01.10.2011

UNE DRÔLE DE CHANTEUSE ALLEMANDE

Voilà un roman d’initiation qu’il est bon ! Encore un conte de fesse pour adultes, qu'on se le dise ! Le titre exact est Mémoires d’une chanteuse allemande, livre à scandale paru sans nom d’auteur en 1868 sous le manteau. Sont-ce vraiment des mémoires, ou un simple roman érotique ? La chanteuse narratrice est-elle vraiment la célèbre WILHELMINE SCHRÖDER-DEVRIENT, comme le bruit en a couru avec insistance ? Rien ne le prouve. Et on s’en fiche.

 

 

Pour une initiation, il faut dire que ça va bien au-delà. Normalement, dans l’ordre, vous avez 1) la théorie ; 2) les travaux pratiques ; 3) vogue la galère ! Ici, on peut dire que les travaux pratiques se prolongent au-delà du nécessaire, et même du suffisant, et que, dans ce « laboratoire », chacune des variantes est minutieusement examinée, dans ses tenants et ses aboutissants. Et si ça « tient » beaucoup, ça « aboutit » à chaque fois.

 

 

Cela commence par l’anniversaire du papa. Mademoiselle a quatorze ans, et ne trouve rien de mieux que de se cacher dans l’alcôve à porte vitrée de la chambre parentale pour faire une bonne surprise à ses parents une fois que maman aura fêté papa … en toute innocence, croit-elle. La maman, c’est une sacrée coquine, sous ses dehors de protestante rigoureuse. Elle fait mine d’être souffrante et, avant de s’étendre sous la couverture avec des opinions  suggestives, c’est-à-dire très ouvertes, elle dispose un miroir qui lui permettra de voir son mari de dos sans qu’il s’en doute. Elle a donc tout de la bigote retorse, quoi !

 

 

Et ça ne manque pas : le papa découvre (aux deux sens) sa femme « endormie », se livre à quelques papouilles qui la « mettent en joie », et tous deux font la fête, « comme papa dans maman », sous les yeux de fifille qui n’en perd pas une miette. L’une des grandes qualités du scientifique n’est-elle pas dans l’exactitude des observations ?

 

 

Après les jeux de papa-maman, la coquine surprend la bonne, Marguerite, en train de lire un livre illustré qui lui met le feu aux joues et des éclairs aux yeux. Tout en lisant, elle se fait du bien avec un doigt, puis, ayant fait chauffer du lait sur un petit réchaud, elle en remplit un objet oblong muni de deux boules à la base et, tout en continuant à lire avec une respiration de plus en plus saccadée, elle opère, après introduction de l’objet, un transfert de liquide qui lui réchauffe les intérieurs. La petite scientifique se dit, en notant ses observations : « Intéressant, à retenir ». Elle décide de confesser la bonne.

 

 

On commence évidemment par se glisser dans son lit un soir d’orage, on lui dit qu’on a mal ici, non, un peu plus bas, non un peu plus haut, là ça y est. Comme la bonne n’est pas restée insensible, on accepte de se mouiller la main pour lui rendre la pareille, en essayant de rester dans une attitude de parfaite innocence, pour ne pas paraître trop « avertie ».

 

 

Marguerite raconte alors sa vie. Entrée au service de Madame la Baronne, elle supplée auprès d’elle, faute de mieux, l’absence de tout mâle dans les environs. Dans ce rôle de « suppléante », elle se fait à moitié déniaiser. L’autre moitié ne tarde pas à l’être à son tour, grâce à un stratagème qui lui permet de se mêler comme par accident aux jeux de mains jeux de vilains auxquels se livre la baronne en compagnie d’un comte, « un jeune homme fort beau et élégant ».

 

 

La baronne, et Marguerite à son exemple, accorde la plus haute importance à un objet particulier : « une vessie souple, blanche, bordée d’un cordonnet rouge – cette fameuse invention du célèbre médecin français Condom ».

 

 

A ce propos, voici ce que dit de « Condom » le Nouveau Larousse Illustré (autour de 1900) : « (du nom de l’inventeur) Sac en baudruche ou en caoutchouc, employé comme préservatif dans les rapports sexuels. – ENCYCL. Les condoms primitifs, dont on attribue l’invention à un hygiéniste anglais du 18ème siècle, étaient invariablement faits de baudruche spéciale (caecum de mouton). Aujourd’hui, on les fait aussi en caoutchouc laminé. La fragilité de ces engins les rend souvent inefficaces ».

 

 

Le Grand Robert préfère ne pas se prononcer sur l’origine du mot, aucun médecin du nom de Condom n’ayant pu être identifié sur tout le 18ème siècle. Enfin, il faut bien raconter l’Histoire, n’est-ce pas ?

 

 

Marguerite observe scientifiquement l’usage que les deux amants font de l’objet, dont elle ne cesse de recommander vivement l’usage à la future chanteuse. Machiavélique, elle parvient à se faire accepter, et même à mener le jeu : le duo devient dès lors trio, au léger désappointement de la baronne, qui n’a aucune idée de tout ce que le cerveau de sa bonne a tramé.

 

 

La narratrice se lance alors dans des considérations oiseuses, des observations sociologisantes, des remarques moralisatrices, dont je retiendrai, d’une part, qu’il ne faut jamais se fier aux apparences, que ce soit celles des femmes qui semblent beaucoup promettre et qui tiennent peu, ou celles des femmes au maintien et à la vêture austères ; d’autre part cette maxime : « Il est extraordinairement difficile à la femme d’avouer qu’elle jouit ». Je laisse aux dames le soin de décider s’il est plus vraisemblable que cette phrase sorte d’une bouche féminine.

 

 

Elle entreprend ensuite de faire la conquête d’un jeune puceau, Franzl,  toujours en se débrouillant pour que ce soit lui qui s’imagine avoir l’initiative, mais cela lui donne du travail, car le jeune homme, en plus d’être inexpérimenté, est d’une timidité maladive. Mais enfin, vous savez ce que c’est, on n’ose pas, et puis on s’enhardit, et de fil en anguille… vous m’avez compris. Enfin presque : elle demeure inflexible, s’agissant de l’accès à sa « grotte », comme elle dit. Ils en restent donc à des jeux purement buccaux, quoique réciproques.

 

 

Entre-temps, on lui a découvert un don pour le chant, elle a de grands professeurs, elle se prépare pour la scène, où elle connaît un succès éclatant, ce qui la met matériellement à l’aise et lui procure un peu d’indépendance. Elle entre dans l’intimité d’un banquier qui voudrait bien l’ajouter à son tableau de chasse, mais comme elle se soustrait à ses ardeurs, elle suscite la sympathie de son épouse, Roudolphine.

 

 

Imitant Marguerite échafaudant un plan pour s’offrir le beau comte au nez et à la barbe de la baronne, la narratrice se débrouille pour que le Prince italien la surprenne en compagnie de sa nouvelle amie. Tout ce joli monde s’abandonne avec  enthousiasme aux joies du triolisme, qui les laissent pantelants et épuisés.

 

 

La difficulté de ce genre de livre est d’échapper au reproche de répétition. Mais évidemment, ce genre de loisir ne saurait y échapper, ne serait-ce qu’à cause de la conformation anatomique des individus. DONATIEN ALPHONSE FRANÇOIS DE SADE, lui-même, que ce soit dans La Philosophie dans le boudoir ou dans Les 120 Journées de Sodome, est forcé de répéter, ne serait-ce que certaines exclamations qui surviennent dans les moments d’apogée, et il n’en sort, quant à lui, que par l’escalade. En général, l’escalade finit mal pour certains des participants.

 

 

Il faut sans doute se résoudre à accepter le fait que certaines occupations, même les plus agréables, ne sauraient éviter tout à fait une certaine monotonie. Quoi qu’il en soit, il n’est guère d’ouvrages dits du « second rayon » qui se renouvellent en cours de route. De cette sorte d’ouvrages tirés de l’ « Enfer », Gamiani ou deux nuits d’excès, sans doute (ou peut-être) écrit par ALFRED DE MUSSET, ou Les Onze mille verges, d’APOLLINAIRE, pratiquent à qui mieux-mieux l’escalade. Et dans les plus honnêtes des cas, il est compréhensible qu’on aboutisse à la mort.

 

 

Rien de tout ça, qu’on se rassure, dans Les Mémoires d’une chanteuse allemande. Une cantatrice célèbre ne saurait tomber dans les excès d’exploits génésiques et gymnastiques. Celle-ci se contente, comme on dit niaisement aujourd’hui, de « vivre une sexualité épanouie ».

 

 

Voilà, maintenant, vous en savez assez, si par hasard vous ignoriez l’existence de ce titre. Je vous en ai assez dit. Ce n’est pas un chef d’œuvre, à cause de longueurs et temps morts divers, c’est un livre « distraisant » (« treize ans et demi, après, je prends ma retraite », comme dit BOBY LAPOINTE). J’imagine qu’il est toujours disponible aux éditions Allia, dont il faut saluer les beaux efforts pour remettre en circulation ces « Curiosa » (dits aussi "livres qu'on ne lit que d'une main"), parfois difficiles à dénicher.

 

 

 

 

17.09.2011

LA COMTESSE D'OLONNE

Argénie est la Comtesse d’Olonne. Bigdore est le Comte de Guiche (oui, comme dans Cyrano, mais un siècle et demi avant la pièce d’EDMOND ROSTAND). Argénie, au début, sort d’un horrible cauchemar en présence de sa servante Lise. Le jaloux Gandalin, son premier amant, mort entre-temps, est revenu hanter la belle, pour lui reprocher le nombre de ses amants :

 

         « Dans le nombre des morts je n’étais pas encore,

         Quand tu m’associas Marcelin et Bigdore,

         Chrysante, Castellor, L’Aventurier, l’Abbé ;

         Le reste ne vaut pas l’honneur d’être nommé. »

 

Il lui en veut terriblement de ses infidélités, mais surtout, il ne lui pardonne pas le piètre rang de ses anciens rivaux. C’est du tout un chacun, et c’est du tout-venant (c’est même un alexandrin !). Gandalin, du fond de son tombeau, lance de terrible malédictions :

 

         « Les dieux, pour t’accabler de malheurs infinis,

         Vont t’élargir le con, et raccourcir les vits. »

 

Pire encore :

 

         « Pour un gueux impuissant, l’amour te rendra folle,

         Tes moindres maux seront chaude-pisse ou vérole ;

         Enfin, bougresse, enfin, pour avoir trop foutu,

         Un chancre confondra ton con avec ton cu ! »

 

Au passage, notez qu’à l’époque, on était sourcilleux sur la rime écrite. Cette semonce réveille Argénie en sursaut. La servante a les pieds sur terre, et le fait savoir :

 

         « Vous êtes dans l’amour aussi trop emportée,

         Madame ; Gandalin peut bien vous gourmander :

         Pour vous foutre, il ne faut que vous le demander.

 

       Que veux-tu, ma Lison, je n’ai que cette envie,

Et c’est le plus grand bien qu’on goûte dans la vie.

 

       Je lis dans votre cœur, je connais votre goût,

Il n’est aucun plaisir pour vous, si l’on ne fout.

         Abandonnez-vous donc à votre humeur lubrique,

Et mêlant l’étranger avec le domestique,

Le prince, le bourgeois, et les premiers venus,

Foutez, foutez, madame, à couillons rabattus ! »

 

 

La domestique a, c’est le moins qu’on puisse dire, une grande liberté de parole. Maintenant, si vous avez goûté La Nouvelle Messaline, vous allez raffoler de La Comtesse d’Olonne. Cette jolie pièce de théâtre fut écrite par un certain sieur Grandval père en 1738. Tout de même, pauvre PIERRE CORNEILLE, il n’avait pas mérité ça. Ils se sont donné le mot, ma parole. Qu’est-ce qu’il leur a fait, Le Cid, pour déclencher cette frénésie de parodie ? Vous vous rappelez la tirade de Don Diègue : « Ô rage ! Ô désespoir ! ». La Nouvelle Messaline expédiait donc la tirade de belle façon (voir il y a quelques jours, ici même).

 

 

Dans La Comtesse d’Olonne, on passe au deuxième acte du Cid, quand Rodrigue, va provoquer le Comte, qui avait giflé son père, déclenchant la dite tirade. Bref rappel du texte de l’original : « A moi, Comte, deux mots. – Parle. – Ote-moi d’un doute. Connais-tu bien Don Diègue ? – Oui. – Parlons bas ; écoute. Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La vaillance et l’honneur de son temps ? Le sais-tu ? » Je vous épargne la suite.

 

Après avoir brièvement consulté Gélonide, Comtesse de Fiesque, pervenche pour le langage et la bienséance, et terriblement choquée par les propos crus de son interlocutrice, mais vraie louve affamée de plaisir quand il s’agit de la « chose » concrète (« Comment nommez-vous donc un vit, en mots décents ? – Si je nommais cela, je dirais une pine. »), Argénie s’adresse à Bigdore, Comte de Guiche :

 

         « A moi, comte, deux mots. – Parle. – Ote-moi d’un doute ; Connais-tu bien le con ? – Oui. – Parlons bas, écoute. Sais-tu bien qu’il vaut mieux mille fois que le cu ; Qu’en tous lieux on t’appelle un bougre, le sais-tu ? – Tels discours sont tenus par dames méprisées. – Non, non ; nous savons bien tes histoires passées. – A quatre pas d’ici je t’en éclaircirai. – Jeune présomptueux ! – Je suis jeune, il est vrai, A peine ai-je vingt ans, mais aux couilles bien nées, La valeur n’attend pas le nombre des années. – De t’attaquer à moi qui t’a rendu si vain, Toi qu’on ne vit jamais le vit raide à la main ? – Je n’ai jusqu’à présent jamais trompé de belles, Et ton con, si tu veux, en saura des nouvelles. – Sais-tu bien qui je suis ? – Oui, tout autre que moi Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi. Mille et mille fouteurs, crevés à ton service, semblent me présager un semblable supplice. J’attaque en téméraire un con toujours vainqueur, Mais j’aurai trop de force, ayant assez de cœur ; A qui fout Argénie, il n’est rien d’impossible : Ton con est invaincu, mais non pas invincible ! »

 

Notez la subtilité de la substitution : CORNEILLE, par la bouche de Rodrigue, parle du « bras » du Comte. Je regrette que l’auteur n’ait pas fait un sort à ces deux vers du Cid : « Mes pareils à deux fois ne se font point connaître, Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître. » Toujours est-il que la tentative de Bidore échoue piteusement, et Argénie est franche : « Sortez, ou je vous fais jeter par la fenêtre. »

 

 

Bigdore se confie alors à son giton Manicamp. C’est vrai : il a un giton, et de la race humaine, il faut dire qu’il ne connaît guère que la moitié masculine, et qu’il ne la connaît guère que de dos. Passons sur la tirade, sorte de lamentation sur la débandaison. Mais il livre bientôt un deuxième assaut, qui s’avèrera décisif et couronné de succès. Argénie l’avoue d’ailleurs sans détour :

 

         « Je reconnais, seigneur, que j’étais dans l’abus.

         Or, qu’aimez-vous le mieux ou des cons ou des cus ?

         A présent vous avez de tous deux connaissance. 

         – Je fais des cons aux culs beaucoup de différence,

         Et si jusqu’à présent j’ai mieux aimé les cus,

         Reine, c’est que les cons ne m’étaient pas connus.

         Si faut-il convenir qu’on n’en peut voir un autre,

         Plus beau, ni plus brûlant, plus charmant que le vôtre.

         N’est-il pas vrai, mon cœur ?

                                              – Je crois, sans vanité,

         Qu’il n’en est pas beaucoup de cette qualité.

Les enfants n’en ont pas fort ouvert le passage.

         Et tout le monde y trouve un air de pucelage. »

 

J’avoue que j’aime assez les deux derniers vers, en particulier « tout le monde ». En somme, si l’on devait donner un sous-titre à la pièce, ce pourrait être : « La Comtesse d’Olonne, ou l’inverti converti ». Qu’en pensez-vous ? J’ajoute que cette pièce, à part la parodie de CORNEILLE, n’est certainement pas un chef d’œuvre du théâtre français.

 

13.09.2011

PIERRE LOUYS : MANUEL DE CIVILITE

Tout le monde sait ce qu’est un manuel de civilité, du moins quand il a été éduqué. C’est cet ouvrage, en général écrit par une dame très comme il faut, qui vous dit ce que vous devez faire impérativement ou surtout ne pas faire, quand vous vous rendez à une invitation, quand vous êtes assis à table, quand vous passez une porte ou montez un escalier en présence d’une dame, enfin dans toutes les circonstances auxquelles vous aurez à faire face dans le cadre de mondanités, disons « normales ». Chez MARCEL PROUST, c’est évidemment le salon  Guermantes, par opposition au salon Verdurin.

 

 

Il est arrivé que des hommes prennent l’initiative de ce genre de manuel. Tout le monde connaît évidemment le Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens, publié en 1671 par le sire ANTOINE DE COURTIN, qui connut un succès international durable, qui stipule expressément que, « en la chambre d’une personne de grande qualité où le lit est clos, c’est incivilité de s’asseoir sur le balustre ». C’est tellement évident qu’il m’enlève les mots de la bouche : j’allais le dire. Et tout le livre est plein de telles délicieuses mignardises qui rivalisent d’élégance et de subtilité, comme : « Il est de même très malséant, quand on rit, de faire de grands éclats de rire, et encore plus de rire de tout et sans sujet ».

 

 

PIERRE LOUŸS s’est astreint à cette tâche somme toute fastidieuse, fastidieuse parce qu'essentiellement énumérative. On a un peu oublié PIERRE LOUIS, qui se faisait appeler PIERRE LOUŸS. C’est dommage. Il a écrit des livres, dont quelques-uns ont, avouons-le tout de go, contribué à dépuceler mon imagination, au temps de ma folle jeunesse.

 

 

A la maison, je ne risquais rien : mes parents ne lisaient guère et encore moins, du moins en étais-je persuadé, des livres jugés « lestes » par la rumeur publique. J’appris plus tard qu’Histoire d’Ô fut une des premières lectures proposées par mon père à sa jeune épouse. On en apprend parfois de belles, mon bon monsieur !

 

 

Toujours est-il que, bien qu’ayant longuement farfouillé dans les bibliothèques familiales, je ne suis jamais tombé sur Histoire d’Ô, ou autre livre de même acabit. Tout juste sur un livre partant en lambeaux, et dont le titre était, si je me souviens bien, Les Oraisons amoureuses de Jeanne-Aurélie Grivolin, Lyonnaise, où l’on trouve quelques menues chatteries érotiques à grappiller et savourer. Qui écrira un traité De la Vie secrète des parents ?

 

 

PIERRE LOUŸS écrivit de bons livres. La Femme et le pantin, je j’ai lu beaucoup trop jeune, alors que, pour bien comprendre, il faut avoir un peu « vécu ». Pour saisir quelque chose des femmes qui sont passée maîtresses dans l'art de faire ce qu'elles veulent de l’homme qui les désire et qui le font tourner en bourrique, il m’a fallu attendre un peu. Mais même en ayant été ainsi mis « au courant » par une lecture, je dois avouer que ça marche. Je parle pour moi. Conchita Perez reste malgré tout un archétype flamboyant. Le flamenco qu’elle danse dans un endroit un peu glauque, mais totalement nue, est tout à fait à même d’enflammer le cerveau. Oui, j’aime beaucoup le flamenco. Mais j’ai relu le livre.

 

 

Je n’ai guère de souvenirs de Psyché. En revanche, j’ai lu et relu à maintes reprises Les Aventures du roi Pausole, délicieux roman sensuel et léger, narrant l’enlèvement d’opérette de la fille du roi, qui se met à sa recherche en grand tralala. Les filles et les femmes du royaume détestent sentir quelque étoffe que ce soit alourdir la surface soyeuse de leur peau rose, qui est une des principales raisons de vivre du page Giglio (le nom du personnage principal, au cours du livre, connaît des orthographes variées, signe de l’insouciance de l’auteur). On retrouve la fille du roi entre les mains d’une jeune femme tombée sous son charme. Je dirai que ce livre, écrit sur un ton enjoué, espiègle et désinvolte, se lit comme une caresse qu’on reçoit.

 

 

Dans Aphrodite, roman « antique », on a encore affaire à une femme manipulatrice, mais celle-là finira mal, puisque les conditions qu’elle pose au héros pour se donner à lui entraînent celui-ci à commettre trois crimes. Ces crimes commis, il possède en songe la femme promise, et du coup, il ne veut plus de la réelle. Il obtient d’elle qu’elle se montre en public, nue, portant les trois objets volés par le héros (un miroir, un peigne et un collier, tous sacrés). Elle est aussitôt mise en prison et condamnée à boire la ciguë.

 

 

Je ferai une petite halte devant les délicieuses Chansons de Bilitis, qui fut d’abord un canular (soi-disant l’œuvre d’une poétesse de l’époque de la grande SAPPHO, fondatrice de la congrégation des tribades, autrement appelées « brouteuses de gazon » ; voir plus loin le sens exact de "tribade"), avant d’être salué à sa juste valeur, quand la paternité de l’auteur fut attestée.  Bilitis, le personnage supposé avoir écrit les poèmes, se réjouit tour à tour et se lamente en plaintes et soupirs amoureux, déplorant la brutalité masculine et célébrant les bienfaits de la tendresse féminine.

 

 

Avant d’en arriver à la « civilité » selon PIERRE LOUŸS, faisons encore un détour par Trois filles de leur mère : le héros est successivement « visité » par une femme et ses trois filles, dont la dernière a dix ans (!).   A elles quatre, elles constituent un inventaire exhaustif et vivant de tout ce qui peut se faire en matière sexuelle, acrobaties comprises. La petite raconte par exemple comment elle a fait un enfant à sa mère en rendant dans sa chatte tout le sperme qu’elle gardait dans l’anus. On voit par là combien l’auteur est doté d’une imagination inépuisable. On pourrait cependant se demander sur quelle conception de la femme repose cette imagination, qui fait d’elles des bêtes hystériques, assoiffées de sexe, mais bon, glissons.

 

 

Vous avez maintenant compris dans quelle « ambiance » baigne l’œuvre de PIERRE LOUŸS. Je ne mentionne que pour mémoire Paroles et Douze douzains de dialogues (ou petites scènes amoureuses), dont je trouve que les par ailleurs si estimables éditions Allia, n’auraient privé personne en les laissant dans l’oubli. Le premier se compose d’une quinzaine de photos anonymes légendées par l’auteur ; le second offre une suite de saynètes, de dialogues de filles. Glissons sur ces choses tant soit peu vulgaires qui glissent franchement vers le porno.

 

 

Certes, le Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation (titre complet) raconte toujours des horreurs, c’est entendu, mais avec quel esprit ! Avec grâce ! Avec style ! Si l’on devait caractériser PIERRE LOUŸS d’un mot, je proposerais « homme d’esprit » (ça en fait trois, mais les trois mousquetaires aussi étaient quatre).

 

 

Ainsi donc, la petite fille est invitée à s’imprégner des préceptes dont l’application lui permettra d’être considérée comme… comme quoi, au fait ? Je résumerai par la formule « salope distinguée » ou, si vous voulez « gourgandine raffinée ». Comme dans tout traité de savoir-vivre (autre nom de la civilité), nous passons en revue les diverses circonstances de l’existence, quoique vues sous un « angle » particulier.

 

 

Le livre s’ouvre sur un « glossaire » : « Nous avons jugé inutile d’expliquer les mots : con, fente, moniche, motte, pine, queue, bitte (sic !), couille, foutre (verbe), foutre (substantif), bander, branler, sucer, lécher, pomper, baiser, piner, enfiler, enconer, enculer, décharger, godmiché, gougnotte, gousse, soixante-neuf, minette, mimi, putain, bordel.

 

         Ces mots sont familiers à toutes les petites filles ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’auteur ne cache rien de son programme.

 

 

Quand on est « à la chambre », recommandation : « Ne suspendez pas de godmiché au bénitier de votre lit. Ces instruments-là se mettent sous le traversin ». « A table » : « Ne faites pas aller et venir une asperge dans votre bouche en regardant languissamment le jeune homme que vous voulez séduire » ; « Ne faites pas minette à un abricot fendu en clignant de l’œil vers la tribade la plus célèbre de la société. » (« τρίβω » = « tribô », signifie « frotter »). « Jeux et récréations » : « Ne demandez jamais à une dame la permission d’aller jouir avec sa fille. Dites « jouer », qui est plus décent ».  

 

 

Les rubriques se succèdent : en classe ; cadeaux ; à l’église ; dans la rue ; au théâtre ; à la mer ; devoirs envers votre frère ; avec l’amant de sa mère ; bref, il y en a trente-trois comme ça. La trente-quatrième rubrique s’intitule : « Ne dites pas … Dites … ». On y apprend des tas de choses, à commencer par l’art de l’EUPHEMISME. Un ancien collègue d’arts plastiques, quand une élève lui avait tapé dans l’œil, en général à cause de formes particulièrement « plastiques », disait d’elle qu’elle était « gentille ».

 

 

Voici quelques exemples, vite fait sur le gaz : « Ne dites pas : "Mon con". Dites : "Mon coeur" ». « Ne dites pas "J’ai envie de baiser". Dites : "Je suis nerveuse" ». « Ne dites pas : "J’aime mieux la langue que la queue". Dites : "Je n’aime que les plaisirs délicats" ». « Ne dites pas : "Je l’ai vue baiser par les deux trous". Dites : "C’est une éclectique" ». « Ne dites pas : "J’ai douze godmichés dans mon tiroir". Dites : "Je ne m’ennuie jamais toute seule" ». « Ne dites pas : "Il bande comme un cheval". Dites : "C’est un jeune homme accompli" ».

 

 

Ces quelques exemples illustrent donc à la perfection la figure de style appelée « euphémisme ». Ne croyez-vous pas que le professeur de français, quand il arrive à l’enseigner, ne serait pas infiniment plus efficace en proposant de tels exemples, que les élèves, spontanément, mémoriseraient tout illico presto ? Bon, je ne suis pas sûr que le Ministère de l’Education serait d’accord. A certains égards, on peut le regretter. Après tout, une grammaire non-conformiste ne proposait-elle pas, pour la première conjugaison, le verbe « péter » ?

 

 

Pour finir sur PIERRE LOUŸS, je dirais que c’est un auteur à connaître. Pour parler comme le Guide Michelin, je ne lui mettrais certes pas trois étoiles (« vaut le voyage »), mais deux (« mérite un détour »), certainement.

 

 

 

 

 

 

05.09.2011

UN PEU DE CUL AU THEATRE

LA NOUVELLE MESSALINE

 

 

C'est une pièce de théâtre du 18ème siècle. Je la détaille un peu plus loin. Laissez-moi le temps d'y arriver.

 

  

 

Dans l’amour, on le sait, on l’a dit, beaucoup ont témoigné de leurs émois, innombrables sont ceux qui ont consigné leurs grandes aventures devant notaire – là non, j’exagère ; bref, la littérature est intarissable quand il s’agit de décrire les heurs et malheurs de l’amour. A cet égard, sur la route menant à l’amour, les écrits bifurquent dans deux directions totalement différentes.

 

 

En gros, je schématise, à gauche (côté cœur), les tourments du désir, l’analyse des sentiments, le développement d’intrigues inextricables où les amoureux s’efforcent de parvenir l’un à l’autre, ou au contraire de se fuir. A droite, je schématise, en un mot comme en cent : LE CUL. Oui, je sais, ça fait déséquilibré, les deux phrases. Mais sur les rayons des bibliothèques, ça correspond à peu près à la réalité.

 

 

Cela n’empêche pas le rayon de droite (le cul) d’être abondamment fourni. Et ça vous donne une idée des kilomètres nécessaires au rayon de gauche (le cœur) : on a l'impression qu'il n’y en a eu que pour le sentiment. C’est très injuste. En plus, les curés avaient posé un gros verrou sur la porte de droite, sur laquelle ils avaient posé un panneau « INDEX ».

 

 

Il fallait même se confesser au père BEAL, le samedi, avant la messe du dimanche, sans ça on n'avait pas le droit de communier. On se rappelle le père BEAL, car c'est lui qui s'est collé la corvée d'accueillir dans l'église Saint Nizier la première manifestation des putes lyonnaises, sous la direction d'ULLA. Pour l'année de l'événement, allez voir sur internet (1979?).

 

 

La bibliothèque laïque de la République, fidèle aux interdits catholiques, avait laissé fermée la porte-à-clé, en posant simplement un panneau « ENFER », à la place.

 

 

Le cul en était jaloux. Mais il s’est vengé, et de quelle façon. Ce n’est même plus du cul. Le cul a inventé la PORNOGRAPHIE. Pire : les films pornographiques. Vous savez, ceux qui ne coûtent rien : vous prenez quelques bites, quelques chattes, quelque accessoires (aujourd’hui, appelez ça « sex toys »), éventuellement quelques bêtes, et vous situez l’action (si on peut l’appeler ainsi) dans un miteux appartement de banlieue ou dans un hôtel particulier (là, c’est plus cher). STANLEY KUBRICK (lubrique ?) avait opté pour l’hôtel particulier, disons même un château, pour l’orgie de son film Eyes wide shut.

 

 

Il suffit ensuite de combiner les uns dans les autres, les uns sur les autres, à deux, à trois, à douze, ad libitum (notez le « bitum »). Mais en fait, on a beau varier au maximum, les mêmes situations reviennent assez souvent. On se rend vite compte que c’est, dans le fond (si j’ose dire), répétitif. Ben oui, c’est forcé. C’est la nature. Et c’est vite ennuyeux. Et tristounet. A regarder, je veux dire.

 

 

Ce qui manque à toutes ces pallerées de bouquins à lire d’une main et à ces films à cent sous, c’est un ingrédient rédhibitoirement (notez le « bitoir ») absent de notre époque : LE STYLE. De ce côté, c’est la décadence, c’est la catastrophe, même. Etre tombé si bas, quelle désolation. Parlez-moi de ce qui s’écrivait avant la Révolution, dans notre France d’ancien régime. Voilà de la fesse qu’elle est bonne !

 

 

Tenez, prenez La Nouvelle Messaline, d’un auteur surnommé (par lui-même) Preputius, qui l’annonce en « avertissement » (ça commence bien) : « On ne pourra pas ici me reprocher d’avoir infecté ma pièce de mots sales et équivoques. J’ai rendu, autant que j’ai pu, le style clair et net, et puis assurer que le lecteur, si borné qu’il puisse être, ne trouvera rien au-dessus de son intelligence,

         Car de ce grand Boileau contrefaisant le ton,

         J’appelle un vit un vit, je nomme un con un con. »

 

On avait alors des Lettres, et l’on savait écrire au 18ème siècle : quand on parlait de cul, on y mettait de l’élégance. Le personnage de Messaline est quasiment un passage obligé : l’épouse de l’empereur Claude est restée célèbre dans l’histoire, réputée (notez le « putée ») aller passer ses nuits dans le quartier de Suburre, à Rome, où étaient concentrés les bordels, oh pardon ! je voulais dire les claques, les bobinards, enfin les lupanars, quoi ! Elle était en mesure d’essuyer un nombre de mâles à rendre jalouse la professionnelle la plus aguerrie, la plus blanchie sous le harnois.

 

 

Il convient de nommer les personnages de ce théâtre : Couillanus, Messaline, Vitus, Pinez de Villeprune, Matricius, Nombrilis, Conine. Puisqu’il faut bien parler d’action, celle-ci commence plutôt par l’inaction d’une partie précise de Vitus. Messaline se plaint à Conine :

        

         « Que ne le vois-je, hélas ! dans les bras de la mort !

         Sans doute il te souvient que dès cette journée

         Qu’il parut à mes yeux je me crus fortunée.

         Il avait, en effet, le dos large et carré,

         Le nez long [sic !], je ne l’ai que trop considéré.

         Sur un lit de gazon il me surprit dormante,

         Il leva de sa main ma jupe un peu flottante,

         De sa large culotte il arracha son vit…

         Et pour tout dire, enfin, Conine, il me le mit.

         Quel plaisir ! que de coups ! justes dieux ! quelle joie !

         Pyrrhus en eut-il plus lorsqu’il vit brûler Troie ?

         Sans jamais de mes bras vouloir se dégager,

         Je le vis et bander, et foutre, et décharger.

         Eh bien donc, ce Vitus, dont la rigueur extrême

         Me foutait, refoutait sans en paraître blême,

         Aujourd’hui, par un sort que je ne comprends pas,

         Est plus mol que ne fut laine de matelas.

         Son vit, qui paraissait ne respirer que foutre,

         Sur les bords de mon con ne saurait passer outre.

         Oui, Conine, voilà quel était mon secret ;

         Ah ! si je suis chagrine, est-ce donc sans sujet ? »

 

Voilà pour le « nœud », jamais si bien nommé, de l’intrigue. Conine s’enquiert alors auprès de Vitus des raisons de sa faiblesse. Il répond :

 

         « Il n’est pas étonnant, j’en fais ici l’aveu,

         Qu’après neuf coups de suite un vit débande un peu. »

 

Conine s’y verrait volontiers :

 

         « Changez aussi de con, et méprisez le sien.

         Si vous y consentez, je vous offre le mien. »

 

On n’est pas plus prévenant et obligeant, n’est-ce pas ? Mais Vitus fait le dédaigneux. Conine jure alors qu’elle se débrouillera pour que Vitus le lui mette. Pendant ce temps, Messaline ne perd pas de temps : ayant convoqué ensemble Pinez, Matricius et Nombrilis, elle leur fait tirer au sort l’honneur d’être le premier à l’honorer, et leur fait tirer quelques poils de son con :

        

         « Mon poil revient dans l’heure et renaît de ses cendres. »

 

Elle n’en sera que plus amèrement déçue du manque de « vaillance » des trois hommes. Et c’est là que se situe le sommet littéraire de la pièce, à peine transposé d’une pièce ô combien célèbre, dans une parodie qui n’en confine pas moins au chef d’oeuvre. Jugez plutôt :

 

         « Ô rage ! ô désespoir ! ô Vénus ennemie !

         Etais-je réservée à cette ignominie ?

         N’ai-je donc encensé ton temple et tes autels

         Que pour être l’objet du faible des mortels ?

         Tu peux voir aujourd’hui rater ces quatre infâmes

         Et n’entreprendre pas la vengeance des femmes ?

         N’est-ce donc pas pour toi le plus sanglant affront,

         Qu’on m’ait enfin réduite à me branler le con ?

         Venge-toi, venge-moi !saisis-toi de la foudre,

         Et que leurs vits mollets soient tous réduits en poudre !

         Ô terre ! entr’ouvre-toi sous leurs pas chancelants !

         Déesses des enfers, inventez des tourments,

         Creusez à chaque instant abîme sur abîme,

         Qu’ils apprennent enfin comme on punit le crime !

         En renversant pour eux les ordres des destins,

         Faites qu’après leur mort ils foutent des putains,

         Dont les cons vérolés, du fond de leurs matrices,

         Ne lancent sur leurs vits que poulains, chaudes-pisses !

         Que de sales morpions leur corps soit tout couvert,

         Qu’ils déchargent toujours un foutre jaune et vert,

         Et qu’un chancre brûlant, en tourmentant leur âme,

         Leur apprenne sans cesse à rater une femme ! »

 

Vous avez reconnu la tirade de Don Diègue dans Le Cid, j’espère. Voilà qui est envoyé ! Et qui prouve que ce n’est pas d’hier que la pression sexuelle est considérablement plus importante sur le pauvre mâle sommé de fournir à la demande des performances dignes d’un étalon. Comme dit BEROALDE DE VERVILLE dans Le Moyen de parvenir : « Les femmes ont toujours le four chaud, mais les hommes n’ont pas toujours la pâte levée ! », ce qui n’est pas si mal vu. Mais ne montrez pas ces propos à des féministes, je me ferais traiter de sale macho sexiste. Passons.

 

Conine écrit à Vitus une lettre enflammée qu’elle signe « Messaline ». Elle se fait passer pour elle. Sa ruse grossière, disons-le, échoue lamentablement. Pendant ce temps, Messaline est encore en fureur. Elle fait irruption dans la salle des gardes, se fait ôter la chemise par le capitaine, s’étend nue sur un banc et ordonne :

 

         « Que chacun, nous dit-elle, vite s’arme et s’apprête,

         De Vénus aujourd’hui je célèbre la fête ;

         Vous n’aurez aucun mal, j’en donne ici ma foi !

         Venez, je le permets, bandez et foutez-moi ! »

 

Aucun n’ose désobéir à cet ordre, et s’acquitte de sa tâche avec toute l’ardeur dont il est capable.

 

         « Enfin, lorsque chacun, suivant son appétit,

         Eut foutu, refoutu, chacun lave son vit.

         Mais, prodige étonnant ! qu’on ose à peine croire,

         Et qui ne sortira jamais de ma mémoire,

         La princesse voulut se relever du banc,

         Elle fait un effort, mais il est impuissant.

         Le foutre, qui s’était répandu sur la planche,

         S’était si fort collé, tant aux reins qu’à la hanche,

         Qu’elle ne pouvait plus tourner d’aucun côté (…) »

 

Satisfaite des prestations, elle en voudrait toutefois encore ! Pourtant il y avait la quantité, apparemment ! Mais JUVENAL, le poète latin, le disait déjà : « Tamen ultima cellam Clausit, adhuc ardens rigidae tentigine vulvae, Et lassata viris nec dum satiata recessit ». N’ayez pas peur, comme disait JEAN-PAUL II, très à l’aise dans toutes les situations, je traduis : « Cependant elle ferme sa cellule la dernière, brûlant encore de la tension de sa vulve rigide [il faudrait traduire par : en pleine bandaison], et fatiguée d’assauts virils mais non encore rassasiée, elle se retire ».

 

Elle préfère s’enfermer dans le cloître des Carmes :

 

         « Je ne crains point du tout ici d’être ratée :

         Je les contenterai, je serai contentée.

         Que puis-je souhaiter ? Ma force est dans mon con,

         Et la leur est toujours dans leurs vits et couillons. »

 

Quant à Vitus, à qui l’on vient de faire ce récit, il va se contenter de Conine :

 

         « C’est bien, je ne veux pas davantage en entendre.

         Je vous offre mon vit ; si vous voulez le prendre,

         Madame, il est à vous. – Je ne puis le haïr,

         Et lorsque vous parlez, c’est à moi d’obéir. »

 

Ils ne se marièrent pas, et n’eurent aucun enfant (comme on dit d’habitude à la fin des contes de fesses).