11.06.2011
O. G. M. : FAUT-IL TUER ADOLF MONSANTO ?
J’avoue tout de suite, monsieur le Commissaire : non, je ne suis pas scientifique. Et je ne suis donc ni biologiste, ni microbiologiste, ni généticien, ni biotechnologiste. Et je ne connais rien à toutes ces merveilleuses disciplines engendrées aujourd’hui par notre mère à tous, la SCIENCE, et dont chacune des dizaines actuelles, forcément MODERNES, occupe un compartiment très précis, et surtout très délimité, étroitement surveillé par des myriades de « spécialistes » qui, jour après jour, développent le savoir de plus en plus pointu pour lequel on les paie.
Ma parole, monsieur le Commissaire, ça pullule, les disciplines scientifiques, ça surabonde, ça se reproduit comme la vermine. Et ma parole, je n’y comprends plus rien : c’est pire qu’un arbre généalogique sur six générations. Cela arboresce à n'en plus finir. Parce que maintenant, en plus, les parois des compartiments sont de plus en plus étanches, au point qu’un « spécialiste » de génie biologique n’a strictement rien pour communiquer avec le « spécialiste » de génie génétique. Les cases se rétrécissent terriblement. Ça devient difficilement respirable.
Comment autant d’estimables personnes humaines (au moins en apparence) peuvent-elles accepter de telles conditions de vie ? En être réduit à une portion de plus en plus mince ? – Portion de quoi ? – Mais portion de la SCIENCE, monsieur le Commissaire, c’est comme une tarte aux pommes ronde : PLUS LES PARTS SONT POINTUES, MOINS ELLES SONT LARGES. Plus la SCIENCE avance (j’évite de dire « progresse »), moins il y a de VUE D’ENSEMBLE, et moins chacun a à croûter.
Croyez-vous que tous ces braves garçons qui pédalent le plus vite possible sur les routes de France tous les mois de juillet derrière une liquette jaune aperçoivent quoi que ce soit du paysage ? Il faut que le nez choisisse : être soit dans le guidon, soit dans le paysage. Dame, mettez-vous à leur place, ces dizaines ou centaines de milliers de « spécialistes », c’est humain : le cerveau hiérarchise et sélectionne.
Rappelez-vous cette nouvelle de JORGE LUIS BORGES, où il imagine un homme qui garderait, présents et actifs dans sa mémoire, les milliards d’infimes détails de sa propre vie perçus au cours d’une seule journée. Un tel homme ne saurait continuer à vivre : il éclaterait sous le volume intolérable de sa mémoire. Le « spécialiste », c’est pareil : s’il transgresse la paroi de sa petite case, il risque sa vie. Tout au moins son budget. La case est une cage. Après tout, il faut le comprendre. Il a sa femme, ses enfants, son crédit immobilier, la baguette à ne pas oublier avant de rentrer, tout ça.
Tout ça, monsieur le Commissaire, pour dire que plus personne n’est en mesure de dire ce que c’est, cet ensemble, quelle forme globale il a, quelle direction il a prise. Plus personne n’est capable de dire où ça va, ni d’affirmer qu’on n’arrête pas le progrès, parce que plus personne ne sait si c’est effectivement un « progrès ». Chacune des dizaines de disciplines avance pour elle seule, comme une machine autonome. Tenez, prenez les Organismes Génétiquement Modifiés. Même les scientifiques n’arrivent pas à se mettre d’accord : est-ce que c’est dangereux ou non ?
Si des « spécialistes » sont en pleine controverse, qu’est-ce que vous croyez que le pékin moyen va bien pouvoir y comprendre, et surtout comment pourra-t-il se faire une idée précise, et si possible justifiée, de la question ? Ceux qui promeuvent les O. G. M. savent-ils eux-mêmes ce que ceux-ci réservent comme conséquences à l’échéance de trente ans ? J'ai déjà cité le Radithor, ce "médicament" au radium vendu dans les années 1920 : on ne s'était pas encore rendu compte que le radium, découvert en 1898, "nuit gravement à la santé". Il fut retiré de la vente en 1928, soit exactement trente ans après sa découverte.
Voici ce qu’on peut lire au dos du boîtier du DVD Le Monde selon Monsanto, documentaire instructif de MARIE-MONIQUE ROBIN : « A partir de documents inédits, de témoignages de victimes, de scientifiques et d’hommes politiques, Le Monde selon Monsanto reconstitue la genèse d’un empire industriel qui à grand renfort de mensonges, de collusion avec l’administration américaine, de pressions et de tentatives de corruption est devenu le premier SEMENCIER (c’est moi qui souligne) du monde, permettant l’extension planétaire des cultures O. G. M. sans aucun contrôle sérieux de leurs effets sur la nature et la santé humaine ». Je conseille de visionner la chose.
Il se trouve que j’ai entendu récemment (4 juin) dans l’émission « Terre à terre » de RUTH STÉGASSI sur France Culture (c’est à sept heures du matin, ils ne prennent pas trop de risque, sur la chaîne culturelle) l’entretien qu’elle a eu avec un nommé MARTIN PIGEON qui a longuement parlé, et de façon tout à fait précise, de Bruxelles et de ce qu’on fait dans le bocal que constitue, selon lui, la partie européenne de la ville, où les élites et fonctionnaires européens vivent en vase clos, et de toute façon sont là pour avant tout faire une belle carrière. Il parle en particulier de l’armée des lobbyistes qui dispose d’un budget colossal pour influer sur les décisions de la Commission. Il évoque notamment les pressions qui s’exercent, à propos de la réglementation européenne sur les SEMENCES.
Et il se trouve que, le samedi 28 mai, la même RUTH STÉGASSI interviewait plusieurs personnes, dont JURGEN HOLZAPFFEL, paysan allemand, sur ce même sujet des SEMENCES. Je ne sais pas si Monsanto fait nommément partie des lobbyistes, mais l’information doit être facile à trouver. Mine de rien, ce qui se prépare, c’est un gros scandale, bien sûr au niveau européen, mais aussi au niveau mondial, avec la principale marque d’O. G. M.
Un scandale de plus, vous me direz. Le problème, si on le réduit à ses données principales, est relativement simple à comprendre. Commençons par la réglementation européenne. Vous apprenez par exemple, incidemment, à propos du concombre, qui vient de faire parler de lui, que la commission a inventé un réglement qui fixe la courbure maximale de l'arc qu'il forme (authentique, évidemment !). Il faut avoir au moins bac + 12, pour inventer un tel règlement.
Eh bien ! Dites-vous que le même sort attend les SEMENCES. Le crâne d’œuf de service a décidé qu’il fallait SÉRIER, car il faut pouvoir s’y retrouver, quand on est inspecteur (mais aussi, je le reconnais, quand on distribue des subventions) : de deux choses l'une, vous êtes soit ARCHEOLOGIQUE, soit MODERNE. ARCHEOLOGIQUE : vous êtes « paysan », non, aujourd’hui on dit « agriculteur », ce qui change évidemment tout ; MODERNE, donc ADMINISTRATIF : alors là, ça se complique. Je vous explique les grandes lignes. De deux choses l'une : soit vous êtes SEMENCIER, soit vous êtes AGRICULTEUR. Mais pas les deux à la fois. Qu’on se le dise : les deux sont rigoureusement INCOMPATIBLES. Oui, on sera en infraction avec la « Commission Européenne » en se déclarant les deux. Il va falloir choisir, mes jolis, le statut dans lequel vous voulez être inscrits, je veux dire le FICHIER qui va servir à votre propre FLICAGE.
Tu choisis d'être agriculteur ? Très bien, tu achètes chaque année tes SEMENCES au SEMENCIER, tu sèmes, tu attends que ça pousse, tu récoltes, tu vends. C’est tellement simple. Tu choisis d'être plutôt semencier ? Parfait, MAIS : il va falloir pour cela que tu INSCRIVES chacune de tes semences dans un registre qui les répertoriera méthodiquement. Pour cela, une seule condition : il faut que ta semence soit CONSTANTE et STABLE. Or, ceux qui s’intéressent aux végétaux savent de toute éternité qu’il n’y a rien de plus instable que la qualité des SEMENCES laissées aux bons soins de la NATURE, avec la variabilité des saisons, de l’eau, des terrains, j’en passe et des meilleures.
Ecoutez ou réécoutez JURGEN HOLZAPFFEL (France Culture, Terre à terre, 28 mai) expliquer qu’il ne pourra plus s’arranger avec ses collègues paysans pour les semences, en leur en achetant ou vendant, en leur expliquant (rendez-vous compte : on ose échanger autre chose que des biens contre de l'argent!) sur quel terrain telle semence donne le mieux : c’est trop compliqué pour le « Règlement », on vous dit ! On n’aura plus le droit de se dire en même temps agriculteur et semencier. C’est vrai, depuis le Néolithique on avait toujours confondu, on était dans l’erreur administrative, et on ne le savait même pas.
Tous les paysans, depuis l’origine de la profession, au Néolithique, ont pratiqué ainsi : je sème, j’observe le terrain, les conditions climatiques, etc. J’en discute avec mes collègues. J’adapte ma façon de faire d’une année sur l’autre. Et surtout : je réserve 10 % de ma récolte de cette année pour SEMER l’année prochaine. L’enfance de l’art, quoi ! Finalement, c’est peut-être au contraire ça qui ne va pas pour la police européenne : ce n’est pas assez administrativement compliqué. On ne va pas laisser le moindre interstice d’aléa (de LIBERTÉ, c’est la même chose) en dehors du « règlement communautaire ». L’adjudant européen décide donc qu’il sera désormais INTERDIT à l’ « agriculteur » de produire lui-même ses semences, et plus encore de les échanger avec ses collègues : il est décrété qu’il achètera CHAQUE ANNEE ses semences au semencier.
C’est là qu’on revient à Monsanto : qui croyez-vous qui va obtenir les SEMENCES LES PLUS STABLES, capables d’être inscrites dans le registre ? Et qui croyez-vous qui va obtenir l’agrément de la Commission ? Mais bien entendu : ceux qui les obtiennent, les préparent et les élaborent EN LABORATOIRE. Evidemment : ce sont eux qui l'ont inspiré, le règlement ! Ce sont les mêmes qui vont les vendre, selon le principe bien connu de la tendance à la concentration, de la marche forcée vers le MONOPOLE.
Finie, la vieillerie archéologique de l’artisanat et de la vieillerie paysanne. Fini l’amateurisme. Place aux lumières de l’industrie et de la science. Laissons avec enthousiasme le rouleau compresseur de l’ingénierie des produits agricoles écraser les ruines démodées de l’antédiluvienne agriculture de nos ancêtres. Soyons MODERNES. Observons au passage que, sans que ça fasse plus que de minuscules vaguelettes, la Commission Européenne prépare une radicale mise en coupe réglée, que dis-je : la disparition du mode de vie lui-même de ce qui fut en d’autres temps le PAYSAN, celui que BRASSENS appelait encore le croquant.
Et je reviens maintenant à mon début, consacré à notre mère à tous, la SCIENCE. Si je me permets d’affirmer que les O. G. M. c’est le MAL, c’est précisément PARCE QUE je ne suis pas un « spécialiste » d’une des disciplines scientifiques, un de ceux qui sont engagés dans la ténébreuse controverse sur les conséquences bienvenues ou néfastes des O. G. M. En revanche, je tâche de m’informer, et ce que je vois, c’est que les autorités européennes sont en train d’aplanir le terrain devant le rouleau compresseur des firmes de génie génétique végétal (Monsanto, Bayer, …).
Ce que je comprends c’est que les coulisses des autorités européennes grouillent de vers aux moyens considérables, qui ne cessent d’appeler au téléphone, de rencontrer et de convaincre tous ceux qui peuvent, à leur niveau de responsabilité, orienter les décisions finales. C’est ça, l’Europe « d’en haut » (j’emprunte à Raffarin). C’est aussi à cette Europe-là que les Français et les Hollandais « d’en bas » avaient dit non en 2005. On a vu ce que ça devient, quand ça vient « d’en bas ».
Tu es un citoyen de base ? Alors fuis comme la peste tous les scientifiques qui vont t'assommer d'arguments imparables, assenés dans le jargon des spécialistes, et qui, quelles que soient leurs positions sur la question, vont t'exclure du débat. Il faut REFUSER le débat SCIENTIFIQUE. Il faut IMPOSER le débat d'ECONOMIE POLITIQUE. On te répondra peut-être que tu veux faire obstacle à la liberté d'entreprendre. Monsanto est libre de proposer ses semences O. G. M. Les gens sont libres de ne pas les acheter.
Ah tiens ! Les gens les achètent ? Alors dis-toi qu'il se passe quelque chose de louche dans la façon dont les cultures O. G. M. se répandent dans le monde (le Brésil). Tout se passe comme si Monsanto avait une pratique voisine de la Scientologie : infiltrer les lieux de pouvoir, dépenser de l'argent pour influer sur les décisions (on a vu une telle logique mise en oeuvre par Monsieur SERVIER dans l'affaire du Médiator), emporter le morceau. Que penses-tu de mon raisonnement, citoyen de base ?
Ce que je vois, c’est que les autorités européennes, avec leur FOLIE réglementaire, sont en train d’ouvrir toutes grandes les portes à l’appropriation de la nature par quelques firmes privées, à la confiscation universelle du VIVANT par l’intermédiaire de sa « brevetabilité ». Ce que je vois venir, et qui est déjà plus ou moins là, c’est la grande transformation de TOUT (à commencer par la nature et les bonshommes qui courent dessus) en gigantesque MACHINE A FAIRE DU CASH. A qui cela profite-t-il ? C’est pour ça qu’à propos des O. G. M. je refuse d’entrer dans quelque considération scientifique (d’où ma longue introduction ici même) que ce soit sur leur dangerosité réelle ou supposée.
Mon refus n'est sûrement pas fondé sur des arguments scientifiques, qui font eux-mêmes l'objet d'un débat de spécialistes dont je suis exclu forcément, mais sur la logique que je vois mise en œuvre dans ce dossier, qui a peut-être des aspects scientifiques (voire humanitaires : « les O. G. M. permettront, disent-ils, de nourrir 9 milliards d’humains »), mais qui est essentiellement une LOGIQUE MARCHANDE, une logique monopolistique, une logique, pour ainsi dire, esclavagiste, et disons le mot, une logique qui a quelque chose de totalitaire.
Le rêve de Monsanto, c'est de créer la dépendance la plus grande possible, et si possible la dépendance absolue : c’est l’asservissement universel de la paysannerie de la planète, et le rêve sera devenu réalité quand le moindre paysan, pour cultiver sa parcelle, aura été réglementairement obligé par ses autorités nationales, au motif de la parfaite "légalité" des décisions prises, en vertu de la règlementation internationale, des accords commerciaux, et de la légitimité acquise par les brevets dûment déposés, de passer au guichet chaque année, et pour l'éternité, pour se procurer les SEMENCES nécessaires, contre monnaie dûment sonnante et trébuchante. J'ai dit "pour l'éternité", mais j'ai oublié de préciser cette chose importante que les semences O. G. M., si elles produisent des plantes comme c'est prévu, en revanche, elles ne se reproduisent pas : l'année suivante les graines obtenues sont STERILES, et donc impropres à être semées.
Vous comprenez maintenant pourquoi, dans mon titre, j’ai accolé un prénom précis (et fortement connoté) au nom de la firme citée.
09:35 Publié dans HITLER a gagné, UNE EPOQUE FORMIDABLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sciences, biotechnologies, ogm, monsanto, manipulations génétiques, merie-monique robin, le monde selon monsanto, semences, ruth stégassi, commission européenne, règlementation européenne, europe
01.06.2011
TELEVISION : HITLER EN A RÊVE 2
Pour résumer l’épisode précédent : EDWARD BERNAYS, neveu de FREUD, utilise à merveille les trouvailles de son oncle pour mettre au point un vaste système de communication capable de manipuler l’opinion des masses américaines (sur la guerre, sur la cigarette, etc.). Son livre Propaganda (1928) servira de Bible à JOSEPH GOEBBELS, ministre de la Propagande de ADOLF HITLER. Parmi les outils ainsi mis au point, on trouve bien sûr la publicité marchande.
EDWARD BERNAYS est mort en 1995. Il a eu le temps de voir la montée en puissance d’un outil fabuleux, dont on ne se demande pas trop l’usage qu’il en aurait fait s’il l’avait eu à sa disposition : la télévision. L’empire de la télévision sur les populations du monde, je ne vais pas m’amuser à en prouver quoi que ce soit : c’est une chose admise, acquise. C’en est au point que les gens achètent au kilomètre les DVD de « séries télévisées », qui sont le produit visuel qui sort des usines où des armées de scénaristes concoctent jour après jour des situations et des rebondissements capables de verrouiller devant leur poste le plus de millions possible de téléspectateurs haletants. Au pays de l’image, la TV représente le nec plus ultra, la QUINTESSENCE.
C’est, mon sujet, aujourd’hui. Attention, je ne me demanderai pas si les programmes sont 1) Très bons 2) Assez bons 3) Assez médiocres 4) Très mauvais (rayez la mention inutile). Je ne dénicherai pas, dans quelque niche nocturne perdue au fond des bois, les quelques émissions qui « sauvent ». Je n’évoquerai pas davantage les « présentateurs-vedettes » : il ne faut pas que j’aie une envie urgente de pisser quand j’entends une expression aussi magistrale et comique de la SOTTISE ambiante. Je me contenterai de dire quelques mots de l’objet, quelques mots d’une fonction qu’il remplit. Comme PHILIPPE MURAY, je pense qu’il ne saurait exister une BONNE TELEVISION. « Une bonne télé est une télé morte », aurait pu dire le Général Custer. J’inclus dans le mot « télévision » (abusivement, mais pas tant que ça) tout ce qui, aujourd’hui, comporte un ECRAN : ordinateur, console, téléphone portable, i-phone et autres. Après tout, « télévision » peut se traduire « vision à distance ».
Les éditions du Seuil ont publié un livre d’un certain Jean-Guy Moreau : Le Règne de la télévision. Le titre est d’autant plus explicite que le livre date de 1967, soit plus de quarante ans ! Il est vrai que l’auteur explique sur la couverture que « la télévision a dix ans », soit 1957. On va donc admettre que nous vivons depuis un demi-siècle dans le monde de la télévision. Et ce monde est radicalement autre que celui d’avant, celui que nous pouvons d’autant plus mal appréhender qu’entre-temps, c’est tout le rapport à la réalité qui a été modifié, bouleversé de fond en comble. Je ne veux pas parler de la mondialisation et tout ça. Non, je parle du fait qu’il y a maintenant un ÉCRAN entre nous et la réalité. On appelle ça un « médium », au pluriel neutre (c’est du latin), ça donne « media », mais on écrit « médias ». Et cet ECRAN ne quitte jamais complètement notre esprit, même quand nous y marchons, dans la réalité. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que tout le monde ou presque se balade avec son écran dans la main.
La même année que le précédent (1967), paraissait le livre de GUY DEBORD : La Société du spectacle, aujourd’hui plus célèbre que lu. Notez la coïncidence entre les deux livres : la même année, donc, la description d’un phénomène (l’irruption de l’ECRAN dans la vie des hommes) et la critique radicale d’un phénomène devenu un mode nouveau de rapport avec le monde (DEBORD ne réduit pas son propos à la télévision, évidemment). Je me rappelle avoir vu, sur Youtube ou Dailymotion, un extrait d’émission télévisée (« Apostrophe » ?) où ils étaient plusieurs à commenter le bouquin (on le trouve en gogolant "guy debord"). Aucun ne l’avait compris, mais on voit le minuscule Franz-Olivier Giesbert, particulièrement bouché, presque lyrique, s’emporter contre le livre d’un « fumiste ». Pour eux, le « spectacle » (le concept) se réduisait au spectacle auquel on assiste, une pièce de théâtre, un film, un défilé. Pour eux, le spectacle se réduisait au « divertissement ». Alors que DEBORD, avec le « spectacle », parle de l’ensemble de notre rapport avec la réalité du monde, et de son bouleversement complet. Ça a un peu plus de gueule. Par rapport au pistolet en plastique de GIESBERT, c’est un canon à longue portée. C’est vrai que PHILIPPE MURAY a critiqué DEBORD, mais là, on est entre grands messieurs. Il lui reproche, en gros, d’avoir gardé le vieux concept marxiste d’ « aliénation », parce que, en fait, selon Muray, cela va bien au-delà d’une quelconque aliénation. Je laisse de côté la question.
Ce qui est sûr, c’est que le poste de télévision a déclenché son « effet ventouse » dans les années cinquante, et qu’aujourd’hui, ce sont six milliards d’humains qui sont « ventousés », autrement dit « vampirisés ». La magie de la chose consiste d’abord et avant tout à faire disparaître dans l’image la façon dont elle est produite. Le grand maître CHAÏM PERELMAN (Traité de l’argumentation) parlerait ici d’ « effet de présence » : on se croirait dans la réalité vraie. L’illusion est optimale. Le fait qu’en amont de l’image vue, il y ait une énorme usine qui fume, avec des centaines de petites mains qui, chacune à son poste, exécutent une tâche obscure et modeste, tout cela qui est la vraie réalité de la production de l’image, tout ça, magie-magie, DISPARAÎT. Autrement dit, ce qui bouge sur l’écran, chacun Y CROIT, chacun Y ADHERE. Tout ce qui est TRAVAIL, toute l’INDUSTRIE sont effacés, purement et simplement. C’est pour ça qu’il fut un temps, mettre sur un produit de supermarché « VU A LA TÉLÉ » augmentait les chances de le vendre. L’autre magie, c’est l’UBIQUITÉ. T’es assis dans ton canapé, le verre dans la main gauche, le paquet de chips dans la droite, et en même temps, t’es à l’autre bout du monde, avec des pêcheurs japonais, des aborigènes d’Australie, des habitants des favelas. Je n'insiste pas sur l'effet d'ubiquité induit par le téléphone portable, la web cam, etc.
Voilà ce que ça fait aux gens, la télé. Parce que la télé, elle est ACTIVE : pendant que tu la regardes, c’est elle qui agit sur toi. Voilà ce que ça veut dire, transporter son ECRAN avec soi, dans sa tête : la réalité a pris ses distances. C’est devenu une télé-réalité : ça veut dire, étymologiquement, que la réalité du monde a été mise A DISTANCE, le plus souvent même, elle est tellement éloignée que c’est comme si elle était ABSENTE. Et sans qu’on s’en rende compte. C’est comme si elle était fausse ou qu’elle n’existait pas. Et pendant ce temps, ce qui se passe sur l’écran, tu y ADHERES, et si tu fais corps, c’est avec quelque chose qui, en fait pour toi, est dépourvu de toute réalité. C’est là qu’ADOLF HITLER refait son apparition : pour ce qui est de refaire une REALITE à sa botte, de fond en comble, et d'y faire ADHERER des masses de gens, il se pose là, en effet.
Ce qui se passe avec la télévision (et avec tous ses succédanés), c’est tout ce que recherchait HITLER. Il avait certes la radio, et il s’en est rudement servi, le bougre ! Tu imagines un peu qu’il ait eu à sa disposition cet outil incomparable de domestication des masses ? Les émissions qui « cartonnent » qui arrivent à agglutiner les adeptes (y a-t-il un autre mot ?) par millions ? Quel gourou, quel « big brother », quel « conducator » (Ceaucescu), quel « chef bien-aimé » n’en a pas rêvé ? HITLER étant l’archétype du « chef bien-aimé », du « Führer » adoré, comment ne pas imaginer qu’il se serait servi de cet outil abondamment. C’est là que la clairvoyance de GEORGE ORWELL, avec le « télécran », me laisse pantois. Car finalement, l’effet obtenu AUJOURD’HUI sur les masses de gens qui regardent la télévision est-il bien différent de celui que recherchait HITLER dans ses discours fanatisés que retransmettait la radio, moyen primitif ? Je veux dire, l’effet recherché par HITLER à son époque n’est-il pas OBTENU ? Et un effet obtenu DEMOCRATIQUEMENT ? En fin de compte, la télévision, HITLER en aurait rêvé. Est-ce que ce n’est pas lui qui a gagné ?
06:57 Publié dans HITLER a gagné | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : adolf hitler, edward bernays, sigmun freud, joseph goebbels, télévision, littérature, société, philippe muray, guy debord
29.05.2011
TELEVISION : HITLER EN A RÊVE
EPISODE 1
Si l’on m’objecte que l’exemple est terriblement rebattu, je répondrai qu’il est excellent, et que c’est sans doute parce qu’il est excellent qu’il est, précisément, rebattu. Il s’agit du fameux « télécran » inventé en 1948 par GEORGE ORWELL pour le monde fabuleux sur lequel règne BIG BROTHER (lui aussi, tout le monde le connaît) : évidemment 1984. C’est l’écran quasi-magique qui fonctionne dans les deux sens : il retransmet les discours du chef bien-aimé, et il espionne les faits et gestes de la personne qui habite les lieux. Pour un roman d’anticipation, on peut dire que c’est réussi : exception faite de la séparation des deux fonctions (propagande et espionnage), d’une part dans la télévision, d’autre part dans la caméra de surveillance, tout le reste ou pas loin s’est réalisé, y compris la « novlangue » et la Police de la Pensée. Espionnage (donc sécurité) et propagande.
La seule vraie faiblesse du livre d’ORWELL, c’est qu’il réserve le monde de 1984, exclusivement, aux régimes TOTALITAIRES, alors que les espaces où il s’est aujourd’hui épanoui et accompli s’intitulent pompeusement DEMOCRATIES, comme j’essaie de le montrer. C’est dans les démocraties que s’est développée une industrie du divertissement qui passe pour une bonne part par la télévision. Et les démocraties ne sont pas épargnées par l’obsession de la sécurité : elles ont vu se multiplier les « mesures de sécurité », les « normes de sécurité ». C’est flagrant depuis le 11 septembre 2001, mais cela date de bien avant. L’industrie de la sécurité est une affaire qui marche (pas de grands magasins sans vigiles).
Moyennant quoi, l’individu n’a jamais été aussi LIBRE de faire ce qu’il veut (ça c’est pour « démocratie »), mais je fais remarquer que, comme il veut les mêmes choses que tout le monde, il fait comme tout le monde : les gens se conduisent à peu près comme on attend qu’ils le fassent (mais attention, il ne faudrait surtout pas réduire ignoblement la LIBERTÉ à la simple LIBERTÉ DE CHOIX : même s’il y a d’innombrables marques, sortes et goûts de yaourts, ça reste des yaourts). La seule et vraie différence, c’est que ce résultat est obtenu sans violence physique, car ils adhèrent spontanément à ce monde, disant que, de toute façon, « ils n’ont rien à se reprocher », et que quand on est irréprochable, il n’y a pas de raison d’être choqué par les caméras de surveillance (le terrifiant « Souriez, vous êtes filmé. »). Pour ce qui est du divertissement ou des mœurs, à la question : « Pourquoi faites-vous ça ? », ils ont cette terrifiante réponse : « C’est mon choix ! ». Je ne suis pas le. C'est un système qui fonctionne d’une façon implacablement logique : sans la télévision et le divertissement, pas d’adhésion ; sans adhésion, pas de caméras de surveillance. Tout se tient.
Enfin, quand je dis « spontanément », je fais semblant. C’est là que la télévision, entre autres, dévoile une de ses fonctions principales. On sait qu’ADOLF HITLER, en accédant au pouvoir en 1933, a créé aussitôt un Ministère de la Propagande, confié d’emblée à JOSEPH GOEBBELS. On sait que par là, il voulait développer la force de l’action de frapper les esprits, d’y pénétrer pour y introduire des idées, des images, des « valeurs » qui n’y étaient pas précédemment. Il voulait donner à cette action toute la dimension et toute la démesure dont il rêvait. Il fallait aussi que les esprits en question gardent l’impression que les idées qu’ils exprimaient ne germaient pas ailleurs qu’en eux-mêmes, et ne s’aperçoivent pas de l’intrusion. Exactement comme dans le film Maine-Océan, la scène nocturne où, pendant que le propriétaire de la maison dort profondément, quelques copains, qui ont un compte à régler, s’introduisent dans sa cuisine et vident consciencieusement son frigo et ses bouteilles en étouffant leur fou-rire.
J’ai déjà parlé d’EDWARD BERNAYS (le 16 mai), neveu de FREUD, inventeur des « public relations », qui a su mettre à profit les concepts élaborés par son oncle, pour en tirer des préceptes « utiles ». Propaganda est paru en 1928 (éditions Zone, 12 euros). Comme le titre, le sous-titre est un aveu : « Comment manipuler l’opinion en démocratie ». Je ne résiste pas au plaisir de citer les deux premières phrases du bouquin : « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays » (c’est moi qui souligne). A déguster lentement, non ? Et ce n’est pas un nazi qui parle, mais un Américain, un conseiller des présidents. Je cite la 4ème de couverture : « Un document édifiant où l’on apprend que la propagande politique au 20ème siècle n’est pas née dans les régimes totalitaires, mais au cœur même de la démocratie libérale américaine ». Ce n’est pas moi qui le dis : vous m’auriez taxé de parti pris.
GOEBBELS n’a eu qu’à piller, et il ne s’en est pas privé, les théories de BERNAYS pour développer les activités de son ministère de la Propagande. Mais ces théories ont aussi inspiré les gouvernants des régimes démocratiques. Car partout, sur la planète, leur grand problème a été au 20ème siècle de répondre à la question : « Comment obtenir des masses qu’elles obéissent ? ». Deux types de régimes servent à ça : les autoritaires et les démocratiques. Terreur, police, délation d’un côté. Liberté, bonheur, consommation de l’autre. Dans l’un, le bâton. Dans l’autre la carotte. Mais ne croyez pas que la question qui se pose, par exemple, dans la Tunisie de BEN ALI ne se pose pas dans nos belles démocraties. Il s’agit toujours d’obtenir la soumission, mais en prenant, cette fois, la mouche avec du miel. Il faut bien que les trouvailles de tonton FREUD servent à quelque chose ! La théorie psychanalytique pour éviter la Terreur, en quelque sorte ! Qu'en aurait pensé Robespierre en 1793 ?
Tout a été dit sur le thème « nazisme et propagande ». Toujours, évidemment, pour condamner sans appel l’entreprise de formatage des masses voulue par HITLER. Mais ils tiennent coûte que coûte à en faire un REPOUSSOIR. Pour ériger nos belles démocraties en CONTRE-MODELE. Le nazisme, ses horreurs, sa propagande fonctionnent en EPOUVANTAIL ABSOLU : les commentateurs, en général, mettent l’accent sur le fossé, l’abîme qui sépare notre système du sien. C’est sûr, il n’y a rien de commun entre les deux. Mais en est-on si sûr que ça ?
Car, en matière de manipulation des foules, les nazi (et sans doute aussi STALINE, il faudrait voir, parce que l’histoire du « petit père des peuples », comme propagande, ce n’est pas mal non plus) ont bel et bien piqué les idées d’un AMERICAIN. Les idées de BERNAYS servent de base large et solide, aux Etats-Unis, à tout ce qu’on appelle la propagande (ou publicité), la « communication », la manipulation des foules. Quand on nous bassine avec l’idée que l’Europe copie les Etats-Unis avec dix ans de retard, il faudrait rétablir le lien, le « missing link » (le chaînon manquant), qui n’est autre que GOEBBELS et le nazisme, qu’on présente le plus souvent comme une exception historique, ce soi-disant fossé qui dresse un mur infranchissable (petit hommage en passant au maire de Champignac, et à FRANQUIN, bien sûr) entre lui et nous : il y a bel et bien continuité. La seule rupture, énorme évidemment, ce sont la Shoah, les chambres à gaz, le système concentrationnaire, la terreur, etc. (l’U.R.S.S. de STALINE n’est pas loin derrière pour ce qui est des « performances », si l’on peut parler ainsi, elle est même peut-être devant) : en gros, toutes les procédures d’élimination pure, simple, brutale. Pour ce qui est de la liberté de l’esprit (je ne parle pas de la liberté d’expression), cela demande un examen approfondi.
Les Etats-Unis étant une DEMOCRATIE, il n’était pas question pour eux de recourir à la TERREUR pour faire marcher toute la population au même pas. Mais ils étaient face à un problème : par quel moyen arriver au même résultat ? Il fallait quand même faire marcher le pays, le faire prospérer, croître et embellir. Comment DIRIGER 122.780.000 de personnes (on est en 1930), sans violence, mais en étant aussi EFFICACE ? La grande habileté de l’Amérique a été d’utilise à outrance la connaissance du psychisme humain (FREUD et ses continuateurs, BERNAYS et LIPPMANN) pour OBTENIR L’ADHESION DES MASSES.
Je renverrai toujours, à ce sujet, à l’essai de JOULE et BEAUVOIS sur la « soumission librement consentie » : Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens (quand les choses sont présentées habilement, l’individu, en régime de liberté, a tendance à se soumettre). Les auteurs, cependant, ne poussent pas au bout leur raisonnement dans ce qu’il a de critique : ils prennent le parti de l’optimisme libéral. Pour obtenir des masses qu’elles adhèrent, et même qu’elles désirent leur propre embrigadement, il suffit de perfectionner d’une part la connaissance de la psychologie des foules, d’autre part quelques techniques de communication bien venues.
A SUIVRE ...
20:30 Publié dans HITLER a gagné | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : george orwell, télévision, littérature, big brother, liberté, hitler, nazisme, goebbels, edward bernays, sigmund freud, propagande, manipulation des foules, obéissance, soumission
26.05.2011
HITLER AUJOURD'HUI ?
DE L’EUGENISME EN DEMOCRATIE « AUGMENTEE »
Tout d’abord, je signale aux lecteurs de ce blog que la présente note prolonge celle du 12 mai, intitulée « Eugénisme : HITLER a gagné ». En fait, ceci est un simple codicille, dont l’actualité me fournit le prétexte. Bon, c’est vrai que ce numéro du Monde date déjà du 25 (hier, au moment où j’écris : ça commence à se faire vieux). C’est au bas de la page 11. C’est intitulé « Alarmiste face au projet de loi de bioéthique, l’Eglise catholique dénonce un recul de civilisation » (en gras, les mots placés entre guillemets dans l’article). C’est signé Stéphanie Le Bars (est-elle la famille d'Hugues Le Bars, qui a habillé de musique des paroles de IONESCO : « Eh bien, Monsieur, Madame, Mademoiselle, je suis bien fatigué, et je voudrais bien me reposer » ? Morceau étonnant.). Le nom sonne breton.
Monseigneur Vingt-Trois (il paraît que la réserve des noms de famille en France est en train de se vider, mais avec un nom pareil, on s’est surpassé, presque autant que les Chevassus-à-l’Antoine ou Chevassus-au-Louis (authentique évidemment)), Monseigneur Vingt-Trois, disais-je, vient donc de réagir à un projet de loi. Déjà, on sent de quel côté penche Le Monde : « Alarmiste », ça pointe déjà quelqu’un qui crierait avant d’avoir été touché. En gros, « alarmiste », c’est juste avant la pathologie. L’article aborde d’entrée la tentative de « lobbying politique » de l’Eglise. Et ça continue avec : « Quitte parfois à forcer le trait ». On voudrait faire sentir que cet individu à nom de nombre a tendance à exagérer, on ne s’y prendrait pas autrement.
Qu’est-ce qu’il dit, l’archevêque de Paris ? D’abord la citation de ses propos mise en gros caractères au milieu de l’article : « On ne peut pas dire : "Les handicapés, on les aime bien, pourvu qu’ils ne viennent pas au monde" ». Voilà pour la référence à ma note du 12 mai (pour ça que je passe sur les détails du projet de loi, qui feraient ici double emploi). Le reste ? « Eugénisme d’Etat », « instrumentalisation de l’être humain ». La loi discutée à partir du 24 mai constitue « un recul de civilisation », et « une certaine conception de l’être humain serait très gravement compromise ». Qu’est-ce que je dis d’autre, le 12 mai ? Le président de la Conférence des évêques de France s’inquiète de « la systématisation juridique du diagnostic prénatal ». Il s’interroge : « Les faibles, les vulnérables auront-ils encore leur place dans notre société ? ». Il dénonce un « paradoxe », dans « cette instrumentalisation de l’être humain au moment où la Commission européenne travaille à la protection des embryons animaux ».
Rapidement : diagnostic prénatal (qui va évidemment de pair avec le remarquable avortement thérapeutique), recherche sur les cellules souches embryonnaires, extension à tous les couples de la P. M. A. (procréation médicalement assistée, dans la langue de bois officielle), proposition défendue pas les associations de défense des familles homoparentales : voilà des aspects de la loi abordés par le prélat. La journaliste écrit ensuite (en son nom propre, donc) : « En creux, le cardinal a salué le travail des députés catholiques et de la Droite républicaine, qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour défendre les idées de l’Eglise sur ces questions ». Ben voilà, il fallait que ce fût dit : Monseigneur Vingt-Trois est un sale vieux RÉAC. Mine de rien, voilà comment s’exerce la sacro-sainte neutralité d’une journaliste du « journal de référence » Le Monde. Mine de rien, il s’agit, à dose homéopathique, d’amener le lecteur à ranger l’Eglise dans le camp des vilains : les « réactionnaires », Le Monde étant bien entendu dans celui du Bien. Personnellement, je parlerais plutôt du camp des « bien-pensants » (au sens de Bernanos). Et "en creux", j'avoue que c'est à savourer longuement.
Je ne suis pas catholique. Je ne suis ni croyant, ni incroyant. Pour parler franc : je m’en fous. Mais, suite à la petite analyse que je proposais le 12 mai, je ne peux que confirmer ma conclusion : HITLER, qui a voulu promouvoir l’eugénisme au rang de politique d’Etat, a bel et bien GAGNÉ. L’Eglise, quoi qu’elle dise, a d’ores et déjà subi une défaite. L’atmosphère est au consentement général (ou à l’indifférence). Et ça se passe sous la pression de groupes minoritaires, qui réclament des « droits », « à égalité avec les autres citoyens ». Comme si ces groupes étaient composés d’autres individus que des citoyens !
Est-ce que ce projet de loi est bon ou mauvais ? Je ne sais pas. Ce que j’observe, de nouveau, c’est qu’il adopte de façon fervente et militante des principes qu’avait commencé à mettre en œuvre quelqu’un dont il suffit de citer le nom pour faire naître dans l’oreille qui l’entend un écho immédiat du MAL ABSOLU. C’est évidemment ADOLF HITLER. Et dès lors, je m’interroge : sommes-nous sûrs, dans cette société dépourvue d’autre ennemi que l’infâme terrorisme ; somme-nous sûrs, dans ce monde qui a définitivement versé dans le camp du BIEN, qui a, en quelque sorte, « basculé du côté LUMINEUX de la Force » ; sommes-nous absolument sûrs d’avoir choisi le parti de l’humanité ? Monseigneur Vingt-Trois, qu’il soit catho, je m’en tape : son inquiétude devrait être celle de TOUS.
Qu'y a-t-il de faux dans la phrase : « Les handicapés, on les aime bien, pourvu qu'ils ne viennent pas au monde. » ? Et qu'est-ce que ça a de RASSURANT, je vous prie ?
Le corps d'ADOLF HITLER est certainement mort. Mais ses idées ? Son PROGRAMME ? "Rassurez-vous" : tout ça est en cours d'exécution.
Le Meilleur des mondes est parmi nous.
22:07 Publié dans HITLER a gagné | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eugénisme, totalitarisme, société, politique, littérature, hitler, église catholique, presse, journaux, le monde, bioéthique, réactionnaire, handicapés
25.05.2011
MANIFESTE DES ALEXIPHARMAQUES
Il intrigue, n’est-ce pas, l’intitulé de ce blog. J’imagine que, parmi les quelques lecteurs qui visitent ce blog, ils sont quelques aussi à se demander ce que peut bien vouloir dire « alexipharmaque ». Qu’est-ce que c’est, ce snob qui joue à l’érudit ? Eh bien, je le dis avec franchise, avec force, et même, disons-le, avec conviction : la question est LEGITIME. Pour y répondre, permettez-moi de faire un peu d’archéologie et d’étymologie.
D’abord un peu d’archéologie : le 30 MARS 2011, j’ai publié ici même une courte note, agrémentée de quelques photos (il y avait quelques monuments aux morts d’après la guerre de 1914-1918, quelques couvertures d’albums de bandes dessinées, et pour, en quelque sorte, servir de jambon-beurre entre ces deux tranches de pain sec, quelques CARLA BRUNI photographiée artistement dans le plus simple appareil. Les photos sont bien, la femme, je n’en sais rien.). Cette courte note renvoyait, en lui tressant des couronnes de laurier évidemment, au blog que j’avais inauguré en 2007, puis suspendu en 2008.
Pourquoi l’avais-je alors intitulé « contrepoison », orthographié KONTREPWAZON (http://kontrepwazon.hautetfort.com/) ? J’avoue que j’ai un peu oublié les raisons du choix à l’époque. Mais il y avait sûrement un germe d’esprit de contradiction, de contre-courant, de contre-offensive, de contre-ce que vous voulez. J’y parlais de divers sujets, après avoir commencé sur ce que j’avais appelé MONUMORTS (voir ci-dessus).
J’ignorais, avant d’ouvrir le présent blog, jusqu’à l’existence du mot « alexipharmaque ». Mais quand s’est profilée l’ouverture dudit présent blog, sur le même présent site, il m’a fallu lui donner une appellation. Comme je n’avais pas été mécontent de la précédente, mais comme je ne pouvais plus accéder à mon propre blog, ayant égaré les clés d’entrée, j’ai été obligé de fouiller dans la véritable MALLE AU TRESOR que constitue le livre inépuisable d’ HENRI BERTAUD DU CHAZAUD (Gallimard, collection Quarto, 1853 pages utiles). C’est un Dictionnaire de synonymes et de mots de sens voisin. Vous voulez qu’on parle franchement ? Eh bien, je n’ai jamais vu MIEUX. Et je m’y connais, en dictionnaires. Le « nec plus ultra ». Alors vous allez voir à « contrepoison », et vous tombez sur le premier synonyme : ALEXIPHARMAQUE. Vous avez maintenant la clé étymologique de la cuisine. « Alexis », celui qui protège. « Pharmaque », la substance qui empoisonne (un conseil : méfiez-vous du pharmacien).
Oui, me direz-vous, mais pourquoi « contrepoison » ? Là encore, cher lecteur bénévole, la question n’est rien d’autre que LEGITIME. Et je tâche de répondre dare-dare à la question légitime. On va dire que ça fait du temps que je pratique ce vice qu’on appelle « impuni » : la lecture. Des livres, évidemment. Essentiellement. Mais aussi la presse : j’ai passé pas mal de temps et d’argent dans la lecture de toutes sortes de journaux et de revues diverses (j’ai collectionné les revues les plus bizarroïdes, comme l’improbable Géranonymo, le minuscule Surprise, et tant d’autres. Je me rappelle un fanzine, Nyarlathotep, un tout petit machin bricolé par Michallet, un camarade de fac qui avait donné un temps dans les thèses situationnistes, mais qui avait tout de même réussi à soutirer pour sa couverture, un dessin à un inconnu, qui s’appelait GIRAUD, célèbre aujourd’hui aussi sous les noms de GIR et de MOEBIUS).
Le problème de la presse, des journaux, des revues, ce qu’on appelle « médias de masse », c’est que tout ça finit par donner de notre monde, le monde réel, une drôle d’image. A quoi s’est ajoutée, au fil du temps, une sale contamination du langage. Les Etats-Unis, entre autres virus, nous ont infectés avec celui qui atteint le monde entier : le virus épouvantable du POLITIQUEMENT CORRECT. L’époque s’est convertie (je ne vois pas d’autre mot) à l’euphémisme (vous savez : « Côtes d’Armor » au lieu de « Côtes du Nord », « Alpes de Haute Provence » au lieu de « Basses Alpes », « non voyant » au lieu d’ « aveugle », et « personne à mobilité réduite » au lieu d’ « infirme »). GUY BEDOS ajoute avec justesse « non comprenant » au lieu de « con ». Je crois que tout le monde connaît déjà « technicien de surface », « gardienne d’immeuble », « hôtesse de caisse »). J’arrête là. Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai du mal à supporter. Je renvoie, en passant, aux livres de Viktor Klemperer et Eric Hazan (voir ma note du 28 avril, sur LTI et LQR).
Tout le monde s’y est mis. Les journalistes, évidemment, comme ils sont les plus exposés aux poursuites pénales, ont été obligés de s’y mettre. Les hommes politiques n’ont pas tardé à emboîter le pas : ça ne vous irrite pas les gencives au plus haut point, quand MARTINE AUBRY annonce qu’elle veut « répondre aux attentes légitimes des Françaises et des Français » ? Delanoë qui parle des « Parisiennes et des Parisiens » ? (Heureusement, il y a le lapsus politique (Rachida Dati, et tout dernièrement NICOLAS SARKOZY en personne, à son "e-G8", où il a parlé des "internôtres".) C’est comme un catéchisme appris par cœur et tellement entré dans les neurones et dans l’air ambiant, et qui ressort comme ça, spontanément, comme un réflexe de Pavlov. Ce bréviaire dont on nous rebat les oreilles, et récité avec tant de sérieux par tous ceux qui s’expriment par écrit ou par oral dans les médias, ça finit par tisser une toile d’araignée, un filet qui se resserre sur les mouches qui s’y laissent prendre, je veux dire les lecteurs de journaux, les auditeurs de la radio, les spectateurs de la télévision.
Nous bouffons de la novlangue (1984 d’ORWELL), nous sommes abreuvés jusqu’à plus soif de « politiquement correct ». Le présent blog se propose, bien modestement et entre autres sujets, de commenter, d’analyser quelques-uns des INSUPPORTABLES du vocabulaire ambiant, de la « pensée » ambiante (si tant est qu’il s’agisse encore de pensée), de la défaite ambiante de la pensée (j’emprunte au titre de ALAIN FINKIELKRAUT). Tout ça se passait, aux Etats-Unis, sous l’influence de groupes qui ont fini par acquérir un pouvoir de nuisance, et qu’on appelle les MINORITÉS : les « personnes contrariées dans leur croissance verticale » (= les nains), la fabuleuse « minorité » (???) constituée par la moitié de la population (les femmes, tout le monde a compris), les « Africains-Américains » (il paraît que c’est comme ça qu’on dit pour « noirs »), les diverses « minorités sexuelles » (L. G. B. T. est un sigle qui s’est dorénavant imposé, au premiers rangs desquels les « gays » (il ne faut plus dire « homosexuels », sous peine de …).
Et tout ce beau monde s’est mis à revendiquer ses « droits », à militer pour l’ « égalité », à lutter contre la domination du mâle, contre l’hégémonie du blanc (là, il faut dire qu’il y a quelques raisons), contre la dictature hétérosexuelle, etc. Coalisées, les MINORITÉS sont devenues une sorte de MAJORITÉ. Leur lent travail de sape des libertés générales a fini par payer : le statut de VICTIME (voir ma note précédente) s’est vu ériger une statue (la plus récente étant la nommée NAFISSATOU DIALLO, qui n’est pas une victime de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, mais une PLAIGNANTE, jusqu’au prononcé du jugement) ; les geôles les plus infâmes, les culs-de-basse-fosse les plus putrides, bientôt les bûchers, au moins médiatiques, sont promis aux êtres infernaux qui « portent atteinte aux droits des minorités », qui oseraient ironiser à propos des handicapés, qui auraient l’infernal culot de se rendre coupables de « sexisme », accusation bientôt confondue avec celle de « racisme » (on croit faire un cauchemar, mais c’est bien réel). Au nom du « respect des différences » et « de l’exigence de « tolérance », nous entrons dans une société de l’ INTOLERANCE. Les accusateurs publics potentiels sont maintenant légion.
Un exemple gratiné : oser parler de « différence sexuelle » entre hommes et femmes, eh bien, c’est épouvantablement réactionnaire, c’est à remballer dans les catégories de l’humanité cavernicole. C’est une grave atteinte aux « droits des minorités ». Depuis la grande prêtresse JUDITH BUTLER et la fondation des études sur le « genre », on a découvert que l’humanité, depuis l’aube des temps AVAIT TOUT FAUX. Il faut que ça se sache : le sexe ne repose sur rien de biologique, le sexe est une « construction culturelle » élaborée dans l’unique but de réprimer « les désirs légitimes des Américaines et des Américains », « leur droit légitime au choix d'une orientation sexuelle», et à « l'interdiction de la discrimination à leur égard ». Au fait, comment elle s'appelle, la femme entendue hier sur France Culture qui parlait de « la participation des femmes au montages de la scène érotique » ? De « l'hétérosocialité ludique » (qui traduit sans doute une entreprise de séduction entre homme et femme) ?
Comprenons-nous bien : il est hors de question de revenir à quelque criminalisation que ce soit. Mais j'en suis venu à me demander si l'on n'assiste pas aujourd'hui à l'irruption d'un criminalisation à l'envers. Et cela se passe pour beaucoup dans le langage, avec d'un côté des prescriptions (vous devez utiliser tels mots et expressions), et d'un autre côté des proscriptions (il est interdit de dire ceci ou cela). En somme, le présent blog se propose de décrypter dans le langage (principalement médiatique) quelques stéréotypes qui se présentent aujourd’hui comme des vérités qui doivent absolument s’imposer, y compris à travers des LOIS interdisant l’emploi de certains mots (ces temps-ci, c'est au tour du « populisme»), de certaines expressions, et réprimant toute infraction, rétrécissant de jour en jour, avec le consentement ahurissant de la population, intimidée par tous les FLICS potentiels, l’espace de ce qui s’est appelé il n’y a pas si longtemps la LIBERTE D’EXPRESSION.
20:57 Publié dans DANS LES JOURNAUX, HITLER a gagné | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, langue, conformisme, novlangue, carla bruni, nicolas sarkozy, dominique strauss-kahn, martine aubry, george orwell, politiquement correct, politique, judith butler, liberté d'expression
24.05.2011
ELOGE DE LA DISCRIMINATION
Ce qui est grand n’est pas petit. Ce qui est bleu n’est pas vert. Ce qui est LÁ n’est pas ICI. Ce qui est loin n’est pas près. Ce qui est A n’est pas B. Ce qui est lourd n’est pas léger. Ce qui est dur n’est pas mou. Ce qui est vivant n’est pas mort. Ce qui est virtuel n’est pas réel. Ce qui est vrai n’est pas faux. Ce qui est devant n’est pas derrière. Ce qui est en haut n’est pas en bas. Ce qui est à gauche n’est pas à droite. Ce qui est jour n’est pas nuit. Ce qui est eau n’est pas terre. Ce qui est pointu n’est pas rond. Ce qui est lisse n’est pas rugueux. Ce qui est vertical n’est pas horizontal. Ce qui est pluie n’est pas soleil. Ce qui est chaud n’est pas froid. Ce qui est obscur n'est pas clair.
Bon, je commence à vous bassiner la cafetière, je sens. J’explique : je viens de faire une liste (minuscule) de DISCRIMINATIONS, voilà. C’est une suite de 1 et 0 d’avant la logique mathématique, d’avant l’invasion par le numérique. Discriminer, ça veut dire FAIRE LA DIFFERENCE. Vous voulez un exemple ? On a entendu ça sur France Culture, le 24 mai 2011, au bulletin d’information de 7 heures. Ce n’est pas vieux. Un lieutenant colonel de réserve (français) analyse la nouvelle stratégie des forces internationales en Libye, qui consiste à y envoyer des hélicoptères de combat, forcément plus vulnérables que des avions. Ces hélicoptères, je cite : « permettent d’opérer une DISCRIMINATION plus fine des cibles au sol ». C’est un spécialiste qui parle. Maintenant, je remonte un tout petit peu plus loin : le début de la "Genèse" dans la Bible. Qu'est-ce qu'il fait, Dieu ? Il SEPARE. Premier jour, il sépare la lumière et les ténèbres. Deuxième jour, le firmament sépare les eaux d'au-dessous des eaux d'au-dessus. Troisième jour, il sépare la Terre et la Mer. Quatrième jour, il sépare le jour et la nuit. Sixième jour, à son image, il créa l'humanité, en ayant soin de préciser : "mâle et femelle". Et après tout ce travail de séparation, il se repose. Si c'est pas de la DISCRIMINATION, ça.
Le sort indigne qui est fait à ce noble mot de DISCRIMINATION, le sombre destin qui est devenu le sien de nos jours devraient faire se dresser les cheveux sur la tête de ceux qui en ont, maladie contre laquelle je suis désormais vacciné. Comme d’autres termes dont j’ai déjà parlé (« phobie », « tolérance ») ou dont je parlerai (« racisme », « victime »), le temps présent range le bocal « discrimination » sur le rayon du MAL. A ce titre, il est intolérable, inacceptable, inadmissible. D’ailleurs, c’est fait : il est PROSCRIT. Nous avons en effet, à présent, une HALDE. La halde est un petit animal exotique, féroce, qu’on a introduit récemment sur le territoire français pour assurer la pérennité de l’espèce, paraît-il menacée. Une drôle de bestiole quand même. Mais il semblerait que cet effort louable ait été vain : elle est morte. Il est vrai qu’elle a été illico remplacée par un animal autrement imposant : on le nomme « défenseurdesdroits » (sic !).
Mais foin de cours de zoologie : la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité, est (était) chargée de la Police des Droits. La principale difficulté, c’est le concours d’entrée. Le diplôme s’intitule « B. A. S. V. » : Brevet d’Aptitude au Statut de Victime. Et la refonte en Défenseur des Droits ne va pas faciliter les choses. Il ne suffit pas de se dire victime pour être admis dans le cénacle des victimes, en effet, de même qu’il existe aujourd’hui infiniment plus d’ « artistes » auto-proclamés que d’artistes véritables. Une sélection sévère s’impose (dans la déchetterie actuelle, on utilise le pléonasme « tri sélectif »). Un examen préalable et rigoureux décide si la personne est recevable au statut envié de victime (« envié » car – et c’est flagrant avec le sémillant NICOLAS SARKOZY – il « ouvre droit à réparation ». Traduction : « Ça peut rapporter gros. »). MADAME DIALLO, que tout le monde connaît maintenant, n’est pas, en l’état actuel des choses, une VICTIME de DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, mais une PLAIGNANTE (ben oui, puisqu’elle a porté « plainte » !). Mais j’y reviendrai une autre fois.
DISCRIMINATION, c’est la faculté humaine de DÉMÊLER : le vrai du faux, le fait du droit, le réel du virtuel, l’homme de la femme, etc., je ne vais pas recommencer. Cela a beaucoup à voir, donc, avec la capacité de jugement. Sans discrimination, donc, pas d’espèce humaine (je vais tout de suite à l’essentiel). L’histoire de l’humanité fourmille d’exemples qui montrent qu’être capable de discriminer a été indispensable à son évolution. Tiens, un parmi d’autres : pour nous, la couleur verte, c’est simple, sauf si tu es daltonien. Eh bien, dans le langage d’une tribu d’Amazonie dont j’ai oublié le nom (peut-être existe-t-elle encore), il y a deux cents (200) mots pour la signifier, pour les multiples verts observables dans la forêt, suivant le lieu, le moment de la journée, la plante, la qualité de la lumière, etc. Vous imaginez à quelle subtilité on peut parvenir pour évoquer deux cents nuances possibles d’une même couleur ? Essayez donc : vous en voyez combien de différents, des verts, quand les arbres, au printemps, commencent à pousser leurs feuilles à l’air libre ? Encore un : la botanique a un grand ancêtre, le suédois CARL VON LINNÉ (1707-1778), qui a passé sa vie à DISCRIMINER : il a dessiné des « arbres », avec des embranchements qui, au fur et à mesure de la description des plantes, se ramifient, pas à l’infini, mais presque. Même chose pour la zoologie évidemment.
Pour pouvoir s’y reconnaître dans ce monde, l’homme a donc eu besoin de CLASSER ses éléments en leur donnant, à chacun, un NOM DIFFERENT. Allez, un dernier exemple pour la route : que serait aujourd’hui la divine INFORMATIQUE sans DISCRIMINATION ? Car qu’est-ce que c’est, une arborescence informatique, sinon un système de CLASSEMENT, de DISTINCTION et de HIERARCHISATION ? Je n’y peux rien : en zoologie, par exemple, vous avez l’ « ordre » (mettons les falconiformes chez les rapaces diurnes), puis vous avez les « familles » (mettons les accipitridés, chez les mêmes), ensuite vous avez les « genres » (mettons les aigles, pour faire simple), et puis vous avez les « espèces » (mettons l’extraordinaire milan royal, avec sa longue queue rousse échancrée). Et après les espèces, il y a les « individus » (d’une buse variable à l’autre, il reste des différences. Il faudrait dire : la différence fait de la résistance).
HIERARCHISER ! Le sale mot a été lâché ! Hiérarchiser, aujourd’hui, c’est proprement diabolique. C’est drôle : nous passons nos journées à hiérarchiser et à classer (ce que nous voulons faire ou ne pas faire, les informations qui nous intéressent ou non, les personnes que nous souhaitons voir ou ne pas voir, les livres que nous avons envie ou non de lire (je parle pour ceux qui lisent des livres), etc. On appelle souvent ça des « priorités.). Et avec ça, on nous donne des coups de marteau sur le crâne pour nous convaincre que c’est mal ? Mais c’est la schizophrénie à l’état pur, ma parole ! Hiérarchiser, c’est discriminer, et puis c’est nécessaire : est-ce qu’il faut aller à droite ou à gauche ?
Alors aujourd’hui, ce qui prime, c’est la « lutte contre toutes les discriminations » ? « Bon sang, mais c’est bien sûr », disait RAYMOND SOUPLEX à la fin des Cinq dernières minutes (à mes yeux le seul commissaire Bourrel qui soit, c’est vous dire mon âge). Mais au fait, qu’est-ce qu’on appelle ici « discrimination » ? JEAN YANNE, dans un sketch célèbre, proclame sa haine des « routes départementales ». Là, on se rapproche du sens couramment donné à « discrimination » aujourd’hui. Cela veut dire que dans le pays de ce JEAN YANNE de permis de conduire, il n’y a que des routes nationales, peut-être ? Bon, c’est évidemment le gag. Mais ça montre en douce que l’idée est tout simplement folle. Intraduisible dans les faits. C’est heureusement en vain qu’HITLER a essayé de purger la race aryenne des éléments juifs qui la corrompaient.
Alors on peut bien rameuter des VACHER DE LAPOUGE, des GOBINEAU pour introduire dans l’espèce humaine des hiérarchies fondées sur des critères vaseux, voire délirants, pour segmenter l’humanité en catégories homogènes qui seraient naturellement hiérarchisées (vous savez : « supérieur », « inférieur »). Il ne faut pas appeler ces tentatives haineuses et fondées sur la trouille et le fantasme du beau nom de « discrimination ». On a « ségrégation », par exemple, ou « apartheid », qui ont à peu près gardé la force de leur sens. Je ne mentionne pas « exclusion », tout à fait dévitalisé à présent.
GEORGES PEREC a écrit un petit livre intitulé Penser/Classer (Le Seuil) : si on ne classe pas, on ne pense pas : c’est le règne animal. Des allumés du bocal ont prétendu, il y a bien longtemps, exporter la théorie darwinienne de l’évolution dans le domaine social. Mais ces agités de la rampe, genre SPENCER, ont allègrement confondu l’ « évolution » dont parlait DARWIN avec le « progrès », cette marche inéluctable de l’humanité vers sa propre amélioration (rien que la notion de progrès, d’ailleurs, est aujourd’hui mal en point). Ils ont voulu transformer de simples « faits », produits dans leur lente et longue succession, en « lois », c’est-à-dire en principes devant guider l’action des hommes et des sociétés. Ils ont voulu ériger des « conséquences observables » en « objectifs à atteindre », avant même d’avoir analysé la subtilité des mécanismes mis en jeu dans l’extraordinaire grand mécanisme qu’on appelle l’évolution.
Je crains cependant que le succès du mot « discrimination » pour désigner divers « apartheids » ne soit dû à un mouvement irrésistible. Chose curieuse, en effet, il devient quasiment impossible de lutter contre certaines gangrènes du vocabulaire. D’un côté, vous avez les « différences », qu’il faut absolument respecter, sous peine d’atteinte à la sacro-sainte « tolérance ». D’un côté, donc, il faut « respecter les différences » (nous sommes devenus de constants et talentueux « respecteurs de différences » à tout crin). De l’autre, il ne faut pas faire de « discriminations », sous peine, évidemment, d’atteinte à la sacro-sainte « tolérance ».
Si les mots ont un sens, « différence » et « discrimination » sont strictement superposables. Alors je dis : IL FAUDRAIT SAVOIR. D’un côté, le mot d’ordre de « créolisation » du monde, l’appel vibrant, insistant au « métissage » culturel (melting pot, world music, tout est dans tout et réciproquement). De l’autre, des revendications d’ « identité » de plus en plus fortes, parfois violentes. IL FAUDRAIT SAVOIR : « créolisation », « métissage », c’est exactement le CONTRAIRE de « différence », d’ « identité ». Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Incompréhensible ? Abracadabrantesque ? Il y a de quoi vous rendre chèvre !
Si les mots ont un sens, si les mots dessinent les choses qu’ils désignent, il y a, quelque part par là, si je suis gentil, du BOURRAGE DE CRÂNE, si je suis moins gentil, la mise en place d’un MONDE TOTALITAIRE, d’autant plus sournois qu’il s’est débrouillé pour susciter l’adhésion enthousiaste du plus grand nombre. Ça ne vous inquiète pas ? Ça ne vous rappelle aucun souvenir ?
Allez, comme disait le bon JEAN-JACQUES VANNIER, « la vie est belle, et c’est tant mieux ».
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22.05.2011
HITLER A CANNES
Ceux qui suivent un peu ce blog, savent que j'ai déjà publié deux notes sur ADOLF HITLER (l'EUGENISME et l'ARCHITECTURE dans notre monde tout à fait d'aujourd'hui, c'est-à-dire actuel, c'est-à-dire présent). Ma thèse, c'est que HITLER A GAGNÉ. Mon argumentation repose sur l'idée que nos grandes DEMOCRATIES (on sent qu'on approche, tout tremblant, du SACRÉ), en faisant d'ADOLF HITLER l'épouvantail number one (on peut faire la liste de ses successeurs, jusqu'à SADDAM HUSSEIN et MOUAMMAR KHADDAFI), - nos grandes DEMOCRATIES donc, ont établi durablement un PARAVENT, un écran, qui évite d'avoir à jeter un oeil un peu précis et attentif sur la façon dont elles fonctionnent. Ma thèse, c'est que les idées d'ADOLF HITLER imprègnent aujourd'hui jusqu'au tissu de nos sociétés dites démocratiques. Eh bien, bonne nouvelle, l'épouvantail continue à fonctionner. L'ostracisme et la réprobation universels sont tout prêts à s'abattre comme des vautours sur tous ceux qui font mine de dédouaner le terroriste d'Etat qui a régné de 1933 à 1945 sur l'Allemagne et l'Europe. Le dernier à en faire les frais, c'est, tout le monde a compris, LARS VON TRIER, au FESTIVAL DE CANNES. Il a tout compris du monde dans lequel nous vivons : le spectacle, le spectacle et le spectacle forment la SAINTE TRINITÉ de ce monde idyllique. Et le DIABLE n'y est pas le bienvenu. Quelle idée, aussi, de mimer l'extraordinaire Nuit du chasseur, avec l'inoubliable MECHANT Robert Mitchum (on a oublié les noms de tous les autres acteurs) ! Quelle idée d'écrire F.U.C.K. sur ses quatre phalanges ! Quelle idée de déclarer sa sympathie pour ADOLF HITLER ! Quelle idée de déclarer : "I am a nazi" ! Il a peut-être tout compris au monde dans lequel nous vivons, mais il n'a rien compris au code officiel qui le régit. Là, il a raté son code, et c'est sûr : il n'aura pas son permis. C'est entendu : nous sommes le royaume du BIEN inexorable, de la VERTU impitoyable, de la PERFECTION dévastatrice. Et tout le monde semble continuer à croire à cette FABLE. L'émission "Le Masque et la plume", ce soir sur France Inter, perpétue cette FABLE en entonnant le refrain: par son dérapage, (?) Lars von Trier est un SALAUD. Vous avez peut-être entendu : c'est L'UNANIMITÉ. C'est la terrible unanimité, l'insoutenable unanimité de l'être (pardon, MAITRE KUNDERA). C'est la curée, que dis-je : c'est L'HALLALI. Désolé : je ne ferai pas partie de la meute qui se jette sur la bête aux abois, qui est sans doute grillée pour quelque temps. Je ne crie pas BRAVO à ses propos idiots, et il ne s'agit certes pas de réhabiliter Hitler et le nazisme. Les pauvres types qui ont dernièrement rebaptisé leur "cochon pride" d'un nom plus consensuel (j'ai déjà oublié) devant la cathédrale Saint-Jean, m'apparaissent comme de misérables clowns sinistres. Mais je ne hurle pas HARO sur LARS VON TRIER avec les LOUPS. Si les gens qui sont payés pour avoir la parole regardaient un peu le monde qui les entoure TEL QU'IL EST, peut-être diraient-ils moins de conneries.
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