il fait, ne sauraient en aucun cas changer quoi que ce soit à leurs habitudes et qui voudraient que les trains ou les avions fonctionnent impeccablement, même en cas de tempête de neige, et qui veulent à tout prix désigner des responsables, voire des coupables, quand ils se sont trouvés face à, mettons, une "crise des transports" (la grève des cheminots est un autre des biscuits favoris de ce qu'on appelle aujourd'hui journaliste). J'invite par ailleurs mon lecteur à jeter un oeil dans les livres où PHILIPPE MURAY s'en prend vivement à l'invasion de l'espace public par l'esprit de fête et autres parc de loisirs (voir ce qu'il dit de Disneyland dans EXORCISMES SPIRITUELS I).
17:00 Publié dans J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : franquin, philippe muray, alain finkielkraut, hannah arendt, journalisme, enfance, enfants, alzheimer, papa, maman, père, mère
TOUS ENFANTS TOUS FINIS
Nous vivons une époque formidable, je ne sais pas si vous avez remarqué : l'enfant a été mis au centre de tout, dans le systeme éducatif ("il faut mettre l'élève au centre", disait Lionel Jospin, et d'autres après lui); dans le système judiciaire (comme l'a prouvé le naufrage dans l'affaire dite "d'Outreau"); dans le système familial (les enfants sont devenus des "partenaires" de leurs parents). Enfin, dans presque tous les aspects de la vie, on assiste à cette catastrophe : l'enfant gouverne. Je devrais plutôt dire : les gouvernants promeuvent comme valeur tout ce qui a trait à l'enfant, c'est-à-dire, en réalité, qu'ils INSTRUMENTALISENT l'enfance pour mieux asseoir leur pouvoir. Remarquez, les gouvernants sont remarquablement aidés par le système marchand qui règne, et son grand vizir tout-puissant : j'ai nommé la PUBLICITE. Vous avez forcément déjà entendu cette expression merveilleuse : "l'enfant prescripteur", vous savez, celui qui hurle à la caisse du supermarché parce que papa-maman ne veut pas acheter les bonbons si généreusement placés à cet endroit précis; celui qui, sous la pression de sa cour de récréation, tanne littéralement ses parents jusqu'à avoir obtenu les "SAPES" qui lui sont dues : le chantage ordinaire : "papa-maman, vous ne voudriez quand même pas que votre délicieux chérubin fasse triste figure aux yeux de ces petits fachos que sont mes camarades de classe".
Tout cela ne serait pas possible si cela n'entrait dans un vaste mouvement d'ensemble, un fleuve d'images et d'objets qui n'ont aucun autre but que de RINGARDISER L'AGE QUI VIENT. Cela se sait depuis déjà longtemps, et je ne reviens pas sur la lutte contre les rides, le vieillissement de la peau, le sein qui s'avachit, le muscle qui se sclérose, l'articulation qui se rouille. Ce qui est plus récent, c'est l'entrée des nouveaux enfants dans le territoire autrefois réservé aux adultes. Je veux dire que voir des enfants, des gens à la mentalité enfantine accéder au statut de parents nous fait toucher du doigt cet EMPIRE DU BIEN qui effrayait PHILIPPE MURAY : n'est-il pas délicieux de voir, sur les trottoirs de nos villes, ces caravanes familiales montées sur trottinettes ? Et, d'une manière plus générale, toutes ces "grandes personnes" (?) qui ont adopté ce "mode doux" comme moyen de locomotion ? Je serai moins sévère que MURAY au sujet du roller, bien que, honnêtement, il fut un temps où le PATIN A ROULETTES était réservé aux gamins, du temps où il y en avait encore, du temps où ils n'étaient pas considérés comme des "partenaires" à part entière des adultes, du tmps où il y avait encore des adultes dignes de ce nom.
Comment ne voit-on pas que le crime (c'en est un vrai) de PEDOPHILIE n'est que l'aboutissement somme toute logique de cette profonde dérive de toute une société, de toute une civilisation vers un amour, une vénération, une piédestallisation, une idolâtrie de L'ENFANT ? Il n'est pas sûr que, dans cette régression généralisée, la profession de tous les "PSYS"-quelque chose n'y soit pour rien. Comment ne voit-on pas qu'il n'est somme toute pas NORMAL que de grands adolescents restés en grappe depuis leur passage à l'université envahissent en grappes, flanqués des grappes de leurs marmots, cet espace autrefois exempté de ce fléau qui s'appelle un CAFE, un BISTROT, marmots qui, immanquablement, vont faire de ce lieu où ils n'ont positivement RIEN A FAIRE, normalement plutôt tranquille une pétaudière de mouvements et de cris, harassant leurs "parents", harcelant les clients du troquet jusqu'à ce qu'ils aient fui ? MURAY, encore lui, parle de "notre ancêtre l'individu". On doit aujourd'hui pouvoir parler de "notre ancêtre l'adulte" : c'est une espèce au moins en voie de disparition, si ce n'est pire.
Je reviendrai sur tout ça.
10:45 Publié dans J'AI LA RAGE QUI SOULAGE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe muray, enfants, enfance, psychologie, littérature, société, critique


