23.06.2011
PROFESSION MENTEUR (1)
A l’époque où est sorti le film Tout le Monde il est beau, tout le monde il est gentil, je l’avais catalogué « film sympa ». Je ne l’ai pas revu depuis. Mais il y a des scènes qui me restent. JEAN YANNE était un journaliste qui travaillait dans une radio, qui diffusait, par exemple, des publicités pour les tampons « encor’nett », des périodiques destinés aux religieuses « en cornette ». Il y avait aussi le « tac-tac » explosif. Il y avait aussi la chanson : « Dans les bras de Jésus, maintenant tous les jours je danse ».
Mais il y avait en particulier l’interview d’un homme politique à qui JEAN YANNE voulait imposer, avant l’interview, un piqûre de penthotal, alors supposé « sérum de vérité » (voir aussi Vol 714 pour Sidney). Horrification et fuite immédiate de l’homme politique, évidemment. Le film remonte à 1972, mais on peut dire qu’il est de toutes les époques. La thèse peut se résumer ainsi : dans un pays, quel qu’il soit, où se pratiquent régulièrement des élections démocratiques, il est interdit à l’homme politique, tout simplement, de dire la vérité. Le MENSONGE est une condition de toute carrière politique.
Je prends l’exemple du chômage aujourd’hui. Dire la vérité sur ce sujet, cela consisterait à dire aux Français qu’il n’y aura plus, désormais, de travail, je parle de vrai travail, qu’on se comprenne bien, et pas de ce qu’on appelle joliment les « services à la personne » et autres fariboles. Il ne s’agit pas d’ « occuper » les gens coûte que coûte. Je parle de métiers qui s’apprennent, avec une vraie formation. Je parle de professions professionnelles, c’est-à-dire de tout ce qui s’occupe de la « production des richesses ».
Tout ça, pour l’essentiel, a été purement et simplement DETRUIT, pardon, on doit dire « délocalisé ». Tiens, j’ai même entendu des économistes soutenir en même temps qu’il n’y avait pas eu tant de délocalisations que ça et que la France souffrait gravement de désindustrialisation. J’attends encore qu’ils m’expliquent. Les politiciens qui ont été dûment élus pour être aux manettes connaissent cette réalité-là, mais il leur est strictement interdit de le dire, sous peine d’émeute.
Les deux raisons principales qui obligent tout politicien à mentir sont, d’une part, la prochaine élection, d’autre part, la « solidarité » de parti ou de gouvernement. Dans un cas, il ne faut surtout pas mécontenter ceux auxquels tu dois ton bifteck, parce que la prochaine fois, ils vont te le retirer de la bouche. Tout récemment, les députés sont partis en guerre contre la suppression des panneaux annonçant les radars : à votre avis, pourquoi ? Même question quand arrive une loi sur la réglementation des alcools, etc. Dans le commerce, le problème est identique : surtout ne pas prendre la clientèle à rebrousse-poil.
Par ailleurs, ce qu'il s'agit avant tout de faire croire aux gogos (le public, les électeurs, les-Françaises-et-les-Français, les citoyens, etc.), c'est que, quand tu es aux manettes, c'est pour peser sur la réalité, c'est pour agir sur les choses, c'est pour imprimer au cours des choses une direction nouvelle, une orientation définie par une volonté. Si le gogo cesse de croire en ta capacité de modifier le réel, il va cesser de voter, et se dire que tu ne sers à rien. Tiens, regarde la Belgique, qui continue à rouler depuis un an sans gouvernement.
Allez, une petite parenthèse bien pédante : gouverner, c'est un mot latin calqué sur le grec kubernètès, qui veut dire "pilote" (de navire), et qui a donné "cybernétique". Allez, je referme.
Dans l’autre cas, on voit le schproum que ça fait chaque fois qu’un ministre semble ne pas tirer tout à fait dans le même sens que les autres chevaux de trait attelés au char présidentiel. C’est, me semble-t-il, depuis que NICOLAS SARKOZY a accédé à la plus haute marche du podium, qu’a fleuri l’expression, en apparence neutre et anodine, de « éléments de langage ».
Les ministres, quand il se passe quelque chose, doivent passer à l’Elysée prendre les « éléments de langage », qu’ils s’empresseront ensuite de répandre sur les plateaux de télévision et dans les micros des radios. « Je ne veux voir qu’une tête ! » JEAN-PIERRE CHEVENEMENT l'avait bien dit : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Il s'était d'ailleurs appliqué à lui-même ce principe.
Dans un parti, c’est la même chose. C’est une organisation structurée, hiérarchisée, animée parfois de différents « courants ». Prenez le P. S. : je connais une fille qui avait une vague fibre de gauche. Elle va à quelques réunions de la cellule. Presque tout de suite, il fallait qu’elle choisisse dans quel « courant » elle voulait se ranger, autrement dit à quel cacique du parti elle prêtait allégeance. Elle n’a pas compris et a vite arrêté. Au « congrès », ça se traduit en « motions », entre lesquelles il convient pour finir d’élaborer la « synthèse ». Tout pour déprimer.
La « synthèse », ce sont des marchands de tapis qui finissent par s’entendre pour se partager le marché des idées et les postes d’influence au sein du parti. On appellera ça la « ligne », censée fournir à tous les « camarades » les « éléments de langage » à utiliser impérativement. On imagine la valeur de vérité à laquelle aboutit ce processus sinueux.
A suivre.
09:25 Publié dans BOURRAGE DE CRÂNE, DANS LES JOURNAUX | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean yanne, politique, littérature, société, langue de bois, démocratie, élections, nicolas sarkozy, parti socialiste, ps



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